Dans la collection « Banc d'essais »

 
couverture
George Orwell
Une vie en lettres
Correspondance (1903-1950)

Parution : 15/09/2014

ISBN : 9782748902136

Format papier
672 pages (16x24 cm) 35.00 €
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Correspondance choisie, présentée et annotée par Peter Davison
Traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner
Préface de Marie Hermann & Jean-Jacques Rosat

« Je suis plutôt content d’avoir été touché par une balle parce que je pense que ça va nous arriver à tous dans un avenir proche et je suis heureux de savoir que ça ne fait pas vraiment très mal. Ce que j’ai vu en Espagne ne m’a pas rendu cynique, mais me fait penser que notre avenir est assez sombre. Il est évident que les gens peuvent se laisser duper par la propagande antifasciste exactement comme ils se sont laissés duper par ce qu’on disait de la courageuse petite Belgique, et quand viendra la guerre ils iront droit dans la gueule du loup. »

« Nous avons aussi un caniche chiot. Nous l’avons nommé Marx pour nous souvenir que nous n’avions jamais lu Marx, et à présent que nous avons un peu lu cet homme et que nous l’avons tellement pris en grippe, nous ne pouvons plus regarder le chien en face quand nous lui parlons. »

Éditeur des Complete Works d’Orwell (20 volumes), Peter Davison a réuni ici 268 lettres d’Eric Blair (alias George Orwell) et 35 de son entourage (de sa femme Eileen, notamment) pour constituer une véritable autobiographie par lettres. De l’internat de ses 8 ans aux sanatoriums des deux dernières années de sa vie, on le suit dans tous les lieux importants qu’il a croisés : écoles miteuses au fin fond de la campagne anglaise, Barcelone révolutionnaire, cottage-épicerie de Wallington, cure de santé à Marrakech, appartements londoniens sous les bombes, ferme isolée face à la mer à Jura dans les Nouvelles-Hébrides.

On y côtoie un Orwell pas exactement intime (il est trop pudique, même en privé) mais proche, dans sa vie quotidienne : les relations de travail avec ses éditeurs et ses traducteurs (publications, jeu avec la censure, corrections) ; ses amitiés aussi fidèles que diverses – de l’écrivain prolétarien Jack Common (qui prend soin de la chèvre Muriel en son absence) à l’Honorable David Astor, le richissime propriétaire de l’Observer, qui lui procure de la streptomycine (inefficace) pendant les derniers mois ; l’éducation du petit Richard, le fils adopté en 1944. On le découvre aussi à travers quelques lettres échangées entre lui et Eileen, et ce que celle-ci raconte de leur vie à sa famille ou à ses amies.

Près des deux tiers de cette correspondance sont inédits en français.

Au sommaire

1. Du Bengale à Wigan (juin 1903-mars 1936)

2. Wallington, Barcelone, Marrakech (avril 1936-mai 1940)

3. À Londres sous les bombes (juin 1940-mai 1945)

4. Entre Londres et Jura (juin 1945 – décembre 1947)

5. Sanatorium et hôpitaux (décembre 1947— janvier 1950)

Mondialement connu pour ses œuvres comme 1984 ou La Ferme des animaux, Georges Orwell (1903–1950), de son vrai nom Eric Arthur Blair, est aussi un écrivain engagé, avec notamment son livre Hommage à la Catalogne, témoignage sur la Guerre d’Espagne à laquelle il a participé.

Extrait

« Très chère Brenda,
Je t’ai envoyé hier environ deux tiers du brouillon de mon roman1. J’aurais voulu l’envoyer plus tôt, mais il était tout ce temps-là chez mon agent. Il en est très enthousiaste, ce qui est mieux que mon opinion ; mais tu ne dois pas penser que, une fois terminé, il sera tout à fait aussi bancal qu’en ce moment, car avec moi presque tout ce que j’écris doit être travaillé encore et encore. J’aimerais être un de ceux qui sont capables de s’asseoir et de torcher un roman en plus ou moins quatre jours. D’ici, aucune nouvelle. Je suis terriblement occupé, je souffre de la chaleur, et préoccupé par ce qu’il y a dans mon jardin, qui va se dessécher et mourir si ce maudit temps ne change pas. Je fais pousser, entre autres choses, une citrouille, qui a bien entendu besoin de beaucoup plus de soins qu’une courge. Je n’ai rien lu, je crois, à part des périodiques, lesquels me dépriment tous plus que je ne peux l’exprimer. Est-ce que tu lis parfois le New English Weekly? C’est le principal journal du Crédit social2. En tant que projet monétaire, le Crédit social est sans doute solide, mais ses promoteurs paraissent penser qu’ils vont enlever leur arme principale des mains des classes gouvernantes sans combat, ce qui est une illusion. Il y a quelques années, je trouvais plutôt amusant de me dire que notre civilisation était condamnée, mais maintenant je ressens surtout de l’ennui en pensant aux horreurs que nous allons vivre dans les dix prochaines années – soit quelque effroyable calamité, avec révolution et famine, ou alors une cartellisation et une fordification, avec la population tout entière réduite à devenir des esclaves salariés et dociles, nos vies complètement aux mains des banquiers, et une terrible tribu de Lady Astor3 et de Lady Rhondda4 et hoc genus nous chevauchant à la manière de succubes au nom du Progrès. Est-ce que tu as déjà lu Ulysse? Ce livre résume mieux que tout autre l’épouvantable désespoir qui est presque normal à notre époque moderne. On trouve le même genre de choses, bien qu’à peine abordées, dans les poèmes d’Eliot. Chez E, cependant, il y a aussi comme un peu de « je vous l’avais dit » dédaigneux car, en tant qu’enfant gâté du Church Times, il ne peut que faire remarquer que rien de tout cela ne serait arrivé si nous n’avions pas fermé les yeux à la Lumière. »

1 Une histoire birmane.

2 Le mouvement du Crédit social, qui se fondait sur les idées de C.H. Douglas, déclarait que la prospérité pouvait être obtenue grâce à une réforme du système monétaire.

3 Nancy Witcher Astor (1879–1964), épouse du premier vicomte d’Astor [le frère aîné de David Astor*], née en Virginie, hôtesse mondaine et politique à Cliveden, le domaine des Astor au bord de la Tamise, fut la première femme à occuper son siège à la Chambre des communes, 1919–1945. Elle défendait avec éloquence les mouvements de tempérance et les droits des femmes. Dans la première édition d’Un peu d’air frais (1939), Orwell inclut Lady Astor dans les noms de l’« effroyable tribu » de « sauveurs d’âmes et de fouineurs.

4 Margaret Haig Thomas (1883–1958), deuxième vicomtesse Rhondda, était une femme d’affaires prospère et une fervente partisane de l’égalité des sexes. Elle était une rédactrice très active de son propre hebdomadaire indépendant, Time and Tide, 1928–58.

Dossier de presse
Des lettres, une vie Maryvonne Colombani Zibeline, mai 2015
Orwell c’est la liberté, la vérité et l’égalité Léo Purguette La Marseillaise, 6 juin 2015
Orwell au pied de la lettre Gabriel Sidler Pages de gauche, Février 2015
Compte-rendu Jean-Guillaume Lanuque Dissidences, 5 mars 2015
Un homme admirable Agathe de Lastyns Le Litteraire.com, 11 novembre 2014
Compte-rendu Sébastien Banse Les Lettres françaises
Compte-rendu Martin Legros Philosophie Magazine, 27 novembre 2014
En images Télé Leman bleu, 20 novembre 2014
SUR LES ONDES Radio RTS, 4 janvier 2015
George Orwell, l'humilité d'un géant Jean-Luc Germain Le Télégramme, 14 décembre 2014
Des lettres, une vie

Contre les totalitarismes, toujours actuelle, la voix de George Orwell

Aborder un écrivain par sa correspondance a quelque chose qui touche à l’intime, au dévoilement. On a l’impression de pouvoir décrypter l’auteur, trouver la source de ses réflexions, de ses inspirations, au détour des mots par lesquels il se livre sans les apprêts de son œuvre, même si la conscience de soi, dans une sorte de théâtralisation du quotidien, sous-tend chaque texte. L’ouvrage de Peter Davison, Une vie en lettres, Correspondance (1903–1950) présente un choix annoté de lettres (traduites par Bernard Hœpffner) de George Orwell, pseudonyme d’Éric Blair. Notices biographiques des différents correspondants, préface de Marie Hermann et Jean-Jacques Rosat, notes biographiques en tête de chaque groupement de lettres…

Le corpus est réparti en cinq grandes sections qui permettent de suivre l’itinéraire de l’écrivain, Du Bengale à Wigan (Orwell est né à Motihari au Bengale), Wallington, Barcelone, Marrakech (Orwell participera à la guerre d’Espagne), À Londres sous les bombes, Entre Londres et Jura (Jura est une île des Hébrides intérieures en Écosse), Sanatorium et hôpitaux. L’ensemble va de 1911 à 1950. En ce qui concerne les débuts en Birmanie, les lettres manquent. Parler ici de correspondance peut apparaître un peu forcé, alors qu’environ 38 seulement sur les quelques six cents lettres présentées, sont écrites par d’autres qu’Orwell (la plupart, superbes, sont de la main d’Eileen Blair, sa première épouse). Très réservé sur le point des sentiments (même lorsqu’il fait du charme à une jeune femme qu’il essaie de séduire sans succès), Éric Blair (la signature Orwell apparaît relativement tardivement) reste d’une grande retenue, d’une grande pudeur, il n’étale pas la terrible douleur qui l’affecte, lors de la mort de sa femme (mais parle avec une immense tendresse de leur fils adoptif).

En revanche, il explique sa démarche littéraire, donne les clés de ses livres et les circonstances qui les ont inspirés, avec une grande précision ainsi, la composition de 1984 ou celle de La Ferme des animaux. On vit les grands remuements aussi bien que les difficultés de la vie quotidienne : la vie politique et intellectuelle de la première moitié du XXème comme on l’a rarement lue, avec les problèmes d’édition, liés aux factions politiques, à la Guerre froide, (ainsi le rôle d’Aragon dans l’édition française), les problèmes très matériels d’approvisionnement en papier pour les maisons d’éditions pendant et après la deuxième guerre mondiale, ce qui conditionne aussi certaines publications ; le passage de la plume au stylo à bille, l’épreuve d’écrire à la machine à écrire (lourde et pénible pour le malade de la tuberculose qu’est Orwell), le réajustement des textes, et les difficultés de la composition et surtout de la recomposition des pages au moindre changement avec la manipulation fastidieuse des lettres de plomb.

On voit Orwell élever des poules, comparer les diverses pondeuses, cultiver son jardin, nécessité alimentaire aussi, les restrictions sont telles que les vêtements, les chaussures, tout devient d’un accès compliqué. Les analyses politiques sont d’une lucidité sans appel, ainsi le 18 mai 1944 dans sa lettre à Noël Willmett, il évoque « les horreurs du nationalisme émotionnel et (…) la tendance à ne pas croire à l’existence d’une vérité objective parce que tous les faits doivent correspondre aux mots et aux prophéties de quelque Führer infaillible ». Il ajoute : « Déjà, dans un sens, l’histoire a cessé d’exister, c’est à dire qu’il n’existe pas d’histoire de notre temps qui puisse être reconnue universellement, et les sciences exactes sont mises en danger dès que la nécessité militaire cesse de tenir les gens au courant. » Grâce à ce livre publié aux éditions Agone Orwell, écrivain libre, engagé et d’une remarquable clairvoyance dans son analyse des totalitarismes, prend une dimension humaine bouleversante. On lit cette correspondance avec délectation, on se replonge au fur et à mesure dans les livres de l’auteur, on y perçoit de nouvelles profondeurs et une modernité éblouissante.

À venir :
Le 6 juin prochain, à 14h, à la bibliothèque de l’Alcazar à Marseille, le Directeur de la collection Banc d’essais aux éditions Agone, maître de conférences au Collège de France et assistant du philosophe Jacques Bouveresse, Jean-Jacques Rosat qui travaille sur l’œuvre et la pensée d’Orwell depuis plus de dix ans, viendra parler de cet ouvrage. La rencontre sera ponctuée de lectures.

Maryvonne Colombani
Zibeline, mai 2015
Orwell c’est la liberté, la vérité et l’égalité

Chargé de cours au Collège de France et directeur de collection aux éditions Agone, Jean-Jacques Rosat tient ce samedi 6 juin à Marseille une conférence autour de George Orwell

Orwell a marqué les consciences avec 1984. En quoi diriez-vous que les questions qu’il y affronte sont toujours d’actualité ?
Si on lit 1984, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une société de surveillance et de contrôle total. Il suffit de voir l’affaire des écoutes de la NSA par exemple, pour comprendre combien la question de la liberté, posée avec force dans son ouvrage, est une question d’actualité. Il y a aussi la réflexion sur la langue, avec la novlangue produite par le régime politique qui permet de définir le bien, conforme aux idées du régime, et le mal, c’est-à-dire tout ce qui en diffère. Il s’agit par là de rendre impossible la formulation même d’un certain nombre de pensées. Le vocabulaire technico-bureaucratique mais aussi celui des médias d’aujourd’hui montrent à quel point la question du contrôle de l’expression est d’actualité, à quel niveau l’uniformisation de la langue pose un problème pour l’expression politique et même artistique. Enfin, Orwell traite de la réécriture du passé puisque le héros de 1984 est chargé de réécrire les journaux du passé suivant l’adage « qui contrôle le présent contrôle le passé et qui contrôle le passé contrôle l’avenir ». Ce que je trouve remarquable, c’est qu’il l’a écrit entre 1946 et 1949 à partir de son expérience des régimes fascistes pendant la guerre mais aussi de sa perception du régime stalinien qui différait d’une bonne part des intellectuels et des journalistes de la gauche anglaise.

Orwell était un adversaire du stalinisme mais défendait en même temps l’idée d’un socialisme démocratique. En a-t-il dessiné les contours ?
Orwell s’est engagé en Espagne du côté de la République, il y a pris une balle dans la gorge. Il a vécu l’interdiction du petit parti marxiste non stalinien [le Poum, NDLR] dans la milice duquel il s’était engagé, le moment où à Barcelone le gouvernement et les communistes commencèrent à vouloir mettre au pas les anarchistes. Il est parvenu à fuir grâce à sa femme, il sait que derrière lui, ses amis sont pourchassés, emprisonnés, qualifiés de trostko-fascistes à la solde d’Hitler mais de retour en Angleterre, il a un mal de chien à faire entendre cette vérité. C’est là qu’il comprend que le totalitarisme ce n’est pas seulement des camps, des matraques, mais avant tout des mécanismes intellectuels qui empêchent de percevoir la vérité. Orwell n’a jamais été un leader politique, il a été membre un temps d’un petit parti à la gauche du parti travailliste. Il souhaitait un changement de société. En fonction de quelles valeurs ? D’abord la liberté de l’individu qu’il liait étroitement à l’exigence de vérité. Dans 1984, il écrit « la liberté c’est de dire que 2 et 2 font 4 », une phrase qui fait écho à celle qu’il écrivait en 1942 à propos de son expérience de la guerre d’Espagne : « Et si le chef dit que 2 et 2 font 5, il faut le croire. »

Était-il avec autant de force partisan de l’égalité ?
Orwell c’est la liberté, la vérité et l’égalité. Les gens qui apprécient l’Orwell défenseur radical de la liberté n’aiment pas trop qu’on leur rappelle, mais il était pour une société égalitaire. Il avait l’habitude de faire comprendre des choses très importantes à partir de faits du quotidien. Au sortir de la guerre, en tant que journaliste, il écrit sur les squares privés de Londres. Pendant le conflit, les grilles qui les entouraient ont été démontées pour répondre au besoin de ferraille. Depuis les gamins des classes populaires y jouent. Mais avec la fin de la guerre, les grilles reviennent. À un lecteur qui lui fait remarquer que ce sont des propriétés privées, il fait une réponse cinglante. Par ailleurs, parmi les conditions qu’il recensait pour faire de la société anglaise une société plus socialiste, il y avait l’idée de limiter les écarts de revenus de 1 à 10 car pour lui au-delà, on n’appartient plus au même monde.

Quel est l’héritage d’Orwell aujourd’hui ? Voyez-vous un lien de filiation avec Noam Chomsky ?
Assurément. Chomsky revendique explicitement le récit fait par Orwell de l’atmosphère révolutionnaire de Barcelone dans Hommage à la Catalogne comme étant la plus belle description d’une société telle que l’on peut l’espérer. En France, Orwell reste méprisé par les penseurs politiques parce qu’il n’a pas formulé de théorie mais aussi par les écrivains parce qu’il n’a jamais eu l’intention de faire de la littérature pour faire de la littérature. Même s’il a mis 10 ans à trouver son style, la littérature est pour lui comme le carreau d’une fenêtre au travers duquel on voit la réalité. C’est en cela qu’il a compté pour des milliers de lecteurs et je crois que ça continue.

Léo Purguette
La Marseillaise, 6 juin 2015
Orwell au pied de la lettre

George Orwell avait de grands idéaux, et de grands pieds. Il est donc question de polémiques et de paires de godasses dans sa Vie en lettres, belle «autobiographie épistolaire» que viennent de traduire les éditions Agone. Au moins autant que de son évolution intellectuelle ou de son parcours d’auteur, ce dont les plus de trois cent lettres rassemblées dans ce livre témoignent, c’est en effet de la vie quotidienne de cet Eric Blair, fils d’un fonctionnaire anglais aux Indes, devenu le célèbre George Orwell, socialiste indépendant et auteur de 1984. Le voyant débarquer dans l’Espagne révolutionnaire de 1936, ce qui convaincra la recruteuse chargée de l’accueillir de sa volonté de se battre, c’est «les bottes qu’il portait sur une épaule. Il savait qu’il ne trouverait pas de bottes assez grandes pour lui en Espagne […]. C’était George Orwell et ses bottes venus se battre en Espagne».
On le voit encore, retiré sur une île en Écosse au sortir de la guerre, demander à son ami Dwight Macdonald de lui en envoyer des États-Unis une paire de chaussures de marche «taille 12», denrée rare dans l’Angleterre en pénurie, et lui conseiller de les envoyer «dans deux paquets séparés, comme
ça personne n’aurait intérêt à les piquer, à moins qu’il n’y ait un unijambiste sur les docks». Au delà de ces aspects anecdotiques, l’évocation fréquente de questions très terre à terre dans les lettres d’Orwell – ses cultures de patates, sa chèvre Muriel, la ponte de ses poules ou les différents modèles de tracteurs, mais aussi sa précarité et ses problèmes de santé récurrents – dessine le portrait d’un homme refusant d’endosser le costume de l’intellectuel, satisfait (voire un peu fier) de se considérer simplement comme faisant partie des gens ordinaires. Déjà dessillé par l’ampleur de la désinformation
et la capacité des journalistes et intellectuels à nier purement et simplement la vérité lors de la Guerre d’Espagne, la difficulté qu’il aura à faire publier La ferme des animaux, son conte de fée anti-stalinien, lui confirmera le bienfondé de cette défiance face à une intelligentsia dont «la plupart […] sont tout à fait prêts pour les méthodes dictatoriales, la police secrète, la falsification systématique de l’histoire, etc., tant qu’ils ont l’impression que c’est dans “notre” camp».

Gabriel Sidler
Pages de gauche, Février 2015
Compte-rendu

Les éditions Agone ont assuré, ces dernières années, une très belle couverture de la vie de George Orwell, livrant à la fois des textes inédits ou peu connus (les chroniques de A ma guise ou ses Écrits politiques) et des études de fond sur son positionnement politique (La Politique selon Orwell de John Newsinger). Cette fois, c’est à une sélection de sa correspondance que nous avons droit, un travail traduit de l’anglais et dû à Peter Davison, mais dont l’appareil critique en français est enrichi de nombreuses notices biographiques, permettant de faire la lumière sur les divers correspondants d’Orwell (deux-cents soixante-neuf courriers) ou de sa première épouse, Eileen (trente-quatre) : membres de la famille, amis parfois célèbres (Arthur Koestler), éditeur ou agent, voire même simple lecteur… Les deux tiers de ces lettres sont inédites en langue française, et permettent de découvrir Orwell sous un angle légèrement différent de l’habitude, de pénétrer en quelque sorte dans les coulisses de son existence.

Passons rapidement sur la toute première lettre, écrite à sa mère alors qu’il avait seulement huit ans, pour nous appesantir sur le gros de sa correspondance. On y suit d’abord Orwell au quotidien, souvent limité financièrement, mais ne recherchant pas un confort démesuré, ainsi que l’illustre son cottage de The Stores, dans la seconde moitié des années 1930, où il tint une épicerie pour payer le loyer. Un Orwell à la santé fragile, et qui doute chroniquement de la qualité de ses écrits1 (Une Histoire birmane étant une des rares et relatives exceptions), un sentiment d’infériorité qui aura tendance à s’estomper au fil du temps. Dans une lettre de 1932, on assiste également en direct à la naissance de son pseudonyme. La dimension politique est plus sensible à compter de son expérience de combattant en Espagne. Il prend constamment la défense des camarades du POUM face aux accusations des communistes2, et et en tire des leçons générales sur la lutte contre le fascisme : « Après ce que j’y ai vu, j’en suis venu à la conclusion qu’il est futile d’être « antifasciste » tout en tentant de préserver le capitalisme. » (p. 127). C’est ce qui l’amène à penser que les communistes jouent clairement un rôle contre-révolutionnaire, et que même dans les pays « démocratiques », le fascisme est, à plus ou moins long terme, inévitable3. Cette vision, clairement pessimiste, se voit également par sa perception du colonialisme lors de son séjour au Maroc français en 1938, puisqu’à l’image de ce qui s’est passé pour Franco, il voit dans les masses colonisées pauvres, très éloignées du socialisme, une clientèle possible pour un nouveau fascisme, tant l’impérialisme lui semble assimilé également par les prolétariats français ou anglais. De même, plusieurs de ses courriers de l’époque font allusion à la possibilité que lui et Eileen se retrouvent en camp de concentration en Angleterre même. Orwell va jusqu’à envisager avec un de ses correspondants la préparation d’un passage à la clandestinité en cas de guerre, afin de se préparer à faire face à une inévitable fascisation du pouvoir.

Avec la Seconde Guerre mondiale, un basculement est clairement sensible. Il adopte en effet une position d’acceptation du conflit4, souhaitant la victoire du Royaume-Uni, appelant à un traitement égal des différentes classes sociales, et défendant l’armement du peuple (il intègre lui-même la Home Guard), tout en étant toujours favorable à l’indépendance de l’Inde en particulier. C’est avec La Ferme des animaux, qui tragiquement paraît quasiment au moment où Eileen décède au cours d’une opération, que ses difficultés financières sont en partie résolues. Le succès de ce « conte de fée » moderne est en effet considérable, entraînant de nombreuses traductions, y compris en ukrainien ; au passage, on apprend dans une de ses lettres que le titre envisagé initialement pour l’édition française était URSA [Grande Ourse] – Union des Républiques socialistes animales, mais qu’il fut écarté pour son caractère trop polémique. Quant à sa conception de la révolution, elle peut être résumée par cette phrase lapidaire adressée à Dwight Macdonald au sujet de la signification de La Ferme des animaux, justement : « Selon moi la morale est les révolutions ne produisent des améliorations radicales que lorsque les masses sont vigilantes et capables de virer leurs dirigeants dès que ceux-ci ont fait leur travail. » (p. 437) Sans oublier sa défense de la liberté d’expression, y compris pour un fasciste comme Oswald Mosley (dans la seconde moitié des années 1940). Cette correspondance choisie permet en tout cas de suivre l’élaboration de son œuvre, avec des projets non aboutis (un essai qui se serait intitulé Socialism and War) et un regard critique jeté par Orwell sur ses romans les moins réussis (Une Fille de pasteur, Et Vive l’aspidistra !), lucide qu’il est sur les nécessités alimentaires. La genèse de 1984 – dont le titre alternatif était Le Dernier Homme en Europe_– se perçoit dès 1943. Dans une lettre à un lecteur, qui envisage l’avenir sous l’angle d’une civilisation hédoniste, Orwell lui oppose une vision franchement dystopique5. Diverses notations permettent également d’en apprendre un peu plus sur ses goûts : H.G. Wells semble ainsi l’avoir marqué adolescent avec _Au Pays des aveugles (recueil de nouvelles comprenant le récit éponyme), au point d’ailleurs d’avoir envisagé d’écrire un livre sur le modèle de Une Utopie moderne.

Et puis, il y a l’homme, souvent d’une franchise désarmante, ainsi lorsqu’il tente de séduire une jeune voisine, Anne Popham, quelque temps après le décès d’Eileen, évoquant sa solitude affective et sexuelle, ses infidélités d’homme marié (révélant de la sorte une vision du couple très libre6), tout en la motivant pour une vie de couple avec son futur statut de « veuve d’un homme de lettres » (sic, p. 402). Émouvant, aussi, lorsque durant les deux dernières années de sa vie, il passe l’essentiel de son temps à l’hôpital ou en sanatorium, gardant ses distances avec son fils adoptif Richard (né en 1944), de peur de lui transmettre la tuberculose… Une publication précieuse à bien des égards, et qui pourrait être complétée par les Journaux d’Orwell, déjà publiés outre-Manche.

1 Au sujet de l’_Ulysse_ de James Joyce, il écrit ainsi : « Quand je lis un livre comme celui-là et que je reviens ensuite à mon propre travail, j’ai l’impression d’être un eunuque qui a suivi un cours pour travailler sa voix et peut se faire passer assez facilement pour une basse ou un baryton mais, si on écoute attentivement, on peut entendre le bon vieux glapissement d’autrefois. » (p. 56).
fn2. Il signa également le Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant, de Trotsky, André Breton et Diego Rivera.
fn3. « Si l’on collabore avec un gouvernement capitaliste-impérialiste au cours de la lutte « contre le fascisme », c’est-à-dire contre un impérialisme rival, on ne fait que laisser entrer le fascisme par une porte dérobée. » (p. 127).
fn4. « Je connais suffisamment bien l’impérialisme britannique pour ne pas l’aimer, mais je le soutiendrais contre l’impérialisme nazi ou japonais, car c’est le moindre des maux. De même, je soutiendrais l’URSS contre l’Allemagne parce que je pense que l’URSS ne peut complètement échapper à son passé et qu’elle a conservé suffisamment d’idées originales de la Révolution pour être plus encourageante que l’Allemagne nazie. », mai 1944, p. 311.
fn5. « (…) un État centralisé esclavagiste, dirigé par une petite clique qui est en fait la nouvelle classe dirigeante (…) Un tel État ne serait pas hédoniste, au contraire, sa dynamique proviendrait d’une sorte de nationalisme fanatique et d’un culte de la personnalité qui seraient maintenus littéralement par une guerre continue, son niveau de vie serait probablement très bas. » (p. 297). Une autre lettre à un lecteur (p. 309–310), datée de mai 1944, développe le même type de réflexions, évoquant l’équation « 2+2=5 » à titre d’hypothèse et « (…) un monde de deux ou trois superpuissances incapables de se conquérir l’une l’autre. »…
fn6. « Savoir qui couche avec qui ne m’intéresse guère ; il me semble que ce qui compte est la fidélité dans un sens émotionnel et intellectuel. » (p. 403).

Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences, 5 mars 2015
Un homme admirable

Le volume réunis­sant la cor­res­pon­dance de George Orwell (par­se­mée de lettres d’autres per­sonnes, dont sa pre­mière femme, Eileen) per­met au lec­teur de se faire une idée assez pré­cise de la per­son­na­lité du roman­cier, qui ne risque de déce­voir aucun de ses admi­ra­teurs : il y appa­raît non seule­ment comme exem­plaire, mais aussi comme très atta­chant.
On s’émerveille de son cou­rage inex­tin­guible, qu’il s’agisse de sur­vivre pen­dant une (longue) période de vaches maigres — en se nour­ris­sant essen­tiel­le­ment de ce qu’on cultive, sans ces­ser d’écrire -, de défendre ses idées, ou de résis­ter mora­le­ment à la tuber­cu­lose (qui finit par le tuer). On est frappé par la com­bi­nai­son, si rare, d’opinions affir­mées, de tolé­rance envers ses contra­dic­teurs et d’honnêteté intel­lec­tuelle – ah, s’il y avait dans le pay­sage contem­po­rain fran­çais quelques débat­teurs comme celui-là !… On l’admire d’autant plus en décou­vrant que, même dans une situa­tion dif­fi­cile, l’écrivain refu­sait de tou­cher des droits d’auteur pour les ver­sions de La Ferme des ani­maux et 1984 des­ti­nées à être dif­fu­sées clan­des­ti­ne­ment dans les pays com­mu­nistes, et qu’il allait jusqu’à les spon­so­ri­ser, y com­pris peu de temps avant de mou­rir. Enfin, le natu­rel affec­tueux, l’humour, la géné­ro­sité et le stoï­cisme qui se dégagent de l’ensemble de sa cor­res­pon­dance sont si pro­non­cés que le lec­teur a l’illusion de côtoyer cet être bienfaisant.

J aurais aimé louer sans réserves les éditions Agone pour ce volume mais, mal­heu­reu­se­ment, la tra­duc­tion est loin de ce que George Orwell aurait mérité. Sur la pre­mière cen­taine de pages, son niveau reste rela­ti­ve­ment bon ; la suite donne l’impression d’un pre­mier jet, com­pre­nant d’inacceptables angli­cismes (tels que “drogue“ quand il s’agit d’un médi­ca­ment, “à pro­pos“ et “avec“ employés dans des contextes où la gram­maire fran­çaise ne les tolère pas, et des incon­grui­tés comme “orga­ni­ser de l’alcool“ ou “orga­ni­ser une voi­ture“), sans par­ler des lour­deurs et des mal­adresses qui en viennent par endroits à brouiller le sens du texte — que signi­fie, par exemple, “Il me prie de lui excu­ser le long délai en répon­dant à votre lettre“ (p. 624) ? Ce n’est pas le seul cas de cha­ra­bia qu’on trouve dans le livre, hélas ! Il suf­fit de feuille­ter au hasard pour trou­ver de ces perles : “Il me semble dom­mage de com­men­cer à faire pous­ser des racines quelque part et puis de les arra­cher de nou­veau“ (p. 531) ; “ce qui ne va pas chez moi a affecté mes ongles“ (p. 513) ; “content d’être parti avant la fête pour ne pas être ‘une tête de mort’“ (p. 481) ; “j’espère que votre livre rem­plira cer­tains des trous dans mon savoir“ (p ; 301) ; “J’ai sou­vent pensé à moi­tié que je pour­rais aller à Bris­tol“ (p. 264)… N’y avait-il pas moyen de nous offrir une ver­sion fran­çaise moins bâclée ?

Agathe de Lastyns
Le Litteraire.com, 11 novembre 2014
Compte-rendu

On ne s’apprête pas à lire les lettres d’un auteur que l’on aime sans un peu d’appréhension. C’est ce qui se rapproche le plus d’une rencontre, et l’on craint d’être déçu. Ici, les familiers d’Orwell ne risquent rien à se plonger dans cette correspondance qui livre le portrait d’un homme pudique, constant dans ses amitiés comme dans ses idées. Ni le travail ni la maladie ne le détournent de ses devoirs épistolaires, et l’écrivain anglais montre dans ce genre les mêmes qualités que dans les autres.

La correspondance commence au début des années 1930. C’est le moment où Eric Blair commence sa carrière littéraire sous le pseudonyme qui lui assure jusqu’aujourd’hui une formidable renommée associée à sa dernière œuvre, 1984, achevée peu de temps avant sa mort, en 1950. C’est aussi le moment où, de son propre aveu, Orwell commence à s’intéresser sérieusement à la politique. De son enfance dans une famille de la bourgeoisie britannique, il a conservé une aversion pour l’Eglise. Après avoir mis fin rapidement à sa carrière dans les rangs de la police coloniale en Inde, puis bourlingué en Angleterre et en France, il s’est intéressé de près à l’industrialisme britannique « sous sa pire forme, à savoir dans les régions minières ». Victor Gollancz, le fondateur du Left Book Club, publie ses premiers livres, des romans et des essais.

En 1936, par conviction établie, Orwell décide d’aller se battre en Espagne. On ne trouve pas de trace de romantisme au moment de prendre cette décision. Il n’en montre pas plus après avoir survécu à une grave blessure par balle et à l’élimination du POUM par les communistes. Imprégné des idéaux de gauche (« J’ai été vaguement lié aux trotskystes et aux anarchistes, et de plus près avec l’aile gauche du parti travailliste ») néanmoins gardé du dogmatisme par un fond de scepticisme anglo-saxon (« je suis persuadé que, même politiquement, je suis plus utile si je présente ce que je crois être vrai et que je refuse d’obéir aux ordres d’un parti »), Orwell n’accepte pas plus d’assimiler l’Union soviétique à la révolution que la démocratie au despotisme. « Partout le monde semble prendre la vois d’économies centralisées qui peuvent ‘fonctionner’ au sens économique, mais qui ne sont pas organisées démocratiquement et qui finissent pas établir un système de castes. Tout cela est accompagné par les horreurs du nationalisme émotionnel et par une tendance à ne pas croire à l’existence d’une vérité objective parce que tous les faits doivent correspondre aux mots et aux prophéties de quelque führer infaillible. »

La dernière décennie de sa vie est consacrée à une intense activité littéraire qui prend la forme d’articles et de chroniques pour les journaux, ainsi que de romans et d’essais. Les plus célèbres, La Ferme des animaux et 1984, dénotent une perspicacité, lorsqu’il s’agit de faire apparaître les mécanismes politiques et idéologiques des totalitarismes, que les années écoulées depuis n’ont fait que confirmer, point par point. Sur le plan privé, Orwell perd son épouse, Eileen, avant de voir sa propre santé se détériorer rapidement sous l’effet conjugué de la tuberculose et des privations de la Guerre. A un ancien camarade d’Eton, devenu, contrairement à lui, riche et prospère, il écrit : « J’ai eu droit à une vie plutôt pourrie la plupart du temps mais, d’une certaine façon, assez intéressante. » Il disparaît à 47 ans, laissant un jeune fils adoptif, au moment même où le succès de 1984 lui apporte l’aisance matérielle et une renommée mondiale.

Sébastien Banse
Les Lettres françaises
Compte-rendu
« Je suis toujours en désaccord quand les gens finissent par dire que la seule manière de combattre le communisme, le fascisme ou je ne sais quoi est de développer un fanatisme semblable. Il me semble que l’on vainc le fanatique précisément parce que l’on n’est pas soi-même un fanatique, et au contraire en faisant usage de son intelligence.!» Cette profession de foi est au cœur de la vie d’Orwell telle qu’elle se donne à lire dans ce passionnant volume de trois cents lettres – la plupart inédites en français. Depuis sa jeunesse entre Londres et la Birmanie, en passant par la guerre d’Espagne, jusqu’à son engagement au service de l’effort de guerre à la BBC pendant les années 1940, ce grand malade, poursuivi toute sa vie par la tuberculose, longtemps dans la dèche, se révèle à la fois austère et généreux, modeste et déterminé, solitaire et sensible. Se souciant tout autant de son potager que de politique, on le voit nourrir des sentiments de plus en plus paternels pour son tout jeune fils adoptif. Mais, surtout, on observe sa pensée en train de s’aiguiser, dans un incessant échange entre ses lectures, les événements et sa conceptualisation du totalitarisme comme régime politique portant atteinte à l’idée de vérité. Bref, un manuel de vie autant que d’intelligence.
Martin Legros
Philosophie Magazine, 27 novembre 2014
En images

Télé Leman bleu – “Genève a chaud”
Emission du 20 novembre 2014
http://www.lemanbleu.ch/replay/video.html?VideoID=26141

Télé Leman bleu, 20 novembre 2014
SUR LES ONDES

CFM Radio
http://cfmradio.fr/podcast/orwell-a-la-ferme/

Entre les lignes – Jean-Marie Félix :
http://www.rts.ch/audio/espace-2/programmes/entre-les-lignes/6326669-george-orwell-une-vie-en-lettres-correspondance-1903–1950-08–12-2014.html

Radio RTS, 4 janvier 2015
George Orwell, l'humilité d'un géant

Orwell, en lutte contre tous les totalitarismes, était aussi un homme secret. La passionnante édition de sa correspondance révèle, entre autres, que la vie simple était, avec la justice, l’une de ses raisons d’être.

« Tout semble bien se passer à Barnhill. Richard n’a pas com- mencé à aller à l’école, car Mrs Angus était malade. Il m’a envoyé une “lettre” qui mon-trait en tout cas qu’il connaît douze lettres de l’alphabet.
À moins que je ne sois plus en Angleterre, je vais le faire venir ici pour Noël, et il pourra alors apprendre à connaître un peu mieux Sonia. Je ne pense pas qu’il devrait y avoir de complication à propos de son éducation. Nous nous sommes mis d’accord que si je mourais dans un avenir proche, même si j’étais marié, Avril serait sa tutrice. Je ne peux pas faire davantage de plans pour l’instant ».
Ainsi se termine la dernière des 279 lettres d’Éric Blair ici réunies et puisées dans un flot épistolaire de 2.700 missives. Une voix s’éteint. Il ne reste à George Orwell, nom de plume de Blair, que quelques jours à vivre et son ultime pensée va à son cher fils adoptif.

Un homme en lutte
Ce dernier, comme les femmes de sa vie, ses amis fidèles, ses éditeurs sont quelques-uns des proches auquel ce livre passionnant redonne de l’épaisseur ; tout en offrant de précieux éclairages sur un écrivain majeur du XXe siècle, doublé d’un esprit lucide et d’un sens de la justice sans concession. De l’auteur, grand dénonciateur du totalitarisme, on sait beaucoup et peu de choses. Beaucoup parce que l’homme a raconté sa jeunesse en Birma- nie, ses années de dèche ou son engagement durant la guerre d’Espagne. Beaucoup parce que ses essais, articles émissions de radio ont été réunis dans quatre volumes de « L’encyclopédie des nuisances » faisant autorité. Pourtant, malgré les biographies qui lui ont été consacrées, Orwell ne nous est jamais apparu aussi présent et émouvant. Rien ici de sensationnel, ni d’impudique, mais une vie replacée sous la lumière de ce qui en fut le moteur : la combativité. Pour exprimer sa haine de toutes les tyrannies, les dérives du com- munisme étant l’une de ses cibles favorites. Pour ne pas succomber à une pneumonie chronique, pour trouver trois livres six pences, pour survivre et tenter de se faire publier.

L’amour de la simplicité
Quand on sait l’importance de son œuvre et du visionnaire « 1984 »,on reste pantois devant le chemin de croix que fut son existence. Mais Orwell avait son antidote contre l’ingratitude de l’époque : un goût immodéré pour les choses simples. Avec l’amitié, la fidélité, la tendresse sans pathos, son amour pour les bonheurs de la vie ordinaire – du jardinage, un bon feu, une partie de pêche, une cigarette ou un brandy – nous dit ce qu’il était profondément.
Cette humilité ne fait qu’ajouter à une stature intellectuelle que l’ouvrage, remarquablement traduit par Bernard Hœpffner, doté d’un appareil critique touffu et éclairant, affirme à chaque page.

Jean-Luc Germain
Le Télégramme, 14 décembre 2014
Le samedi 6 juin 2015    Marseille (13)
Rencontre-lectures autour de la Correspondance de George Orwell

Les éditions Agone proposent une série de rencontres autour de la parution d’“Une vie en lettres” de George Orwell, véritable autobiographie épistolaire dessinant la vie d’Orwell de l’internat de son enfance à l’hôpital où il est mort, en passant par l’Espagne, le Maroc ou Londres. S’y mêlent amitiés fidèles, amours pudiques, relations de travail franches, réflexions politiques lucides et grand sens de l’autodérision.

Jean-Jacques Rosat, maître de conférences au Collège de France et directeur de la collection Banc d’essais nous parlera de la vie de George Orwell, son engagement politique et son œuvre.
La rencontre sera ponctuée de lectures.

Rendez-vous le 6 juin 2015 à 14h dans l’auditorium de la bibliothèque de l’Alcazar.

Avec le soutien de la Ville de Marseille

Le vendredi 30 janvier 2015    Saint-Antonin-Noble-Val (82140)
"George Orwell à la ferme"

Où George Orwell a-t-il écrit “Le quai de Wigan” (son livre-reportage sur la classe ouvrière anglaise) et “Hommage à la Catalogne” (son livre-témoignage sur ses six mois de Guerre d’Espagne dans une milice révolutionnaire anti-franquiste) ? Dans le vieux cottage-épicerie sans confort d’un petit village isolé de la campagne anglaise, Wallington, où il s’est installé avec sa femme sitôt marié ; ils y élèvent des poules, des oies, une chèvre. Où a-t-il écrit “1984” ? Dans une ferme face à la mer, tout au bout de l’île de Jura, dans les Hébrides en Écosse…

La solidarité entre sa vie quotidienne, son combat politique et ses activités d’écrivain n’apparaît nulle part aussi bien que dans sa correspondance. En donnant à lire 269 lettres d’Orwell et 34 de son entourage, “Une vie en lettres” dessine sa vie, de l’internat de son enfance à l’hôpital où il est mort, en passant par Wigan et Wallington, l’Espagne et le Maroc, Londres et les Hébrides. S’y mêlent amitiés fidèles, amours pudiques, relations de travail, réflexions politiques lucides et grand sens de l’autodérision.

Venez rencontrer Jean-Jacques Rosat, maître de conférences au Collège de France, spécialiste de George Orwell, le vendredi 30 janvier, de 18h à 19h30, dans la Salle du Prieur de la mairie de Saint-Antonin-Noble-Val.

L’entrée libre, la rencontre sera suivie d’un débat, à l’issue duquel un petit verre vous sera offert.

En partenariat avec la librairie Le Tracteur Savant (13 rue saint Angel, 82140 Saint-Antonin-Noble-Va, tél : 07 82 55 72 27).

Le vendredi 3 octobre 2014    Paris (75)
"Une vie en lettres"

Les éditions Agone proposent une série de rencontres autour de la parution d’Une vie en lettres de George Orwell, véritable autobiographie épistolaire dessinant la vie d’Orwell de l’internat de son enfance à l’hôpital où il est mort, en passant par l’Espagne, le Maroc ou Londres. S’y mêlent amitiés fidèles, amours pudiques, relations de travail franches, réflexions politiques lucides et grand sens de l’autodérision.

Cette rencontre a lieu le 3 octobre 2014 à 19h30 à la librairie Atout livre
203 bis avenue Daumesnil
75012 Paris

En présence de Jean-Jacques Rosat (directeur de la collection Banc d’essais), Bernard Hoeppfner (traducteur) et Jean-Pierre Martin (auteur de L’Autre Vie d’Orwell, Gallimard, 2013.

Le jeudi 2 octobre 2014    Paris (75)
"Une vie en lettres"

Les éditions Agone proposent une série de rencontres autour de la parution d’Une vie en lettres de George Orwell, véritable autobiographie épistolaire dessinant la vie d’Orwell de l’internat de son enfance à l’hôpital où il est mort, en passant par l’Espagne, le Maroc ou Londres. S’y mêlent amitiés fidèles, amours pudiques, relations de travail franches, réflexions politiques lucides et grand sens de l’autodérision.

Cette rencontre a lieu le 2 octobre 2014 à 20h à la librairie :
Le Comptoir des mots
239 rue des Pyrénées
75020 Paris

En présence de Jean-Jacques Rosat (directeur de la collection Banc d’essais), Bernard Hoeppfner (traducteur)

Le mercredi 1 octobre 2014    Paris (75)
"Une vie en lettres"

Les éditions Agone proposent une série de rencontres autour de la parution d’Une vie en lettres de George Orwell, véritable autobiographie épistolaire dessinant la vie d’Orwell de l’internat de son enfance à l’hôpital où il est mort, en passant par l’Espagne, le Maroc ou Londres. S’y mêlent amitiés fidèles, amours pudiques, relations de travail franches, réflexions politiques lucides et grand sens de l’autodérision.

La première rencontre a lieu le 1er octobre 2014 à 19h à la librairie Le Livre écarlate
31 rue du Moulin vert
75 014 Paris

En présence de Jean-Jacques Rosat (directeur de la collection Banc d’essais), Bernard Hoeppfner (traducteur)

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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net
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