Dans la collection « Dossiers noirs »

 
couverture
Raphaël Granvaud
Areva en Afrique
Une face cachée du nucléaire français

Parution : 16/02/2012

ISBN : 9782748901566

Format papier
304 pages (11 x 17 cm) 14.00 €
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Préface d’Odile Tobner

L’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire est un mythe : l’uranium qui alimente le nucléaire civil et militaire provient pour une large part du sous-sol africain. Raphaël Granvaud détaille les conditions dans lesquelles la France et Areva se le procurent au meilleur coût, au prix d’ingérences politiques et de conséquences environnementales, sanitaires et sociales catastrophiques pour les populations locales.
Comme au Niger, fournisseur historique, pourtant en dernière position du classement des pays selon leur indice de développement humain.
Dans un contexte international d’intensification de la concurrence sur le continent africain, mondialisation capitaliste oblige, Areva a toujours pu compter sur l’aide active des représentants officiels de l’État français et des réseaux les moins ragoûtants de la Françafrique pour sauvegarder son droit de pillage.
L’auteur dévoile enfin les efforts considérables d’Areva pour que les différents éléments de cette réalité et de sa stratégie de dissémination nucléaire ne ternissent pas une image de marque qu’elle voudrait immaculée.

Membre de l’association Survie, Raphaël Granvaud est également l’un des rédacteurs de Billets d’Afrique, bulletin mensuel d’information alternative sur les avatars de la politique africaine de la France.

Extrait

Préface d’Odile Tobner

L’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire est un mythe : l’uranium qui alimente le nucléaire civil et militaire provient pour une large part du sous-sol africain. Raphaël Granvaud détaille les conditions dans lesquelles la France et Areva se le procurent au meilleur coût, au prix d’ingérences politiques et de conséquences environnementales, sanitaires et sociales catastrophiques pour les populations locales.
Comme au Niger, fournisseur historique, pourtant en dernière position du classement des pays selon leur indice de développement humain.
Dans un contexte international d’intensification de la concurrence sur le continent africain, mondialisation capitaliste oblige, Areva a toujours pu compter sur l’aide active des représentants officiels de l’État français et des réseaux les moins ragoûtants de la Françafrique pour sauvegarder son droit de pillage.
L’auteur dévoile enfin les efforts considérables d’Areva pour que les différents éléments de cette réalité et de sa stratégie de dissémination nucléaire ne ternissent pas une image de marque qu’elle voudrait immaculée.

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Areva en Afrique (article publié sur TerrainsDeLuttes.org)

Areva vient d’annoncer un accord avec le gouvernement du Niger pour prolonger l’exploitation de plusieurs mines d’uranium. L’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire est un mythe : l’uranium qui alimente le nucléaire civil et militaire provient pour une large part du sous-sol africain. Dans Areva en Afrique, Raphaël Granvaud détaille les conditions dans lesquelles la France et Areva se le procurent au meilleur coût, au prix d’ingérences politiques et de conséquences environnementales, sanitaires et sociales catastrophiques pour les populations locales. Son travail s’inscrit dans le sillon creusé depuis des années par l’association Survie qui n’a cessé de dénoncer et d’analyser les dérives peu médiatisées de la Françafrique contemporaine.
Areva au Niger : une tragédie sociale

La ville d’Arlit est à l’image de ce qu’Areva a apporté à la région et de la relation qui unit la France au Niger. Même si le personnel d’encadrement subalterne des mines a été, pour des raisons politiques et économiques, progressivement « nigérianisé », les classifications et les hiérarchies coloniales ont été reproduites et sont visibles dans l’organisation même d’Arlit, cette ville créée artificiellement en plein désert pour les besoins de l’exploitation uranifère. « La ségrégation est flagrante », témoigne Almoustapha Alhacen : « Dans la cité, Areva a instauré le système des collèges. Il y en a cinq en matière d’habitation. Les MAB (maisons pour agents blancs), qui sont bien nanties, avec une prise en charge totale des frais de l’énergie et de l’eau. Suivent les RA (résidences africaines) destinées aux agents africains, constituées de deux pièces étroites avec de moindres commodités. Les DA (dortoirs africains) sont encore moins nantis et ne bénéficient que d’un espace très réduit, dépourvu d’électricité et d’eau. »1 Les plus mal lotis des ouvriers d’Areva bénéficient pourtant de conditions privilégiées au regard du sort de l’immense majorité de la population de la ville : « Hors de l’environnement fabriqué par l’entreprise, Arlit offre un visage différent », constate une journaliste du Guardian. « Dans les rues, une atmosphère de désespoir pèse sur des cabanes construites avec de la terre, des bâches en plastique, de la tôle ondulée et des bouts de ferraille probablement volés dans les mines. »2 Une autre journaliste, algérienne, rapporte : « À quelques centaines de mètres du centre, des quartiers encore plus pauvres, les boukokis, abritent des milliers d’anciens nomades, rescapés de la grande sécheresse de 1984, qui a disséminé leur cheptel. Leur vie est un enfer perpétuel. Les plus chanceux survivent grâce aux revenus de la contrebande de pâte et de carburant venus de Tamanrasset ou du trafic des sans-papiers à destination de l’Algérie. »3 Cette situation que n’ont pas arrangé les dégâts écologiques de l’exploitation minière est évidemment passée sous silence par Areva, qui prétend déployer « depuis plusieurs décennies des programmes de santé et de développement […] très importants pour la région d’Arlit. »4 Qu’importe si dans la réalité, il existe encore « des écoles sans locaux ni tables ? »5 Areva se flatte aussi d’être « partenaire financeur d’un ambitieux projet socio-économique d’électrification de la ville induite d’Arlit (quartiers périphériques) qui doit toucher près de 50 000 personnes. » Mais comme l’exploitation du site d’Arlit n’en a plus que pour une dizaine d’années6, il y a fort à parier que les populations des bidonvilles, comme les travailleurs devenus inutiles, soient abandonnés à leur sort, aucune reconversion du site n’ayant été envisagée. Qui entretiendra les infrastructures d’une ville devenue inutile en plein désert ? Comment les populations seront-elles alors approvisionnées en eau ?

Militant de Greenpeace prenant des mesures de radio-activité (Niger)

Les pollutions résultant de l’exploitation minière, ainsi que la surexploitation de la nappe phréatique ont contribué à la désertification de la zone d’Arlit. La faune et la flore, très riches avant les débuts de l’exploitation minière, ont largement disparu. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on peut nourrir des inquiétudes concernant les villages qui se trouvent à quelques kilomètres du futur gisement d’Imouraren. C’est même toute la région jusqu’à Agadez qui risque de se trouver sinistrée, avec des répercussions socio-économiques et culturelles considérables si l’exploitation vient compromettre le tourisme (déjà affecté par l’insécurité grandissante) et surtout l’activité agro-pastorale, cette dernière représentant tout de même 11 % du PIB, contre moins de 5 % pour l’uranium.

Comme on l’a dit, des populations ont déjà été priées de déguerpir d’Imouraren, comme d’autres territoires sur lesquels des concessions minières ont été attribuées, la distribution de ces dernières s’effectuant en violation flagrante des droits des peuples autochtones tels qu’ils sont mentionnés dans la déclaration des Nations unies ou la Charte africaine des droits de l’homme. Ni leur droit à l’eau, ni le droit à leur mode de développement économique, social ou culturel ne sont respectés. Pour Areva, c’est bien simple, ces populations n’existent pas : ainsi son porte-parole, en réponse aux accusations d’expropriation, peut-il tranquillement déclarer dans la presse française que « cette immense superficie n’est pas habitée » ou que « les populations locales, majoritairement nomades, n’ont quasiment pas de biens fonciers », puisqu’elles ne possèdent pas de titres de propriété pour les terres qu’elles parcourent depuis des siècles. « Nous avons réussi à délimiter une surface d’exploitation qui ne risque pas de gêner les éleveurs »7, conclut-il. C’est sans doute pourquoi les 200 km2 du site d’Imouraren sont sanctuarisés, clôturés, interdits d’accès et surveillés par des dizaines de militaires ou de para-militaires. « Dans les faits », estiment deux chercheurs, « la pression sur les ressources naturelles (eau, terres arables, etc.) et les richesses minérales (uranium, pétrole, etc.) concourt à un retour en force du vieux principe colonial du cantonnement des tribus. Tout se passe comme si les nomades d’Imouraren se faisaient refouler sans autre forme de procès qu’un droit de conquête, c’est-à-dire un droit du plus fort puisque la terre, propriété de l’État, a été concédée sans prendre en compte leur existence. »8 Dans ces conditions, le nomadisme paraît voué à disparaître.

Il ne faudra donc pas s’étonner que des processus en cours s’en trouvent amplifiés, que certains parmi les populations marginalisées trouvent dans le choix des armes ou les activités criminelles un espoir de salut. Lorsque les trafiquants de drogues ou les miliciens d’Al-Qaida au Maghreb islamique seront devenus les uniques employeurs de la région pour les exclus de l’exploitation minière, il sera toujours temps de déployer encore davantage de militaires français en guise de remède…

1 A. Alhacen, «Areva nous a apporté une pollution durable et non réversible», Interview à El Watan, 7 décembre 2010.

2 C. Sourt, « Areva accusé de toutes parts », The Guardian, cité et traduit par Courrier international, 12 mars 2009, n° 958.

3 S. Tlemçali, « Arlit, une poudrière aux portes de Tamanrasset », , 7 décembre 2010.

4http://www.areva.com/ FR/activites-592/un-partenariat-durable-avec-le-niger.html”

5 « Les raisons de la colère », Aïr Info, 15 mai 2006, n° 40.

6 Areva, Areva au Niger, janvier 2009, p. 3.

7 « Areva défend son action au Niger », LeJDD.fr, 26 mars 2009.

8 A. Afane et L. Gagnol, 2010, p. 50.

Foreign Rights

English notice

Areva in Africa. The Hidden Face of French Nuclear Power

The idea that France is energy independent thanks to nuclear power is a myth : the uranium which supplies the civil and military nuclear industry comes in large part from the African subsoil. Raphaël Granvaud details the conditions under which France and Areva procure it at the best price, at the cost of political interference and environmental consequences, a health and social disaster for the local population.

Dossier de presse
Entretien avec Raphaël Granvaud François Brun Hebdo L'anticapitaliste, 19 décembre 2013
SUR LES ONDES
Tout au bout des prises électriques, entretien avec Raphaël Granvaud Samuel Foutoyet Silence n°402, juin 2012
Compte-rendu Offensive, juin 2012
Compte-rendu Emmanuel Riondé Regards, mai 2012
Uranium : un débat confisqué, entretien avec R. Granvaud Eva Lacoste Golias Hebdo n°236, mai 2012
Areva, une catastrophe en Afrique, entretien avec R. Granvaud Dominique Angelini Tout est à nous !, avril 2012
Uranium : les miettes aux Africains Véronique Viriglio Misna, 20/04/12
Compte-rendu Opale Crivello Sortir du nucléaire, printemps 2012
Comment la France sauvegarde son droit de pillage Sani Aboubacar Bulletin d’information du ROTAB PCQVP Niger N° 26, avril 2012
Compte-rendu Librairie de Sciences Po, avril 2012
Le mythe de l'indépendance énergétique Raphaël Granvaud Altermondes n°29, mars 2012
« Le bilan de 40 ans d’exploitation de l’uranium est catastrophique » Walid Mebarek el Watan.com, 12/03/12
Afrique et nucléaire N. B. L'Université syndicaliste, 10/03/12
Triple catastrophe nucléaire au Niger Erwan Manac’h Politis, 05/03/12
Compte-rendu L'Écologiste, janvier-mars 2012
Compte-rendu B. C. La Décroissance n°87, mars 2012
L’uranium, Areva et la Françafrique Alternatives internationales, mars 2012
Areva : « Nucléaire et Françafrique sont imbriqués » Manuel Domergue Alternatives économiques, mars 2012
Entretien avec Raphaël Granvaud

Quels étaient les objectifs du sommet France-Afrique (cf l’Anticapitaliste n°221) ?
Outre la réaffirmation politique de la puissance française, les objectifs étaient essentiellement économiques et militaires. Depuis dix ans, la part de marché des entreprises françaises au sud du Sahara est passée de 10 % à moins de 5 % selon les statistiques officielles, même si, comme il s’agit d’un marché en croissance, les intérêts français ont augmenté en valeur absolue, les exportations doublant pendant la même période. Lors d’un forum économique qui a précédé le sommet, Hollande a fixé l’objectif de doubler les relations commerciales dans les prochaines années.
Quant au sommet intitulé « pour la paix et la sécurité », il s’agissait surtout de réactiver un vieux projet de constitution de « casques bleus » africains pour la « gestion de crises » sur le continent. Les autorités françaises ont réaffirmé leur disponibilité pour « aider » à la concrétisation de ce projet, en réalité pour l’encadrer par la fourniture de coopérants militaires. Lors de ses interventions militaires à répétition, la France prétend soutenir l’action des forces militaires africaines, qui servent en réalité de forces supplétives. Mais encore faut-il que ces forces soient opérationnelles, ce qui n’est pas toujours le cas, comme on l’a vu lors de la préparation de l’intervention Serval au Mali. La coopération militaire et logistique que la France propose à l’Union africaine (UA) lui permet aussi de justifier le maintien de sa présence militaire permanente sur le continent.

Qu’en est-il ressorti ?
Pour ce qui concerne la « paix et la sécurité », il est évident que ce sommet n’apportera rien, la nature des relations entre la France et l’Afrique constituant un élément du problème, et non de la solution. Concernant la force panafricaine dont la France prétend soutenir la création, il est un peu tôt pour faire un bilan. Les discours convenus qui se sont succédé ne seront pas forcément suivis d’actes. Les rivalités entre certains pays freinent sa mise en œuvre et il existe des divergences quant à la conception de cette force africaine : doit-elle être déclinée et contrôlée par les institutions sous-régionales du continent, ou au contraire placée sous l’autorité de l’Union africaine ? Un point reste également passé sous silence : de quelle autorité tiendra-t-elle ses mandats ? De l’UA ou du Conseil de sécurité de l’Onu contrôlé de fait par les grandes puissances ?

Derrière le prétexte humanitaire, quels sont les véritables enjeux, notamment économiques, de l’intervention militaire française en Centrafrique ?
Les arguments humanitaires ou moraux, et en particulier le risque de « génocide » qui a été brandi avant le vote de la résolution au Conseil de sécurité, relèvent de la pure propagande. La situation est suffisamment grave pour ne pas avoir besoin d’en rajouter. En matière économique, le pays est surtout riche de ses ressources minérales, en particulier les diamants, dont la moitié sont exportés frauduleusement. Les intérêts économiques des entreprises françaises (Orange, Total, Castel…) sont relativement faibles au regard d’autres pays. Il y a également des intérêts forestiers et de l’uranium, mais Areva a gelé la mise en chantier du site de Bakouma il y a deux ans. Quant au pétrole découvert dans le nord du pays, il a été attribué à une compagnie chinoise. Les seuls intérêts économiques français dans le pays ne suffisent sans doute pas à expliquer l’intervention française. Il est vraisemblable en revanche que les enjeux soient perçus de manière régionale, avec la crainte que les affrontements centrafricains ne finissent par déstabiliser les pays limitrophes où les intérêts économiques sont plus importants.
Il faut également rappeler le poids de la hiérarchie militaire dans le choix des interventions, que les journalistes qui ont suivi la véritable genèse de l’opération Serval au Mali ont bien mis en évidence. En Centrafrique comme au Tchad voisin, l’armée est massivement présente, pour des raisons stratégiques, depuis des années, malgré l’absence de base militaire officielle. On ne pouvait pas laisser déstabiliser cette zone de manière durable.

Quelles formes de mobilisation à l’égard de cette nouvelle intervention militaire peut-on attendre de la part de militants anti-impérialiste ?
En France, il est plus difficile de mobiliser contre l’impérialisme français que contre l’impérialisme américain, propagande oblige. C’est encore plus vrai quand l’armée française prétend intervenir pour porter secours à des populations en danger, lesquelles peuvent accueillir favorablement – au moins dans un premier temps – l’arrivée des militaires français, jusqu’à paralyser les réactions des organisations progressistes (syndicales, associatives) dont on pourrait attendre au moins un regard critique. Il faut tenter de cerner et d’expliquer de manière non réductrice les enjeux de cette intervention, rappeler le passif de la France en matière d’ingérence forcenée, et la responsabilité qu’elle porte dans la situation actuelle, qui la discrédite pour toute solution d’avenir. Contre l’amnésie ambiante, il faut également rappeler le bilan des opérations « humanitaires » précédentes, comme l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, et continuer à informer sur les opérations en cours, comme l’opération Serval au Mali : absence de résolution des problèmes, duplicité de la diplomatie française, tentative de mise sous tutelle politique et militaire… Enfin il faut articuler des mots d’ordre sur le retrait des militaires français à des revendications qui prennent en compte le droit des Centrafricains à la sécurité.

Plus généralement, concernant la Françafrique, peut-on repérer des infléchissements par rapport à la politique menée depuis des décennies par tous les gouvernements français, de droite comme de gauche ?
Les médias insistent sur l’absence de réseaux officieux sous Hollande pour conclure (une nouvelle fois !) à la disparition de la Françafrique. A supposer que cela soit vrai, cela ne change pourtant ni l’orientation de la politique suivie ni la persistance des instruments de domination (franc-CFA, dette, armée et services secrets français sur le continent notamment). Après quelques hésitations de posture, on a également vu Hollande se convertir rapidement à la realpolitik en matière de collusion avec les régimes autoritaires et les dictateurs traditionnellement soutenus par la France. Sur le plan militaire, il faut même parler de régression. Le dernier Livre blanc de la défense, rédigé pendant l’opération Serval, relégitime les prétentions de la France à intervenir de manière unilatérale dans son pré carré traditionnel et à y consolider son dispositif militaire.

Quelle alternative se devrait de proposer un véritable gouvernement de gauche ?
Dans un premier temps, il faudrait par exemple cesser toute forme de soutien aux régimes répressifs, interdire toute présence militaire française en Afrique francophone, renoncer à la tutelle sur le ftranc-CFA, en finir avec la diplomatie du tiroir-caisse, auditer et annuler les dettes odieuses, reconnaître les crimes commis et ouvrir le dossier des réparations, et enfin mettre en place une aide qui profite aux populations locales et qui soit contrôlée par elles.

François Brun
Hebdo L'anticapitaliste, 19 décembre 2013
SUR LES ONDES
Radio France Internationale – « L’invité Afrique », Entretien avec Raphaël Granvaud (16 avril 2012)
Tout au bout des prises électriques, entretien avec Raphaël Granvaud

L’uranium utilisé dans les centrales françaises, d’où vient-il ? Dans quelles conditions est-il exploité par Areva ? Qu’est-ce qui se cache tout au bout de nos prises électriques ? Silence a rencontré Raphaël Cranvaud, auteur d’une enquête publiée il y a quelques mois.

Silence: Que fait Areva en Afrique ? Dans quels pays est-elle implantée ?

Raphaël Granvaud : Historiquement, les ancêtres d’Areva (la division minière du CEA, puis la Cogéma) se sont d’abord intéressés à l’Afrique pour y trouver de l’uranium. Toutes les colonies françaises ont été explorées. On a d’abord pensé trouver l’Eldorado à Madagascar, ce qui explique peut-être en partie la férocité de la répression coloniale de 1947 dans ce pays. Mais finalement, c’est au Gabon puis au Niger que l’exploitation va se développer. Au Gabon, elle a pris fin (peut-être provisoirement) en 1999. Au Niger, elle se poursuit encore aujourd’hui. Areva a également acquis des permis dans d’autres pays (Sénégal, Centrafrique, Namibie, Afrique du Sud). Mais certains d’entre eux ont été acquis à prix d’or, dans des conditions suspectes, et avec la retombée des cours de l’uranium, il ne sont plus jugés suffisamment rentables pour que l’extraction commence, du moins pour l’instant. Enfin Areva, comme dans le reste du monde, tente de refourguer des centrales nucléaires. Des EPR en Afrique du Sud (où le réacteur de Koeberg a déjà été construit par la France, du temps de l’Apartheid), des centrales au rabais pour les pays plus pauvres.

Pourrait-on extraire cet uranium en France ? Ou dans d’autres pays plus proches ?

Dès le lancement du programme de construction d’un parc électro-nucléaire démesuré en France, au début des années 1970, il est clair que le sous-sol français ne pourra pas suffire à alimenter nos centrales. Et depuis 2001, la production française a cessé. La totalité de l’uranium consommé dans les centrales françaises est aujourd’hui importée. La prétendue “indépendance énergétique” grâce au nucléaire civil est un mensonge, qui repose sur une manipulation statistique. À la différence du pétrole ou du gaz, l’uranium est en effet considéré dans les indicateurs officiels comme une banale matière première, et non comme une matière énergétique. Le mythe de “l’indépendance énergétique” permet de laisser dans l’ombre les conditions de l’extraction de l’uranium par Areva à l’étranger, tout particulièrement en Afrique. Grâce à l’implantation africaine, la Cogéma puis Areva ont acquis d’autres gisements sur la planète (Canada, Australie, Kazakhstan…). Mais entre un quart et un tiers de la production vient encore du Niger, et la part provenant d’Afrique pourrait à nouveau augmenter demain.

Que sait-on du bilan environnemental, sanitaire et humain de cette filière uranium ?

C’est une triple catastrophe. D’abord une catastrophe écologique majeure, car aux dégâts traditionnels des industries extractives s’ajoute une pollution spécifique, liée à la radioactivité. Les roches qui sont traitées pour obtenir l’oxyde d’uranium sont simplement entreposées à l’air libre, de même que les boues qui résultent du traitement chimique. Les stériles contiennent la majorité de la radioactivité naturelle. Par les poussières résultant de l’érosion, par les infiltrations, les sols, les nappes phréatiques et l’air sont touchés, de manière irrémédiable. Catastrophe sanitaire ensuite, pour les travailleurs et les populations des zones minières. Jusque dans les années 1990, aucune des mesures élémentaires de sécurité face à la radioactivité, mesures connues et mises en œuvre dans les mines françaises, n’étaient appliquées aux mineurs gabonais ou nigériens. Pourtant, Areva nie toujours le moindre impact sur la santé. En quarante ans, il n’y a eu officiellement aucune maladie professionnelle, cancer ou autre ! Les risques touchent aussi la population des villes minières car l’eau qui lui est distribuée est contaminée, ou encore parce les ferrailles radioactives utilisées pour l’extraction se retrouvent sur le marché d’Arlit, ville du nord du Niger, près des mines d’uranium. Il s’agit enfin d’une catastrophe sociale, car le développement des villes minières nigériennes laisse la majorité des habitants vivre dans des bidonvilles. Et quand les mines ferment, comme celles de Mounana au Gabon, la ville se transforme en ville fantôme, sans aucun projet de reconversion.

Quelles sont les passerelles entre la filière nucléaire et la Françafrique ?

Ce sont plus que des passerelles. Dès l’origine, la question du développement d’une industrie nucléaire nécessite la sécurisation de l’approvisionnement en uranium, qui va être assuré de la même manière que l’approvisionnement pétrolier : la mise sous tutelle des anciennes colonies, avec son cortège de coups d’État téléguidés depuis l’Elysée. Au Gabon, on a connu le long règne d’Omar Bongo, à qui son fils a succédé récemment. Au Niger, la France a d’abord installé Hamani Diori au pouvoir, après s’être débarrassée du leader indépendantiste Bakary Djibo. Puis, quand Hamani Diori a voulu renégocier le prix de l’uranium en 1974, il a été opportunément renversé par des militaires formés dans l’armée coloniale française. La France a encore sponsorisé un coup d’État militaire en 1996, alors que les Nigériens venaient à peine de reconquérir un régime civil. “L’indépendance énergétique” des uns a eu un prix la privation de souveraineté pour les autres, et le pillage de leur sous-sol. Cette politique était d’autant plus facile que les principaux protagonistes sont communs aux deux domaines : De Gaulle est à la fois le fondateur du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) et l’instigateur, avec Foccart, du système néocolonial. Pierre Guillaumat a été le père du programme nucléaire français, puis le premier président de l’entreprise pétrolière et barbouzarde Elf… Aujourd’hui, le premier VRP du nucléaire est toujours le chef de l’État, qu’il s’agisse de s’approprier des gisements ou de refourguer des centrales. Areva ne se prive pas non plus de recycler les éléments les moins ragoûtants des réseaux françafricains pour sécuriser ses positions, quand elle est en difficulté, ou pour en conquérir de nouvelles.

Les populations locales luttent-elles contre ce que fait Areva dans leurs pays ?

Oui, bien sûr. Au Niger, comme au Gabon, les travailleurs se sont organisés, quand ils ont eu connaissance des dangers de leur activité, pour réclamer des mesures de protection, et la reconnaissance du caractère professionnel des pathologies dont nombre d’entre eux ont été atteints. Ceux qui ne sont pas morts se battent toujours pour une prise en charge médicale et une juste indemnisation. À ce jour, ils n’ont reçu que des promesses. Il existe aussi des mouvements citoyens qui mènent un travail de longue haleine pour sensibiliser les populations concernant les dangers de la radioactivité. Certains militent plus spécifiquement sur la question de la transparence dans la gestion de la rente uranifère, pour savoir exactement ce qui est reversé à l’État, et exiger une meilleure redistribution de ces revenus. C’est notamment pour faire connaître les revendications de ces mouvements que s’est constitué en France le collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger », auquel participe l’association Survie.

Samuel Foutoyet
Silence n°402, juin 2012
Compte-rendu
Dans les années 1950, les différentes institutions nucléaristes françaises qui se regrouperont dans l’entreprise Areva ont recherché des ressources d’uranium à travers l’Afrique, jusqu’à découvrir les gigantesques gisements du Niger. L’auteur, membre de l’association Survie, montre comment les mécanismes « classiques » de la Françafrique, notamment la corruption, voire le placement de dirigeants locaux, vont permettre à Areva d’exploiter le « yellowcake » à un prix défiant toute concurrence. Elle va alors exploiter les populations locales et polluer, privatiser et militariser des territoires nécessaires aux éleveurs et aux Touaregs, en contrepartie d’une contribution financière ridicule, et d’infrastructures de santé minimales. Un bilan catastrophique qui pourrait menacer la Centrafrique ou la Namibie, où Areva souhaite relancer l’exploitation de mines d’uranium, ainsi que la république démocratique du Congo, où elle a obtenu des droits de prospection sur tout le sous-sol.
Offensive, juin 2012
Compte-rendu
La France puise un tiers de l’uranium nécessaire à ses cinquante-huit centrales dans le sous-sol du Niger. Le « Dossier noir » donne les clés (historique, politique, économique) d’un intérêt nucléaire français pour le continent africain. Par la grâce de quels accords et avec quelles conséquences, sociales et écologiques, Areva prend-elle l’uranium nigérien ? Les réponses à ces questions n’étant pas très jolies, le géant français du nucléaire s’emploie à se façonner une image irréprochable. Bien écornée ici par Raphaël Granvaud qui poursuit son travail de mise en lumière des ombres de la présence française en Afrique. Salutaire.
Emmanuel Riondé
Regards, mai 2012
Uranium : un débat confisqué, entretien avec R. Granvaud

Raphaël Granvaud démonte le mythe de l’indépendance énergétique et développe les conditions dans lesquelles la France et Areva se procurent un uranium majoritairement africain. Membre de l’association Survie1, l’auteur de Areva en Afrique, une face cachée du nucléaire français signe un ouvrage documenté et sans concessions sur les ingérences politiques françaises et leurs conséquences.

Vous démontrez dans votre livre que l’indépendance énergétique française est un mythe. Sur quels éléments vous appuyez-vous ?

Raphaël Granvaud. Depuis quarante ans, le thème de l’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire civil est en effet un leitmotiv des discours politiques, et il s’agit d’un mythe particulièrement coriace. Le calcul du taux d’indépendance énergétique officiel repose sur diverses manipulations statistiques, dont la principale consiste à ne pas comptabiliser les importations d’uranium comme des importations énergétiques, mais comme de simples importations de matière première, à la différence du gaz ou du pétrole. Or depuis 2001, année de la fermeture de la dernière mine française, la totalité de l’uranium utilisé dans nos centrales est importée. Et même avant cette date, les importations étaient prépondérantes. Historiquement, les importations proviennent d’abord du sous-sol africain, du Gabon, puis du Niger. Même si Areva a diversifié ses gisements sur la planète, ses mines nigériennes représentent toujours un tiers de sa production. Dans ces conditions, parler d’indépendance énergétique revient à considérer que le sous-sol des anciennes colonies est toujours propriété française. Cela permet aussi d’occulter l’importance de l’uranium africain dans l’histoire du nucléaire français, que le livre tente de retracer.

Pouvez-vous donner un éclairage sur les conditions politiques qui ont permis à la France et à Areva de se procurer l’uranium pour alimenter le nucléaire civil et militaire ?

R. G. Pour sécuriser ses approvisionnements énergétiques après les indépendances, l’État français a promu, au Gabon et au Niger, les régimes les plus autoritaires mais les plus compréhensifs à l’égard de ses propres intérêts stratégiques. Au Gabon, on a connu le long règne d’Omar Bongo, auquel son fils a succédé récemment. Au Niger, la France a d’abord installé Hamani Diori au pouvoir, après s’être débarrassé du leader indépendantiste Bakary Djiho. Puis, quand Hamani Diori a voulu renégocier le prix de l’uranium en 1974, il a été opportunément renversé par des militaires formés dans l’armée coloniale française. La France a encore sponsorisé un coup d’État militaire en 1996, alors que les Nigériens venaient à peine de reconquérir un régime civil. Plus récemment, en 2007–2008, alors que les prix de l’uranium flambaient sur le marché mondial, on a assisté à un nouveau bras de fer entre le régime de Mamadou Tandja d’un côté, Areva et l’État français de l’autre. Par certains côtés, la situation rappelait le précédent de 1974, puisque l’État nigérien exigeait à nouveau une forte revalorisation du prix de l’uranium payé par la France. Areva a cette fois partiellement cédé sur le prix, parce qu’elle convoitait le plus grand gisement d’Afrique, à Imouraren, et qu’elle craignait la concurrence chinoise. Pour permettre à Areva de l’emporter, Sarkozy s’est d’abord rendu au Niger et a donné sa bénédiction au projet de coup d’État constitutionnel annoncé par Mamadou Tandja qui voulait se maintenir au pouvoir au terme de son second mandat. Une fois le gisement obtenu, la France a laissé Tandja se faire renverser par un nouveau coup d’État. Le bilan de ces quarante ans d’ingérence française, c’est la faible part de la valeur de l’uranium qui est revenue à l’État nigérien et n’a pas profité à la population mais aux régimes militaires et affairistes soutenus par la France, qui ont creusé la dette du pays et l’ont maintenu dans la misère.

Quels sont les réseaux et relais sur lesquels s’appuie Areva pour arriver à ses objectifs industriels ?

R. G. Dès l’origine, les principaux protagonistes de l’histoire nucléaire et du système néocolonial mis en place au lendemain des indépendances sont pour partie les mêmes. De Gaulle est à la fois le fondateur du Commissariat à l’Énergie Atomique et l’instigateur, avec Foccart, de ce que l’on appelle la Françafrique. Pierre Guillaumat a été le père du programme nucléaire français, puis le premier président de l’entreprise pétrolière et barbouzarde Elf… Aujourd’hui, le premier VRP du nucléaire est toujours le chef de 1’Etat, qu’il s’agisse de s’approprier des gisements ou de refourguer des centrales. Areva ne se prive pas non plus de recycler les éléments les plus radioactifs des réseaux françafricains pour sécuriser ses positions, quand elle est en difficulté, ou pour en conquérir de nouvelles. Au Niger par exemple, lors de la crise l’opposant à Mamadou Tandja, on a vu Areva recourir à des personnalités habituées de la diplomatie parallèle. Alors qu’un nouveau mouvement rebelle à forte composante Touareg, le Mouvement nigérien pour la justice, vient d’apparaître, elle recrute par exemple le colonel Denamur, ancien attaché militaire à l’ambassade de France au Niger. Areva place aussi Dominique Pin à la tête de ses activités au Niger : ce diplomate est un ancien de la cellule Afrique de l’Élysée. Ces deux personnages ont été rapidement déclarés persona non grata au Niger, ce qui était du jamais vu dans une ancienne colonie française, accusés d’avoir noué des relations troubles avec le Mouvement nigérien pour la justice. En dehors du Niger, en matière de recyclage des réseaux françafricains les moins ragoûtants, on peut également citer l’utilisation par Areva d’un trio de « facilitateurs » pour l’obtention de certains gisements en Centrafrique ou en République démocratique du Congo : le député de Levallois-Perret Patrick Balkany, ami intime de Nicolas Sarkozy et élevé comme lui à la politique dans le sillage de Charles Pasqua ; l’homme d’affaires belge George Forrest, surnommé le vice-roi du Katanga, consul honoraire de France à Lubumbashi ; Fabien Singaye, ancien espion rwandais lié au clan qui a planifié le génocide des Tutsis au Rwanda…

Comment expliquez-vous la stratégie de communication d’Areva ?

R. G. La stratégie de communication d’Areva, qui consiste à nier la réalité jusqu’à l’absurde, s’explique facilement. L’extraction de l’uranium est une industrie particulièrement dangereuse. Toutes les industries extractives sont polluantes et généralement peu soucieuses des populations locales. Mais s’ajoutent ici des risques spécifiques liés à la radioactivité, qui ont été délibérément cachés. Il s’agit d’une activité nucléaire qui n’a pas été reconnue comme telle pour une simple question de rentabilité. L’extraction uranifère a entraîné une pollution irrémédiable des sols, de l’eau et de l’air. L’eau contaminée est distribuée à la population, laquelle récupère aussi les ferrailles radioactives pour des usages quotidiens. Lentement mais sûrement, on assiste à un empoisonnement de toute la région, et Areva ne tient évidemment pas à ce que cette réalité vienne ternir son image de marque et celle du nucléaire. Les plus touchés sont évidemment les mineurs, à qui on a caché pendant très longtemps les risques, les premières mesures élémentaires de protection n’ayant été prises que dans les années 1990. Mais en quarante ans d’exploitation, Areva n’a reconnu aucun cas de contamination, de cancer, ou d’autre pathologie d’origine professionnelle. C’est un véritable système d’omerta qui a été mis en place.

Comment en finir avec le système Areva ?

R. G. Le livre ne prétend pas fournir de réponse simple à cette question. J’espère qu’il pourra contribuer à enrichir l’argumentaire des antinucléaires, par la prise en compte des dégâts politiques, sociaux, environnementaux et sanitaires liés à l’extraction de l’uranium par Areva en Afrique. Areva est, pour l’instant encore, une entreprise à capitaux publics, à plus de 80 %. Sa politique est validée par les représentants de l’État auxquels les citoyens français sont en droit de demander des comptes et contre lesquels ils peuvent se mobiliser. Il faut également renforcer les liens avec les mouvements de résistance à Areva en Afrique et faire connaître leurs revendications, pour de meilleures conditions de sécurité, pour des dédommagements liés aux préjudices subis, pour une réappropriation des richesses nationales, pour la transparence des flux de capitaux, etc. C’est ce que tente de faire le collectif « Areva ne fera pas la foi au Niger »2. À titre personnel, je pense que sortir du nucléaire constitue le moyen le plus simple et le plus sûr d’en finir avec cette politique de pillage et d’ingérence qu’on a baptisée « indépendance énergétique ». C’est bien sûr aux populations nigériennes qu’il appartient de décider si l’uranium de leur sous-sol doit ou non être exploité, mais nous devons exiger que ce débat ne soit plus confisqué par Areva et 1’État français.

1 Créée en 1984, Survie dénonce les liens néocoloniaux qui perdurent entre la France et ses anciennes colonies africaines. L’association entend promouvoir d’autres relations, respectueuses de la souveraineté des États et des choix des populations.

2 Créé en 2008 en France, le collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger » apporte son soutien aux populations touchées par l’exploitation de l’uranium et dénonce les conséquences désastreuses de nos choix énergétiques, la pollution radioactive de l’environnement. Sa campagne vise à mettre la France, l’Union européenne et la communauté internationale face à leurs responsabilités. http//areva.niger.free.fr

Lire le dossier complet sur Areva réalisé par Golias hebdo

Eva Lacoste
Golias Hebdo n°236, mai 2012
Areva, une catastrophe en Afrique, entretien avec R. Granvaud

Dans ce livre, tu mets à mal l’un des arguments principaux des défenseurs du nucléaire : l’indépendance énergétique de la France.

Depuis 40 ans, le thème de l’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire civil est en effet un leitmotiv des discours politiques. Il s’agit d’un mythe particulièrement coriace, repris encore récemment par le ministre de l’Industrie, Éric Besson, lors d’un débat à la radio. Le calcul du taux d’indépendance énergétique officiel repose sur diverses manipulations statistiques, dont la principale consiste à ne pas comptabiliser les importations d’uranium comme des importations énergétiques, mais comme de simples importations de matières premières, à la différence du gaz ou du pétrole. Or depuis 2001, année de la fermeture de la dernière mine française, la totalité de l’uranium utilisé dans nos centrales est importée. Et même avant cette date, les importations étaient prépondérantes. Or, historiquement, celles-ci proviennent du sous-sol africain, d’abord du Gabon, puis du Niger. Même si Areva a diversifié ses gisements sur la planète, ses mines nigériennes représentent toujours un tiers de sa production.
Parler d’indépendance énergétique, cela signifie politiquement que l’on considère toujours le sous-sol des anciennes colonies comme propriété française. Cela revient aussi à occulter l’importance de l’uranium africain dans l’histoire du nucléaire français, que le livre tente de retracer. Pour sécuriser ses approvisionnements énergétiques, l’État français a promu, au Gabon et au Niger, les régimes les plus autoritaires mais les plus compréhensifs à l’égard de ses propres intérêts stratégiques. L’histoire du néocolonialisme au Gabon, berceau d’Elf et de la Françafrique, est relativement connue. Celle du Niger l’est moins. Avant l’indépendance, De Gaulle et Foccart ont d’abord évincé, par la fraude et la menace militaire, le leader indépendantiste Bakary Djibo au profit d’Hamani Diori, qui devient le premier président du Niger. Mais ce dernier est renversé par un putsch militaire au moment précis où il tente d’obtenir une revalorisation du prix de l’uranium en 1974. Les officiers nigériens, formés dans l’armée coloniale française, portent le colonel Seyni Kountché au pouvoir. C’est le premier président africain à qui Mitterrand rendra visite une fois élu. Plus tard, dans les années 1990, à peine les mobilisations populaires ont-elles fait capituler le régime militaire, qu’un nouveau putsch est sponsorisé par les réseaux Foccart. Son chef, Baré Maïnassara, est aussitôt pris en main par la diplomatie française. Au final, la faible part de la valeur de l’uranium qui est revenue à l’État nigérien n’a pas profité à la population, mais aux régimes militaires et affairistes soutenus par la France, qui ont creusé la dette du pays et l’ont maintenu dans la misère.

Nicolas Sarkozy avait en début de mandat affirmé qu’il souhaitait en finir avec la Françafrique, qu’en est-il ?

Le néocolonialisme économique et l’ingérence politique n’ont évidemment pas cessé avec Nicolas Sarkozy. En revanche, après la fin de la guerre froide, avec l’exacerbation des rivalités sur le continent africain pour la captation des matières premières et des marchés émergents, cette relation connaît des crises plus ou moins violentes. Au Niger, alors que les prix de l’uranium flambaient sur le marché mondial sous le coup de la spéculation, cela s’est traduit en 2007–2008 par un bras de fer entre le régime de Mamadou Tandja d’un côté, Areva et l’État français, de l’autre. Par certains côtés, la situation rappelait le précédent de 1974, puisque l’État nigérien exigeait à nouveau une forte revalorisation du prix de l’uranium payé par la France. Tandja a joué sur la concurrence chinoise pour faire partiellement plier Areva. La firme française convoitait en effet un gisement stratégique : celui d’Imouraren, le premier d’Afrique par ses réserves. Pour l’obtenir, Sarkozy s’est d’abord rendu au Niger et a donné sa bénédiction au projet annoncé de coup d’État constitutionnel, permettant à Mamadou Tandja de se maintenir au pouvoir au terme de son second mandat. Une fois le gisement obtenu, la France laissera Tandja, de plus en plus isolé au plan intérieur comme au plan international, se faire renverser par un nouveau coup d’État. Au début de cette crise, à côté des émissaires officiels de l’État français, on a vu Areva recourir à des personnalités habituées de la diplomatie parallèle. Alors qu’un nouveau mouvement rebelle à forte composante touarègue, le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), vient d’apparaître, elle recrute par exemple le colonel Denamur, ancien attaché militaire à l’ambassade de France au Niger. Les services français avaient été très impliqués lors de la précédente rébellion touarègue dans les années 1990. Areva place aussi Dominique Pin à la tête de ses activités au Niger : ce diplomate est un ancien de la cellule Afrique de l’Élysée. Ces deux personnages ont été rapidement déclarés persona non grata au Niger, ce qui était du jamais vu dans une ancienne colonie française, accusés d’avoir noué des relations troubles avec le MNJ. Plus tard, en matière sécuritaire, la prise d’otage des salariés d’Areva par un groupe se revendiquant d’Aqmi a aussi été le prétexte à un renforcement du quadrillage militaire français dans la région, que le Niger rechignait à accepter sur son sol jusque-là.
En dehors du Niger, en matière de recyclage des réseaux françafricains les moins ragoutants, on peut également citer l’utilisation par Areva d’un trio de « facilitateurs » pour l’obtention de certains gisements en Centrafrique ou en République démocratique du Congo : le député de Levallois-Perret Patrick Balkany, ami intime de Nicolas Sarkozy et élevé comme lui à la politique dans le sillage de Charles Pasqua ; l’homme d’affaires belge George Forrest, surnommé le vice-roi du Katanga, consul honoraire de France à Lubumbashi ; et Fabien Singaye, ancien espion rwandais lié au clan qui a planifié le génocide des Tutsis au Rwanda…

Tu mets aussi à mal le mensonge d’une énergie « propre ». En quoi Areva au Niger est-elle responsable d’une triple catastrophe environnementale, sanitaire et sociale ?

L’extraction de l’uranium est une industrie particulièrement dangereuse. Toutes les industries extractives sont polluantes, mais s’ajoutent ici des risques spécifiques liés à la radioactivité. Pour obtenir l’oxyde d’uranium, le yellowcake, qui est ensuite enrichi pour les centrales nucléaires, des millions de tonnes de roche ont été concassées et traitées chimiquement. Les roches dites « stériles » de même que les boues résultant du traitement chimique ont été entreposées à l’air libre, ou déversées dans les cours d’eau comme au Gabon. Ces déchets contiennent la majorité de la radioactivité d’origine du minerai, mais ils restent soumis à l’érosion et sont dispersés par les vents. Comme en France, les stériles ont aussi été réutilisées en remblai, pour la construction de routes ou même de bâtiments. L’extraction entraîne une pollution irrémédiable des sols, de l’eau et de l’air. L’eau polluée est distribuée à la population, laquelle récupère aussi les ferrailles contaminées pour des usages quotidiens. Lentement mais sûrement, on assiste à un empoisonnement de toute la région. Les plus touchés sont évidemment les mineurs à qui on a caché pendant très longtemps les risques, les premières mesures élémentaires de protection n’ayant été prises que dans les années 1990. Mais en 40 ans d’exploitation, Areva n’a reconnu aucun cas de contamination, de cancer, où d’autre pathologie d’origine professionnelle. C’est un véritable système d’omerta qui a été mis en place. Enfin, quand les gisements auront été épuisés d’ici quelques années, le sort des habitants de ces villes minières construites en plein désert ne peut qu’inquiéter. Il n’y a aucun projet de reconversion. Au Gabon, quand la Comuf (Compagnie des mines d’uranium de Franceville) a fermé en 1999, la ville de Mounana est devenue une ville fantôme.

Comment pourrait-on en finir avec le système Areva ?

Le livre ne prétend pas fournir de réponse simple à cette question. J’espère qu’il pourra contribuer à enrichir l’argumentaire des anti-nucléaires, par la prise en compte des dégâts politiques, sociaux, environnementaux et sanitaires liés à l’extraction de l’uranium par Areva en Afrique. À titre personnel, je pense que sortir du nucléaire constitue le moyen le plus simple et le plus sûr d’en finir avec cette politique de pillage et d’ingérence qu’on a baptisé « indépendance énergétique ». Areva est, pour l’instant encore, une entreprise à capitaux publics, à plus de 80 %. Sa politique est validée par les représentants de l’État auxquels les citoyens français sont en droit de demander des comptes et contre lesquels ils peuvent se mobiliser. Il faut également renforcer les liens avec les mouvements de résistance à Areva en Afrique : salariés regroupés en association ou syndicats, mouvements qui militent pour une réappropriation des richesses nationales, pour la transparence des flux de capitaux, etc. C’est ce que tente de faire le collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger ». Mais des débats existent : ces mouvements ne sont pas tous, loin s’en faut, opposés au nucléaire. Certains ne revendiquent qu’une « meilleure » extraction de l’uranium. Sur le plan environnemental, c’est une revendication illusoire : une extraction propre, à supposer qu’elle soit possible, rendrait le minerai hors de prix, et l’exploitation perdrait de son intérêt. Par ailleurs, d’autres voies de développement existent, et l’uranium est loin de constituer la principale richesse du Niger. C’est bien sûr aux populations nigériennes qu’il appartient de trancher ce débat, et de décider de l’utilisation de leur sous-sol. Ce que nous pouvons réclamer en revanche, c’est que ce débat ne soit plus confisqué par Areva et l’État français.

Dominique Angelini
Tout est à nous !, avril 2012
Uranium : les miettes aux Africains

“Areva est une entreprise détenue par un État qui proclame son respect des droits de l’homme. Et pourtant elle est responsable d’une triple catastrophe : environnementale, sanitaire et sociale. En fait, catastrophes écologiques, cynisme et mépris pour la vie des populations autochtones sont une constante des industries extractives. C’est d’autant plus vrai quand il s’agit de multinationales opérant dans des pays pauvres, où les réglementations coercitives sont soit absentes, soit inappliquées, faute de moyens ou par le jeu de la corruption”, souligne Raphaël Granvaud dans son enquête Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français.
L’extraction uranifère a un ultérieur aggravant par rapport aux autres matières premières : aussi bien les travailleurs que les populations établies à proximité des sites restent en contact pendant des décennies avec les éléments radioactifs, entre autres thorium, radium, radon et polonium.
Les complexes opérations qui servent à obtenir le concentré d’uranium – de l’excavation de la surface des sols au traitement chimique des roches, la lixiviation – sont fort polluantes pour les sols, pour l’air et l’eau. “L’on estime qu’en 40 ans d’exploitation au Niger, plus de 35 millions de tonnes de déchets ont été accumulés. Faute d’avoir été enfouis ils sont soumis à l’érosion et dispersables par les vents. Certains résidus sont réutilisés en remblai, pour la construction de routes et même de bâtiments”, réfère l’auteur du dossier, ajoutant que par endroit les taux de radiation sont 500 fois supérieurs à la normale. Divers reportages ont par ailleurs documenté des épisodes de pollution accidentelle, comme celui survenu en 2004 près de Dosso, en direction du Bénin, où un camion transportant des fûts s’est renversé. Areva prétend avoir mené de rapides opérations de décontamination ; hors des échantillons prélevés par des experts indépendants ont révélé des concentrations 2 000 fois supérieures à la normale. Des enfants ont été vus en train de jouer dans les rues avec de la poudre d’uranate déversée.
Dans l’air c’est la présence d’un gaz radioactif qui est signalée : le radon est très nocif en cas d’inhalation mais aussi d’ingestion d’aliments contaminés. Un autre danger pour la santé humaine des travailleurs et des populations autochtones est représenté par l’eau : à Arlit aucun expatrié travaillant pour Areva ne la consomme par peur d’être contaminé. Des prélèvements ont identifié dans les nappes phréatiques une présence anormale de rayonnements alpha. et pourtant cette eau est utilisée pour arroser les cultures maraîchères de la région. Pis encore, pour ses exigences productives dans une zone désertique, la firme française a pompé les eaux de la nappe du Tarat, à 150 mètres de profondeur. “En 40 ans d’exploitation, plus de 270 milliards de litres d’eau ont été utilisés à Arlit à Akokan. Or ce sont des nappes dites fossiles, non renouvelables avant des milliers d’années”, fait remarquer Granvaud, annonçant un désastre similaire sur le site d’Imouraren.
Par ailleurs la population extrêmement pauvre n’hésite pas à récupérer les ferrailles radioactives issues des mines, utilisées pour la fabrication d’outils, d’ustensiles de cuisine ou la construction des maisons ; autant de produits revendus sur les marchés d’Arlit.
Les méfaits sanitaires et environnementaux de l’exploitation de l’uranium sont non seulement passés sous silence, mais grâce à d’habiles campagnes de communication Areva se présente comme une société “impeccable” pour son respect des normes sur la radioactivité. Cette image renversée est rendue possible du fait qu’une partie des contrôles de qualité est basée sur l’autoévaluation et que deux hôpitaux ont été construits sur place par la multinationale française. “Les risques pour la santé humaine étaient mal connus ou sous-estimés au début de l’exploitation des mines, il y a 40 ans. Résultat : les mesures les plus élémentaires de protection n’ont été prises qu’à la fin des années 80 – dénonce encore Granvaud – Pour contourner les règles, Areva a eu recours de plus en plus massivement à des travailleurs recrutés par des sous-traitants (…) payés misérablement, moins bien équipés et sans formation aux risques”. Dans les deux hôpitaux , tout le personnel médical est employé par l’entreprise : de façon courante un grand nombre de pathologies est sous-évalué et n’est pas reconduit à l’activité minière mais… au sida. Et sur le plan social, à Arlit et Akokan la construction des sites et leur organisation ont reproduit les anciennes hiérarchies coloniales et aucun plan de reconversion n’a été pensé. A Imouraren, où l’exploitation n’a pas encore débuté, des populations autochtones, majoritairement nomades, ont été chassées de terres où elles étaient établies de longue date.
Au XXIe siècle et à l’époque de l’émergence de nouvelles puissances économiques mondiales, comme la Chine et l’Inde, Areva regarde aussi au-delà de l’horizon africain. Il n’en demeure pas moins que sur le continent ella a commencé à renforcer sa présence tentaculaire dans le secteur de l’énergie par le biais de joint venture avec la libyenne Gecol et l’algérienne Sonelgaz. Elle fournit son assistance à la sud-africaine Eskom, a signé des accords de coopération nucléaire avec le Maroc et la Tunisie. Grâce à des projets ou contrats d’exploitation elle est entrée sur les marchés d’Afrique du Sud, de la Namibie, du Tchad et du Mozambique mais pointe aussi en direction du Nigeria, du Mozambique et de la République démocratique du Congo. Areva est déjà bien implantée dans le secteur aurifère par le biais de sa filiale La Mancha Ressource Inc, présente en Côte d’Ivoire, dans la mine d’or soudanaise de Hassaï et envisage des prospections dans les monts Nuba, à la frontière entre Nord et Sud Soudan.

Véronique Viriglio
Misna, 20/04/12
Compte-rendu

Contrecarrer le fameux “mythe de l’indépendance énergétique de la France, grâce à l’uranium” : telle est l’ambition du dernier ouvrage de Raphaël Granvaud, Areva en Afrique, une face cachée du nucléaire français. En détaillant les conditions dans lesquelles la France et Areva se procurent un uranium majoritairement africain, l’auteur signe un brûlot sans concession pour les ingérences politiques françaises et ses conséquences environnementales, sanitaires et sociales terribles pour les populations locales.
Car le constat est sans appel : Areva se procure un tiers de son uranium au Niger, un pays pourtant bon dernier en matière de développement humain. Dans cette entreprise, la multinationale a toujours pu compter sur le fidèle soutien de l’État français, mais aussi sur l’appui des réseaux de la Françafrique : Areva s’assure ainsi de son droit de pillage, en échange du soutien politique et militaire de la France aux régimes autoritaires africains amis.
L’auteur dévoile enfin les efforts considérables d’Areva en matière de communication, pour que la réalité implacable des faits ne vienne surtout pas entacher une image de marque qu’elle souhaiterait immaculée.

Opale Crivello
Sortir du nucléaire, printemps 2012
Comment la France sauvegarde son droit de pillage

L’exploitation d’uranium en Afrique par la France était au centre d’un ouvrage intitulé Areva en Afrique, une face cachée du nucléaire français.
Dans cet ouvrage publié en février dernier, Raphael Granvaud, membre de l’association Survie Afrique « détaille les conditions dans lesquelles la France et Areva se procurent au meilleur coût, au prix d’ingérences politiques et de conséquences environnementales, sanitaires et sociales catastrophiques pour les populations locales », indique la préface de l’ouvrage. L’auteur de cette dernière ajoute que, le groupe Areva a toujours pu compter sur l’aide active des représentants officiels de l’État français et des réseaux les moins ragoutants de la Françafrique pour sauvegarder son droit de pillage.
L’ouvrage dévoile par ailleurs, « les efforts considérables d’Areva pour que les différents éléments de cette réalité et de sa stratégie de dissémination nucléaire ne ternissent pas une image de marque qu’elle voudrait immaculée. » En effet, depuis 40 ans, la France justifie le développement du nucléaire par «l’indépendance énergétique». De l’avis de Raphael Granvaud, dans une interview accordée au journal El- Watan, cet argument n’est qu’un leurre. Pour cause, « Depuis 2001, la France n’extrait plus d’uranium de son sol : celui-ci est importé en totalité. Et même avant cette date, l’uranium français était très insuffisant pour alimenter les centrales nucléaires. Le sous-sol africain était donc essentiel, et même si les sources d’approvisionnement se sont diversifiées, cela reste vrai aujourd’hui. Dans ces conditions, parler d’“indépendance énergétique” permet d’occulter l’importance de cet uranium africain, les conditions désastreuses de son extraction et les moyens mis en œuvre par les autorités françaises depuis 50 ans pour continuer à se le procurer à bas coût. » Le développement du nucléaire s’est ainsi accompagné d’un néocolonialisme qui se manifeste par l’élimination politique ou physique des véritables indépendantistes pour promouvoir des dirigeants « compréhensifs ».
« Au Niger, dit-il, Hamani Diori fut imposé contre Bakary Djibo, puis renversé par un putsch militaire en 1974 quand il a voulu renégocier le prix de l’uranium. Les réseaux Foccart on également sponsorisé le coup d’État d’Ibrahim Baré Maïnassara en 1996, et l’ingérence française n’a jamais cessé, comme on l’a vu à partir de 2007, pendant et après le nouveau bras de fer entre Mamadou Tandja et Areva ». L’auteur du livre Areva en Afrique, une face cachée du nucléaire français confirme par ailleurs le bilan catastrophique des 40 ans d’exploitation d’uranium au Niger. « Quand des permis sont attribués, les populations sont simplement expropriées. En outre, le bilan de 40 ans d’exploitation de l’uranium est catastrophique aux plans environnemental, social ou sanitaire pour les travailleurs des mines comme pour les populations environnantes. Non seulement la faible part de la valeur de l’uranium qui est rétrocédée à l’État nigérien ne leur a jamais profité, mais en plus leur environnement est irrémédiablement contaminé », conclut-il.

Sani Aboubacar
Bulletin d’information du ROTAB PCQVP Niger N° 26, avril 2012
Compte-rendu

« Si la décolonisation avait eu lieu, Areva Niger, ci-devant Cogéma, serait une compagnie nigérienne, dirigée et encadrée par des Nigériens (…) Le Niger exporterait dans le monde entier en son nom propre, son économie serait florissante, ses habitants jouiraient d’un niveau de vie suffisant. On est loin du compte. »
Dans ce nouvel essai décapant, l’auteur de Que fait l’armée française en Afrique ? s’applique cette fois à déconstruire « le mythe de l’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire ».
De De Gaulle à Sarkozy, l’auteur révèle les stratégies mises en place par la France pour s’assurer le contrôle et le pillage de l’uranium nigérien, de l’ingérence politique néocoloniale au soutien militaire des régimes autoritaires. Tandis qu’avec son style décomplexé, Nicolas Sarkozy que l’auteur surnomme le « VRP du nucléaire français », fait l’apologie d’une énergie propre, enchainant les voyages pour « vendre des centrales à tout prix », le quotidien des bidonvilles avoisinant les mines d’extraction est tout autre. Le Niger reste immuablement en 182e et dernière position de l’IDH (indice de développement humain des pays) et les conséquences environnementales de cette industrie sont effroyables pour les populations locales. Pollution de l’air, des sols et des nappes phréatiques, stockages de ferrailles radioactives, l’auteur dénonce l’omerta d’une catastrophe sanitaire. Un ouvrage militant et éclairant, sans mauvais jeu de mot, que l’on vous recommande !
Vous pourrez compléter ce sujet par le visionnage de l’excellent documentaire Françafrique, 50 années sous le sceau du secret de Patrick Benquet qui révèle l’histoire de la politique française en Centrafrique au travers de son fameux « Réseau Foccart ».

Librairie de Sciences Po, avril 2012
Le mythe de l'indépendance énergétique

Fukushima ou pas, la France reste figée sur le tout nucléaire et sa prétendue « indépendance » énergétique. Mais de quelle indépendance parle-t-on ? Celle de l’exploitation de l’uranium dans la plus pure tradition de la Françafrique. Retour sur les chemins obscurs de l’uranium africain.

« En France, on n’a pas de pétrole, mais on a du nucléaire. » Depuis 40 ans, le thème de l’indépendance énergétique sert à justifier le développement du parc électronucléaire le plus important au monde, proportionnellement au nombre d’habitants. Il n’est pourtant qu’un mythe. Avant même la fermeture de la dernière mine d’uranium française, en 2001, le combustible nécessaire aux centrales françaises était déjà en grande partie importé. Il l’est maintenant en totalité. Si les sources d’approvisionnement se sont diversifiées, le sous-sol africain, celui du Niger surtout, a été historiquement et reste encore aujourd’hui dans une grande mesure indispensable au fonctionnement de nos centrales. Comment peut-on alors parler d’indépendance énergétique ? C’est simple, il suffit d’exclure, par une manipulation statistique, l’uranium de la liste des importations énergétiques. Un « oubli » d’autant plus facile que l’uranium africain a toujours été payé un prix dérisoire et que les autorités ont toujours considéré que le sous-sol des anciennes colonies françaises devait continuer à profiter aux intérêts de l’ex-métropole.
C’est cette logique qui a sous-tendu la politique française d’approvisionnement en uranium et le fonctionnement de l’entreprise chargée de la réaliser, Areva (ex Cogéma). Comme la préservation de l’approvisionnement pétrolier à travers l’entreprise Elf, depuis absorbée par Total, la sécurisation des mines françaises d’uranium, au Gabon et au Niger, a justifié que la cellule Afrique de l’Élysée sponsorise des coups d’État et affiche un soutien sans faille à des régimes dictatoriaux « amis de la France », naturellement plus compréhensifs à l’égard des intérêts économiques français que soucieux de nourrir leur propre population. C’est à ce prix que s’est réalisée la prétendue « indépendance énergétique » française. « Indépendance » pour les uns, privation de souveraineté, pillage et misère pour les autres, avec en prime une pollution irréversible et des drames sanitaires longtemps passés sous silence.
À partir de 2005, quand les prix de l’uranium ont commencé à exploser sous l’effet de la spéculation, et que l’euphorie nucléaire battait son plein, Areva a entrepris de multiplier ses permis miniers, notamment en Afrique. Représentants officiels et réseaux officieux de la Françafrique aidant, elle a ainsi décroché de nouveaux contrats – aux clauses secrètes, bien entendu – en Centrafrique, au Niger, en Afrique du Sud ou encore en Namibie. Les bénéfices potentiels d’Areva sur le marché du nucléaire ayant été revus à la baisse depuis, les gigantesques projets miniers qui avaient été annoncés sont aujourd’hui gelés, en attendant qu’on les juge redevenus rentables. Ceci sur fond d’un nouveau scandale, dont on ne connaît pas encore l’ampleur : celui de l’affaire Uramin, du nom de cette filiale acquise en 2007 à prix d’or et dans des conditions suspectes pour rafler des gisements aujourd’hui délaissés, et qui a plombé la trésorerie d’Areva1. Les assurances de retombées financières rapides pour les pays concernés ont dès lors été oubliées, démontrant une nouvelle fois le peu de cas que l’entreprise française fait de ses « partenaires » africains et le leurre que constitue la promesse d’un développement économique fondé sur l’exploitation de l’uranium.
Ce mépris, c’est aussi celui de l’État français, principal actionnaire d’Areva… pour l’instant. Car dans le projet de privatisation – pardon, « d’ouverture du capital » – qui est annoncé, c’est le pôle minier d’Areva qui sera bradé en premier. Certes, Areva a déjà largement fait la preuve de son savoir-faire en matière de négligences criminelles dans l’exploitation de l’uranium. Mais le pire est toujours possible et à craindre quand l’entreprise n’obéira plus qu’aux impératifs de profit maximum, aux aléas de la spéculation, et n’aura de compte à rendre qu’à ses actionnaires privés. Une raison de plus d’en finir maintenant avec les méfaits de l’exploitation française de l’uranium en Afrique.

1 Lire « Areva en Afrique. L’affaire Uramin », Raphaël Granvaud, in Billets d’Afrique n°209. Disponible sur survie.org.

Raphaël Granvaud
Altermondes n°29, mars 2012
« Le bilan de 40 ans d’exploitation de l’uranium est catastrophique »

> Lire l’article sur le site d’El Watan.

Depuis 40 ans, le développement du nucléaire est justifié au nom de « l’indépendance énergétique » de la France. La réalité est bien différente. Dans Areva en Afrique, une face cachée du nucléaire français (Agone, Survie février 2012), Raphaël Granvaud, membre de l’association Survie Afrique, dévoile une nouvelle facette du néocolonialisme qui pille les ressources pour faire tourner des centrales qu’on veut même vendre aux pays incapables d’en assurer le fonctionnement, avec tous les dangers que cela induit, au plan environnemental et de dissémination de l’arme nucléaire. Car, malgré la pression effarouchée de l’Occident contre l’Iran, les liens entre nucléaire civil et nucléaire militaire n’ont jamais été un secret pour Areva et ses ancêtres.

L’argument de l’indépendance énergétique de la France est avancé pour justifier le refus d’arrêter la filière nucléaire. Vous dites que cette indépendance est un leurre, pourquoi ?
C’est même un mensonge, au croisement de la propagande nucléaire et de la rhétorique néo-coloniale. Depuis 2001, la France n’extrait plus d’uranium de son sol : celui-ci est importé en totalité. Et même avant cette date, l’uranium français était très insuffisant pour alimenter les centrales nucléaires. Le sous-sol africain était donc essentiel, et même si les sources d’approvisionnement se sont diversifiées, cela reste vrai aujourd’hui. Dans ces conditions, parler d’ « indépendance énergétique » permet d’occulter l’importance de cet uranium africain, les conditions désastreuses de son extraction et les moyens mis en œuvre par les autorités françaises depuis 50 ans pour continuer à se le procurer à bas coût.

Au Niger ou au Gabon, comment s’est manifesté le néocolonialisme qui a accompagné le développement du nucléaire ?
De la même manière que dans les autres ex-colonies où la France entendait sécuriser ses intérêts stratégiques, qu’ils soient énergétiques, économiques, ou militaires : la France a éliminé politiquement ou physiquement les véritables indépendantistes pour promouvoir des dirigeants « compréhensifs ». Au Gabon, ce furent Léon M’Ba, puis Omar Bongo, dont le fils est au pouvoir aujourd’hui. Au Niger, Hamani Diori fut imposé contre Bakary Djibo, puis renversé par un putsch militaire en 1974 quand il a voulu renégocier le prix de l’uranium. Les réseaux Foccart ont également sponsorisé le coup d’État d’Ibrahim Baré Maïnassara en 1996, et l’ingérence française n’a jamais cessé, comme on l’a vu à partir de 2007, pendant et après le nouveau bras de fer entre Mamadou Tandja et Areva.

Vous citez un Targui qui dit : « l’uranium est notre malchance ». Pourquoi ?
Cela vaut pour toutes les populations locales, et pas simplement pour les Touareg. Quand des permis sont attribués, les populations sont simplement expropriées. En outre, le bilan de 40 ans d’exploitation de l’uranium est catastrophique aux plans environnemental, social ou sanitaire pour les travailleurs des mines comme pour les populations environnantes. Non seulement la faible part de la valeur de l’uranium qui est rétrocédée à l’État nigérien ne leur a jamais profité, mais en plus leur environnement est irrémédiablement contaminé.

Areva, et Framatome avant elle, a aussi tenté de vendre des centrales aux régimes les moins recommandables, comme à l’Afrique du Sud de l’apartheid ou plus récemment à El Gueddafi. Le nucléaire n’a pas d’odeur…
Les liens entre le régime raciste d’Afrique du Sud et la France ont été très étroits en matière de nucléaire, même sous la présidence de Mitterrand, quand la centrale de Koeberg a été construite alors que le pays était sous embargo international. Plus récemment, Areva s’était doté d’un responsable « Afrique » (qui prétend aujourd’hui à la présidence burkinabée) afin de vendre des centrales au rabais aux États africains qui n’avaient pas les moyens d’acheter des EPR. Ces projets n’ont, pour l’instant, pas abouti. Après Fukushima, le Sénégal a par exemple déclaré vouloir y renoncer, mais d’autres négociations se poursuivent, par exemple en Namibie.

Il y a un an, la catastrophe de Fukushima est venue reposer la question de la sûreté nucléaire, mais Areva continue à nier les risques encourus. L’opacité que les antinucléaires dénonçaient il y a quarante ans est-elle toujours de mise ?
Plus que jamais. Les montants en jeu pour la construction de centrales sont colossaux. L’extraction de l’uranium, qui constitue le premier maillon de l’industrie nucléaire, ne fait pas exception. Qu’il s’agisse de nier les pathologies dont souffrent les mineurs, ou de recycler les personnages les moins ragoûtants des réseaux françafricains pour faciliter l’accaparement de tel ou tel gisement, la « transparence » dont se vante Areva à longueur de publications et de publicités n’est qu’un slogan creux.

Vous parlez peu dans votre ouvrage de la concurrence féroce entre les sociétés mondiales qui interviennent dans le secteur du nucléaire, dont les Coréens, les Chinois. Qu’en est-il ?
Je ne traite ni de la totalité des questions nucléaires ni ne brosse le tableau complet de l’extraction de l’uranium en Afrique, où Areva compte effectivement des concurrents sérieux comme Cameco ou Paladin. Je me suis contenté d’essayer d’analyser la nouvelle situation marquée par l’ouverture à la concurrence dans le « pré-carré » français, et particulièrement de la présence chinoise pour l’uranium du Niger. Cette présence a permis, certes provisoirement, à Mamadou Tandja d’établir un nouveau rapport de force vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale. Mais elle n’a pas non plus profité aux populations, compte tenu de l’affairisme, de la corruption de son régime, et compte tenu des conditions d’extraction mises en œuvre par les firmes chinoises qui n’ont malheureusement rien à envier à celles d’Areva… À ce jour, l’espoir d’un développement économique et social du pays par l’uranium reste un leurre dangereux.

Walid Mebarek
el Watan.com, 12/03/12
Afrique et nucléaire
Areva, entreprise symbolique du nucléaire français, créée en 2001, est le résultat de la fusion de la Cogema (détenue à 100% par le CEA) et de Framatome, constructeur de centrales. Ce fut une forme de privatisation. Cette industrie dépend de la production d’uranium qui se trouve en Afrique particulièrement au Niger, ancienne colonie française, participant de la Françafrique. Raphaël Granvaud livre une analyse argumentée de la relation entre le nucléaire civil et militaire et les rapports existants entre l’État, Areva et les coups d’État en Afrique. Une manière de faire éclater le mythe de l’indépendance énergétique de la France.
N. B.
L'Université syndicaliste, 10/03/12
Triple catastrophe nucléaire au Niger

Parution. Le mythe de l’indépendance énergétique de la France cache, selon les associations Survie et Sortir du Nucléaire, 40 ans de « mensonge », d’« ingérence néocoloniale » et des conséquences sanitaires, environnementales et sociales désastreuses pour l’Afrique.

Le sol français ne recèle plus un gramme d’uranium depuis 2001. Pour étancher sa soif, Areva, le géant français du nucléaire, doit importer sa matière première de l’étranger. De quoi mettre un coup au mythe de l’indépendance énergétique, pourtant au cœur du discours pro-nucléaire en France.

Réunis pour la publication de l’ouvrage Areva en Afrique, Sortir du nucléaire et Survie ont voulu s’attaquer à ce « mensonge » et à « 40 ans de discours et de manipulations statistiques » : l’uranium n’apparaît pas dans les chiffres des importations énergétiques. Survie dénonce surtout un « pillage […] néocolonial » au Niger – d’où provient 40 % de l’uranium d’Areva – et les conséquences écologiques, sociales et politiques de l’extraction du précieux métal radioactif.

Ingérence

« Des distorsions émanent entre les cours du marché mondial de l’uranium et le prix [moins élevé] que paye la France », estime Raphaël Granvaud, auteur de Areva en Afrique qui dénonce « la Françafrique décomplexée » et 40 ans de pression politique de la France pour garantir à Areva des prix inférieurs aux cours du marché. Selon lui, les différentes tentatives de renégocier le prix de l’uranium ont avorté, à chaque fois, sur fond « d’ingérence néocoloniale » : en 1974, un coup d’État militaire destitue le président nigérien Hamani Diori, alors en pleines négociations avec le gouvernement français, dans des conditions « troublantes ».

Rebelote, dans les années 2000, avec un président Mamadou Tandja affaibli par les rébellions touaregs avec qui la France est d’abord « soupçonnée de collusion pour préserver les intérêts miniers ». Mamadou Tandja, déterminé à « négocier ferme » et faire jouer la concurrence pour revaloriser le prix de vente de son uranium, obtient des premiers résultats en 2007 et un accord avec la France qui comporte des contre-parties militaires. Il finira par réformer la constitution pour s’installer au pouvoir, en 2009, « avec la bénédiction de Nicolas Sarkozy » qui préserve au passage des accords miniers favorables, explique Raphaël Granvaud.

La France pèse également de tout son poids lorsque la Chine commence à lorgner sur l’uranium nigérien après la réélection, en 2004, de Mamadou Tandja qui veut faire du Niger le premier fournisseur mondial d’uranium. Le deuxième gisement d’uranium au monde, à Imouraren, sera conservé en 2008 par Areva grâce à l’appui du pouvoir français.

Compter les travailleurs encore en vie

Le Niger, cinquième producteur d’uranium au monde, pointe aux dernières places du classement mondial du développement humain, dénonce aussi l’ouvrage. La population paye un lourd tribut sanitaire et écologique au « pillage » des ses ressources. L’exploitation minière produit de nombreux déchets et contamine l’air par la dispersion des poussières radioactives. Les taux de radioactivité enregistrés aux abords des puits sont parfois 100 fois supérieurs à la normale. Areva a récemment été poursuivi par la famille d’un ancien employé français d’une filiale d’Areva, décédé d’un cancer des poumons après avoir travaillé sept ans dans les mines d’uranium du sud du Niger (lire sur le site de Politis).

« Il n’y a aucune étude indépendante, s’insurge Bruno Ondo, militant gabonais, qui participait, le 9 février dernier dans un café parisien, à la présentation du livre. Dans le sud-est du Gabon où les mines d’uranium étaient exploitées jusqu’en 1999, l’“Observatoire de la santé”, créé pour s’occuper des travailleurs ne compte qu’un médecin, pointe-t-il. Et l’unique praticien habite à Libreville, à 500 kilomètres de la mine de Mounana ».

« Le minimum aujourd’hui serait de dresser une liste des travailleurs encore vivant, s’attriste le militant. Certaines zones sont interdites à cause de la radioactivité, mais elles se situent sur des zones de pêche ou de culture de manioc, qui est consommé ou parfois même vendu à Libreville ».

Concurrence et privatisation

Depuis 2006 et avec la hausse des cours de l’uranium, le Niger attire des concurrents d’Areva du monde entier, laissant craindre une recrudescence des pressions politiques et des pollutions. En trois ans, 139 permis miniers ont été distribués dans des conditions « opaques », estime Raphaël Granvaud.

Survie s’inquiète aussi désormais du projet de privatisation du pôle minier – très rentable – d’Areva. « Le jour où cette entreprise [qui a en charge l’extraction de l’uranium] sera privatisée, on peut craindre que les conséquences soient pires », prévient Raphaël Granvaud.

> Voir le site de Politis

Erwan Manac’h
Politis, 05/03/12
Compte-rendu
Areva, consortium nucléaire français fondé en 2001, est le fruit d’une fusion entre différents groupes dont la Cogema et le CEA. Une évidence : l’indépendance énergétique de la France est une illusion complète puisqu’elle importe 100 % de l’uranium de ses centrales. Cet ouvrage montre comment la France, via Areva, s’est assuré un monopole sur l’exploitation de ce minerai notamment au Niger en s’ingérant dans la politique intérieure, faisant élire ou renversant les dictateurs. Le Niger touche une part minime des bénéfices et ses habitants qui vivent dans la misère n’en voient pas la couleur. Pire, c’est toute une région qui est contaminée par l’exploitation du minerai. 35 millions de tonnes de déchets ont été générées en 40 années d’exploitation. Les « stériles » (gravats issus de l’exploitation minière) sont utilisés dans des remblais pour la construction de routes, comme cela a été fait en France. Les ferrailles radioactives issues du chantier sont réutilisées dans la construction de bâtiments… Areva se targue de transparence ? La visite des mines d’Arlit est si encadrée qu’elle rappelle au journaliste Raphaël Granvaud qui a mené l’enquête la Corée du Nord. Un livre à lire.
L'Écologiste, janvier-mars 2012
Compte-rendu
Raphaël Granvaud expose un tableau plus que sombre du prix que paye le Niger poux notre « indépendance énergétique ». En réalité, la France s’arrêterait de fonctionner par manque d’électricité si le marché de l’uranium devenait « libre et non faussé », si l’État du Niger osait, par exemple, vendre son uranium au prix qui lui convient. Ce petit livre dense brosse un portrait historique des ancêtres d’Areva, « de l’exploration coloniale à l’exploitation néocoloniale ». Comment pensez-vous que la pollution radioactive est traitée dans ce pays où le budget national est de l’ordre de grandeur du bénéfice d’Areva ? Lisez ce livre, vous le saurez. L’auteur conclut avec un chapitre « En finir avec le système Areva ». « Indépendance » pour les uns, privation de souveraineté et de richesses pour les autres, avec en plus une pollution irréversible. Bon, eh bien, continuons à nous surchauffer, il a fait un peu froid cet hiver...
B. C.
La Décroissance n°87, mars 2012
L’uranium, Areva et la Françafrique
Le nucléaire contribue peut-être à contenir la facture pétrolière de la France, mais pas à réduire sa dépendance énergétique : l’uranium consommé est totalement importé. D’où ? En bonne partie d’Afrique. Areva, le fournisseur français de matière fissile, tire de la mine d’Arlit, au Niger, un tiers de ses approvisionnements en yellow cake (du concentré d’uranium). Acheté à vil prix aux Africains dénonce le dernier livre publié par Survie, une association qui documente depuis vingt-cinq ans les comportements néocoloniaux qui sont encore ceux de maintes entreprises françaises sur le continent noir. Selon l’auteur, Areva est en outre responsable d’une triple catastrophe : environnementale, notamment autour de la mine à ciel ouvert d’Arlit, médicale, faute de matériel de sécurité pour les mineurs pendant de longues années d’exploitation et enfin sociale, avec la spoliation de droits fonciers coutumiers dans la zone de la future mine d’Imouraren. Si Survie joue l’attaque frontale avec Areva, l’ONG Sherpa a préféré quant à elle nouer un partenariat avec la firme française pour créer un observatoire de la santé, chargé d’évaluer les impacts de l’exploitation sur les travailleurs et les populations.
Alternatives internationales, mars 2012
Areva : « Nucléaire et Françafrique sont imbriqués »

Entretien avec Raphaël Granvaud, militant de l’association Survie
Propos recueillis par Manuel Domergue

Manuel Domergue
Alternatives économiques, mars 2012
Le mercredi 5 décembre 2012    Saint-Paul-Trois-Châteaux (26)
Conférence-débat sur Areva en Afrique
Conférence-débat avec Raphaël Granvaud

Que sont les réseaux françafricains d’AREVA ? Quelle est la politique menée par la France au Niger pour préserver ses intérêts économiques ? Quels sont les impacts (sanitaires, sociaux et écologiques) sur les populations, de l’exploitation minière d’AREVA ?

Organisé par Survie Drome-Ardèche et le Cercle de Réflexion et d’Initiatives Citoyennes

Salle Chausy, Entrée libre
Le mercredi 30 mai 2012    Valence (26)
« Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français »

Rencontre-débat avec Raphaël Granvaud, auteur de Areva en Afrique et Roland Desbordes, président de la CRIIRAD

20h. Foyer laïque de Valensolles, 25 rue Albert Thomas

Informations : 04 75 78 33 88

organisé par l’association Survie 26/07, en partenariat avec la CRIIRAD, Artisans du Monde, Sortir du nucléaire 26/07, Les Amis de la Terre Drôme, le collectif “Areva ne fera pas la loi au Niger”.

Le jeudi 24 mai 2012    Aubenas (07)
« Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français »

Rencontre-débat avec Raphaël Granvaud, auteur de Areva en Afrique

18h30–21h00. Grand café français, 13 boulevard Gambetta

organisé par l’association Survie 26/07, en partenariat avec la CRIIRAD, Artisans du Monde, Sortir du nucléaire 26/07, Les Amis de la Terre Drôme, le collectif “Areva ne fera pas la loi au Niger”.

Le mercredi 9 mai 2012    Montélimar (26)
« Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français »

Rencontre-débat avec Raphaël Granvaud auteur de Areva en Afrique

20h. MJC, 7 rue Léo Lagrange

Informations : 04 75 01 13 94
accueil@mjcmontelimar.fr

organisé par Survie 26

Le mercredi 25 avril 2012    St Étienne (42)
« Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français »

Rencontre avec Raphaël Granvaud autour de son livre Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français (Agone, 2012)

20h. Café-lecture Remue-méninges, 54, rue Désiré Claude (TRAM direction Bellevue-Solaure, arrêt “Tréfilerie”).
Visiter le site de Remue-méninges
Infos : survieste@no-log.org

Le samedi 7 avril 2012    Versailles (78)
« Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français »

Conférence de Raphaël Granvaud autour de son livre Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français (Agone, 2012)

17h00. Hôtel de ville de Versailles

organisée par les Amis du Monde diplomatique 78

Le mercredi 4 avril 2012    Chambéry (73)
« Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français »

Conférence de Raphaël Granvaud autour de son livre Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français.

20h15. Maison des associations, 67 rue Saint François de Sales

organisée par le relais local Survie en Savoie et Sortir du nucléaire 73
http://survie.savoie.free.fr/spip.php?article46

Le mercredi 28 mars 2012    Marseille (13)
« Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français »

Rencontre avec Raphaël Granvaud autour de son livre Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français (Agone, 2012)

20h. Équitable café, 54 Cours Julien.
site de l’Équitable café

Le mercredi 14 mars 2012    Grenoble (38)
« Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français »

Conférence de Raphaël Granvaud autour de son livre Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français.

20h. Maison du Tourisme – salle de conférence, 14 rue de la République

organisée par le relais local Survie en Isère :
http://survie.isere.free.fr/spip.php

Le mardi 28 février 2012    Toulouse (31)
Débat/expo/projection Areva en Afrique

Projection du film Uranium, l’héritage empoisonné, exposition “Areva ne fera pas la loi au Niger”
et rencontre avec Danyel Dubreuil (association Survie, collectif Areva ne fera pas la loi au Niger)

20h15. salle du Sénéchal, 17 rue de Rémusat.

Le dimanche 26 février 2012    Lyon (69)
« Areva en Afrique : une face cachée du nucléaire français »

Dans le cadre du salon de l’écologie et des alternatives Primevère, conférence de Raphaël Granvaud
autour de son livre Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français.

11h30. Eurexpo, Lyon/Chassieu

Informations, exposants, et programme complet des rencontres : primevere@wanadoo.fr
http://primevere.salon.free.fr

Le mercredi 8 février 2012    Paris 3 (75)
« Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français »

Conférence de Raphaël Granvaud autour de son livre Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français.
Avec la participation du réseau Sortir du nucléaire et le Collectif Areva ne fera pas la loi au Niger.

19h. Maison des associations du 3e, 5, rue Pérrée, métro République ou Temple

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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net
Graphisme : T–D