couverture
La Fabrication du consentement
De la propagande médiatique en démocratie

Titre original : Manufacturing Consent : The Political Economy of the Mass Media (1988, 2002)
Nouvelle édition revue & actualisée — Texte intégral
Traduit de l’anglais par Dominique Arias

Parution : 24/10/2008
ISBN : 9782748900729
Format papier : 672 pages (12 x 21 cm)
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Dans cet ouvrage, désormais un classique outre-Atlantique (1988, rééd. 2002), les auteurs présentent leur « modèle de propagande », véritable outil d’analyse et de compréhension de la manière dont fonctionnent les médias dominants. Ils font la lumière sur la tendance lourde à ne travailler que dans le cadre de limites définies et à relayer, pour l’essentiel, les informations fournies par les élites économiques et politiques, les amenant ainsi à participer plus ou moins consciemment à la mise en place d’une propagande idéologique destinée à servir les intérêts des mêmes élites.
En disséquant les traitements médiatiques réservés à divers événements ou phénomènes historiques et politiques (communisme et anticommunisme, conflits et révolutions en Amérique Latine, guerres du Vietnam et du Cambodge, entre autres), ils mettent à jour des facteurs structurels qu’ils considèrent comme seuls susceptibles de rendre compte des comportements systématiques des principaux médias et des modes de traitement qu’ils réservent à l’information.
Ces facteurs structurels dessinent une grille qui révèle presque à coup sûr comment l’inscription des entreprises médiatiques dans le cadre de l’économie de marché en fait la propriété d’individus ou d’entreprises dont l’intérêt est exclusivement de faire du profit ; et comment elles dépendent, d’un point de vue financier, de leurs clients annonceurs publicitaires et, du point de vue des sources d’information, des administrations publiques et des grands groupes industriels.

Noam Chomsky

Linguiste, Noam Chomsky est professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology (MIT, Boston). Parallèlement à sa prestigieuse carrière universitaire, il est mondialement connu pour son engagement politique et sa critique de la politique étrangère des États-Unis.

Les documentaires sur Noam Chomsky aux Mutins de Pangée : Chomsky & Cie et Chomsky et le pouvoir

Autour des interventions de Noam Chomsky en France

Les livres de Noam Chomsky sur le site

Edward Herman

Economiste, Edward S. Herman est professeur émérite à la Wharton School of Business (Pennsylvanie). Co-fondateur de Znet, réseau américain d’informations alternatif, il s’intéresse notamment à la domination industrielle et aux règlementations financières relevant des conflits d’intérêts.

Les livres de Edward Herman sur le site

Sommaire du livre

Introduction
Préface à la première édition
I. Un modèle de propagande
II. Victimes dignes ou non d’intérêt
III. Onction électorale versus élections nulles et non avenues dans le Tiers-Monde (Salvador, Guatemala et Nicaragua)
IV. La filière bulgare pour tuer le Pape : Désinformation de libre-marché
V. Les Guerres d’Indochine (I) : Vietnam
VI. Les Guerres d’Indochine (II) : Laos et Cambodge
VII. Conclusions / Annexes

> Tous les livres de Noam Chomsky aux éditions Agone

> Tout le détail des interventions de Noam Chomsky durant sa visite parisienne entre le 27 et le 31 mai 2010 sur le site www.chomskyaparis.org

> Commander le film Chomsky et Compagnie sur ce site

Dossier de presse
Bruno Colombari
Blog Métaphores , 12/09/2010
L'âge de faire n°45 , septembre 2010
Agenda interculturel , septembre 2009
André Synott
Col Blanc (Quebec) , 01-02/2009
Roland Raymond
L'Humanité , 18/02/2009
Michel Bourdeau
Parutions.com , 13/01/2009
Evelyne Leveque
Les Amis du Monde Diplomatique (Versailles) , décembre 2008
Serge Halimi
Le Monde diplomatique , décembre 2008
Régis Vlachos
Zibeline n°14 , décembre 2008
Théo Corbucci
Le Patriote , décembre 2008
Compte-rendu

Écrit en deux temps (1988 et 2002), cet essai décapant sur le rôle des médias dominants en système démocratique décortique le modèle de propagande, exemples à l’appui. Fondamental.

Il aura fallu du temps à ce livre, écrit par Noam Chomsky et Edward Herman, pour arriver en France dans une traduction fidèle à l’original. Publié aux États-Unis en 1988 et réédité en 2002 en édition augmentée, La fabrication du consentement est sortie en France en 2003 par les éditions du Serpent à Plumes, avec un titre étrange (La Fabrique de l’opinion publique) et un contenu tronqué. Il faut donc rendre hommage aux éditions marseillaises Agone qui ont repris, avec Dominique Arias, un travail de traduction intégrale en 2009.

De quoi parle cette Fabrication du consentement ? Le sous-titre y répond déjà : de la propagande médiatique en démocratie. Et même si l’étude porte sur la façon dont les grands médias américains (journaux et télévision) ont traité les guerres d’Indochine (Vietnam, Laos et Cambodge), l’intervention américaine en Amérique centrale (Salvador, Guatemala, Nicaragua) et la tentative d’assassinat de Jean-Paul II, il n’est pas difficile d’extrapoler le modèle de propagande à la France et à sa presse bien-pensante.

Le modèle de propagande en question, c’est celui qui fait qu’en système démocratique, les médias relaient une pensée dominante au service des groupes qui les contrôlent (y compris l’État). “Il n’aura échappé à personne que le postulat démocratique affirme que les médias sont indépendants, déterminés à découvrir la vérité et à la faire connaître”. C’est ce postulat que Chomsky et Herman vont s’employer, à partir d’exemples très précis, à démonter pièce par pièce. Non, les médias ne sont pas indépendants, hormis quelques titres alternatifs et relativement confidentiels. Oui, ils défendent des intérêts qui n’ont rien à voir avec ceux de la majorité de la population.

Si le cœur du livre, au fond, ne nous apprend rien (d’autres en France y ont travaillé dessus, comme Pierre Bourdieu ou Serge Halimi) parce qu’on sait très bien pour qui travaillent Le Figaro, Les Echos ou TF1, son grand intérêt est d’attirer notre attention sur le traitement différencié des victimes. En clair, il y a celles pour qui il faut éprouver de la compassion parce que leur sort justifie les politiques suivies, et il y a celles qui n’ont aucun intérêt et dont il n’est pas utile de parler. Qu’on pense ainsi aux victimes américaines du 11 septembre 2001 en regard des populations afghanes et irakiennes qui ont subi les conséquences de la guerre contre le terrorisme.

C’est aussi et surtout un formidable livre d’histoire, et ce qu’il raconte sur les bassesses, les mensonges et les crimes de masses commis directement par l’armée américaine au Vietnam, au Laos et au Cambodge — ou indirectement au Salvador et au Guatemala — est tout à fait glaçant. Sans même parler des retournements de veste successifs de Washington vis-à-vis des Khmers Rouges, tout d’abord considérés comme le mal absolu avant de devenir alliés contre l’envahisseur vietnamien.

Certes, depuis la première édition du livre, Internet a quelque peu changé la donne et permis une relative démocratisation de l’accès et de la production d’une information alternative. Pour autant, “ceux dont les besoins d’information sont les plus critiques ne trouvent pas de solution dans Internet, nombre d’entre eux n’y ont pas accès. Internet n’est pas un outil de communication de masse pour ceux qui n’ont pas d’étiquette connue, ne disposent pas déjà d’une large audience et de ressources importantes.” Ces lignes datent de huit ans et peuvent être discutées, tant les choses évouent vite en ce domaine. Mais connaître les principes du modèle de propagande reste plus que jamais nécessaire.

> À lire en ligne sur le blog Métaphores

Bruno Colombari
Blog Métaphores , 12/09/2010
compte-rendu
L’idée répandue voudrait que les médias soient les premiers à monter au créneau, obstinés dans leur quête de vérité, indépendants à l’égard du pouvoir. Le « modèle de propagande » détaillé dans ce livre, dissèque au contraire les mécanismes de contrôle de l’information dans nos sociétés démocratiques. Mus par des intérêts économiques, souvent proches des pouvoirs en place, les médias auraient plutôt tendance à distiller des informations destinées à servir les intérêts des élites. À travers la sélection des sujets, le cadrage des questions, la reprise intégrale de déclarations officielles, l’insistance, le ton , c’est une vraie propagande sournoise qui est ainsi diffusée par les médias de masse. Cette théorie est longuement testée sur des évènements impliquant des intérêts américains dans le monde. L’ouvrage écrit en 1988 a été mis à jour et complété en 2002. il va sans dire que le modèle fonctionne toujours aujourd’hui…
L'âge de faire n°45 , septembre 2010
À lire
Cet ouvrage est un véritable outil d’analyse et de compréhension de la manière dont fonctionnent les médias dominants. Ils font la lumière sur la tendance lourde à ne travailler que dans le cadre de limites définies, et à relayer, pour l’essentiel, les informations fournies par les élites économiques et politiques, les amenant ainsi à participer plus ou moins consciemment à la mise en place d’une propagande idéologique destinée à servir les intérêts des mêmes élites. En disséquant les traitements médiatiques réservés à divers événements ou phénomènes historiques et politiques (communisme et anticommunisme, conflits et révolutions en Amérique latine, guerres du Vietnam et du Cambodge, entre autres), ils mettent à jour des facteurs structurels qu’ils considèrent comme seuls susceptibles de rendre compte des comportements systématiques des principaux médias et des modes de traitement qu’ils réservent à l’information. Ces facteurs structurels dessinent une grille qui révèle presque à coup sûr comment l’inscription des entreprises médiatiques dans le cadre de l’économie de marché en fait la propriété d’individus ou d’entreprises dont l’intérêt est exclusivement de faire du profit ; et comment elles dépendent, d’un point de vue financier, de leurs clients annonceurs publicitaires et, du point de vue des sources d’information, des administrations publiques et des grands groupes industriels.

Il est fondamental que les politiques démocratiques passent nécessairement par une démocratisation des sources d’information, et par la création de médias plus démocratiques. Les mouvements de base et intermédiaires qui représentent en très grand nombre les citoyens ordinaires devraient s’investir plus activement et financièrement dans la création et le développement de leurs propres médias. Ce type de structures et de station de TV et radio-diffusion à but non lucratif, ainsi qu’un meilleur usage de l’audiovisuel public, d’internet et de l’édition indépendante sont des outils indispensables pour qui veut prétendre à de réelles conquêtes démocratiques, sociales et politiques.
Agenda interculturel , septembre 2009
L'autre PPP : le partenariat pouvoir et propagande
Passant de la propagande en général à l’analyse du rôle des médias dans la formation du conformisme politique, Noam Chomsky et Edward Herman ont écrit en 1988 La Fabrication du consentement, de la propagande médiatique en démocratie, enfin traduit en français, d’après une mise à jour complémentaire en 2002 par les Éditions Agone. Après des années d’études et de recherches consacrées aux médias, Chomsky et Herman sont convaincus que les médias sont utilisés pour créer un soutien aux intérêts de l’État et des élites économiques. Ce soutien est rendu possible parce que les médias appliquent un modèle de propagande. A première vue, il n’y a pas de propagande institutionnalisée lorsque les organes de presse appartiennent à des entreprises privées plutôt que d’être les courroies de transmission d’une dictature.
Pourtant à l’analyse des auteurs, on apprend que les médias subissent le modèle de propagande parce que des filtres empêchent toute autre forme de fonctionnement. Aux États-Unis, ces cinq filtres sont l’actionnariat (les entreprises de presse étant de plus en plus coûteuses à faire fonctionner, elles ne peuvent survivre qu’intégrées dans des groupes industriels ou financiers), la régulation par la publicité (l’essentiel des revenus venant des annonceurs, il est difficile, voire impossible, de se mettre à dos les pourvoyeurs de fonds), les sources d’informations (les médias ayant un besoin continu d’informations à mettre entre deux espaces publicitaires, s’en remettent à des pourvoyeurs de nouvelles naturelles, l’État et les grandes entreprises), les contre-feux (si les médias s’aventurent hors des sentiers battus, divers leviers de contrôle agissent : menaces de poursuites, pétitions au Congrès, campagnes de Think tanks conservateurs) et l’anticommunisme (le Bonhomme Sept Heures idéal pour calmer les esprits déviants, mais, signe des temps, l’anticommunisme pourrait faire place à l’anti-islamisme). Les auteurs ont surtout utilisé des exemples dans les organes les plus prestigieux de la presse américaine : le New York Times, les magazines Time et Newsweek et CBS News (télévision).
Pour prouver leur thèse (le conformisme assujetti à l’État d’une presse soi-disant libre et indépendante), les auteurs ont analysé comment certaines nouvelles ou certains événements étaient rapportés d’un État client ou ami des États-Unis ou au contraire (le même genre d’événement) d’un État jugé hostile.
On a mis en parallèle des victimes dignes ou indignes d’intérêt. Ainsi, les tortures et l’assassinat du prêtre Jerzy Popielusko par des policiers polonais ont fait l’objet de nombreux articles (éditoriaux, premières pages, détails sur les sévices maintes fois répétés, implication des autorités), par contre une centaine de religieux (dont Mgr Romero, archevêque de San Salvador, et les quatre religieuses américaines) assassinés par l’extrême droite en Amérique latine reçurent moins de couvertures médiatiques alors qu’à première vue, il serait plus facile d’y enquêter que dans un État totalitaire. Autre parallèle : les Kurdes. Tant que Saddam Hussein était allié des États-Unis (quand il combattait l’Iran des ayatollahs), il pouvait massacrer les Kurdes iraquiens sans problème ; devenu envahisseur du Koweït, il devenait criminel de guerre ; pendant ce temps, la Turquie (élément-clé de l’OTAN parce que très près de l’URSS) a autant et toujours massacré les Kurdes turcs sans soulever de protestations américaines. Les médias traitent aussi, de façon différente, les élections selon qu’elles se déroulent dans un État client ou hostile, il en découle une légitimité ou illégitimité du résultat électoral. Au Salvador et au Guatemala, les élections se tinrent dans un climat de violence d’assassinats politiques avec des interdictions de groupes politiques (la démocratie-chrétienne y était la « gauche » autorisée), mais la presse américaine y salua la démocratie balbutiante. Au Nicaragua, à l’encontre d’observateurs irlandais, suédois et hollandais, la presse américaine niait la validité du processus électoral pendant que le gouvernement américain armait illégalement les contras, la guérilla de droite. Pour faire diversion devant la victoire des sandinistes à l’élection (en 1984), le gouvernement américain déclara qu’un cargo soviétique transportait des Mig (avions de chasse) au Nicaragua, la presse se concentra sur cette nouvelle plutôt que sur la victoire des sandinistes. Plus tard, lorsque le mensonge fut dévoilé, on expliqua qu’un satellite-espion s’était bloqué pendant le chargement du cargo, de sorte que la cargaison était inconnue, mais il aurait pu y avoir des Mig... (Comme Saddam Hussein avait des armes de destruction massive avant d’être envahi, Colin Powell l’a dit à l’ONU ! Mais ils ont cessé de les chercher une fois le changement de régime acquis). Est aussi examinée, la couverture de l’attentat contre le Pape impliquant une filière bulgare communiste travaillant avec un terroriste turc membre des Loups Gris (un mouvement d’extrême droite) et les méandres de la politique américaine en Indochine (guerre du Viêt Nam, renversement des gouvernements au Laos et au Cambodge, en prime les États-Unis dénonçant les Khmers rouges, puis les appuyant à l’ONU lorsqu’ils furent chassés du pouvoir.
Malgré tout, le système n’est pas tout-puissant, des alternatives peuvent apparaître : médias communautaires, organisation et auto éducation des communautés, de groupes de militants, organisations en réseaux, utilisation d’internet, etc.
André Malraux disait que « le cinéma est parfois un art, parfois une industrie. » Or, malgré le rouleau compresseur de l’industrie, le cinéma d’art existe toujours. Nous pourrions paraphraser en disant que la presse est parfois un service public, parfois une industrie. Alors que le cinéma d’art vit d’abord par un acte de création, la presse de service public vivra d’abord par des actes de conscientisation et d’organisation des citoyens qui devront s’investir activement et financièrement dans la création et le développement de leurs propres médias.
André Synott
Col Blanc (Quebec) , 01-02/2009
Noam Chomsky, une certaine idée de la liberté

Rencontre avec Daniel Mermet, co-auteur avec Olivier Azam de “Chomsky et Compagnie, pour en finir avec la fabrique de l’impuissance”, documentaire sur le linguiste américain Noam Chomsky, intellectuel très critique de la politique étrangère des Etats-Unis, et des médias de masse.

> à lire en ligne sur le site de L’Humanité

Roland Raymond
L'Humanité , 18/02/2009
Compte-rendu
À l’heure où le mari de la chanteuse est en train de faire main basse sur l’audiovisuel public, cette publication, — ou plutôt cette réédition, car l’ouvrage avait été partiellement traduit en 2003, sous le titre La Fabrique de l’opinion publique, la politique économique des media américains —, tombe à pic. C’est le fruit d’une collaboration déjà ancienne, puisque, depuis 1974, les deux auteurs ont déjà co-écrit bon nombre de livres, souvent traduits en français. Chomsky restera d’abord comme un des plus grands linguistes du XXe siècle : les Structures syntaxiques, qui provoquèrent un raz de marée sans précédent, ont aujourd’hui plus de cinquante ans. Parallèlement à cette carrière universitaire prestigieuse, il s’est aussi fait connaître assez tôt par des engagements politiques radicaux, notamment par une critique sévère de la politique étrangère de son pays, ce qui a fait de lui un des intellectuels les plus connus aujourd’hui dans le monde, un peu l’équivalent, aux États-Unis, de ce qu’ont été Russell en Grande-Bretagne ou Sartre en France. Ses prises de positions ont été souvent très contestées, et certaines, comme celles sur l’affaire Faurisson ou sur les Khmers rouges, lui ont valu des rappels à l’ordre de la gauche bien pensante : Jacques Attali, Bernard-Henri Lévy et consorts.

La Fabrication du consentement se présente un peu comme une étude sociologique, puisqu’y sont analysés les modes de fonctionnement d’une des institutions clés des sociétés démocratiques, à savoir la presse, et plus généralement les media. En théorie, ceux-ci sont censés développer la capacité critique du citoyen, en mettant à sa disposition les informations dont il a besoin pour exercer son jugement critique et opiner en connaissance de cause. La thèse de l’ouvrage est qu’il n’en est rien et que les media ne jouent pas du tout le rôle qu’ils aiment à se donner. Loin de développer la pensée critique, ils ont tout au contraire pour effet de fabriquer du prêt à penser et ils manipulent l’opinion beaucoup plus qu’ils ne l’informent. Ce faisant, les auteurs poursuivent un but pédagogique, comme l’indique la citation de Milton placée en exergue : «les mêmes qui leur ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle». L’ouvrage se propose d’ouvrir les yeux du lecteur, de l’aider à identifier les différents stratagèmes dont l’oligarchie se sert pour que les media masquent la réalité au lieu de la montrer.

L’ouvrage comprend six chapitres. Le premier, le plus important, présente un «modèle de propagande», décrivant la façon dont fonctionnent les grands media. Sont ainsi passés en revue cinq «filtres» qui expliquent la tendance marquée à ne relayer que les informations fournies par les élites économiques et politiques : l’actionnariat et la recherche du profit, la régulation par la publicité, les sources d’information, les différents moyens de pression, l’anticommunisme. Les chapitres suivants testent alors la pertinence du modèle sur l’examen de différents cas. Le second, par exemple oppose la façon dont la presse américaine a rendu compte de l’assassinat du Père Popieluzko en Pologne en 1984 et de celui de l’Archevêque du Salvador, Mgr. Romero, en 1980. Le chapitre suivant a pour titre «légitimités électorales contre élections nulles et non avenues dans le tiers monde (Salvador, Guatemala, Nicaragua)» - 1982-1985, c’était l’époque des «sandinistes». Un autre traite de la tentative d’assassinat du Pape Jean Paul II et de la prétendue «filière bulgare». D’autres encore, des campagnes d’Indochine (Vietnam, Laos et Cambodge).

Ces choix peuvent surprendre ; ils tiennent simplement à ce que, abstraction faite de quelques compléments ajoutés pour une seconde édition en 2002, l’essentiel du livre a été écrit il y a plus de vingt ans. À cette époque, en 1988, l’ouvrage collait à l’actualité et la place accordée à l’Amérique Centrale ou à la péninsule indochinoise s’explique de la même façon par l’importance alors des intérêts nord-américains dans ces régions.

Le lecteur referme le livre avec un sentiment mitigé. Non pas en raison des thèses défendues. Beaucoup des analyses n’ont rien perdu de leur pertinence et se transposent sans difficulté au cas français, comme celle qui montre que, à deux poids deux mesures, la presse ne traite pas de la même façon les grands groupes financiers ou les simples producteurs, comme les agriculteurs ou les pécheurs. De même, il y a quelque chose de réconfortant à savoir que la vie politique aux USA ne se réduit pas à la lutte des républicains et des démocrates pour le pouvoir, et qu’il existe là-bas une véritable gauche, même si elle est très minoritaire. Mais, comme la quasi totalité des ouvrages de circonstances, celui-ci a mal vieilli. Même si les principes de la politique étrangère américaine sont restés inchangés, leur application a été complètement bouleversée par les attentats du 11 septembre. De plus l’ouvrage a été écrit pour un public nord-américain, et beaucoup de particularités locales n’intéresseront guère le lecteur français. On se demande si, en se proposant d’établir que la théorie officielle sur les media est loin de correspondre à la réalité, Chomsky et Herman n’enfoncent pas des portes ouvertes, car il faut quand même une bonne dose de naïveté pour prendre pour argent comptant ce que les media disent d’eux-mêmes et croire qu’ils sont au service de la vérité et non des puissants de ce monde.

Cette traduction a certainement beaucoup perdu à venir si longtemps après la parution du texte anglais. Aujourd’hui, elle intéressera les inconditionnels de Chomsky, et ils sont plus nombreux qu’on ne le croit ; ou au contraire ceux qui n’ont jamais rien lu de lui et qui trouveront là un échantillon, sinon le meilleur, du moins assez représentatif du combat qu’il mène depuis plusieurs dizaines d’années et dont on ne peut nier le caractère exemplaire.
Michel Bourdeau
Parutions.com , 13/01/2009
« Ce livre examine les sociétés démocratiques… »

Ce livre examine les sociétés démocratiques, comme les Etats-Unis en particulier, dont les populations non contraintes par la force sont soumises à des formes d’oppressions idéologiques plus subtiles. Les auteurs présentent des exemples percutants du processus de filtrage de l’information, véritable « fabrication du consensus ». On y parle par exemple de la façon dont les médias ont traité de la destruction écologique et humaine du Vietnam dans les années 1970. (…) « On trouve bien peu de chose à ce sujet, ni sur la dévastation du Laos ou du Cambodge, dans les colonnes des grands médias américains. Au contraire, avec une bonne conscience et une uniformité remarquables, les problèmes de reconstruction que venaient aggraver les catastrophes naturelles et la continuation de la guerre, à laquelle les Etats-Unis contribuaient autant qu’ils le pouvaient, furent exclusivement attribués à la brutalité et à l’ineptie des communistes »(…) Et puis, l’insistance à évoquer plutôt les massacres de Pol Pot au Cambodge et l’invasion indonésienne du Timor Oriental de 1975 à 1979, ainsi que l’influence déterminante des médias lors de la guerre du Golfe.

Les auteurs nous montrent le rôle des médias, en interaction avec des gouvernements, des universités et des dirigeants des sociétés industrielles et financières, qui nous poussent à l’approbation tacite des mesures violentes et oppressives prise en notre nom. C’est le processus que Chomsky appelle « confection du consentement » (manufacturing consent) De nombreuses personnes sont manipulées politiquement par ce traitement déformé de l’actualité mondiale, d’autres sont paralysées par une surabondance d’informations. Chomsky place sa confiance dans l’efficacité de la raison :

« (…) Quand vous avez des activistes, des gens politisés, des gens qui consacrent leur vie à promouvoir des changements sociaux, alors des gens comme moi (Chomsky) peuvent émerger. Notre importance est attribuable aux autres. Mon travail, que ce soit de donner des conférences, ou d’écrire 20 heures par semaine ne s’adresse pas aux intellectuels ou aux politiciens ; il s’adresse à ces gens qu’on dit ordinaires. Et ce que j’attends d’eux c’est exactement ce qu’ils sont. Ils devraient chercher à comprendre et être fidèles à eux-mêmes, et essayer d’améliorer le monde. Pour ça il faut le comprendre. Mon rôle est de donner des cours d’autodéfense intellectuelle. (…) On n’apprend pas ça à l’école. Il s’agit d’acquérir une indépendance d’esprit. D’y travailler. On y arrive rarement seul. La « beauté » du système, c’est qu’il isole. Chacun seul en face de la télé. C’est difficile de penser dans ces conditions. On ne peut pas lutter seul. Très peu le peuvent. C’est pourquoi les cours d’autodéfense intellectuelle devront se donner dans le cadre d’une organisation. Il faut voir ce que les institutions tentent de faire car c’est la clé, c’est ce qu’on doit combattre. Si elles essaient d’isoler les gens, de les séparer, notre rôle est de les réunir. Ainsi chez vous, vous cherchez des moyens d’actions alternatifs. Des gens aux préoccupations semblables, aux valeurs similaires, désireux d’entraider d’autres à se prémunir contre le pouvoir, à se prendre en main et aller au devant d’eux. C’est un ensemble d’intérêts. Vous apprendrez à vous défendre conjointement avec d’autres. (…) » « Très peu de gens ont le temps et l’énergie de mener ce perpétuel combat qui les fera aller au-delà de ce qui nous est imposé par les médias ; les illusions nécessaires sont faites pour tromper et tenir à l’écart la majorité. (…) » (Extrait du discours de N.Chomsky dans le film : « Manufacturing Consent » (K-films vidéo)

Dans le livre les auteurs nous rappellent que les médias, ce sont d’abord et avant tout des entreprises qui fonctionnent dans l’économie de marché ; ces médias appartiennent à des individus ou des entreprises dont l’intérêt est exclusivement de faire du profit. De plus elles dépendent financièrement de leurs clients annonceurs publicitaires, et du point de vue des sources d’information des administrations publiques et des grands groupes industriels. Aux Etats-Unis plus particulièrement ces sociétés sont d’énormes firmes à but purement lucratif, détenues et contrôlées par de très grosses fortunes. Les entreprises dominantes du secteur affichent plus d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires. La plupart de ces firmes géantes sont complètement intégrées au marché financier, les autres n’étant pas pour autant hors de pouvoir de leurs actionnaires, directeurs et banquiers. La plupart de ces entreprises ont des activités dans différents secteurs des médias. Par exemple Murdoch est aussi fortement implanté dans la publication de journaux ou la télévision que dans l’industrie du cinéma. Cette tendance à l’intégration croissante des médias dans l’économie de marché s’est accentuée grâce au relâchement des règles limitant la concentration des médias. De plus il y a eu un abandon progressif des réglementations encadrant la publicité et la violence, ce qui a ouvert la porte à l’invasion commerciale ; ainsi qu’au recul de la « fairness doctrine » – la règle de l’équilibre des points de vue sur les sujets d’intérêts public.

Chomsky : (…) « Vous n’avez pas compris ce qui se passe ici aux Etats-Unis : il y a un système qui façonne, qui contrôle nos perceptions. On marginalise le public. On s’assure qu’il ne s’immiscera pas dans les affaires de l’élite. (…) Les médias américains sont les seuls à exiger la concision. Il faut dire son truc entre deux pubs, en moins de 600 mots. C’est donc limiter le propos à des lieux communs ou à des idées reçues. Si je dis autre chose que des idées reçues les gens attendent avec raison de comprendre ce que je dis, mais le devoir de la concision en moins de 600 mots vous en empêche. C’est le génie de cette contrainte. (…) » « L’essentiel des médias ont le rôle de distraire. Le but de ces médias est d’abrutir les gens. De les amener à regarder le football à s’en faire pour la mère d’un enfant à six têtes, ou les intéresser à l’astrologie ou au fondamentalisme. Les tenir à l’écart de ce qui compte. Pour cela, il importe de réduire leur capacité de penser. Ainsi ça empêche les gens de s’inquiéter des choses qui comptent dans leur vie et qu’ils aimeraient changer. Quant au sport c’est une façon de créer un esprit de corps derrière un leadership. Bref, c’est du chauvinisme. Toutes ces choses ont une fonction et c’est pourquoi on les soutient. La propagande a tant de succès parce qu’il faut travailler. Regarder la télé, lire le journal, écouter les résultats sportifs et c’est ainsi qu’on se fait endoctriner. Pour avoir l’heure juste il faut trimer. Le moteur de la société industrielle moderne c’est le gain personnel qu’on juge légitime. Or on sait depuis longtemps qu’une société fondée sur ce principe finira par se détruire. Cette société durera tant qu’on prétendra que les engins de mort créés par les hommes sont limités, que la terre est inépuisable et que le monde est une poubelle sans fond. A ce stade de l’histoire, il n’y a plus qu’une alternative. Ou bien la population prend sa destinée en main et se préoccupe de l’intérêt général guidée par des valeurs de solidarité et d’altruisme ou bien c’en sera fait de sa destinée tout court ». (Dans Les médias et les illusions nécessaires K films éditions)

> à lire sur le site des Amis du monde diplomatique

Evelyne Leveque
Les Amis du Monde Diplomatique (Versailles) , décembre 2008
Noam Chomsky en liberté

NI THÉORIE DU COMPLOT NI AMNÉSIE

Depuis une dizaine d’années, la publication, plus ou moins professionnelle, de textes de Noam Chomsky réédités sous des titres différents a pu donner au lecteur l’impression d’être piégé, ou de tourner en rond. Qui s’intéresse d’abord à l’analyse des médias verra ses attentes comblées par la réédition de son livre le plus important sur le sujet, La Fabrique du consentement, publié aux États-Unis en 1988. L’ouvrage, classique, attendait depuis vingt ans un travail d’éditeur digne de ce nom (traduction, mise en contexte, notes). Dorénavant il existe1.

Suite d’entretiens conduits entre février 2006 et mars 2007 sur des thèmes divers, L’Ivresse de la force2 n’a pas la même ambition. Il n’aura pas non plus la même postérité. Et les questions posées, trop peu incisives, laissent intactes un certain nombre d’ambiguïtés. Ainsi du postulat que la réforme prépare et précède la révolution, ou de l’apparente contradiction entre une société américaine jugée « très libre » par Chomsky alors que certains points de vue, dont l’expression serait banale ailleurs, sur la Palestine par exemple, y demeurent selon lui « inexprimables ». Reste l’essentiel : un voyage avec Chomsky au Proche-Orient, en Amérique latine (l’Europe est absente), mais aussi dans la planète plus étriquée de la « pensée pensable », est riche en enseignements – et il comporte quelques surprises.

De nombreux critiques du linguiste américain, qui n’ont jamais pris la peine de le lire, ont fait de lui un contempteur systématique des Etats-Unis, voire un gourou de la « théorie du complot »3. Doit-on alors leur signaler que, dans ce livre d’entretiens, ceux qui assimilent les attentats d’Al-Qaida, le 11 septembre 2001, à une conspiration ourdie par les néoconservateurs sont comparés à des « fondamentalistes », et leur théorie à « une sorte de fanatisme religieux » ? Chomsky précise : « Ce n’est pas pour rien que les scientifiques font des expériences, qu’ils ne se contentent pas de filmer ce qu’ils voient par la fenêtre. » S’il y a manipulation autour de cette affaire, il la chercherait ailleurs : « Pourquoi ce débat est-il si bien toléré ? Je soupçonne le pouvoir de le voir d’un bon œil. Il capte énormément d’énergies et les détourne des véritables crimes de l’administration. »

Mais, pour expliquer la persistance du soupçon sept ans après les attentats, Chomsky avance surtout qu’elle découle de la rencontre entre une société américaine « atomisée », dépourvue de vrais partis politiques, où les « syndicats ont quasiment disparu », et la méfiance de masse qu’inspire le pouvoir : « Des gens n’aiment pas ce qui se passe, ont vécu des moments très difficiles, n’ont confiance en personne, et n’ont aucun moyen de réagir. Alors ils se raccrochent à quelque chose. » Internet aurait alors l’« effet pervers » de leur procurer l’illusion de « devenir en une heure ingénieur qualifié en génie civil et de prouver que c’est Bush qui a fait sauter les tours jumelles ».

La mise en accusation de la politique étrangère américaine ne conduit jamais Chomsky à oublier son esprit critique au profit de ceux que Washington prend pour cibles. Il avoue donc n’avoir pas « beaucoup d’estime pour [le président nicaraguayen Daniel] Ortega devenu un opportuniste de droite de plus ». Et, concernant l’Iran, l’Afghanistan, l’Irak, il souligne que les Etats-Unis ont « aidé à créer l’extrémisme fondamentaliste musulman en détruisant le nationalisme laïque ». Israël aurait joué ce même rôle d’arroseur arrosé au profit du Hamas lorsqu’il a écrasé « l’Organisation de libération de la Palestine, force laïque qui préconisait un règlement négocié ». Si tous ces éléments sont souvent « oubliés », c’est que les médias et les intellectuels demeurent, comme le documente par ailleurs le film d’Olivier Azam et Daniel Mermet, les principaux relais de la propagande occidentale4. Or, pour Chomsky, « ceux qui tiennent la matraque exigent l’amnésie historique ».

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1 Noam Chomsky et Edward Herman, La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie, Agone, Marseille, 2008, 655 pages, 28 euros. Un regret, l’absence d’un index des noms cités.

2 Noam Chomsky, L’Ivresse de la force, entretiens avec David Barsamian, Fayard, Paris, 2008, 244 pages, 19 euros.

3 Cf « La conspiration. Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l’analyse critique des médias », dans Chomsky, Cahier de L’Herne, n°88, Paris, 2007. Texte disponible sur : www.homme-moderne.org/societe/philo/chomsky/conspiration.html

4 Chomsky & Cie, en salles en France à partir du 26 novembre.

Serge Halimi
Le Monde diplomatique , décembre 2008
La démocratie tue aussi

Comment le mensonge peut se substituer à la vérité de manière édifiante pour produire des effets de coercition spectaculaires ? C’est toute l’objet « de la propagande médiatique en démocratie », sous titre de la somme de Chomsky et Herman La fabrication du consentement. Quand la réalité dépasse l’impensable, investigation empirique sur le concept de vérité...

C’est un conseiller militaire présent au Vietnam qui parle : « Ce qui séduisait dans le mouvement révolutionnaire, c’est qu’il représentait une nouvelle forme de société, au sein de laquelle prendrait place une nouvelle redistribution des valeurs, et notamment du pouvoir, du statut de chacun, aussi bien que des biens matériels. » « Cette description et ce qu’elle implique fut intégralement soustraite à la vue de l’opinion américaine », et Chomsky de poursuivre rappelant l’insupportable réalité de l’histoire : « une fois les accords de paix définitivement dans l’impasse, les Etats Unis et leur régime client entamèrent leur œuvre de répression internationale, massacrant des dizaines de milliers de personnes… »
Cette somme de Chomsky est une analyse méticuleuse des interventions étasuniennes en Amérique centrale (Salvador, Guatemala, Nicaragua) et Asie (Vietnam, Laos, Cambodge) et de ses répercussions dans les médias américains. Plus d’un million de morts en Asie sur la période 1965–1975, 200000 en Amérique centrale du seul fait de l’intervention nord américaine : aucune trace dans les journaux du même continent. C’est tout le fonctionnement de la propagande au sein d’une société démocratique et capitaliste qui est ici analysé.

Propagande de mort
Premier principe, la concentration capitalistique des médias : le marché réussit là où les Etats totalitaires sont échoué ; stratégie sans stratège terriblement efficace.
Pourquoi une propagande est-elle nécessaire dans une société développée ? C’est que l’on oublie les deux soubassements de nos sociétés démocratiques: la nécessité de maintenir l’ordre social ainsi que la sauvegarde d’un système capitaliste qui ne va pas de soi. Rosa Luxembourg le disait : si les gens savaient le régime capitaliste ne tiendrait pas 24 heures. Il faut discréditer toute autre forme d’alternative à ce système, et tous les moyens sont bons. Y compris les génocides. Cambodge 1973 : « les tapis de bombes des B-52 ciblaient les zones les plus peuplées du Cambodge…des centaines de km2 de terres fertiles à forte densité de population » ; c’est la phase I du génocide, occultée, on retiendra la phase II, celle de Pol Pot, guère plus meurtrière ; la destruction du sud Vietnam par bombardement avant l’invasion terrestre : 150 000 morts…Les victimes sont « indignes d’intérêt » et on en parle pas : tout se résume au combat du monde libre contre le communisme…et aujourd’hui le terrorisme : un million d’enfant irakiens morts du fait des conséquences de l’intervention.

Manipuler la presse
Chomsky et Edward Herman décortiquent la manipulation étatique de la presse dans la trame infiniment serrée des dispositifs du pouvoir : les mensonges les plus grossiers ont plus de valeur de vérité que les faits même : c’est toute la définition de l’aliénation que proposait Castoriadis : « le sujet est dominé par un imaginaire vécu comme plus réel que le réel, quoique non su comme tel ». Dans La fabrication du consentement l’horreur des massacres se conjugue à l’horreur de leur occultation par la presse. Combat politique pour la vérité alors que constatait Jacques Bouveresse : « les penseurs comme Chomsky estiment que la meilleure défense contre le mensonge, en particulier le mensonge politique, est, pour commencer, une connaissance précise des faits concernés ; et on peut dire que celle qu’il se donne la peine d’acquérir est tout simplement impressionnante ». (Peut-on ne pas croire, Agone, p 157).
Le moindre éclat de vérité est sous condition politique disait Foucault ; et celle de la presse au premier chef prise qu’elle est, en sa foi naïve en une objectivité possible, dans les rapports de force des intérêts économiques de ses propriétaires et des intérêts de la nation. Les vérités de Chomsky, plus étayées que celles de ses détracteurs, sont elles aussi politiques et le revendiquent : pour des médias indépendants, conditions de possibilités de sociétés réellement démocratiques…et pacifiques !

Régis Vlachos
Zibeline n°14 , décembre 2008
Compte-rendu
La maison d’édition marseillaise Agone nous fait le plaisir de ressortir un classique de la recherche critique sur le monde médiatique, une œuvre indispensable signée Noam Chomsky et Edward Herman. Dans un ouvrage formidablement documenté, les deux auteurs nous livrent ce qu’ils appellent « la mise en place du modèle de propagande » dans les régimes démocratiques, mais aussi la notion de victimes dignes ou indignes d’intérêt. Comment les journaux choisissent-ils leurs sujets, comment (et surtout pourquoi) privilégient-ils une information, un fait à un autre, comment le gouvernement impose t-il ses vues, comment les « experts » autoproclamés font le jeu d’un pouvoir (et ce quel qu’il soit) ? Pas facile de répondre à toutes ces questions, qui plus est pour un public le plus souvent néophyte. Mais le pari est réussi, allègrement même. Un ouvrage qui fait mal, qui plante la plume dans la plaie (arroseur arrosé ?), mais aussi un ouvrage qui fait réfléchir, voire prendre peur. Une bouffée d’oxygène dans ce paysage médiatique qui s’uniformise et se lisse de plus en plus. Une nouvelle raison (en fallait-il encore ?) de prendre du recul et de réfléchir par soi-même, toujours.
Théo Corbucci
Le Patriote , décembre 2008
Noam Chomsky : Chomsky & Cie - La fabrication du consentement - Le champ du possible

On connaît maintenant les mécanismes de communication de masse utilisés par tous les régimes totalitaires depuis le tristement célèbre Ministère de la Propagande du régime nazi, mais on connaît beaucoup moins les processus de propagande aujourd’hui mis en oeuvre beaucoup plus subtilement dans nos sociétés démocratiques contemporaines. C’est tout l’intérêt des travaux menés depuis plusieurs décennies par le linguiste américain Noam Chomsky qui radiographie les démocraties occidentales sous l’effet conjugué du néolibéralisme, des mass-média et de la guerre antiterroriste. Trois ouvrages – deux livres et un film – sortent actuellement pour faire le point avec lui sur ces questions d’intérêt public.
Chomsky & Cie est un film documentaire réalisé par Daniel Mermet (animateur de l’émission Là-bas si j’y suis sur France Inter) et Olivier Azam. Il s’agit d’une série d’entretiens filmés où Noam Chomsky, qui a pour interlocuteurs Jean Bricmont et Normand Baillargeon (auteur du populaire Petit cours d’autodéfense intellectuelle), se penche entre autres sur l’impérialisme américain, le terrorisme international, la liberté d’expression et surtout sur le rôle des médias dans la société. À travers divers exemples frappants, l’auditeur-spectateur découvre progressivement comment la “machine à décerveler”, c’est-dire la machine médiatique, fonctionne aujourd’hui à plein régime, de l’administration Bush qui, à la tribune de l’ONU, n’hésita pas à mentir au monde entier pour envahir l’Irak, aux manipulations du très médiatisé Nicolas Sarkozy sur la Constitution française afin d’annuler purement et simplement les résultats du référendum sur la Constitution européenne, sans oublier les innombrables désinformations dont se rend quotidiennement coupable la presse dite “d’information” en matière de relations internationales. Faits et arguments à l’appui, le penseur qui se définit lui-même comme un “anarchiste socialiste”, démonte point par point les stratégies et les mécanismes de contrôle social auxquels les populations des pays occidentaux sont soumises via l’industrie médiatique. L’auteur ne se borne pas à une critique magistrale des organes de presse et des élites qui fabriquent l’opinion (la scène où David Pujadas et Arlette Chabot, journalistes à France 2, répondent “Oui” à la question “Vous sentez-vous libre dans l’exercice de votre métier ?” est particulièrement édifiante) et il admet bien volontiers que la France et les Etats-Unis ne sont pas des dictatures. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de dénoncer les abus du quatrième pouvoir ou les mensonges d’Etat transformés en vérités par les journaux mais de montrer comment l’industrie capitaliste de l’info-marchandise détruit, à son corps défendant mais méthodiquement, les valeurs démocratiques. Ce n’est pas tant les gouvernements qui influencent les journalistes que les médias eux-mêmes, quelque soit leur engagement politique, qui travaillent dans le même sens que les gouvernements. Noam Chomsky ne se résigne pas non plus à l’observation distante du processus d’infantilisation des masses qu’il dévoile en brillant analyste politique. Présenté par Daniel Mermet comme un “antidote radical pour tous ceux qui veulent en finir avec la fabrique de l’impuissance et ses chiens de garde intello-médiatiques”, l’intellectuel, aujourd’hui âgé de 80 ans, milite également activement pour changer les choses, même si, dit-il, “le pouvoir ne souhaite pas que les gens comprennent qu’ils peuvent provoquer des changements”. A noter aussi que le film est l’occasion pour Noam Chomsky de répondre aux accusations d’antisémitisme et de négationnisme dont il fait l’objet à travers la campagne aussi imbécile que haineuse d’une certaine intelligentsia française (comme d’habitude Bernard-Henri Levy, Alain Finkielkraut, Alain Gérard Slama, André Glucksmann, Philippe Val, et tous les habituels porte-flingues médiatiques de la communauté philosémite germanopratine).
Chomsky & Cie se situe dans la veine de plusieurs autres films plus anciens, mais tout autant sinon plus passionnants, intitulés Noam Chomsky: entretiens après le 11 septembre, Noam Chomsky : les medias et les illusions nécessaires et enfin La fabrication du consentement, Noam Chomsky et les médias. Ce dernier documentaire réalisé par Mark Achbar et Peter Wintonick fait suite à Manufacturing consent, un livre de Noam Chomsky et Edward Herman publié en 1988. L’ouvrage vient d’être traduit et publié par les éditions Agone dans une édition intégrale revue et corrigée intitulée La fabrication du consentement, de la propagande médiatique en démocratie. Là aussi, il est question du lavage de cerveaux organisé via les médias par des gouvernements dont la “communication” est la principale occupation sinon la seule méthode. Les deux auteurs y mettent à jour un modèle de propagande en analysant le fonctionnement et la structure même d’une institution médiatique qui se contente de relayer les informations et le discours fourni par les pouvoirs économiques et politiques. Ils dissèquent le traitement de plusieurs évènements historiques (communisme, révolutions du continent latino-américain, assassinat du pape, guerre du Vietnam, etc), révèlant que les médias ont dans tous les cas de figures été totalement dépendants – via leur actionnariat, la publicité, les subventions publiques, les sources officielles d’information, les lobbys, la nécessité de fournir des nouvelles, etc,… – des administrations et des groupes financiers ou industriels qui avaient intérêt à manipuler l’opinion publique. Le rôle des médias au service de ces pouvoirs consiste moins à informer qu’à communiquer des symboles et des messages idéologiques à la population. Il s’agit de faire peur (terrorisme, faits divers), de distraire (matchs de foot, sitcoms), et plus globalement de “fabriquer du consentement” pour éviter des mouvements sociaux perturbateurs, ainsi que le prônaient déjà dans la première moitié du XXe siècle Walter Lippman et Edward Bernays, maîtres à penser du journalisme et du marketing médiatico-politique. Ce que Noam Chomsky résume en une phrase éclairante : “la propagande est à la société démocratique ce que la matraque est à l’État totalitaire”.
Sur une autre question contemporaine incontournable, qui n’est pas non plus sans certaines résonances sous l’angle du traitement propagandiste des grands médias, tous favorables à l’Etat juif, Noam Chomsky vient de co-signer un livre récent avec l’historien israélien Ilan Pappé et le journaliste Frank Barat. Intitulé Le Champ du possible : Dialogue sur le conflit israélo-palestinien (éditions Aden), il s’agit d’un recueil d’entretiens croisés qui tente de dégager des perspectives pour une paix durable au Proche-Orient.

Noël Blandin
La République des lettres , 27/11/2008
La Fabrication du consentement sur Acrimed (extraits)

L’ouvrage de Noam Chomsky et Edward Herman, Manufacturing consent, vient de reparaître dans sa version intégrale sous le titre La fabrication du consentement : une nouvelle édition revue et actualisée, une nouvelle traduction aux Editions Agone.

On lira ci-dessous, précédé d’une rapide présentation du livre, de très larges extraits (reproduits avec l’autorisation de l’éditeur) de l’analyse de l’un des filtres du « modèle de propagande » proposé par les auteurs : le filtre constitué par les sources d’information. (Acrimed)

> à lire sur le site d’Acrimed

Acrimed , 26/11/2008
Projection-débat avec Noam Chomsky et Olivier Azam
Le vendredi 10 juin 2011    Uzès (30)
Understanding and Interpreting : Language and Beyond
Le lundi 31 mai 2010    Paris 5 (75)
Conférence-débat de Noam Chomsky
Le samedi 29 mai 2010    Paris 5 (75)
Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky
Le vendredi 28 mai 2010    Paris 5 (75)
Projection-débat « Chomsky et Cie »
Le mercredi 11 février 2009    Marseille 6 (13)
Projection-débat « Chomsky et Cie »
Le vendredi 23 janvier 2009    Fos sur Mer (13)
Projection-débat « Chomsky et Cie »
Le mercredi 21 janvier 2009    Gardanne (13)
Projection-débat « Chomsky et Cie »
Le dimanche 18 janvier 2009    Martigues (13)
Projection-débat « Chomsky et Cie »
Le samedi 17 janvier 2009    Marseille 16 (13)
Projection-débat Chomsky & Cie
Le mercredi 17 décembre 2008    Paris 5 (75)
La Fabrication du consentement
Le samedi 13 décembre 2008    Versailles (78)
Festival du film militant d'Aubagne
Du vendredi 10 au samedi 11 octobre 2008    La Penne sur Huveaune (13)
Réalisation : William Dodé