Dans la collection « Banc d'essais »

 
couverture
George Orwell
À ma guise
Chroniques 1943-1947

Parution : 26/09/2008

ISBN : 9782748900835

Format papier
528 pages (12 x 21 cm) 26.00 €
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Nouvelle traduction de l’anglais par Frédéric Cotton et Bernard Hoepffner (texte intégral)
Préface de Jean-Jacques Rosat & Postface de Paul Anderso

Pendant quelques années, Orwell a disposé dans l’hebdomadaire Tribune d’une chronique de mille mots où il jouissait de la plus entière liberté dans le choix de ses sujets et dans l’expression de ses idées. Il y traite aussi bien de la bombe atomique que des amours des crapauds, de la guerre froide que de l’arrivée du printemps.
Contemporaines de la rédaction de La Ferme des animaux et de l’élaboration de 1984, ces chroniques sont généralement considérées comme le meilleur du journalisme d’Orwell. Elles n’étaient jusqu’à présent que partiellement accessibles en français. Ce volume en fournit la traduction intégrale, accompagnée d’une riche introduction de l’éditeur anglais et d’un appareil de notes à l’usage du lecteur français.

> Voir le site de Bernard Hœpffner

Mondialement connu pour ses œuvres comme 1984 ou La Ferme des animaux, Georges Orwell (1903–1950), de son vrai nom Eric Arthur Blair, est aussi un écrivain engagé, avec notamment son livre Hommage à la Catalogne, témoignage sur la Guerre d’Espagne à laquelle il a participé.

Dossier de presse
SUR LES ONDES
"C'est ça Orwell: vérité, égalité, liberé" Jennifer-Laure Djian La voix du Nord, 26/11/11
Ni anar ni tory : socialiste Jean-Jacques Rosat Le magazine littéraire, décembre 2009
Orwell, Agone et la décence commune Verlad Webzine Envrak, décembre 2009
Compte-rendu TC Le Patriote, 30/01/2009
Des chroniques de 60 ans très actuelles Julien Dohet Espace de libertés n°374, avril 2009
Chroniqueur sous les \/1 Robert Lévesque La Presse (Québec), 18/01/2009
Orwell complété Sylvain Boulouque L'OURS, n° 384, janvier 2009
George Orwell, à la première personne Joëlle Kuntz Le Temps, 3/01/2009
Petites conversations avec des gens ordinaires Mathias Potok À contretemps n° 33, janvier 2009
Un socialisme si humain Olivier Doubre Politis, 26/11/2008
Orwell et le non-sens du pouvoir Michel Lapierre Le Devoir, 22/11/2008
Quand George Orwell écrivait à sa guise Paco Le Mague, 11/11/2008
Compte-rendu Jean-Guillaume Lanuque Dissidences.net, novembre 2008
Compte-rendu Michel Perraudeau Anjou Laïque, octobre 2008
Compte-rendu Force ouvrière n°2867, 22/10/2008
Philosophie politique d'Orwell Régis Vlachos Zibeline, 16/10-20/11/2008
George Orwell, à sa guise… Frédéric Saenen Sitartmag, 15/10/2008
George Orwell et l’immigration Respublica, 29/09/2008
George Orwell comme personne ne l’a jamais lu Anaëlle Verzaux Bakchich info, 27/09/2008
La liberté passe par le sens des mots Damien Le Guay Figaro magazine, 26/09/2008
Un regard généreux et franc Jean Birnbaum Le Monde, 25/09/2008
George Orwell, critique des médias (extraits) Acrimed, 18/09/2008
La politique comme un art Marc Riglet Lire, Septembre 2008
SUR LES ONDES
France Culture – « Tout arrive », Émission spéciale Georges Orwell avec notamment Jean-Jacques Rosat, directeur de la collection Banc d’essais (16 septembre 2008)
"C'est ça Orwell: vérité, égalité, liberé"
Lire l’article sur le site de la voix du Nord
Jennifer-Laure Djian
La voix du Nord, 26/11/11
Ni anar ni tory : socialiste

L’expression « anarchiste tory », ponctuellement utilisée par Orwell, est tentante pour résumer sa pensée politique, mais elle est trompeuse : l’écrivain défend bien un socialisme antistalinien.

De 1936 à sa mort, George Orwell s’est déclaré avec constance « socialiste ». En quel sens entendait-il ce mot ? Il était trop égalitariste et révolutionnaire pour être social-démocrate ou travailliste, mais trop démocrate et antitotalitaire pour être communiste ; trop lucide sur la réalité des rapports de force entre les hommes et entre les États pour être libertaire, mais trop confiant dans le refus de l’injustice et la « décence commune » parmi les gens ordinaires pour basculer comme tant d’autres dans le pessimisme conservateur ; trop patriote pour ne pas chercher une voie de passage au socialisme spécifiquement anglaise, mais trop internationaliste pour n’être pas farouchement anticolonialiste et partisan d’États-Unis socialistes d’Europe. En France, ses rares commentateurs ont cru pouvoir caractériser l’originalité de sa position par la conjugaison chez lui de deux traits habituellement tenus pour incompatibles : d’un côté, il s’insurge contre toutes les formes d’oppression et de contrôle des êtres humains, et se fait le défenseur intransigeant de la liberté individuelle contre tous les pouvoirs petits et grands ; de l’autre, il rejette toutes les formes de « progressisme » qui, au nom de la science, de la technique, de l’économie ou de la politique font table rase du passé et chantent des lendemains heureux, et il défend des valeurs souvent associées à une position politique conservatrice : sens de l’effort, patriotisme, natalisme, attachement aux formes de vie proches de la nature contre celles qui sont artificielles et mécanisées, etc. Cette dualité les a conduits à lui accoler une étiquette paradoxale que, selon plusieurs témoignages, il s’est effectivement appliquée à lui-même au début des années 1930 : il aurait été un « anarchiste tory », un anarchiste conservateur. Simon Leys y voit « la meilleure définition de son tempérament politique1 » ; Jean-Claude Michéa en a fait le titre d’un essai et, tout en reconnaissant qu’il s’agit d’une boutade, a largement accrédité la formule2.
À première vue, l’oxymore séduit. Mais, si l’on examine les textes de près, il se révèle trompeur : il brouille les époques, rend l’itinéraire d’Orwell inintelligible, et manque ce qui fut au cœur de sa pensée et de son action politiques. Anarchiste tory, il l’a bien été de son adolescence jusqu’au milieu des années 1930 ; mais c’est précisément l’attitude dont il lui a fallu se défaire pour pouvoir être le socialiste qu’il est devenu à partir de 1936.
Dans son vocabulaire, l’expression « anarchiste tory » a un sens bien précis : elle caractérise celui qui critique l’autorité et les classes dirigeantes sans être pour autant un démocrate ni un libéral (au sens où Orwell emploie ce mot : un défenseur inconditionnel de la liberté), et sans abandonner ses préjugés de classe à l’encontre des gens ordinaires et de tous ceux qui lui sont socialement inférieurs. Dans ses écrits, Orwell n’a employé cette expression qu’une fois : à propos de Swift, dans un essai qu’il lui consacre en 1946 et où, tout en disant son admiration pour l’écrivain et sa dette envers le satiriste, il critique violemment l’homme et son attitude politique (l’essai s’intitule précisément « Politique contre littérature : à propos des Voyages de Gulliver »). « Les idées de Swift […] ne sont pas vraiment celles d’un libéral. Il est hors de doute qu’il hait les grands seigneurs, les rois, les évêques, les généraux, les dames à la mode, les ordres, les titres et les hochets en tout genre, mais il ne semble pas avoir une meilleure opinion des gens ordinaires que de leurs dirigeants, ni être favorable à une plus grande égalité sociale, ni s’enthousiasmer pour les institutions représentatives. […] C’est un anarchiste tory, qui méprise l’autorité sans croire à la liberté, et qui défend une conception aristocratique tout en voyant bien que l’aristocratie de son époque est dégénérée et méprisable3. »
Or c’est exactement cette attitude – rejet de l’autorité et mépris de classe – que l’Orwell de 35 ans attribue rétrospectivement au jeune Eric Blair à sa sortie d’Eton : « Vers mes 17 ans, j’étais à la fois un petit snob poseur et un révolutionnaire. J’étais contre toute autorité […] et je n’hésitais pas à me parer de la qualité de “socialiste”. Mais […] il m’était toujours impossible de me représenter les ouvriers comme des êtres humains. […] Quand je repense à cette époque, j’ai l’impression d’avoir passé la moitié de mon temps à vilipender le système capitaliste, et l’autre moitié à pester contre l’insolence des receveurs d’autobus4. » À 25 ans, quand il revient de Birmanie, cette attitude est toujours la sienne. Certes, sa haine de l’autorité a été renforcée par sa mauvaise conscience d’avoir contribué à faire fonctionner pendant cinq ans l’appareil de répression colonial ; il adopte alors, écrira-t-il après coup dans Le Quai de Wigan, « une attitude théorique d’inspiration anarchiste : tout gouvernement est foncièrement mauvais, le châtiment est toujours plus nuisible que le crime et l’on peut faire confiance aux hommes pour se bien conduire, pour peu qu’on les laisse en paix5 ». Pour autant, il n’est pas encore débarrassé de ses préjugés à l’encontre des ouvriers, ceux d’un membre de la fraction supérieure de la classe moyenne (comme il caractérise sa famille) et d’un ancien élève d’une public school élitiste. Ce sont ces préjugés qu’il va s’appliquer à éradiquer en lui, d’abord en allant dormir dans les asiles de nuit au milieu des SDF, en faisant le métier de plongeur dans un restaurant parisien, et en cueillant le houblon avec les travailleurs saisonniers ; puis, au début de 1936, en partageant pendant deux mois la vie quotidienne des mineurs et des ouvriers du nord de l’Angleterre, ravagé par la grande dépression. C’est seulement au retour de ce voyage d’enquête qu’il s’estimera délivré de ses préjugés, capable de traiter réellement les exploités et les miséreux comme des égaux, sans commisération ni paternalisme, et en droit d’assumer enfin sans tricherie le qualificatif de « socialiste ».
La formule « anarchiste tory » est encore malheureuse pour une autre raison : aucun de ces deux termes ne décrit correctement la tendance qu’il est censé désigner chez Orwell. Il y a bien dans le socialisme d’Orwell une composante conservatrice, traditionnelle et patriotique, mais elle n’est pas à ses yeux plus « tory » que « travailliste » : elle est anglaise. Les socialistes doivent l’assumer et ne pas en laisser le monopole aux tories. À ceux-ci, Orwell n’a jamais fait la moindre concession, même au nom de l’antistalinisme. Quand la duchesse d’Atholl – que ses prises de position antifranquistes ont fait appeler « la duchesse rouge » mais qui est une figure du parti tory – lui propose de prendre la parole dans un meeting qu’elle organise pour dénoncer la mainmise communiste sur l’Europe de l’Est, Orwell lui répond fermement : « J’appartiens à la gauche et dois travailler en son sein, quelle que soit ma haine du totalitarisme russe et de son influence délétère sur notre pays6. »
Quant à l’anarchisme, l’Orwell de la maturité a contre lui deux objections majeures. D’abord, il le tient pour une attitude irréaliste et irresponsable. Il écrit dans Le Quai de Wigan que les théories anarchistes sont « des billevesées sentimentales. […] Il sera toujours nécessaire de protéger les gens pacifiques de la violence. Toute forme de société où le crime peut payer requiert un sévère code criminel qui doit être impitoyablement appliqué7 » C’est le même irréalisme et la même irresponsabilité face à Hitler qu’il reprochera aux anarchistes pacifistes dans la polémique qu’il aura avec trois d’entre eux en 19428 Mais, plus fondamentalement, sa réflexion sur le totalitarisme finit par le conduire à déceler une « tendance totalitaire sous-jacente à la vision anarchiste ou pacifiste de la société ». À propos de la société des Houyhnhnms, ces sages chevaux que l’on rencontre au quatrième livre des Voyages de Gulliver, il écrit : « Dans une société où il n’y a pas de loi, et en théorie pas de contrainte, c’est l’opinion publique qui dicte les comportements. Mais la tendance au conformisme des animaux grégaires est si forte qu’elle rend l’opinion publique moins tolérante que n’importe quel code légal. Lorsque les êtres humains sont gouvernés par des interdits, l’individu conserve une certaine marge d’excentricité ; lorsqu’ils sont censés être gouvernés par 1“amour” ou la “raison”, il est continuellement soumis à des pressions visant à le faire agir et penser exactement comme tous les autres. Les Houyhnhnms sont unanimes sur presque tous les sujets. […] En fait, ils ont atteint le stade supérieur de l’organisation totalitaire, celui où le conformisme est devenu si général qu’une police est inutile9. » Il y a bien chez Orwell une sensibilité libertaire, et c’est avec deux figures de l’anarchisme britannique, Herbert Read et George Woodcock, qu’il créera en 1945 un Comité pour la défense des libertés (Freedom Defence Committee). Mais ses conceptions politiques sont étrangères et même hostiles à toute doctrine anarchiste.
Si l’on veut rendre compte de la complexité de la pensée politique d’Orwell, il vaut mieux laisser de côté les formules chic et choc, faire un peu d’histoire et se poser deux questions. Dans quel contexte et au sein de quels courants le socialisme d’Orwell s’est-il développé ? À quels problèmes du socialisme Orwell s’est-il confronté et a-t-il cherché une issue ? Dans son étude sur « Les années Tribune » (1943–1947), Paul Anderson répond clairement à la première question : même à l’époque où il côtoya les leaders de la gauche du parti travailliste, Orwell ne fut jamais « au fond un socialiste parlementaire. […] Il était issu de – et resta engagé dans la gauche socialiste révolutionnaire dissidente antistalinienne10 » Les rédacteurs et nombre de collaborateurs de Tribune étaient d’ailleurs des révolutionnaires ou ex-révolutionnaires européens exilés. Comme l’a montré l’historien britannique John Newsinger11, l’œuvre et la pensée d’Orwell sont inscrites dans une culture politique aujourd’hui largement refoulée, émanant de petits groupes allant des socialistes révolutionnaires aux dissidents du trotskisme : l’ILP britannique et le Poum espagnol dans les années 1930, Partisan Review puis Politics (la revue de Dwight Macdonald) aux États-Unis dans les années 1940. Et en France ? Quand il séjourne brièvement à Paris en mars 1945, Orwell découvre que ses textes sont régulièrement publiés dans Libertés, un hebdomadaire d’extrême gauche aujourd’hui oublié, créé dans la Résistance et animé par deux socialistes révolutionnaires, anciens oppositionnels communistes, et il reçoit de la rédaction un accueil chaleureux et fraternel12 C’est là sa famille. Tous ces militants ont un point commun : dès avant la Seconde Guerre mondiale, et sans cesser pour autant de chercher les voies d’une transformation socialiste de la société, ils ont pris acte de l’échec historique du mouvement ouvrier et révolutionnaire. Orwell lui-même, au moment précis où il se déclare enfin socialiste, proclame haut et fort que le mouvement socialiste a échoué : en Europe occidentale, où il a été ou bien écrasé par le fascisme (en Allemagne et en Italie) ou bien incapable de promouvoir des réformes suffisamment radicales, même quand il est parvenu très temporairement au pouvoir (en Angleterre entre 1929 et 1931, et en France en 1936) ; et il a évidemment échoué en Russie où la révolution a conduit non pas au socialisme mais au « collectivisme oligarchique », c’est-à-dire à une forme de mise en esclavage du peuple.
Dès 1936, Orwell avance que les raisons de cet échec ne sont pas externes. Si le socialisme a échoué, c’est parce qu’il a laissé s’installer en son sein de nouvelles formes de la domination qu’il prétend par ailleurs combattre. La principale de ces formes est la domination des intellectuels de pouvoir sur l’homme ordinaire : la victoire des diverses variantes du socialisme d’en haut (réformisme fabien ou parti d’avant-garde léniniste) contre le socialisme d’en bas, le socialisme démocratique. « Pour beaucoup de ceux qui se réclament du socialisme, la révolution n’est pas un mouvement de masses auquel ils espèrent s’associer, mais un ensemble de réformes que nous, les gens intelligents, allons imposer aux basses classes13 ». Si l’intelligentsia de gauche britannique s’est prise d’admiration pour le régime stalinien à partir de 1935, c’est-à-dire à sa pire période, c’est qu’elle y a vu la réalisation de son vœu secret, « la destruction de la vieille version égalitaire du socialisme et l’avènement d’une société hiérarchisée où l’intellectuel puisse enfin s’emparer du fouet14 ». Le socialisme véritable ne peut être que celui de l’homme ordinaire ; il exige la défense des capacités d’expérience et de jugement de tout un chacun contre les diverses variétés d’intellectuels de pouvoir15. Là est la matrice des idées qu’Orwell développera jusqu’à 1984 inclus : certes, l’autonomie de l’individu contre toutes les casernes et l’appui sur le passé contre la liquidation de la mémoire, mais aussi l’exigence égalitaire contre les distinctions sociales, la décence commune contre le cynisme, la vérité objective contre les machines à fictions, la prose « comme un carreau de fenêtre » contre les manipulations du langage, et « le dernier homme en Europe » contre l’intellectuel grisé par son pouvoir.

1 Simon Leys, Orwell ou l’Horreur de la politique, éd. Hermann, 1984, p. 27.

2 Jean-Claude Michéa, Orwell, anarchiste tory, éd. Climats, 2000.

3 Essais, articles et lettres, éd. Ivréa/L’Encyclopédie des nuisances, 1995–2001, vol. IV, p. 260–263.

4 Le Quai de Wigan, éd. Ivréa, 1982, p. 157–159.

5 Ibid., p. 166.

6 Essais, articles et lettres, op. cit., vol. IV, P. 41.

7 Le Quai de Wigan, op. cit., p. 166.

8 Essais, articles et lettres, op. cit., vol. II, p. 275–288.

9 Essais, articles et lettres, op. cit., vol. IV, p. 262.

10 Paul Anderson, « Postface » à A ma guise, éd. Agone, 2008, p. 465.

11 John Newsinger, La Politique selon Orwell, éd. Agone, 2006.

12 À ma guise, op. cit., p.405–406 et 496–497.

13 Le Quai de Wigan, op. cit., p.203.

14 Essais, articles et lettres, op. cit., vol. IV, p. 219.

15 James Conant,« Orwell et la dictature des intellectuels », Agone n°41–42, « Les intellectuels, la critique et le pouvoir », octobre 2009.

Jean-Jacques Rosat
Le magazine littéraire, décembre 2009
Orwell, Agone et la décence commune

Entretien avec Jean-Jacques Rosat, directeur de collection chez Agone.
Lire l’article en ligne

Verlad
Webzine Envrak, décembre 2009
Compte-rendu
Qui ne connaît pas l’écrivain George Orwell, auteur du formidable 1984 ? Sur ce point, impossible de se tromper : Orwell est une légende. Mais qui pourrait parler du journaliste ? Peu de monde semble t-il. Pourtant, durant de nombreuses années, Orwell laisse sa plume, au style clair et incisif, s’exprimer dans les colonnes de périodiques, tel que l’Observer ou le Partisan Review. Partout, Orwell fait mouche, qu’il soit correspondant de guerre ou simple chroniqueur. Et ce sont ces 80 chroniques qu’il a écrit entre 1943 et 1947 pour Tribune, journal de la gauche radicale anglaise, qui nous intéressent ici. Publiées sous le titre À ma guise, Orwell laisse, grâce à elles, libre court à ses pensées les plus frivoles, qui sont, après analyse, d’une efficacité redoutable. Si parler de fleurs ou de quelques livres bon marché semble de peu d’importance, Orwell nous plante un formidable décor : celui de l’Angleterre de fin et d’après-guerre, celui des conduits de canalisation, gelés à cause du froid, celui du tabac, introuvable et celui des bombardements V-1 et V-2 qui vous font fuir sous la table lors du dîner. Dans un style le plus épuré possible, le seul qui semble important aux yeux de l’Orwell journaliste, ce sont de véritables morceaux de vie quotidienne qui défilent devant le lecteur. Des intellectuels néo-pessimistes à la question raciale, des soldats américains présents en Grande-Bretagne à la dénatalité, Orwell a un avis sur tout et, c’est à sa guise qu’il nous les livre, sans emphase et sans prétention. Orwell fait ici naître une sorte de dialogue informel entre le lecteur et lui-même : une envolée simple dans cette Angleterre lointaine, transpercée par l’œil avisé de l’incontournable homme de lettres, de l’époque.
TC
Le Patriote, 30/01/2009
Des chroniques de 60 ans très actuelles

Après une excellente biographie, ce sont les chroniques publiées par Georges Orwell dans Tribune que les éditions Agone ont la brillante idée de publier en français.

Suivis d’un précieux glossaire et d’un index les 80 textes de l’auteur du célèbre 1984 montrent combien ce livre a largement occulté la richesse de la pensée de cet intellectuel critique et pour cela atypique. Comme le dit très justement Jean-Jacques Rosat dans sa préface : « (le) travail de dépolitisation d’Orwell est rendu plus aisé par le peu de visibilité – aujourd’hui comme hier – de la tradition politique dans laquelle il était ancré. (…) Son œuvre et sa pensée sont inscrites dans une culture politique aujourd’hui largement refoulée, émanant de petits groupes allant des socialistes révolutionnaires aux dissidents du trotskisme (ILP britannique, POUM espagnol, Partisan review et Politics aux États-Unis, etc.), qui ont pris acte dès les années 1930 du double échec historique du mouvement ouvrier et révolutionnaire (renoncement à combattre le capitalisme d’un côté, adhésion au totalitarisme stalinien de l’autre) sans cesser pour autant de chercher les voies d’une transformation socialiste de la société ». C’est donc une œuvre salutaire que de republier des écrits d’un journaliste qui questionne sans cesse, au fil des sujets très divers qu’il aborde, la cohérence des autres mais aussi de lui-même.

Lire la suite sur le blog de l’auteur

Julien Dohet
Espace de libertés n°374, avril 2009
Chroniqueur sous les \/1
Deux actualités ramènent à George Orwell, non pas le romancier apocalyptique de 1984 (en 2009, c’est plus subtil...) mais le chroniqueur engagé, dupe ni d’un dieu ni d’un maître, l’homme de la gauche de la gauche pourrait-on dire : la première publication en français de ses 80 chroniques de Tribune écrites durant la Seconde guerre mondiale, et la mort du dramaturge Harold Pinter qui, comme Orwell, occupait à partir de Londres la courageuse position intellectuelle qui consiste à critiquer autant l’étroitesse d’esprit des gauches que la largesse de bêtise des droites.

Orwell (1903-1950) et Pinter (1930-2008) sont fils et petit-fils spirituels de la grande figure intellectuelle du siècle dernier que fut le philosophe Bertrand Russell (1872-1970), moraliste de choc, homme de liberté, humaniste antireligieux ; à ceux-là, nous devons beaucoup. Pour des générations, ils furent des phares qui dans la nuit humaine signalent les embâcles des libertés ; ces hommes d’origine sociale différente (Russell fils de vicomte, Orwell fils de fonctionnaire colonial, Pinter fils de tailleur juif) ont su en prendre et en laisser chez Marx et chez Molière (autrement dit chez Shakespeare, l’ancêtre), demeurant attentifs et vigilants face aux manipulations de l’être humain comme aux manies de l’homme.

Je lisais ces chroniques d’Orwell lorsque j’ai appris la mort de Pinter. Orwell qui, j’en étais là dans ma lecture, ironisait impudemment sur les différences entre « les bombes volantes » allemandes, les V1 et les V2, les premières faisant un bruit énorme en survolant la ville et devenant silencieuses avant l’impact, les secondes arrivant sans bruit avant de déclencher un boucan du tonnerre dans la minute précédant l’explosion dévastatrice. À l’été 1944, une V1 explosa près de chez lui, cela ne l’empêcha pas de remettre sa chronique. Pinter, alors un gamin, vivait en scène primitive de ses futurs cauchemars dramaturgiques ces bruits du ciel et ces silences de mort qu’il fuyait avec son père.

Homme de radio

En 1943, quand il entreprend cette chronique dans l’hebdomadaire le plus à gauche de l’échiquier journalistique anglais, seul veritable canard indépendant qui, tout en soutenant l’effort de guerre, demeurait critique envers le gouvernement de Churchill, George Orwell est un homme de radio plus qu’un écrivain. S’il a écrit quelques ouvrages dénonçant l’impérialisme britannique et décrivant la misère du prolétariat, il n’a pas encore publié La ferme des animaux ni 1984, ces romans anticipant le totalitarisme (de gauche et de droite) qui deviendront célèbres, le faisant entrer dans l’histoire littéraire de son siècle. Il a 40 ans en décembre 1943 quand il remet sa première chronique, intitulée « À ma guise ». Sa santé est mauvaise, mais à-Dieu-vat! Il fera de l’écrit politique un art de combat.

Il y a toujours deux ou trois sujets dans ses chroniques ; s’entremêlent l’opinion politique, le regard culturel, la littérature, la vie quotidienne, la censure, la critique du journalisme et, préoccupation constante, le détournement du sens des mots et des expressions transformant en clichés vidés les idées fortes, autant de la part des élites que chez les marxistes. Orwell aborde plein de sujets, à sa guise ; ce qui le démarque, c’est que ces sujets-là sont évités par les autres : la politique obséquieuse des Anglais, le silence critique, l’absence d’information, cette « retenue volontaire » qui l’amène à écrire : « L’une des choses les plus extraordinaires avec l’Angleterre, c’est qu’il n’y existe pratiquement pas de censure officielle et que, pourtant, rien de ce qui pourrait vraiment nuire à la classe dirigeante n’y est jamais publié, du moins dans les journaux à grand tirage. »

Sur la guerre qui fait rage et qui semble « acceptée » par ses concitoyens, il écrit : « Néanmoins, un monde dans lequel l’assassinat d’un seul civil est criminel alors que le largage d’un millier de tonnes, d’explosifs sur un quartier résidentiel est légitime me fait parfois me demander si notre Terre ne sert pas d’asile psychiatrique à une autre planète. »

Les pacifistes

Cette résignation lui répugne ; il est en train de lire le Spartacus de Koestier, ce qui le pousse à secouer les poux de ceux qui (dans l’idéal) pourraient être ses alliés : « Durant cinq mille ans ou plus, la civilisation a reposé sur l’esclavage. Pourtant, quand le nom d’un seul esclave traverse les siècles, c’est parce qu’il a désobéi à l’injonction Ne résiste pas aux méchants, et qu’il a organisé une révolte violente. Il y a là, je pense, une morale pour les pacifistes. »
Sur le traitement réservé aux prisonniers de guerre : « Si nous tuons trop de petits salauds aujourd’hui, nous n’aurons peut-être plus le cœur de nous occuper des grands le moment venu. » Sur Ezra Pound qui a fait allégeance à Mussolini, propagandiste fasciste à la radio italienne que les États-Unis, disait-on, menaçaient de fusiller : « Cela établirait sa réputation si solidement qu’il faudrait sans doute un bon siècle avant qu’on puisse juger avec impartialité de la qualité véritable de ses poèmes. »
C’est cet Orwell (mort à 47 ans en 1950 d’une tuberculose attrapée en combattant les franquistes en Espagne dans les rangs des milices anarchistes, du P.O.U.M. et non avec les communistes) que Pinter a rejoint au Pub de l’Empyrée, dernière sphère à gauche. Établissement tenu par Spartacus. Les grands salauds comme les petits n’y sont pas admis.
Robert Lévesque
La Presse (Québec), 18/01/2009
Orwell complété

Les œuvres complètes de George Orwell rassemblées par Sonia Orwell en 4 volumes et traduites en français il y a près de 10 ans par les éditions Ivréa étaient un digest de l’œuvre de l’auteur de 1984, 20 volumes des œuvres complètes ont été publiés en langue anglaise. En effet, la présente publication montre qu’un certain nombre de textes n’avaient pas été retenus. Leur publication ne modifie pas la nature de l’œuvre mais la présente édition apporte d’utiles compléments au travail déjà réalisé. Il y a au total une dizaine de chroniques en plus.

Cette édition dans une nouvelle traduction publie donc l’intégralité de la chronique que George Orwell a tenu dans l’hebdomadaire de la Gauche radicale anglaise, Tribune sous le titre « À ma guise ». Il existe deux temps dans les chroniques orwelliennes. Une chronique quasi hebdomadaire entre le 3 décembre 1943 et 16 février 1945 puis du 8 novembre 1946 au 4 avril 1947. L’ouvrage est complété par une imposante postface de Paul Anderson replaçant Orwell dans la nébuleuse de la gauche anglaise. Trois thèmes sont particulièrement importants : la condition ouvrière et l’attention au progrès social qui demeure une constante de ces articles. Le deuxième élément est une réflexion particulièrement profonde sur l’écriture, le journalisme, le métier d’homme de lettres. Enfin, la question centrale de la place de la liberté et de la progression du totalitarisme qui sous ses différentes formes semble alors ronger les sociétés occidentales. La présente édition est utilement complétée par une préface, une postface et un glossaire orwellien, qui permettent de montrer, s’il en était encore besoin, que la pensée Orwell demeure une réflexion permanente sur le passé qui devrait éviter également aux anciens gardes rouges des écoles normales et des universités de s’approprier son héritage, histoire de contrôler le présent de leurs ego médiatiques.

Sylvain Boulouque
L'OURS, n° 384, janvier 2009
George Orwell, à la première personne

L’auteur de 1984 est aussi l’inventeur de la chronique, ce genre journalistique qui permet le « je ». Un recueil de ces textes rappelle l’irréductible liberté de ton de l’écrivain.

George Orwell, l’auteur de 1984 et de La Ferme des animaux, les deux grandes fictions politiques du XXe siècle, a aussi inventé la chronique. Les quatre-vingts textes qu’il a donnés à l’hebdomadaire de la gauche travailliste anglaise Tribune entre 1943 et 1947 ont amorcé un genre qui deviendra quarante ans plus tard le modèle du journalisme de conversation. Traduites une première fois entre 1995 et 2002 mais dispersées*, ces chroniques sont maintenant réunies en un seul volume qui met en évidence leur saveur particulière, la démarche originale de leur auteur et son actualité.
Orwell écrit « à sa guise » et à la première personne. Son « je » lui ouvre l’espace de la liberté: ne parlant qu’en son nom, il pourra dire tout ce qu’il pense. Il se mêle de tout sauf de la politique des pouvoirs, qu’il laisse aux débatteurs et éditorialistes professionnels. « Il discutait d’une centaine de sujets, allant du montant comparatif de ses dépenses en livres et en cigarettes à la reproduction des crapauds au printemps, en passant par le lamentable déclin du crime à l’anglaise», dit son premier biographe, Julian Symons. Son souci est de se faire comprendre des gens ordinaires et de leur redonner confiance en leurs propres expériences dans une époque balayée par les ouragans idéologiques. « Le véritable ennemi, dit Orwell, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone, et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment. » On ne saurait mieux dire aujourd’hui quand défilent les discours tout faits sur l’économie, sur l’État, sur la santé publique, sur le monde. Les chroniques d’Orwell sont l’exemple délectable de ce petit air à soi qui manque dans le bruit.
Le Orwell (Eric Blair de son vrai nom) qui a servi comme fonctionnaire de police en Birmanie, qui a ensuite combattu pour la République espagnole dans les rangs des socialistes révolutionnaires, ne va pas égrener des opinions mais témoigner de sa propre vie par des angles de vue personnels. Dans une écriture simple et précise qui ne se place jamais en surplomb de ses lecteurs, il mêle la trame politique générale de son époque – la guerre, l’empire colonial anglais, le nazisme, le stalinisme – aux affaires de l’existence quotidienne, la corvée de vaisselle, la sélection des plants de rosiers, la réforme de l’orthographe ou la presse féminine. Il s’ensuit une plaisante complicité entre l’auteur et son lecteur, le premier entraînant le second dans des réflexions inattendues qui le feront sortir de son « petit cercle » routinier.
En l’occurrence, le « petit cercle » qu’il prend à rebrousse-poil n’est pas rien : la gauche anglaise abonnée à Tribune, souvent empêtrée dans un écheveau de slogans qui la jette tantôt dans l’adoration de la Russie soviétique, tantôt dans le chauvinisme et toujours dans le pacifisme et l’humanitarisme. Or, « se moquer des uniformes qui veillent sur votre sommeil » est pour Orwell une négligence morale. Il ne ménagera pas ceux qui s’en rendent coupables.
Le bombardement des villes allemandes lui donne l’occasion de réflexions grinçantes à leur égard. « Aucune personne sensée ne saurait considérer les bombardements et autres actes de guerre autrement qu’avec dégoût… écrit-il, mais tous les discours pour “limiter” ou “humaniser” la guerre sont de la pure fumisterie… Pourquoi serait-il plus grave de tuer des civils que des soldats ?… La guerre “normale” ou “légitime” sélectionne et envoie au massacre les éléments les plus braves et les plus sains de la population masculine… Les mêmes qui lèvent les bras au ciel quand ils entendent “bombardements de civils” répètent avec satisfaction des formules comme “nous sommes en train de gagner la bataille de l’Atlantique”. Dieu seul sait combien de personnes ont été tuées et vont l’être par nos raids aériens sur l’Allemagne et sur les pays occupés, mais on peut être certain que leur nombre n’approchera jamais celui du massacre qui a eu lieu sur le front russe. A ce stade de l’histoire, il ne semble pas mauvais que les jeunes ne soient pas les seuls à mourir… L’immunité des civils, qui est une des choses qui a rendu la guerre possible, a définitivement volé en éclats… Je ne le regrette pas. Je ne peux concevoir que la guerre soit “humanisée” quand le massacre se limite aux jeunes hommes et qu’elle soit “barbare” quand les vieux meurent aussi. »
Les lettres de lecteurs arrivent aussitôt, si abondantes qu’Orwell leur répond quelques chroniques plus tard : « Comme beaucoup de gens dans ce pays, je commence à être las de toutes ces bombes. Mais je m’élève contre l’hypocrisie qui consiste à accepter la force comme instrument tout en poussant des cris d’orfraie face à l’usage de telle ou telle arme particulière ; et aussi contre l’hypocrisie qui consiste à dénoncer la guerre tout en souhaitant préserver le type de société qui la rend inévitable. »
Il est sans pitié pour ceux qui se lamentent du sort des femmes victimes des raids : « Pourquoi serait-il pire de tuer une femme que de tuer un homme ?… L’idée qui est derrière tout ça, c’est que puisqu’un homme peut féconder un très grand nombre de femmes, comme un bélier de concours féconde des milliers de brebis, les pertes en vies masculines sont comparativement moins importantes. Mais les humains ne sont pas du bétail. Quand la tuerie engendrée par la guerre laisse derrière elle un grand nombre de femmes, la très grande majorité d’entre elles ne mettent pas d’enfants au monde. Du point de vue biologique, la vie des hommes est à peu près aussi importante que celle des femmes… »
Le chroniqueur peut dire ces choses dérangeantes parce qu’il n’engage que lui. Orwell ne se lasse pas de prêcher ses anti-sermons au temple de la politique qu’il avoue tenir « en horreur ». Mais rien n’est simple dans les relations d’Orwell avec la politique. L’un de ses proches, Cyril Connolly, le voyait en « animal politique » : « Il ne pouvait pas se moucher sans faire un discours sur les conditions de travail dans l’industrie du mouchoir. » Tandis que sa femme, Sonia, affirmait qu’il n’avait été poussé dans la politique que par un accident de l’histoire (la guerre civile espagnole) alors qu’il ne rêvait que de littérature et de vie à la campagne. Son meilleur biographe, Bernard Crick, synthétise les deux : « Si Orwell plaidait pour qu’on accorde la priorité au politique, c’était seulement afin de mieux protéger les valeurs non politiques. » A quoi l’essayiste et écrivain Simon Leys, fasciné par cette question qui est aussi la sienne, ajoute : « En un sens, quand il s’appliquait à planter des choux, à nourrir sa chèvre et à maladroitement bricoler de branlantes étagères, ce n’était pas seulement pour le plaisir mais aussi pour le principe ; de même… en dissertant de pêche à la ligne… il ne cédait pas à une recherche gratuite d’originalité, il voulait délibérément choquer ses lecteurs et leur rappeler que, dans l’ordre des priorités, il faudrait quand même que le frivole et l’éternel passent avant la politique. »
On ne comprendrait pas autrement son éloge des rosiers de chez Woolworth : « A la belle époque où rien ne coûtait plus de six pence chez Woolworth, un de leurs meilleurs produits était le rosier… (Ils) avaient le charme des pochettes-surprises… J’ignore la durée de vie moyenne d’un rosier. Dix ans je suppose. Durant tout ce temps, un rosier grimpant donnera des fleurs pendant un mois ou six semaines tous les ans… Et tout ça pour six pence – le prix avant-guerre de dix cigarettes Players, d’une demi-pinte de bière… ou d’à peu près vingt minutes d’air vicié dans une salle de cinéma ! »
Les roses de George Orwell appartiennent à la banalité de la vie qu’il s’agit de préserver contre l’engloutissement par les systèmes. Le chroniqueur nargue avec elles cette lectrice qui lui a écrit fâchée parce qu’elle les considérait comme « bourgeoises ». « Le totalitarisme ne se contente pas de vous interdire d’exprimer – et même de concevoir – certaines pensées, commente-t-il : il vous dicte ce que vous devez penser. » Tandis que les arbres, les fleurs et les chèvres vous ramènent à votre humanité, dont vous avez aussi le droit de rire : « Quelle est votre première réaction quand vous entendez approcher ce bruit vrombissant ? Vous voulez entendre la bombe passer en toute sécurité au-dessus de votre tête et disparaître au loin. Bref, vous souhaitez qu’elle tombe sur quelqu’un d’autre… »
Les lecteurs de Tribune ont finalement aimé cette voix et lui ont fait une postérité. Orwell le chroniqueur a maintenu pour eux et maintient encore pour nous le devoir de liberté : « Ne vous imaginez pas que vous pouvez vous faire pendant des années le propagandiste lèche-bottes du régime soviétique, ou de n’importe quel autre régime, et puis tout à coup retrouver une décence intellectuelle. Putain un jour, putain toujours. »

« En lavant la vaisselle… »
George Orwell, « A ma guise, 9 février 1945 »

Chaque fois que je fais la vaisselle, je m’émerveille du manque d’imagination des êtres humains, qui sont capables de voyager sous la mer et de voler dans les nuages et n’ont cependant jamais su comment éliminer la perte de temps qu’est cette sordide corvée de leur vie quotidienne. Si vous vous rendez dans la salle de l’âge de bronze du British Museum […], vous verrez que certains de nos ustensiles domestiques ont à peine changé en trois mille ans. La poêle à frire, disons, ou le peigne, est resté sensiblement le même objet que lorsque les Grecs assiégeaient Troie. Pendant la même période, nous sommes passés de la galère qui fait eau au paquebot de cinquante mille tonneaux, et du char à bœufs à l’avion.
Il est vrai que, dans la maison moderne où les corvées sont simplifiées – à laquelle n’a droit qu’une infime proportion des êtres humains -, une tâche telle que la vaisselle prend un peu moins de temps qu’autrefois. Avec des produits à vaisselle, une eau chaude abondante, un égouttoir, une cuisine bien éclairée, et – ce que très peu de maisons anglaises possèdent – une méthode simple pour se débarrasser des ordures, on peut rendre la chose plus tolérable que lorsqu’il fallait frotter des casseroles en cuivre avec du sable dans des éviers en pierre poreuse à la lumière d’une chandelle.
Mais certaines tâches (par exemple, nettoyer une poêle à frire ayant servi à la cuisson du poisson) sont par nature dégoûtantes, et toute cette histoire de patouiller avec des lavettes et des bassines d’eau chaude est extraordinairement primitive.
En ce moment, l’immeuble dans lequel je vis est en partie inhabitable: ce n’est pas dû à l’action de l’ennemi mais à l’accumulation de neige qui a provoqué des fuites dans le toit et fait tomber le plâtre des plafonds. Il est accepté que cette calamité se reproduira chaque fois que tombe une couche de neige exceptionnelle. Pendant trois jours il n’y avait pas d’eau au robinet parce que les tuyaux étaient gelés: ceci est également un événement normal, presque annuel. Et les journaux viennent d’annoncer que le nombre de tuyaux éclatés est tellement grand que leur réparation ne sera pas achevée avant la fin de 1945 – quand, je suppose, nous aurons une autre période de gel et qu’ils éclateront tous de nouveau. Si nos méthodes de guerre avaient suivi le rythme de nos méthodes ménagères, nous serions plus ou moins à l’aube de la découverte de la poudre à canon.
Pour revenir à la vaisselle. Tout comme balayer, frotter et faire les poussières, il s’agit d’un travail qui, par nature, est non créatif aussi bien qu’une perte de temps. On ne peut pas en faire un art comme c’est le cas parfois avec la cuisine ou le jardinage. Que faut-il donc faire? Eh bien, pour tout ce qui concerne les tâches ménagères, il existe trois solutions possibles. L’une d’elles est de simplifier énormément notre manière de vivre; une autre est d’accepter, comme le faisaient nos ancêtres, que la vie sur terre est de toute façon misérable et qu’il est parfaitement normal que la plupart des femmes deviennent des bêtes de somme dès l’âge de trente ans; la troisième est de vouer autant d’intelligence à la rationalisation de l’intérieur de nos maisons que nous en avons voué au transport ou aux communications.
J’ai l’espoir que nous choisirons la troisième solution. Si l’on s’en tient à l’idée d’éviter les problèmes et si l’on planifie sa maison aussi efficacement qu’on pourrait planifier la construction d’une machine, on peut imaginer des maisons et des appartements qui seraient confortables tout en demandant peu de travail. Chauffage central, vide-ordures, traitement correct de la fumée, pièces aux coins arrondis, lits chauffés à l’électricité et disparition des moquettes, tout cela ferait une énorme différence. Mais quant à la vaisselle, je ne vois pas d’autre solution que de la faire de façon communale, comme la lessive. Tous les matins, la camionnette municipale s’arrêtera devant votre porte et emportera une boîte de vaisselle sale qu’elle échangera contre une boîte de vaisselle propre (marquée évidemment à vos initiales). Cela ne serait pas vraiment plus difficile à organiser que le service quotidien de langes qui fonctionnait avant la guerre. Et, bien que cela signifie que certaines personnes devront être des laveurs de vaisselle à temps plein, comme il y a des blanchisseurs à plein temps, l’économie d’ensemble en travail et en combustible serait énorme. L’alternative serait de continuer à se dépatouiller avec des lavettes graisseuses, ou de manger dans des containers en carton.

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Joëlle Kuntz
Le Temps, 3/01/2009
Petites conversations avec des gens ordinaires

Directeur de la revue Now et anarchiste pacifiste, George Woodcock racontait que son ami Orwell « aimait discuter de ses idées dans de longs monologues entrecoupés de tasses de thé serré et de cigarettes de tabac noir roulées à la main ». Et il ajoutait que « l’on pouvait, très peu de temps après, retrouver la discussion du soir dans un article. » À lire ces chroniques de Tribune – parues sous l’intitulé sans équivoque « À ma guise » –, on entend effectivement la voix d’Orwell, d’un Orwell tout occupé à converser de tout un peu avec des gens ordinaires. Et, éventuellement, à leur répondre quand, du courrier des lecteurs, montaient des commentaires désobligeants. Comme pour illustrer sa maxime favorite : « Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. »

L’idée était excellente de réunir en volume les quatre-vingts chroniques publiées par George Orwell dans l’hebdomadaire Tribune, en deux séries, entre décembre 1943 et avril 1947. D’autant que celles-ci n’avaient été publiées jusqu’à maintenant que de manière dispersée, fragmentaire et, pour beaucoup, amputées. De leurs réponses aux lecteurs, notamment. Précédées d’une présentation de Jean-Jacques Rosat et suivies d’une postface de Paul Anderson – « Les Années Tribune » – et d’un utile « petit glossaire orwellien », ces chroniques, longtemps considérées comme mineures par la critique, révèlent au contraire un Orwell au sommet de son art et soucieux de redonner au journalisme quelques lettres de noblesse.

Tel qu’il était, en effet, pratiqué, le journalisme n’inspirait que méfiance à Orwell. Sensationnaliste, approximatif et bavard, il avait même le don de l’exaspérer, comme ses serviteurs zélés – plumitifs bien ou mal appointés – qu’ils savaient, en règle générale, peu enclins à l’honnêteté et au courage. Si la guerre avait substantiellemnt modifié les perspectives, c’est que, circonstances et crise du papier aidant, la presse avait dû opérer quelque tri dans sa hiérarchisation de l’information. D’où un certain recul, dans ses colonnes, des sujets futiles ou simplement sans intérêt. Pour le reste, Orwell, qui connaissait d’assez près la profession, n’ignorait pas que tout journaliste moderne pratique avec aisance « l’astuce qui consiste à faire croire qu’il y a de l’information quand il n’y en a pas » et que, « le chien vraiment bien dressé [étant] celui qui exécute son saut périlleux sans avoir besoin de fouet », il possède cette particulière aptitude à la servitude volontaire qui lui permet de sentir, sans qu’aucune autorité n’ait besoin d’intervenir, « ce qui doit ou ne doit pas être publié ».

Quand Orwell rejoint Tribune, en novembre 1943, comme directeur littéraire, puis comme chroniqueur, la guerre est entrée dans sa dernière phase. Défaite à Stalingrad, l’armée du Reich assiste au début de sa fin. Les fusées V-1, puis V-2, qu’elle envoie sur Londres contribuent, certes – et comment ! – à terroriser la population, mais elles n’ont pas d’effet majeur sur son moral : la victoire sur le nazisme est désormais à l’ordre du jour. Dans cette perspective, Tribune, dirigé par Aneurin Bevan, fait entendre une voix singulière dans le concert patriotique de la presse britannique. Proche de la gauche du Parti travailliste, l’hebdomadaire marque, entre autres, sa différence sur deux questions majeures : le traitement, qu’il espère généreux, que les Alliés et futurs vainqueurs devront réserver au peuple allemand et la caractérisation de l’URSS comme puissance impérialiste. Deux points sur lesquels Orwell est en parfaite symbiose avec sa rédaction.

En ces temps où se dessinent les contours de l’après-guerre, Orwell a « renoncé, nous dit Paul Anderson, à ses grands espoirs de 1940–1941, quand il voyait la Grande-Bretagne à l’aube d’une révolution socialiste ». Le binôme « guerre-révolution » qu’il a, semble-t-il, directement transposé de son expérience espagnole et au nom duquel il s’opposa fermement au pacifisme de certains anarchistes anglais, reposait, en effet, comme il le reconnut par la suite dans une « lettre » à Partisan Review, sur une erreur de jugement : « J’ai surestimé le caractère antifasciste de la guerre. » Revenu de cette illusion, le collaborateur régulier de Tribune que sera Orwell n’en demeure pas moins un digne représentant de cette gauche démocratique, égalitaire et antistalinienne, dissidente par essence et, désormais, fortement menacée par la naissante logique des blocs.

Malgré la totale liberté dont il bénéficie, Orwell n’en est pas moins le poil à gratter de Tribune. C’est que l’homme n’est pas vraiment porté au compromis. Ainsi, il ne manque pas d’épingler ses propres collègues en rédaction lorsque, se laissant aller à ce manque de rigueur journalistique qu’Orwell déteste tant, il les prend à partie dans les colonnes du même hebdomadaire. Quant aux autres, ceux qui sévissent ailleurs – et particulièrement « les lèche-bottes propagandistes du régime soviétique » – du New Statesman –, le chroniqueur leur adresse quelques mémorables volées de bois vert, dont un retentissant « putain un jour, putain toujours », qui prouvent en tout cas qu’il n’a pas l’esprit de corps. En règle générale, Orwell a la dent dure. Ses chroniques abondent en vacheries sur les experts, les intellectuels néo-pessimistes, les architectes, les nationalistes, les bureaucrates, les racistes, les publicitaires, les critiques littéraires and so on, mais on aurait tort d’y voir une prédisposition au persiflage ou un goût pour l’effet. Chaque fois qu’il mord, c’est de manière circonstanciée et après avoir exposé, le plus honnêtement possible, la thèse contraire. Orwell excelle dans cet art du retournement des lieux communs, des pensées toutes faites, des préjugés et des réputations. Il juge sur pièces, arguments à l’appui, jamais à l’emporte-pièce, comme il est admis de le faire dans certains milieux où l’idéologie justifie, par avance, le discrédit jeté sur l’adversaire. Ce qui frappe, au contraire, à lire ces chroniques, outre l’extraordinaire diversité des sujets traités – des thèmes d’actualité les plus brûlants aux faits les plus apparemment insignifiants de l’existence –, c’est le sens de la mesure et de la nuance dont sait faire preuve leur auteur. Car ce qui compte, à ses yeux, ce n’est pas tant de trancher sur tel ou tel sujet en s’appuyant sur une supposée compétence intellectuelle, mais, comme le souligne très justement Jean-Jacques Rosat, de forcer son lecteur – l’homme ordinaire – « à porter un regard inédit, décalé, sur son univers quotidien », et ce faisant de lui faire « prendre conscience que celui-ci est le lieu même où, jusque dans les petits riens, s’affrontent des forces puissantes, à certains égards colossales et impersonnelles sur lesquelles lui, l’homme ordinaire, a cependant prise puisque c’est dans son monde que l’affrontement a lieu et que lui-même en est l’enjeu ».

La force d’évocation de ces chroniques doit beaucoup à l’écriture si caractéristique d’Orwell, dont le modèle en la matière resta, sans aucun doute, Samuel Butler – ce « conservateur », disait-il, qui, à la différence de bien des idéologues progressistes, « [n’avait] jamais perdu la faculté de se servir de ses yeux ». Simple, directe, incisive, l’écriture d’Orwell ne s’encombre pas davantage de digressions que de préciosités stylistiques. Elle dit, au mot près et sans pittoresque, ce qui doit être dit. Avec franchise et dans le seul but d’être compris par les gens ordinaires à qui elle s’adresse.

Nul doute que cet hebdomadaire exercice d’écriture – qui abordait, chaque fois, trois ou quatre thématiques différentes – donna quelques suées au flegmatique essayiste, mais à lire ces « À ma guise », on perçoit sans forcer l’immensité du gouffre qui sépare les narcissiques et bidonneurs « blocs-notiers » d’aujourd’hui de l’altruiste et rigoureux chroniqueur d’hier.

Mathias Potok
À contretemps n° 33, janvier 2009
Quand George Orwell écrivait à sa guise

Entre 1943 et 1947, George Orwell livra quatre-vingts chroniques à Tribune, un journal de la gauche radicale anglaise. Les éditions Agone nous offrent À ma guise, une traduction intégrale inédite.

George Orwell (Eric Blair, 1903–1950), c’est bien sûr l’auteur du magistral 1984, roman visionnaire porté à l’écran par Michael Radford. C’est aussi l’auteur de La Ferme des animaux, devenu dessin animé sous la houlette de John Halas et de Joy Batchelor. Les amateurs d’Orwell peuvent encore lire Dans la dèche à Paris et à Londres ou le superbe Hommage à la Catalogne.

Dans À ma guise, nous trouvons intégralement réunies (pour la première fois en français) les passionnantes chroniques écrites par George Orwell dans Tribune, un hebdomadaire qui ouvrait ses colonnes à des auteurs plus proches des anarchistes, des trotskistes et de l’Independent labour party que du parti travailliste officiel. Contemporaines de la rédaction de La Ferme des animaux et de 1984, les quatre-vingts chroniques brossent un panorama journalistique, historique et sociologique immense. Écrites en toute liberté, les chroniques d’Orwell livrent mille et une situations tour à tour graves ou cocasses avec une lucidité qui s’autorise parfois une bonne dose d’humour noir.

Dans les années 30, George Orwell avait donné un style particulier au reportage journalistique. Ses écrits sur la classe ouvrière et sur sa guerre d’Espagne sont inoubliables. Dans Tribune, entre décembre 1943 et février 1945, puis de novembre 1946 à avril 1947, George Orwell a réinventé la chronique pour en faire un outil du combat politique… et moral. « Lorsqu’on examine ce qui s’est passé depuis 1930, il n’est pas facile de croire à la survie de la civilisation », écrit, inquiet, Orwell en contemplant l’actualité d’un jour ordinaire de novembre 1946.

« Orwell voit dans le journalisme le moyen d’élargir l’horizon de l’homme ordinaire et de renforcer sa capacité à comprendre sa propre situation », note Jean-Jacques Rosat dans la préface de À ma guise. Dans ses chroniques, Orwell va donc mêler événements proches et lointains pour tenter de montrer à quel point les uns sont susceptibles de bouleverser les autres. « Comment rendre les gens conscients de ce qui se passe en dehors de leur petit cercle, s’interroge Orwell. Voilà un des principaux problèmes de notre temps, et une nouvelle technique littéraire va devoir être inventée pour y parvenir. »

Orwell est bien seul au sein d’une profession pour laquelle il n’a pas beaucoup d’estime. À ses yeux, la majeure partie de ce qui se publie dans la presse œuvre au côté des forces de destruction. Il fulmine contre les journaux qui inventent de toutes pièces un monde frivole et illusoire, « un endroit tranquille dominé par la royauté, le crime, les soins de beauté, le sport, la pornographie et les animaux ». Il s’insurge contre la presse « aux mains d’une poignée de gros capitalistes qui ont intérêt au maintien du capitalisme et qui tentent donc d’empêcher les gens d’apprendre à penser. » Il critique les journalistes qui, « les yeux ouverts », ont laissé leur métier se dégrader. Naturellement, les magnats de la presse ne sont pas épargnés. Mais, les blâmer parce qu’ils gagnent de l’argent par le moyen le plus rapide, « c’est un peu comme blâmer un putois parce qu’il pue » ! Des vérités qui auraient pu être écrites ce matin. Y compris quand Orwell dénoncent les écoles de journalisme où l’on présuppose « que le public sera toujours et à jamais une masse de crétins dont le seul désir est de s’endormir… » Aux antipodes de cette logique, Orwell assure qu’il faut « dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre ». Et il y arrive avec talent. Lui qui tenait à faire de l’écriture politique un art.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Orwell ne prend pas ses lecteurs pour des cons. En mille mots, il partageait avec eux ses lectures, ses observations, ses souvenirs ou son regard sur l’actualité. En rendant visibles des gens et des faits ordinaires, Orwell attira vite la sympathie et la complicité des lecteurs qui n’hésitaient pas à l’interpeller pour polémiquer ou répondre aux questions qu’il lançait comme des bouteilles à la mer. Au fil des semaines, Orwell savait tirer de sujets parfois quelconques des réflexions originales et vivantes. La plupart revenaient en fait à parler de la lutte des classes sans en avoir l’air. Quelques lignes sur les grilles qui entourent les squares furent prétextes à parler de la propriété privée. L’observation d’une famille coincée entre deux gares fut l’occasion de rappeler que « notre société est organisée de façon à ce que ceux qui n’ont pas d’argent soient obligés de le payer tous les jours par des humiliations mesquines et des inconforts absolument inutiles – comme de devoir rentrer chez soi à pied, les doigts sciés par la ficelle de leur valise… » L’éloge de ses rosiers lui donna la possibilité de parler du socialisme fleuri et festif pour lequel il se battait. Une chronique sur les insolations dévia sur une dénonciation du racisme et du colonialisme.

Adepte de la provocation douce et du contre-pied, Orwell n’avait pas de sujets tabous. Le lecteur d’aujourd’hui trouvera encore beaucoup d’intérêt à lire entre les lignes des chroniques qui parlent des bombes volantes nazies sur Londres, des bombardements alliés sur l’Allemagne, de l’immigration, de l’antisémitisme, du fascisme, du nationalisme, de la Birmanie, de la haine de l’ennemi, des criminels de guerre, des méthodes de pendaison… comme du rationnement vestimentaire, de vocabulaire, de la grossièreté des boutiquiers, des publicités « Le soleil brille », de Noël, des critiques littéraires, des rumeurs, des accidents de la route, des annonces matrimoniales, du chauffage à la tourbe, du maquillage, des pantalons à revers, des tâches ménagères…

Les lecteurs de 1984 ne seront pas surpris de voir que les pages sur la propagande politique et religieuse, sur la falsification de l’histoire, sur la censure et l’autocensure ne manquent pas. À ce propos, dans le domaine du livre, Orwell remarque avec ironie que les chiens vraiment bien dressés sont ceux qui exécutent des sauts périlleux sans avoir besoin du fouet du dresseur. Antistalinien, Orwell n’en rate pas une non plus pour épingler des gens comme Maurice Thorez, dirigeant communiste français (au sujet de son comportement au moment du pacte germano-soviétique). Une chronique s’arrête sur une absurdité digne d’un roman : l’histoire de prisonniers allemands qui ne parlaient aucune langue connue. Il s’agissait finalement de Tibétains qui s’étaient égarés un jour à la frontière indienne. Enrôlés dans un bataillon de travail en URSS, faits prisonniers par les Allemands, envoyés en Afrique du Nord, faits prisonniers par les Britanniques en France, ils n’avaient jamais pu échanger un seul mot avec quiconque et n’avaient aucune idée de ce qui leur arrivait !

Méditant sur la guerre et le droit, Orwell eut encore une pensée intemporelle le 31 décembre 1943. « Un monde où l’assassinat d’un seul civil est criminel et où le largage d’un millier de tonnes d’explosifs sur un quartier résidentiel est légitime me fait parfois me demander si notre Terre ne sert pas d’asile psychiatrique à une autre planète », écrivait-il avant de reconnaître, le 29 novembre 1946, que le mal vient bien de chez nous. « Nous n’irons nulle part tant que nous ne reconnaîtrons pas que le comportement politique est en grande partie non rationnel, que le monde souffre d’une sorte de maladie mentale qu’il va falloir diagnostiquer si nous voulons pouvoir la guérir. » Si un lecteur du Mague est capable d’éclairer la science sur ce point en suspens, qu’il veuille bien nous écrire…

Lire l’article sur le Mague

Paco
Le Mague, 11/11/2008
Compte-rendu

Ce nouveau recueil consacré à l’immortel auteur de La ferme des animaux et 1984 s’inscrit dans le courant de (re)découverte de son œuvre et de son engagement politique, initié voici déjà plus de dix ans, et dont une des pierres de touche n’est autre que l’étude de John Newsinger, La politique selon Orwell, publiée chez Agone, justement (voir sa recension sur notre site). Inédites en France dans leur intégralité, ces chroniques sont en fait la compilation des quatre-vingts « blocs notes » qu’Orwell a tenus dans l’hebdomadaire britannique de gauche Tribune entre décembre 1943 et avril 1947, avec une interruption entre février 1945 et novembre 1946, coïncidant avec son départ d’Angleterre en tant que correspondant.

Écrites dans un style clair et direct, non sans humour pince sans rire, ces réflexions polymorphes abordent une foultitude de sujets, sans commenter directement l’actualité, avec ce souci qui sous-tend tout le journalisme selon Orwell : faire réfléchir ses lecteurs en partant du concret, les inviter à prendre du recul sur les choses, les idées reçues, et leur dévoiler la réalité, sans se focaliser sur la nouveauté ou le sensationnel, et sans hésiter non plus à secouer… Au passage, il fait l’éloge de la presse écrite par rapport à la radio, dénonce le poids des propriétaires de journaux et des annonceurs, des réflexions toujours d’actualité. Sont ainsi tournés en dérision aussi bien les experts que la tradition d’anoblissement anglaise, et critiquées la publicité ou la solitude des individus dans les grandes villes modernes. Orwell apporte également des bémols à des jugements tous faits, relativisant par exemple la soi disant plus grande liberté de circulation dans le monde au XXe siècle.

On y retrouve en tout cas son positionnement particulier, celui d’un socialiste révolutionnaire non trotskyste, que l’on pourrait définir comme patriote en raison du soutien qu’il apporte à la guerre de son pays contre l’Allemagne hitlérienne (allant jusqu’à défendre le bombardement des villes), mais qui articule sa réflexion autour de la lutte des classes et conserve toute sa verve radicale, lorsqu’il défend la nécessité du socialisme pour dépasser la simple satisfaction des besoins élémentaires de tous, sans même écarter la possibilité d’une insurrection populaire violente1. Avec toujours la nécessité vitale de la liberté d’expression. Certaines réflexions constituent même des jalons permettant de mieux cerner la maturation de 1984 , ainsi de « l’histoire (…) écrite par les vainqueurs » (p. 81), de la fin de l’indépendance de l’artiste, des dénonciations régulières du totalitarisme ou des reproches faits à des simplifications langagières (sur le fascisme, par exemple).

Pour faciliter la lecture de ces chroniques ancrées dans un contexte anglais bien particulier, un « Petit glossaire orwellien » est disponible en fin d’ouvrage, avec des notices synthétiques bien utiles (mais dont certaines se révèlent malheureusement manquantes bien que signalées dans le corps du texte). Enfin, la préface de l’édition originale, « Les années Tribune. 1943–1947 », de Paul Anderson, est traduite et proposée en postface, ce qui permet d’approfondir la compréhension de l’ensemble.

1 Toutes les possibilités sont en fait envisagées : « […] comme aucun véritable changement structurel ne se produit dans notre société, le nivellement qu’engendre mécaniquement une simple pénurie vaut toujours mieux que rien » , p. 83.

Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences.net, novembre 2008
Compte-rendu
Qui ne connaît Orwell ? Pourtant, le livre, publié aux excellentes éditions marseillaises Agone, est la première traduction intégrale des quatre-vingts chroniques composant le texte original publié sous le titre À ma guise. Ces chroniques (couvrant les années 1943–1947) sont contemporaines des deux chefs-d’œuvre d’Orwell : La Ferme des animaux et 1984. Il les rédigea pour Tribune, hebdomadaire de la gauche radicale anglaise. On sait l’engagement d’Orwell dans la guerre d’Espagne, aux côtés du POUM. On sait, aussi, comment, pour lui, la catastrophe politique peut conduire au monde totalitaire qu’il présente dans 1984. Pourtant, Orwell écrit que l’inévitable n’est jamais certain et que le combat quotidien constitue une ultime énergie qui permettra, peut-être, de s’en sortir : « Il faut poursuivre la lutte politique, exactement comme un médecin doit tenter de sauver la vie d’un patient, même s’il a de grandes chances de mourir. » Ces chroniques sont un chant d’espoir en l’individu qui parvient toujours, malgré mille obstacles, à se tenir debout.
Michel Perraudeau
Anjou Laïque, octobre 2008
Compte-rendu
Lorsqu’on évoque George Orwell (1903–1950), on pense immédiatement à ses deux romans les plus connus, 1984 et La Ferme des animaux. Mais en plus de cet écrivain politique, comme il se définissait lui-même, George Orwell fut également un brillant journaliste. De 1943 à 1947, George Orwell s’occupa d’une chronique hebdomadaire intitulée « À ma guise », dans Tribune, un journal de gauche. Dans cette rubrique de mille mots, il jouissait d’une entière liberté de ton et de choix de sujets. Ce fut l’occasion pour lui d’évoquer des thèmes aussi divers que l’arrivée du printemps, les chroniques matrimoniales, l’état de la presse, la hausse des prix et l’antisémitisme. Les éditions Agone ont regroupé tous ces textes en un seul volume. « Notre société n’est pas seulement organisée de façon à ce que ceux qui ont de l’argent puissent acheter des produits de luxe […]. Elle est aussi organisée de façon à ce que ceux qui n’ont pas d’argent soient obligés de le payer tous les jours par des humiliations mesquines et des inconforts absolument inutiles. » Dans ces quatre-vingts chroniques écrites pendant la Seconde Guerre mondiale sous la forme de conversations familières, l’écrivain parle des idéologues qu’il combat, décrit les bombardements sur Londres, mais également des petites choses de la vie quotidienne. Il s’agissait aussi de réflexions sur l’actualité politique, la guerre puis la guerre froide, les plaisirs simples de la vie et les difficultés de l’époque. Passionnant.
Force ouvrière n°2867, 22/10/2008
Philosophie politique d'Orwell

« Ce soir de 1940 où, pour la première fois, l’énorme tir de barrages des batteries anti aériennes éclata dans le ciel de Londres, je me trouvais à Piccadilly Circus… ». Une étonnante discussion s’engage alors entre Orwell et un jeune artiste peintre qui fait l’éloge d’une Angleterre fasciste, « pour pouvoir poursuivre son œuvre bien sûr ». Cette chronique est l’occasion pour l’auteur de 1984 de détruire l’illusion que sous une dictature on peut être libre intérieurement. On admet facilement que l’on peut être emprisonné, torturé… mais pas empêché de penser. Cette illusion pour Hannah Arendt remonte à St Augustin…
Mais revenons à Orwell : « la pire des erreurs, c’est de s’imaginer que l’être humain est un individu autonome ; la liberté secrète dont on est supposé pouvoir jouir sous un régime despotique est un non-sens car nos pensées ne nous appartiennent jamais entièrement ». Voilà de la pensée qui s’ancre dans les conditions les plus concrètes, sous un bombardement vécu avec des femmes et des hommes de tous les jours. Ce n’est pas tant le socialisme d’Orwell qui séduit dans ses chroniques que ses conséquences : celui qui se veut socialiste doit connaître et partager la vie de la masse laborieuse et silencieuse ; car pour l’auteur de la Ferme des animaux ce qui importe en politique n’est pas la souscription à une théorie mais le sens du réel, et un certain flair moral.
Ces chroniques écrites entre 1943 et 1947 offrent le plaisir d’une lecture qui balaie tous les champs possibles du réel, forme d’hétéroclite du concret, avec le biais perspectif politique qui donne au regard anodin un sens. Pourquoi remettre après guerre des grilles autour des squares afin d’empêcher les pauvre d’y aller ? Les squares seraient-ils privés ? « Alors vive le vol » de ces espaces dont l’appropriation remonte à un vol primitif, celui de l’enclosure des espaces communs avec l’aide de juristes acquis à la cause des nouveaux propriétaires. À l’heure de la privatisation des moindres part de nos vies, cet écho anglais des voix de Rousseau et Proudhon dans des contextes aussi variés fait du bien à l’esprit.
Car l’univers totalitaire si bien décrit dans les romans d’Orwell semble proche aujourd’hui, comme le souligne Jean-Jacques Rosat dans sa préface : « Quand la vie et la survie quotidienne dépendent directement d’événements qui ont lieu à des milliers de kilomètres et de décisions opaques prises par des puissants inaccessibles, et quand, pour comprendre ces événements et ces décisions on ne dispose la plupart du temps que des mensonges et de la propagande, et des grilles d’interprétation faussées par les idéologies, c’est le socle de toute existence véritablement humaine qui se dérobe. Un tel processus a pour terme l’univers totalitaire de 1984… »
Car on est frappé également par l’actualité de ces chroniques qui reviennent très souvent sur la question de la propagande ; il démontre ainsi que la force de la propagande réside dans le fait qu’elle ne s’embarrasse pas de la contradiction, alors que le discours honnête de résistance, intransigeant sur les faits, doit s’alourdir des longs détours qu’exige le concept de vérité ; et puis « la plupart des êtres humains ont le sentiment qu’une chose devient différente quand on lui attribue un nom différent ». Cela évoque aujourd’hui les régressions qu’on appelle réformes, les systèmes occultes et mafieux que l’on désigne comme « quelques spéculateurs irresponsables »… Cette vulgate médiatico-politique cherche à moraliser par l’absurde un système pourri. Orwell le dit bien dans une de ses chroniques : « blâmer le financier parce qu’il gagne de l’argent par le moyen le plus rapide, c’est un peu comme de blâmer un putois parce qu’il pue » !

Régis Vlachos
Zibeline, 16/10-20/11/2008
George Orwell, à sa guise…
> à lire sur le site de Sitartmag
Frédéric Saenen
Sitartmag, 15/10/2008
George Orwell et l’immigration

Nous tenons à saluer la parution du livre À ma guise regroupant, dans une nouvelle traduction, les chroniques de George Orwell écrites de 1943 à 1947 pour Tribune.
Orwell est une figure du XXe siècle incontournable de part son engagement contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique. À une époque où le concept de Big Brother est de plus en plus pertinent, la lecture de ce livre nous permet de mieux connaître l’auteur de 1984.
En partenariat avec les éditions Agone, nous vous en proposons un extrait exclusif portant sur l’immigration.
Bonne lecture,

La rédaction de Respublica

> à lire sur le site de Respublica

Respublica, 29/09/2008
George Orwell comme personne ne l’a jamais lu

80 chroniques de l’auteur de 1984 écrites pendant la Seconde Guerre Mondiale, sont publiées en France, dans une traduction particulièrement fidèle aux textes originaux. Sorti le 26 septembre aux éditions Agone, le livre A ma guise regroupe des textes d’Orwell, écrits pour Tribune, un hebdomadaire de l’aile gauche du parti travailliste, entre décembre 1943 et février 1945. Sous la forme de conversations familières, l’écrivain parle des idéologues qu’il combat, décrit les bombardements sur Londres, mais aussi les petites choses de la vie quotidienne, qui en disent long sur la démocratie en temps de guerre. Mécaniquement, la guerre réduit certaines inégalités. Bakchich publie, en exclusivité, deux chroniques du recueil.

> à lire sur le site de Bakchich

Anaëlle Verzaux
Bakchich info, 27/09/2008
La liberté passe par le sens des mots
[…] La France connaît le romancier George Orwell, mais est en train de découvrir sa pensée politique. Viennent de paraître 80 chroniques, écrites par Orwell entre 1943 et 1948 et regroupées sous le titre de A ma guise. Elles sont autant de leçons de journalisme. On y retrouve son esprit d’enquête sur le terrain, avide de ces détails qui en disent long. Là, il s’en prend d’une manière générale à la bêtise des journalistes, et en particulier aux intellectuels de gauche qui, lors du soulèvement de Varsovie, en août 1944, s’alignent sur la propagande soviétique. Orwell est d’une gauche libre, non inféodée à Moscou, d’un socialisme antitotalitaire, soucieux avant tout de préserver les libertés individuelles. Cette conviction lui vient de son engagement durant la guerre d’Espagne. […]
Damien Le Guay
Figaro magazine, 26/09/2008
Un regard généreux et franc

[…] De 1943 à 1947, George Orwell tient une chronique hebdomadaire dans Tribune, un journal dont les idées se situent à la gauche du Parti travailliste. Intitulées A ma guise, ces chroniques traitent de sujets très divers, depuis l’arrivée du printemps jusqu’aux annonces matrimoniales, en passant par la fête de Noël, l’état de la presse, la hausse des prix ou encore l’antisémitisme. La plupart de ces textes étaient déjà disponibles en français, mais les éditions Agone ont eu la bonne idée d’en publier l’intégralité en un seul volume.

Semaine après semaine, Orwell pose sur ses semblables un regard à la fois généreux et franc. Il répond aux courriers de ses lecteurs, et par exemple à cette dame qui fait valoir que consacrer une chronique à l’éloge des rosiers revient à s’attarder sur un “sujet bourgeois”... De même n’hésite-t-il pas à mettre en garde les candidats au concours de nouvelles que lui et son journal ont organisé : “Je dois dire tout de suite que la grande majorité des cinq cents ou six cents nouvelles que nous avons reçues étaient, selon mon opinion, très mauvaises…”

Là encore, le chroniqueur prend soin de distinguer entre l’humilité du peuple et la morgue des puissants : si l’agressivité des receveurs d’autobus doit être mise au compte d’une “névrose provoquée par la guerre”, les propos xénophobes de deux hommes d’affaires s’expliquent avant tout, selon lui, par la “méchanceté active” liée à leur condition.

C’est un peu caricatural, dira-t-on. Oui, mais Orwell n’est ni philosophe ni sociologue. Pour lui, l’écriture n’a qu’une vocation : briser la solitude des hommes, les aider à créer des liens. “Comment rendre les gens conscients de ce qui se passe en dehors de leur petit cercle, voilà un des principaux problèmes de notre temps, et une nouvelle technique littéraire va devoir être inventée”, assure-t-il. Loin de former un programme doctrinal, ses textes désignent le point de fragilité propre à toute espérance socialiste : privée de son élément émotionnel, la révolution est sans âme ; coupée de ses ressources fraternelles, la politique est sans entrailles.

Jean Birnbaum
Le Monde, 25/09/2008
George Orwell, critique des médias (extraits)

On trouve dans ces chroniques quelques passages de critique des médias. En voici deux que nous reproduisons ici (sous des titres de notre choix) avec l’autorisation des éditions Agone. « Toute ressemblance avec… », etc. (Acrimed)

> à lire sur le site d’Acrimed

Acrimed, 18/09/2008
Le vendredi 6 avril 2012    La Ciotat (13)
Portrait du traducteur en caméléon

Rencontre avec Bernard Hœpffner, traducteur chez Agone de :
À ma guise (2008) et Écrits politiques (2009) de Georges Orwell ;
La Prodigieuse Procession (2011) de Mark Twain ;
L’École des ouvriers (2011) de Paul Willis

18h30. Librairie Poivre d’âne, 12 rue des Frères Blanchard

Renseignements : 04 42 71 96 93

dans le cadre des “Escales en librairies”
organisées par l’association “Libraires à Marseille”
en partenariat avec le Conseil général des Bouches du Rhône

Le jeudi 5 avril 2012    Marseille 1 (13001)
Portrait du traducteur en caméléon

Rencontre avec Bernard Hœpffner, traducteur chez Agone de :
À ma guise (2008) et Écrits politiques (2009) de Georges Orwell ;
La Prodigieuse Procession (2011) de Mark Twain ;
L’École des ouvriers (2011) de Paul Willis

19h. Librairie L’Odeur du temps, 35 rue Pavillon

Renseignements : 04 91 54 81 56

dans le cadre des “Escales en librairies”
organisées par l’association “Libraires à Marseille”
en partenariat avec le Conseil général des Bouches du Rhône

Le vendredi 28 mai 2010    Paris 5 (75)
Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky

Colloque organisé par la chaire de philosophie du langage et de la connaissance (professeur Jacques Bouveresse)

Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky
Interventions de Jacques Bouveresse, Noam Chomsky, Thierry Discepolo, Pascal Engel, John Newsinger et Jean-Jacques Rosat.

De 9h00 à 18h00. Collège de France (Amphithéâtre Marguerite de Navarre), 11 place Marcelin-Berthelot, Paris 5

Accès libre sans réservation dans la limite des places disponibles

> Télécharger le programme détaillé
> Des vidéos intégrales en français et en anglais sont téléchargeables sur la page de la chaire de Philosophie du langage et de la connaissance du Collège de France
> Tout le détail des interventions de Noam Chomsky à Paris entre le 27 et le 31 mai 2010 sur www.chomskyaparis.org

Du vendredi 19 au samedi 20 mars 2010    Lille (59)
Colloque "George Orwell, une conscience politique du XXème siècle"

Colloque organisé par l’université de Lille III.

Vendredi 10h35–11h20 : Conférence de Jean-Jacques Rosat : « Ni anarchiste ni tory : Orwell et « la révolte intellectuelle ».
Jean-Jacques Rosat est directeur de la collection Banc d’essais dans laquelle sont publiés deux livres de George Orwell : Écrits politiques et À ma guise)

Programme complet du colloque

Du vendredi 12 au dimanche 14 février 2010    Paris 4 (75)
Les Rendez-vous des Sciences humaines

Les éditions Agone présenteront leurs livres aux Rendez-vous des Sciences humaines.

Dimanche 14 février à 16h30, conférence de Jean-Jacques Rosat, directeur de la collection Banc d’essais:
Le dernier homme en Europe. Penser avec Orwell.

Espace des Blancs-Manteaux, 48 rue Vieille du temple
Tél : 01 49 54 22 75
salonshs@msh-paris.fr
www.salonshs.msh-paris.fr

Le vendredi 29 janvier 2010    Lille (59)
Conférence de Jean-Jacques Rosat

Conférence de Jean-Jacques Rosat à l’université de Lille III : « George Orwell et la lutte des classes » dans le cadre du colloque « George Orwell, une conscience politique du XXe siècle ».

16h. Maison de la recherche, salle 104. (métro Pont de bois)

Jean-Jacques Rosat dirige la collection Banc d’essais, dans laquelle sont publiés deux livres de George Orwell: Écrits politiques et À ma guise

Le vendredi 20 novembre 2009    Strasbourg (67)
Autour de George Orwell

Rencontre avec Jean-Jacques Rosat (éditeur) et Bernard Hoepffner (traducteur) autour de George Orwell.

17h30. Librairie Kléber, 1 rue des Francs Bourgeois
Info : 03 88 15 78 88.

Le vendredi 27 février 2009    Genève (Suisse)
George Orwell, homme ordinaire, écrits politiques

Carte blanche à Jean-Jacques Rosat (Collège de France, directeur de la collection Banc d’essais)

18h. Librairie Livresse – 5 rue Vignier

Informations : 00 41 22 320 80 57
cafe-librairie@livresse.ch
www.livresse.ch

Le vendredi 23 janvier 2009    Grenoble (38)
À ma guise de George Orwell

Rencontre avec Jean-Jacques Rosat (préfacier de À ma guise et directeur de la collection Banc d’essais) autour de George Orwell, écrivain politique

18h30. Librairie Le Square (L’université), 2 place Docteur Léon Martin
Information : 04 76 46 61 63
libsquar@club-internet.fr

Le vendredi 28 novembre 2008    Paris 19 (75)
À ma guise de George Orwell

Rencontre avec Jean-Jacques Rosat (directeur de la collection Banc d’essais)

19h. Librairie Texture, 94 avenue Jean Jaurès
Contact 01 42 01 25 12
texture@texture-librairie.fr

Le jeudi 6 novembre 2008    Toulouse (31)
A ma guise de George Orwell

organisée avec la librairie Ombres blanches

Rencontre avec Bernard Hœpffner (traducteur)
18h. Galerie Le Confort des étranges, 3 rue Mirepoix (tout à côté d’Ombres blanches)

Informations : 05 34 45 53 35
www.ombres-blanches.fr
galerie-le-confort-des-etranges.com

Le jeudi 16 octobre 2008    Paris 4 (75)
A ma guise de George Orwell

Rencontre avec Bernard Hœpffner (traducteur)
19h. Librairie Michèle Ignazi, 17 rue de Jouy
(métro Saint Paul)
Informations : 01 42 71 17 00

Le mardi 14 octobre 2008    Paris 20 (75)
À ma guise de George Orwell

Rencontre avec Bernard Hœpffner (traducteur)
20h. Librairie Le Comptoir des mots, 239 rue des Pyrénées
(métro Gambetta)

Informations : 01 47 97 65 40
librairie@lecomptoirdesmots.fr

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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net
Graphisme : T–D