Dans la collection « Éléments »

 
couverture
Guy Hocquenghem
Lettre ouverte à ceux qui sont passé du col Mao au Rotary

Parution : 15/05/2014

ISBN : 9782748902129

Format papier
272 pages (11 x 18 cm) 12.00 €
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Préface de Serge Halimi
Nouvelle édition revue & augmentée

Première édition, Albin Michel, 1986
Dernière édition, Agone, « Contre-feux », 2003

« Avant de mourir, à 41 ans, Guy Hocquenghem a tiré un coup de pistolet dans la messe des reniements. Il fut un des premiers à nous signifier que, derrière la reptation des « repentis » socialistes et gauchistes vers le sommet de la pyramide, il n’y avait pas méprise mais accomplissement, qu’un exercice prolongé du pouvoir les avait révélés da- vantage qu’il les avait trahis. On sait désormais de quel prix – chômage, restructurations, argent fou, dithyrambe des patrons – fut payé un parcours que Serge July résuma en trois mots : “Tout m’a profité.” »
   Cet ouvrage qui a plus de vingt-cinq ans ne porte guère de ride. L’auteur nous parle déjà de Finkielkraut, de BHL, de Cohn-Bendit, de Bruckner. Et déjà, il nous en dit l’essentiel. Renonçant aux apparences de la bienséance, de la suavité bourgeoise propres, Guy Hocquenghem a usé de la truculence, de la démesure. Son livre éclaire le volet intellectuel de l’ère des restaurations. Les forces sociales qui la pilotaient tiennent encore fermement la barre ; les résistances, bien qu’ascendantes, demeurent éparses et confuses. Nous ne sommes donc pas au bout de nos peines. Les repentis ont pris de l’âge et la société a vieilli avec eux. L’hédonisme a cédé la place à la peur, le culte de l’“entreprise” à celui de la police. Favorisés par l’appât du gain et par l’exhibitionnisme médiatique, de nouveaux retournements vont survenir. Lire Guy Hocquenghem nous arme pour y répondre avec ceux qui savent désormais où ils mènent. »
      (Extrait de la préface de Serge Halimi)

Journaliste, romancier, essayiste et enseignant en philosophie, Guy Hocquenghem (1946–1988) a notamment participé à la fondation du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR).

Extrait

« Il sut [en tout cas] arracher le masque intellectuel qui légitimait la nouvelle paix des riches. Un demi-siècle plus tôt, dans un autre contexte de reflux progressiste, Paul Nizan en avait fait autant à propos de la philosophie politique des années 1930 : « Elle dissimule le vrai visage de la domination bourgeoise. Elle ne sert point le vrai qui n’existe pas, l’universel qui n’existe pas, l’éternel qui n’existe pas, mais la lutte contre une indignation et une révolte. [...] Elle a pour mission de faire accepter un ordre en le rendant aimable, en lui conférant la noblesse, en lui apportant des justifications. Elle mystifie les vrais victimes du régime bourgeois, tous les hommes qui pourraient s’élever contre lui. Elle les dirige sur des voies de garage où la révolte s’éteindra.1»

En 1986, quand paraît cette lettre ouverte, la révolte avait presque rendu l’âme. La classe ouvrière se délitait sous les coups du chômage, des trahisons socialistes et de la casse des solidarités collectives. C’était l’ère du « Créez votre entreprise », du « Gagnez de l’argent en dormant », l’ère des Guizot-Fabius, des fins de l’histoire, des Sicav aux intérêts replets (exonérés d’impôt), de l’Europe, du marché unique, de la rente. Mais loin de dormir et de s’empâter comme les autres, de célébrer avec eux « la République du centre2 », Hocquenghem gueulait. Sa plume se fit assassine, elle fouailla la bête au lieu de la masser à coup de badinages sans portée. Ses adversaires auraient pu s’accommoder de cet écrivain de talent non domestiqué. Seulement ils voulaient tout : pouvoir, contestation, trahison – et respect en prime.

Hocquenghem ne respectait rien : il ne jouait pas. Ayant clamé son militantisme homosexuel au début de l’ère pompidolienne, à une époque où les manifestations inspirées par ce combat n’étaient pas sponsorisées et rassemblaient quelques dizaines de participants, pas des centaines de milliers, il n’était nullement disposé à faire quartier. « Libération, cette Pravda des nouveaux bourgeois », constitua sa cible préférée. Il y avait travaillé des années, l’avait senti tourner, perdre sa pugnacité, devenir pâteux, prétentieux, publicitaire, respectable, accommodant. »

1 Paul Nizan, Les Chiens de garde, Agone, Marseille, 1998, p. 107.

2 Titre d’un livre de François Furet, Pierre Rosanvallon et Jacques Julliard publié en 1988 par Calmann-Levy. Il y était question de « l’entrée de la France dans le droit communs des démocraties ».

(Préface de Serge Halimi)

Foreign Rights

English notice

Open Letter to Those Who Moved from Mao Collars to Rotary Wheels

Although written more than 25 years ago this work shows no signs of aging. The writer brings us Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, Cohn-Bendit, Bruckner… His book sheds light on the intellectual aspects of the Reconstruction Era… Driven by greed and media hype, more dubious behaviour was on the cards. Reading Guy Hocquenghem gives us the ammunition to resist it, with people who know where they’re going. (extract from the Preface by Serge Halimi)

Notiz auf Deutsch

Offener Brief an jene, die von Mao zum Rotary Club übergewechselt sind

Bevor er 41-jährig an Aids starb, hat Guy Hocquenhem mit seinem Offenen Brief an jene, die von Mao zum Rotary Club übergewechselt sind das französische Intellektuellenmilieu der 68er-Generation noch einmal ordentlich aufgescheucht: „Liebe Ex-Mitstreiter“, so eröffnet er sein Pamphlet, in dem er in messerscharfer Weise mit einer Reihe seiner alten Freunde ‑ André Glucksmann, Pascal Bruckner, Bernard-Henri Lévy oder Daniel Cohn-Bendit, um nur einige zu nennen ‑ abrechnet: „Ex-Linke“, „Ex-Revolutionäre“ [...], Nestbeschmutzer und Verräter der ehemals geteilten Ideale, heute selber lebend, was sie damals anprangerten, kritisierten und vernichten wollten: das Geld, die Wirtschaft, das Militär…
In diesem vor rund zwanzig Jahren entstandenen Werk blickt der linksradikale, homosexuelle 68er-Aktivist Guy Hocquenhem, Philosophieprofessor und langjährige Redakteur der Libération, zurück auf die französische Gegenkultur der 70er Jahre, ihr Milieu und ihre Protagonisten. Ein Rückblick der, in einer Zeit, in der ein Großteil der 68er-Protagonisten das Ruder der sozialen Kräfte noch immer fest in der Hand habT, von ungebrochener Aktualität ist.

Erstmals publiziert 1986 bei Albin Michel, erschien 2003 die Neuauflage bei Agone mit einem Vorwort von Serge Halimi, Journalist der Zeitung Le Monde Diplomatique. Auf Deutsch von Hocquenhem liegen bereits vor die Romane Eva, Das homosexuelle Verlangen und Der Zorn des Lammes.

Dossier de presse
La "Lettre ouverte..." de Guy Hocquenghem republiée Antoine Idier Hétéroclite, 01/09/2014
Recension Laurent Grisel Revue Cassandre, 26 avril 2014
Recension Léo Lacape L'Insatiable, 06/05/2014
Compte-rendu Alain Accardo Le Monde diplomatique, Juillet 2003
Compte-rendu L'Utopitre, 19/05/2007
Relire Guy Hocquenghem Osémy Bellaciao, 21/05/2007
Les classiques de la subversion Guillaume Davranche Alternative Libertaire n°172, avril 2008
SUR LES ONDES
La "Lettre ouverte..." de Guy Hocquenghem republiée

Les éditions Agone proposent de (re)découvrir la « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary », pamphlet visionnaire de Guy Hocquenghem.

Guy Hocquenghem est hélas un peu oublié. Les livres de ce brillant intellectuel décédé du sida en 1988, figure du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) fondé en 1971, sont difficilement trouvables, ce qui est un des pires sorts qui puisse être fait à un auteur. Il existe cependant des exceptions, dont La Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary (1986) : les éditions indépendantes Agone, qui l’avait fait paraître de nouveau en 2003, préfacée par Serge Halimi (directeur de la rédaction du Monde diplomatique), la proposent maintenant en format de poche.

Le «col Mao» désigne l’effervescence politique du «gauchisme» de l’après-1968, à laquelle Guy Hocquenghem a participé. Le Rotary, c’est le symbole du conformisme, de l’établissement, du pouvoir. Dans ce pamphlet, l’ancien militant exerce ses talents de polémiste contre ses camarades de jeunesse qui, à la suite de l’élection de François Mitterrand en 1981, renient leurs convictions passées pour, au mieux, se ranger du côté de la gauche de gouvernement ou, au pire, devenir des apôtres du conservatisme et de la réaction.

De nombreux «renégats» sont épinglés – certains encore actifs aujourd’hui sur la scène politico-culturelle : Serge July, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, Régis Debray, Alain Finkielkraut et bien d’autres encore. Le pamphlétaire peint une galerie de portraits acérée, violente, méchante parfois.

Mais la portée du livre est bien au-delà. C’est une remarquable analyse – et la toute première – de ce que le psychiatre Félix Guattari a nommé «les années d’hiver» : la révolution conservatrice des années 1980, le virage à droite des champs politiques, intellectuels, journalistiques. Citations à l’appui, Hocquenghem décrit avec une grande lucidité comment ceux qu’il attaque ont été les artisans de cette révolution conservatrice. Comment ils ont renié les utopies passées au nom de la «modernité», du «changement» et du «réel», érigés en valeurs suprêmes. Et comment ils se sont attachés à balayer une décennie de contestation, à réduire les «années 68» au folklore des barricades. À l’inverse, fidèle sans être naïf, Hocquenghem proposait «de rendre le printemps d’il y a dix-huit ans à son éternelle jeunesse». Il est heureux qu’Agone redonne à lire ces pages.

Antoine Idier
Hétéroclite, 01/09/2014
Recension

Dans des États soumis aux intérêts particuliers, ces intérêts exercent une dictature sur la société, ils ne veulent connaître qu’une seule vérité, la leur. Ces forces soit exercent la censure contre tout ce qui dérange leur ordre, soit pratiquent un libéralisme benoît pour tout ce qui met en avant ses propres limites : la provocation codée, la littérature « qui ne s’occupe que de choses célestes ou divertissantes », les déversements narcissiques, etc. « C’est seulement dans les États libéraux modernes, ceux qui se sont voués au commerce, à la banque et à l’industrie, au capital et à l’armée, que pouvait s’implanter cette parole de mépris : ” L’art est libre ”, c’est-à-dire complètement inoffensif, ces messieurs-dames peuvent bien écrire ce qu’ils veulent ; nous relions cela en cuir, y jetons un œil ou l’accrochons au mur, nous fumons là-dessous nos cigarettes […]. »

La littérature qui agit n’est pas la littérature de parti – cette dernière reflète seulement « la vieille exigence de la politique et de la société, leur vieille revendication dominatrice vis-à-vis de l’art ». Döblin oppose à toutes les tentatives de contrôle, et à ce qui n’est qu’une liberté sous condition, la liberté que les artistes se donnent eux-mêmes pour produire des œuvres qui assument leur puissance d’action. Cette puissance est celle que donne, dans l’éloignement de la pratique, une certaine connaissance du réel qu’on pourrait appeler une connaissance par fiction, par expérimentation imaginaire. Quel que soit l’ordre de réel ainsi exploré, qu’il soit celui de la « politique orientée », de l’histoire d’une révolte populaire dans la Chine du XVIIIe siècle1, de celle de la guerre de Trente Ans2, de la révolution allemande de 19183, des hommes confrontés au fleuve Amazone4, etc.

Lors d’une conférence prononcée à Paris en juin 1936, devant le Comité de défense des écrivains allemands, « Le roman historique et nous », il montre que l’exploration imaginaire est une forme de connaissance : « à partir du moment où le roman conquiert la fonction nouvelle de révélation et représentation spécifiques de la réalité [...] l’auteur […] est une espèce particulière de savant ».

Dès lors, il y a deux sortes d’auteurs : les éveillés et les endormis. Les endormis se sont soumis à « l’époque du mobilier en peluche », « le sommeil s’est appesanti sur leurs yeux, et, naturellement, toute l’époque capitaliste n’eut rien de plus à cœur que de masquer la base de son existence et de ses coulisses fatales. Pour ce faire on avait besoin [...] de poètes dans les nuages, d’extatiques, à tout le moins d’idiots. Que la littérature soit une forme d’idiotie, c’est une évidence pour tout bourgeois qui se respecte ». Quant aux éveillés, « ils se tiennent fermement sur la terre. Pour des raisons liées à leur science, ils ont davantage accès à davantage de réalité que beaucoup d’autres qui ont pour seule et unique réalité leur petit peu de politique, d’affairisme et d’action ».

Tous ces textes sont extraordinaires d’allégresse et de rudesse. Alfred Döblin, pour bien se faire entendre et pour le plaisir de raconter, nous ouvre son atelier. Dans « La construction de l’œuvre épique » (une conférence de décembre 1928), il nous fait un récit ordonné de l’invention de Wallenstein. « […] je remue avec une urgence brouillonne des dossiers, feuillette des correspondances […] ce qui en moi est en préparation goûte à ceci, goûte à cela, et soudain l’image d’une flotte se dresse devant moi, pas une vision, quelque chose de plus ample, Gustave-Adolphe traversant la mer. Mais comment traverse-t-il la mer ? Voici des vaisseaux, des cogues et des frégates, hauts au-dessus des eaux glauques aux crêtes blanches, au-dessus de la Baltique, les vaisseaux traversent la mer à la façon des cavaliers [...] ». En même temps que l’image fondatrice, le texte existe indépendamment de l’auteur, il est doté d’une énergie et d’une voracité propres et l’écrivain n’est plus seul : « dès cet instant l’auteur porte le peuple en lui » – et Alfred Döblin nous entraîne dans les « détails d’un procès de production » – rien n’est établi d’avance, ce sont les personnages comme « sondes » qui, avec l’auteur, avec nous, découvrent dans le présent de l’épopée « davantage de réalité ».

1 Alfred Döblin, Les Trois Bonds de Wang Lun, Roman chinois, traduction de l’allemand E.P. Isler, révisée par Lucie Roignant à partir de la dernière édition originale ; transcription pinyin originale établie par Yao Wu ; préface de Michel Vanoosthuyse : Agone éd., 2011.

2 Wallenstein, préface et traduction de l’allemand par Michel Vanoosthuyse : Agone éd., 2012.

3 Les quatre tomes de Novembre 1918, une révolution allemande (Bourgeois et soldats ; Peuple trahi ; Retour du front ; Karl et Rosa) ; dont Bertold Brecht écrit : « La grande œuvre épique de Döblin sur la révolution de 1918 représente le triomphe d’un nouveau type de littérature d’intervention, un moment politique et esthétique unique dans la littérature allemande et un ouvrage de référence pour tous ceux qui écrivent. »

4 Amazonas, trilogie dont seul le deuxième volume, Le Tigre bleu, a été traduit (par J. Ruby, Le Livre de poche).

Laurent Grisel
Revue Cassandre, 26 avril 2014
Recension

Le 15 mai prochain paraîtra chez Agone une réédition de la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary de Guy Hocquenghem, romancier, essayiste, et figure phare du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire).

28 ans après la première édition du manuscrit chez Albin Michel, Agone revient sur le texte, en l’enrichissant d’une annexe : << Retour sur la réception médiatique d’un "jeunot sans cravate ni passé">>.
La lettre s’adresse à sa génération d’ex-contestataires maoïstes ou trotskistes de 1968 qui ont assez vite renoncé à la révolution prolétarienne pour se ranger, faire carrière, et s’embourgeoiser de plus en plus. Il dénonce notamment des personnalités qu’on connaît encore aujourd’hui tels que Bernard Henri Lévy, Daniel Cohn Bendit ou encore Serge Lumy, ex patron de Libération. ” La droite et la gauche, ça a toujours marché ensemble, pas l’une contre l’autre. Ce n’est pas la droite, c’est le gauchisme qui a tué le communisme, et discrédité la gauche pendant dix ans après mai 68, par un long travail de sape. ”

Léo Lacape
L'Insatiable, 06/05/2014
Compte-rendu
Agone a réédité le pamphlet que Guy Hocquenghem consacra en 1986, deux ans avant sa mort, à la « génération » dont il avait lui-même fait partie, celle des contestataires maoïstes ou trotskistes de 1968 qui, ensuite, renoncèrent rapidement à la révolution prolétarienne pour faire bourgeoisement carrière à l’ombre du pouvoir. Au passage, Hocquenghem s’en prend aussi à quelques autres figures connues de l’établissement mitterrandien qui ont bien contribué, avec les précédents, à mettre la gauche socialiste à droite et le néolibéralisme en vogue. On ne résume pas un pamphlet d’une telle encre. On le lit avec la jubilation d’un spectateur de western qui voit le justicier solitaire faire un carton sur les hommes de main du banquier véreux. Hocquenghem connaissait bien ses ex-amis, et il savait tirer juste, au défaut de l’armure de beaux principes et de pieux sentiments dont ils couvraient leur « tartuferie » et leur « apostasie ». A la lecture d’un réquisitoire si clairvoyant et si implacable, on ne peut que regretter les limites propres au genre, et plus précisément l’absence d’un éclairage sociologique sur les facteurs structurels d’un tel mouvement d’ensemble dans le champ intellectuel.
Alain Accardo
Le Monde diplomatique, Juillet 2003
Compte-rendu

Hocquenghem a été journaliste à Libération entre 1976 et 1981, a fréquenté les milieux gauchistes, libertaires et homosexuels de l’après-68 (il a d’ailleurs été un des fondateurs du FHAR – Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire – en mars 1971, un mouvement aussi radical que joyeux et bordélique) et est mort en 1988.
Ce bouquin est un brûlot.
D’abord parce que l’auteur tord le cou à pas mal d’anciens amis à lui, ex-gauchistes, plus quelques autres faux penseurs rebelles (faux penseurs et faux rebelles également). Parmi eux : Serge July (patron de Libération), Roland Castro (ex-dirigeant maoïste), André Glucksmann (ex-mao), B.H.L. (faux ex-gauchiste et faux philosophe), Jean-François Bizot (ex-directeur d’_Actuel_ – journal de la contre-culture 70’s en France), Régis Debray (partisan de la guérilla style Guévara – ministre sous Mitterrand), Pascal Bruckner, Daniel Cohn-Bandit (jeu de mot stalinien qui attesterait que ces gens ont un jour eu de l’humour), Yves Montand (stalinien défroqué)… Ce qu’il s’évertue à démontrer, c’est que ce revirement vers la défense des intérêts du modèle capitaliste, de l’Occident, de sa propriété privée et de ses guerres n’en est pas vraiment un, qu’il était prévisible pour la plupart d’entre eux, mélange d’opportunisme forcené, de petites lâchetés et de soif de pouvoir.
Ensuite parce qu’il va à l’encontre du préjugé selon lequel tous les « soixante-huitards » ont retourné leur veste. La preuve : Hocquenghem en est un, et par fidélité à ses idées il tire à gros boulets sur ceux qui l’ont trahi.
Enfin parce qu’il le fait avec brio. Quel style !

Lire l’article sur le blog Utopitre

L'Utopitre, 19/05/2007
Relire Guy Hocquenghem

Dans la série “rions un peu” ( si ça ne fait pas de bien ça ne peut pas faire de mal…)

En ces temps troublés où d’aucuns, (nombreux d’ailleurs), appellent de leurs vœux pressants la création d’un « grand parti de gauche » (sans doute pour se garder une place au soleil plus que par souci de défendre les intérêts des prolétaires), en cette période nauséabonde de notre histoire où le communisme est une maladie honteuse ou plutôt, une forme d’arriération mentale, et communiste, une insulte, où socialisme est devenu un synonyme de social-démocratie ou de renoncement à grande échelle, où l’on ne peut plus employer le terme de gauchisme sans être immédiatement taxé de rétrograde, stalinien, facho et j’en passe, où on préfère le bruit feutré de l’alternative au libéralisme au martèlement lourd de l’anticapitalisme, il a été plaisant de relire la Lettre ouverte de Guy Hocquenghem, (qui, d’ailleurs, n’épargne pas toujours le PCF).

Réédité en 2003 chez Agone avec une préface au vitriol de Serge Halimi, l’ouvrage est une mine de joyaux et arrache souvent à son lecteur un rire diabolique, diabolique comme l’étaient le style, la pensée de cet homosexuel militant, lui-même pas exempt de critiques, comme Halimi. (Les critiques, contre ces deux auteurs, existent mais elles ne doivent pas empêcher la lecture… )

Implacable réquisitoire parce qu’appuyé par des extraits d’ouvrages, d’articles, de citations, des principaux visés (July, Joffrin, Glucksmann, BHL, Daniel Cohn Bendit, Brice Lalonde, Bernard Kouchner, etc, etc.)

Et, quelle perfidie, quel sens de l’incision dans une verrue toujours purulente, quelle démonstration presque parfaite des grands méfaits du gauchisme, qu’Hocquenghem pointe à un moment, comme l’un des plus grands responsables de la mort du communisme en France, plus encore que la droite, selon lui.

Après une préface assassine (et franchement à mourir de rire) d’Halimi, qui met chaque auteur cité face à ses contradictions (textes « d’avant » et textes « d’après ») – parfois, le rappel d’un seul mot suffit, telle cette citation de Serge July « Tout m’a profité », en exergue face au Manifeste de Libération en 1972 – vient le corps du texte d’Hocquenghem.

Une critique salutaire des « années Mitterrand » notamment, une remise à plat bénéfique, des trouvailles jubilatoires dans ses lettres à Serge July, à Jack Lang, « Aux artistes et prétendus tels », « Lettres à ceux qui pratiquent la continuité dans le reniement », « À André Glucksmann, stalinien renversé » (Passé de Staline à Marie-France Garaud, dit Hocquenghem) , une charge contre le pouvoir des médias, nouvelle aristocratie qui s’est réfugiée dans le combat littéraire pour avoir déserté le combat réel par manque de courage…

Personne n’en réchappe ou presque parmi ses « congénères ». Il faut dire que quand on lit cela, surtout si on est issu d’une génération qui n’a pas « connu » Mai 68 et 1981, le tout avec preuves à l’appui, on se dit que les petits gars ont fait fort et on sert les fesses pour ne pas devenir comme eux (des jeunes c… devenus de vieux c… ?) -

L’ouvrage est à mettre en parallèle avec le mauvais coup que nous a fait Sarkozy en fustigeant « l’idéologie soixante-huitarde » dans des termes évidemment néo conservateurs que nous ne pouvons cautionner….

Mais, au passage, dommage que nous ne l’ayons pas (re)faite nous-même avant, l’analyse, avec nos mots et nos outils. Nous allons maintenant devoir continuer à nous les coltiner comme des « alliés naturels » (alors que ce n’est pas le cas), ou faire un effort épuisant pour produire, ou plutôt, actualiser, une critique communiste de Mai 68 et des scories qu’il a laissé dans la gauche française, pour servir à l’avenir. Une critique qui tienne la route et que plus personne ne pourrait nous reprendre – mais je doute que nous soyons en état de faire cela, hélas…

Un bon coup de poil à gratter en somme ce livre, mais plutôt agréable ma foi, en ce moment où l’on incite au consensualisme bêlant pour éviter d’avoir à mettre franchement les mains dans la m… (ben oui quoi, laissons cela aux générations suivantes hein, en attendant, sauvons notre peau et notre voiture à crédit – ouf !).

Osémy
Bellaciao, 21/05/2007
Les classiques de la subversion

Militant de la frange gauchiste des JCR en Mai 68, pionnier du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FUAR) dans les années 1970, rédacteur à Libération entre 1976 et 1981, Guy Hocquenghem, avant de mourir du sida en 1988 â l’âge de 41 ans, publiait un ouvrage au vitriol contre les renégats de sa « génération », ce mot par lui abhorré, ce « bloc coagulé de déceptions et de copinages ».
Pourtant, plus que d’un règlement de comptes au style flamboyant, la Lettre ouverte d’Hocquenghem est un témoignage capital. Il est étonnant de constater combien, plus de vingt ans plus tard, ce livre aide à comprendre les mécanismes de pensée de toute une ribambelle de bouffons politiques et médiatiques dont certains sont encore aujourd’hui au faîte de leur pouvoir de nuisance.
Cette « génération » de Guy Hocquenghem, c’est celle du patron de Libé jusqu’en 2006, Serge July, « plouc boulimique déversant sur la nappe des formules toutes faites et des mots à la mode ». C’est celle de Roland Castro, dont le « cirque de gaucho-fêtard-coluchien se résume en ces titres : architecte du président Mitterrand, gauchiste de service, valet du roi » ; l’essayiste Régis Debray « ex-tiers-mondiste à revolver à bouchons » devenu « sergent recruteur d’intellectuels à la botte (de Mitterrand 1er) » ; « Sa Transcendance », BHL « mieux qu’une girouette, une véritable rose des vents à toi tout seul » Glucksman qui, précédant les névroses de Finkielkraut, écrit que « le pacifiste allemand ouvre la porte d’un nouvel antisémitisme. »
L’un des chapitres les plus frappants est d’ailleurs consacré à l’intervention au Tchad en 1983, moment fondateur aujourd’hui oublié, mais ô combien révélateur du virage de cette intelligentsia gauchiste soudain devenue chienne de garde de l’impérialisme français. « Alliant le pire de la gauche, le cœur comme idéologie légitimant toutes les horreurs, et de la droite, le pragmatisme de l’ordre et le nationalisme colonial, l’apostasie qui vous a retournés de l’anti-impérialisme au nucléaire, vous la présentez comme une exigence éthique de haute volée. Qui n’appelle pas comme vous à la guerre impériale, anti-russe pour les uns (…) Et anti-arabe pour les autres (…) anti-pacifiste pour tous, est une brebis galeuse, un antisémite, un traître à la patrie tout à la fois. »
Hocquenghem griffe aussi quelques figures intouchables. Ainsi de « saint Coluche », passé de l’anarchisme au tricolore « ni de droite, ni de gauche, mais de France » comme l’avait proclamé lui-même le comique. Ainsi des artistes venus bâfrer au buffet des prébendes et des fauteuils de la Haute Administration culturelle ouvert par Jack Lang, « la futilité des girouettes et le je-m’en-foutisme élégant de l’apparatchik un peu marginal ». « En avez-vous profité, du langisme » s’apitoie Hocquenghem : « La cour des Miracles était moins laide. »

Guillaume Davranche
Alternative Libertaire n°172, avril 2008
SUR LES ONDES

France Inter – « là-bas si j’y suis », entretien avec Serge Halimi autour du livre, disponible à l’écoute ici (27 mai 2008)

Radio Grenouille – dans le cadre de la thématique « L’An 08 », émission « Du col Mao au Rotary », disponible à l’écoute ici (20 mai 2008)

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