couverture
L’Ordre moins le pouvoir
Histoire et actualité de l’anarchisme
Édition revue & augmentée
Préface de Charles Jacquier
Parution : 28/11/2008
ISBN : 9782748900972
Format papier : 224 pages (11 x 18 cm)
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« Affirmez que vous êtes anarchiste et presque immanquablement on vous assimilera à un nihiliste, à un partisan du chaos voire à un terroriste. Or, il faut bien le dire : rien n’est plus faux que ce contre-sens qui résulte de décennies de confusion savamment entretenue autour de l’idée d’anarchisme. En première approximation, disons que l’anarchisme est une théorie politique au cœur vibrant de laquelle loge l’idée d’antiautoritarisme, c’est-à-dire le refus conscient et raisonné de toute forme illégitime d’autorité et de pouvoir. Une vieille dame ayant combattu lors de la Guerre d’Espagne disait le plus simplement du monde : “Je suis anarchiste : c’est que je n’aime ni recevoir, ni donner des ordres.” On le devine : cette idée est impardonnable, cet idéal inadmissible pour tous les pouvoirs. On ne l’a donc ni pardonné ni admis. »

> on retrouve Normand Baillargeon dans le film Chomsky et Compagnie des Mutins de Pangée (sorti le 26 novembre 2008)
> voir le programme des projections

Normand Baillargeon

Militant anarchiste, Normand Baillargeon enseigne l’histoire de l’éducation et la philosophie à l’université du Québec à Montréal, il est notamment l’auteur de Petit cours d’autodéfense intellectuelle ( Lux, 2005), Les Chiens ont soif. Critiques et propositions libertaires (Lux, 2001, 2010).

Les livres de Normand Baillargeon sur le site

Foreign Rights

Rights already sold

Espagne : Argitaltxea Hiru (2002)
États-Unis : Seven Stories Press (à paraître en juillet 2013)

English notice

Order Without Power

Normand Baillargeon is Professor of Education Fundamentals at the University of Québec in Montreal, where he teaches on the history of pedagogy and the philosophy of education.

Notiz auf Deutsch

Ordnung ohne Macht. Geschichte und Aktualität des Anarchismus

Wenn Sie bekennen, dass Sie Anarchist sind, wird man Sie beinahe unweigerlich auch für einen Nihilisten, einen Anhänger des Chaos, ja sogar für einen Terroristen halten. Doch lassen Sie sich eines gesagt sein: nichts ist falscher als das. Diese Fehlinterpretation ist das Ergebnis einer jahrzehntelang mit viel Geschick gepflegten Verwirrung rund um die Idee des Anarchismus. In einer ersten Annäherung können wir sagen, dass der Anarchismus eine politische Theorie ist, in dessen pochenden Herzen die Idee des Antiautoritarismus wohnt, das heißt, die bewusste und wohlüberlegte Ablehnung jeglicher unbegründeter Autorität und Herrschaft. Eine alte Dame, die im spanischen Bürgerkrieg kämpfte, sprach die einfachste Sache der Welt aus: „Ich bin Anarchistin: ich möchte keine Befehle empfangen und auch keine geben.“

Ordnung ohne Macht. Geschichte und Aktualität des Anarchismus gibt einen komprimierten Einblick in die Theorie des Anarchismus: neben der Darstellung seiner Ursprünge sowie zentraler Ideen und Theoretiker (darunter Max Stirner, Michail Bakunin, aber auch Zeitgenossen wie Noam Chomsky) finden sich im Anhang eine umfassende Bibliographie und Linksammlung zum Thema.

Normand Baillargeon ist Professor für Erziehungswissenschaften an der Universität Montréal in Québec, Essayist und Mitarbeiter bei diversen kanadischen Zeitschriften. Für sein Buch Petit cours d’autodéfense intellectuelle (Crash-Kurs Intellektuelle Selbstverteidigung: Wie wir die alltägliche Manipulation aus Blenden, Täuschen und Vernebeln durchschauen, Riemann 2008) erhielt er 2005 den Prix Québec Sceptique.

Reseña en Español

El orden sin el poder

Normand Baillargeon es un militante anarquista, que enseña los fundamentos de la educación y la museología en la universidad de Quebec en Montréal.

Aparecido en Quebec en 1999, este librito tuvo un éxito inesperado en un país en donde el movimiento anarquista está en plena efervescencia aunque hasta entonces no hubiera conseguido implantarse de forma duradera y no parecía asegurarse una continuidad a lo largo de las generaciones. En Francia, que fue una de sus tierras elegidas antes de la gran noche de la Primera Guerra Mundial y el triunfo usurpado del bolchevismo, el anarquismo conoce una indudable renovación. Sin ceder al triunfalismo ni ignorar los enormes problemas a los que debe hacer frente, los signos de este resurgimiento son múltiples en el campo intelectual (coloquios, ediciones, libros, revistas) y, sobre todo, en el ámbito social, en donde, desde 1995, la presencia del anarquismo ya no puede seguir ignorándose.

Dossier de presse
Hélène Fabre
L'Émancipation syndicale et pédagogique , mai 2009
HF
Gavroche n°158 , avril-juin 2009
Nicolas Soguel
Chronique de la Librairie Payot-Neuchâtel , mars 2009
Guillaume Davranche
Alternative Libertaire n°182 , mars 2009
Régis Vlachos
Zibeline n°15 , février 2008
Miguel Chueca
Refractions , automne-hiver 2001
Dissidences , octobre 2001
Jean-Jacques Gandini
Le Monde diplomatique , juin 2001
Miguel Chueca
Le Combat syndicaliste , mai 2001
Histoire et actualité de l’anarchisme

Militant anarchiste et enseignant à l’Université du Québec à Montréal, Normand Baillargeon a publié en 1999 L’Ordre moins le pouvoir. Après avoir donné une première version en 2001, les éditions Agone ont la bonne idée de rééditer ce livre instructif.

Voici un livre qui tombe à pic. La tragi-comédie que le pouvoir et les médias nous jouent à propos de l’arrestation d’épiciers-ultra-anarcho-autonomes-ennemis publics n°1 nous prouve que la connerie et l’ignorance se portent bien.

En guise de contrepoison, l’étude de Normand Baillargeon est un parfait petit vade-mecum pour les jeunes qui aimeraient en savoir plus sur l’anarchisme. Avant de porter un joli tee-shirt avec un grand A cerclé, il peut être bon d’en savoir un peu plus sur cette philosophie… À l’occasion, les journalistes, aussi incultes que pressés, pourront aussi s’informer sur un mouvement qu’ils n’arrêtent pas de déformer ou de dénigrer.

« Le désordre, c’est l’ordre moins le pouvoir », disait Léo Ferré. Le titre de Normand Baillargeon fait écho à ce long texte enregistré en 1973 sur l’album Il n’y a plus rien. De quel « ordre » parle-t-on ? « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre », précisait le géographe libertaire Elisée Reclus. Tout un programme.

Dans les médias et dans les discours politico-policiers, le mot anarchiste est toujours utilisé à la manière d’un épouvantail pour faire peur aux « bons citoyens ». « Affirmez que vous êtes anarchiste et presque immanquablement on vous assimilera à un nihiliste, à un partisan du chaos voire à un terroriste, explique Normand Baillargeon. Or, il faut bien le dire, rien n’est plus faux que ce contre-sens qui résulte de décennies de confusion savamment entretenue autour de l’idée d’anarchisme. En première approximation, on peut dire ceci : l’anarchisme est une théorie politique au cœur vibrant de laquelle loge l’idée d’anti-autoritarisme, c’est-à-dire le refus conscient et raisonné de toute forme illégitime d’autorité et de pouvoir. J’ai rencontré une vieille dame ayant combattu lors de la Guerre d’Espagne qui me disait le plus simplement du monde : “Je suis anarchiste parce que je n’aime ni recevoir, ni donner des ordres”. On le devine, cette idée est impardonnable, cet idéal est inadmissible pour tous les pouvoirs. On ne l’a donc ni pardonné ni admis. »

C’est ainsi que celles et ceux qui osent lutter contre le capitalisme et son lot de barbaries deviennent des « criminels ». Curieux renversement de valeurs. Mais qui sont les coupables des grands désordres du monde, des guerres, des crises financières, des crimes contre l’humanité, de la pollution de la planète ? Les anarchistes ou les maîtres du monde ?

Pour illustrer l’amour passionné des anarchistes pour la liberté et l’égalité, Normand Baillargeon revient avec un regard critique sur quelques figures et grands moments historiques tout en parlant de l’anarchisme contemporain. Proudhon et le mutualisme, Bakounine et le fédéralisme, Kropotkine et l’anarcho-communisme, la Commune de Paris, la révolution russe, la guerre d’Espagne… se partagent ainsi les pages du livre avec divers thèmes (écologie, arts, éducation, féminisme, non-violence…) et quelques voix actuelles comme celle de l’américain Noam Chomsky.

> lire sur Le Mague une interview de Normand Baillargeon par Paco

Paco
Le Mague , 21/11/2008
Compte-rendu

Faute de pouvoir imaginer l’ordre sans la férule de l’autorité, la propagande a rendu le mot “anarchie” synonyme de désordre. Le Canadien Normand Baillargeon, dans la quatrième édition revue et augmentée de son petit manuel sur l’histoire et l’actualité de l’anarchisme, remémore à l’intention des nouvelles générations les racines et l’essence de cet idéal anti-autoritaire.

Les “pères fondateurs”
Si bien des noms – Diogène, Spartacus, Louise Michel… – attestent de la permanence innée de la révolte contre l’injustice, le mouvement se revendiquant de l’anarchisme a un passé historique et des territoires privilégiés. Dans de brefs chapitres, l’auteur retrace avec clarté le parcours des principaux théoriciens et les différentes formes d’anarchisme. En France, pendant la révolution de 1789, le Directoire qualifie d’“anarchistes” le groupe des Enragés qui dénoncent le despotisme des nouvelles lois en faveur de la bourgeoisie. L’Anglais William Godwin (1756–1836) formule les bases rationalistes, anti-autoritaires et anti-étatiques de l’anarchisme. Dans L’Unique et sa propriété, le philosophe allemand Max Stirner (1806–1856) complète d’un préalable d’éducation et de pédagogie l’anarchisme social. Selon lui, la formation de ”personnalités libres et de caractères souverains” permettra alors une libre association des égoïsmes individuels pour une société comportant un minimum d’entraves. Proudhon (1809–1865) définit des principes d’autogestion et de mutualisme propres à générer un bien-être économique et une organisation fédéraliste garantissant l’affranchissement politique.
Des exilés russes enrichissent l’anarchisme de dogmes souples d’une révolution sociale dans la liberté jamais dépassés. Bakounine (1814–1876) se réclame de la filiation de Proudhon dont il garde le fédéralisme et s’en distingue par un athéisme et un anticléricalisme prononcés. Sa critique du socialisme autoritaire provoque son affrontement avec Marx au sein de la Première Internationale. Kropotkine (1842–1921) crée un anarcho-communisme qui synthétise l’associationnisme de Stirner, le mutualisme de Proudhon et le fédéralisme de Bakounine. Partisan d’une économie au service des besoins réels de la population, Kropotkine réfute la pseudo loi de la jungle, dévoyée des théories de Darwin, pour démontrer une règle naturelle d’entraide et de solidarité. Ses appels à ”la révolte permanente par la parole, par l’écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite” lancent une période de propagande par le fait qui suscite toujours la controverse. À la fin du XIXe et au début du XXe siècles, les idées libertaires séduisent le mouvement ouvrier international à jeu égal avec le socialisme révolutionnaire dans les pays d’Europe du Sud.

Parcours idéologiques et historiques de l’anarchisme
Ces pères fondateurs essaiment de nombreux continuateurs sur tous les continents. Aux États-Unis, H. D Thoreau (1817–1862) y introduit la notion de désobéissance civile tandis qu’Emma Goldman (1869–1940) et Voltairine de Cleyre (1866–1912) ”ancrent le féminisme dans l’anarchisme”. En Italie Malatesta (1853–1932) lutte contre l’entrée des anarchistes dans les syndicats dont il anticipe l’enlisement corporatiste. Le géographe communard Élisée Reclus (1830–1905) anticipe sa dimension écologique qui se développe aux États-Unis avec Murray Bookchin (1921–2006), figure de l’anarchisme écologique et pionnier du municipalisme libertaire. À la tête de la CGT, Émile Pouget (1860— 1931) joue un rôle majeur dans l’anarcho-syndicalisme français. Jean Grave (1854–1939) anime Le Révolté, un journal qui sera un des ”hauts lieux de la rencontre entre artistes, écrivains et militants anarchistes”. Dans les années 60, l’Internationale situationniste avec Guy Debord (1931–1994) et Raoul Vaneigem (né en 1934) renouvellent dans une même effervescence créatrice les rapports entre l’art et les luttes sociales.
De nombreux faits et lieux, volontairement limités aux plus emblématiques, jalonnent le parcours de l’anarchisme, de la Commune de Paris (1871) qui, comme l’observe Kropotkine, échoue de ne pas avoir confortée la commune par la révolution, à l’épopée de Makhno en Ukraine, de 1919 à 1921, qui s’avère incompatible avec la dictature du prolétariat de Lénine. La Première Guerre mondiale rallie seize personnalités de l’anarchisme dans un manifeste en forme de reniement. De 1936 à 1939 en Espagne se produit la plus grande révolution sociale du XXe siècle. Forte d’un million d’adhérents, gagnés par des années de préparation des esprits par des actions éducatives, culturelles et syndicales, les militants de la C.N.T-F.A.I. ”s’emparent de l’économie pour tuer le pouvoir”. Huit millions de personnes participent à des collectivités agraires et industrielles, augmentent la production et améliorent les services publics sans patrons ni compétition. Ces tentatives ”d’élimination des structures coercitives, autoritaires et hiérarchiques illégitimes” soulèvent contre elles tous les pouvoirs qui les écrasent par la force.
En mai 68 les idées libertaires resurgissent et apportent en Occident la liberté de mœurs souhaitée par Stirner et Albert Libertad. Le suffrage universel, désavoué par les anarchistes, sape pour longtemps encore la mobilisation populaire et la grève généralisée ne bascule pas dans la grève générale expropriatrice.

L’anarchisme aujourd’hui
Dans sa préface, Charles Jacquier souligne les perspectives actuelles favorables offertes par la conjoncture à l’anarchisme, entre la double impasse d’un capitalisme suicidaire et la vacuité d’une socialdémocratie ”aux préoccupations partidaires et électoralistes”.
Normand Baillargeon achève son manuel sur la critique des faux frères qui entretiennent la confusion entre libéraux et libertaires. Sa conclusion alerte sur l’insuffisance d’un militantisme cantonné au seul mode de vie. Pour gagner en crédibilité l’anarchisme doit mettre en avant son mode d’organisation économique, politique et social basé sur la solidarité et l’intérêt général.
Par son propos, cet ouvrage complété d’une utile bibliographie s’avère un point de départ sans rival pour une connaissance plus approfondie des fondamentaux de ”la science de la liberté” (Proudhon).

Hélène Fabre
L'Émancipation syndicale et pédagogique , mai 2009
Compte-rendu
Faute de pouvoir imaginer l’ordre sans la férule de l’autorité, la propagande a rendu le mot « anarchie » synonyme de désordre. Normand Baillargeon, dans la quatrième édition revue et augmentée de son livre, remémore à l’intention des nouvelles générations les racines et l’essence de cet idéal anti-autoritaire.
Ce mouvement a un passé historique et des territoires privilégiés. Dans de brefs chapitres, l’auteur retrace avec clarté le parcours des principaux théoriciens et les différentes formes d’anarchisme. L’Anglais William Godwin (1756-1836) formule les bases rationalistes, anti-autoritaires et anti-étatiques de l’anarchisme. Dans L’Unique et sa propriété, le philosophe allemand Max Stirner (1806-1856) complète d’un préalable d’éducation et de pédagogie l’anarchisme social. Proudhon (1809-1865) définit des principes d’autogestion et de mutualisme propres à générer un bien-être économique et une organisation fédéraliste garantissant l’affranchissement politique. Bakounine (1814-1876) se réclame de Proudhon dont il garde le fédéralisme et s’en distingue par un athéisme et un anticléricalisme prononcés. Sa critique du socialisme autoritaire provoque l’affrontement avec Marx au sein de la Iere Internationale. Kropotkine (1842-1921) crée un anarcho-communisme qui synthétise les apports de ses prédécesseurs. Partisan d’une économie au service des besoins réels de la population, il réfute la pseudo loi de la jungle pour démontrer une règle naturelle d’entraide et de solidarité. Au début du XXe siècle, les idées libertaires séduisent le mouvement ouvrier à jeu égal avec la social-démocratie dans les pays d’Europe du Sud.
Ces pères fondateurs essaiment de nombreux continuateurs. Aux Etats-Unis, H.D Thoreau (1817-1862) introduit la notion de désobéissance civile ; Emma Goldman (1869-1940) et Voltairine de Cleyre (1866-1912) « ancrent le féminisme dans l’anarchisme ». En Italie, Malatesta (1853-1932) lutte contre l’entrée des anarchistes dans les syndicats dont il anticipe l’enlisement corporatiste. Le géographe Elisée Reclus (1830-1905) lui donne sa dimension écologique, développée aux Etats-Unis avec Murray Bookchin (1921-2006), pionnier du municipalisme libertaire.
De nombreux faits et lieux, volontairement limités aux plus emblématiques, jalonnent le parcours de l’anarchisme, de la Commune de Paris à l’épopée de Makhno en Ukraine, incompatible avec la dictature du prolétariat de Lénine. De 1936 à 1939 en Espagne se produit la plus grande révolution sociale du XXe siècle : les militants de la C.N.T-F.A.I. tentent de s’emparer de l’économie au moyen des collectivités agraires et industrielles.
Dans sa préface, Charles Jacquier souligne les perspectives actuelles favorables offertes par la conjoncture à l’anarchisme, entre la double impasse d’un capitalisme suicidaire et la vacuité d’une social-démocratie « aux préoccupations partidaires et électoralistes ».
Normand Baillargeon achève son manuel sur la critique des faux frères qui entretiennent la confusion entre libéraux et libertaires. Pour gagner en crédibilité l’anarchisme doit mettre en avant son mode d’organisation économique, politique et social basé sur la solidarité et l’intérêt général.
Par son propos, cet ouvrage complété d’une utile bibliographie s’avère un point de départ sans rival pour mieux connaître « la science de la liberté » (Proudhon).
HF
Gavroche n°158 , avril-juin 2009
Compte-rendu
Nombre de discours approximatifs ont amalgamé anarchisme et chaos. L’anarchie cependant ne revendique pas le désordre, mais le refus de toute forme illégitime d’autorité, ce qui n’est pas du tout la même chose ! Co-réalisateur récemment du film Chomsky & Cie, le libertaire québécois Normand Baillargeon propose ici une fine synthèse de l’histoire de l’anarchisme et de ses propres réflexions. Tout est dans le titre : L’ordre moins le pouvoir : Histoire & actualité de l’anarchisme. Partant du principe que l’anarchisme est un courant d’idées constructif, faussement assimilé au désordre et à la destruction, Baillargeon brosse le tableau de deux cent cinquante ans d’histoire, tord le cou à de nombreux préjugés, et replace ce courant d’idées dans le contexte actuel. L’intérêt de ce petit livre est donc multiple : excellente référence sur l’histoire de l’anarchisme, il invite chacun à remettre en cause les rapports d’autorité dans lesquels il se trouve pris (en tant que citoyen, salarié, étudiant…), offrant enfin une revigorante bouffée d’espoir au lecteur qui rêve d’un monde plus juste.
Nicolas Soguel
Chronique de la Librairie Payot-Neuchâtel , mars 2009
Compte-rendu

Cette quatrième édition du petit ouvrage à succès de Normand Baillargeon, L’Ordre moins le pouvoir, a été purgée de bon nombre d’erreurs factuelles et d’approximations qui entachaient l’édition initiale de 1999. Qu’est-ce qui fait que, malgré tout, on éprouve un certain malaise en lisant cet opuscule de 200 pages qui prétend présenter l’anarchisme aux néophytes ? Sans doute son aspect kaléidoscopique et désincarné.

Pourquoi kaléidoscopique ? Parce que hormis lorsqu’il fustige la posture « lifestyle » ou le « repli sectaire » qui menacent parfois l’anarchisme, il semble manquer à Baillargeon un véritable point de vue critique sur son sujet. L’architecture très classique du livre (1. Les grands penseurs ; 2. Les grands événements ; 3. Les grandes thématiques) le conduit à juxtaposer de façon trop neutre des auteurs (réputés) anarchistes. Un tel a dit cela. Signalons qu’un tel a dit le contraire. L’auteur ne s’engage pas. Il badine avec une distance de bon aloi, à la manière d’un politologue qui ne veut vexer personne. Il y aurait d’ailleurs à redire sur la façon dont il érige Noam Chomsky (penseur de grande valeur par ailleurs) en « rénovateur de l’anarchisme », alors que Chomsky lui-même se définit plus comme un sympathisant libertaire, et qu’il a pris position à plusieurs reprises pour une économie de marché régulée par l’Etat…

Pourquoi désincarné ? Parce que Baillargeon, se conformant en cela à une tradition hélas bien établie, ne s’intéresse guère aux débats, aux stratégies et aux organisations du mouvement libertaire existant. Or, en n’ancrant pas le mouvement libertaire dans un ensemble plus large que serait le socialisme ou le mouvement ouvrier, Baillargeon lui donne par défaut l’aspect d’une construction idéologique sui generis, presque a-historique. Ce n’est sans doute pas la meilleure façon de le comprendre.

Guillaume Davranche
Alternative Libertaire n°182 , mars 2009
Histoire et actualité de l'anarchisme
Même si l’on n’y croit pas, à tout le moins on peut se dire que l’anarchisme est une formidable école d’espérance de rationalité, de lucidité ; d’humanisme, en fait.

C’est toujours le premier piège à lever quand on parle de l’anarchie ou du communisme : ce sont des utopies. Le mérite de ce petit livre fort abordable, sans aucune obscurité, ce qui n’est pas le moindre de ses mérites, est de nous rappeler que l’anarchie est avant tout une théorie de l’émancipation ; et à moins de se dire que l’on aime ses chaînes ou que l’on ne veut pas les voir, qui peut dire qu’il n’a pas envie d’être libre ? Voir l’anarchie comme un non-sens (un non-lieu, une utopie donc) tient moins à son caractère irréalisable qu’au désir de vivre dans ses illusions, et penser que l’on est libre ; ce qui est plus confortable et épargne de lutter pour se libérer.

Car l’auteur le rappelle d’emblée, et il faut toujours le dire, « an-archie » n’est pas l’absence d’ordre ou d’organisation mais l’absence de pouvoir. Cette théorie est synthétisée poétiquement par deux artistes, Ferré rappelant que l’anarchie c’est l’ordre moins le pouvoir, et Brassens disant qu’il était tellement anarchiste qu’il traversait dans les clous !

Mais par delà son caractère indispensable pour l’esprit, qui invite à comprendre le mode de coercition inhérent à toute société où il y a un pouvoir, ce livre nous rappelle l’utilité pratique et l’efficience historique de l’anarchie, notamment dans le syndicalisme où ses militants étaient en pointe de tous les combat ; c’est à une répression brutale et une condamnation ubuesque de ses membres lors d’une manifestation à Chicago le premier mai 1886 que l’on doit la fête du travail. Le lecteur pourra aisément avoir une limpide synthèse des conflits épiques au sein de la première internationale, des implications anarchistes lors de la Commune de Paris, de la Révolution de 1917, de la guerre d’Espagne, etc.

Pour revenir à la théorie, il n’en est guère en fait de plus indispensables qui selon les mots de Chomsky permettent d’identifier les structures coercitives et les mettre à l’épreuve de leur légitimité ; en ce sens l’anarchie est dans le droit fil des théories du contrat social, de Grotius à Rousseau, qui permettent aux sociétés d’un peu moins marcher sur la tête, ou de se rappeler ce que l’euphémisme -ou oxymoron ça dépend ! – « société vraiment humaine » veut dire.
Régis Vlachos
Zibeline n°15 , février 2008
Compte-rendu

Les journalistes aiment titrer, à intervalles réguliers, sur le « retour des anars », en s’étonnant de ce que ces gens qu’on a enterrés maintes et maintes fois, sans fleurs ni couronnes, aient encore l’œil assez vif et le pied plutôt sûr et, en somme, l’insolence de vivre encore. Il faut convenir quand même que, toutes anecdotes journalistiques mises à part, le mouvement libertaire – et, au premier chef, le français – semble voué en effet à connaître une sorte de vie cyclique, faite de flux et de reflux, de périodes fastes et d’époques déprimantes – ces dernières plus fréquentes, hélas, que les premières –, qui donne l’image d’une sorte de mouvement-phénix, toujours à demi moribond et toujours renaissant de ses cendres.
Ce n’est pas faire preuve d’un optimisme irraisonné que de dire que, en ce moment, nous sommes plutôt dans le haut de la vague et qu’on assiste incontestablement à un regain des idées et de la présence libertaires, plus fort sans doute que celui qui accompagna l’après 1968, qui profita surtout aux mille et une chapelles du marxisme-léninisme. De cela témoigne la floraison, ces dernières années, des couleurs rouge et noire dans les manifestations de rue – en France et ailleurs – et, bien sûr, l’apparition et la consolidation de la CNT, dont la belle réussite de la semaine Pour un autre futur de mai 2000 n’est qu’un signe parmi beaucoup d’autres. On peut voir un témoignage de plus de cette « renaissance » dans l’éclosion, après 1995, d’une série de revues et de publications diverses – liées ou pas au mouvement libertaire organisé – qui succèdent à la triste désertification des années 801. C’est de ce regain que participe aussi, sans conteste, la toute récente parution du vade-mecum du Québécois Normand Baillargeon, l’Ordre moins le pouvoir. Histoire et actualité de l’anarchisme, qui paraît aux éditions Agone, dans la collection « Mémoires sociales », dirigée par Charles Jacquier.
Dans son avant-propos, celui-ci indique que cet opuscule est destiné en priorité aux jeunes lecteurs, qui y trouveront sans nul doute une bonne présentation de l’histoire et des doctrines de l’anarchisme, dans toute leur richesse et leur diversité. L’ouvrage est d’autant plus le bienvenu qu’il n’existait plus rien de tel depuis le petit livre (L’Anarchisme) que Daniel Guérin consacra au même sujet il y a maintenant plus de trente-cinq ans. D’une certaine façon, on peut considérer l’Ordre moins le pouvoir comme une prolongation ou une mise à jour de ce dernier, puisqu’on y trouve des références à des œuvres absentes – et pour cause – chez D. Guérin, principalement celles des deux théoriciens les plus connus de l’anarchisme contemporain, Murray Bookchin et Noam Chomsky2, auxquels il convient d’adjoindre quelques autres auteurs, bien moins connus mais pas moins importants, tels les économistes Michael Albert et Robin Hahnel3.
Étant donné le format du livre et son ambition, tout autre qu’encyclopédique, il serait évidemment trop facile de reprocher à son auteur certains de ses choix, et en particulier d’avoir fait la part trop belle à la tradition qu’il connaît visiblement le mieux, celle de la pensée libertaire américaine. En l’occurrence, le grief serait d’autant plus justifié que cette tradition s’éloigne sensiblement, par son pragmatisme4, de celle que nous connaissons ici. Cependant, il convient d’avoir à l’esprit que le petit livre de N. Baillargeon a été publié à l’origine pour un public d’outre-Atlantique et que, par ailleurs, l’auteur a tenté – malgré les limites du genre – de dresser un tableau, le plus complet possible, des différentes écoles et tendances de l’anarchisme, où entrent aussi bien la tradition individualiste que l’anarchosyndicalisme, sans oublier l’apport libertaire au combat féministe. En revanche, on est en droit de regretter la présence de quelques à-peu-près – voire d’erreurs – très évitables dans un ouvrage aussi bref, pour ne rien dire de certaines affirmations qu’on peut juger pour le moins discutables5.
Le principal reproche que je ferais, pour ma part, au livre de N. Baillargeon porte sur le chapitre qu’il consacre à la théorie critique des médias, telle qu’elle a été élaborée par N. Chomsky et Edward S. Herman dans Manufacturing Consent ou Necessary Illusions. Quel que soit l’intérêt des ouvrages dans lesquels ces deux auteurs se sont attachés à mettre en évidence l’existence d’un « modèle de propagande » au sein des médias américains – qu’on tient, bien à tort, pour les plus « libres du monde » – , il me paraît plutôt abusif de laisser entendre qu’on serait là en présence d’une sorte de critique anarchiste des médias, sous prétexte que l’un des signataires de ces ouvrages se réclame depuis toujours de la tradition libertaire.
En revanche, il me semble très légitime que N. Baillargeon ait réservé quelques pages pour faire justice des positions de cette famille d’idées qu’on qualifie d’« anarcho-capitaliste », et dont les principaux représentants (David Friedman, Murray Rothbard et Robert Nozick, le plus connu de tous en Europe) se trouvent aux États-Unis. Contre tout ce que croient ces idéologues, l’auteur signale que l’anti-étatisme est certes un des éléments les plus caractéristiques de l’anarchisme mais qu’il est indissociable, dès le tout début, d’une passion égalitaire évidemment incompréhensible à ces ultra-libéraux (« libertariens »)6 qui, dit Baillargeon, « cautionnent toutes les inégalités, y compris celles qui installent ou perpétuent les plus violentes injustices » (p. 134), au point même de défendre la légitimité de l’esclavage, au nom du « droit » de chacun d’aliéner – ne serait-ce qu’à titre provisoire – sa propre liberté.
Dans la rubrique « économie » de son vade-mecum, l’auteur rappelle d’ailleurs que, à mille lieues des partisans de « l’anarcho-capitalisme », les anarchistes ont toujours réclamé que « les individus disposent, sur le terrain de l’économie, de la même liberté et de la même égalité qu’ils revendiquent dans toutes les autres sphères d’activité humaine » et que, « dès le xixe siècle, [l’anarchisme] fut autogestionnaire et refusa de toutes ses forces ce qu’il appelait l’esclavage salarial » (p. 94). Un des principaux apports de ce petit ouvrage est, à notre sens, la présentation qu’y fait son auteur des thèses élaborées par les économistes « radicaux » américains cités plus haut (Michael Albert et Robin Hahnel), qui mériteraient d’être enfin connues en France – et, plus largement, en Europe – de tous ceux qui continuent de défendre le principe d’une économie socialiste et libertaire, aussi éloignée du présent modèle « unique » de l’économie de marché que du défunt « socialisme » bureaucratique. Ces deux auteurs ne font pas mystère, du reste, de tout ce que leur projet – dit d’« économie participative » – doit à l’héritage de l’anarchisme et du communisme des conseils.
Bien qu’il ne s’appesantisse guère là-dessus, le choix fait par l’auteur de donner de l’anarchisme l’image la plus complète et la plus riche possible a pour contrepartie de mettre en évidence les clivages qui existent au sein de la tradition libertaire, pas seulement celui qui a pu séparer autrefois les tenants de l’individualisme libertaire – dont il faut bien convenir qu’il ne reste pratiquement plus rien aujourd’hui – de ceux qui se firent les propagandistes de la nécessité de l’organisation sociale, mais aussi celui qui oppose à présent les défenseurs du municipalisme libertaire prôné par Murray Bookchin, fondé sur la constatation du « dépassement » de la lutte des classes dans les sociétés « avancées », à ceux qui continuent de croire à son importance et misent sur la possibilité d’une re-création du syndicalisme révolutionnaire7. Si l’auteur n’a pas souhaité aborder des problèmes de ce genre, il n’en signale pas moins, en conclusion, les principaux obstacles auxquels se heurtera par force le mouvement libertaire s’il prétend sortir enfin, et durablement, de la tour d’ivoire où il se tient depuis des lustres. Il s’agit, à ses yeux, de la double tentation du « life style activism » – de « l’anarchisme du style de vie », qui repose sur le renoncement à changer le monde pour ne s’occuper que de se changer soi-même – et du choix d’un purisme sourcilleux qui, au nom des principes, conduit à une autre forme sociale d’abstention, guère moins nocive que la première. On ne voit pas comment on pourrait donner tort là-dessus à N. Baillargeon, mais cet auteur doit bien savoir que ce double écueil existe pratiquement depuis la naissance de l’anarchisme et que, quelque conscience qu’ils en aient eu depuis le début, les libertaires n’ont jamais trouvé moyen d’y échapper. Il faudra pourtant que nous soyons capables de faire face à ces difficultés, et à quelques autres8, si nous voulons mettre à profit la situation nouvelle créée par ce que le préfacier de l’Ordre moins le pouvoir appelle la double faillite du socialisme d’État, sous ses avatars social-démocrate et léniniste, dans laquelle il perçoit une chance historique pour le mouvement anarchiste de sortir de sa « marginalité chronique » et la possibilité de se constituer en « principale force de contestation et d’opposition » au capitalisme mondialisé9. Néanmoins, si les héritiers du parti de Lénine ont montré à l’envi la profonde nocivité d’une « révolution » menée par en haut et que la social-démocratie a fait la preuve qu’on n’instaurait pas le socialisme par décret parlementaire, il reste encore à convaincre une majorité de gens que la société de « libres et d’égaux » que postule l’anarchisme dans toutes ses variantes – à commencer, bien sûr, par l’anarchosyndicalisme – est toujours possible, à un moment où la « démocratie de marché» passe pour l’horizon indépassable de la vie en société et où l’imaginaire du capitalisme pèse d’un poids plus lourd que jamais sur les consciences.

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1 Parmi les publications libertaires apparues après 1995, je citerai – hormis Réfractions – , la revue de la CNT, les Temps maudits ; Débattre, publiée par AL ; l’Oiseau-tempête qui, sans être anarchiste au sens strict du terme, appartient sans aucun doute à la galaxie « libertaire ».

2 Ils le sont, comme on sait, à des degrés divers puisque Chomsky ne doit pas sa renommée à sa défense de la pensée et de l’action anarchistes, mais d’abord à son œuvre de linguiste et ensuite aux multiples ouvrages où il s’est livré à une critique sévère de la politique étrangère des États-Unis.

3 Sous le titre « Une proposition libertaire : l’économie participative », Normand Baillargeon avait donné dans la revue Agone une excellente introduction aux thèses de Michael Albert et Robin Hahnel. Tous ceux de nos lecteurs qui désireraient aller plus avant dans la connaissance du modèle dit d’économie participative – en anglais, participatory economics ou parecon – trouveront toutes les informations nécessaires sur le site www. parecon.org.

4 On regrettera, à ce sujet, que l’auteur adopte le point de vue ultra-pragmatique qui est aujourd’hui celui de Noam Chomsky, sans même se référer aux critiques qui lui ont été adressées dans le mouvement libertaire américain, dont nous nous étions fait l’écho dans un compte rendu du numéro 27 de l’Anarcho-Syndicalist Review, éditée par des militants des IWW (cf Les Temps maudits n°8, pp. 85–87).

5 Je pense surtout à ce qualificatif d’« alternatifs », appliqué à des syndicats comme les SUD et la CNT, qui reposent sur des principes de fonctionnement et d’organisation fort différents. Au rang des erreurs, je noterai celle qui a été commise sur le nom de Sam Dolgoff, un militant connu des IWW aujourd’hui disparu, qui est nommé deux fois Sam Goldoff ; quant au pédagogue anarchiste Ferrer y Guardia, il se voit affublé d’un prénom italien (Francesco) qui n’était pas le sien. Plus grave : on se réfère (page 111) à un attentat commis, en 1907, contre un certain Alphonse III – la faute est reprise dans l’index des noms propres – qui, à cette date, était mort depuis des siècles. À ces quelques erreurs, facilement rectifiables et qui n’affectent pas la valeur du petit livre de N. Baillargeon, j’ajouterai cette remarque, dont la cocasserie a échappé aux correcteurs, où l’auteur écrit (p. 74) que Voline aurait répondu par avance à Lénine dans une phrase où figure une allusion au nazisme, qui prouve que ladite phrase a été écrite bien après la mort du leader bolchevik.

6 L’adoption du terme « libertarian » de la part d’idéologues qui sont à des années-lumière des présupposés essentiels de la tradition libertaire s’explique essentiellement par le fait que celle-ci est peu connue aux États-Unis et que, par ailleurs, le mot « liberal » y est synonyme de « progressiste », « de gauche », d’« avancé».

7 Là-dessus, on se reportera à l’intéressant ouvrage publié en 1994 par l’Atelier de culture libertaire, Anarchosyndicalisme et anarchisme.

8 Parmi ces autres difficultés, il convient de signaler le fait qu’une partie de ce qu’on pourrait appeler le « programme » de l’anarchisme a été réalisée par les sociétés occidentales les plus « évoluées ». C’est en songeant aux avancées réelles qu’elles ont connues dans le domaine des mœurs, du droit des femmes, de l’éducation, etc., que João Freire a pu écrire un jour – de façon erronée, à mon sens – que l’anarchisme avait perdu, du coup, sa raison d’être historique.

9 On me permettra de ne pas suivre Charles Jacquier quand, à la fin de son avant-propos, il affirme que « l’anarchisme n’accèdera à la visibilité » que s’il parvient à « dépasser les clivages anciens » – j’imagine qu’il a en vue l’opposition avec le marxisme – et à renouveler « ses idées au contact des autres courants de la critique sociale (en particulier le communisme de conseils et le situationnisme) ». Je ne disconviens pas du tout de l’enrichissement que peut nous apporter une meilleure connaissance du courant représenté, entre autres, par Karl Korsch ou Paul Mattick – je n’en dirais pas autant du situationnisme – mais je doute que cela suffise au mouvement libertaire à retrouver l’audience qu’il a perdue là où il eut quelque importance ou, a fortiori, à trouver un écho là où il n’en a jamais eu : il n’est que de constater l’extrême faiblesse des groupes libertaires qui ont souhaité « dépasser » les vieux clivages pour s’en convaincre.

> cet article est aussi paru dans À contretemps (n°4, septembre 2001).

Miguel Chueca
Refractions , automne-hiver 2001
Compte-rendu

« Le désordre, c’est l’ordre moins le pouvoir » disait Léo Ferré. En référence à cette citation est le titre du court essai que publient, dans la collection dirigée par Charles Jacquier, Ies éditions Agone. Il s’agit d’une présentation du mouvement anarchiste due à la plume d’un militant anarchiste québécois universitaire. Le résultat est plutôt réussi et ce petit livre peut à bon droit être conseillé à qui veut découvrir ce riche mouvement d’idées qu’est l’anarchisme.

Après avoir rapidement présenté le débat conventionnel sur les racines de l’anarchisme – on sait que certains après Kropotkine n’ont pas hésité à considérer que l’anarchisme est présent dans toutes les pensées qui firent une place à la liberté individuelle quand d’autres ne veulent entendre parler que du mouvement anarchiste comme composante du mouvement ouvrier – I’auteur, là aussi assez classiquement, commence par une série de courts exposés sur l’apport théorique des grands fondateurs : Godvvin, Stirner, Proudhon, Bakounine et Kropotkine. A cette liste qui reprend le choix fait par Henri Avron dans ses ouvrages1, Normand Baillargeon a ajouté Noam Chomsky : ce qui étonnera peut-être le lecteur français auquel la plupart des écrits politiques de Chomsky sont restés inconnus faute d’avoir été traduits.

Une deuxième partie balise l’histoire du mouvement de quelques repéres événementiels comme autant de jalons indispensables : la Première Internationale et la Commune de Paris, le massacre du 1er mai 1886 à Chicago, les révolutions russe et espagnole et Mai 68. Si elle ne fait pas l’objet d’une partie spécifique, la période de la « propagande par le fait »est néanmoins évoquée pour être disqualifiée en ces termes : « sombre et indélébile tâche sur l’histoire de l’anarchisme » (p. 66).

La dernière partie est la plus originale. Elle est constituée de développements là encore succincts sur les références, apports anarchistes à certaines thématiques : I’économie l’écologie, Ie syndicalisme, le féminisme, la critique des médias, I’éducation et l’éthique. L’étude de ces thèmes permet d’illustrer l’actualité de l’anarchisme reliant les luttes d’hier à celles d’aujourd’hi. Le passage sur l’écologie est l’occasion de rappeler les théses de Murray Bookchin, celui sur le féminisme trace un fil rouge et noir de Louise Michel à Federica Montseny. L’anarcho-syndicalisme revit en France dans la CNT et SUD et, en Espagne. au sein de la CGT… Le dernier de ces exposés est consacré à l’anarcho-capitalisme pour mieux le dénoncer : « la liberté des anarchistes capitalistes est celle du renard libre dans le poulailler libre » (p. 134).

L’ensemble est utilement complété par un index des noms, une bibliographie intéressante, une liste de revues francophones et de sites internet tout au long de l’ouvrage, de nombreux auteurs sont cités2 ; ce qui donne à ce travail en dépit de sa brièveté une certaine densité. Enfin soulignons la place accordée aux auteurs et aux études anglo-saxonnes et l’esprit d’ouverture qui préside à l’ensemble qui fait se côtoyer Guy Debord avec Nestor Makhno.

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1 Notamment H. Avron, L’anarchisme Paris, PUF colL « Que-sais je ? », 1982, 127 p.

2 On peut regretter toutefois que l’auteur n’en donne pas toujours les références.

Dissidences , octobre 2001
Brève
Cet ouvrage d’un universitaire québécois, engagé dans le mouvement libertaire, constitue un vademecum particulièrement bienvenu pour tous ceux qui souhaitent avoir une première approche de l’anarchisme, né, comme le souligne Errico Malatesta, « d’une révolte morale contre l’injustice sociale ». L’auteur procède à un cadrage historique, remonte aux racines, cite les principaux théoriciens et les hauts lieux de l’anarchisme, avant d’examiner ses différentes positions en matière sociale, économique et éthique, comme dans les domaines de l’éducation et des médias. Il réfute ceux qui brandissent le drapeau d’un anarcho-capitalisme dont le premier terme n’est qu’une usurpation destinée à cacher les oripeaux d’un laisser-faire à tout va en matière économique.

En annexe, le lecteur est renvoyé à une plus ample bibliographie et un certaine nombre de sites Internet. Une double page consacrée spécifiquement au « plus connu des anarchistes contemporains, qui est aussi un des plus célèbres intellectuels vivants », Noam Chomsky.
Jean-Jacques Gandini
Le Monde diplomatique , juin 2001
Compte-rendu

Les éditions Agone, dans leur nouvelle collection « Mémoires sociales », viennent de faire paraître un petit livre du Canadien Normand Baillargeon, qui y procède, sous le titre L’ordre moins le pouvoir – Histoire et actualité de l’anarchisme, à un bref inventaire des doctrines et de l’action libertaire depuis leur apparition au XIXe siècle1. Cet ouvrage est d’autant plus le bienvenu que nous ne disposions de rien de tel depuis le classique L’anarchisme, de Daniel Guérin, qui a servi – et sert encore – d’introduction à la connaissance de notre tradition à des milliers de jeunes lecteurs mais qui a l’inconvénient, tout de même, d’avoir été publié il y a maintenant trente-cinq ans.
Précédemment publié au Québec, où il a connu – d’après Charles Jacquier, auteur de la préface et animateur de cette collection – un succès inattendu, cet opuscule s’adresse en priorité à un lectorat jeune, qui y trouvera l’exposition des thèses des principaux inspirateurs de l’anarchisme, depuis William Godwin jusqu’à Noam Chomsky. L’auteur effectue ensuite un survol de l’intervention historique des libertaires, à partir de l’Association internationale des travailleurs jusqu’au retour inattendu du drapeau noir en mai 68, en passant par leur action au cours de la révolutlon russe, sans oublier, bien sûr, le rôle des anarchchosyndicalistes espagnols dans l’échec (partiel) du coup d’État du général Franco puis dans la révolution sociale qui lui succèda. Le volume se poursuit par un chapitre consacré aux positions doctrinales du courant libertaire sur l’économie, I’écologie, I’éducation ou sur les questions éthiques ; en revanche, I’antimilitarisme et l’athéisme ont été curieusement oubliés. On y trouvera aussi une introduction à l’anarchosyndicalisme – et tout particulièrement une brève histoire du syndicalisme révoIutionnaire français – ainsi qu’un exposé sur les liens naturels qui unissent, ou devraient unir, la critique anarchiste au féminisme. Enfin, avant de conclure, I’auteur a jugé bon de faire un sort – à juste titre, il me semble – à une famille de pensée, plus américaine qu’européenne « I’anarcho-capitalisme », dont il montre combien elle est profondément étrangère à une authentique pensée libertaire.
On pourrait faire, sans doute, quelques reproches à l’auteur de cet opuscule. Je ne parle pas seulement de certaines erreurs ponctuelles2, qui n’entachent d’ailleurs en rien l’intérêt que présente ce petit livre de divulgation libertaire et disparaitront sans peine dans une prochaine édition, mais je pense aussi à quelques choix plutôt surprenants, comme le fait de ranger sous la même appellation de « syndicats alternatifs » des organisations comme les SUD – dont l’identité idéologique est mal assurée et les principes de fonctionnement calqués sur ceux des syndicats majoritaires – et d’autres comme la CGT espagnole ou la CNT française, qui se revendiquent explicitement de la tradition anarchosyndicaliste.
En revanche, il faut lui savoir gré d’avoir tenté de donner de l’anarchisme une image qui respecte la grande diversité des courants qui l’ont traversé – et le traversent encore – sans privilégier l’un au profit de l’autre mais sans cacher non plus les impasses auxquelles peuvent mener certaines attitudes répandues dans les milieux libertaires, principalement le repli sur ce qu’on appelle, outre Atlantique, le life-style activism (l’anarchisme du style de vie) mais aussi le refuge dans un purisme qui frappe d’interdit toute lutte visant des objectifs immédiats : c’est l’habituelle position de ceux qui se nattent d’avoir les mains propres alors qu’ils n’ont plus de mains.
Enfin un des plus grands mérites de ce livre est probablement de porter à la connaissance du public européen – tous âges confondus – l’existence d’une pensée libertaire vivante, non seulement celle du Père de l’écologie sociale, Murray Bookchin, dont l’œuvre est déjà bien connue hors des États-Unis, mais surtout celle des économistes « radicaux » américains, Michael Albert et Robin Hahnel, qui défendent depuis une dizaine l’années un projet d’économie socialiste libertaire, qui reprend le double héritage de l’anarchisme et du communisme des conseils et propose une alternative aux systèmes économiques fondés sûr la planification centralisée ou sur le « libre » jeu du marché.
Témoin de la renaissance actuelle des idées et des pratiques libertaires, ce petit livre contribuera – c’est du moins notre vœu – à dissiper les confusions sciemment entretenues autour d’elles par nos adversaires. Il devrait nous inciter aussi à secouer cette apathie qui caractérise notre mouvement depuis trop longtemps déjà, et qui n’est imputable qu’à nous seuls. Comme le rappelle fort opportunément Charles Jacquier dans son avant-propos, la double faillite du socialisme d’État – dans sa version lénino-stalinienne ou social-démocrate – offre une énorme chance historique au mouvement anarchiste organisé, à un moment où la parenthèse ouverte par l’octobre bolchevik se referme une fois pour toutes3. Comme, depuis la conversion définitive de l’extrême gauche (trotskiste et autre) au crétinisme parlementaire, nous sommes de fait les seuls à refuser le système établi et les règles par lui admises – y compris celle du « moindre mal » –, il est bon que certains d’entre nous s’occupent, à l’instar de Normand Baillargeon, de faire connaître à un public le plus large possible la richesse de la tradition dont nous nous réclamons. Ce faisant, ils nous aideront à retrouver cet orgueil libertaire qui semble souvent nous avoir abandonnés bien qu’il soit pourtant si nécessaire à la réaffirmation et au regain durable de nos idéaux.

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1 Et même avant si on veut bien se souvenir que la première formulation de la doctrine anarchiste se trouve dans le livre de William Godwin, Enquiry concerning political justice, paru en 1793.

2 En voici quelques-unes, très aisément remédiables : Sam Dolgoff, le militant des IWW auteur d’une étude sur les collectivités de la CNT, devient (pages 82 et 144) Sam Goldoff ; le pédagogue anarchiste Ferrer y Guardia est affublé (pages 110 et 143) d’un prénom italien (Francesco, au lieu de Francisco), à la page 111 et dans l’index, on parle d’un attentat contre AIphonse III, qui était en réalité le XIIIe du nom.

3 L’affirmation paraîtra sans doute très exagérée à beaucoup pour autant que la désintégration des régimes qualifiés par antiphrase de « socialistes » a accrédité l’idée, chez nombre de nos contemporains, qu’il n’y aurait plus d’après au capitalisme et à la démocratie représentative : c’est ce que Francis Fukuyama a appelé, à la manière hegelienne et avec une incroyable arrogance, la « fin de l’histoire ». La séduction qu’exercent les attraits du parlementarisme sur toute l’extrême gauche – pour ne rien dire des écologistes – ne peut évidemment que conforter une croyance de ce genre.

Miguel Chueca
Le Combat syndicaliste , mai 2001
Projection-débat « Chomsky et Cie »
Le mercredi 11 février 2009    Marseille 6 (13)
Projection-débat « Chomsky et Cie »
Le vendredi 23 janvier 2009    Fos sur Mer (13)
Projection-débat « Chomsky et Cie »
Le mercredi 21 janvier 2009    Gardanne (13)
Projection-débat « Chomsky et Cie »
Le dimanche 18 janvier 2009    Martigues (13)
Projection-débat « Chomsky et Cie »
Le samedi 17 janvier 2009    Marseille 16 (13)
Projection-débat Chomsky & Cie
Le mercredi 17 décembre 2008    Paris 5 (75)
Réalisation : William Dodé