Dans la collection « Éléments »

 
couverture
Serge Halimi - Henri Maler - Mathias Reymond - Dominique Vidal
L’opinion, ça se travaille...
Les médias et les « guerres justes »

Parution : 13/10/2014

ISBN : 9782748902198

Format papier
272 pages (11x18 cm) 10.00 €
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Sixième édition actualisée & augmentée
Première parution en 2000, « Contre-feux »
Dernière édition en 2006, « Éléments »

« Quand le général Lévy sonne l’alarme, les petits soldats du journalisme sont au garde à vous. Carl Meeus laisse même entendre, non sans fierté, qu’il faisait partie du plan de communication du philosophe : “[Bernard-Henri Lévy] mobilise ses réseaux intellectuels en France et voit Daniel Cohn-Bendit au Flore pour qu’il fasse de même avec ses amis allemands. […] Depuis l’Hôtel Raphaël où il loge, BHL organise une rencontre entre des représentants du CNT, Ali Zeidan et Mansour Saif al-Nasr, et des leaders d’opinion français parmi lesquels André Glucksmann, Harlem Désir, Bernard Kouchner, Pierre Bergé et Laurent Joffrin.” »
   Dans Le Point, BHL est présenté comme « l’autre ministre des Affaires étrangères », où le chroniqueur maison voit son arrivée en Libye décrite avec un comique peut-être involontaire : « Il marche en équilibre sur des gravats, console une femme éplorée, interpelle des jeunes garçons… »
   Dans Le Figaro Magazine, les échanges profonds entre le président et l’envoyé de la République furent retranscrits à la lettre : « BHL réussit enfin à joindre Sarkozy. Il lui raconte la Libye, le chaos, mais aussi l’espoir et la réunion du CNT. “Ce sont les Massoud libyens, crois-moi. Si tu les reçois, c’est un acte politique majeur », s’enflamme le philosophe – qui ne fut pas le seul à s’enflammer… »

« On a tiré toutes les ­leçons de nos erreurs passées » et « traitement exemplaire » constituent les ­formules sous lesquelles les médias travestissent leur travail en temps de guerre.
   Pourtant, d’un conflit à l’autre, dans une ambiance rédactionnelle où dominent les va-t-en-guerre et le simplisme des analyses binaires, le parallélisme des expressions laisse ­songeur. Des raisons humanitaires accompagnent toutes les politiques d’intervention, missile au poing. Et l’absence d’informations fiables n’empêche pas la machine médiatique de tourner à plein régime.
   Exemples à l’appui, du Kosovo à la Libye, ce livre rappelle comment les médias ont broyé l’information du public tout au long des vingt-cinq dernières années – et continuent de le faire. Ce qu’il décrit, loin de constituer une ­collection d’exceptions, est devenu la règle ; pas un dérapage, la norme.

Journaliste et historien, essayiste, spécialiste des médias et d’économie politique, directeur du Monde diplomatique, Serge Halimi est notamment l’auteur de Le Grand Bond en arrière (Agone, 2012) et Les Nouveaux Chiens de garde (Raisons d’agir, 1997, 2005).

Philosophe, Henri Maler anime le site de critique des médias Acrimed ; il est notamment l’auteur de Médias en campagne. Retours sur le référendum de 2005 (avec Antoine Schwartz, Syllepses, Paris, 2005) et de Une certaine idée du communisme. Répliques à François Furet (avec Denis Berger, Félin, Paris, 1996).

Économiste, Mathias Reymond anime le site de critique des médias Acrimed. Il est également co-auteur de Les Éditocrates, ou Comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi (La Découverte, 2009) et Tous les médias sont-ils de droite ? (Syllepse, 2008).

Dominique Vidal est notamment l’auteur de Puissances d’hier et d’aujourd’hui. L’état du monde 2014 (avec Bertrand Badie), La Découverte, 2013 et Le Ventre est encore fécond. Les nouvelles extrêmes droites européennes, Libertalia, Paris, 2012

Dossier de presse
Compte-rendu Benjamin Dourdy Lectures, avril 2015
Compte-rendu

De la guerre menée au Kosovo à l’intervention occidentale en Libye, les médias ont joué un rôle central dans la formation de l’opinion publique. Ils sont en effet les principaux fournisseurs d’informations, d’images et d’analyses pour les citoyens. La maîtrise du champ médiatique, en tant que lieu de production de la réalité guerrière1, a donc constamment constitué un enjeu majeur pour les acteurs politiques. En conséquence, la désinformation, les mensonges et les erreurs jalonnent l’histoire médiatique de ces conflits. Les journalistes Serge Halimi et Dominique Vidal, le philosophe Henri Maler et l’économiste Mathias Reymond en livrent une étude détaillée dans leur ouvrage, L’opinion ça se travaille… Les médias et les « guerres justes ». Initialement publié en 2000, ce livre a fait l’objet de multiples actualisations, la dernière édition ayant paru en septembre 2014 dans la collection Éléments des éditions Agone.

Cet essai s’inscrit dans le champ de la critique des médias et de la production médiatique de l’information. La perspective adoptée est comparable à la démarche proposée par Noam Chomsky dans La fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie2. La construction rhétorique du livre en témoigne : un premier chapitre théorique proposant des clefs d’explication du dysfonctionnement médiatique précède plusieurs études de cas ayant pour objet les conflits kosovar, irakien et libyen. L’ouvrage se situe en fait au croisement de deux tendances de la critique des médias : l’approche bourdieusienne, holistique et systémique d’une part, l’approche individualiste, plus spécifique, prenant pour objet les acteurs médiatiques3 d’autre part. L’analyse prend naturellement appui sur les différentes productions discursives médiatiques, ainsi que sur les discours des acteurs politiques et journalistiques en présence.

La propagande médiatique, son fonctionnement et ses conséquences, constituent le fil rouge de l’ouvrage. Les auteurs remarquent, en premier lieu, que le soutien des médias à la solution armée est une constante depuis les guerres du Golfe. Le cas irakien, souvent désigné comme exemple de la prudence des médias, ne démontre toutefois qu’une seule chose : l’hétéronomie problématique du discours médiatique. La tonalité des médias nationaux s’est en effet conformée à la position adoptée par le gouvernement français sur ce sujet. La bienveillance inhabituelle de l’espace médiatique pour le discours à contre-courant, pro-guerre, fait d’ailleurs suffisamment sens à cet égard4. Cet unanimisme belliqueux favorise naturellement la diffusion massive d’informations tronquées et partiales. L’étude des pratiques linguistiques journalistiques donne facilement à voir ce traitement biaisé et propagandiste de l’information. Les auteurs en relèvent en effet l’extrême variabilité dans des situations appelant pourtant des descriptions similaires. Ainsi le « bombardement » se fait-il « frappe », « chirurgicale » de préférence, selon la nature des acteurs impliqués. Les bombardements ennemis sont décrits, quant à eux, sans complaisance, à travers l’emploi du verbe « pilonner ». Ce terme, évidemment bien plus chargé en affects, est prompt à susciter l’indignation quand le premier appelle plus facilement l’adhésion du spectateur ou du lecteur. De même, l’utilisation des désignations partisanes par le pouvoir politique contribue à fabriquer du consentement en sa faveur. Le mésusage des termes de « communauté internationale », « d’Alliés » (avec ses connotations historiques positives) ou de « coalition » peut donner l’impression d’un soutien international vis-à-vis des actions menées. La presse française a ainsi affirmé, par exemple, que la « coalition américaine » allait intervenir en Irak, reprenant alors une expression antinomique inventée par les autorités américaines pour tenter de déguiser, aux yeux de l’opinion publique, l’unilatéralité et l’illégalité de cette action militaire. La langue médiatique manie d’ailleurs également l’euphémisme lorsqu’il s’agit d’évoquer les éventuelles bavures des « Alliés ». Le traitement médiatique de ces dernières, extrêmement limité, appelle soudainement la circonspection, lorsque les médias n’en imputent pas directement la responsabilité au cynisme des forces ennemies5. L’élasticité remarquable de la grille de lecture médiatique est, sur ce point, frappante. Les médias peuvent ainsi souligner avec promptitude la légalité de l’intervention internationale au Kosovo, avant de laisser cette question de côté dans le cas irakien.

a vitesse de renouvellement de l’actualité limite singulièrement l’espérance de vie médiatique de ces conflits. Leurs conséquences, même à court-terme, sont donc constamment passées sous silence par les médias. Le Kosovo en est un excellent exemple. Le renforcement de la guerre civile, les massacres de Serbes par des Albanais, et la déstabilisation durable de la situation politique n’ont ainsi pas fait l’objet de l’intérêt de médias, pourtant fervents soutiens de l’option militaire. Le conflit a pourtant radicalisé l’action initiale des Serbes et provoqué des représailles albanaises conséquentes. Il en est de même dans le cas libyen, que les médias ont traité avec empressement, grâce au spectacle offert par l’action dramatisée du philosophe-guerrier Bernard Henri Lévy. L’emballement autour de sa figure, les bombardements menés en Libye et l’évanouissement médiatique consécutif à l’émergence de nouveaux événements dans l’actualité internationale6 ont constitué les trois moments de l’existence du conflit libyen dans les médias. La fin médiatique des conflits donne lieu à la célébration unanime du professionnalisme dans le traitement médiatique effectué, au motif, cette fois-ci, que « toutes les leçons des erreurs passées » ont été tirées7. En réalité, des charniers de Timisoara au prétendu « génocide albanais », les médias n’ont pas cessé d’être le jouet des forces politiques en présence, en reproduisant leurs discours plutôt qu’en produisant une analyse critique des faits.

Les auteurs proposent plusieurs pistes pour comprendre les causes de cet emballement médiatique cyclique. La propriété privée des médias peut constituer un premier élément d’explication, certains groupes industriels détenteurs de titres de presse officiant aussi dans le domaine de l’armement8. La logique du profit et la concurrence massive régissant le monde médiatique contribuent également à affaiblir la qualité de l’information. La restructuration des rédactions de journalisme conduit en effet à préférer les profils plus généraux aux véritables spécialistes, tandis que les chaînes de télévision doivent rentabiliser au maximum les moyens engagés dans le déploiement d’envoyés spéciaux, privilégiant alors l’image sur l’analyse. L’incapacité critique des médias accroît leur forte dépendance vis-à-vis des sources. Les journalistes diffusent en effet avant tout les informations qu’ils possèdent, et qui sont souvent fournies par le pouvoir politique en la matière. Les restrictions d’accès aux zones de guerre et « l’embedment »9 impliquent un travail critique et une diversification des sources incompatible avec la pression de l’urgence et la nécessité de se démarquer des concurrents. De plus, la mise en place d’organes gouvernementaux de désinformation complique sensiblement la production d’informations objectives et fiables10. Les conditions de production de l’information, le primat de l’image sur l’analyse et donc de l’émotion immédiate sur le recul réflexif constituent donc les causes principales de ces phénomènes. À ce titre, les chronologies proposées à la fin de l’ouvrage renforcent utilement le propos, en mettant en perspective l’écart séparant le temps médiatique, immédiat, du temps, plus long, de l’histoire politique.

fn.1 Sur la production de la réalité par les médias, on peut lire avec profit la contribution de Patrick Champagne, « La vision médiatique », in Pierre Bourdieu (dir.), La misère du monde, Paris, Seuil, 1993, p. 95–123.

fn.2 Noam Chomsky, La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie, Agone, 2008. Première parution à New York, Pantheon Books, 1988.

fn.3 Serge Halimi et Mathias Reymond ont publié deux ouvrages qui se placent dans cette optique : Les Nouveaux chiens de garde, publié aux éditions Raisons d’agir en 1997 et Les éditocrates ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi (avec Mona Chollet Olivier Cyran et Sébastien Fontenelle), publié aux éditions La Découverte en 2008.

fn.4 En effet, alors, que dans les conflits précédents, la critique n’avait eu que très peu voix au chapitre, l’espace médiatique a progressivement laissé toute latitude à la multiplication des discours pro-intervention, même lorsque leurs argumentaires se résumaient à vilipender la « veulerie française ».

fn.5 Les auteurs citent un article du Figaro, en date du 27 mars 2003, ayant pour objet une bavure au cours de la guerre en Irak. Le journaliste Adrien Jeaulmes, après avoir évoqué les conditions météorologiques difficiles, conclut ainsi : « Cette première bavure est aussi le résultat de l’habile stratégie irakienne, consistant à disperser ses forces à l’intérieur des villes ».

fn.6 Le bombardement de la bande de Gaza et l’enlisement du conflit ukrainien ont rapidement éclipsé les suites de la situation libyenne.

fn.7 L’autosatisfaction médiatique est possible dans la mesure où les médias possèdent le monopole de la falsification légitime. Cette expression bourdieusienne désigne le monopole médiatique de l’information sur l’information.

fn.8 Les groupes Lagardère et Dassault détiennent en effet une part importante des médias français.

fn.9 Ce terme désigne l’incorporation de journalistes au sein d’une unité combattante. Cette pratique assez courante permet évidemment aux autorités militaires de contrôler l’information émanant des « théâtres d’opération ».

fn.10 Ainsi, après les attentats du 11 septembre 2001, le Pentagone s’est doté d’un organe capable de mener des campagnes de désinformation, utilisé ensuite lors de la guerre en Irak.

Benjamin Dourdy
Lectures, avril 2015
Le jeudi 16 avril 2015    bordeaux (33)
Rencontre autour de "L'Opinion, ça se travaille"

Dans le cadre des rencontres organisées par Espaces-Marx Aquitaine Bordeaux Gironde, Mathias Raymond, co-auteur de “L’Opinion, ça se travaille“interviendra le 16 avril 2015, à la librairie La Machine à Lire, place du Parlement à Bordeaux.

Rendez-vous le 16 avril 2015 dès 18h30 !

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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net
Graphisme : T–D