Dans la collection « Banc d'essais »

 
couverture
Jacques Bouveresse
Que peut-on faire de la religion ?

Parution : 17/02/2011

ISBN : 9782748901368

Format papier
192 pages (12 x 21 cm) 19.00 €
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Suivi de deux fragments inédits de Ludwig Wittgenstein présentés par Ilse Somavilla ; textes traduits par Françoise Stonborough

« Dans le domaine des émotions, déclarait Bertrand Russell, je ne nie pas la valeur des expériences qui ont donné naissance à la religion. Mais pour parvenir à la vérité je ne peux admettre aucune autre méthode que celle de la science. » Aux yeux de Wittgenstein, au contraire, l’idéal religieux était la lumière la plus pure par laquelle nous puissions aspirer à être éclairés, et les hommes qui vivent dans la culture de la rationalité conquérante et du progrès indéfini ont besoin d’apprendre que ceux-ci colorent les objets de leur monde d’une couleur déterminée, qui ne constitue qu’un assombrissement.

Jacques Bouveresse poursuit la réflexion sur les relations entre raison et croyance religieuse qu’il a engagée dans Peut-on ne pas croire ? Sur la vérité, la croyance et la foi et se confronte ici aux idées de deux penseurs majeurs du xxe siècle, Bertrand Russell et Ludwig Wittgenstein, pour qui le rejet de toute religion instituée et des diverses formes d’irrationalisme n’est pas incompatible avec une compréhension de l’expérience religieuse.

Ilse Somavilla, philosophe au Brenner-Archiv (Innsbruck, Autriche), a également édité la correspondance entre Ludwig Wittgenstein et Paul Engelmann, _Lettres,
rencontres, souvenirs_ (L’Éclat, 2010).

Professeur au Collège de France, Jacques Bouveresse a publié de nombreux ouvrages de philosophie du langage et de la connaissance mais aussi sur des écrivains comme Robert Musil et Karl Kraus. Il est aussi l’un des principaux commentateurs français de Ludwig Wittgenstein.

Pour visiter la page consacrée à Jacques Bouveresse sur le site du Collège de France

Foreign Rights

English notice

What can we do with religion?
Followed by two hitherto unpublished fragments by Ludwig Wittgenstein, presented by Ilse Somavilla

Bertrand Russell used to say “In the domain of feelings I do not deny the value of experiences that have given rise to religion. But to reach the truth, I cannot admit any other method than that of science.” In Wittgenstein’s opinion, on the other hand, the religious ideal was the purest light by which we could aspire to true enlightenment, and men who live in the culture of all-powerful rationality and an ill-defined progress need to learn that these darken what is in their world.

Si on compare l’idéal spirituel (l’idéal religieux) pur avec la lumière blanche, alors on peut comparer les idéaux des différentes cultures avec les lumières colorées qui sont produites lorsque la lumière pure apparaît à travers des verres colorés. Imagine-toi un homme qui depuis sa naissance vit toujours dans un espace où la lumière ne pénètre qu’à travers des vitres rouges. Celui-ci ne pourra peut-être pas s’imaginer qu’il y ait une autre lumière que la sienne (la rouge) ; il considérera la qualité rouge comme essentielle à la lumière ; et même, en un certain sens, il ne remarquera pas du tout la rougeur de la lumière qui l’environne. L’homme dans la cloche de verre rouge est l’humanité dans une culture particulière, par exemple dans la culture occidentale, qui a atteint au xviiie siècle un de ses sommets – son dernier, je crois. La lumière est l’idéal, et la lumière obscurcie l’idéal culturel. Celui-ci est considéré comme l’idéal tant que l’humanité n’est pas encore parvenue à la limite de cette culture. Mais tôt ou tard elle arrivera à cette limite, car toute culture n’est qu’une partie limitée de l’espace.

L. Wittgenstein, « L’homme dans la cloche de verre rouge »

Dans la parabole de Wittgenstein, l’idéal spirituel, considéré dans toute sa pureté, est identifié justement à l’idéal religieux et celui-ci à la lumière la plus pure par laquelle nous puissions aspirer à être éclairés. Cela permet peut-être de se faire une idée plus précise de la nature du désaccord radical qu’il y a entre lui et Russell sur la question de la religion. Russell, aux yeux de Wittgenstein, fait partie des hommes qui ne reconnaissent qu’une seule source de lumière possible, à savoir celle de leur propre culture, une culture qui s’est efforcée de conférer à la raison et à la science une sorte de monopole et qui a tendance à perdre de vue le fait qu’elle est limitée, à la fois dans le temps (il est possible qu’elle soit déjà proche de sa fin) et dans l’espace (son espace n’est justement pas l’espace ni sa lumière la lumière). Les hommes qui vivent dans des sociétés comme les nôtres, sous la cloche de verre de la rationalité conquérante et du progrès indéfini, ont encore besoin d’apprendre que ceux-ci colorent les objets de leur monde d’une couleur déterminée qui n’est pas la seule qui puisse exister et qui ne constitue qu’un assombrissement possible parmi d’autres de la vraie lumière.
   Il n’en est pas moins vrai que, si Wittgenstein qualifie de « merveilleux » le symbolisme de la religion chrétienne, il ne manifeste, en revanche, aucune tendance à défendre cette religion-là ou une autre quelconque comme constituant une voie d’accès à des vérités de l’espèce qu’on appelle « transcendante ». Comme le dit Joachim Schulte : « Nulle part Wittgenstein ne parle de la religion en termes de doctrine révélée ni de connaissance d’une réalité transcendante. Dans une conversation avec Bouwsma, Wittgenstein dit : « Si vous avez une lumière, je vous dirai : suivez-là. Il est possible qu’elle soit bonne. » Et c’est bien de cette façon qu’il considère le genre de lumière que certains réussissent à trouver dans la religion. Mais il s’agit, de toute évidence, beaucoup plus, pour lui, du genre de lumière qui nous indique une direction à suivre dans la vie que d’une lumière capable de nous révéler un univers de réalités supraterrestres et de vérités qui leur correspondent, qu’elle est à la seule à pouvoir éclairer.

J. Bouveresse, « La chaleur de la foi et la lumière de la raison »

Dossier de presse
SUR LES ONDES
Wittgenstein, Russell et la religion Patrick Ducray La Vie des idées, 02/02/12
Compte-rendu Esteve Freixa i Baqué Science et pseudo-sciences, 16/01/12
« …le fonds marin le plus profond » Dominique Hoizey Flodoard, bulletin de la bib. diocésaine de Reims, avril 2011
La religion relie ? Agnes Freschel Zibeline, mai 2011
Compte-rendu Marine (AL Montpellier) Alternative libertaire n°206, mai 2011
La croyance religieuse au filtre de la raison Patrick Dupouey L'Humanité, 26/04/11
SUR LES ONDES

Cité-Philo à Lille – « La raison et le réel », avec Claudine Tiercelin

Fréquence protestante – émission Midi magazine, Entretien avec Jacques Bouveresse (31 mai 2011)

Radio libertaire – émission Jeudi noir, entretien avec Jacques Bouveresse (14 juin 2012)

Wittgenstein, Russell et la religion
Lire l’article sur le site de La Vie des idées.
Patrick Ducray
La Vie des idées, 02/02/12
Compte-rendu

Le but de cet ouvrage (que le titre ne dévoile pas de façon explicite) est de comparer, en les contrastant, les points de vue, très différents, de Russell et Wittgenstein sur la religion1.

Comme souligné dès l’introduction, « à présent, alors que nous assistons à une campagne pour la reviviscence de la religion avec toute l’habileté des techniques de publicité moderne, une réaffirmation des arguments de l’incroyant semble particulièrement souhaitable ». Et, la position de Russell sur la question, qui n’a pas pris une seule ride, est on ne peut plus tranchée : « il y a eu étonnamment peu d’opposition à la plupart des empiètements par les intérêts ecclésiastiques. Une raison de cela semble être la croyance répandue que la religion est aujourd’hui douce et tolérante et que les persécutions constituent une chose qui appartient au passé. C’est une illusion dangereuse. (…) On risque visiblement beaucoup moins, aujourd’hui, de susciter des réactions d’indignation en insultant l’intellect de ses concitoyens par des assertions d’un dogmatisme effarant ou des raisonnements d’une débilité affligeante qu’en heurtant, volontairement ou non, certains de leurs sentiments ».

Et Russell de justifier les raisons de son opposition à la foi : « ma propre conception concernant la religion est celle de Lucrèce. Je la regarde comme une maladie née de la peur et une source de misère inouïe pour la race humaine. (…) La religion est fondée (…) en premier lieu et principalement sur la peur. C’est en partie la terreur de l’inconnu et en partie (…) le désir de sentir que vous avez une sorte de frère plus âgé qui sera à vos côtés dans tous vos ennuis et conflits. La peur est le fondement de toute la chose : la peur du mystérieux, la peur de la défaite, la peur de la mort. (…) Je pense que la foi est un vice, parce que la foi veut dire croire une proposition quand il n’y a pas de bonne raison de la croire ».

Mais surtout, ce qui me semble intéressant dans le positionnement de Russel c’est qu’il le relie (relier est un des sens étymologiques du mot religion) à ses conséquences sur la connaissance, l’esprit critique et la science, comme ces extraits le montrent : « la religion empêche nos enfants d’avoir une éducation rationnelle ; la religion nous empêche d’éliminer les causes fondamentales de la guerre ; la religion nous empêche d’enseigner l’éthique de la coopération scientifique à la place des vieilles doctrines féroces du péché et du châtiment. Il est possible que l’humanité soit au seuil d’un âge d’or ; mais, si c’est le cas, il sera nécessaire d’abattre d’abord le dragon qui garde la porte, et ce dragon est la religion. (…) Une habitude de faire reposer ses opinions sur des preuves, et de ne leur donner que le degré de certitude que les preuves garantissent, guérirait, si elle devenait générale, la plupart des maux dont souffre le monde. Mais, pour le moment, dans la plupart des pays, l’éducation vise à empêcher le développement d’une telle habitude. (…) Dans le domaine des émotions, je ne nie pas la valeur des expériences qui ont donné naissance à la religion ; mais je ne peux admettre aucune méthode autre que celle de la science pour parvenir à la vérité ».

Le point de vue de Wittgenstein est beaucoup plus nuancé. Bouveresse utilise une belle métaphore pour l’opposer à celui de Russell : il parle de la chaleur et la lumière. La première concerne les sensations, les émotions tandis que la deuxième s’adresse à l’intelligence, la rationalité. Wittgenstein se réclame de Kierkegaard pour qui la chaleur procurée par la foi constitue un élément aussi pertinent d’engagement que le choix froid et cérébral d’un rejet éclairé. Mais aussi de Pascal, pour qui Dieu parle au cœur (et non pas au cerveau). Et l’auteur du Tractatus se livre à une autre jolie métaphore opposant non pas « la lumière et l’ombre » mais « la lumière et les couleurs » pour mieux exprimer sa conception.

En résumé, tandis que pour Russell la religion doit se jauger à l’aune de la vérité et constitue donc une affaire générale, pour Wittgenstein le critère pertinent est plutôt l’utilité individuelle. Opposition qui rappelle celle concernant la science et les croyances : si le but est la connaissance, la première en est le moyen ; mais si le but est le bonheur, les croyances peuvent, à coup sûr, l’apporter à beaucoup de personnes.

Je pense que les lecteurs de Science et pseudo-sciences apprécieront donc cet ouvrage, accessible à tous, et qui est moins loin de leurs préoccupations que le titre pourrait le laisser croire à première vue…

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1 À noter que les attaques de Russell sont dirigées essentiellement contre la religion chrétienne tandis que Wittgenstein ne fait jamais référence à une religion en termes d’une doctrine concrète.

Esteve Freixa i Baqué
Science et pseudo-sciences, 16/01/12
« …le fonds marin le plus profond »
« Les chances de survie de la religion doivent-elles être cherchées plutôt du côté de la rationalisation de la croyance religieuse ou de celui de son irrationalisation ? » Telle est la question à laquelle, selon Jacques Bouveresse, les « défenseurs de la foi » se trouvent aujourd’hui confrontés, mais si le conflit de la foi avec la raison a été souvent identifié à celui de la religion avec la science, « considérée, de façon justifiée ou non, comme représentant de façon exemplaire la raison » (p. 31), une question se pose, « aussi bien à la religion qu’à la science […], celle du rapport que chacune des deux entretient avec la vérité » (p. 54). Ne parle-t-on pas, en effet, « d’une sorte d’irrationalisation de la science elle-même » (p. 52) ? Jacques Bouveresse s’intéresse dans ces pages aux idées de Bertrand Russel (1872–1970) et de Ludwig Wittgenstein (1889–1951). La position de Bertrand Russel, clairement exprimée dans Pourquoi je ne suis pas chrétien, est sans concession : « Je considère toutes les grandes religions du monde – bouddhisme, hindouisme, christianisme, islam et communisme – comme étant à la fois fausses et nocives both untrue and harmful » (cité par J. B. p. 71). Pour Ludwig Wittgenstein, la religion « est pour ainsi dire le fond marin le plus profond, qui reste calme, quelle que soit la hauteur à laquelle s’élèvent les vagues au-dessus » (Remarques mêlées, cité par J. B. p. 88). Un des points sur lesquels la distance entre Wittgenstein et Russel est la plus manifeste, écrit Jacques Bouveresse, « est le fait que, pour le premier, quand Russel affirme […] que la religion est essentiellement le produit de la peur, il donne de la religion une explication qui ne s’applique […] qu’à la superstition » (p. 111). On lit sur ce point avec intérêt les deux fragments de Wittgenstein, Une expérience singulière et L’homme dans la cloche de verre rouge, présentés par Ilse Somavilla. Il s’y exprime « une même révérence envers l’Être divin » (p. 165). En conclusion, pour Jacques Bouveresse, alors que nous vivons dans une culture philosophique qui « ne brille pas particulièrement par la passion de la vérité et le respect des preuves » (p. 104), la seule façon de défendre la religion « serait de réussir à démontrer qu’elle est vraie ou, en tout cas, qu’il y a des raisons sérieuses et objectives de croire qu’elle l’est » (p. 85).
Dominique Hoizey
Flodoard, bulletin de la bib. diocésaine de Reims, avril 2011
La religion relie ?
Entendre et lire un philosophe, non pas un de ces jouets médiatiques dont la pensée se résume à trois concepts passant bien à la télé, mais un homme qui a passé sa vie à lire et éclaircir la pensée des autres, afin d’édifier et de transmettre la sienne, est un moment de bonheur. Ardu, mais partagé : la librairie L’Odeur du Temps débordait de monde, debout, pour écouter Jacques Bouveresse parler de Wittgenstein et de Bertrand Russell. À propos de religion il parle peu de lui-même : il fut chrétien mais considère qu’il a « cessé de croire » au moment où il n’a plus pu admettre que le Christ était littéralement le fils de Dieu (« si on ne croit pas à ça, comment peut-on se sentir chrétien ? ») et avoue en souriant, en réponse à une question presque ultime qu’il « adorerait croire » en la religion naturelle de Rousseau. En revanche il éclaire précisément la compréhension actuelle des enjeux religieux. Sur les bienfaits de la religion tout d’abord : on sait que Russell, comme Freud, est plus que sceptique sur son effet civilisateur. Selon lui les abus de la religion sont intrinsèquement en elle, indissociables, et il faudrait, pour en garder les éléments positifs, se séparer des dogmes, ce qui n’a jamais été possible. Mais Russell, philosophe « violemment anti-chrétien » concède que la religion permet de s’élever au-dessus de la vie des sens dans un mouvement de prise en compte de l’autre. Wittgenstein « méprisait » Russell, du moins la partie de son œuvre qui touchait à la religion, et laissait voir de la sympathie pour les Chrétiens. Perçu comme un rationaliste il avait pourtant une méfiance réelle envers les scientifiques, et s’il rejetait le dogme religieux il défendait sa possibilité de bouleversement passionnel, qui permet de provoquer des changements dans l’individu pour atteindre un moi impartial : celui de la vérité dans la pensée, de la justice dans l’action, de l’amour universel dans le sentiment. Mais pour Russell une religion ne peut valoir que par ses raisons, ses preuves, et non par son utilité : on ne peut croire parce que la religion est un ciment social, ou parce qu’elle rend heureux. Pour Wittgenstein on ne peut vivre dans cette rationalité sans être éclairés par une lumière idéale. Mais croire parce que c’est utile est une imposture « comme celle que pratique Nicolas Sarkozy lorsqu’il dit que l’instituteur ne peut remplacer le curé. Non seulement il sort de la loi de la laïcité, puisqu’il devrait citer tous les ministères, mais il justifie la religion par son utilité éducative ». Jacques Bouveresse parla encore de croyance réaliste (littérale) au dogme qui est invalidée aujourd’hui, mais est la seule possible pourtant… puisque croire à une interprétation antiréaliste (symbolique ?) de la création ou de l’humanité du Christ relève à peine du religieux… Il parla encore de la solidarité qui disparaît et que les religions et les athéismes, dans leurs antagonismes et leurs degrés différents de croyance, doivent ensemble parvenir à refonder.
Agnes Freschel
Zibeline, mai 2011
Compte-rendu

Vaste programme que nous propose cet ouvrage : comment penser la religion dans une société où la certitude scientifique elle même peut prendre des allures de foi ?
Jacques Bouveresse, professeur émérite au collège de France, questionne les relations entre sentiment religieux et raison. Le constat est là: alors qu’avec le développement de la science, de l’éducation et de la technique on croyait se diriger vers un déclin de la religion, du moins en tant que prétention à porter la vérité, nous assistons plutôt à une recrudescence de celle-ci. Le développement de la science au XVIIe s’est accompagné d’une « rationalisation » de la religion, permettant entre autres de préserver la communauté scientifique dans un idéal chrétien. Ce mouvement est probablement au fondement des formes de croyances actuelles en Occident, qui mêlent vérité religieuse et vérité scientifique. Or, si ce livre ne répond pas vraiment à la question qu’il nous pose, il pointe le danger de ce genre d’association, en ce qu’il constitue une « indifférence » vis à vis de la vérité.
L’auteur nous plonge au cœur d’une polémique qui a opposé Bertrand Russell, et son élève Ludwig Wittgenstein. Si pour le premier, il est clair : on ne peut croire que « des choses que l’on a des raisons sérieuses de considérer comme vraies », le second exclut toute possibilité de soumettre ce type de croyance à une quelconque démonstration ou réfutation par la preuve. Quoique Wittgenstein dans ses écrits les plus intimes, démontre une forme de ferveur, presque judéo-chrétienne, cet « idéal spirituel » ne peut et ne doit être pensé sur le mode rationnel, mais bien plutôt senti, aimé comme un système de règle de vie, comportant un « devoir absolu ».
Cet ouvrage, très philosophique, comporte l’intérêt de mener une réflexion sur les différentes formes de croyances, de ceux à qui elles profitent, du parallèle qu’il est possible d’établir entre « croyance naïve » et idéaux irrationnels, comme le nazisme. Il s’agirait donc de débarrasser la religion de ces dogmes, de rejeter toute forme de religion instituée et autre « irrationalisme », pour peut être découvrir un sentiment religieux honnête et inoffensif, voire « éclairant ». On reste tout de même un peu sur sa faim, car si on a cerné ce que Russell et Wittgenstein, ont chacun pensé de la religion, il ne me semble pas que nous mêmes soyons très éclairés sur ce qu’il s’agit d’en faire concrètement.

Marine (AL Montpellier)
Alternative libertaire n°206, mai 2011
La croyance religieuse au filtre de la raison

Comment analyser et comprendre en rationaliste le phénomène religieux contemporain, interroge Jacques Bouveresse, en confrontant les points de vue de Russell et Wittgenstein.

Confronter les points de vue de Ludwig Wittgenstein (1889–1951) et de Bertrand Russell (1872–1970) sur la religion, la foi et la vérité, voilà qui annonce un thème a priori réservé aux spécialistes. Il n’en est rien. Que l’on ait ou pas suivi Jacques Bouveresse dans le premier moment de sa réflexion sur ces problèmes (Peut-on ne pas croire ? Éditions Agone, 2007), on trouvera ici toutes les qualités d’un ouvrage qui permet au philosophe amateur d’entrer dans des questions essentielles. Dont la principale consiste à savoir comment un homme ou une femme soucieux d’assumer ses responsabilités spirituelles doit se situer face à l’option religieuse, puisque le temps est passé où la religion s’imposait aux communautés humaines comme allant de soi.

Ceux qui connaissent un peu Russell et son antipathie marquée pour toutes les formes de religion (y compris sécularisées) ne seront pas surpris par sa réponse : aucun motif n’est digne de justifier l’adhésion à une croyance, sinon la conviction rationnellement fondée que cette croyance est vraie ; dans la mesure où la foi se dispense de toute raison pour croire, « la foi est un vice ».

La position de Wittgenstein est moins attendue. Là où Russell, suivant Leibniz, veut choisir en pleine lumière, l’auteur du Tractatus se souvient de Kierkegaard et fait de la chaleur que procure la foi religieuse un critère pertinent d’engagement. Évidemment, il ne faut pas imaginer Wittgenstein convertissant sur le tard la philosophie en une entreprise apologétique. Au contraire, il renvoie dos à dos l’adhésion et l’opposition à la religion, pour autant qu’elles prétendent se fonder sur le critère – valable pour nos croyances ordinaires – d’une vérité atteinte intellectuellement. La foi ne peut être qu’« une façon passionnée de se décider pour un système de référence ».

On découvre un Wittgenstein pascalien (« Dieu sensible au cœur »), et même mystique : des deux inédits publiés en annexe (et commentés par Ilse Somavilla), le premier relate une « expérience singulière » qui n’est pas sans rappeler la « nuit inoubliable » du Mémorial de Pascal. Bouveresse est ici historien de la philosophie, et, selon son habitude, analyse et argumente à partir d’extraits substantiels, dont on se demande bien comment nous les connaîtrions s’il ne nous faisait profiter de son érudition. Mais du début à la fin, le livre met en évidence les enjeux tout à fait contemporains de l’échange entre ces deux géants de la philosophie analytique.

Patrick Dupouey
L'Humanité, 26/04/11
Le jeudi 22 mars 2012    Marseille 4 (13)
La Littérature, la vérité et la connaissance

Dans le cadre des rencontres proposées par Échange et diffusion des savoirs dont le thème de la saison 2011–2012 est « Miracles et mirages de la représentation : vérité, fiction, connaissance », conférence de Jacques Bouveresse : « La littérature, la vérité et la connaissance »

18h45. Hôtel du département, 52 avenue Saint Just. Entrée libre

Renseignement auprès de Échange et diffusion des savoirs au 04 96 11 24 50
contact@des-savoirs.org

Le lundi 14 novembre 2011    Gennevilliers (92)
Rencontre avec Jacques Bouveresse

Rencontre avec Jacques Bouveresse autour de ses deux ouvrages
Peut-on ne pas croire ? (2007) et Que-peut-on faire de la religion ? (2011)

19h30. Maison du développement culturel, 16 rue Julien-Mocquard
(Métro 13 Asnières-Gennevilliers, station Les Agnettes)

Organisée par l’Université populaire de Hauts-de-Seine
La librairie L’Invit à lire (Paris) tiendra un stand de livres

Le jeudi 12 mai 2011    Aix en Provence (13)
Rencontre avec Jacques Bouveresse

Dans le cadre d’Escales en librairies, rencontre-débat avec Jacques Bouveresse autour de son livre Que peut-on faire de la religion?

19h. Librairie Vents du sud, 7 rue du Maréchal Foch

Le mercredi 11 mai 2011    Marseille (13)
Rencontre avec Jacques Bouveresse

Dans le cadre d’Escales en librairies, rencontre-débat avec Jacques Bouveresse autour de son livre Que peut-on faire de la religion?

19h. Librairie L’Odeur du temps, 35 rue Pavillon.

Le samedi 26 mars 2011    Paris 14 (75)
Rencontre avec Jacques Bouveresse

Rencontre avec Jacques Bouveresse autour de son livre Que peut-on faire de la religion?

18h. Librairie Tropiques, 63 rue Raymond Losserand, 14e, métro Pernety

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Graphisme : T–D