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Charb n’aime pas les gens
Chroniques politiques 1996-2002
Préface de Thierry Discepolo
Parution : 28/11/2002
ISBN : 2748900022
Format papier : 208 pages (12 x 21 cm)
15.00 €

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« Les débats sur la sécurité sont bien pratiques. La sécurité permet au plus nul des élus, au plus lamentable des politiques de se faire applaudir par le populo. Plus il y a de flics, plus ils tapent fort et moins il y a d’insécurité. Voilà le théorème simpliste récité par le gouvernement et l’opposition. On veut nous faire croire que les problèmes d’insécurité, ça fait appel au bon sens, mais surtout pas à la politique. Pourtant, la sécurité, la manière dont on l’envisage et, surtout, la manière dont on essaye ou pas de la garantir, ce n’est que de la politique. La fréquence même à laquelle est prononcé le mot sécurité, c’est de la politique.

Aucun homme politique n’est assez bête pour vraiment penser que la sécurité se garantit en arrosant de pognon la flicaille. Et pourtant, les gouvernements arrosent, et sans discuter. Combien de mois les cheminots ou les enseignants devraient-ils faire grève pour obtenir ce que les policiers obtiennent ? Comptons plutôt en années.
Si les gouvernements sont si généreux avec la police, c’est parce que ça lui coûte toujours moins cher de lui payer des gilets pare-balles, des voitures de course et des primes à la noix que de mener les longues et chères réformes économiques et sociales qui seraient à même de réduire ce « sentiment d’insécurité » qui a fait son nid dans le crâne des Français. On a bien dressé les gens, de manière qu’ils ne fassent surtout plus le lien entre chômage, éducation, consommation, économie et sécurité. Une société sécuritaire, c’est plus facile à mettre en place qu’une société juste. Mais voilà, dire cela est ringard, utopiste, et dangereux. »

Charb

Journaliste et dessinateur de presse, Charb était directeur de la publication de Charlie Hebdo.

Les livres de Charb sur le site

Pourquoi faire paraître ici ce recueil de textes du chroniqueur satirique et politique Charb ? Voilà comment on peut voir les choses. C’est une production permanente. Chaque heure, chaque jour, le matin et le soir ; la nuit si on en a le goût ; en début ou en fin de semaine ; et aussi chaque mois si on peut encore. Sur tous les supports et par tous les canaux possibles. C’est fait de « unes », de titres, de sur- et de sous-titres, de « chapôs », de « flashs », de « sujets » et d’« éditos ». Les médias déversent en permanence une marée de merde qui entre et sort de nos pores, inonde nos consciences et malaxe nos opinions. Certes, la couleur change, l’odeur aussi. Mais c’est toujours la même matière. Qui veut y réfléchir prend le risque de se laisser polluer l’intelligence : raisonnements bidons, analyses tordues, images détournées, bavardages amnésiques, propos torves et fausses naïvetés. Les médias mentent. Et toujours au profit de la vision la plus réactionnaire du monde social.
Mais voilà que, sur cette vague fétide, Charb surfe toutes les semaines, dans la plus grande solitude, ses grosses lunettes sur le nez, depuis dix ans, contre vents et marées – si on peut dire… Tous les mercredis que le calendrier fait, il rentre de la plage, pas la plus petite tache sur le short. Même pas l’odeur dans les cheveux. En toute simplicité, très rarement plus d’un sujet à la fois, le chroniqueur délivre sa contre-analyse de l’actualité politique. Nous avons retenu pour ce recueil un peu plus du cinquième des 500 chroniques qui couvrent ces dix dernières années à Charlie Hebdo. C’est donc de l’essence de Charb : mordre les renégats au service de l’idéologie capitaliste, déculotter les moralistes de tous bords, ne rien concéder à la soldatesque et faire fleurir la bêtise des apôtres appointés du consensus. Une continuité de point de vue dont la durée construit la cohérence. Un certain ton de voix, celui qui bourgeonna un temps sous la bannière libertaire, outrancière et censurée de feu Hara-kiri. Des manières qui nous soignent de la cuistrerie des éditorialistes, ces petits Blancs de la culture affairés à jouer aux ennemis complices et officiels du débat public. Enfin, ce travail nous semble accompagner au plus près la contre-information que nos livres tentent de mener, dans un domaine que l’édition peut difficilement suivre avec sérieux : l’actualité politique. Ces chroniques ont été rassemblées par thème : les bienfaits du capitalisme, les vertus de la presse et de la publicité, le génie moral de nos personnalités publiques, les merveilles de la politique française et internationale, les idylles de la cohabitation israélo-palestienne et les plaisirs de la guerre ; datées, elles se succèdent suivant l’ordre chronologique – à quelques exceptions près ; les rares notes sont de nous – qui précisent un détail ou formulent un désaccord. Voici le coup d’œil du myope placide qui nous aide à rire de la grosse et de la fine bêtise nuisible.
Réalisation : William Dodé