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Désobéissance civile et démocratie
Sur la justice et la guerre

Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton
Préface de Jean-Luc Chappey

Réédition du titre « Nous le peuple… ». Essais sur la liberté d’expression, la justice économique, la violence et la nature humaine (coll. « Contre-feux », Agone, 2004, 476 p.), coll. « Mémoires sociales », Agone, 2004, 400 p.
Édition originale : Passionate Declarations. Essays on War and Justice (1986), HarperPerennial, 2002

Parution : 17/03/2010
ISBN : 9782748901207
Format papier : 576 pages (11 x 18 cm)
15.00 €

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Notre manière de penser est une question de vie ou de mort. Si ceux qui tiennent les rênes de la société se montrent capables de contrôler nos idées, ils sont assurés de rester au pouvoir. Nul besoin de soldats dans les rues. Cet ordre résulte d’un processus de sélection au cours duquel certaines idées sont promues par le biais des plus puissantes machines culturelles du pays. Nous devons réexaminer ces idées et réaliser comment elles s’opposent à notre expérience du monde. Nous serons alors en mesure de contester l’idéologie dominante.

De l’exercice de la justice aux motivations réelles des guerres, en passant par les conditions d’entretien de la violence économique et sociale, l’auteur illustre la manière dont la tenue des affaires du monde, c’est-à-dire de nos affaires, devrait être entre nos mains. Et toujours chez Howard Zinn le même optimisme sur la nature et le destin de l’humanité : l’histoire ne réserve que des surprises, et elles ne sont pas toutes mauvaises.

Howard Zinn

Auteur d’Une histoire populaire des États-Unis et d’une vingtaine d’ouvrages consacrés à l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine, Howard Zinn (1922–2010) a été tour à tour docker, bombardier, cantonnier et manutentionnaire avant d’enseigner à la Boston University. Militant de la première heure pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam, il a conçu son métier d’historien comme indissociable d’un engagement dans les luttes sociales.

Les livres de Howard Zinn sur le site

***

Si nous étions vraiment entrés en guerre pour défendre certains principes moraux et lutter contre la distinction opérée par les nazis entre races inférieures et races supérieures, le gouvernement américain aurait sans doute tout fait de son côté pour faire disparaître la ségrégation raciale. Cette ségrégation, jugée légale par la Cour suprême en 1896 et appliquée aussi bien au Sud qu’au Nord, était admise non seulement par le gouvernement fédéral mais également par ceux des États.
Cette ségrégation s’appliquait jusque dans l’armée américaine. Nous rejoignîmes l’Angleterre à bord du Queen Mary. Ce paquebot de luxe avait été transformé en transport de troupes et nous étions 16000 soldats dont 4000 Noirs. Les Blancs avaient leurs quartiers sur le pont et sur le pont inférieur, mais les Noirs étaient cantonnés séparément, au plus profond du navire, à côté de la salle des machines, dans la partie la plus sombre et la plus crasseuse. Pour les repas, il y avait quatre services et les Noirs étaient bien entendu servis en dernier. Quant aux officiers, ils mangeaient aux chandelles dans ce qui avant guerre faisait office de salle de bal. Même si nous étions en guerre, les rapports de classes ne souffraient aucun changement.
Sur le front intérieur, la discrimination raciale à l’emploi se poursuivait. Il fallut que Philip Randolph, dirigeant du syndicat noir Brotherhood of Sleeping Car Porters, menace d’organiser – en pleine guerre – une marche sur Washington pour que le Président daigne signer un décret sur la mise en place d’une commission sur l’égalité des chances au travail. Mais ses directives ne furent pas appliquées et la discrimination persista. Le porte-parole d’une usine d’aéronautique de la côte Ouest affirmait clairement : « Les Noirs ne seront employés que comme gardiens ou autres postes subalternes du même ordre, […] sans tenir compte de leurs éventuelles qualifications en aéronautique. Nous ne les embaucherons pas. »
Dans une université noire, un étudiant déclara à son professeur : « L’armée pratique la ségrégation. La marine nous cantonne dans des postes de serveurs au mess des officiers. La Croix-Rouge ne veut pas de notre sang. Les patrons et les syndicats ne veulent pas de nous. Les lynchages continuent. On nous traite comme des esclaves. On est raciste avec nous et on nous crache au visage. Qu’est-ce que Hitler pourrait nous faire de plus ? » Walter White, responsable de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), rapporta ces propos devant une audience composée de plusieurs milliers de Noirs du Midwest pour provoquer leur indignation. Au lieu de cela, admettra-t-il plus tard, et « à [sa] grande surprise, le public applaudit à tout rompre cette déclaration et il [lui] fallut trente à quarante secondes pour rétablir le calme. »

Dossier de presse
F.V.
Silence n°379 , Mai 2010
N. Benies
L'Université syndicaliste , Mars 2010
Martine Laval
Télérama , 22/10/2008
David Leloup
Imagine , 03-04/2005
Christophe Patillon
Le Monde diplomatique , Avril 2005
Christophe Patillon
L’Humanité , 10/02/2005
SUR LES ONDES

France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA
Histoire populaire des USA (10 décembre 2003, rediffusion janvier 2010)
Radio Grenouille (88.8 FM)Sans actes de désobéissance civile, Obama ne mènera pas de politique de gauche,
série d’entretiens avec Howard Zinn (du 20 au 22 janvier 2009, rediffusion du 4 au 6 février 2010)
France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA
Howard Zinn – 1 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008)
France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA
Howard Zinn – 2 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008)

Compte-rendu
Dans cette réédition d’un ouvrage paru en 2004 sous le titre Nous le peuple des États-Unis, l’auteur, récemment disparu, montre que l’histoire n’est que le reflet des luttes de pouvoir et de domination. Dans ce contexte, le peuple a un devoir de résistance contre les puissants. Ce livre rappelle comment l’économie libérale sait communiquer sur les bons sentiments alors que seules l’intéressent les bénéfices financiers. Howard Zinn s’interroge : protester influe-t-il la marche du monde ? A partir d’exemples de campagnes menées aux Etats-Unis (contre la guerre aux Viêt-Nam, pour les droits civiques des Noirs…), il montre que parfois cela marche. Il insiste sur deux choses. L’avenir n’est pas écrit et l’histoire regorge d’événements inattendus. Deuxièmement, la violence profite toujours au plus fort. Il prône donc la désobéissance civile mais dans un cadre non-violent. Très nord-américain, mais bien argumenté.
F.V.
Silence n°379 , Mai 2010
« Faire de l'histoire sociale ? »
Howard Zinn s’est fait connaître pour Une histoire populaire des États-Unis publiée par Agone et qui a fait l’objet d’une BD. Il est fortement rejeté par les historiens « officiels » à cause de sa volonté de donner le point de vue des opprimés, des Noirs et des femmes en particulier. C’est le cas pour cet essai sur Désobéissance civile et démocratie. Il justifie les révoltes nécessaires pour remettre en cause l’ordre d’un monde injuste et antidémocratique. Il en fait la démonstration à partir du déni de reconnaissance des Noirs et des droits de manière générale. Il insiste sur le décalage, le fossé entre les déclarations d’intention et la réalité des actes pour alimenter la nécessaire désobéissance civile liée au respect de soi-même et des autres, et des principes de la démocratie qui ne s’arrête pas à la seule démocratie représentative. Un vent d’air frais.
N. Benies
L'Université syndicaliste , Mars 2010
« Parvenir à la justice sociale en faisant l’économie de la guerre »

Retranscription de l’intervention d’Howard Zinn à la librairie Quilombo le mardi 2 juin 2009.
> lire en ligne sur le site Article 11

Lémi et JBB
Article 11 , 03/06/2009
Mes chers concitoyens
> lire en ligne l’article sur le blog de Martine Laval
Martine Laval
Télérama , 22/10/2008
« Les Etats-Unis reconnaissent enfin qu'ils sont une société multiculturelle »
> lire en ligne l’entretien d’Howard Zinn à propos des élections américaines
Martine Laval
Télérama , 22/10/2008
Compte-rendu

Cette traduction française de Passionate Declarations. Essays on War and Justice, initialement publié en anglais en 1990, constitue une excellente introduction à la pensée de Howard Zinn, historien progressiste et auteur du livre majeur Une histoire populaire des États-Unis. Il s’agit ici d’une série d’essais presque intemporels – sur la liberté d’expression, la démocratie, les guerres « justes », la nature humaine, etc. – inspirés par les principes, souvent très théoriques, inscrits dans l’autre bible des Étasuniens : leur Constitution. En filigrane, l’histoire du XXe siècle et un personnage dont les idées ont irrémédiablement marqué l’époque contemporaine : Machiavel.
Afin de revivifier la démocratie, Zinn invite le lecteur à « agir personnellement, écouter avec scepticisme les intellectuels et les experts et penser de manière autonome les grandes questions que pose aujourd’hui le monde. […] Nous devons rédiger de nouvelles Déclarations d’indépendance vis-à-vis de tous les États, partis et programmes – de tous les dogmes figés ». En ce sens, Zinn est un héritier transatlantique des Lumières. Un livre éclairant, donc.

David Leloup
Imagine , 03-04/2005
Compte-rendu

Après Une histoire populaire des États-Unis, l’historien américain apporte de quoi déciller les yeux de ceux qui considèrent le Nouveau Monde comme la terre de la liberté. Il s’en prend ainsi au si célébré premier amendement et au dogme du « laisser-faire »… Mais Howard Zinn n’entend pas seulement réveiller les consciences américaines engourdies par des décennies de pseudo-bipartisme. Il rappelle que « nulle constitution, nulle déclaration de droits, nul système électoral, nulle loi ne peuvent garantir la paix, la justice et l’égalité. Tout cela exige un combat permanent, des débats incessants impliquant l’ensemble des citoyens et un nombre infini d’organisations et de mouvements qui imposent leur pression sur tous les systèmes établis ».

Prenant appui sur son expérience militante, l’auteur se fait farouche défenseur de l’action directe : une action directe non violente, qui s’exprimerait par « la grève, le boycott, le refus de coopérer, la manifestation de masse et le sabotage autant que par les appels à la prise de conscience au niveau mondial et individuel des groupes opprimés », une action directe menée par « des collectifs d’individus engagés, acceptant collectivement de faire des sacrifices et de prendre de nombreux risques au service d’une juste cause ». Une leçon de vie, tout autant qu’une leçon d’histoire.

Christophe Patillon
Le Monde diplomatique , Avril 2005
Un vieux Nouveau Monde
Ce livre, d’une écriture limpide, se compose de neuf chapitres qui sont autant d’armes à même de déciller les yeux de tous ceux qui considèrent le Nouveau Monde comme la Terre des Libertés. Car c’est à l’idéologie dominante et au « sens commun » que Howard Zinn s’en prend.
Il rappelle ainsi que la « Constitution fut conçue par 55 hommes, tous blancs et pour la plupart fortunés, qui représentaient une élite spécifique de la nouvelle nation » dont l’état d’esprit est parfaitement illustré par les propos d’Alexander Hamilton, le plus proche conseiller de Georges Washington : « Toute communauté se compose d’une élite et de la multitude. La première est formée des riches et des gens bien nés, et la seconde de la masse du peuple. (…) Il faut donc concéder à l’élite un rôle spécifique et stable dans le gouvernement des affaires. »
Il fait également un sort au si célèbre Premier Amendement sur la liberté d’expression, rappelant aussi bien la répression de l’athéisme que le maccarthysme, le plan Cointelpro (contre les militants afro-américains). Et, nous dit-il, « les lois répressives n’ont pas besoin d’être appliquées à un grand nombre de personnes pour créer une atmosphère dans laquelle les esprits potentiellement critiques à l’égard du gouvernement hésitent à s’exprimer ». Il rappelle enfin qu’au pays de la libre entreprise « le dogme du laissez-faire est exclusivement réservé aux pauvres alors que les riches bénéficient pleinement de l’interventionnisme gouvernemental ».
Mais ce livre n’entend pas seulement réveiller les consciences sociales engourdies. Howard Zinn nous convie à l’action : « Nulle constitution, nulle déclaration de droits, nul système électoral, nulle loi ne peuvent garantir la paix, la justice et l’égalité. Tout cela exige un combat permanent, des débats incessants impliquant l’ensemble des citoyens et un nombre infini d’organisations et de mouvements qui imposent leur pression sur tous les systèmes établis. »
Howard Zinn se fait le farouche défenseur d’une action directe non violente qui s’exprimerait par « la grève, le boycott, le refus de coopérer, la manifestation de masse et le sabotage autant que par les appels à la prise de conscience au niveau mondial et individuel des groupes opprimés qui pourraient ainsi se défaire de leurs chaînes » ; une action directe entreprise par « des collectifs d’individus engagés, acceptant collectivement de faire des sacrifices et de prendre de nombreux risques au service d’une juste cause » : « Ceux qui ont fait cette expérience savent que, contrairement au simple acte de voter, s’inscrire collectivement dans un grand mouvement en faveur de la justice sociale ne donne pas seulement vie à la démocratie mais également à ceux qui se sont engagés. »
Nous touchons peut-être là au cœur de son message. Howard Zinn n’est pas idéologue. Il cite fort peu et ne se laisse pas aller à de grandes digressions philosophiques ; il décrit le « monde américain » tel qu’il le voit et, surtout, explique que si l’on veut changer ce monde, cela ne tient qu’à nous, à notre capacité à nous rendre acteurs de nos propres vies et non de simples spectateurs de celles-ci.
Ne faisons cependant pas d’Howard Zinn un révolutionnaire au sens où nous l’entendons d’ordinaire. Dans ces pages à destination du public américain, il se présente sous un jour très pragmatique et défend des idées que ne renieraient pas nombre de socialistes authentiques (pacifisme, rejet de la violence révolutionnaire, justice sociale). En ce sens, Howard Zinn est bien un réformiste, mais un réformiste qui a construit sa pensée en empruntant à Marx sa critique du capitalisme et son humanisme, à l’anarchisme l’action directe et le « rejet de toutes formes d’autorité qui s’imposeraient par intimidation », et à Thoreau la non-violence et la désobéissance civile ; un réformiste qui nous propose, en lieu et place du Matin du Grand Soir, la constitution de contre-pouvoirs locaux et nationaux, indépendants des partis et susceptibles d’éroder la domination des élites ; un réformiste qui ne se focalise pas sur les échéances électorales et qui a foi dans la capacité des individus en lutte à penser de nouveau le monde et à agir sur lui. Ce livre remarquable nous offre une leçon de vie autant qu’une leçon d’histoire…
Christophe Patillon
L’Humanité , 10/02/2005
Rencontre "Actualité de Howard Zinn"
Le mercredi 8 février 2012    Ivry sur Seine (94)

Dans le cadre du festival Sons d’hiver:

– Rencontre-débat avec Serge Halimi, Thierry Discepolo et Mahmoud El Kati, sur une proposition de la librairie Envie de lire.
19h, Auditorium Antonin Artaud
156 av Danielle Casanova
Métro – ligne 7 Mairie d’Ivry
Entrée libre sur réservation au 01 56 20 25 30

– Concert de la Rumeur, Ursus Minor & More au théâtre Jean Vilar le 11 février.

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Réalisation : William Dodé