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L’Or noir du Nigeria
Pillages, ravages écologiques et résistances
Traduit du catalan par Raphaël Monnard
16 pages de photographies de Xavier Montanyà et Philippe Lespinasse
Parution : 14/09/2012
ISBN : 9782748901634
Format papier : 256 pages (11 x 17 cm)
13.00 €

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Dans la riche zone pétrolière du delta du Niger, Shell ou Total opèrent en dehors de tout respect des droits humains. Après cinquante ans d’exploitation sauvage et de marées noires, l’air, les sols et les cours d’eau sont empoisonnés. Les nombreuses résistances, pacifiques ou armées, des populations locales privées de leurs terres et de leurs moyens de subsistance se heurtent à une sanglante répression menée par les compagnies pétrolières et l’armée nigériane.
Le Nigeria, premier partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne, est un cas extrême mais exemplaire pour saisir l’ampleur du désastre engendré par l’extraction intensive des ressources naturelles dans les pays africains, et identifier ses causes, ses acteurs et ses enjeux. Pour l’écrivain nigérian Wole Soyinka « Le monde doit comprendre que le combustible qui fait fonctionner ses industries est le sang de notre peuple. ».

> Télécharger le dossier de presse réalisé par Survie
> Écouter la rencontre avec l’auteur à la librairie Terra Nova le 23 octobre 2012.

> La collection des “Dossiers noirs”, en coédition avec l’association Survie est issue d’une collaboration avec Agir ici (un collectif ayant rejoint la confédération internationale Oxfam France)

Xavier Montanyà

Xavier Montanyà, journaliste catalan est l’auteur de nombreux documentaires. Il est aussi Membre du Conseil consultatif du supplément culturel Cultura/s, du journal La Vanguardia et participe au journal électronique Vilaweb et à la revue d’histoire Sapiens.

Les livres de Xavier Montanyà sur le site

Extraits

Le Nigeria, avec plus de cent soixante millions d’habitants représentant deux cent cinquante ethnies, est le pays le plus peuplé d’Afrique. Bien qu’il soit le premier pays producteur de pétrole du continent et le huitième au monde, avec une production de plus de deux millions de barils par jour depuis 1997, plus de 70 % de ses habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Selon la Banque Mondiale, la richesse qui provient du pétrole est aux mains de 1 % de la population. Le pays est traversé par le fleuve Niger, troisième fleuve africain après le Nil et le Congo. Il forme une boucle curieuse, qui traverse des forêts, des savanes et des déserts, par Tombouctou et Gao. En arrivant à la baie de Bonny, anciennement appelée baie du Biafra, il forme le second plus grand delta du monde, et constitue l’un des écosystèmes les plus riches et les plus importants d’Afrique de l’Ouest.

***

Depuis la découverte du pétrole dans le sous-sol du Delta, les compagnies pétrolières comme Shell, Agip, Total, Texaco ou Chevron pratiquent impunément le torchage du gaz dans l’atmosphère, une pratique aussi appelée « gas flaring ». Lorsqu’on extrait le pétrole, il sort du brut mélangé à de l’eau et du gaz. Et l’or noir du Delta contient une grande quantité de gaz naturel associé, dont plus de la moitié est ainsi brûlée à l’extraction. Ce gaz pourrait être stocké ou expédié vers une centrale afin de couvrir les besoins énergétiques du pays, ou simplement être réinjecté dans le sol. Mais toutes ces pratiques demanderaient un investissement économique que les multinationales n’ont jamais été disposées à faire. Démontrant un mépris absolu pour la santé des personnes et pour l’environnement, elles ont depuis toujours opté pour le torchage. Cela ne leur coûte pas un centime. En revanche, les conséquences sont terribles pour les écosystèmes et les habitants du Delta, pour leurs récoltes comme pour l’air qu’ils respirent. Le Nigeria est selon la Banque mondiale la deuxième nation derrière la Russie au triste classement des nations émettrices de gaz torchés, ce qui fait du Delta du Niger une des plus grandes sources d’émission de gaz à effet de serre de la planète, avec soixante millions de tonnes de CO2 rejetés dans l’atmosphère chaque année, soit 13 % du total mondial. Un apport fatal au réchauffement global.
Les déversements ou les fuites de pétrole constituent l’autre cause fondamentale de la destruction de l’environnement. Il ne se passe pratiquement pas une semaine sans qu’il y en ait. Ainsi, chaque année depuis cinquante ans, la population du Delta subit des déversements de pétrole d’un volume de quarante deux milles tonnes de pétrole, une quantité de pétrole équivalente à c elle qui s’est échappée de l’Exxon Valdez dans les eaux de l’Alaska en 1989.
Le délai de réparation des avaries et des opérations de nettoyage aggrave le problème. Cette lenteur est souvent due aux intérêts économiques, qui passent toujours avant le respect de l’environnement et des droits humains. Pourquoi ? On peut considérer, selon une étude d’Amnesty International basée sur des rapports juridiques et des évaluations légales et scientifiques, que « les déversements sont la conséquence de la corrosion des oléoducs et des pipelines, de la maintenance déficiente des infrastructures, des fuites pendant le traitement du pétrole dans les raffineries, d’erreurs humaines, et, quelquefois, du vandalisme ou du vol ». La stratégie des compagnies est cependant d’attribuer systématiquement les fuites au sabotage. Ce que dénoncent les communautés locales, qui y voient une excuse pour ne pas verser d’indemnisations.
L’activité des groupes armés et des voleurs de pétrole est certes un fait avéré. Il est aussi arrivé que des gens provoquent une fuite dans le but de toucher une indemnisation. La question est : combien de déversements sont dus à des actes de sabotage, et combien à une défaillance technique ou à la vieillesse des équipements ? Je prendrai bientôt connaissance d’un des cas où, après expertise technique, un juge donna raison à la communauté : celui du village de Bodo, en Ogoni.

Foreign Rights

English notice

Nigeria’s Black Gold
Pillaging, ecological disasters and pockets of resistance

Translated from Catalan by Raphaël Monnard
16 pages of photographs by Xavier Montanyà and Philippe Lespinasse

In the Niger delta area, rich in oil reserves, Shell and Total function completely without any respect for human rights. After fifty years of uncontrolled exploitation and oil slicks, the air, the ground, and all the water-courses have been poisoned. The numerous pockets of resistance, whether peaceful or armed, on the part of the local population, deprived of their land and means of survival, come up against repression and bloodshed led by the oil companies and the Nigerian army.
Nigeria, France’s no 1 business partner in sub-Saharan Africa, is an extreme case but also a model that enables us to grasp the true dimensions of the disaster caused by intensive extraction of natural resources in countries in Africa, just as it helps identify the causes, those involved and the issues at stake. According to Nigerian writer Wole Soyinka, “The world has to understand that the fuel it uses to run its industries is the blood of our people.”

Xavier Montanyà, Catalan journalist and the author of numerous documentaries,
Is the author of Les Derniers exilés de Pinochet (2009) in the Agone catalogue.
He is a member of the Consultancy Council of the cultural supplement Cultura/s
of La Vanguardia newspaper and also contributes to the electronic journal Vilaweb and the history magazine Sapiens.

Dossier de presse
Interview de Mauro Braulio
RFI
N'autre école n°34/35 , Printemps-été 2013
Sylvain Allemand
Alternatives économiques , février 2013
JP
S!lence , février 2013
Nestor Potkine
Divergences n°33 , décembre/janvier 2013
F. F.
Kaële Magazine n° 95 , 04/12/2012
N'autre école , décembre 2012
Christophe Goby
Le Monde diplomatique , novembre 2012
Cuervo
Alternative libertaire n°222 , novembre 2012
L'Écologiste , automne 2012
Jean Chatain
L'Humanité , 19/10/2012
Patsy
Le Monde comme il va , 14/09/2012
B. C.
La Décroissance n°93 , octobre 2012
Odile Tobner
Billets d'Afrique n°216 , septembre 2012
Anna Roig
Le Monde diplomatique (Espagne) , février 2012
Interview de Marta Monedero
Avui , 16/07/2011
Interview de Xavier Theros
El país , 14/07/2011
SUR LES ONDES
RFI – Entretien avec Xavier Montanyà en espagnol. Écouter l’émission.
Interview de Mauro Braulio
RFI
Recension
Une enquête très détaillée sur la situation du delta du Niger après cinquante années d’exploitation du pétrole par plusieurs multinationales, Shell et Total en tête. Une occasion supplémentaire d’observer les catastrophes écologiques, sociales et sanitaires engendrées par le capitalisme dans sa plus grande crudité. C’est en effet dans les anciennes colonies et plus particulièrement en Afrique que les capitalistes agissent dans la plus grande impunité sans se préoccuper de donner le change à travers un voile démocratique et légaliste. Une nouvelle fois, on peut vérifier que les richesses naturelles d’un territoire entraînent la plus grande misère pour ses habitants, que ce soit à travers les dégradations infligées à l’environnement pour l’extraction de celles-ci ou la corruption suscitée par les entreprises responsables de leur exploitation. L’auteur s’intéresse aussi aux nombreuses résistances et aux répressions menées par l’État et les compagnies pétrolières.
N'autre école n°34/35 , Printemps-été 2013
Compte rendu
A l’origine de cette enquête de terrain, remarquablement traduite de l’espagnol, il y a une catastrophe intervenue à Lagos, au Nigeria, au cours du Noël 2006 : l’explosion d’un oléoduc percé par des contrebandiers. Passée inaperçue, en tout cas vite oubliée, elle fit tout de même 300 victimes. La fatalité ? Non, une illustration parmi d’autres de la situation paradoxale du pays le plus peuplé d’Afrique (170 millions d’habitants).

Bien que parmi les tout premiers producteurs de brut, de surcroît le plus précieux qui soit, le Nigeria s’enfonce dans la corruption et la pauvreté. Sa propre population est astreinte au marché noir pour se procurer un carburant de piètre qualité. Sans compter les atteintes à l’environnement causées par des décennies de pollution. La faute aux compagnies pétrolières (Shell en tête), à l’Etat fantôme nigérian comme aux puissances occidentales (dont les Etats-Unis et l’Espagne qui importent respectivement 40 % et 25 % de ce pétrole). Mais aussi la faute aux médias dont l’auteur, journaliste, pointe l’indifférence, jusqu’aux révélations de Wikileaks. On se rassure comme on peut, en constatant que, depuis quelques années, les sanctions de la justice internationale commencent à tomber. Même la compagnie Shell s’est fendue d’excuses. De là à changer ses méthodes…
Sylvain Allemand
Alternatives économiques , février 2013
Compt-rendu
Au sud du Nigeria le peuple Ogoni survit depuis plus de 60 ans dans un environnement dévasté par les compagnies pétrolières, Shell en tête. Leur tort ? Abriter dans leur sous-sol un gisement de pétrole parmi les, plus purs au monde. En contre-partie de cette ressource, rien. À part la pollution de l’air, des cours d’eau et des terres. Et, là où le peuple Ogoni vivait en autonomie, il ne reste que destruction. Et massacre de la population si elle ose s’insurger. Xavier Montanyà fait le bilan de ce carnage humain et écologiste et présente les différents mouvements populaires, pacifistes et armés, qui se sont levés contre cette spoliation organisée avec la complicité de l’État nigérian. Un document brut, fort et très renseigné qui vous secouera les tripes.
JP
S!lence , février 2013
De l’inconvénient d’être Nigerian
Tout comme Ignace est un petit prénom charmant, l’Ogoni est un petit pays charmant. On appelle ainsi la principale région du delta du Niger. Peut-être l’Ogoni serait-il un petit pays indépendant si la colonisation britannique, comme le fit, ailleurs, la colonisation française, ne l’avait inséré dans un pays bien plus grand, le Nigeria. C’eût été bien mince infortune, si l’Ogoni n’avait souffert d’un inconvénient moins oubliable. Un inconvénient noir, poisseux et fort versatile, le pétrole. Le sous-sol de l’Ogoni regorge de pétrole. Les habitants de l’Ogoni, eux, pêcheurs et paysans depuis des temps immémoriaux, ne savent que faire du pétrole.

Mais Royal Dutch Shell (« Royal » parce que les reines d’Angleterre et des Pays-Bas sont d’importantes actionnaires) est venu, a vu, a vaincu. Superficie du delta du Niger : 70 000 km². Superficie des installations pétrolières de Shell : 31 000 km². Depuis que Shell tire du pétrole de l’Ogoni, la vie des habitants de l’Ogoni est une mort lente. Oh certes, leur mort s’accélère de temps en temps, lorsqu’il leur arrive d’avoir l’idée malséante de se rebeller contre Shell : en ce cas, la police nigériane, l’armée nigériane, et une foule de milices aussi mal identifiées que bien payées les tirent comme des lapins, s’ils ont de la chance. S’ils n’ont pas de chance, torture et viol épicent la battue.

Pourquoi une « mort lente » ? Vous avez vu une photographie de ces champs pétrolifères avec ces torchères brûlant le gaz que les compagnies pétrolières ne jugent pas rentable d’utiliser. Vous avez deviné la hauteur de la torchère, la hauteur de la flamme (deux étages d’immeuble). Voudriez-vous habiter dessous ? Si vous êtes une famille de l’Ogoni, vous n’habiterez pas dessous. Mais à côté. Car Shell n’a pas voulu gaspiller l’argent de Leurs Majestés en élevant ses torchères. Elles brûlent donc au ras du sol. Il y en a des centaines, et l’Ogoni a la densité d’habitation rurale la plus élevée du monde, 571 habitants au km². Seul avantage, cela engendre tellement de tuyauteries au sol (on sait qu’il y a 6000 km d’oléoducs, au-dessus du sol ) que certaines ménagères font cuire le frichti familial sur les plus chaudes de ces tuyauteries.

Ces incendies permanents sont bruyants, ce qui a le grand avantage de permettre d’oublier le chant des oiseaux, si agaçant parfois.

Notez par ailleurs que ces torchères et leurs flammes immenses contribuent à élever notablement la température autour d’elles, un avantage certain en pleine zone équatoriale. Un petit pays charmant. Très joli par surcroît, grâce à ces merveilleuses irisations que créent les produits pétroliers mélangés à l’eau. Or l’Ogoni, qui occupe un immense delta, est un pays de marécage. Le pétrole, le kérosène, l’essence, etc. qui s’y répandent y coulent partout. En particulier dans les zones ancestrales de pêche. Pas d’inquiétude, le poisson au goudron constitue le chef-d’œuvre de la gastronomie ogonienne, tous les connaisseurs l’assurent.

Un peu de statistiques au sujet du poisson au goudron ? Voilà : « Il s’y déverse chaque année [dans les eaux du Delta] depuis maintenant cinquante ans une quantité de pétrole équivalente à celle qui s’est échappée de l’Exxon Valdez. […] En 1989, l’Exxon Valdez a déversé environ 40 000 tonnes de pétrole brut dans les eaux de l’Alaska. Dans le delta du Niger, en cinq décennies, deux millions de tonnes de brut se sont ainsi répandues dans la nature. […] À côté du désastre écologique (dévastation des cultures, des rivières, des mers et des forêts, etc.) il faut ajouter les conséquences en termes de vies humaines, de maladies, ainsi que la corruption, la violence et la répression que génère une situation aussi extrême et complexe ». Ce texte est tiré du terrible livre de Xavier Montanyà, L’Or noir du Nigéria, pillages, ravages écologiques et résistances (Agone/Survie).

Pour disposer d’un terme de comparaison, je n’ai rien lu d’aussi apocalyptique depuis La Supplication de Svetlana Alexievitch sur Tchernobyl.
Nestor Potkine
Divergences n°33 , décembre/janvier 2013
Compte-rendu

Journaliste espagnol, Xavier Montanyà plonge sa plume dans le drame du delta du fleuve Niger.

Il enquête sur une terre de violences et de pollution écologique avancée. La violence c’est ce cocktail explosif qui mélange la plupart des grandes problématiques actuelles : sécurité alimentaire et énergétique, destruction écologique, violation des droits humains, corruption, lutte armée, activisme politique, tueries militaires et justice internationale. Dans cette partie du Nigeria, les multinationales exploitent le sous-sol riche en gaz et en pétrole, sans considération pour la nature et les populations autochtones. Selon le rapport d’Amnesty international élaboré en 2006 cité par l’auteur, en cinquante ans, deux millions de tonnes de brut se sont répandues dans cette partie du monde, dans le silence médiatique le plus assourdissant. Pourquoi ? « Il faut sans doute prendre en compte le fait que 40 % du pétrole importé par les États-Unis, 25 % de celui importé par l’Espagne, 5 % de celui importé par la France proviennent de là. » Il n’y a pas que l’extraction du pétrole qui pollue, le gas flaring (torchage en français) est l’autre fléau du delta. Illégal depuis 1984 au Nigeria, il continue pourtant à sévir avec des conséquences désastreuses pour tous. Explications : à l’extraction du pétrole sort du brut mélangé à de l’eau et du gaz. Ce gaz est brûlé et perdu alors qu’il pourrait être utilisé pour les besoins énergétiques du pays, mais cela demanderait des investissements coûteux « que les multinationales n’ont jamais été disposées à faire » constate le journaliste. Par ailleurs le sous-sol du delta contient de grandes quantités de gaz naturel (non associé au brut), plus propre et plus économique à extraire et commercialiser.

C’est ainsi que le Nigeria est devenu selon la Banque mondiale la deuxième nation émettrice de gaz torchés, « avec soixante millions de tonnes de CO2 rejetés dans l’atmosphère chaque année, soit 13 % du total mondial [...] » Les conséquences ? Kentebe Abiaridor, chargé de projets pour Les Amis de la Terre Nigeria raconte le bruit permanent, la hausse de la température dans les villages proches des flammes, l’absence d’obscurité la nuit, les pluies acides, les maladies respiratoires, dermatologiques, les cancers etc. Les communautés locales, selon la loi nigériane, n’ont aucun droit sur les ressources énergétiques de leurs territoires. D’ailleurs plus de 70 % des habitants du Niger vivent sous le seuil de pauvreté et les richesses du pétrole ne vont qu’à 1 % de la population. Parmi les peuples du Nigeria, l’ethnie des Ogonis concentre les injustices. Xavier Montanyà s’attache à démontrer comment tout est fait pour confisquer l’argent du pétrole, au détriment du développement des régions productrices. Il rend compte de ses investigations sur place au contact avec la souffrance des citoyens du delta, au pied des pipelines, dans les mangroves et les bistrots. Il dénonce les compagnies pétrolières qui s’opposent à la promulgation de lois en faveur des peuples et de l’environnement et collaborent avec des gouvernements corrompus et sanguinaires. Tôt ou tard, écrit-il, elles devront « accepter de se présenter devant la justice pour répondre de leurs actes [...] ». Le pays est au bord de la guerre civile, mais des voix s’élèvent, des mouvements politiques intérieurs s’organisent.

En janvier 2012, une grève générale contre le doublement du prix de l’essence (une mesure adoptée après la visite de la directrice du FMI Christine Lagarde) avait laissé entrevoir un autre avenir que celui imposé par les compagnies pétrolières soupçonnées de financer les groupes armées (voir l’enquête de l’ONG britannique Plateform, Counting the Cost : corporations and human rights abuses in the Niger Delta, octobre 2011. Rapport en anglais : platformlondon.org). La solution, insiste l’auteur, implique la mobilisation d’acteurs locaux, nationaux et internationaux. Les investigations du journaliste ne font pas que briser le silence, elles font aussi le lien entre le sang des uns et le reste du monde.

F. F.
Kaële Magazine n° 95 , 04/12/2012
Compte-rendu
Une enquête très détaillée sur la situation du delta du Niger après cinquante années d’exploitation du pétrole par plusieurs multinationales, Shell et Total en tête. Une occasion supplémentaire d’observer les catastrophes écologiques, sociales et sanitaires engendrées par le capitalisme dans sa plus grande crudité. C’est en effet dans les anciennes colonies et plus particulièrement en Afrique que les capitalistes agissent dans la plus grande impunité sans se préoccuper de donner le change à travers un voile démocratique et légaliste. Une nouvelle fois, on peut vérifier que les richesses naturelles d’un territoire entraîne la plus grande misère pour ses habitants, que ce soit à travers les dégradations infligées à l’environnement pour l’extraction de celles-ci ou la corruption suscitée par les entreprises responsables de leur exploitation. L’auteur s’intéresse aussi aux nombreuses résistances et aux répressions menées par l’état et les compagnies pétrolières.
N'autre école , décembre 2012
Compte-rendu

Une allégorie de l’enfer : voilà ce que pourrait être le delta du Niger depuis que l’exploitation du pétrole a pris le contrôle des terres des Ogonis. Le gas flaring, le torchage du gaz dans l’atmosphère, est si polluant que les palmiers jaunissent. Après l’explosion d’un oléoduc, qui, en 2006, avait provoqué la mort de trois cents personnes à Lagos, le journaliste catalan Xavier Montanyà a décidé d’enquêter sur cet « accident » imputé à des trafiquants. Il rend sensible le chaos à l’œuvre dans ce pays qui brûle ses réserves d’un pétrole très apprécié des raffineries, et où la multinationale Shell dispose de plus de six mille kilomètres d’oléoducs. Conséquence : un prix de l’essence élevé — du moins sur le marché légal —, sur fond d’écosystème ravagé. Ce contre quoi se battent des opposants déterminés, continuant l’œuvre de Ken Saro-Wiwa, écrivain et militant écologiste exécuté en 1995. Le Nigeria se range à la dixième place des producteurs de pétrole ; c’est, jusqu’à présent, une malchance éprouvée.

Lire l’article sur le site du Monde diplomatique

Christophe Goby
Le Monde diplomatique , novembre 2012
Nigeria : la Total

Fela Kuti1 le chantait en pidgin english « Dey do dem whole », en Afrique c’est la totale. Tous les fléaux du capitalisme s’y retrouvent et bénéficient au pouvoir politique, lui-même à la solde des pétroliers et gaziers occidentaux.2

Ancienne « côte des esclaves », le Nigéria devient la proie des convoitises britanniques dès 1841. Jusqu’à la guerre du Biafra (1967–70) c’est l’Angleterre qui est le fer de lance des intérêts occidentaux dans le delta du Niger.
Quelques trois millions de morts et cinq millions de réfugiés plus tard, les généreux donateurs en armes et argent (France, GB, USA) de chacun des deux camps peuvent se partager la manne pétrolière, le « light sweet crude oil »3 du delta – le meilleur pétrole du monde. On inaugure au passage (merci M. Kouchner) la nouvelle équation : guerre + humanitaire = néocolonialisme.
L’histoire est toujours la même : procès désespéré contre Shell (ou Repsoil, ou Total, ou Exxon…) à la Cour internationale de la Haye, assassinats politico-maffieux, massacres par l’armée… De quoi se plaignent-ils ? Du déversement dans le delta de l’équivalent de l’Amoco Cadiz chaque année, de la mort de tout ce qui vit, hommes, bêtes et plantes, des torchères qui relâchent dans l’atmosphère des tonnes de gaz provoquant des maladies respiratoires chroniques, et représentant 15 % de l’effet de serre mondial.

SHELL IS HELL
Ils se plaignent de ne plus pouvoir vivre dans leur propre pays, de multiplier les recours en justice, les manifs, les communiqués. Les pétroliers promettent écoles, dédommagements, assainissement des sites, captation des gaz… Rien n’a jamais été fait.
En 1990, l’ethnie des Ogoni mène une lutte non-violente pour faire valoir ses droits à la survie. Autour du personnage emblématique de Ken Saro-Wiwa, elle élabore même la première déclaration des droits en terre africaine, largement articulée autour de la question écologique. Ce mouvement, le Mosop4, va réclamer 10 milliards de dollars de dédommagements à Shell, et mettre 300 000 personnes dans la rue, amenuisant les revenus pétroliers de la région. Le pouvoir finit par comprendre le message : des dizaines de morts, trente villages détruits, exécution du leader avec huit autres camarades en 1995.
Le delta va s’embraser, Les Ijaw, l’autre grande ethnie de la région, mènent une guérilla terriblement efficace contre les pétroliers divisant par deux la production en quelques années. Enfants du delta, ils frappent partout, et de manière spectaculaire. Recouverts de peintures et d’amulettes, mystiques, mais aussi pénétrés d’une réelle conscience politique, les multiples groupes qui vivent dans le delta vont créer une « organisation parapluie », le Mend5. Il veut l’émancipation des peuples du delta, en visant une forme fédéraliste (floue) d’organisation. Si la stratégie est unifiée, la tactique reste autonome : au contraire de l’Ira ou de l’ETA par exemple, il refuse de se doter d’un porte-parole, d’une branche organisationnelle.
En 2009, le Mend dépose les armes et accepte une amnistie. Celle-ci est en panne depuis 2010, puisque les exactions, les spoliations de terres, les milices privées ou gouvernementales continuent de tuer, tout comme la nature continue d’être ravagée (60 % des terres sont impropres à la culture).
En embuscade, les maîtres étasuniens et européens font et défont les gouvernements du Nigeria, ce pays de tous les records de misère, de criminalité et de destruction écologique. Il a été question de prêter des Marines au président Goodluck Jonathan pris entre résurgence de la lutte armée et rébellion musulmane au Nord.
En attendant, les pêcheurs du delta ont beau s’éloigner des côtes, leurs filets ne remontent rien des fonds contaminés.

1 Grand musicien et activiste nigérian.

2 L’essentiel de cet article s’appuie sur : L’or noir du Nigeria de Xavier Montonya. éd Agone.

3 Pétrole brut, léger et doux, contenant pest d’impureté, très facile à raffiner. Le Nigéria en est le principal producteur.

4 Le Mosop : Movement for the Survival of the Ogoni Peuple.

5 Mend : Movement of Emancipation of the Niger Delta.

Cuervo
Alternative libertaire n°222 , novembre 2012
Si loin, si proche : les pays de l’or noir
Lire l’article sur le blog de la Seiche.
La Seiche , novembre 2012
Compte-rendu
Xavier Montanyà a mené une enquête dans le delta du fleuve Niger et plus précisément sur son sous-sol dont Shell et Total exploitent les riches réserves de pétrole. Le bilan écologique est accablant. Après 50 ans d’exploitation dans la zone pétrolière du delta du Niger, les sols et les cours d’eaux sont pollués. Les sociétés pétrolières pratiquent le torchage qui consiste à brûler le gaz mélangé au pétrole lorsqu’il est extrait. C’est extrêmement polluant, est c’est interdit au Nigeria depuis... 194. La guérilla locale mène une guerre ouverte depuis 2009 contre les multinationales et le gouvernement fédéral corrompu. La France importe de cette région 4,4 % de son pétrole. Comme l’écrit l’écrivain et prix Nobel de littérature nigérian Wole Soyinka « Le monde doit comprendre que le combustible qui fait fonctionner ses industries est le sang de notre peuple. »
L'Écologiste , automne 2012
Dans le delta du Niger, la guerre comme mode de gestion

Pour la plupart des peuples d’Afrique, la présence de richesses pétrolières dans leur sol prend aspect de malédiction. Leurs États, aux structures conçues et imposées par l’ancienne métropole coloniale, abandonnent aussitôt toute ambition sociale pour se consacrer exclusivement aux desiderata des multinationales du pétrole. « L’État devient alors une structure fantomatique servant à justifier les transactions avec l’extérieur », résume Xavier Montanyà dans cet ouvrage consacré au delta du Niger, première zone pétrolière du continent, où, depuis un demi-siècle, exploitations sauvages et marées noires ont littéralement empoisonné les sols, les cours d’eau et l’air, annihilant les conditions et moyens de vie de peuples d’agriculteurs ou de pêcheurs. Toute protestation est réprimée par un pouvoir central (le Nigeria est une nation fédérale) gangrené par la corruption institutionnalisée depuis et par ces multinationales et les États où elles sont basées. « Shell, c’est l’enfer » et le pétrole c’est « la merde 
du diable », deux expressions qui courent dans 
les régions du delta… Leur histoire est celle 
de la destruction de tout un écosystème permise et accélérée par la violence d’État et des sociétés militaires privées générées par les multinationales.
Ce fut d’abord la guerre du Biafra (1967–1970) où Grande-Bretagne et France s’affrontèrent indirectement. Durant les années quatre-vingt-dix, 
la lutte pacifique du peuple Ogoni fut écrasée dans 
le sang, son crépuscule étant marqué par la pendaison de l’écrivain militant Ken Saro-Wiwa avec huit de ses camarades. La répression se déplaça ensuite à l’encontre du peuple Ijaw, coupable de revendications jugées déplaisantes par Shell, Total et consorts. Parallèlement, le delta basculait dans le chaos avec 
la multiplication de groupes armés, pratiquant parfois la piraterie et surtout le sabotage des infrastructures pétrolières ; ce à quoi les trusts concernés ripostèrent en impulsant des groupes armés adverses, vivant carrément du banditisme, l’impunité leur étant acquise. Aujourd’hui, on en arrive à une situation 
qui n’est pas sans évoquer celle qui ensanglanta, 
des années durant, le Liberia et la Sierra Leone : 
la guerre comme mode de gestion économique.

Lire l’article sur le site de l’Humanité.

Jean Chatain
L'Humanité , 19/10/2012
Compte-rendu

Tous les géants n’ont pas les pieds d’argile. Le Nigeria est un géant d’Afrique dont on a cent fois prédit l’implosion. Pourtant cet État fédéral tient. Il tient par la corruption, la violence, le clientélisme, en joint-venture avec quelques multinationales, véritables états dans l’État. Xavier Montanyà, journaliste catalan auteur d’un excellent livre sur la résistance chilienne, a enquêté au pays du light sweet crude oil, et prouve encore une fois que le pétrole, cette « merde du diable », ne fait pas le bonheur.

Lire la suite de l’article sur le blog Le Monde comme il va

Patsy
Le Monde comme il va , 14/09/2012
Sang à la pompe
Le Nigéria était à sa constitution un pays modèle. Après plus de soixante ans d’exploitation pétrolière, c’est le seul dans ce cas dont le budget étatique est en déficit ! « Le monde doit comprendre que le combustible qui fait fonctionner ses industries est le sang de notre peuple », a dit l’écrivain nigérian Wole Soyinka. Xavier Montanyà nous expose une situation terrifiante – ”pillages, ravages écologiques”. Cette région du monde est ainsi restée dans le pillage permanent de ”l’esclavagisme à l’exploitation pétrolière”. […] Notre pays est devenu un de ses principaux partenaires commerciaux. Voilà du boulot pour le ministre au Développement Europe Écologie-Les verts, Pascal Canfin. Qui sont les compagnies pétrolières ? Shell et Total, notamment. Alors, on baisse ou on augmente le “prix du sang nigérian” à la pompe ?
B. C.
La Décroissance n°93 , octobre 2012
Compte-rendu

La situation du delta du Niger est un des plus grands scandales politique, écologique, humain, dans le monde et le plus ignoré. La tragédie se déroule dans le plus grand silence, et pour cause, elle est l’œuvre des grandes puissance qui profitent des ressources du Nigeria via leurs multinationales.

Le delta du Niger est le deuxième plus grand delta du monde. Depuis la nuit des temps un delta est un lieu béni, du fait de la fécondité de ses terres alluviales, régulièrement irriguées par les crues du fleuve. Il appartenait au XXe siècle et à la civilisation occidentale d’en faire un lieu de damnation. « The flares of Shell are the flames of hell », dit une chanson Ogoni. Depuis qu’on a découvert dans ce delta un pétrole de très grande qualité, le désastre a commencé pour la population.
L’exploitation s’est faite voracement dans le plus grand mépris des lieux et des habitants, avec la seule recherche du profit maximum. Il y a le scandale du « torchage » des gaz. L’extraction du pétrole s’accompagne d’émission de gaz.
Comme il faudrait des investissements pour capter ce gaz, les compagnies préfèrent le brûler. Ainsi est dilapidée cette ressources énergétique non renouvelable. Elle sert seulement à faire du site du delta le lieu où la couche d’ozone terrestre est la plus détruite. Les retombées du torchage se font en pluies acides qui détruisent la végétation et stérilisent la terre la plus féconde de la planète.
La population sur place est toujours privée d’eau, d’électricité, d’éducation et de soins de santé. Qu’importe puisque Shell et compagnie y trouvent leur compte.
Il y a le scandale des fuites de pétrole. Chaque année des millions de tonnes de brut se déversent sur les terres du delta. Les fuites sur les pipeline sont occasionnées par le manque d’entretien et de surveillance de l’acheminement. Les villages pataugent littéralement dans l’huile qui suinte des canalisations qui les traversent. C’est le plus grand désastre écologique du monde, bien avant ceux qui se sont produits en Alaska, dans le golfe du Mexique ou sur les côtes bretonnes. Toute la faune et la flore disparaît et les gens meurent sur leur terre devenue invivable.
Mais malheur à ceux qui s’opposent au rouleau compresseur du profit. Ken Saro Wiwa, écrivain, poète, a été exécuté par pendaison le 10 novembre 1995, pour ses actions de défense du peuple Ogoni, avec le MOSOP ((MOvement for the Survival of the Ogoni People).
Le delta du Niger est aussi le théâtre d’une lutte de libération, avec le MEND (Movement for the Emancipation of the Niger Delta). Les combattants pratiquent des prises d’otages de techniciens étrangers travaillant sur les sites d’extraction. L’insécurité caractérise maintenant toute la région, sinistre retombée des profits évaporés via les paradis fiscaux au profit des compagnies étrangères et de l’oligarchie corrompue qui gouverne l’État.
Combien de temps cette criminelle exploitation pourra-t-elle se poursuivre dans une totale impunité ? Tant que le monde se bouchera les yeux et les oreilles devant tant de violence faite aux peuples engagés dans un affrontement tellement inégal.

Odile Tobner
Billets d'Afrique n°216 , septembre 2012
Compte-rendu
L’explosion d’un oléoduc qui causa la mort de plus de trois cent personnes dans un quartier de Lagos en 2006 est à l’origine du travail d’investigation, de l’enquête postérieure et du présent essai de ce journaliste. « Le Nigeria est considéré comme un des pays les plus dangereux au monde. Le consensus est absolu. Le Nigeria c’est l’enfer. Pour la majorité des habitants d’Afrique, avoir du pétrole est une malédiction. Leurs États, à plus ou moins grande échelle, se convertissent en États rentiers, en pétro-États, vivant des bénéfices de l’or noir, qui alimentent exclusivement les comptes courants et les dépôts des élites dirigeantes dans des paradis fiscaux. » Le Delta du Niger concentre la plupart des grandes problématiques actuelles : sécurité énergétique et alimentaire, attentats écologiques, réchauffement global, violation des droits humains, corruption, lutte armée, répression, activisme politique, activité mafieuse, justice internationale et silence complice des grands médias. L’importance des réserves énergétiques du Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique, est inversement proportionnelle à l’information qui nous parvient sur les conséquences de l’activité des multinationales de l’or noir. Le texte de Xavier Montanyà nous dévoile ce monde obscur.

Traduction des éditeurs
Anna Roig
Le Monde diplomatique (Espagne) , février 2012
Le pétrole du Nigeria est extrait avec violence

Avec 170 millions d’habitants et 250 ethnies, le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique, et 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté malgré sa richesse en pétrole. Le Delta du Niger, au sud, est un grand foyer de conflit, où se succèdent des crimes écologiques, où les droits humains sont bafoués, où l’on rencontre corruption politique et lutte armée. Xavier Montanyà dénonce dans « L’or noir du Nigeria » les conséquences de l’activité des multinationales du pétrole en connivence avec le pouvoir nigérian.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris d’un pays avec tant d’inégalités ?
Qu’en bonne partie cela est invisible. L’information sur le Nigeria arrive dans la presse anglo-saxonne au compte-goutte, mais chez nous elle passe inaperçue, alors qu’il s’agit d’un important producteur de pétrole. En 2007, le Nigeria représentait 40 % du pétrole importé aux États-Unis, et 25 % des importations espagnoles.

D’où viennent les inégalités ?
Les gens sont à la limite de la survie, surtout au sud, dans le delta du Niger. En principe tout le monde est d’accord avec ces faits : une pauvreté extrême, des pétroliers qui ne donnent pas de travail aux nigérians, où le peu qui en obtiennent viennent du nord du pays, crimes écologiques… Devant cette situation, certains jeunes optent pour des recours en justice, d’autres ne font rien, et un troisième groupe choisit la voie armée, qui est complexe. Mais la police ne défend pas les citoyens et la répression des violences est très forte.

Qu’est-ce qui provoque la violence ?
Les Ogonis, dans les années 1990, organisaient des manifestations pacifiques pour sensibiliser les gens aux préjudices causés par les multinationales du pétrole, mais des politiciens ont armé des bandes de jeunes afin qu’ils intimident leurs rivaux, et la spirale de la violence a cru jusqu’à l’extrême, avec des actes que l’on peut qualifier de génocide, sans doute à l’instigation de la police, les enquêtes sont encore en cours.

On dit que le sud est chrétien, animiste, et nationaliste, en opposition au nord, qui est musulman ?
Oui, bien que au fond tout le monde est animiste. Le sud a peut-être une structure plus républicaine que le nord, il fonctionne de manière associative. Si on les maltraite, c’est parce qu’ils détiennent la richesse. Certains jeunes qui avaient rendu les armes suite à une amnistie me disaient : « Mes parents étaient des pêcheurs et maintenant pour pêcher il faut aller à cent kilomètres, et à côté de notre maison, il y a une installation pétrolière avec des terrains de tennis, alors que nous n’avons ni eau ni électricité ». Dans un pays si riche en pétrole et si inégalitaire, il est naturel que la crispation s’accentue.

La responsabilité de la violence incombe donc aux firmes pétrolières ?
Le paradoxe est que la richesse naturelle du sud a engendré ce magma de violence parce que le pétrole est extrait avec violence. Dans un monde idéal, les bénéfices seraient répartis plus équitablement. On extrait aussi du pétrole au Danemark, et cela n’arrive pas.

Les firmes pétrolières ont-elles des sécurités privées ?
Oui, mais souvent la sécurité est mixte car les multinationales opèrent en association avec l’État.

Un des grand business est le vol de pétrole.
La contrebande se fait depuis le haut, elle est contrôlée par les militaires et une élite corrompue, bien que quelques jeunes perforent aussi des oléoducs et soient présents sur le marché noir.

Quel peut être le futur du Nigeria ?
Après des années de cynisme, il y a un petit espoir, car Jonathan Goodluck a gagné les élections. C’est la première fois qu’il y a un président du sud, et s’il met en œuvre des solutions contre l’injustice, la violence et la répression, le pays ira de l’avant.

Traduction des éditeurs

Interview de Marta Monedero
Avui , 16/07/2011
"De loin, je vois plus clair sur ce qu'il se passe ici"

Xavier Montanyà a découvert le continent africain au début des années 1990. Surpris par ce qu’il y a rencontré, il y a dédié une part importante de son travail. Le livre qu’il vient de publier traite du Nigeria, un pays ou l’escroquerie et l’expropriation frauduleuse est la troisième source de revenue du pays, après le pétrole et le trafic de drogue.

Vous êtes allé au Cameroun, au Bénin, en Guinée Équatoriale, au Gabon, à Sao Tomé, et maintenant au Nigeria. Qu’y cherchiez vous ?

Mieux comprendre ce qu’il s’y passe. Ces pays se situent à l’arrière du décor qu’on nous montre en occident. Là-bas, on perçoit le conglomérat que forment les États, les multinationales et les mafias comme une seule chose. Comme a dit l’écrivain nigérian Chinua Achebe « L ’Afrique est à l’Europe comme le tableau à Dorian Gray, le support sur lequel le maître décharge ses propres défauts physiques et moraux ». Le continent continue d’être colonisé, mais d’une autre manière. Avant, les métropoles construisaient des routes, des écoles et des hôpitaux ; désormais, l’exploitation est la même, mais sans aucune responsabilité devant la population.

Votre autre grand centre d’intérêt est le franquisme. Peut-on comparer ce qu’il se passe en Afrique avec ce qu’il s’est passé en Espagne il y a quelques décennies ?

La barbarie s’éloigne, mais la violence des pouvoirs africains est parfaitement comparable à ceux des fascismes européens. Malgré cela, beaucoup de ces régimes sont médiatiquement invisibles. Le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique, avec 170 millions d’habitants et des réserves fabuleuses de pétrole. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit si difficile d’établir des frontière claires entre politique et criminalité, il y a tant à gagner. La police, leader en violation des droits humains, raquette des autobus entiers et les entreprises de sécurité privée agissent en marge de la législation internationale. Mais nous percevons ce pays comme un territoire sauvage et non comme ce qu’il est réellement : un État autoritaire qui réprime sa population.

Qu’avez vous appris au Nigeria ?
En 2006 l’explosion d’on oléoduc a fait 300 morts. La presse occidentale accusait les nigérians d’avoir percé des trous dans les oléoducs pour y voler du brut. Mais ceci n’était qu’un épisode de plus du désastre écologique qu’il s’y déroule : ces dernières 50 années, il s’écoule annuellement dans le delta du fleuve Niger une quantité de pétrole équivalente à la marée noire causée par le pétrolier Exxon Valdez. Il est plus rentable pour les multinationales de payer des amendes que de respecter les réglementations. Et elles sont tant infiltrées dans le gouvernement, qu’il est difficile d’identifier qui est qui. Si vous observez la couverture médiatique et les réponses politiques qui ont fait suite à la catastrophe pétrolière de 2010 dans le Golfe du Mexique, et que vous les comparez avec le cas du Nigeria, vous verrez que les catastrophes semblent d’importances différentes en fonction de l’endroit du monde où elles ont lieu.

N’est-ce pas un paradoxe que cela se passe dans ce pays si riche ?
C’est un paradoxe de notre temps. Des pays pauvres comme le Mozambique ont de meilleur perspectives d’avenir que le Congo ou le Nigeria, qui possèdent des richesses illimitées. Le Golfe de Guinée est en train de se convertir en lieu aussi important géostratégiquement que la péninsule arabe, dotée aussi de grandes réserves de pétrole. Mais là bas, elles ont servi à améliorer les conditions d’existence des gens. Aujourd’hui, le Nigeria est un des grands foyer de conflits, où se jouent des thèmes important pour l’avenir du monde : droits humains et sécurité énergétique, préservation de l’environnement, corruption, privatisation des armées, manipulation par les grands médias, ou encore activité mafieuse internationale.

Quelle est la réponse des populations autochtones ?
L’Afrique se mobilise. Il est même possible qu’elle soit en avance sur nous sur ce plan là. Dans le delta du Niger, il y a davantage de corruption et de chaos, mais les gens se bougent avec plus de courage qu’ici. En y allant on pense trouver une société désarticulée mais on découvre une jeunesse active qui crée de nouvelles plateformes pour défendre leurs droits. À côté de la tragédie, la population est très active. Et en ce qui concerne les luttes sociales, ils pourraient nous donner des leçons.

Traduction des éditeurs

Interview de Xavier Theros
El país , 14/07/2011
Rencontre sur "L'Or noir du Nigeria"
Le samedi 24 novembre 2012    Versailles (78)
Rencontre sur "L'Or noir du Nigeria. Pillages, ravages écologiques et résistances"
Le vendredi 26 octobre 2012    Marseille (13)
Rencontre sur "L'Or noir du Nigeria. Pillages, ravages écologiques et résistances"
Le mercredi 24 octobre 2012    Toulouse (31)
Rencontre sur "L’or noir du Nigeria. Pillages, ravages écologiques et résistances"
Le mercredi 24 octobre 2012    Pessac (33)
Projection/débat sur la malédiction de l'or noir au Nigeria
Le mardi 23 octobre 2012    Bordeaux (33)
La malédiction du pétrole au Nigeria
Le samedi 2 juin 2012    Versailles (78)
Réalisation : William Dodé