Dans la collection « Mémoires sociales »

 
couverture
Charlie Bauer
Fractures d’une vie

Parution : 20/04/2004

ISBN : 9782748900255

Format papier
454 pages (12 x 21 cm) 20.00 €
Commander Livre papier Lire en ligne Format PDF Format EPUB Accès libre Lire en ligne PDF EPUB
Nouvelle édition revue et augmentée - Postface « Quinze ans après »

Ne racontant pourtant que sa vie, Charlie Bauer (1943–2011) revient sur presque un demi-siècle d’histoire de France, qui commence dans un quartier ouvrier à la périphérie de Marseille, dans les années 1950, quand il se forge à la religion populaire d’alors, le communisme ; une formation complétée par le pillage, en bande organisée, des magasins et des trains. L’engagement du PC dans la guerre d’Algérie provoque la première rupture : l’auteur et ses amis soutiennent le FLN algérien.
Arrêté, il est condamné à vingt ans de réclusion criminelle. Son quotidien est désormais rythmé par ses transferts d’une maison centrale à une autre, souvent consécutifs à d’audacieuses tentatives d’évasion ; il passera neuf années en cachot ou dans des quartiers de haute sécurité (QHS).
Libéré après quatorze ans de détention, il retrouve bientôt ses activités clandestines et croise Jacques Mesrine, notamment dans la lutte contre les QHS. L’exécution de Mesrine accompagnera l’arrestation de Charlie Bauer, qui replonge pour dix ans, jusqu’en 1988. Ce livre paraît deux ans plus tard. Quinze ans après, cette réédition poursuit le témoignage d’une vie de résistance à l’ordre social dominant.

Fractures d’une vie raconte les combats, l’enfermement, l’aliénation. En 1988, Charlie Bauer (1943–2011) est finalement libre. Et il se sert désormais des mots pour se battre. Tout à tour écrivain et professeur (il a réussi à arracher en prison deux licences de sociologie et de philosophie), il anime des ateliers d’écriture. En 2006, il est au théâtre où il porte la voix de Varlan Chalamov, dix-huit ans de goulag, sur les exactions des chefs du camp de la Kolyma.
Durant sa vie, il n’a eu de cesse de dénoncer les conditions d’enfermement et de militer pour que les détenus aient accès aux études et à la lecture.

Foreign Rights

English notice

A Fractured Life

New edition, revised and enlarged, with a postface “Fifteen years later”

Recounting nothing but his own life, Charlie Bauer looks back over nearly fifty years of French history, starting in the fifties in a working-class district on the edge of Marseille, when the major influence on his ideas and development was the so-called popular religion of the time, i.e. communism. This training was completed by petty thieving in organised gangs in shops and on trains. The Communist Party’s involvement in the Algerian War was behind the first of his ruptures – the author and his friends supported the Algerian FLN.
He was arrested and sentenced to twenty years’ imprisonment. From then on, his daily life was marked by transfers from one state prison to another, often after one of his daring attempts to escape. He spent nine years in solitary confinement or in top security sections.
He was freed after fourteen years of detention, and was soon back to his clandestine occupations, where he came across Jacques Mesrine, especially in the struggle against top security prisons. Mesrine’s execution marked a new arrest for Charlie Bauer, who went down again for ten years, until 1988. This book was published two years later. Fifteen years further on, this new edition continues his eyewitness story of a lifetime’s resistance against the predominant social order.

Dossier de presse
SUR LES ONDES
Camarade n°1 Patricia Tourancheau Libération, 07/09/2010
Action directe Fred Guilledoux Marseille l'hebdo, 21/02/2007
Le refus de jouer Cathy Blisson Télérama, 02/01/2006
Compte-rendu Noël Godin Le Journal du Mardi, 05/04/2006
SUR LES ONDES

France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série Société
Charlie Bauer : Fractures d’une vie (19 octobre 2005)

Camarade n°1

« Toujours jeune. » A 67 ans, Charlie Bauer trimballe sa «gueule de métèque», cheveux longs et moustache noirs, son accent marseillais et ses idées anarcho-communistes sur les plateaux de télé et dans les réunions politiques, ponctuant ses interventions de « _la lucha continua_ » (la lutte continue). Il ne se présente plus comme « l’ami complice de l’ennemi n°1 », Jacques Mesrine, tué par la police le 2 novembre 1979. Ce jour-là, Charlie Bauer apprend « l’exécution » de son coéquipier par « un flash spécial sur les écrans de télé chez Darty » où il achète un lave-linge avec sa compagne. « Mes idées cryptoféministes m’ont sauvé la vie, j’étais prévu ad patres. » Il sort à présent un livre pour « rectifier le tir, expliciter l’époque, sans “mesrinomania” d’autant plus que ce fut une erreur politique ».

Né en 1943 dans le quartier de l’Estaque à Marseille, fils de prolétaires juifs, staliniens et résistants, le petit miséreux est enrôlé dès l’âge de 8 ans par son père dans les Jeunesses communistes. Il porte tôt des sacs sur les docks, vole de la ferraille, déboulonne des rails puis «attaque des trains de marchandise, façon Jesse James, avec toute une bande armée», dit-il. Il se targue d’appartenir alors à « la 7e wilaya en France » et de piller les containers pour alimenter le FLN algérien. Il en rajoute là-dessus, si l’on en croit un ancien activiste pour qui « Charlie se veut un détenu politique plutôt que de droit commun et réécrit l’histoire ».

En tout cas, Bauer plonge en 1962 pour des cambriolages de nuit (arrestation musclée, tortures à l’électricité) et prend une peine démesurée : vingt ans. M. Jean-Louis Pelletier qui défendait l’un de « ces casseurs de magasins de fringues » certes organisés et armés, reste sidéré par la sévérité du verdict. « On a été condamnés pour nos idées, l’expropriation et la redistribution », soutient Bauer qui connaît ensuite l’enfer des quartiers de haute sécurité (QHS). Il ne relate pas dans son nouveau livre, pourtant lourd de digressions, sa tentative d’évasion de la centrale de Clairvaux par les égouts en 1971, avec cinq codétenus que les surveillants ont essayé de noyer puis ont lynchés.

En prison, Bauer doit se battre pour « conquérir le droit d’étudier au QHS » de Lisieux. C’est ainsi qu’il rencontre Renée, sa professeure de français. Après sa libération conditionnelle en 1977, ils ont une fille prénommée Sarah Illioutcha (en hommage à Lénine dont le vrai nom était Vladimir Illitch Oulianov). Il monte « un groupe d’intervention antifasciste » avec un codétenu nommé Pierre Goldman mais scissionne avec « cet ami qui conçoit davantage l’action à la Chapelle des Lombards », la boîte de nuit de la Bastille.

C’est en juin 1979 que Charlie Bauer rencontre le « grand » Jacques, traqué par toutes les polices. « Mesrine me savait actif contre les QHS et je me suis associé avec ce marginal violent qui voulait faire sauter le QHS de Mende », le pire. Pour Gilles Millet, alors journaliste à Libération qui interviewe Mesrine et connaît Bauer, « le premier cherchait un intermédiaire, le second à se faire mousser ». L’ennemi public qui vient de kidnapper un milliardaire de la Sarthe, veut un gars capable d’aller récupérer « 400 plaques » auprès de l’otage libéré lui ayant signé « une reconnaissance de dettes ». Un plan « loufoque » selon Bauer qui participe à ce « racket qui relève de pratiques truandes ». Bauer écope de cinq ans de prison pour ce « recel de rançon », ajouté à cinq ans pour détention d’armes et trafic de stups. Il est en revanche acquitté de l’enlèvement du journaliste de Minute torturé par Mesrine dans une grotte, en septembre 1979.

Dans son récent biopic sur Mesrine, pour lequel Bauer était « conseiller technique », le réalisateur Jean-François Richet met pourtant Charlie Bauer en scène comme complice du tortionnaire. « Le film me met dedans. C’est une fiction. Ou alors retenez de mon intervention que c’est moi qui arrête le massacre. Le facho, c’est lui, pas moi. » Quant à son personnage incarné par un Gérard Lanvin grotesque avec sa perruque de travers et son parler à la Fernandel, Charlie Bauer l’a trouvé bien : « Cet accent marseillais a ajouté une note d’authenticité qui, à moi, m’a fait plaisir. C’est moi qui ai recommandé Lanvin pour tenir ce rôle ». A ses yeux, c’est « un bon film policier » qui fait « dans l’Hollywood chewing-gum et met trop en avant Vincent Cassel » (Mesrine), césar du meilleur acteur 2009, au détriment d’autres « comme Lanvin, qui s’effacent »…
 
Pour les uns, c’est « par mégalomanie » que Bauer perpétue Mesrine. D’autres lui reprochent « de faire fructifier l’histoire ». Mais le « révolutionnaire professionnel » qui touche 134 euros de retraite par mois s’érige en faux : «Je ne suis pas un commerçant, sinon je ferais un feuilleton. Je n’ai pas besoin du film ou du livre pour vivre. » Il se considère comme le « transmetteur » d’une « Histoire sociale » avec un grand H. Le Marseillais a troqué le « fuego » (feu) en acier contre « le verbe armé ». Il tient des conférences dans les maisons de la culture, les villages vacances et les lycées de banlieues sur « la réappropriation de l’oralité et de l’échange avec autrui ».

De la tchatche, l’Indien en a à revendre. Lui qui dit avoir mis ses paroles en actes dans les années 70 ne se sent ni anachronique, ni dépassé. « Je n’ai pas la nostalgie d’un ancien combattant, je reste un combattant ». Il profite de son aura auprès des jeunes qui « l’associent volontiers à Mesrine ou à Scarface » pour « remettre en cause les choses existantes comme cela s’est fait en 1936 ». Il a participé au comité de soutien pour libérer les anciens d’Action Directe mais agace souvent dans les réunions à cause de « son énorme ego ». Un militant : « Il parle trop de lui au détriment des gens qu’il soutient. Mais c’est un brave mec qui a toujours été là. »

Face à Mesrine plutôt porté sur la viande et qui se tapait sur le ventre à la fin de chaque repas en disant « encore un qu’ils n’auront pas », Bauer cultivait le régime végétarien et continue : « Je ne bouffe pas de cadavres. » Ce goût pour les légumes relève d’une haute « lutte contre le régime pénitentiaire et pour le droit à manger ce qu’on veut », comme « pour l’accès au savoir ». Il a fini par décrocher deux licences de philo et de psycho, et un doctorat en anthropologie sociale. Depuis 2005, au théâtre, il donne corps aux textes de Varlan Chalamov, dix-huit ans de goulag, sur les exactions des chefs du camp de la Kolyma. Antimachiste revendiqué, notre hôte voyant passer une femme en burqa approuve « le port de ces chiffons » : « Je remiserai mon point de vue lorsque vous supprimerez les strings et les pubs sur les femmes objets de tous les désirs. » Volontiers provocateur, l’« itinéran t» qui depuis trente-cinq ans partage sa vie en pointillés avec Renée et sa fille Sarah, devenue conseillère principale d’éducation, lance tout à trac : « Je suis un très mauvais père et mari. Je n’ai qu’une femme, c’est la Révolution, mais putain ce qu’elle baise bien ! »

En 8 dates

24 février 1943: Né à Marseille.
1962: Vols de nuit. Vingt ans de réclusion.
1977: Conditionnelle.
1979: Coéquipier de Mesrine.
1982: Dix ans de prison pour recel de rançon et détention d’armes.
1988: Libéré.
1990: Fractures d’une vie (Ed. Agone).
2010: Le redresseur de clous (Ed. Cherche-Midi).

Patricia Tourancheau
Libération, 07/09/2010
Action directe
A cheval entre les combats d’extrême gauche et le grand banditisme, Charlie Bauer a passé 23 ans en prison. Sans jamais couper les ponts avec Marseille, la ville où il a grandi.

Difficile d’échapper à sa légende. Alors qu’il déambule dans les rues de Marseille, d’un pas nonchalant, Charlie Bauer provoque le regard interloqué d’une passante. Elle ne dit rien mais cherche dans sa mémoire, compulse ses souvenirs. Qui est cette homme râblé, au visage barré par une large moustache et encerclé par un collier de barbe, avec un bonnet de laine qui cache son front engoncé dans un gros blouson noir ? Elle l’a vu à la télévision, mais en quelle circonstance ? Pourtant en permanence aux aguets, Bauer n’a pas perçu l’interrogation. Il poursuit sa marche, dégageant une impression de puissance, presque animale, une force qui ne fait que somnoler… Soudain, un petit sourire éclaire le visage de la jeune femme. Elle l’a enfin reconnu. L’a-t-elle identifié comme celui que la police présenta à la fin des années 70 comme le principal lieutenant de Jacques Mesrine, avec François Besse ? Comme la tête brûlée qui, au début des années 60, s’engagea armes à la main dans les réseaux de soutien au FLN ? Comme la grande gueule qui, depuis bientôt vingt ans, ferraille contre la prison. « cette machine qui cherche juste à t’écrabouiller » et dont il a connu les QHS, ces quartiers d’isolement où la folie était souvent au bout du voyage ? A moins qu’elle ne l’ait aperçu dans un film africain d’art & essai, Lumière noire ? Qui sait ?

« Des chars dans les rues »

Elle ne dit rien et disparaît dans une ruelle. Charlie Bauer et son amie, Marie-Paule, quittent le Vieux-Port et grimpent vers le cours Julien, où il doit participer à une soirée de soutien à la libération des militants d’Action directe. Tout à l’heure, sa voix grondera de colère et d’embruns : « Ils ont accompli leur peine incompressible en respectant toutes les règles de la prison : le droit pénal autorise leur sortie. C’est donc aux politiques de trancher. Mais on nous explique qu’on les garde parce qu’ils ne se repentent pas… Donc, ils sont emprisonnés pour leurs idées. On est où ? A Santiago du Chili, chez Pinochet ? S’ils restent en prison, c’est pour des raisons électorales. Et avec Sarkozy qui nous attend, ça va continuer : bientôt on ne pourra pas se rassembler à plus de trois ou quatre sous peine d’être suspects de terrorisme ».
Enfant de Marseille aujourd’hui installé entre Paris et Montpellier, Bauer retrouve sa ville avec bonheur, gonfle de mistral ses poumons, joue avec les éblouissements du soleil. Assis à la table d’un restaurant, ce végétarien ne rechigne pas à l’évocation et aux anecdotes, avec la verve détaillée de ceux qui ont dû tromper l’ennui entre quatre murs durant de longues années : « Quand je suis né, en 1943, mon père était dans le maquis. Évidemment je ne m’en souviens pas. En revanche, les années 50 m’ont beaucoup marqué. J’étais aux Jeunesses communistes, dans les quartiers Nord. A huit piges, on avait l’uniforme, le tambour et tout ça… L’ambiance dans la ville était terrible : tu avais les chars dans les rues, une soldatesque considérable, on ramassait des morts chaque matin. Beaucoup à cause de la guerre entre le FLN et le MLA, deux factions algériennes qui s’opposaient mais pas seulement… ».
C’est dans ce Marseille trouble et troublé que Bauer se lance dans la lutte armée : « Pendant un temps, j’ai opéré violemment la critique de l’Histoire, celle qui est enseignée dans les catéchismes officiels. Ils avaient produit un sous-prolétariat, les quartiers Nord. L’Estaque, on ne pouvait pas rester les bras ballants face aux oligarchies dominantes… ». En clair, le jeune militant participe au pillage en bande organisée de magasins et de trains. Puis, après avoir rompu avec le PC, il conduit « des actions » pour le compte du FLN. Du militantisme au grand banditisme, il y a un fossé que Charlie Bauer finit par franchir. Commencent alors trois décennies de cavales, de coups de main, d’incarcérations.

« Raffermir la mémoire molle »

En 1988, enfin, il retrouve la liberté. Deux ans plus tard, il publie _Fractures d’une vie_ au Seuil. Un livre coup de poing qui se vend à 150 000 exemplaires. « J’aurais pu en écrire d’autres, mais je ne l’ai pas fait : je n’ai pas voulu en faire profession. Cela m’a permis de défendre mes idées, point final. De même, on m’a proposé une dizaine de fois de faire un film : j’ai toujours refusé. Mon image, je la vois tous les matins dans ma glace, j’ai pas besoin de me faire du cinéma ». Ce n’est donc que l’année dernière qu’il a accepté le projet d’un DVD autour de son parcours. Un objet 100 % alternatif, qui n’est quasiment distribué que par correspondance : « J’essaye un petit peu de raffermir la mémoire molle », s’amuse-t-il.
Ravi de sa semi-clandestinité, dont il ne sort guère que pour « filer des coups de main à des copains » ou pour des aventures théâtrales (il a notamment contribué à la mise en scène de l’« Enfant criminelle » d’après Jean Genet), il n’en raconte pas moins avec gourmandise qu’il a failli sortir avec Robert Doisneau un livre sur Marseille : « C’était en 1990. Il a fait 1800 photos de la ville. Moi j’ai écrit des textes. On devait signer avec un éditeur, ça traînait parce qu’il trouvait que les photos étaient moyennes… Je lui disais "Arrête de fuire ta chochotte…"Et puis, il est mort. Là, j’ai tout laissé tomber : ses héritiers étaient d’accord mais eux, ils sont prêts à tout pour faire du fric. Un jour ou l’autre, ils mettront le Baiser de l’Hôtel de Ville sur du papier chiottes. Ça ne m’intéresse pas de bosser comme ça ».
Fred Guilledoux
Marseille l'hebdo, 21/02/2007
Le refus de jouer
Charlie Bauer interprète Varlam Chalamov
Portrait d’un insurgé, fâché avec l’ordre social, qui refuse l’étiquette d’acteur.


« Je suis un très mauvais acteur. Parce que je ne suis pas un acteur. » Sortie de répétition pour Charlie Bauer, interprète principal d’une première au théâtre, l’adaptation de quelques-uns des Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov. Cet après-midi de décembre, la voix de Bauer a donné corps – et tripes – au témoignage littéraire unique de Chalamov, rescapé de dix-sept années de goulag à la Kolyma, cette étendue concentrationnaire grande comme cinq fois la France, en Sibérie.
Bonnet enfoncé sur le crâne, Charlie Bauer roule une énième cigarette entre deux doigts. « Je ne joue pas. Mon implication n’est pas professionnelle ou intellectuelle, elle est insurrectionnelle. Chalamov dit l’oppression absolue, l’éradication de la dimension humaine, la mort. Et j’ai moi-même vécu la mort pendant un quart de siècle. Vingt-cinq ans de prison, dont neuf à l’isolement total, pour des idées et la mise en pratique de ces idées. »
En 1962, Charlie Bauer avait 20 ans et déjà un passif de militant des Jeunesses communistes ayant versé dans la cambriole organisée. Spécialité : le pillage de boutiques de luxe et de convois ferroviaires ; une partie du butin étant ensuite redistribuée au cœur des quartiers nord de Marseille. Une histoire à la Robin des bois, « le romantisme en moins, les balles en plus ». Et des circonstances aggravées par un activisme armé du côté du FLN, en rupture avec les directives du Parti. Verdict : le jeune « bandit rouge » écope de vingt ans de prison. La mort intérieure, dit-il...
Il devient alors l’un des prisonniers les plus intraitables de France. Avalant des lames de rasoir pour multiplier ses chances d’évasion. Réclamant à coups de grèves de la faim et de refus des remises de peine (cette carotte qui transforme chaque prisonnier en « son propre maton », argue-t-il) le droit de faire du sport, d’avoir accès à la presse écrite ou radiophonique, de mener des études au-delà du certificat d’études. Libéré sous conditions en 1976, plus que jamais fâché avec l’ordre social dominant, il devient l’ami de « l’ennemi public n°1 », Jacques Mesrine, alors en cavale. Ensemble, ils préparent l’attaque de quartiers de haute sécurité pour en libérer les occupants. Projet sans suite : le 2 novembre 1979, Mesrine est abattu, et Bauer remis sous les verrous pour dix ans.
Novembre 2004. Entre deux mises en bouche du texte de Chalamov, Charlie Bauer évoque, avec son joyeux accent marseillais, sa participation à un jury de thèse en Sorbonne, aux côtés du général Crocq (le « père » du syndrome de Stockholm). Il est sorti de prison avec deux licences (psychologie et philosophie) et un doctorat d’anthropologie sociale, « armes » autrement plus pertinentes que la kalachnikov. A écrit un best-seller, essai autobiographique : Fractures d’un vie. A monté des ateliers multiculturels auprès des jeunes, dans les lycées et les centres culturels, œuvrant pour la réappropriation de la parole et la démocratisation de la culture.
Côté scène, il n’en est pas à son premier rôle de non-acteur. Il a notamment déclamé des considérations poético-philosophiques de son cru dans une pièce jouée chez Stanislas Nordey, et participé à une reprise de Jean Genet co-interprétée par de jeunes rappeurs, puis donnée au festival d’Avignon comme aux Rencontres urbaines de La Villette. Mais il ne sera pas, jamais, docile exécutant au service d’un metteur en scène. Son art à lui, entre deux grands éclats de rire, c’est l’insurrection. Une détermination greffée au corps, une rage encore vibrante, qui suinte à chaque syllabe quand il incarne l’esprit du réclusionnaire décrit par Chalamov. Et efface toute distance entre vie et dramaturgie. Le jour où Alexandre Ferrier, comédien qui lui donne la réplique dans la peau des bourreaux de la Kolyma, a suggéré de l’asseoir d’autorité pour les besoins d’une scène d’interrogatoire, il a sorti les crocs : on ne soumet pas Charlie Bauer. Même au théâtre.
Cathy Blisson
Télérama, 02/01/2006
Compte-rendu
Une nouvelle édition revue et augmentée des souvenirs à tout moment enflammants du hors-la-loi au grand cœur politisé Bauer. Au sommaire : ses combats auprès des communistes en 1950 à la périphérie de Marseille, son soutien au FLN Algérien pendant la guerre d’Algérie, ses hold-up gonflagas qui lui valent vingt ans de réclusion criminelle, ses luttes tenaces avec son pote Mesrine contre les QHS, ses étranges activités culturelles après sa libération (il contribue à la mise en scène de l’« Enfant criminelle » d’après Jean Genet et joue au commissaire de police dans le film militant africain Lumière noire.)
Noël Godin
Le Journal du Mardi, 05/04/2006
Le samedi 28 mai 2011    St Laurent en Royans (26)
Rencontre avec Charlie Bauer

Dans le cadre de la Journée “Prisons : entre ignorance et manipulation” organisée par le collectif La rue râle.
télécharger le programme complet

Le samedi 17 janvier 2009    Dijon (21)
Rencontre avec Charlie Bauer

« Que sais-je sur les enfermements ? »
en présence de Sébastien Foutoyet, metteur en scène, et Charlie Bauer auteur et comédien

14h30. Théâtre Dijon Bourgogne, 30 rue d’Ahuy

Informations : 03 80 68 47 49
www.tdb-cdn.com

Le jeudi 17 janvier 2008    Paris 20 (75)
Rencontre avec Charlie Bauer

dans le cadre de la manifestation “D’une prison l’autre”
organisée par le Collectif 12, Confluences et Anis Gras
Informations : 01 40 24 16 46
Le détail du programme sur
www.confluences.net

Du samedi 3 au dimanche 4 février 2007    RENNES (35)
7<sup>e</sup> Salon du livre d'Amnesty international

Les éditions Agone seront présentes sur le stand de la librairie Planète Io
Halle Martenot, Place des Lices (Métro Sainte-Anne)
www.plumesrebelles.org

dans le cadre de ce salon, Charlie Bauer, auteur de Fractures d’une vie”,
participera à la table ronde “Prisons, de la barre aux barreaux : le sens de la peine” le dimanche 4 février à 17 heures

up
Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net
Graphisme : T–D