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Earle, George (1890-1974). Ancien gouverneur démocrate de Pennsylvanie de 1935 à 1939, ami de la famille Roosevelt. Ambassadeur à Vienne de 1933 à 1935, puis à Sofia de 1940 à 1942. Ce « commandant de marine » était l’attaché naval personnel de Roosevelt, à Istanbul, au printemps 1943. C’est en tant que tel qu’il fut « approché » par l’amiral Canaris pour tester l’attitude des États-Unis en cas de reddition de l’Allemagne et de livraison aux Alliés de Hitler comme criminel de guerre. Le président Roosevelt ne répondit pas à cette proposition, mais lui demanda néanmoins d’établir un rapport sur l’origine du massacre de Katyn en 1944. Earle, qui en concluait que l’origine était soviétique, se vit formellement interdire par Roosevelt d’écrire quoi que soit sur la question et fut envoyé, au début de l’année 1945, en exil sur l’île de Samoa. Revenu aux États-Unis, il se lança dans les affaires. [Source : Le Chemin vers le bas ]
Ebert, Friedrich (1871-1925). Président du SPD * , responsable du Conseil des commissaires du peuple, premier président de la République de Weimar, Friedrich Ebert commence sa carrière politique à Brême avant d’être appelé à Berlin comme secrétaire du comité de présidence du parti. Député au Reichstag depuis 1912, il est élu président du parti avec Hugo Haase * à la mort d’August Bebel en 1913. Jusqu’en 1918, il se prononce en faveur de l’opinion majoritaire au sein du SPD : pour les crédits de guerre et l’unité du parti. Malgré son soutien à la monarchie, il finit par proposer lui aussi l’abdication de l’empereur. Le 9 novembre 1918, il est nommé chancelier du Reich par Max von Baden*. Après que son bras droit Scheidemann* a proclamé la république contre son gré, il prend le 10 novembre la tête du Conseil des commissaires du peuple. Partisan de la monarchie, il choisit de se mettre à la tête de la révolution pour pouvoir mieux la contenir. Son but est de « maintenir l’ordre » pour pouvoir négocier dans de bonnes conditions avec les Alliés. Le haut commandement de l’armée, en la personne du général Groener, comprend vite qu’Ebert est un interlocuteur prisé par l’Entente. Les deux hommes concluent alors le pacte Ebert-Groener le 10 novembre 1918. Groener déclare son loyalisme face au nouveau gouvernement et lui assure son soutien contre les mouvements révolutionnaires tandis qu’Ebert garantit au général que le corps des officiers continuera à contrôler les troupes. Le 11 février 1919, après avoir maté le soulèvement spartakiste avec l’aide de l’armée, Ebert est élu président provisoire de la République de Weimar. En 1922, son mandat est prolongé jusqu’en 1925, date de sa mort. [Source : Bourgeois et Soldats  ; Peuple trahi  ; Retour du front  ; Karl et Rosa ]
Ehrhardt ( D ivision de marine). Corps franc formé par le capitaine de corvette Hermann Ehrhardt le 17 février 1919 et placé sous les ordres du général von Lüttwitz * . Le noyau de la division était une compagnie d’assaut composée de jeunes officiers de la marine et d’aspirants officiers au caractère élitiste et totalement soumis à leurs supérieurs. La première intervention a lieu à Brunswick, le 17 avril 1919, au côté des unités du Corps des chasseurs volontaires * , pour mater la tentative d’établissement d’une république des conseils. Le gouvernement de Weimar les charge ensuite de la répression de la République des conseils munichoise et de soulèvements communistes en Allemagne centrale. En 1920, la division Ehrhardt participe au putsch de Kapp-Lüttwitz en occupant le quartier du gouvernement à Berlin. Son comportement de plus en plus brutal dans la répression des tentatives révolutionnaires (maltraitances, exécutions de prisonniers, pillages) conduit le commandement de la marine à envisager sa dissolution, qui a lieu le 20 avril 1920. Une partie de ses membres s’engagera dans la marine du Reich et le reste rejoint des organisations clandestines antigouvernementales et contre-révolutionnaires comme l’Organisation Consul, un groupe terroriste nationaliste qui assassina Walther Rathenau en 1922. [ Source : Retour du front  ; Karl et Rosa ]
Eichhorn, Emil (1863-1925). Successivement membre du SPD * , de l’USPD * puis du KPD, rédacteur à la Sächsische Arbeiterzeitung [ Journal saxon des travailleurs ] de 1893 à 1900 et rédacteur en chef à la Mannheimer Volksstimme [ Voix du peuple de Mannheim ] de 1900 à 1904. À la tête des manifestants qui prennent l’assaut de la préfecture, Emil Eichhorn devient préfet de la police de Berlin le 9 novembre 1918, secondé par la division de la marine populaire * . Après avoir soutenu cette dernière lors des combats de Noël 1918, Eichhorn est démis de ses fonctions le 4 janvier 1919. Ces combats ainsi que le refus d’Eichhorn de quitter son poste entraînent le lendemain des manifestations de masse qui conduisent au soulèvement spartakiste. Lors de la répression, Eichhorn parvient à s’enfuir et revient ensuite pour être député USPD à la Constituante. Il rejoint le KPD en 1920 et demeure jusqu’à sa mort député communiste au Reichstag. [Source : Peuple trahi  ; Retour du front  ; Karl et Rosa ]
Einstein, Carl (1885-1940). Né dans une vieille famille juive de Neuwied-sur-le-Rhin, Carl Einstein fait des études d’histoire, d’histoire de l’art et de philosophie à l’université de Berlin. Très lié à la revue Die Aktion* de Franz Pfemfert, il y publie en série, puis en volume à l’ Aktion-Verlag , son roman « cubiste » Bébuquin ou les Dilettantes du miracle (1912), dédié à André Gide. En 1915, son ouvrage La Sculpture nègre fait de cet ami de George Grosz, Georges Braque et Picasso le véritable découvreur de l’art africain en Europe. Pendant la Première Guerre mondiale, il combat en Alsace puis il est muté à Bruxelles où il joue un rôle de premier plan dans la formation du conseil de soldats de la ville après la défaite allemande. Rentré à Berlin, il participe au mouvement spartakiste et assiste à l’enterrement de Rosa Luxemburg. Suite à une campagne de diffamation menée par les milieux d’extrême droite contre sa pièce Die Schlimme Botschaft (1921), il est condamné à six semaines de prison pour « blasphème contre le Christ », qu’il présente comme un idéaliste communiste, en proie à la vindicte des bourgeois. Il quitte alors l’Allemagne pour s’installer en France où il fonde avec Georges Bataille, en 1929, la revue Documents . Il co-écrit également le scénario et les dialogues du film de Jean Renoir, Toni (1934). Durant ces années, il considère que les avant-gardes, « vendues aux idéologies régnantes », sont « vidées de leur force productrice, asservies au profit ». En 1936, il part combattre en Espagne dans la centurie Erich Mühsam de la colonne Durruti. Revenu en France, en janvier 1939, sous l’uniforme d’officier républicain, il sera successivement interné et libéré. En proie au désespoir, il décide de se suicider le 5 juillet 1940 en se jetant dans le gave de Pau, pour ne pas tomber entre les mains des nazis ou des franquistes. [Source : Le Chemin vers le bas ]
Eisler, Hanns (1898-1962). Né à Leipzig (Saxe), fils du philosophe autrichien Rudolf Eisler et frère de Ruth Fischer, Hanns Eisler est élevé dans l’ambiance viennoise et fréquente, après son service militaire (1916-1918), le conservatoire de Vienne pour la composition. Il est l’élève privé d’Arnold Schönberg, auquel il consacre en 1925 une sonate, avant de rompre avec lui. Eisler est attiré dès 1918 par les idéaux communistes et cet élan marquera sa création musicale. Proche du KPD, il n’en sera néanmoins jamais membre, contrairement à sa sœur, Ruth Fischer. En 1926, il compose pour ce parti les célèbres chants ou cantates Roter Wedding et Das Rote Sprachrohr . C’est dans ce contexte que débute sa collaboration avec Bertolt Brecht, lui-même marxiste. Hanns Eisler écrit la musique de plusieurs pièces de Brecht comme La Mère (d’après le roman de Maxime Gorki). Tous deux ont aussi produit des chants politiques durant les années agitées de la République de Weimar. Ainsi le Solidaritätslied (Chant de solidarité, 1931) du premier film parlant « communiste » Kuhle Wampe , dont le rôle principal est tenu par son chanteur fétiche Ernst Busch (1900-1980). Dès février 1933, la musique d’Eisler et la poésie de Brecht sont proscrites par le parti nazi. Le musicien quitte aussitôt l’Allemagne pour la Tchécoslovaquie, puis séjourne à Paris, Londres et Vienne, avant de rejoindre l’Espagne révolutionnaire, où il compose les chants de lutte des Brigades internationales. Il s’exile en janvier 1938 aux États-Unis où, installé à Hollywood, il sera accusé à la fin de la guerre d’être « le Karl Marx de la musique ». En proie aussi à la vindicte « anticommuniste » de sa sœur, il sera sous le feu des commissions maccarthystes en 1947. Contraint de partir au printemps 1948, après un séjour à Vienne, il s’installe à Berlin-Est où il continue de composer. Il mettra notamment en musique l’hymne officiel de la RDA, Auferstanden aus Ruinen (Ressuscité des ruines…). Son projet le plus ambitieux, un opéra moderne sur le thème de Faust, sera attaqué par la censure est-allemande et sa loyauté politique mise en cause. Ce climat politique et la mort de Brecht assombrissent ses dernières années. Il est enterré près de Brecht au cimetière de Dorotheenstadt. [Source : Le Chemin vers le bas ]
Eisner, Kurt (1867-1919). Rédacteur pour le Vorwärts * et le Münchner Post , membre du SPD * puis de l’USPD * à partir de 1917, ce réformiste avant la guerre devient un pacifiste convaincu et se radicalise : dirigeant de la révolution de novembre 1918 en Bavière, il organise un réseau de délégués dans les usines, proclame la République libre de Bavière le 7 novembre 1918 et devient ministre-­président et ministre des Affaires étrangères du conseil national provisoire bavarois. Il rend publics des documents bavarois concernant l’entrée en guerre pour rejeter la faute allemande sur la Prusse et obtenir de meilleures conditions de paix pour la Bavière – se faisant ainsi de nombreux ennemis dans les cercles conservateurs. Le 21 février 1919, alors qu’il se rend au Landtag à Munich, il est assassiné par un étudiant nationaliste, le comte Anton von Arco. En français : La Révolution en Bavière (novembre 1918). Discours et proclamations (1919). [Source : Peuple trahi  ; Retour du front  ; Karl et Rosa ]
Ernst, Eugen (1864-1954). Membre du comité de direction du SPD * (1900-1901, 1917-1919), Eugen Ernst travaille au Vorwärts * à partir de 1892, d’abord comme technicien en chef de l’imprimerie puis comme directeur et enfin comme gérant de la maison d’édition Vorwärts (1903-1918). Pendant la révolution de novembre, Ernst fait partie du conseil d’ouvriers et de soldats du Grand-Berlin. Le 4 janvier 1919, après la destitution d’Eichhorn * , il est nommé préfet de la police. Membre de l’Assemblée nationale de Weimar (1919-1920) puis conseiller municipal de la ville de Werder en 1926, il survit au régime nazi. Après 1945, Ernst est de nouveau actif au sein du SPD, puis, après la réunion avec le KPD à l’Est, au sein de l’Union socialiste d’Allemagne (SED), le parti au pouvoir en Allemagne de l’Est (RDA). [ Source : Karl et Rosa ]
Erzberger, Mathias (1875-1921). Fondateur du syndicat chrétien Christliche Gewerkschaft, à Mayence en 1899, député du centre au Reichstag (1903-1918), Mathias Erzberger devient peu à peu expert en questions coloniales et budgétaires. Membre de la direction de sa fraction à partir de 1912, il s’engage contre les sociaux-démocrates en faveur d’un armement intensif mais se prononce en 1916 contre la guerre sous-marine. Soutenant la résolution de paix du Reichstag de 1917, il est nommé secrétaire d’État sans portefeuille dans le cabinet de Max von Baden* ; chargé d’obtenir un armistice, il le signe le 11 novembre 1918 avec la confiance du haut commandement de l’armée ainsi que du gouvernement Ebert * . En 1919, il entre comme ministre du Reich dans le gouvernement de Scheidemann * – sans portefeuille particulier mais chargé de toutes les questions relatives à l’armistice. Il est ensuite vice-chancelier et ministre des Finances dans le gouvernement Bauer (juillet 1919-mars 1920). Il est assassiné trois ans plus tard par des officiers nationalistes, membres de l’Organisation Consul, du fait de son statut de représentant de la République de Weimar. [Source : Bourgeois et Soldats  ; Peuple trahi  ; Retour du front  ; Karl et Rosa ]  ;
Réalisation : William Dodé