Parution : 15/02/2001
ISBN : 2-910846-29-6 168 pages 9 x 18 cm 10.00 euros |
Normand Baillargeon
L’Ordre moins le pouvoir
Histoire & actualité de l’anarchisme
Militant anarchiste, Normand Baillargeon enseigne les fondements de l’éducation et la muséologie à l’université du Québec à Montréal.
« Affirmez que vous êtes anarchiste et presque immanquablement on vous assimilera à un nihiliste, à un partisan du chaos voire à un terroriste. Or, il faut bien le dire : rien n’est plus faux que ce contre-sens qui résulte de décennies de confusion savamment entretenue autour de l’idée d’anarchisme. En première approximation, disons que l’anarchisme est une théorie politique au coeur vibrant de laquelle loge l’idée d’antiautoritarisme, c’est-à-dire le refus conscient et raisonné de toute forme illégitime d’autorité et de pouvoir. Une vieille dame ayant combattu lors de la Guerre d’Espagne disait le plus simplement du monde : “Je suis anarchiste : c’est que je n’aime ni recevoir, ni donner des ordres.” On le devine : cette idée est impardonnable, cet idéal inadmissible pour tous les pouvoirs. On ne l’a donc ni pardonné ni admis. »
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Ce n’est pas faire preuve d’un optimisme irraisonné que de dire que, en ce moment, nous sommes plutôt dans le haut de la vague et qu’on assiste incontestablement à un regain des idées et de la présence libertaires, plus fort sans doute que celui qui accompagna l’après 1968, qui profita surtout aux mille et une chapelles du marxisme-léninisme. De cela témoigne la floraison, ces dernières années, des couleurs rouge et noire dans les manifestations de rue – en France et ailleurs – et, bien sûr, l’apparition et la consolidation de la CNT, dont la belle réussite de la semaine Pour un autre futur de mai 2000 n’est qu’un signe parmi beaucoup d’autres. On peut voir un témoignage de plus de cette « renaissance » dans l’éclosion, après 1995, d’une série de revues et de publications diverses – liées ou pas au mouvement libertaire organisé – qui succèdent à la triste désertification des années 80 (1). C’est de ce regain que participe aussi, sans conteste, la toute récente parution du vade-mecum du Québécois Normand Baillargeon, l’Ordre moins le pouvoir. Histoire et actualité de l’anarchisme, qui paraît aux éditions Agone, dans la collection « Mémoires sociales », dirigée par Charles Jacquier. Dans son avant-propos, celui-ci indique que cet opuscule est destiné en priorité aux jeunes lecteurs, qui y trouveront sans nul doute une bonne présentation de l’histoire et des doctrines de l’anarchisme, dans toute leur richesse et leur diversité. L’ouvrage est d’autant plus le bienvenu qu’il n’existait plus rien de tel depuis le petit livre (L’Anarchisme) que Daniel Guérin consacra au même sujet il y a maintenant plus de trente-cinq ans. D’une certaine façon, on peut considérer l’Ordre moins le pouvoir comme une prolongation ou une mise à jour de ce dernier, puisqu’on y trouve des références à des œuvres absentes – et pour cause – chez D. Guérin, principalement celles des deux théoriciens les plus connus de l’anarchisme contemporain, Murray Bookchin et Noam Chomsky (2), auxquels il convient d’adjoindre quelques autres auteurs, bien moins connus mais pas moins importants, tels les économistes Michael Albert et Robin Hahnel (3). Étant donné le format du livre et son ambition, tout autre qu’encyclopédique, il serait évidemment trop facile de reprocher à son auteur certains de ses choix, et en particulier d’avoir fait la part trop belle à la tradition qu’il connaît visiblement le mieux, celle de la pensée libertaire américaine. En l’occurrence, le grief serait d’autant plus justifié que cette tradition s’éloigne sensiblement, par son pragmatisme (4), de celle que nous connaissons ici. Cependant, il convient d’avoir à l’esprit que le petit livre de N. Baillargeon a été publié à l’origine pour un public d’outre-Atlantique et que, par ailleurs, l’auteur a tenté – malgré les limites du genre – de dresser un tableau, le plus complet possible, des différentes écoles et tendances de l’anarchisme, où entrent aussi bien la tradition individualiste que l’anarchosyndicalisme, sans oublier l’apport libertaire au combat féministe. En revanche, on est en droit de regretter la présence de quelques à-peu-près – voire d’erreurs – très évitables dans un ouvrage aussi bref, pour ne rien dire de certaines affirmations qu’on peut juger pour le moins discutables (5). Le principal reproche que je ferais, pour ma part, au livre de N. Baillargeon porte sur le chapitre qu’il consacre à la théorie critique des médias, telle qu’elle a été élaborée par N. Chomsky et Edward S. Herman dans Manufacturing Consent ou Necessary Illusions. Quel que soit l’intérêt des ouvrages dans lesquels ces deux auteurs se sont attachés à mettre en évidence l’existence d’un « modèle de propagande » au sein des médias américains – qu’on tient, bien à tort, pour les plus « libres du monde » – , il me paraît plutôt abusif de laisser entendre qu’on serait là en présence d’une sorte de critique anarchiste des médias, sous prétexte que l’un des signataires de ces ouvrages se réclame depuis toujours de la tradition libertaire. En revanche, il me semble très légitime que N. Baillargeon ait réservé quelques pages pour faire justice des positions de cette famille d’idées qu’on qualifie d’« anarcho-capitaliste », et dont les principaux représentants (David Friedman, Murray Rothbard et Robert Nozick, le plus connu de tous en Europe) se trouvent aux États-Unis. Contre tout ce que croient ces idéologues, l’auteur signale que l’anti-étatisme est certes un des éléments les plus caractéristiques de l’anarchisme mais qu’il est indissociable, dès le tout début, d’une passion égalitaire évidemment incompréhensible à ces ultra-libéraux (« libertariens ») (6) qui, dit Baillargeon, « cautionnent toutes les inégalités, y compris celles qui installent ou perpétuent les plus violentes injustices » (p. 134), au point même de défendre la légitimité de l’esclavage, au nom du « droit » de chacun d’aliéner – ne serait-ce qu’à titre provisoire – sa propre liberté. Dans la rubrique « économie » de son vade-mecum, l’auteur rappelle d’ailleurs que, à mille lieues des partisans de « l’anarcho-capitalisme », les anarchistes ont toujours réclamé que « les individus disposent, sur le terrain de l’économie, de la même liberté et de la même égalité qu’ils revendiquent dans toutes les autres sphères d’activité humaine » et que, « dès le xixe siècle, [l’anarchisme] fut autogestionnaire et refusa de toutes ses forces ce qu’il appelait l’esclavage salarial » (p. 94). Un des principaux apports de ce petit ouvrage est, à notre sens, la présentation qu’y fait son auteur des thèses élaborées par les économistes « radicaux » américains cités plus haut (Michael Albert et Robin Hahnel), qui mériteraient d’être enfin connues en France – et, plus largement, en Europe – de tous ceux qui continuent de défendre le principe d’une économie socialiste et libertaire, aussi éloignée du présent modèle « unique » de l’économie de marché que du défunt « socialisme » bureaucratique. Ces deux auteurs ne font pas mystère, du reste, de tout ce que leur projet – dit d’« économie participative » – doit à l’héritage de l’anarchisme et du communisme des conseils. Bien qu’il ne s’appesantisse guère là-dessus, le choix fait par l’auteur de donner de l’anarchisme l’image la plus complète et la plus riche possible a pour contrepartie de mettre en évidence les clivages qui existent au sein de la tradition libertaire, pas seulement celui qui a pu séparer autrefois les tenants de l’individualisme libertaire – dont il faut bien convenir qu’il ne reste pratiquement plus rien aujourd’hui – de ceux qui se firent les propagandistes de la nécessité de l’organisation sociale, mais aussi celui qui oppose à présent les défenseurs du municipalisme libertaire prôné par Murray Bookchin, fondé sur la constatation du « dépassement » de la lutte des classes dans les sociétés « avancées », à ceux qui continuent de croire à son importance et misent sur la possibilité d’une re-création du syndicalisme révolutionnaire (7). Si l’auteur n’a pas souhaité aborder des problèmes de ce genre, il n’en signale pas moins, en conclusion, les principaux obstacles auxquels se heurtera par force le mouvement libertaire s’il prétend sortir enfin, et durablement, de la tour d’ivoire où il se tient depuis des lustres. Il s’agit, à ses yeux, de la double tentation du « life style activism » – de « l’anarchisme du style de vie », qui repose sur le renoncement à changer le monde pour ne s’occuper que de se changer soi-même – et du choix d’un purisme sourcilleux qui, au nom des principes, conduit à une autre forme sociale d’abstention, guère moins nocive que la première. On ne voit pas comment on pourrait donner tort là-dessus à N. Baillargeon, mais cet auteur doit bien savoir que ce double écueil existe pratiquement depuis la naissance de l’anarchisme et que, quelque conscience qu’ils en aient eu depuis le début, les libertaires n’ont jamais trouvé moyen d’y échapper. Il faudra pourtant que nous soyons capables de faire face à ces difficultés, et à quelques autres (8), si nous voulons mettre à profit la situation nouvelle créée par ce que le préfacier de l’Ordre moins le pouvoir appelle la double faillite du socialisme d’État, sous ses avatars social-démocrate et léniniste, dans laquelle il perçoit une chance historique pour le mouvement anarchiste de sortir de sa « marginalité chronique » et la possibilité de se constituer en « principale force de contestation et d’opposition » au capitalisme mondialisé (9). Néanmoins, si les héritiers du parti de Lénine ont montré à l’envi la profonde nocivité d’une « révolution » menée par en haut et que la social-démocratie a fait la preuve qu’on n’instaurait pas le socialisme par décret parlementaire, il reste encore à convaincre une majorité de gens que la société de « libres et d’égaux » que postule l’anarchisme dans toutes ses variantes – à commencer, bien sûr, par l’anarchosyndicalisme – est toujours possible, à un moment où la « démocratie de marché» passe pour l’horizon indépassable de la vie en société et où l’imaginaire du capitalisme pèse d’un poids plus lourd que jamais sur les consciences. ---- Notes (1) Parmi les publications libertaires apparues après 1995, je citerai – hormis Réfractions – , la revue de la CNT, les Temps maudits ; Débattre, publiée par AL ; l’Oiseau-tempête qui, sans être anarchiste au sens strict du terme, appartient sans aucun doute à la galaxie « libertaire ». (2) Ils le sont, comme on sait, à des degrés divers puisque Chomsky ne doit pas sa renommée à sa défense de la pensée et de l’action anarchistes, mais d’abord à son œuvre de linguiste et ensuite aux multiples ouvrages où il s’est livré à une critique sévère de la politique étrangère des États-Unis. (3) Sous le titre « Une proposition libertaire : l’économie participative », Normand Baillargeon avait donné dans la revue Agone une excellente introduction aux thèses de Michael Albert et Robin Hahnel. Tous ceux de nos lecteurs qui désireraient aller plus avant dans la connaissance du modèle dit d’économie participative – en anglais, participatory economics ou parecon – trouveront toutes les informations nécessaires sur le site www. parecon.org. (4) On regrettera, à ce sujet, que l’auteur adopte le point de vue ultra-pragmatique qui est aujourd’hui celui de Noam Chomsky, sans même se référer aux critiques qui lui ont été adressées dans le mouvement libertaire américain, dont nous nous étions fait l’écho dans un compte rendu du numéro 27 de l’Anarcho-Syndicalist Review, éditée par des militants des IWW (cf Les Temps maudits n°8, pp. 85-87). (5) Je pense surtout à ce qualificatif d’« alternatifs », appliqué à des syndicats comme les SUD et la CNT, qui reposent sur des principes de fonctionnement et d’organisation fort différents. Au rang des erreurs, je noterai celle qui a été commise sur le nom de Sam Dolgoff, un militant connu des IWW aujourd’hui disparu, qui est nommé deux fois Sam Goldoff ; quant au pédagogue anarchiste Ferrer y Guardia, il se voit affublé d’un prénom italien (Francesco) qui n’était pas le sien. Plus grave : on se réfère (page 111) à un attentat commis, en 1907, contre un certain Alphonse III – la faute est reprise dans l’index des noms propres – qui, à cette date, était mort depuis des siècles. À ces quelques erreurs, facilement rectifiables et qui n’affectent pas la valeur du petit livre de N. Baillargeon, j’ajouterai cette remarque, dont la cocasserie a échappé aux correcteurs, où l’auteur écrit (p. 74) que Voline aurait répondu par avance à Lénine dans une phrase où figure une allusion au nazisme, qui prouve que ladite phrase a été écrite bien après la mort du leader bolchevik. (6) L’adoption du terme « libertarian » de la part d’idéologues qui sont à des années-lumière des présupposés essentiels de la tradition libertaire s’explique essentiellement par le fait que celle-ci est peu connue aux États-Unis et que, par ailleurs, le mot « liberal » y est synonyme de « progressiste », « de gauche », d’« avancé». (7) Là-dessus, on se reportera à l’intéressant ouvrage publié en 1994 par l’Atelier de culture libertaire, Anarchosyndicalisme et anarchisme. (8) Parmi ces autres difficultés, il convient de signaler le fait qu’une partie de ce qu’on pourrait appeler le « programme » de l’anarchisme a été réalisée par les sociétés occidentales les plus « évoluées ». C’est en songeant aux avancées réelles qu’elles ont connues dans le domaine des mœurs, du droit des femmes, de l’éducation, etc., que João Freire a pu écrire un jour – de façon erronée, à mon sens – que l’anarchisme avait perdu, du coup, sa raison d’être historique. (9) On me permettra de ne pas suivre Charles Jacquier quand, à la fin de son avant-propos, il affirme que « l’anarchisme n’accèdera à la visibilité » que s’il parvient à « dépasser les clivages anciens » – j’imagine qu’il a en vue l’opposition avec le marxisme – et à renouveler « ses idées au contact des autres courants de la critique sociale (en particulier le communisme de conseils et le situationnisme) ». Je ne disconviens pas du tout de l’enrichissement que peut nous apporter une meilleure connaissance du courant représenté, entre autres, par Karl Korsch ou Paul Mattick – je n’en dirais pas autant du situationnisme – mais je doute que cela suffise au mouvement libertaire à retrouver l’audience qu’il a perdue là où il eut quelque importance ou, a fortiori, à trouver un écho là où il n’en a jamais eu : il n’est que de constater l’extrême faiblesse des groupes libertaires qui ont souhaité « dépasser » les vieux clivages pour s’en convaincre. Miguel Chueca
Refractions, n°7,
automne-hiver 2001
Aprés avoir rapidement présenté le débat conventionnel sur les racines de l’anarchisme – on sait que certains après Kropotkine n’ont pas hésité à considérer que l’anarchisme est présent dans toutes les pensées qui firent une place à la liberté individuelle quand d’autres ne veulent entendre parler que du mouvement anarchiste comme composante du mouvement ouvrier – I’auteur, là aussi assez classiquement, commence par une série de courts exposés sur l’apport théorique des grands fondateurs : Godvvin, Stirner, Proudhon, Bakounine et Kropotkine. A cette liste qui reprend le choix fait par Henri Avron dans ses ouvrages (1), Normand Baillargeon a ajouté Noam Chomsky : ce qui étonnera peut-être le lecteur français auquel la plupart des écrits politiques de Chomsky sont restés inconnus faute d’avoir été traduits. Une deuxième partie balise l’histoire du mouvement de quelques repéres événementiels comme autant de jalons indispensables : la Première Internationale et la Commune de Paris, le massacre du 1er mai 1886 à Chicago, les révolutions russe et espagnole et Mai 68. Si elle ne fait pas l’objet d’une partie spécifique, la période de la « propagande par le fait »est néanmoins évoquée pour être disqualifiée en ces termes : « sombre et indélébile tâche sur l’histoire de l’anarchisme » (p. 66). La dernière partie est la plus originale. Elle est constituée de développements là encore succincts sur les références, apports anarchistes à certaines thématiques : I’économie l’écologie, Ie syndicalisme, le féminisme, la critique des médias, I’éducation et l’éthique. L’étude de ces thèmes permet d’illustrer l’actualité de l’anarchisme reliant les luttes d’hier à celles d’aujourd’hi. Le passage sur l’écologie est l’occasion de rappeler les théses de Murray Bookchin, celui sur le féminisme trace un fil rouge et noir de Louise Michel à Federica Montseny. L’anarcho-syndicalisme revit en France dans la CNT et SUD et, en Espagne. au sein de la CGT... Le dernier de ces exposés est consacré à l’anarcho-capitalisme pour mieux le dénoncer : « la liberté des anarchistes capitalistes est celle du renard libre dans le poulailler libre » (p. 134). L’ensemble est utilement complété par un index des noms, une bibliographie intéressante, une liste de revues francophones et de sites internet tout au long de l’ouvrage, de nombreux auteurs sont cités (2) ; ce qui donne à ce travail en dépit de sa brièveté une certaine densité. Enfin soulignons la place accordée aux auteurs et aux études anglo-saxonnes et l’esprit d’ouverture qui préside à l’ensemble qui fait se côtoyer Guy Debord avec Nestor Makhno. Notes (1) Notamment H. Avron, L’anarchisme Paris, PUF colL « Que-sais je ? », 1982, 127 p. (2). On peut regretter toutefois que l’auteur n’en donne pas toujours les références. Dissidences, n°9,
10/2001
Ce n’est pas faire preuve d’un optimisme irraisonné que de dire que, en ce moment, nous sommes plutôt dans le haut de la vague et qu’on assiste incontestablement à un regain des idées et de la présence libertaires, plus fort sans doute que celui qui accompagna l’après-1968, qui profita surtout aux mille et une chapelles du marxisme-léninisme. De cela témoigne la floraison, ces dernières années, des couleurs rouge et noire dans les manifestations de rue – en France et ailleurs – et, bien sûr, l’apparition et la consolidation de la CNT, dont la belle réussite de la semaine Pour un autre futur de mai 2000 n’est qu’un signe parmi beaucoup d’autres. On peut voir un témoignage de plus de cette « renaissance » dans l’éclosion, après 1995, d’une série de revues et de publications diverses – liées ou pas au mouvement libertaire organisé – qui succèdent à la triste désertification des années 80 (1). C’est de ce regain que participe aussi, sans conteste, la toute récente parution du vade-mecum du Québécois Normand Baillargeon, l ’Ordre moins le pouvoir. Histoire et actualité de l ’anarchisme, aux éditions Agone, dans la collection « Mémoires sociales », dirigée par Charles Jacquier. Dans son avant-propos, celui-ci indique que cet opuscule est destiné en priorité aux jeunes lecteurs, qui y trouveront sans nul doute une bonne présentation de l’histoire et des doctrines de l’anarchisme, dans toute leur richesse et leur diversité. L’ouvrage est d’autant plus le bienvenu qu’il n’existait plus rien de tel depuis le petit livre (I’Anarchisme) que Daniel Guérin consacra au même sujet, il y a maintenant plus de trente-cinq ans. D’une certaine façon, on peut considérer l ’Ordre moins le pouvoir comme une prolongation ou une mise à jour de ce dernier, puisqu’on y trouve des références à des œuvres absentes – et pour cause – chez D. Guérin, principalement celles des deux théoriciens les plus connus de l’anarchisme contemporain, Murray Bookchin et Noam Chomsky (2), auxquels il convient d’adjoindre quelques autres auteurs, bien moins connus mais pas moins importants, tels les économistes Michael Albert et Robin Hahnel (3). Étant donné le format du livre et son ambition, tout autre qu’encyclopédique, il serait évidemment trop facile de reprocher à son auteur certains de ses choix, et en particulier d’avoir fait la part trop belle à la tradition qu’il connaît visiblement le mieux, celle de la pensée libertaire américaine. En l’occurrence, le grief serait d’autant plus justifié que cette tradition s’éloigne sensiblement, par son pragmatisme (4), de celle que nous connaissons ici. Cependant, il convient d’avoir à l’esprit que le petit livre de N. Baillargeon a été publié à l’origine pour un public d’outre-Atlantique et que, par ailleurs, l’auteur a tenté – malgré les limites du genre – de dresser un tableau, le plus complet possible, des différentes écoles et tendances de l’anarchisme, où entrent aussi bien la tradition individualiste que l’anarcho-syndicalisme, sans oublier l’apport libertaire au combat féministe. En revanche, on est en droit de regretter la présence de quelques à-peu-près – voire d’erreurs – très évitables dans un ouvrage aussi bref, pour ne rien dire de certaines affirmations qu’on peut juger pour le moins discutables (5). Le principal reproche que je ferais, pour ma part au livre de N. Baillargeon porte sur le chapitre qu’il consacre à la théorie critique des médias, telle qu’elle a été élaborée par N. Chomsky et Edward S. Herman dans Manufacturing Consent ou Necessary Illusions. Quel que soit l’intérêt des ouvrages dans lesquels ces deux auteurs se sont attachés à mettre en évidence l’existence d’un « modèle de propagande » au sein des médias américains – qu’on tient, bien à tort, pour les plus « libres du monde » –, il me paraît plutôt abusif de laisser entendre qu’on serait là en présence d’une sorte de critique anarchiste des médias, sous prétexte que l’un des signataires de ces ouvrages se réclame depuis toujours de la tradition libertaire. En revanche, il me semble très légitime que N. Baillargeon ait réservé quelques pages pour faire justice des positions de cette famille d’idées qu’on qualifie d’« anarcho-capitaliste », et dont les principaux représentants (David Friedman, Murray Rothbard et Robert Nozick, le plus connu de tous en Europe) se trouvent aux États-Unis. Contre tout ce que croient ces idéologues, l’auteur signale que l’anti-étatisme est certes un des éléments les plus caractéristiques de l’anarchisme mais qu’il est indissociable, dès le tout début, d’une passion égalitaire évidemment incompréhensible à ces ultra-libéraux (« libertariens ») (6) qui, dit Baillargeon, « cautionnent toutes les inégalités, y compris celles qui installent ou perpétuent les plus violentes injustices » (p.134), au point même de défendre la légitimité de l’esclavage, au nom du « droit » de chacun d’aliéner – ne serait-ce qu’à titre provisoire – sa propre liberté. Dans la rubrique « économie » de son vade-mecum, l’auteur rappelle d’ailleurs que, à mille lieues des partisans de « l’anarcho-capitalisme », les anarchistes ont toujours réclamé que « les individus disposent, sur le terrain de l’économie, de la même liberté et de la même égalité qu’ils revendiquent dans toutes les autres sphères d ’activité humaine » et que, « dès le XIXe siècle, [l’anarchisme] fut autogestionnaire et refusa de toutes ses forces ce qu’il appelait l’esclavage salarial » (p. 94). Un des principaux apports de ce petit ouvrage est, à notre sens, la présentation qu’y fait son auteur des thèses élaborées par les économistes « radicaux » américains cités plus haut (Michael Albert et Robin Hahnel), qui mériteraient d’être enfin connues en France – et, plus largement, en Europe – de tous ceux qui continuent de défendre le principe d’une économie socialiste et libertaire, aussi éloignée du présent modèle « unique » de l’économie de marché que du défunt « socialisme » bureaucratique. Ces deux auteurs ne font pas mystère, du reste, de tout ce que leur projet – dit d’« économie participative », une formule qui, est-il besoin de le dire, n’a rien à voir avec la « participation » prônée naguère par le général de Gaulle – doit à l’héritage de l’anarchisme et du communisme de conseils. Bien qu’il ne s’appesantisse guère là-dessus, le choix fait par l’auteur de donner de l’anarchisme l’image la plus complète et la plus riche possible a pour contrepartie de mettre en évidence les clivages qui existent au sein de la tradition libertaire, pas seulement celui qui a pu séparer autrefois les tenants de l’individualisme libertaire – dont il faut bien convenir qu’il ne reste pratiquement plus rien aujourd’hui – de ceux qui se firent les propagandistes de la, nécessité de l’organisation sociale, mais aussi celui qui oppose à présent les défenseurs du municipalisme libertaire prôné par Murray Bookchin, fondé sur la constatation du « dépassement » de la lutte des classes dans les sociétés « avancées », à ceux qui continuent de croire à son importance et misent sur la possibilité d’une re-création du syndicalisme révolutionnaire (7). Si l’auteur n’a pas souhaité aborder des problèmes de ce genre, il n’en signale pas moins, en conclusion, les principaux obstacles auxquels se heurtera par force le mouvement libertaire s’il prétend sortir enfin, et durablement, de la tour d’ivoire où il se tient depuis des lustres. Il s’agit, à ses yeux, de la double tentation du « life style activism » – de « I ’anarchisme du style de vie », qui repose sur le renoncement à changer le monde pour ne s’occuper que de se changer soi-même – et du choix d’un purisme sourcilleux qui, au nom des principes, conduit à une autre forme sociale d’abstention, guère moins nocive que la première. On ne voit pas comment on pourrait donner tort là-dessus à N. Baillargeon, mais cet auteur doit bien savoir que ce double écueil existe pratiquement depuis la naissance de l’anarchisme et que, quelque conscience qu’ils en aient eu depuis le début, les libertaires n’ont jamais trouvé moyen d’y échapper. Il faudra pourtant que nous soyons capables de faire face à ces difficultés, et à quelques autres (8), si nous voulons mettre à profit la situation nouvelle créée par ce que le préfacier de L’Ordre moins le pouvoir appelle la double faillite du socialisme d’État, sous ses avatars social-démocrate et léniniste, dans laquelle il perçoit une chance historique pour le mouvement anarchiste de sortir de sa « marginalité chronique » et la possibilité de se constituer en « principale force de contestation et d’opposition » au capitalisme mondialisé (9). Néanmoins, si les héritiers du parti de Lénine ont montré à l’envi la profonde nocivité d’une « révolution » menée par en haut et que la social-démocratie a fait la preuve qu’on n’instaurait pas le socialisme par décret parlementaire, il reste encore à convaincre une majorité de gens que la société de « libres et d’égaux » que postule l’anarchisme dans toutes ses variantes – à commencer bien sûr, par l’anarcho-syndicalisme – est toujours possible, à un moment où la « démocratie de marché » passe pour l’horizon indépassable de la vie en société et où l’imaginaire du capitalisme pèse d’un poids plus lourd que jamais sur les consciences. -------- Notes (1) Parmi les publications libertaires apparues après 1995, je citerai - hormis les Temps maudits - Réfractions, la belle revue de recherches et d’expressions anarchistes; Débattre, publiée par AL; l’0iseau-tempête qui, sans être anarchiste au sens strict du terme, appartient sans aucun doute à la galaxie « libertaire ». (2) Ils le sont, comme on sait, à des degrés divers puisque Chomsky ne doit pas sa renommée à sa défense de la pensée et de l’action anarchistes, mais d’abord à son œuvre de linguiste et ensuite aux multiples ouvrages où il s’est livré à une critique sévère de la politique étrangère des États-Unis. (3) Sous le titre « Une proposition libertaire : l’économie participative », Normand Baillargeon avait donné dans la revue Agone une excellente introduction aux thèses de Michael Albert et Robin Hahnel. Tous ceux de nos lecteurs qui lisent l’anglais et désireraient aller plus avant dans la connaissance du modèle dit d’économie participative – en anglais, participatory economics ou parecon – trouveront toutes les informations nécessaires sur le site www.parecon.org. (4) On regrettera à ce sujet, que l’auteur adopte le point de vue ultra-pragmatique qui est aujourd’hui celui de Noam Chomsky, sans même se référer aux critiques qui lui ont été adressées dans le mouvement libertaire américain, dont nous nous étions fait l’écho dans un compte rendu du numéro 27 de l’Anarcho-Syndicalist Review, éditée par des militants des IWW (cf les Temps maudits n°8, pp. 85-87). (5) Je pense surtout à ce qualificatif d’ « alternatifs » appliqué à des syndicats comme les SUD et la CNT, qui reposent sur des principes d’organisation sensiblement différents. Au rang des erreurs, je noterai celle qui a été commise sur le nom de Sam Dolgoff, un militant connu des IWW aujourd’hui disparu, qui est nommé deux fois Sam Goldoff ; quant au pédagogue anarchiste Ferrer y Guardia, il se voit affublé d’un prénom italien (Francesco) qui n’était pas le sien. Plus grave : on se réfère (p. 111) à un attentat commis, en 1907, contre un certain Alphonse III – la faute est reprise dans l’index des noms propres – qui, à cette date, était mort depuis des siècles. À ces quelques erreurs, facilement rectifiables et qui n’affectent pas la valeur du petit livre de N. Baillargeon, j’ajouterai cette remarque, dont la cocasserie a échappé aux correcteurs, où l’auteur écrit (p. 74) que Voline aurait répondu par avance à Lénine dans une phrase où l’auteur de la Révolution inconnue fait une allusion au nazisme, qui prouve que ladite phrase a été écrite bien après la mort du leader bolchevik. (6) L’adoption du terme « libertarian » de la part d’idéologues qui sont à des années-lumière des présupposés essentiels de la tradition libertaire s’explique essentiellement par le fait que celle-ci est peu connue aux États-Unis et que, par ailleurs, le mot « libéral » y est synonyme de « progressiste », « de gauche », d’« avancé ». (7) Là-dessus, on se reportera à l’intéressant ouvrage publié en 1994 par l’Atelier de culture libertaire, Anarcho-syndicalisme et anarchisme. (8) Parmi ces autres difficultés, il convient de signaler le fait qu’une partie de ce qu’on pourrait appeler le « programme »de l’anarchisme a été réalisée par les sociétés occidentales les plus « évoluées ». C’est en songeant aux avancées réelles qu’elles ont connues dans le domaine des mœurs, du droit des femmes, de l’éducation, etc., que Joao Freire a pu écrire un jour – de façon absurde, à mon sens – que l’anarchisme avait perdu, du coup, sa raison d’être historique. (9). On me permettra de ne pas suivre Charles Jacquier quand, à la fin de son avant-propos, il affirme que « l’anarchisme n’accédera à la visibilité »que s’il parvient à « dépasser les clivages anciens » – j’imagine qu’il a en vue l’opposition avec le marxisme – et à renouveler « ses idées au contact des autres courants de la critique sociale (en particulier le communisme de conseils et le situationnisme) ». Je ne disconviens pas du tout de l’enrichissement que peut nous apporter une meilleure connaissance du courant représenté, entre autres, par Karl Korsch ou Paul Mattick – je n’en dirais pas autant du situationnisme -, mais je doute que cela suffise au mouvement libertaire à retrouver l’audience qu’il a perdue là où il eut quelque importance ou, a fortiori, à trouver un écho là où il n’en a jamais eu: il n’est que de constater l’extrême faiblesse des groupes libertaires qui ont souhaité « dépasser » les vieux clivages pour s’en convaincre. Miguel Chueca
A contretemps, n°4,
09/2001
En annexe, le lecteur est renvoyé à une plus ample bibliographie et un certaine nombre de sites Internet. Une double page consacrée spécifiquement au « plus connu des anarchistes contemporains, qui est aussi un des plus célèbres intellectuels vivants », Noam Chomsky. Jean-Jacques Gandini
Le Monde diplomatique,
06/2001
Précédemment publié au Québec, où il a connu – d’après Charles Jacquier, auteur de la préface et animateur de cette collection – un succès inattendu, cet opuscule s’adresse en priorité à un lectorat jeune, qui y trouvera l’exposition des thèses des principaux inspirateurs de l’anarchisme, depuis William Godwin jusqu’à Noam Chomsky. L’auteur effectue ensuite un survol de l’intervention historique des libertaires, à partir de l’Association internationale des travailleurs jusqu’au retour inattendu du drapeau noir en mai 68, en passant par leur action au cours de la révolutlon russe, sans oublier, bien sûr, le rôle des anarchchosyndicalistes espagnols dans l’échec (partiel) du coup d’État du général Franco puis dans la révolution sociale qui lui succèda. Le volume se poursuit par un chapitre consacré aux positions doctrinales du courant libertaire sur l’économie, I’écologie, I’éducation ou sur les questions éthiques ; en revanche, I’antimilitarisme et l’athéisme ont été curieusement oubliés. On y trouvera aussi une introduction à l’anarchosyndicalisme – et tout particulièrement une brève histoire du syndicalisme révoIutionnaire français – ainsi qu’un exposé sur les liens naturels qui unissent, ou devraient unir, la critique anarchiste au féminisme. Enfin, avant de conclure, I’auteur a jugé bon de faire un sort – à juste titre, il me semble – à une famille de pensée, plus américaine qu’européenne « I’anarcho-capitalisme », dont il montre combien elle est profondément étrangère à une authentique pensée libertaire. On pourrait faire, sans doute, quelques reproches à l’auteur de cet opuscule. Je ne parle pas seulement de certaines erreurs ponctuelles (2), qui n’entachent d’ailleurs en rien l’intérêt que présente ce petit livre de divulgation libertaire et disparaitront sans peine dans une prochaine édition, mais je pense aussi à quelques choix plutôt surprenants, comme le fait de ranger sous la même appellation de « syndicats alternatifs » des organisations comme les SUD – dont l’identité idéologique est mal assurée et les principes de fonctionnement calqués sur ceux des syndicats majoritaires – et d’autres comme la CGT espagnole ou la CNT française, qui se revendiquent explicitement de la tradition anarchosyndicaliste. En revanche, il faut lui savoir gré d’avoir tenté de donner de l’anarchisme une image qui respecte la grande diversité des courants qui l’ont traversé – et le traversent encore – sans privilégier l’un au profit de l’autre mais sans cacher non plus les impasses auxquelles peuvent mener certaines attitudes répandues dans les milieux libertaires, principalement le repli sur ce qu’on appelle, outre Atlantique, le life-style activism (l’anarchisme du style de vie) mais aussi le refuge dans un purisme qui frappe d’interdit toute lutte visant des objectifs immédiats : c’est l’habituelle position de ceux qui se nattent d’avoir les mains propres alors qu’ils n’ont plus de mains. Enfin un des plus grands mérites de ce livre est probablement de porter à la connaissance du public européen – tous âges confondus – l’existence d’une pensée libertaire vivante, non seulement celle du Père de l’écologie sociale, Murray Bookchin, dont l’œuvre est déjà bien connue hors des États-Unis, mais surtout celle des économistes « radicaux » américains, Michael Albert et Robin Hahnel, qui défendent depuis une dizaine l’années un projet d’économie socialiste libertaire, qui reprend le double héritage de l’anarchisme et du communisme des conseils et propose une alternative aux systèmes économiques fondés sûr la planification centralisée ou sur le « libre » jeu du marché. Témoin de la renaissance actuelle des idées et des pratiques libertaires, ce petit livre contribuera – c’est du moins notre vœu – à dissiper les confusions sciemment entretenues autour d’elles par nos adversaires. Il devrait nous inciter aussi à secouer cette apathie qui caractérise notre mouvement depuis trop longtemps déjà, et qui n’est imputable qu’à nous seuls. Comme le rappelle fort opportunément Charles Jacquier dans son avant-propos, la double faillite du socialisme d’État – dans sa version lénino-stalinienne ou social-démocrate – offre une énorme chance historique au mouvement anarchiste organisé, à un moment où la parenthèse ouverte par l’octobre bolchevik se referme une fois pour toutes (3). Comme, depuis la conversion définitive de l’extrême gauche (trotskiste et autre) au crétinisme parlementaire, nous sommes de fait les seuls à refuser le système établi et les règles par lui admises – y compris celle du « moindre mal » –, il est bon que certains d’entre nous s’occupent, à l’instar de Normand Baillargeon, de faire connaître à un public le plus large possible la richesse de la tradition dont nous nous réclamons. Ce faisant, ils nous aideront à retrouver cet orgueil libertaire qui semble souvent nous avoir abandonnés bien qu’il soit pourtant si nécessaire à la réaffirmation et au regain durable de nos idéaux. NOTES 1- Et même avant si on veut bien se souvenir que la première formulation de la doctrine anarchiste se trouve dans le livre de William Godwin, Enquiry concerning political justice, paru en 1793. 2- En voici quelques-unes, très aisément remédiables : Sam Dolgoff, le militant des IWW auteur d’une étude sur les collectivités de la CNT, devient (pages 82 et 144) Sam Goldoff ; le pédagogue anarchiste Ferrer y Guardia est affublé (pages 110 et 143) d’un prénom italien (Francesco, au lieu de Francisco), à la page 111 et dans l’index, on parle d’un attentat contre AIphonse III, qui était en réalité le XIIIe du nom. 3- L’affirmation paraîtra sans doute très exagérée à beaucoup pour autant que la désintégration des régimes qualifiés par antiphrase de « socialistes » a accrédité l’idée, chez nombre de nos contemporains, qu’il n’y aurait plus d’après au capitalisme et à la démocratie représentative : c’est ce que Francis Fukuyama a appelé, à la manière hegelienne et avec une incroyable arrogance, la « fin de l’histoire ». La séduction qu’exercent les attraits du parlementarisme sur toute l’extrême gauche – pour ne rien dire des écologistes – ne peut évidemment que conforter une croyance de ce genre. Miguel Chueca
Le Combat syndicaliste,
05/2001
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