Dans la collection « Éléments »

 
couverture
Franz J. Broswimmer
Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces

Parution : 17/03/2010

ISBN : 9782748901115

Format papier
288 pages (11 x 18 cm) 12.00 €
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Nouvelle édition
Titre original : Ecocide : a short history of mass extinction of species (Pluto Press, 2002)
Traduction et préface de Jean-Pierre Berlan

Une première traduction de ce livre est parue sous le titre Écocide (Parangon, 2003)

Pourquoi préserver la biodiversité devrait-il être une ­préoccupation majeure des êtres humains ? Une première réponse soulignerait simplement les impératifs et les soucis de notre existence collective, qui, comme celle de tout être vivant, dépend des autres.
La mondialisation de la dégradation de l’environnement et de l’extinction en masse des espèces exige un réexamen historique des pratiques sociales humaines. Après l’extermination de la mégafaune par nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, la socialisation de la nature se caractérise, avec l’apparition de l’agriculture et d’une société de classes, par la concurrence pour le surplus de production. Une logique à l’œuvre notamment dans les grandes civilisations englouties : Sumer (- 3700 à - 1600), Rome (- 500 à 500), Mayas (200 à 900), etc.
Mais les sociétés industrielles modernes se distinguent par leur compétence sans précédent à dominer la nature, avec une capacité unique dans l’histoire : détruire les écosystèmes à l’échelle planétaire. Pourtant l’idéologie dominante, fondée sur le culte de la croissance, persiste à nier que notre organisation sociale engendre ces comportements mortifères.
Un renversement des valeurs et une modification de la relation des humains entre eux sont aujourd’hui indispensables à la survie des espèces.

Adoptant une approche pluridisciplinaire, Franz Broswimmer de l’université de Hawaï décrit, de la révolution néolithique à la globalisation capitaliste, les racines sociales et historiques de la dégradation environnementale qui entraîne la fin des sociétés humaines. Enfin l’auteur esquisse d’incontournables alternatives.

Dossier de presse
Compte-rendu Offensive, juin 2012
Compte-rendu Louise Auriol La Révolution prolétarienne, mars 2012
Compte-rendu Aude Vidal L'An 02, Hiver 2011-2012
4000 ans de Fukushima François Ruffin Fakir, 01/07/2011
Extinction en masse V.C. La Décroissance n°80, juin 2011
Au-delà de l'effondrement Juan Asensio Stalker, 20/10/2010
Compte-rendu Etienne Aucouturier Etudes, octobre 2010
Les racines de l'écocide La Revue Durable, septembre-octobre 2010
Histoire vraie d'un suicide en cours René Diaz Zibeline, 15/09/2010
On continue à jouer ? Bernard Langlois Les blogs de Politis, 15/08/2010
Compte-rendu Altermondes n°22, été 2010
Compte-rendu Jean-Guillaume Lanuque Dissidences, juillet 2010
Jouons un peu avec les espèces disparues Baptiste Blog des eco-SAPIENS, 08/06/2010
compte-rendu Transrural n°395, mai 2010
« Alors que le Japon a refusé l’interdiction de la pêche au thon rouge… » CG Silence n°379, mai 2010
L’homme, ce fléau planétaire (et ça ne date pas d’hier) Lémi Article 11, 02/04/2010
Compte-rendu L'écologithèque, 31/03/2010
Compte-rendu Nicholas Sbarrato Vertigo, 01/12/2003
Compte-rendu
Préfacée par Jean-Pierre Berlan, cette histoire écologique de l’humanité pose le problème sous-estimé de la biodiversité et ceux, admis en fatalité, de la démographie explosive et de la course aux armements. Si l’écocide – l’assassinat du milieu de vie – débute il y a soixante mille ans par l’extermination de la mégafaune par les chasseurs-cueilleurs, l’ère de la planète comme zone sacrifiée s’enracine dans le capitalisme moderne surgi au XVIe siècle en Occident. Désormais soumis à une contrainte économique dématérialisée, ayant le profit en but premier, les peuples voient l’exploitation et le mépris de l’interdépendance des êtres vivants s’intensifier au XIX et XXe siècle, avec la montée de la pensée scientifique et technologique. Malgré la puissance d’un système criminogène érigeant le gaspillage et la surconsommation en modèle de civilisation planétaire, l’auteur nous demande de ne pas considérer l’écocide comme un fait accompli ni de croire en un impossible capitalisme vert.
Offensive, juin 2012
Compte-rendu

Nouvelle édition revue et augmentée du livre Ecocide, préfacée par Jean-Pierre Berlan, cette histoire écologique de l’humanité, en cinq chapitres nourris de plusieurs disciplines, traite du problème sous-estimé de la disparition de la biodiversité ; support de notre suffisance alimentaire et d’une bonne part de notre économie.
Moins consensuel que les ouvrages « d’écologistes émargeant au budget des multinationales », par son étude des raisons historiques, sociologiques et culturelles qui poussent les sociétés humaines à détruire les écosystèmes dont dépendent leur survie, Broswimmer donne un sens à l’écologie. La découverte du feu, l’arme du langage et les rapports de domination jouent un rôle central dans la dimension destructrice de l’évolution.
Démenti au mythe du bon sauvage, l’assassinat du milieu de vie débute il y a soixante mille ans quand les chasseurs cueilleurs d’Australie et d’Eurasie exterminent la mégafaune des grands herbivores et de leurs prédateurs.
Au néolithique, entre le Tigre et l’Euphrate, de l’apparition de l’agriculture découle les luttes pour les surplus agricoles, une société hiérarchisée, la division entre la vie et le travail et la première mise en esclavage des êtres vivants par l’exploitation des animaux domestiques.
Les bévues écologiques de l’Antiquité transforment en déserts les terres les plus fertiles d’alors et provoquent la chute de plusieurs empires et civilisations prospères.
Mais l’ère de la planète comme zone sacrifiée par un « homo oesophagus colossus » mangeur d’avenir s’enracine dans le capitalisme moderne surgit en Occident au XVIe siècle. D’une domination politique personnalisée, les peuples passent sous une contrainte économique dématérialisée ayant le profit en but premier. Des États nations se créent et entrent en conflits permanents pour le contrôle des ressources énergétiques. La nature devient un capital, une marchandise, et la propriété privée se sacralise.
Au XIXe et au XXe siècles, la montée de la pensée scientifique et technologique accroît la puissance de ce système criminogène qui se répand comme une métastase sur la planète entière : de 1990 à 1997 la production mondiale a dépassée celle des dix mille ans du néolithique aux années 1950 sans éradiquer la misère.
Le commerce allié à la guerre a également généré un complexe militaro-industriel facteur d’une course aux armements dévorant des budgets mondiaux dont l’équivalent de deux jours permettrait de sauver vingt-cinq points sensibles de la biodiversité.
L’écologie va de pair avec le pacifisme et la croissance démographique zéro ; de cinq cent millions vers 1600 la population mondiale atteint aujourd’hui sept milliards ce qui implique la disparition de toute terre arable d’ici deux cents ans et une pénurie d’eau pour deux personnes sur trois dès 2025.
Le tournant néolibéral des années 1980 accélère la mise à sac de la biosphère par des multinationales méprisant l’interdépendance des êtres vivants. Quarante-sept d’entre elles accumulent autant de richesses que cent trente pays sur les cent quatre-vingt quinze pris en compte – ce qui leur permet d’imposer la défense de leurs intérêts au personnel politique et d’ériger le gaspillage et la surconsommation en modèle de société universel. Leur chef de file, les États-Unis, soient 5% à 6% de la population mondiale, consomment 30% à 40% des ressources planétaires.
Selon l’économiste Kenneth Boulding, « celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un économiste » ; pour l’auteur, cette démence sociale est fortement conditionnée par une manipulation des médias marchands prompts à stigmatiser nos comportements individuels pour mieux dissimuler la culpabilité des vrais responsables.
Cent espèces végétales et animales ainsi que cinquante mille hectares de forets disparaissent chaque jour et il faudra dix à vingt-cinq millions d’années à la planète pour réparer les dommages infligés aux sols, aux climats et aux océans par les cent trente mille ans de présence de l’homo sapiens sapiens. Malgré cela, F. Broswimmer nous demande de ne pas considérer l’écocide comme un fait accompli ni d’attendre des solutions d’un impossible capitalisme vert qui tente déjà ne nous faire payer les services rendus jusque-là gratuitement par les écosystèmes. Comme le souligne Jean-Pierre Berlan, « il reste tant à privatiser ! les mers, le spectre électromagnétique, les rues, l’éducation, les montagnes, la police, l’eau, la vie, les idées, le langage… ».

Louise Auriol
La Révolution prolétarienne, mars 2012
Compte-rendu

Dernier en date à proposer une histoire de l’écologie et un ambitieux état des lieux dans un bouquin grand public, Franz Broswimmer adopte l’angle de la disparition de la grande faune. Et depuis cette porte d’entrée, le sociologue de l’environnement, chercheur à l’université d’Hawaii-Manoa, déroule une impressionnante histoire du monde, qui court de l’extinction de la mégafaune australienne autour de 50.000 av. J.-C. aux désastres d’une déforestation encouragée par la Banque mondiale, en passant par les exploits douteux de Buffalo Bill, tueur de bisons et affameur de populations locales. La déforestation (pour le chauffage et la construction de logements, de bâtiments somptuaires ou de bateaux) et la surexploitation agricole non seulement détruisent l’habitat de la faune, mais encore bousculent le cycle de l’eau. Ajouter à cela une chasse excessive, c’est le modus operandi idéal pour attenter aussi bien à la diversité de la faune qu’aux conditions environnementales de la survie des sociétés.
Les contempteurs/rices les plus obtu·e·s du capitalisme mondialisé, les amoureux/ses des bons sauvages, les nostalgiques d’une époque où c’était beaucoup mieux, tout·e·s risquent d’être déçu·e·s par cette « brève histoire » qui bouscule quelques idées reçues. Non, les chasseurs-cueilleurs n’ont pas forcément vécu en harmonie avec la nature : aussi bien les Aborigènes que les Indien·ne·s d’Amérique du Nord ont su décimer 95 % de leur grande faune et dégrader leur environnement au point que celui-ci ne se compose plus que de plaines inhospitalières ; les hommes préhistoriques n’ont pas été de reste en Europe, et on a découvert des charniers où la viande de milliers d’animaux a pourri aussi inutilement que les bisons décimés par les colons américains. Non, la tension démographique n’est pas une raison essentielle de la dégradation de l’environnement, comme l’annonce Jared Diamond. C’est plutôt le rapport de l’être humain à la nature qui est en jeu, et le rapport des êtres humains entre eux.
Avec l’abandon de ses rites les plus en phase avec la nature, la Rome antique développe une hubris comparable à celle de Descartes et Newton. L’existence de surplus, de richesses non-nécessaires, établit souvent une classe privilégiée qui exerce sa domination sur les autres classes, paysan·ne·s, artisan·e·s, exigeant l’accroissement infini des surplus, poussant à la surproduction ou à l’exploitation des ressources naturelles au-delà de la capacité de régénération du milieu. La guerre, domination ultime, est abondamment décrite par Broswimmer comme l’occasion des pires prédations. Pour sa préparation d’abord : la marine athénienne rase les forêts environnantes pour construire ses bateaux ; les armées modernes consomment terres, carburants et budgets publics dans des proportions qu’on préfère souvent oublier. Mais la guerre elle-même s’accompagne depuis des siècles d’un assaut sur les ressources environnementales des ennemi·e·s, et si le sel déposé sur les terres de Carthage détruite tient peut-être de la légende, le tapis de bombes et de napalm dont l’armée US a recouvert le Vietnam est l’exemple le plus emblématique de l’écocide à l’échelle d’un pays.
Broswimmer décrit cette violence, consciente ou non, sur l’environnement dans un continuum impeccable. Les grandes tendances sont les mêmes dans l’histoire des sociétés qu’il décrit2, mais le changement de rythme introduit par le capitalisme et le progrès technique est bien visible. Les exemples antiques emblématiques (Mésopotamie, Athènes, Rome, le Chaco, l’empire Maya, l’île de Pâques) sont bien documentés dans le second chapitre. Mais trois chapitres sur cinq sont au total consacrés aux écocides capitalistes, de l’Europe du XVe siècle jusqu’à la dictature du FMI et de la Banque mondiale, et ils s’attachent autant aux structures sociales qu’à un imaginaire scientiste et « progressiste ». On comprend l’intérêt pour la maison d’édition Agone, spécialisée dans une histoire sociale critique (de Chomsky à Howard Zinn, en passant par Jean-Pierre Berlan, auteur de La Guerre au vivant et de la préface de cette édition), de se pencher pour une fois sur la question écolo en donnant au public français une belle seconde chance de découvrir le travail de Franz Broswimmer.

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1 L’édition de 2010 du livre de Broswimmer vient après le best-seller de Jared Diamond, Effondrement (Gallimard, 2006), mais il a été publié avant, tant aux USA qu’en France (première édition française par Parangon en 2003, sous le titre Écocide).

2 On peut regretter que, faisant le journal des mauvaises nouvelles, il passe sous silence les sociétés qui ont respecté leur environnement, laissant malgré lui l’image (anthropologiquement fausse) d’une « nature humaine » décidément mauvaise…

Aude Vidal
L'An 02, Hiver 2011-2012
4000 ans de Fukushima

À Fukushima, on en était réduit à ça : jeter de la flotte, depuis un hélicoptère, sur les réacteurs. Avant ça, BP avait bien peiné avant de reboucher son trou au large de la Louisiane. Quand un volcan islandais éternue, c’est toute l’Europe qui s’enrhume. Et même dix centimètres de neige nous mènent au bord de la panique. Alors, est-ce que le système n’arrive pas à bout ? Est-ce que, avec toute notre technologie, on n’est pas en train de rentrer à toute blinde dans le mur écologique ? On ne serait pas les premiers à se suicider par l’environnement… Des Sumériens aux Mayas, des Anasazis aux Romains, dans Une Brève histoire de l’extinction en masse des espèces (Agone, 2010), Franz Broswimmer décrit ces civilisations disparues pour cause d’ « écocide ». à nous le tour ?

> Lire en ligne l’article sur le site du Fakir:
Partie 1
Partie 2

François Ruffin
Fakir, 01/07/2011
Extinction en masse

Le mois dernier, nous avions rendu compte de La Décroissance Heureuse de Maurizio Pallante. Ce mois-ci, c’est moins gai. Publié auparavant chez Parangon sous le titre Ecocide, les éditions Agone réeditent un ouvrage important : Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces. À l’image de Jared Diamond et de son livre à succès Effondrement, Franz Broswimmer brosse l’histoire des multiples désastres écologiques de l’histoire de l’humanité. Nos lecteurs et lectrices y trouveront de nombreux arguments pour appuyer leurs thèses comme le célèbre désastre de l’île de Pâques. L’auteur nous expose un, sinon LE, dilemme de du développement : « […] la contradiction suprême : l’Homo sapiens ne peut poursuivre dans cette voie et en même temps survivre. » Cela dure « depuis l’apparition de l’agriculture. […] La socialisation (l’humanisation) de la nature a été sujette à de nouvelles règles définies par des luttes pour le surplus de production. » Et oui, l’origine du capitalisme ne date que de 8000 ans… Cependant, l’auteur inscrit sa réflexion dans la lignée de la sociobiologie1, une analyse qui réduit l’histoire de l’humanité à celle des animaux. On vaut un peu mieux que ça !

1 Sociobiology, 1975 pour l’édition abrégée et traduit en 1987, La Sociobiologie, Ed. Le Rocher.

V.C.
La Décroissance n°80, juin 2011
Au-delà de l'effondrement

Je pensais, comme beaucoup de mes lecteurs sans doute, que les nombreuses descriptions d’un monde post-apocalyptique n’avaient de valeur que purement imaginative, littéraire, puisque leur vertu première était, bien sûr, l’exagération.
Je me trompais bien sûr, comme j’ai pu le constater après avoir lu le remarquable livre de Franz Broswimmer. Certes, on pourra reprocher à cette étude très fouillée son parti pris furieusement anti-capitaliste mais enfin, il faut bien reconnaître que les exemples que donne l’auteur, s’appuyant sur une multitude de chiffres et de travaux de scientifiques, sont absolument terrifiants.
Que les choses soient parfaitement claires, semble hurler Broswimmer à ses lecteurs : nous ne devons pas penser que la catastrophe, locale (et donc) planétaire est devant nous mais, bien au contraire, que nous vivons dans un monde qui est déjà irrémédiablement saccagé. L’auteur écrit ainsi : «Comme les ruines d’un château médiéval, la “nature” contemporaine est un simple vestige de sa gloire passée» (p. 12). Jean-Pierre Berlan, dans sa percutante préface au livre de Broswimmer, écrit : «Ces quelques observations sur la mathématique de la croissance (exponentielle) montrent : a) qu’un effondrement peut survenir en une période de temps brève à l’échelle historique, une trentaine d’années; b) qu’il se produit sans prévenir et avec une brutalité inouïe; c) qu’il s’accélère continuellement – d’autant plus que la Croissance reste l’objectif de toutes les «élites» mondiales; et, d) qu’il peut prendre des proportions planétaires»1.
L’une des forces de l’ouvrage de Broswimmer est de nous démontrer que, loin d’être une trouvaille maléfique propre à notre seule époque, l’écocide2 actuel a été préparé, si je puis dire, depuis des siècles, des millénaires même. Les exemples choisis par l’auteur, qu’il s’agisse des Sumériens3, des Grecs4, des Romains5 ou même des indiens Anasazis6 sont tout simplement impressionnants.
Et Broswimmer d’enfoncer le clou en remontant plus loin encore dans le passé, en affirmant que : «L’extermination de la mégafaune au pléistocène proche est sans doute le premier indicateur de l’accroissement des capacités de transformation infinies des hommes modernes sur les espèces et les écosystèmes» (p. 51).
C’est bien simple, je crois que l’auteur n’est pas loin de penser que l’apparition du langage, de la conscience symbolique ainsi remarquablement éveillée, est tout simplement la cause première de la destruction, par l’homme, de son habitat : «Grâce à sa capacité biologique unique pour la culture l’Homo sapiens a acquis l’impressionnant pouvoir de s’imposer de l’intérieur à la nature. Mais ce pouvoir est une arme à double tranchant : il crée et il détruit. L’écocide constitue la dimension destructive de l’évolution culturelle» (p. 62). Autant dire que cette évolution culturelle est rigoureusement la même que notre capacité à détruire le monde qui nous porte !
Ce même habitat a été et continue d’être saccagé par la faute d’une autre invention, moderne celle-ci, le capitalisme qui est : «fondé sur une philosophie rationaliste et cohérente exprimant une confiance absolue en un progrès éternel. Elle est matérialiste et utilitaire sans honte aucune, critique de ceux qui échouent dans la course au profit, et incroyablement gaspilleuse» (p. 125).
Appuyant le constat particulièrement pessimiste de Franz Broswimmer, Jean-Pierre Berlan a donc raison d’écrire que : «Ce qui est certain en tout cas, c’est que la concurrence «libre et non faussée» des «imbéciles» (au sens où Bernanos emploie ce terme, c’est-à-dire ces technocrates dont la compétence consiste à «se tromper selon les règles» – pour paraphraser Valéry) nous conduit à l’abîme» (p. 23 de sa préface).
Il y a tout de même quelques raisons d’espérer un avenir meilleur, à condition, remarquons ce point étrange sous la plume du si peu passéiste Broswimmer, que nous sachions tirer les leçons d’un passé encore récent puisque c’est celui du Moyen Âge : «Toutes les notions modernes de sécurité, aussi bien personnelle que nationale, découlent de la privatisation du monde. Le passage d’un monde médiéval d’accords communautaires et sacrés à un monde industriel régi par des forces profanes de marché a engendré la chute de l’homme public et la montée éclatante de l’individu privé» (p. 149).
Quel avenir, dès lors, pour celui que Broswimmer surnomme, méchamment, l’Homo œsophagus colossus ? «Le monde deviendra-t-il, se demande l’auteur dans son Épilogue, une friche écologique d’espèces exterminées, d’hommes expulsés de leurs forêts, de bidonvilles urbains boursouflés, de millions d’hectares de pâtures dégradées et de rivières empoisonnées ?» (p. 224).
Il n’y en aura aucun, d’avenir, à moins que nous ne décidions, afin de nous extraire comme nous le pourrons de notre époque destructrice qui est un «âge d’écocide» (cf. p. 225), afin encore de nous libérer de notre cage d’écureuil géante7 qui est une prison néo-libérale8, d’opter pour une «démocratie écologique» aux contours pour le moins assez imprécis qui semblent toutefois annoncer une espèce de communautarisme bon teint, débarrassé de ses excès communistes : «La propriété privée et l’économie à la poursuite du profit, louées au sein d’un système de nations-entreprises, détruisent le patrimoine naturel de la planète, ressource qui doit être partagée par tous sous la responsabilité de chacun» (p. 169).

———

1 Préface intitulée « L’écocide, ou l’assassinat de la vie » de Jean-Pierre Berlan à Franz Broswimmer, Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces, op. cit., p. 15.

2 «[…] la notion d’«écocide» a été originellement élaborée dans les années 1950 et 1960 pour désigner le terrorisme environnemental et la politique de terre brûlée des armées impériales dans le Sud-Est asiatique» (p. 157). Dans son introduction, Franz Broswimmer écrit encore que son étude «traite d’un aspect particulier de la mondialisation, à savoir les processus d’ensemble qui conduisent à la colonisation et à la destruction des écosystèmes dont la vie dépend» (p. 5).

3 «L’agriculture sumérienne s’effondre effectivement en 1 600 av. J.-C., provoquant la disparition de cette civilisation glorieuse» (p. 83).

4 «L’expansion démographique et économique des cités-États grecques mène à la destruction progressive des riches forêts de pins et de chênes pour satisfaire un appétit insatiable de bois d’œuvre, de feu et de charbon de bois» (p. 84).

5 «L’Empire épuisa les terres de l’Ancien Monde méditerranéen, et ce faisant, il sapa lui-même ses chances de survie. Les Romains laissèrent aux civilisations suivantes un effrayant monument à leur folie écologique : les zones humides fertiles d’Afrique du Nord qui avaient un jour rempli les silos de l’Empire étaient devenus des déserts» (p. 98).

6 «L’augmentation de la population ajoute une contrainte supplémentaire importante sur les ressources de la région. Lorsque les terres ne suffisent plus à faire vivre la population, la culture anasazi disparaît en même temps que le milieu écologique sur lequel elle est basée» (p. 101).

7 «Le système mondial du moulin de discipline [de production], largement responsable du rythme accéléré de l’écocide, est «une sorte de cage d’écureuil géante» où tout le monde est enfermé sans que personne ne puisse ou ne veuille en sortir» (p. 200). Sur ce moulin de discipline qui était en fait un instrument de torture utilisé au Moyen Âge et dans les prisons anglaises du XIXe siècle, voir John Kenneth Gaibraith, How to Get the Poor Off Out Conscience, Harpers Magazine, novembre 1985.

8 Selon l’auteur, «le processus social de «mondialisation néolibérale» [est] caractérisé par la transnationalisation de la production, la stimulation du rendement, la perméabilité des frontières nationales [et] la compression du temps et de l’espace alimentée par la révolution des technologies des communications et des transports» (p. 184).

Juan Asensio
Stalker, 20/10/2010
Compte-rendu
Dans Une brève histoire de l’extinc­tion en masse des espèces, le chercheur de l’université de Hawaï Franz Broswimmer propose une histoire natu­relle et politique de la destruction par l’homme des écosystèmes. Son approche est comparable à celle du bio­géographe Jared M. Diamond dans Guns, germs and steel, ou à d’autres tra­vaux d’histoire environnementale, comme Ecological Imperialism, de l’his­torien Alfred W. Crosby. Ils visent à rendre compte du rôle de la biologie et de l’écologie dans l’histoire humaine. L’originalité de cet ouvrage, intitulé Ecocide dans sa version originale anglaise, réside dans sa critique ouverte des effets écologiques et sociaux délétères spécifiques du capita­lisme. La destruction des écosystèmes par l’homme a accompagné les dévelop­pements et effondrements des civilisa­tions. En ne prenant pas en compte le caractère limité des ressources natu­relles, les sociétés humaines ont chro­niquement épuisé des écosystèmes et éliminé massivement des espèces. Cet habitus destructif trouve selon F. Broswimmer son paroxysme dans le capitalisme néolibéral, basé sur la culture de la croissance économique, qui fait peser à l’échelle globale la menace de la destruction des condi­tions de possibilité biologiques de l’existence humaine. Il plaide ainsi en faveur du projet alternatif de réaliser la démocratie économique et écologique et considère que sans réelle délibéra­tion globale, nous aurons « failli à la revendication de sagesse que présume le nom de notre espèce “Homo sapiens sapiens” ».
Etienne Aucouturier
Etudes, octobre 2010
Les racines de l'écocide

S’il fallait n’en lire qu’un seul, il faudrait choisir celui-là. Antérieure à Effondrement de Jared Diamond, Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces est magistralement synthétique et plus profonde et plus acérée que ce retentissant best-seller sur le même thème. Franz Broswimmer couvre le parcours de l’humanité de la préhistoire à aujourd’hui et met le doigt sur les causes de sa propension à détruire le vivant qui l’entoure au point de générer des civilisations écocidaires alors même qu’elles dépendent de leur environnement pour leur survie.
Des civilisations sumérienne, grecque, romaine, anasazi, maya et pascuans, toutes effondrées, à la société capitaliste, industrielle et technologique actuelle qui vide les mers, lamine les sols sur des échelles inédites, déforeste à outrance, sature les écosystèmes de redoutables polluants et extermine en masse toutes les espèces ou à peu près, Franz Broswimmer traque les traits cognitifs, psychologiques, sociologiques, institutionnels et culturels qui poussent Homo sapiens à tuer avec autant d’insistance et de constance.
Ces traits l’on mené au bord du gouffre où il se trouve maintenant. Quelques changements à portée de main pourraient pourtant, in extremis, l’empêcher d’y sombrer définitivement.

La Revue Durable, septembre-octobre 2010
Histoire vraie d'un suicide en cours
Et si nous vivions nos derniers jours en tant qu’espèce ? L’auteur n’est pas définitivement pessimiste mais il lance une mise en garde qui ressemble à un chant du cygne. Reprenant les travaux de nombreux scientifiques, il dresse le constat d’un « écocide » en train de se produire : en détruisant notre environnement, c’est notre propre existence que nous mettons en cause. Cet effrayant constat n’est pourtant pas une élucubration. C’est le résultat de l’histoire de l’homme. Après les grandes disparitions d’espèces du secondaire, l’homme a fait son apparition. Fragile, menacé par les autres prédateurs, il a su mettre en place des stratégies pour survivre. Son intelligence lui a rapidement permis de maîtriser son environnement. Il s’est mis à conquérir et à détruire. Les grands fauves ont disparu, incapables de lui résister. Ainsi en Australie, grâce aux feux, les aborigènes ont exterminé toute la méga-faune, des lézards géants aux crocodiles de terre. Partout dans le monde il a répété la même leçon. Avec la maîtrise de l’agriculture et l’élevage, il a modifié son milieu pour satisfaire ses besoins. Il a alors contribué à sa propre ruine. Des civilisations, telle celle des Anazasis du Chaco qui vivaient dans les pueblos, ou les Mayas ont disparu par tarissement de leurs ressources. Aujourd’hui, le triomphe du capitalisme et du profit ont accéléré et multiplié les menaces : les forêts sont détruites, la biodiversité menacée…
Au delà de la forme parfois un peu fruste de l’écriture, cet ouvrage nous aide à saisir les dangers qui pèsent sur notre avenir par une analyse du passé et du présent.
René Diaz
Zibeline, 15/09/2010
On continue à jouer ?

Toujours une citation, saisie au hasard de mes lectures, dont je vous invite à découvrir l’auteur.
«  Et ils sciaient les branches sur lesquelles ils étaient assis, tout en se criant leurs expériences l’un à l’autre pour scier plus efficacement. Et ils chutèrent dans les profondeurs. Et ceux qui les regardaient hochèrent la tête et continuèrent à scier vigoureusement. »

########### La Réponse :
Enigme trouvée en moins d’une heure, bravo.

La citation est en effet une phrase de Bertold Brecht , tirée d’un de ses contes, et qui figure en exergue d’un livre important paru en traduction française en 2003, et réédité au printemps dernier par les éditions Agone.
Une Brève histoire de l’extinction en masse des espèces est l’œuvre d’un professeur de l’Université d’Hawaï, Franz Broswimmer, qui démontre de façon implacable que l’homme est bel et bien en passe de détruire son cadre biologique, se rendant coupable de ce que l’auteur appelle un “ écocide ”. Et ce, depuis les origines de Sapiens sapiens, dès le jour où, devant un auroch ou un ours brun, il eut l’idée du manteau de fourrure …
Bien sûr, l’avènement du capitalisme et de l’ère industrielle, avec ses moyens techniques et sa rapacité sans limites, a donné une dimension grandiose à un saccage planétaire engagé dès les origines, et nous ne sommes plus très loin de tomber de la branche, pour reprendre l’image de Brecht (dans l’excellente préface de Jean-Pierre Berlan, on trouve une autre métaphore, celle du nénuphar, qui double sa surface chaque jour : nous sommes l’avant dernier jour et l’étang qui symbolise notre planète, n’est encore recouvert qu’à moitié : « On a bien le temps de voir venir ! », disent tous les Allègre de la terre. « Mon cul ! », répond Zazie, qui, à défaut des règles de la croissance exponentielle connaît la devinette du nénuphar ; il suffira en effet d’un jour de plus pour que toute la surface soit recouverte, étouffant définitivement toute forme de vie …) : nous chutons dès demain dans les profondeurs, et les cons crient : « encore, encore ! »
Lisez donc cette Brève histoire [1] qui fait froid dans le dos.
Et pour une analyse plus complète, je vous renvoie à cet article fort bien fait et illustré de belle manière.

Bernard Langlois
Les blogs de Politis, 15/08/2010
Compte-rendu
Si l’histoire nous apprend quelque chose, c’est bien que nous ne pouvons ignorer notre impact mondial sur les autres espèces et leurs milieux qu’à nos risques et périls”, explique Franz Broswimmer, chercheur à l’université de Hawaï, en conclusion de son livre ”Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces”, que les éditions Agone viennent de rééditer. Au terme d’un réquisitoire implacable, qui retrace l’histoire écologique de l’humanité en s’appuyant sur une bibliographie massive et de nombreux exemples de civilisations englouties, il met en cause le modèle économique dominant et l’aveuglement égoïste des élites et il en appelle à la seule solution viable : l’instauration d’une démocratie (au vrai sens du terme) écologique, à l’échelle mondiale.
Altermondes n°22, été 2010
Compte-rendu

Déjà édité une première fois en 2003 par les éditions Parangon, ce petit opuscule de l’universitaire hawaïen Franz Broswimmer est ici préfacé par Jean-Pierre Berlan, qui oppose Jared Diamond (auteur du succès de librairie Effondrement), inscrit dans l’idéologie néo-libérale, et Franz Broswimmer, dont la critique se centre sur les rapports de domination, avec l’émergence dès le néolithique de classes dominantes.

Tout au long de son étude synthétique, ce dernier se penche en fait sur les divers écocides, compris comme extinctions de masse des espèces, celui perpétré par l’humanité s’inscrivant dans la suite de ceux de la Préhistoire, œuvres d’une nature aveugle. Il livre ce faisant un excellent résumé de l’évolution menant à l’ homo sapiens sapiens, insistant sur le rôle essentiel de la maîtrise du feu, en tant que moyen de briser les rythmes strictement naturels et de favoriser l’éveil de la conscience. Le premier élément d’écocide humain qu’il repère concerne la disparition de la mégafaune par une chasse intensive, au quaternaire récent. Et d’emblée, un problème se pose : quelle responsabilité peut-on imputer à l’espèce humaine, sachant qu’elle n’avait aucune connaissance, à l’époque, des implications de ses actions à l’échelle de l’écosystème terrestre ? Le terme d’écocide, qui évoque inévitablement celui, hautement culpabilisant, de génocide, impliquant d’ailleurs une volonté délibérée, est-il bien approprié ? Quelle alternative existait-il à l’époque, ne peut-on parler ici de nécessité ? On le voit, l’anachronisme n’est pas loin.

Il en est d’ailleurs de même en ce qui concerne les exemples que Franz Broswimmer prend dans l’Antiquité ou le Moyen Âge, de la Mésopotamie où les sols subissent une progressive salinisation, à la déforestation des rivages de la Méditerranée par les Grecs, en passant par les Mayas ou les Pascuans, déjà mis en valeur par un Jean Chesneaux (voir L’engagement des intellectuels. 1944–2004. Itinéraire d’un historien franc-tireur). Au risque d’ailleurs de surestimer cette donnée écologique dans la « chute » de certaines civilisations, en particulier pour les Grecs… ou pour l’URSS ! Le véritable changement d’échelle correspond aux débuts du processus de mondialisation et du capitalisme, la nature devenant alors une simple marchandise. A partir de 1492, la diversité des espèces connaît une chute drastique, à travers le commerce des fourrures ou la pêche commerciale de la baleine, la domination progressive de l’Europe se matérialisant aussi dans la diffusion de sa faune et de sa flore. Avec l’impérialisme moderne et les guerres qui en découlent, l’écocide franchit un palier supplémentaire, tant les armes de destruction massive provoquent de ravages écologiques (Seconde Guerre mondiale, Vietnam). L’auteur montre d’ailleurs très bien que le plus gros pollueur n’est autre que le complexe militaro-industriel !

Tout au long de son exposé, la liste véritablement saisissante des disparitions d’espèces a de quoi impressionner. Tenté par une accusation du milliard d’habitants le plus riche, Franz Broswimmer distingue heureusement la surconsommation des plus riches, attribuant une responsabilité majeure au néo-libéralisme, avec l’exemple des plans d’ajustement structurel qui, augmentant le montant de la dette à rembourser, intensifient l’exploitation des ressources naturelles des pays concernés. Ses perspectives d’avenir sont par contre quelque peu confuses : la suppression du capitalisme n’est pas clairement énoncée, même si le capitalisme vert ou la responsabilisation individuelle au détriment de celle des entreprises sont clairement critiqués. Les alternatives proposées se résument essentiellement à une « démocratie écologique » et une « propriété publique mondiale équitable » : il y a donc là de quoi poursuivre la réflexion.

Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences, juillet 2010
Jouons un peu avec les espèces disparues
> Compte-rendu à lire en ligne sur le blog des eco-SAPIENS
Baptiste
Blog des eco-SAPIENS, 08/06/2010
compte-rendu

« Si les journaux radio-télévisés quotidiens faisaient preuve de réalisme écologique, tout autour du monde les téléspectateurs entendraient soir après soir une information comme celle-ci : “Aujourd’hui encore, ce sont 100 espèces animales et végétales qui ont disparu, quelque 50 000 hectares de foret tropicale humide qui ont été anéantis ; les déserts se sont agrandis dans le monde de 20 000 nouveaux hectares ; l’économie mondiale a consommé aujourd’hui l’équivalent de 22 millions de tonnes de pétrole et par conséquent nous aurons durant ces mêmes 24 heures collectivement relâché dans l’atmosphère 100 millions de tonnes de gaz à effet de serre de plus…” » Le chercheur hawaïen Franz Broswimmer pointe le caractère suicidaire pour l’humanité de cet « écocide » (assassinat du milieu de vie). Alors que la mondialisation accélère la colonisation et la destruction des écosystèmes, il rappelle que la Terre a déjà connu trois grandes extinctions cataclysmiques et que différentes « bévues écologiques » ont déjà provoqué la disparition de civilisations en Mésopotamie, au Mexique, sur l’île de Pâques…
Soucieux d’identifier les « racines sociales et historiques de la dégradation environnementale », Franz Broswimmer s’intéresse plus particulièrement à l’extermination de la « mégafaune » (mammouth, élan irlandais géant, bison géant…) par nos ancêtres chasseurs-cueilleurs. Il en a résulté un développement spectaculaire de l’agriculture et, plus généralement, de la « socialisation de la nature », avec des conséquences telles que l’émergence d’une société de classes et la concurrence pour le surplus de production. Aujourd’hui, si nous ne remettons pas en cause le « culte de la croissance » dont nous avons hérité, l’espèce humaine risque fort de durer infiniment moins longtemps que les dinosaures…

Transrural n°395, mai 2010
« Alors que le Japon a refusé l’interdiction de la pêche au thon rouge… »
Alors que le Japon a refusé l’interdiction de la pêche au thon rouge, l’essai en question rappelle que la mégafaune a été exterminée au pléistocène, que « l’Afrique a perdu le buffle, le gnou et l’hipparion géant », que vous ne verrez plus jamais d’ours cavernicoles ou de smilondons (tigres à dents de sabres). « Comme les ruines d’un château médiéval, la nature contemporaine est un simple vestige de sa gloire passée » affirme ce biologiste de l’université de Hawaï. Une raison de s’en soucier ? L’irréversibilité des extinctions. Si des causes naturelles ont fait disparaître les dinosaures, désormais l’homme accélère le rythme du génocide. Les bisons étaient abattus par une vedette du cirque qui tirait les animaux « pour s’amuser », les Maoris en finissaient avec les Moas. En 1938, les Chinois dynamitent une digue, ruinant l’écologie de trois provinces, pour stopper l’avancée japonaise. Dans cette brève histoire, traitant de l’enclosure comme de la guerre moderne, l’auteur soutient que l’absence de démocratie économique porte en elle l’écocide mondial. Réédition d’un livre initialement paru chez Parangon : Ecocide.
CG
Silence n°379, mai 2010
L’homme, ce fléau planétaire (et ça ne date pas d’hier)
Lire l’article en ligne.
Lémi
Article 11, 02/04/2010
Compte-rendu

« Les changements de la biosphère mondiale induits par l’homme sont sens précédent. Ils comprennent la rupture à l’échelle mondiale des cycles biochimiques, le changement climatique rapide, l’érosion massive des sols, la désertification de vastes étendues, et le largage effréné de toxines synthétiques et d’organismes génétiquement modifiés. […] À l’ère de la mondialisation néolibérale, les humains se sont transformés en “mangeurs d’avenir”, ou Homo œsophagus colossus. »

Dans Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces, paru aux éditions Agone dans la collection Éléments, l’auteur, Franz Broswimmer, dresse un portrait sans concession de l’espèce dominante et super-prédatrice qu’est l’homo sapiens et qui est, peut-être, la prochaine sur la liste des espèces en voie de disparition. Il emploie le terme d’écocide pour caractériser cette extinction en cours. Un terme qui frappe les esprits et reflète justement l’étendue du désastre.

Dans un premier temps, Broswimmer retrace l’odyssée humaine et tente d’expliquer les raisons de ce qu’il considère comme une autodestruction finale. Le propos n’est certainement pas neutre et pourra choquer nos contemporains qui sont persuadés que la technique, le génie humain et la « baraka » devraient nous sortir d’affaires…
Notre évolution au cours des siècles démontre que notre espèce a pesé depuis toujours sur les écosystèmes, à commencer par l’extermination de la mégafaune à laquelle nous avons participé dès le pléistocène.
L’auteur donne au langage le rôle central, il en fait la « clé qui permet de comprendre l’histoire humaine et les capacités de notre espèce. » L’homme a acquis, grâce à sa capacité pour la culture, « l’impressionnant pouvoir de s’imposer à l’intérieur de la nature. » Un double pouvoir : celui de créer, mais aussi et surtout son pendant : celui de détruire. Ce dernier étant, d’après Broswimmer, constitutif de l’écocide, la « dimension destructive de l’évolution culturelle. »

Croire que nous sommes à l’abri d’un effondrement de notre civilisation serait une funeste erreur. Dans Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces Broswimmer donne des exemples de « super-puissances » qui, du jour au lendemain, ont disparu — bien souvent du seul fait de leur action écocidaire.
Des bévues écologiques qui ont entraîné la disparition des civilisations mésopotamiennes, grecques, romaines, mayas ou encore pascuanes. Et de conclure ce chapitre : « … la modernité a permis à l’écocide de s’échapper de son cadre auparavant localisé, et d’en faire pour la première fois un phénomène vraiment mondial. »
Il s’agit bien de notre civilisation dite moderne, capitaliste, productiviste, mangeuse de ressources naturelles et destructrice du bien commun au profit de sa privatisation pour le bénéfice d’une minorité dont il est question. « La phase la plus récente de l’histoire de l’écocide correspond à la fin de l’ère impérialiste du capitalisme. Les pays riches du Nord se sont lancés dans le projet néolibéral d’une dérégulation et d’une marchandisation mondiales. »

Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces est à la fois un livre d’histoire, un livre de paléo-sociologie, un livre politique et un cri d’alarme.
Voilà ce que nous sommes, ce que nous avons fait. « À moins que nous n’agissions vite pour inverser radicalement notre actuel cap écocidaire, nous aurons honoré cette planète pour un temps bien plus bref que nos puissants prédécesseurs reptiliens. »
Est-il tabou de dire les choses telles qu’elles sont ? Quand bien même elles sont parfois difficiles à entendre, blessent notre orgueuil et nous responsalisent.
Il est urgent d’alerter et de contribuer à une prise de conscience collective avant que nous ne soyons à notre tour les Mayas ou les Sumériens d’un livre d’histoire qui ne sera lu, cette fois-ci, par personne.

Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces est un livre exceptionnel, à lire de toute urgence.

Consulter le site Ecologithèque.com

L'écologithèque, 31/03/2010
Compte-rendu
Chercheur au Globalisation Research Center de l’Université d’Hawaï à Manoa, Franz J. Broswimmer nous livre un ouvrage dont le but est incontestablement de tirer la sonnette d’alarme. Au cours d’un voyage historique cheminant des sociétés préhistoriques et de leurs impacts sur l’environnement jusqu’à l’exploitation commerciale des espèces et la destruction de leur habitat que nous connaissons aujourd’hui, l’auteur adopte une approche interdisciplinaire pour recenser les vecteurs sociaux, politiques, économiques et idéologiques du phénomène anthropogène d’écocide.

Le livre se structure en cinq parties. Dans le premier chapitre intitulé « L’odyssée humaine : de l’évolution biologique à l’évolution culturelle », l’auteur explique les tournants de l’évolution humaine qui ont mené à l’émergence de la culture et du langage comme caractéristiques définissantes de notre espèce. En abordant les principales étapes de l’évolution du genre Homo vers le stade Sapiens, Broswimmer introduit le premier impact écologique de l’espèce humaine : l’extinction mondiale en masse de la « mégafaune » du quaternaire récent.

Le chapitre 2, « Des relations problématiques entre nature et société avant l’ère moderne », examine l’impact des sociétés pré modernes sur l’environnement. En plus de présenter le lien entre la transition néolithique vers l’agriculture sédentaire, voilà 10.000 ans, et l’extinction de la mégafaune et les changements climatologiques durant le pléistocène récent, ce chapitre décrit les implications de la production sédentaire de nourriture et de la domestication, notamment l’essor économique et les cycles écologiques gâchés de certaines sociétés de l’Antiquité.

Dans le chapitre 3, intitulé « L’assaut moderne contre la nature : la genèse de l’écocide », l’émergence du capitalisme, l’apparition associée de la pensée scientifique et technologique et l’assaut commercial croissant contre les espèces sont observés à l’échelle mondiale pour illustrer et expliquer la mondialisation de la dégradation de l’environnement.

Broswimmer décrit dans son quatrième chapitre, « La planète comme zone sacrifiée », les implications écologiques et sociales de la privatisation des terrains qui ont fait de la nature un grenier de biens commercialisables. Il analyse en particulier le rôle de l’économie de guerre industrielle moderne et de la croissance démographique comme causes partielles de la crise écocidaire mondiale.

Enfin, dans le chapitre 5 intitulé « Écocide et mondialisation », l’auteur aborde la mainmise que les entreprises ont sur la gestion de l’environnement. Il confronte le néo-libéralisme galopant à des mouvements ponctuels d’opposition, notamment la démocratie écologique.

Le livre conclut avec une observation sur ce que signifie vivre à une époque d’écocide. Finalement, l’auteur a regroupé en fin d’ouvrage une ribambelle de chiffres très intéressants sur les absurdités de notre société et des règles qui la dirigent.

Cette analyse historique des relations entre l’humain et la nature montre bien que les dégâts infligés à cette dernière ne datent pas d’hier, mais que le problème s’amplifie dangereusement. Le lecteur est alors sensibilisé aux menaces des relations non soutenables que la société humaine entretient avec l’environnement. Par son ouvrage, Broswimmer rappelle une fois de plus que l’évolution de la société humaine jusqu’à nos jours s’est faite et continue de se faire selon des règles d’exploitation et d’utilisation sans limites, dans un environnement par définition fini.

Enfin, ajoutons que le style de narration de l’auteur est par moment très descriptif et peut ressembler à un récit de faits sans lien apparent, ce qui rend parfois la lecture rébarbative. L’objectif de l’auteur reste néanmoins atteint : tel un outil éducationnel, l’ouvrage fournit un message d’alerte éloquent et démontre que seule une perspective à long terme peut enrayer la situation.
Nicholas Sbarrato
Vertigo, 01/12/2003
Du samedi 8 au dimanche 9 septembre 2012    Embrun (05)
Conférences-débat Foire bio Génépi

- samedi 8 septembre 15h30 : conférence-débat avec Philippe Baqué, co-auteur du livre collectif La Bio, entre business et projet de société.
Plan d’eau d’Embrun, salle 4.

- dimanche 9 septembre 15h : conférence-débat avec Jean-Pierre Berlan, auteur de La Guerre au vivant et préfacier de Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces
Plan d’eau d’Embrun, salle 1.

http://www.genepi-foire-bio.org/portail/

Le jeudi 1 septembre 2011    Fontaine-Daniel (53)
Les Ogm, de l'expertise à la démocratie

Dans le cadre de La Fête de la terre, Jean-Pierre Berlan donnera une conférence « Les Ogm, de l’expertise à la démocratie ».

20h00. [Lieu à préciser]

Jean-Pierre Berlan a écrit La Guerre au vivant. OGM & mystifications scientifiques et préfacé le livre Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces

Le mardi 18 janvier 2011    Marseille 6 (13)
Les OGM, un vrai débat scientifique pour de vrais enjeux économiques ?

Débat « Les OGM, un vrai débat scientifique pour de vrais enjeux économiques ? », avec Gilles-Éric Séralini et Jean-Pierre Berlan.

18h30. Espace Ecureuil, 26 rue Montgrand

Gilles-Éric Séralini est professeur de biologie moléculaire, chercheur à l’Institut de biologie fondamentale et appliquée (IBFA) de l’Université de Caen, co-directeur du Pôle Risques de l’Université de Caen (pôle associé au CNRS) et président du conseil scientifique du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN).
Il a notamment écrit Ces ogm qui changent le monde (Flammarion, 2004)

Jean-Pierre Berlan est un agronome et économiste, ancien directeur de recherche en sciences économiques à l’Institut national de la recherche agronomique. Il a développé, notamment aux côtés de la Confédération paysanne et d’ATTAC, une réflexion très critique envers l’évolution des pratiques actuelles des biotechnologies.
Il a notemment écrit La Guerre au vivant. OGM & mystifications scientifiques (Agone, 2001) et préfacé le livre de Franz Broswimmer, L’Extinction en masse des espèces (Agone, 2010)

Sur une proposition de l’Association Science Technologie Société – PACA.

Le samedi 25 septembre 2010    Nanclars (16)
Forum-débat : L'agriculture questionnée

dans le cadre du festival L’écho-logik, forum-débat avec Jean-Pierre Berlan,
auteur de La Guerre au vivant et préfacier de Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces

16h30–18h00 : « Le long cheminement de la confiscation du vivant : de la révolution industrielle aux soi-disant OGM »

Plus d’informations sur le site du festival : www.lechologik.fr/

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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net
Graphisme : T–D