Dans la collection « Mémoires sociales »

 
couverture
Anne Guérin
Prisonniers en révolte
Quotidien carcéral, mutineries et politique pénitentiaire en France (1970-1980)

Parution : 10/07/2013

ISBN : 9782748901917

Format papier
400 pages (12 x 21 cm) 25.00 €
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Ce livre s’appuie sur des sources nombreuses et variées pour dire la prison dans une période cruciale qui voit éclater, dans le sillage de Mai 68, des révoltes de prisonniers audibles par l’opinion publique.

Après un état des lieux de la vie quotidienne dans l’institution carcérale, l’auteur analyse les répercussions de l’« établissement » involontaire des maos dans les prisons françaises, puis la création du Groupe information prisons (GIP) et le rôle des intellectuels qui y participent. Suivent la présentation des premières révoltes de prisonniers (1971–1973), puis un tour de France des mutineries de l’année 1974, souvent très médiatisées, qui entraînent la réforme « libérale » d’Hélène Dorlhac (1975). Mais les lendemains déchantent vite, et le pouvoir contrebalance ces timides avancées par la création des quartiers haute sécurité (QHS) et l’affirmation du droit de punir avec le ministère d’Alain Peyreffite.

D’hier à aujourd’hui, le livre s’attache enfin aux conséquences de l’enfermement sur le corps des détenus et sur la situation des femmes en prison. Il est complété par un entretien avec maître Henri Leclerc.

Livre d’enquête sur la situation carcérale durant ces années de révoltes, il est aussi le médiateur de la parole ordinairement inaudible des détenus.

Journaliste et sociologue, membre de l’Observatoire international des prisons, Anne Guérin est également l’auteure de Les Pollueurs. Luttes sociales et pollution industrielle (Seuil, 1980).

Extraits

“Le 11 décembre 1971, les insurgés occupent la quasi totalité de la centrale Ney à Toul. La situation semble bloquée en leur faveur. Des prisonniers, surtout les jeunes, prennent d’assaut les toitures aux cris de « À bas la dictature ». Des tuiles devant servir de projectiles sont arrachées, les prisonniers s’accrochant à ce qui reste, à savoir la charpente. Ils chantent L’Internationale mais aussi La Marseillaise. Ces prisonniers dominent la ville, sinon la situation. Les photos de presse les montrent sur les toits. C’est une première. Car depuis que la prison existe, les corps et les visages de ses occupants sont invisibles, dissimulés derrière de hauts murs et de solides portes. D’objets, voilà qu’ils deviennent sujets. Et qu’ils parlent. Ainsi, ils tentent de s’expliquer, du haut de leur perchoir, auprès de la foule massée au pied des murs d’en- ceinte. Ils racontent leur vie en détention. « Nous ne pouvons plus vivre comme ça. » « Nous voulons que tout se passe dans le calme. Mais si c’est nécessaire, nous sommes prêts à y laisser notre peau. »

***

«Anne Guérin décrypte les pleins et les déliés des mots arrachés à la nuit : «  Mon sujet, c’est l’homme dans son environnement carcéral, et non celui d’avant, ou d’après ». Elle veut faire entendre ces « interdits de l’Histoire », jamais considérés comme des personnes à part entière. D’où lui vient cet intérêt, cette obsession, cet acharnement ? Quand on l’interroge à ce sujet, elle invoque surtout la guerre d’Algérie. Peu après l’indépendance, elle a côtoyé des militants du FLN tout justes sortis des geôles françaises. Leur expérience carcérale les avait profondément marqués, quasi détruits. Au point que, libérés, ils étaient incapables de la mettre en mots. De leur silence, a surgi chez la jeune Française mille questions obsédantes : « C’est quoi, c’est comment la prison ? ». Par la suite, elle a tenu à donner la parole à ceux qui ne peuvent la prendre, ou que l’on n’entend pas : les victimes de la pollution industrielle, les malades du sida et maintenant les prisonniers1.
Les prisonnières aussi. À cette minorité carcérale (environ 3 % des effectifs de l’époque), Anne Guérin a consacré un chapitre où apparaît la profonde solitude de celles qui, souvent condamnées pour des crimes et délits domestiques, sont abandonnées par leur famille dans un univers viril qui les ignore.»

1 Anne Guérin, Les Pollueurs. Luttes sociales et pollution industrielle, Seuil, 1980.

(Préface de Michelle Perrot)

Dossier de presse
"Se révolter les a libérés" Christohpe Goby CQFD, Février 2014
Compte-rendu Jean Bérard Crimino Corpus, Mars 2014
Compte rendu Christian Goby CQFD, Février 2014
Compte-rendu Frédéric Thomas Dissidences, 19 décembre 2013
Prisonniers en révolte de 1970 à nos jours Yves Januel Genepi-Le Passe-Murailles, septembre-octobre 2013
SUR LES ONDES
Du quotidien carcéral à la révolte S. M.-J. Alternatives Libertaires, Octobre 2013
Compte-rendu Christophe Goby Le Monde Diplomatique, Octobre 2013
Compte-rendu Michel Huyette Paroles de juges, 22 septembre 2013
Compte-rendu Roland Agret http://rolandagret.blog.lemonde.fr/2013/09/08/pris, 8 septembre 2013
Les luttes des prisonniers dans les années 1970 http://zones-subversives.over-blog.com/, 20 août 2013
"Se révolter les a libérés"

CQFD : De quoi parle votre livre et quelle thèse défendez-vous ?

Anne Guérin : Je parle des révoltes des détenus des années 1970, en France. Si j’ai une thèse à défendre, c’est que, contrairement à une opinion largement répandue, les prisonniers sont des êtres humains et qu’ils ont, à ce titre, le droit à la parole et au respect. La parole leur est souvent confisquée.

Mai 68 aurait préparé les mutineries de 1972–1974 ? Comment ?

La France s’est livrée en 1968 à une vaste contestation de l’autorité. Celle-ci a gagné, avec trois ans de retard, les prisons elles-mêmes. En 1968, de futurs prisonniers, alors libres ont participé à des mouvements de révolte. Comme Serge Livrozet, qui occupa la Sorbonne ! Certains, notamment ouvriers, se sont retrouvés en prison pour cette raison.

Les autorités faisaient tout, à l’époque, pour isoler les détenus de la société. En 1968, les prisonniers n’avait pas le droit de recevoir des journaux, ni d’écouter la radio. Mais ces murs sont toujours poreux. Les prisonniers fabriquaient des radios clandestines. Début 1970, après le travail militant effectué par les maoïstes, eux-mêmes envoyés en prison, est créé le Groupe d’information prison (GIP) par Michel Foucault qui s’est efforcé de faire sortir de prison une grande quantité de témoignages de détenus. Démarche absolument novatrice, inouïe même, à l’époque. Parallèlement, le Comité d’action prison (CAP) composé de prisonniers et d’anciens prisonniers, a publié un mensuel tout simplement intitulé Le CAP qui a duré dix ans et a pu avoir un tirage de 5 000 exemplaires en 1974 et 1975.

Vous dites ne pas vous être servie des archives de l’administration judiciaire à cause d’une aversion pour elle… ?

Mon aversion existe, certes, mais surtout je n’avais pas les moyens de me déplacer dans toutes les régions où se trouvent, paraît-il, les archives des prisons. Je n’avais pas l’ombre d’une subvention ou d’une avance sur droits d’auteur ! En plus, j’avais un parti pris : raconter cette histoire des prisons du point de vue des prisonniers eux-mêmes et non pas du point de vue de la pénitentiaire.

Votre livre n’est pas fait d’interviews mais d’archives abondantes. C’est un choix pour travailler à tête reposée ?

Peu d’interviews, en effet, parce qu’au bout de 40 ans, les témoins ont beaucoup oublié ou sont morts ou introuvables. Mes « archives », ce sont les récits, déjà publiés, de détenus : des textes épars, mais « sur le vif » qu’ils ont écrits pendant ou peu après leur détention.

Les prisonniers étaient souvent issus de la classe ouvrière à l’époque. Aujourd’hui encore ?

De nos jours, ils sont moins issus de la classe ouvrière parce que la classe ouvrière a rétréci comme peau de chagrin et ce qu’il en reste est peu enclin à la révolte politique. Aujourd’hui, plus de 80 % des prisonniers sont issus de l’immigration maghrébine ou subsaharienne et sont chômeurs.

Une phrase de votre livre prononcée par un parent de détenus dit : « Se révolter ça les a libérés. » Est-ce que ça veut dire aussi que lorsqu’on est libéré de prison, on n’est toujours pas libre…

Même hors des murs, on n’est toujours pas libre, en effet, parce qu’on traîne derrière soi le statut d’ancien prisonnier comme un boulet. Pas d’embauche. Plus de logement, de vie familiale souvent, pas de soutien de l’état-providence (ou ce qu’il en reste), pas de diplômes. On n’est pas libre dans sa tête non plus. Pas libre de reconstruire sa vie « honnêtement ». Plus de la moitié des prisonniers « libérés » n’a d’autre choix que de renouer avec la délinquance. Parce que rien n’est fait pour les réintégrer durablement dans notre société.

Quel est le travail de l’Observatoire international des prisons dont vous êtes membre ?

Créé à Lyon en 1996 par Bernard Bolze, l’OIP s’efforce de venir en aide aux détenus, aux plans juridique, médical, pratique, etc. Aidés par les rapports que leur font les prisonniers, ses responsables tentent de faire éclater les scandales les plus criants, de se faire entendre par les autorités. C’est un combat permanent, rarement gagné, contre l’administration pénitentiaire et le ministère de la Justice. Le journal Dedans-Dehors en fait régulièrement des comptes-rendus. Ce périodique est très lu par les prisonniers – et pour eux, l’abonnement est gratuit [1] – mais aussi par leurs familles, par les autorités locales et nationales, par les nombreux intellectuels engagés dans la lutte contre les prisons sans être nécessairement abolitionnistes (peu le sont, d’ailleurs). Il y a également des livres : Guide du Prisonnier, Conditions de détention en France, etc.

Qu’est-ce qui vous a personnellement amenée à écrire ce livre ?

C’est la fréquentation, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, d’anciens prisonniers algériens que j’aimais, et qui avaient tellement souffert qu’ils étaient incapables de parler de leur séjour en prison – de même que les déportés à leur retour des camps nazis, ou les soldats de retour d’un conflit. C’était le silence radio quand je les interrogeais là-dessus. Dès 1964, à cause de leur silence, je me suis posé des questions sur les prisons. Depuis, certains, comme Ali Zamoum, ont parlé, publié de beaux livres, comme Mémoires d’un survivant – 1940–1962. Des Français ont aussi écrit des livres magnifiques : Roger Knobeslpiess, fils d’un ramoneur-ferrailleur, évidemment sans instruction, a trouvé moyen de publier une autobiographie de prison, QHS (réédité aux éditions du Rocher en 2007) dans un style superbe. J’y ai beaucoup puisé.

Christohpe Goby
CQFD, Février 2014
Compte-rendu

Le livre d’Anne Guérin forme un ample récit des révoltes qui ont secoué les prisons dans la France des années 1970. Sa force est de solliciter le plus largement possible la parole de ceux qui ont vécu ces années singulières en détention et ont écrit, dans des tracts, des journaux, des livres pour dire ce qui leur semblait insupportable dans leur condition de prisonniers. En effet, alors que « les témoignages d’avant 1970 sont rares » (p. 18), les prisonniers militants d’après 68 ont abondamment raconté leur parcours, en prison et au-delà. Anne Guérin insiste sur l’intérêt de recueillir ces paroles souvent jugées « suspectes » (p. 41) même si elle regrette parfois que les prisonniers voient les choses « par le petit bout de la lorgnette » (p. 49). Des figures, qui structurent le propos du livre, incarnent les contestations de ces années : Serge Livrozet, Charlie Bauer, Roger Knobelspiess, Jacques Lesage de la Haye, ou Jacques Mesrine, qui chacun incarnent une ou plusieurs facettes des révoltes contre l’institution pénitentiaire : le fonctionnement de la prison dans une société capitaliste, la violence exercée contre ceux qui tentent de s’évader, les erreurs judiciaires, l’isolement et la frustration sexuelle ou les quartiers de haute sécurité. D’autres sont des anonymes qui, par exemple, rédigent des tracts ou écrivent au journal du Comité d’action des prisonniers.

Le livre brosse le sombre tableau des conditions de détention des années 1960 : le froid (au quartier disciplinaire « la température serait descendue à -26°C à Toul en janvier 1968 » (p. 21)) et la faim, l’isolement et la violence disciplinaire subis des jeunes hommes des classes populaires, majoritairement condamnés pour des vols. « Plusieurs révoltes ont émaillé les années 1950 et 1960 », mais « les journaux n’en parlaient guère » (p. 17). Anne Guérin montre la double transition militante qui s’est opérée dans les premiers temps après mai 68 et a permis l’expression de ces dénonciations de l’ordre carcéral : de l’incarcération de militants d’extrême-gauche revendiquant le caractère politique de leur incarcération à la création d’un mouvement, le Groupe d’information sur les prisons (GIP), visant à rendre politique l’ensemble des questions liés à la détention ; puis de la création du GIP à l’émergence, par le Comité d’action des prisonniers (CAP) d’un mouvement des prisonniers eux-mêmes. Elle décrit les débats qui agitent les militants pour comprendre la position de classe des prisonniers : sont-ils des ouvriers, des sous-prolétaires, des voyous réactionnaires ?

Ces débats sont rapidement dépassés parce que les prisonniers eux-mêmes deviennent des acteurs politiques, par le biais de nombreux mouvements de contestation. Ceux-ci dénoncent les conditions de détention, l’arbitraire pénitentiaire et les formes les plus violentes de la répression disciplinaire, notamment la contention (p. 111). Anne Guérin raconte comment, en 1971–1972, les « premières réformes » succèdent aux « premières révoltes ». En juillet 1971, un détenu de Lyon blesse mortellement un surveillant. En septembre, deux détenus de Clairvaux, Claude Buffet et Roger Bontems, tentent de s’évader en prenant en otage une infirmière et un surveillant qu’ils exécutent lorsque les forces de l’ordre donnent l’assaut. En décembre, le garde des Sceaux René Pleven décide la suppression des colis de Noël et provoque de nombreuses contestations. La plus forte est la révolte de la centrale de Toul. En janvier 1972, la révolte gagne la prison de Nancy, et en février, des mouvements de protestation ont lieu dans les prisons d’Amiens, de Lille et de Nîmes. Un vent de « panique » (p. 120) souffle à l’administration pénitentiaire et le garde des Sceaux, René Pleven est contraint à une réforme. Les réformes de l’automne 1972 visent à agir à la fois sur les conditions carcérales et sur la durée effective des peines. La durée maximum des punitions de cellule est réduite de moitié de 90 à 45 jours. La réforme contient des dispositions sur le courrier, l’accès aux informations, aux permissions de sortir et à la semi-liberté. La réduction de peine est instituée qui consiste à conférer au juge de l’application des peines le pouvoir de réduire, pour les peines égales ou supérieures à trois mois, la durée de l’incarcération de chaque condamné dans la limite de trois mois de réduction par année de détention et de sept jours par mois pour une incarcération de moins d’un an.

Anne Guérin estime que ces réformes ne sont, à terme, pas négligeables mais elles sont emportées par le contexte de révolte. En 1973, des mouvements se déclenchent dans les prisons de Melun et à Lyon. Surtout, à l’été 1974, de nombreuses prisons entrent en révolte. Anne Guérin montre que le compte est difficile à faire, d’autant plus que les mouvements ont pris des formes diverses, des mutineries aux contestations résolues par la négociation. Il reste que, selon l’administration pénitentiaire elle-même, près de 90 mouvements se déroulent entre le 19 juillet et le 5 août. La presse réagit de manière diverse, parfois davantage selon la sensibilité des journalistes que selon la couleur politique des journaux. Ainsi, alors que « l’Humanité donne de la révolte de Clairvaux une vision purement préfectorale », Le Figaro est « plus nuancé » et « sympathise avec les détenus » (p. 150). Le Parisien libéré manifeste lui une « hostilité à toute épreuve » aux contestataires, titrant par exemple « Prisons : l’incroyable chienlit continue » (p. 150). Le livre raconte de manière détaillée les révoltes qui secouent les prisons de Clairvaux, Nîmes, Loos-lès-Lille, Muret « et quelques autres », ainsi que la violence de la répression. Il souligne la difficulté à connaître le nombre de morts : « l’administration pénitentiaire en recense 6 et la plupart des autres sources 7 ou 8 » (p. 187). Le chapitre « des prisons sans histoire » parle non pas des prisons où il ne se passe rien mais de celles marquées par d’autres formes de mobilisation : grèves du travail, refus de monter de la cour de promenade.

Cet ensemble de contestations produit un certain affolement du pouvoir (p. 195). Comme l’explique le journaliste Philippe Boucher, le garde des Sceaux « Jean Lecanuet cachait si peu le médiocre intérêt qu’il portait à ce poste qu’il paraissait s’en vanter. […] Lorsque éclata en juillet-août 1974 la révolte des prisons qui mit l’affolement dans l’État, il parut à ce point désorienté que les Sceaux fussent brûlants que le directeur de l’administration pénitentiaire lui lança à la figure qu’il serait bien venu de démissionner. Ce qu’il ne fit évidemment pas [1] ». Du récit d’Anne Guérin ressortent par contraste les figures d’Hélène Dorlhac, secrétaire d’État à la condition pénitentiaire de 1974 à 1976 et de Jacques Mégret, directeur de l’administration pénitentiaire de 1974 à sa mort en 1975. Tous deux manifestent une volonté de transformation des règles pénitentiaires mais aussi du style de relation de l’administration avec les prisonniers. Ainsi Jacques Mégret écrit aux chefs d’établissement pour les inciter à passer du temps en détention pour dialoguer avec les prisonniers. Mais les réformes menées sont en réalité profondément ambivalentes. Anne Guérin montre le « double langage du pouvoir », c’est-à-dire de Valéry Giscard d’Estaing et de Michel Poniatowski, entre volonté de libéralisation et durcissement de la répression pénale. En effet, le tournant des années 1970 est marqué par l’émergence de l’insécurité comme question politique, de réformes visant à augmenter la sévérité pénale (loi sur les périodes de sûreté en 1978, loi « Sécurité et liberté » en 1981), et de la reprise de l’augmentation du nombre de prisonniers, de 27 100 au 1er janvier 1974 à 35 600 au 1er janvier 1980. Dans ce contexte, les centres de détention, prisons supposées incarner un nouveau régime de détention tourné vers la réinsertion voisinent avec les « QHS » de la « torture blanche » (p. 239) infligée aux prisonniers qui contestent l’ordre carcéral. Le livre décrit longuement la dureté et la violence de ces régimes de détention, qui symbolisent « la fin du discours libéral » et cristallisent les luttes des militants de la fin des années 1970.

Dans ces années qui succèdent à la « charnière grinçante de la période où l’horizon d’attente qui était jusque-là l’utopie de l’espérance révolutionnaire et d’un avenir radieux, devient la crise économique et sociale, la lutte contre les suppressions d’emploi et le chômage de masse2 », le livre décrit « des lendemains qui ne chantent pas » (p. 225). Foucault expliquait aux débuts des années 1970 que les prisonniers ne pouvaient exprimer leur révolte que par le suicide ou l’évasion. Le moment des révoltes a formé un élargissement des registres d’expression du désespoir carcéral, qui, sans cela, retrouve les voies anciennes des suicides et tentatives de suicides, auto-mutilations, et grèves de la faim. En prison sans doute plus encore que dans d’autres milieux se lisent, même s’ils ne sont que des signes indirects, les indices de la souffrance de l’épuisement du temps des contestations collectives.

La fin du livre qui fait basculer « d’hier à aujourd’hui » n’a pas une structure évidente, et fait se succéder un chapitre de réflexion sur « les corps prisonniers », un chapitre consacré aux femmes détenues et un entretien avec Henri Leclerc, avocat de nombreux militants des « années 68 » devenu, entre 1995 et 2000, président de la Ligue des droits de l’homme. Année Guérin souligne pour conclure que « dans un monde qui change à une vitesse vertigineuse, l’institution prison paraît ne pas changer, ou si peu » (p. 346) et pointe les contradictions auxquelles s’affrontent l’administration pénitentiaire (la volonté de réforme contre l’inertie de l’institution, la volonté de punir contre le « désir de sauver » etc.). Le livre se ferme par une perspective concrète de transformation possible, l’expérience singulière de la prison corse de Casabianda, « unique prison heureuse », « sans murs d’enceinte, sans barbelés, sans mitard, sans barreaux, avec un minimum de gardien », dans laquelle les détenus cultivent la terre ou élèvent des bêtes (p. 353).

Anne Guérin explique de manière très convaincante pourquoi il ne faut pas disqualifier la parole des prisonniers. Mais la place accordé à cette source par rapport à d’autres limite parfois la portée des analyses proposées. À la fin de son livre, Anne Guérin réfléchit sur l’administration pénitentiaire et reconnaît que, « attentifs aux prisonniers, nous avons jusqu’à présent négligé l’institution prison qui a la haute main sur leur destin carcéral ». Cette absence est d’autant plus regrettable que cette administration produit, comme toute administration, des archives souvent très riches d’informations. À titre d’exemple, tous les dossiers individuels (de 1950 à 1993) concernant les « DPS » (Détenus Particulièrement Signalés) ou détenus ayant pris part à des émeutes, grèves de la faim, etc., sont disponibles aux Archives nationales [3].

Le livre décrit également en s’appuyant sur des bases fragiles la transformation supposée des prisonniers eux-mêmes entre les années 1970 et les suivantes. Il s’appuie pour ce faire sur la notion de « déculpabilisation ». « Il était convenu, estime-t-il, depuis des siècles que le criminel ou délinquant était responsable de sa faute ». Or, « un renversement de cette idéologie déjà ébranlée avant Mai 68 se confirme au cours de la nouvelle décennie » (p. 67). Pour cette raison, « aucun de nos témoins ne paraît accablé de remords. Le couple crime-et-châtiment semble, chez eux, se dissocier » (p. 69). Pire encore, aujourd’hui « chez les jeunes délinquants de nos quartiers dits « sensibles » ; nombreux sont ceux qui se défaussent, devant le juge de leur responsabilité réelle ou supposée. On assiste alors à l’évaporation totale de la faute » au point qu’un « séjour en prison n’a plus rien d’infâmant » (p. 71). Cette description des « jeunes banlieusards acculturés » (p. 31) s’appuie sur des idées générales et discutables : « partout l’argent est roi », « le déclin de l’autorité parentale entraîne un brouillage des valeurs », la violence était dans les années 1970 « beaucoup plus rare qu’aujourd’hui chez les jeunes » (p. 65). Paradoxalement, Anne Guérin reconduit ainsi le mythe d’un âge durant lequel les voyous auraient assumés leurs actes et répugnés à l’usage d’une violence excessive, à l’inverse des délinquants jeunes violents et sans principes qui leur auraient succédé.

Prisonniers en révolte constitue, comme le remarque Michelle Perrot dans sa préface, un livre-somme : somme des récits des révoltes, mais aussi somme des réflexions de l’auteure sur l’histoire et la situation actuelle des prisons, l’histoire des années 70, les transformations sociales plus larges intervenues depuis Mai 68. Cette dimension entraîne parfois le livre vers des formulations trop larges ou normatives et des analyses que le lecteur voudrait discuter, tempérer ou préciser, notamment par un recours plus systématique à l’histoire des « années 68 ». Mais ces traits sont sans doute solidaires d’une écriture qui manifeste un engagement fort et personnel dans la volonté de faire entendre la voix des prisonniers révoltés.

1 Philippe Boucher, Le ghetto judiciaire, Paris, Grasset, 1978, p. 18.
fn2. Michelle Zancarini-Fournel, Le moment 68, une histoire contestée, Paris, Seuil, 2008, p. 12.
fn3. Pour une description de ces fonds, voir la page en ligne du site des archives du ministère de la Justice.

Jean Bérard
Crimino Corpus, Mars 2014
Compte rendu

Anne Guérin a publié Prisonniers en révolte. Le livre fait la part belle aux révoltes et aux mutinéries. Nous lui avons demandé de quoi il en retournait.

De quoi parle votre livre et quelle thèse défendez vous ?
Je parle des révoltes des détenus des années 70, en France. Si j’ai une thèse à défendre, c’est que, contrairement à une opinion largement répandue, les prisonniers sont des êtres humains et qu’ils ont, à ce titre, le droit à la parole et au respect. La parole leur est souvent confisquée.

Est ce que Mai 68 a préparé les mutineries de 1972–1974 ? Et comment ?
La France s’est livrée en 1968 à une vaste contestation de l’autorité. Celle-ci a gagné, avec trois ans de retard, les prisons elle-mêmes. En 1968, de futurs prisonniers alors libres ont participé à des mouvements de révolte. Comme Serge Livrozet, qui occupa la Sorbonne ! Certains, notamment ouvriers, se sont retrouvés en prison pour cette raison.

Les autorités faisaient tout, à l’époque, pour isoler les détenus de la société. En 1968, les prisonniers n’avait pas le droit de recevoir des journaux, ni d’écouter la radio. Mais ces murs sont toujours poreux. Les prisonniers fabriquaient des radios clandestines. Début 1970, les maoistes, eux-mêmes envoyés en prison, y font connaître les conditions de détention. Ensuite le Groupe d’information prison de Michel Foucault. Et parallèlement le Comité d’action prison (CAP) composé de prisonniers et anciens prisonniers, a publié un mensuel dit “Le CAP” qui a duré dix ans et tiré jusqu’à 5 000 exemplaires en 1974 et 75.

Les révoltes de 1974 naissent des abus dans la vie quotidienne en prison ?
Oui, mais aussi d’une justice extrêmement sévère pour les petits délinquants.

Que pensez vous de la politique de la Garde des sceaux, Mme Taubira ?
Qu’elle est pétrie de bonnes intentions non abouties à ce jour.

Vous dites ne pas vous être servi des archives de l’administration judiciaire à cause d’une aversion pour elle… ?

Mon aversion existe, certes, mais surtout je n’avais pas les moyens de me déplacer dans toutes les provinces où se trouvent, paraît-il, les archives des prisons. Je n’avais pas l’ombre d’une subvention ou d’une avance sur droits d’auteur! En plus, j’avais un parti pris : raconter cette histoire des prisons du point de vue des prisonniers eux-mêmes et non pas du point de vue de la Pénitentiaire.

Votre livre n’est pas fait d’interviews mais d’archives abondantes. C’est un choix pour travailler à tête reposée ?

Peu d’interviews en effet, parce qu’au bout de 40 ans les témoins ont beaucoup oublié., ou sont morts, ou introuvables. Mes “archives”, ce sont les récits, déjà publiés, de détenus : des textes épars, mais “sur le vif” qu’ils ont écrit pendant ou peu après leur détention.

On sent l’importance de Michel Foucault…pouvez vous en dire plus ?
Foucault et le GIP s’est efforcé de faire sortir de prison une grande quantité de témoignages de détenus, et de les publier, donnant ainsi la parole à ceux qui ne l’ont pas. Démarche tout-à-fait novatrice, inouïe même, à l’époque.

Les prisonniers sont issus de la classe ouvrière à l’époque et… aujourd’hui ?

De nos jours ils sont moins issus de la classe ouvrière parce que la classe ouvrière a rétréci comme peau de chagrin et ce qu’il en reste est peu enclin à la révolte politique. Aujourd’hui 80 à 90% des prisonniers sont issus de l’immigration (Maghrébins, noirs d’Afrique subsaharienne) et chômeurs.

Une phrase de votre livre prononcé par un parent de détenus dit : « Se révolter ça les a libérés. » La libération par soi même. Est ce que ça veut dire aussi que lorsqu’on est libéré de prison, on est toujours pas libre…

On n’est toujours pas libre, en effet, parce qu’on traine derrière soi comme un boulet le statut d’ancien prisonnier. Pas d’embauche. Plus de logement, de vie familiale souvent, pas de soutien de l’Etat providence (ou ce qu’il en reste), pas de diplômes. On n’est pas libre dans sa tête non plus. Pas libre de reconstruire sa vie “honnêtement”. La majorité des prisonniers “libérés” n’a d’autre choix que la retombée dans la délinquance. L’étonnant est que 50% seulement des libérés trouvent d’autres solutions. Les 50 autres pourcent deviennent, tôt pou tard, récidivistes. Parce que rien n’est fait pour les réintégrer durablement dans notre société.

Ecrire sur la prison n’est pas vendeur, pourtant Agone et vous l’avez fait. Comment, pourquoi ?
On n’écrit, on ne publie, pas toujours pour gagner de l’argent. On le fait par conviction, par passion, par besoin d’être utile aux hommes. Par désir, aussi, de contribuer aux connaissances de la prison. Les révoltes des années 70 n’étaient pas assez étudiées.

Quel est le travail de l’Observatoire International des Prisons ? Parlez nous de votre journal, Dedans dehors…

Créé à Lyon en 1996 par Bernard Bolze, l’OIP (www.oip.org) s’efforce de venir en aide aux détenus, aux plans juridique, médical, pratique, etc. Ses responsables locaux et nationaux s’efforcent de savoir ce qui se passe dans telle prison. Aidés en cela par les rapports que leur font les prisonniers. Parfois des scandales éclatent, grâce à l’OIP qui les dénonce et s’efforce de se faire entendre par les autorités. C’est un combat permanent, rarement gagné, contre l’administration pénitentiaire et le ministère de la justice qui coiffe l’AP. Dedans-Dehors en fait régulièrement des compte-rendu. Ce périodique est très lu par les autorités locales et nationales, par des familles de détenus, par les nombreux intellectuels engagés dans la lutte contre les prisons sans être nécessairement abolitionnistes (peu le sont, d’ailleurs). Les prisonniers qui le demandent sont gratuitement abonnés à Dedans-Dehors. L’OIP publie aussi régulièrement des livres : Guide du Prisonnier, Conditions de détention en France…

Informer, s’informer sur la prison pour en faire une intolérance active ?
Ca, c’est Michel Foucault qui le disait. Aujourd’hui, l’intolérance active se fait rare.

Anne, qu’est ce qui vous a personnellement amené à écrire ce livre ?

C’est la fréquentation, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, d’anciens prisonniers algériens, que j’aimais, et qui avaient tellement souffert qu’ils étaient incapables de parler de leur séjour en prison. (Comme aussi les déportés à leur retour des camps nazis, ou les soldats retour d’Afghanistan ou d’ailleurs.) C’était le silence radio quand je les interrogeais là-dessus. C’est ainsi – à cause de leur silence – que je me suis posée, dès 1964, des questions sur les prisons. Depuis, certains, comme Ali Zamoum, ont parlé, publié de beaux livres, comme Mémoires d’un survivant (La Pensée sauvage).

Des Français ont aussi écrit des livres magnifiques : Roger Knobeslpiess, fils d’un ramoneur-ferrailleur, évidemment sans instruction, a trouvé moyen de publier une autobiographie de prison, QHS, dans un style superbe (réédité aux Editions du Rocher). J’y ai beaucoup puisé. C’est un grand écrivain !

Christian Goby
CQFD, Février 2014
Compte-rendu

La photo de couverture montre quelques hommes, sur le toit d’une prison, assis ou debout, mangeant ou fumant. L’un d’eux, à l’air goguenard, fait mine de porter sur sa tête la casquette dérobée certainement à un gardien, provoquant ainsi les rires de ses compagnons. Image exceptionnelle par la force qu’elle dégage, mais plus encore par son irruption, par le simple fait de donner à voir ces hommes sortir de leur enfermement et prendre la parole. C’est au plus près de cette prise de parole, dans le prolongement de cette irruption qu’Anne Guérin a voulu écrire son livre.

1970 n’est ni une année charnière ni une date indifférente, mais elle est le marqueur d’une situation explosive et du décalage entre l’administration pénitentiaire et le reste de la société. Et elle annonce le cycle de révoltes de 1971–1974. L’auteur commence par un large panorama de ce qu’était alors la prison : le froid (le chauffage central ne sera généralisé qu’en 1978) ; les douches – pourtant obligatoires – sont au mieux hebdomadaires ; les détenus portent l’uniforme carcéral ; le travail est obligatoire (mais entre 22 et 40% ne travaillent pas), mais sans contrat ; les journaux interdits… En ce début de décennie, la population carcérale connaît des transformations sociologiques : elle se rajeunit, provient surtout de milieux populaires et la condamnation principale est le vol. Et puis, mai 68 est passé par là, même si, selon Anne Guérin, « finalement, la principale cause des révoltes carcérales des années 1970 est peut-être moins 1968 que les vingt et quelque « glorieuses » qui l’ont précédé et ont permis à la population générale d’atteindre un niveau de vie inconnu jusqu’alors, alors que celui des prisonniers n’avait guère évolué » (p. 64).

Le lecteur suit une décennie de révoltes et de réformes à travers leur traitement médiatique et policier, et autour de quelques figures de prisonniers (Agret, Bauer, Knobelspiess…) comme de politiques (Dorlhac, Pleven…). L’auteur s’attarde également sur le rôle des maos, du CAP. Journal des prisonniers (né en 1972) et du GIP, le Groupe d’information sur les prisons, né le 8 février 1971, à l’initiative de Michel Foucault, qui entendait enquêter selon sa belle formule, non pas « pour accumuler des connaissances, mais pour accroître notre intolérance et en faire une intolérance active » (p. 92). Aux mutineries – relayées par un climat de contestation politique – qui ont scandées la première moitié des années 1970, a suivi une réforme en termes de donnant-donnant d’après Anne Guérin : « il faut que les avantages accordés soient suffisamment nombreux et importants – et ils le sont, sur le papier – pour que les bénéficiaires leur sacrifient leur résistance à l’Ordre carcéral. Avantages que résume Bauer [un prisonnier, auteur de Fractures d’une vie, Paris, Agone, 2004] en évoquant ces « carottes qui transforment le prisonnier en son propre maton » » (p. 222–223). Le contournement des problèmes, l’usure d’une réforme qui ne fut que très partiellement et contradictoirement appliquée semblent caractériser une forme d’immobilisme toujours d’actualité. De manière générale d’ailleurs, l’auteur fait l’hypothèse que le principal facteur de changement de la prison est l’impulsion externe : « Quitte à forcer le trait, avançons cette hypothèse : dans un monde qui change à une vitesse vertigineuse, l’institution prison paraît ne pas changer, ou si peu. (…) Si, sur le long terme, la prison bouge, c’est par un mouvement de pendule qui, à plus ou moins brève échéance, la ramène régulièrement à son point de départ après une courte avancée vers un point d’arrivée » (p. 346).

Les prises de parole des prisonniers, à travers les courriers, articles et livres, ne sont pas représentatifs rappelle l’auteur. Ils constituent déjà le souci de témoigner, de réfléchir et de construire un lien politique avec les autres – au dedans comme au dehors de la prison – ; lien qui faisait largement défaut, dans un univers très hiérarchisé et divisé, sinon dans le bref éclat des mutineries. Ainsi, selon Anne Guérin, seuls « ont été solidaires avec constance les occupants des QHS, les « politiques » et ceux que rassemblaient un objectif, une origine, une culture communes » (p. 290). Les prisonniers représenteraient majoritairement une population marginale, qui pourrait être qualifiée de « sous-prolétariat », réfractaires à la discipline du travail en usine (p. 87). D’où, dès lors, la difficulté de créer des liens avec les organisations ouvrières (partis et syndicats), réticentes – pour ne pas dire plus – et qui renvoient les prisonniers à la figure honnie du lumpen prolétariat. Quelques photos et reproduction se trouvent au milieu du livre. Un chapitre traite des QHS – Quartiers de haute sécurité ; sorte de prison dans la prison – tandis qu’un autre aborde la question des femmes en prison. Celles-ci, sous la garde de surveillantes et de religieuses, sont doublement culpabilisées : de sortir de la légalité, d’une part, de leur rôle traditionnel de femme et de mère, d’autre part (p. 305). L’essai se clôt par un entretien avec l’avocat Henri Leclerc, qui s’étonne de l’absence de révoltes en prison ces dernières années.

On aurait aimé, pour une meilleure compréhension, que soient plus frontalement interrogés le rôle et statut des étrangers en prison, l’économie de l’institution pénitentiaire – abordée brièvement ici sous l’angle du travail des prisonniers et de la construction des prisons –, la forme particulière qu’a prise la littérature des prisons (Agret, Bauer, Knobelspiess, Livrozet, Mesrine, Lucas) – surtout questionnée par l’auteur comme source légitime et non sa dynamique – et, enfin, le positionnement des divers syndicats des surveillants de prison, tant celui-ci paraît déterminé. Cependant, ce livre constitue une somme sur la prison durant les années 1970 et jette un regard éclairant sur ses multiples aspects.

Frédéric Thomas
Dissidences, 19 décembre 2013
Prisonniers en révolte de 1970 à nos jours

Se plonger dans l’univers des prisons des années 1970, pour une genepiste, c’est se plonger dans le contexte dans lequel est née l’association. À travers un impressionnant travail de recherche sur une période charnière de l’histoire des prisons modernes, Anne Guérin dans Prisonniers en révolte : quotidien carcéral, mutineries et politique pénitentiaire en France (1970–1980) permet de mieux cerner les révoltes des années 1970 et de comprendre les réformes successives qui en découlèrent. Mener un travail de recherche sur une telle thématique n’est pas chose aisée, elle l’est encore moins sur une période éloignée. Pourtant, Anne Guérin n’a pas écouté ces mises en gardes de chercheurs de la DAP[1] – un « vous ne trouverez rien » qui sonne d’ailleurs davantage comme une tentative pour décourager l’auteure de remuer un passé peu glorieux – et s’est plongée dans une collecte méthodique des documents de l’époque. La démarche est intéressante car ce n’est pas tant vers les sources officielles (direction de l’administration pénitentiaire et consorts) que la chercheuse s’est tournée mais plus vers les sources « de l’intérieur » : les témoignages et revendications de détention, notamment ceux que l’on doit au GIP[2], les journaux de prisonniers à commencer par le CAP[3], ou encore des souvenirs de personnes détenues à cette époque. Le tout donne un ouvrage riche et dense, passionnant tant par ce qu’il nous dit des prisons de l’époque, que par ce qu’il évoque des conditions actuelles de détention. Autant le dire tout de suite, si les murs changent, le système d’oppression subsiste.

Les prisons en 1970

Le premier chapitre de ce livre s’ouvre sur la question suivante : « Est-ce ainsi que des hommes vivent ? » Car, oui, les conditions d’incarcération suscitent d’emblée l’effroi. Absence totale de chauffage dans la plupart des établissements (les températures dans certains établissements descendant alors jusqu’à -26°C), aucune source d’information pour les personnes détenues (sauf une seule station de radio diffusée par haut-parleur mais éteinte lors des informations), arbitraire de l’administration pénitentiaire qui n’est alors soumis à aucune sorte de contrôle extérieur…
Le « comité vérité Toul », qui se donne pour mission de dire ce qui s’est réellement passé lors de l’une des premières mutineries (1971) dresse une liste hallucinante des sanctions auxquelles étaient soumises les personnes détenues, avec entre autres : « Écrire qu’on n’est pas bien à Toul : suppression de la correspondance jusqu’à nouvel ordre. […] Se plaindre d ‘avoir été attaché ou battu : quinze mois à l’isolement. […] Dire que les fayots ne sont pas cuits : trente jours de mitard ». Retenons également qu’au milieu des revendications des personnes détenues, les premières du genre, qui émergèrent des révoltes des années 1970, nombre d’entre elles semblent étrangement actuelles : une rémunération du travail au SMIC, le droit d’association en détention (qui existe aujourd’hui mais n’est jamais vraiment respecté) ainsi que quelques revendications encore timides pour des « parloirs libres » ou des « parloirs sexuels ».

Les révoltes des années 1970 et leurs conséquences politiques

Ces révoltes de l’époque, nous les devons à un contexte particulier. Lequel ? Difficile de savoir précisément ce qui fut le prélude à cette première libération de la parole prisonnière mais il est indéniable que la présence de détenus politiques (les maos et d’autres détenus liés à mai 68) et l’engagement nouveau d’intellectuels, comme Michel Foucault, qui revendiquent ce droit d’expression des personnes détenues, ont joué un rôle non négligeable. On peut aussi penser, à la lecture de cet ouvrage, que la « stratégie de la tension » d’une partie de l’administration pénitentiaire a joué un rôle notamment dans la propagation des révoltes au sein des différentes prisons françaises. Car ces révoltes ont souvent servi de prétexte à des mesures toujours plus répressives : ce qui laisse à penser que certaines de ces mutineries eurent lieu sous la relative bienveillance des surveillants de l’époque. Ces revendications furent tout aussi mal vues de la population qu’elles furent mal couvertes par les médias. Afin de monter encore un peu plus la population contre les personnes détenues, une opération « portes ouvertes » fut organisée après la mutinerie de Loos (près de Lille) pour montrer au grand public comment cette « prison modèle » avait été saccagée par ces affreux taulards (l’administration poussant même le vice jusqu’à afficher le prix des objets alors détériorés). L’effet fut désastreux, si l’on en croit le livre d’or de l’opération que cite Anne Guérin : « il fallait leur tirer dessus », « ils avaient tout pour être heureux »… et n’est pas sans rappeler les déchaînements d’injures aussi fréquents qu’exaspérants, proférés via internet dans les commentaires des lecteurs d’articles de presse. Face à ces revendications et ces mutineries de 1974, les réponses politiques restèrent timides. Parfois libérales, avec l’arrivée de Valérie Giscard d’Estaing qui promettait que les prisons ne seraient plus « que la privation d’aller et venir », ou beaucoup plus répressives voire les deux en même temps : on se souviendra que les efforts du gouvernement de VGE pour ouvrir les prisons vers l’extérieur (c’est là qu’apparaît le Genepi) se sont accompagnés de la création officielle des QHS[4] : y sont enfermés les individus les plus « dangereux » dans des conditions de privation de tout et d’isolement inhumain. Quand la carotte pend, attention au retour du bâton. Vous le comprendrez, avec ce livre, on est bien loin d’une analyse purement historique de la prison et Anne Guérin consacre d’ailleurs la dernière partie de l’ouvrage à une comparaison avec les prisons contemporaines. Aujourd’hui, les revendications sont les mêmes, les mutineries sont toujours aussi incomprises du grand public, les rapports de pouvoir qui se jouent en taule continuent à maintenir les personnes détenues dans un rapport de dominant/dominé… Mais, si ce constat ne peut être que désespérant, on retiendra surtout que le travail d’Anne Guérin nous permet de réaliser, qu’au-delà des questions d’existence matérielles en détention, c’est un système dans sa globalité qui reste à combattre.

Dialogue avec Anne Guérin

Yves Januel : Quand vous évoquez les mutineries de l’été 1974, vous dites que les informations disponibles via la presse ne sont que très parcellaires car ont pour quasi unique source l’administration pénitentiaire. Or, en cet été 2013, de nombreuses mutineries ont eu lieu et, même sur l’une des plus médiatisée telle que celle de la prison de Bourg-en-Bresse, on se rend compte que les articles restent très vides en informations et que, si sont cités préfectures et personnel de l’administration, la parole n’est jamais donnée aux personnes détenues. Les mutineries/revendications sont-elles toujours considérées comme un tabou ? Est-il toujours aussi difficile d’obtenir des informations de l’intérieur ?

Anne Guérin : À l’époque l’administration pénitentiaire était plutôt silencieuse. C’étaient des communiqués de presse émanant des préfectures dont les journaux s’inspiraient. Lorsque, rarement, les journalistes se rendaient sur place, ils recueillaient les discours de surveillants sortis de l’enceinte des prisons. Mais beaucoup arrivaient trop tard, ou ne venaient pas, parce que, souvent, ces rébellions étaient très vite écrasées par les forces de l’ordre. Aujourd’hui, les personnes détenues ne sont toujours pas autorisées à rencontrer les journalistes, surtout pas au moment d’une révolte : les journalistes restent alors hors des murs d’enceinte. Ce qui les décourage sans doute d’y aller !
Je n’ai pas fait de revue de presse pour l’été 2013. Le peu que j’ai lu sur Bourg-en-Bresse laisse à penser qu’à cet égard la situation n’a guère changé en trente ou quarante ans. Mais si Bourg-en-Bresse a généré peu d’informations, c’est aussi parce que les mutineries de cet été 2013 ont été beaucoup moins graves, moins destructrices, moins spectaculaires, moins nombreuses qu’à l’été 74, où elles ont fait la « une » de très nombreux journaux, affolé le gouvernement Giscard et une partie de la population.
Par contre, on a aujourd’hui beaucoup plus d’informations de et sur l’intérieur des prisons, grâce aux détenus eux-mêmes, de plus en plus nombreux à témoigner dans des livres ; grâce aux nombreux chercheurs qui obtiennent de l’administration pénitentiaire le droit d’enquêter sur place, par temps calme, grâce à l’OIP (Observatoire international des prisons), au Passe-Murailles, au Contrôleur général des lieux de privation de liberté, à quelques cinéastes.
L’ennui, c’est que ces travaux sont inconnus du grand public… qui ne veut rien savoir des prisons. Les journalistes de télévision y entrent parfois mais leurs reportages restent dans l’ensemble très respectueux de l’administration pénitentiaire, voire élogieux ; ils ne racontent pas le dixième de ce qu’ils ont vu derrière les murs, et ils ne voient pas tout. Enfin, les téléspectateurs zappent…

YJ : Votre livre évoque les jeux de pouvoir en détention et notamment le système de la carotte et du bâton dont est friande l’administration pénitentiaire. Finalement, on a l’impression que rien ne change…

AG : Votre conclusion est tentante ! Le système de la carotte et du bâton est vieux comme le monde et toutes les microsociétés qu’Erving Goffman appelle totales ou totalitaires y recourent à qui mieux mieux. Sans carotte ni bâton, comment voulez-vous gérer une prison, endroit où hommes et femmes n’ont aucune envie de vivre et dont le cadre est extrêmement contraignant ? Comment y obtenir un semblant de paix sociale ?
Cela dit, la prison a beaucoup changé en trente ou quarante ans Sans être du tout une spécialiste des prisons actuelles, j’entends dire que globalement, les surveillants sont bien plus « cool » aujourd’hui, car mieux formés. Leurs agressions physiques à l’endroit des détenus seraient plus rares. « Les détenus sont devenus ingérables », se plaignent-ils, avec raison, je crois. (ll est vrai qu’ils disaient la même chose dans les années 70. Mais parce que leurs détenus étaient déjà beaucoup moins « disciplinés » que ceux des années 60 !).
Certes, bien des changements – en bien et en mal – viennent d en haut. Mais beaucoup d’autres surviennent chez les détenus eux-mêmes : c’est une nouvelle génération qui peuple nos prisons, composée à 80 % au moins de prisonniers issus de l’immigration (contre 20 % maximum dans les années 70). Les décideurs n’ont plus affaire à la même population carcérale et ne peuvent pas la traiter exactement de la même façon.
C’est aussi et d’abord grâce aux revendications des détenus depuis 1971 qu’on s’achemine petit à petit vers un état de droit dans les prisons… quoique les recommandations du Conseil de l’Europe y soient aussi pour quelque chose.

**********

1 Direction de l’administration pénitentiaire.

2 Groupe Information Prison, qui est un mouvement (dont l’une des figures emblématiques sera Michel Foucault) ayant pour but de permettre la prise de parole des détenus et la mobilisation des intellectuels et professionnels impliqués dans le système carcéral.

3 Journal des prisonniers (dit « le CAP » car publié par le Comité d’Action des Prisonniers) : ton tirage monta jusqu’à 50 000 exemplaires au milieu des années 1970.

4 Il est possible de lire le témoignage de Roger Knobelspiess sur ses années passées en QHS dans l’ouvrage appelé simplement QHS : Quartier Haute Sécurité.

Yves Januel
Genepi-Le Passe-Murailles, septembre-octobre 2013
SUR LES ONDES

Canal Sud – “Bruits de tole”
Entretien avec Anne Guérin (diffusé le 31 octobre 2013)

Du quotidien carcéral à la révolte

Anne Guérin publie une histoire des prisonniers et prisonnières, et de leurs luttes, centrée sur les années 1970. Une prise de recul salutaire sur une période à la fois dure et inventive en termes de modes d’action et d’organisation.

Alors que la réforme pénale lancée par Christiane Taubira relance le débat sur les prisons, Anne Guérin déplace le regard vers les luttes qui les ont ébranlées dans les années 1970. Prisonniers en révolte. Quotidien carcéral, mutineries et politique pénitentiaire en France (1970–1980) prend le contrepoint du discours dominant qui aborde la prison le plus souvent du point de vue de l’institution carcérale. Après des recherches sur les victimes de la pollution industrielle et les malades du sida, elle restitue la parole rarement prise, souvent négligée, des détenu-e-s, entre 1970 et 1980, et même au-delà. Elle s’appuie sur des témoignages de prisonniers, principalement collectés par des groupes militants qui ont voulu libérer leur parole. Le Groupe d’information sur les prisons (Gip), à l’initiative de Michel Foucault, s’attache à partir de 1971 à la faire émerger par le biais de questionnaires. Le Comité d’action des prisonniers (Cap), d’obédience libertaire, publie quant à lui de 1972 à 1982 un journal : Cap. Journal des prisonniers.

Après 68, l’embrasement différé
La parole des détenu-e-s rend d’abord tangibles des conditions de vie quotidienne indignes, pour les prisonniers, mais aussi pour les prisonnières, minoritaires et isolées, auxquelles l’auteure consacre un chapitre spécifique. Des conditions de vie qui perdurent malgré les réformes, et jusqu’à aujourd’hui. Et qui constituent la toile de fond des révoltes du début de la décennie 1970. L’auteure décrit d’abord le déclenchement d’une première série d’émeutes, commençant par celle de Clairvaux en 1970, auxquelles est supposée répondre une réforme pénitentiaire en 1972. Puis une seconde série d’émeutes en 1974, suivies d’une seconde réforme.
Anne Guérin rappelle que l’univers carcéral est relativement imperméable à l’extérieur. C’est en partie ce qui explique le décalage temporel entre le mouvement de mai-juin 1968 et l’embrasement des prisons au début des années 1970.

Animation des luttes
Le livre permet d’alimenter une réflexion sur l’animation des luttes. Il décrit d’abord l’intervention des maos emprisonnés, qui ne parviennent pas à combler l’écart qui les sépare des « droit commun ». À l’inverse, l’action du Gip puis du Cap, pourtant menée depuis l’extérieur des prisons, rencontre un plus fort écho parce qu’ils entendent fournir aux prisonniers et prisonnières des moyens de faire entendre leur voix, sans se substituer à eux pour produire un discours sur l’univers carcéral.
Les révoltes de 1970 ou les mutineries de 1974 se déclenchent à l’occasion d’événements particuliers, comme une tentative d’évasion ratée, ayant entraîné une sanction perçue comme injuste par les prisonniers. Elles se font sans « éléments subversifs » venus de l’extérieur. En revanche, en envoyant les détenus jugés à l’origine des émeutes dans d’autres prisons, le pouvoir répressif contribue à essaimer la révolte.
Parce que le livre passionne, on aurait aimé que l’auteure articule encore plus la description sensible du quotidien des détenu-e-s avec celle des mutineries. Qu’elle relie par exemple le déclenchement et le déroulement des mutineries aux dépendances, solidarités, ou hiérarchies entre détenu-es évoquées dans l’avant-dernier chapitre.

S. M.-J.
Alternatives Libertaires, Octobre 2013
Compte-rendu
« Oui, j’ai tué, mais ce n’est pas une raison pour que j’aie froid. » C’est l’une des phrases les plus frappantes de l’ouvrage de la journaliste et sociologue Anne Guérin, où elle évoque le vent de colère qui a soufflé sur les prisons françaises dans le sillage de 1968. A commencer par celle de Toul (1971), quand des hommes debout sur les toits ont exprimé leur révolte contre cette petite tyrannie qu’est la détention — « A Toul, on attache certains jeunes détenus jusqu’à dix jours avec des fers. » L’auteure dresse l’historique de ce mouvement en s’appuyant sur les témoignages du Groupe d’information sur les prisons (GIP) dont la lecture politique va trancher avec des siècles de condamnation. Dès 1971, le GIP insiste sur la matérialité de la prison, comme le fait aujourd’hui le journal L’Envolée : enquêter sur ces lieux de détention pour susciter une intolérance mobilisatrice. « La révolte du prisonnier est le mouvement le plus naturel », soulignait alors M. Jean-Pierre Chevènement. La parole d’un prisonnier étant réputée la plus suspecte de tous, il aura fallu des écrits, ceux de Serge Livrozet, Roger Knobelspiess…, et ceux du Comité d’action des prisonniers (CAP) pour lever le voile.
Christophe Goby
Le Monde Diplomatique, Octobre 2013
Compte-rendu

Le débat autour des sanctions pénales semble sans fin. Chaque majorité présente ses orientations pénales puis élabore et fait voter ses lois, tantôt pour plus de rigueur, tantôt pour plus de souplesse.

Malheureusement, les français qui s’intéressent à la justice, et notamment à la justice pénale, n’ont souvent droit qu’à quelques slogans de peu d’intérêt, qui n’expliquent et ne démontrent rien. Pourtant la problématique des sanctions pénales est des plus complexes et il faut intégrer de nombreux éléments avant de pouvoir se faire une opinion sérieusement motivée, dans un sens ou dans l’autre.

Le débat, notamment quand il est centré autour de la prison, ne peut pas être complet sans un examen des conditions de détention de ceux qui sont, pendant un temps, privés de liberté. Il est indispensable, avant d’en tirer n’importe quelle conclusion, de savoir comment la peine d’emprisonnement est exécutée, et ce qu’il en est non pas d’un simple point de vue théorique mais dans le concret, dans le quotidien carcéral.

C’est alors que, pour compléter nos connaissance et afin de pouvoir pousser plus loin notre raisonnnement, il nous faut impérativement approcher du doigt cette réalité de la prison. Et, en ce sens, les témoignages des intéressés sont essentiels, parce qu’ils sont en prise directe avec la réalité.

Il peut s’agir de textes rédigés par d’anciens détenus, par des avocats, ou des magistrats et notamment des juges d’application des peines.

Les éditions Agone viennent de publier le livre de Anne Guérin intitulé : Prisonniers en révolte et sous-titré : “Quotidien carcéral, mutineries, et politique pénitentiaire en France (1970–1980)”.

En début de livre, Anne Guérin décrit les conditions d’incarcération de l’époque, et rappelle qu’un ministre de la justice d’alors avait dit après avoir visité plusieurs établissements pénitentiaires qu’il avait fait un “voyage au bout de l’enfer”.

Elle explique ensuite de quelles façons des détenus, des associations, des militants ont tenté, avec beaucoup de difficultés, de faire connaître à l’extérieur la réalité carcérale.

Elle fait ensuite le récit des révoltes successives, les réactions du ministère de la justice, les pratiques mises en place en fin de période, sans oublier la situation particulière des femmes.

L’objectif de ce livre, très documenté et destiné à un vaste public, n’est pas seulement de sensibiliser le lecteur à la condition des détenus. Son intérêt premier c’est de nous permettre d’approcher au plus près une réalité qui n’est pas encore très éloignée dans le temps de la période actuelle et pour cela, à travers les pages de Anne Guérin, d’entrer et de voir de quoi il s’agissait dans les années 70/80.

Et comme sur beaucoup de sujets, on ne peut pas complètement comprendre le présent sans un regard vers le passé. C’est en cela que ce livre est particulièrement utile.

Michel Huyette
Paroles de juges, 22 septembre 2013
Compte-rendu

La plume d’Anne Guérin est telle un scalpel…
Elle fait ressurgir, avec précision, la cruauté imbécile et destructrice de l’ensemble du système carcéral.
Les violences et les hypocrisies des uns face à la légitime révolte des autres…
A ces autres, bâillonnés et cernés dans leurs cubes en béton, elle ouvre leurs paroles en produisant leurs témoignages.
Ce livre est, pour moi, un document rare, tellement il est fouillé et empreint de véracité.
J’ai connu l’enfer carcéral à cette époque…
A la lecture de cet ouvrage, malgré mon recul, mes testicules se sont nouées.
J’ai eu envie de hurler, toute rage à fleur de peau.
Je suis à nouveau entré dans un microsome social entièrement déshumanisé.

Ce livre pourrait être le socle d’une réflexion sur l’inutilité de la prison qui rend les condamnés bien pire, elle pourrait permettre d’envisager d’autres alternatives…
Mais faudrait-il encore que « la bonne inconscience populaire » soit réellement informée et qu’une volonté politique s’attelle à cette immense besogne.

Parce que si notre Société doit et veut changer, elle doit obligatoirement passer par la case prison…

A lire et relire absolument.

Roland Agret
http://rolandagret.blog.lemonde.fr/2013/09/08/pris, 8 septembre 2013
Les luttes des prisonniers dans les années 1970

Même en prison, il est possible de se révolter. Les prisonniers peuvent lutter et s’exprimer directement pour critiquer le quotidien carcéral. Pourtant leur parole reste étouffée. Certes l’actuelle ministre de la Justice, Christiane Taubira, se préoccupe des conditions de vie dans les prisons. Mais elle se contente de discours moralistes et républicains sans jamais faire écho à la voix des prisonniers eux-mêmes. Face à la prison, comme à tous les autres problèmes de la société, la solution ne peux pas venir des ministères mais uniquement des principaux concernés. Les améliorations du quotidien carcéral ont été arrachées par des luttes, des mutineries, des émeutes.
Anne Guérin revient sur les révoltes des prisonniers de 1970 à 1980, dans un livre récent. « Dans la foulée de Mai 68, les prisons, d’abord surprises, incrédules, silencieuses, immobiles, se sont ébranlées », résume l’historienne Michelle Perrot dans sa préface.
Anne Guérin dresse un état des lieux de la prison en 1970. Les conditions de détentions diffèrent d’un établissement à un autre. Mais les bâtiments semblent tous vétustes et construits au XIXème siècle. Les prisons se caractérisent par une surpopulation, avec souvent six détenus dans une cellule de 9m2. Mais l’habitat collectif permet d’éviter l’isolement total. La nourriture est infecte et sans équilibre nutritionnel. La chaleur en hiver et l’aération en été demeurent défaillantes. Des problèmes d’hygiène s’expliquent par la saleté et le manque d’eau. La population carcérale rajeunit mais les soins sont rares.
La violence s’exerce sur les matons mais aussi à travers les auto-mutilations. Le nombre de suicide reste important, avant de s’envoler. En 1970 le travail est obligatoire, mal payé mais indispensable pour avoir quelques ressources. Le travail en prison demeure plus dur, et avec des cadences plus rapides. En dehors de la promenade, les activités sont réservées aux « bons » détenus. L’information est censurée et la culture limitée. Un détenu cultivé qui réfléchit représente un danger pour l’administration pénitentiaire. La discipline militaire s’accompagne de sanctions. Le mitard est une cellule dans laquelle l’individu est isolé dans l’obscurité.
La population carcérale semble surtout issue des classes populaires avec des individus souvent condamnés pour vol. « On ne s’en étonnera pas, sachant que notre code pénal, élaboré pour les possédants, réprime prioritairement les atteintes à la propriété », indique Anne Guérin. La délinquance de rue demeure plus réprimée que la criminalité financière par exemple. Il existe une justice de classe puisque les bourgeois sont largement moins condamnés que les prolétaires. De plus, ils sont condamnés à des amendes et non à de la prison ferme. Les jeunes et les étrangers sont particulièrement représentés en prison. Les sans professions sont très facilement condamnés à de la prison ferme.

Les prisonniers s’expriment
Durant les années 1970, la parole des prisonniers s’exprime davantage. Le Groupe d’information sur les prisons (GIP), animé par des intellectuels comme Michel Foucault, recueille des témoignages. Le Comité d’action des prisonniers (CAP), incarné par Serge Livrozet, permet aux détenus de s’exprimer directement dans son journal. Pourtant, la parole des prisonniers reste considérée comme suspecte par les intellectuels ou les associations. Des témoignages véridiques sont remis en cause.
Les détenus expriment moins des plaintes que des mécontentements. Mais des prisonniers subissent aussi la maladie mentale et les psychotropes. « Mais justement ces serpillières, passives et déconnectées du monde, ne témoignent guère », indique Anne Guérin. En revanche, les détenus évoquent surtout leur situation individuelle sans la replacer dans une histoire et une analyse globale de la prison. Même si des intellectuels, comme Jacques Lesage de La Haye, replacent leur témoignage de la prison dans une réflexion plus large.
Les prisonniers qui témoignent s’inscrivent dans une lutte. Ils tentent donc d’attirer la sympathie sur eux, en éludant certains faits. Les conflits entre prisonniers et les oppositions au cours d’une révolte ne sont pas évoqués. La cruauté et la domination de certains détenus demeure souvent éludée par les témoignages. Le désir et la sexualité restent également des sujets tabous. L’homosexualité n’est pas évoquée. Le droit à une sexualité plus épanouie ne figure pas parmi les revendications de prisonniers. Même l’existence de « parloirs sexuels » n’est pas demandée. Mais la prison détruit également toute forme de désir et de libido.
Les détenus écrivains ne sont pas représentatifs. Ce sont des rebelles en lutte contre l’administration pénitentiaire et contre la société. Mais leur témoignage est plus libre et leur réflexion politique semble particulièrement approfondie. Pour Roger Knobelspiess, l’écriture s’apparente à un moyen de survie en prison. Il exprime sa rage et sa révolte contre un monde à détruire. « C’est pour cela qu’il faut que j’écrive, que je surmonte mon prolétariat de l’inculture pour rendre la réalité carcérale, la réalité judiciaire et, forcément la réalité sociale et politique », souligne Roger Knobelspiess. L’écriture demeure également un moyen d’exister, pour créer un espace de liberté dans l’étouffoir carcéral.
En Mai 68, la révolte n’atteint pas les prisons. En revanche, parmi les mutins des années 1970, certains ont participé au mouvement de Mai 68. Par exemple Serge Livrozet occupait la Sorbonne. Mais les revendications des prisonniers relèvent de la survie. Ils n’aspirent pas à jouir sans entraves, mais simplement à avoir des conditions de détentions moins ignobles.
Les révoltes dévoilent l’horreur du système carcéral. Les mutineries permettent de sensibiliser la population aux conditions de détentions. « La révolte du prisonnier est le mouvement le plus naturel », écrit même en 1972 le futur ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement. Ensuite, les prisonniers ne se contentent plus de subir leur peine et de culpabiliser. Le mouvement de Mai 68 attaque l’ordre social qui produit la criminalité. « Enfant, j’étais voleur par nécessité ; ensuite, je l’étais par défi ; pour finir, je l’ai été par principe », écrit Serge Livrozet.

Des mouvements de réflexion politique
Les maos sont particulièrement actifs dans l’agitation de l’après Mai 68. Ils revendiquent ouvertement la violence révolutionnaire et multiplient les actions. Surtout, ils subissent fortement la répression qui cible en priorité les mouvements politiques. Le ministère de l’Intérieur, paranoïaque et complotiste, pense que les maos sont la cause de toutes les révoltes ouvrières.
Plus de deux cents maos sont alors emprisonnés. Ils continuent la lutte en prison. Les maos participent à des grèves de la faim et obtiennent des avantages. Ils tentent de rencontrer les détenus de droit commun même si l’administration pénitentiaire le leur interdit. Les maos permettent de rendre visible les conditions de détention. Mais ses prisonniers politiques se considèrent comme supérieurs aux prisonniers de droit commun. Ce faux clivage fait l’objet d’un débat constant. Pour le GIP, les prisonniers qui luttent sont politiques. Pour le CAP, proche de l’autonomie désirante, tous les prisonniers sont politiques car ils sont les victimes d’un système d’oppression.
Les maos également sont divisés sur la priorité à accorder aux luttes dans les prisons. Un courant considère que les luttes ouvrières dans les usines demeurent prioritaires. Mais d’autres soulignent que les prisons sont surtout peuplées de prolétaires qui peuvent aussi se révolter. Même si les détenus, souvent d’origine ouvrière, refusent la discipline de l’usine et l’ennui du travail. Les organisations politiques ne les considèrent pas comme appartenant à la classe ouvrière et se désintéressent des prisons. En revanche, le CAP tente de relier les luttes des prisonniers avec les luttes des travailleurs. L’activisme des maos ne se construit pas dans la durée et ils finissent par abandonner la lutte.
Le GIP, animé par Michel Foucault, privilégie l’information et la réflexion sur la prison. Au-delà des clivages politiques, le GIP recueille la parole des prisons pour briser la honte et la culpabilité des détenus. Soutenu par de nombreux intellectuels, ce mouvement bénéficie d’une importante audience médiatique.
Pourtant le GIP n’est pas à l’origine des révoltes de prisonniers. Ses luttes sont souvent spontanées et les détenus connaissent rarement le GIP. L’information reste censurée dans les prisons. Le GIP agit avec le CAP car ses deux mouvements estiment que les luttes doivent être initiées et dirigées par les prisonniers eux-mêmes. Mais des divergences existent. Le GIP privilégie la réflexion intellectuelle. Le CAP assume une tonalité plus radicale et libertaire. Ce mouvement lutte aussi pour l’abolition de la prison.
Le GIP et Michel Foucault analysent la prison comme un reflet de la société dans son ensemble. Un même pouvoir s’exerce à l’hôpital psychiatrique, à la caserne, à l’école, à l’usine. Avec la prison, ce sont toutes les formes de contrôle social qui sont contestées.

Des émeutes et mutineries
En mai 1970, six détenus tentent de s’évader de la prison de Clairvaux à travers un tunnel. Parmi eux, Charlie Bauer raconte cet évènement. Une fois arrêtés, ils sont violemment brutalisés.
En décembre 1971, une révolte éclate à Toul. La suppression du colis de Noël devient l’humiliation de trop qui déclenche la contestation. Le directeur de la centrale multiplie les sanction pour faire régner la terreur. Une fois au mitard, les détenus sont longuement tabassés par les surveillants. Mais les détenus revendiquent davantage une amélioration de leur quotidien plutôt qu’une abolition de la prison.
La révolte, d’abord pacifique, se transforme en véritable mutinerie. Les détenus barricadent les entrées et prennent le contrôle des moyens de communication pour se préparer à un assaut des forces de l’ordre. De jeunes détenus montent sur le toit pour pouvoir balancer des briques. Malgré la répression, la révolte permet de se libérer. Les détenus rendent visibles leurs conditions de détention. Surtout, le système pénal est alors attaqué par ceux qui le subissent directement. Une vague de révolte souffle dans les prisons et les mutineries se multiplient en 1972.
Ses révoltes débouchent vers la réforme de René Pleven. Les conditions de vie dans la prison doivent se rapprocher de celles du monde extérieur. Mais les avancées demeurent timides. Ensuite, les détenus ne connaissent pas leurs nouveaux droits. Surtout, la réforme n’est pas toujours appliquée dans les prisons.
Pendant l’été 1974, marqué par une forte chaleur, une vague de mutineries éclate dans les prisons.
A Clairvaux, prison modernisée, les détenus doivent beaucoup travailler pour un misérable salaire. Surtout, ils contestent la longueur de leur peine et l’utilité de la prison. Lorsque plusieurs détenus sont envoyés au mitard, plusieurs dizaines de prisonniers se solidarisent. La colère spontanée ne s’appuie sur aucune revendication. Pour Charlie Bauer, en 1974, « le temps est plus à la rébellion qu’à la seule revendication. Il nous arrive de manifester pour manifester, sans mot d’ordre ni motif autre que celui d’être en colère, en révolte et en prison ». Des ateliers de travail sont incendiés et les détenus deviennent rapidement maîtres de la prison. Avec les flammes dans la nuit et l’ivresse de l’alcool, cette émeute s’apparente à une fête. Mais la répression devient brutale avec tabassages violents, grenades et tir à balles réelles.
La mutinerie à Nîmes présente les mêmes caractéristiques que celle de Clairvaux. L’émeute semble spontanée, après avoir écouté un discours du Ministre de la Justice qui appelle à plus de fermeté. La colère prime sur les revendications. « Notre but était surtout, je crois, d’affirmer notre impatience, notre ras-le-bol et notre existence. Nous étions encore des humains et nous voulions que les gens le sachent », résume Serge Livrozet. Les prostitués qui observent la révolte dans la prison au cœur de la ville encouragent les mutins et insultent les forces de l’ordre.
Le vent de colère se propage jusqu’à Loos, présentée comme une prison modèle. Mais la liste de revendications révèlent les nombreux problèmes qui existent dans cet établissement. La prison demeure toujours inconfortable en raison de l’enfermement. Mais l’administration pénitentiaire impose également des conditions matérielles insupportables.
D’autres révoltes éclatent. Seul le témoignage de Charlie Bauer décrit la révolte de Muret. Les forces de l’ordre empêchent la casse et la contestation semble pacifique. Mais la répression reste toujours féroce. L’émeute de Saint-Martin-de-Ré démarre avec des feux dans les cellules et devient particulièrement destructrice. A Caen, les détenus demandent l’amélioration de leurs conditions de travail et de vie. Ils ajoutent « nous refusons désormais la condition de sous-hommes et de castrats ».
Selon Charlie Bauer, ses révoltes expriment une rage et une solidarité mais ne débouche pas vers davantage de réflexion sur les motifs de mécontentement. Pour Serge Livrozet, ses révoltes relèvent de la réaction instinctive mais ne reflètent aucune conscience révolutionnaire. Même si les émeutes permettent aussi de briser l’isolement et les divisions entre les détenus.

La prison après 1975
Malgré les révoltes et la réforme de 1975, la situation ne s’améliore pas. Les suicides en prison commencent à augmenter avec une population carcérale toujours plus importante. La privation de relations affectives et sexuelles demeure un facteur de suicide inavoué. Parmi les auto-agressions, celle de la grève de la faim est directement dirigée contre l’administration pénitentiaire.
A partir de 1975, les détenus considérés comme dangereux sont isolés. Les Quartiers de haute sécurité (QHS) imposent un régime spécial aux détenus qui « visent avec persistance à troubler gravement le bon fonctionnement d’un établissement ». Un détenu est considéré comme dangereux car il refuse de se soumettre totalement à l’oppression de la prison. Le QHS permet de distinguer les criminels qui peuvent être réinsérer dans la société des individus irrécupérables pour le système social. Les QHS concernent donc surtout les grands criminels et les contestataires. Les QHS s’apparentent à un appareil de torture avec le dépérissement sensoriel. Une destruction intellectuelle et relationnelle brisent l’individu.
Les luttes collectives diminuent, dans les prisons comme dans le reste de la société. Le CAP tire un bilan négatif. Les prisonniers et anciens prisonniers aspirent surtout à s’intégrer à la société marchande. La réflexion politique et le discours révolutionnaire les indiffèrent. De même, la classe ouvrière semble très peu concernée par la lutte contre la prison. En plus, ceux qui distribuent le journal du CAP aux alentours des prisons sont sévèrement réprimés.
Les témoignages de la prison semblent homogènes en ce qui concernent les hommes. En revanche, les femmes ressentent différemment l’expérience carcérale. L’opposition entre soumises et insoumises, qui existe aussi chez les hommes, devient plus importante. Les femmes doivent intérioriser les normes patriarcales. Elles doivent devenir soumises, passives, dociles et discrètes. « La plupart des détenues ont intériorisé ce profil et leur adaptation à la prison se fait dans la continuité de leur vie à l’extérieur », décrivent deux féministes emprisonnées : Catherine Erhel et Catherine Legay. Les prisonnières sont souvent issues des classes populaires qui ne remettent pas en cause rôles masculins-féminins traditionnels. Avant la prison, la famille et le couple imposent les normes patriarcales.
Les témoignages de détenues demeurent peu nombreux. Les femmes sont moins en prison que les hommes et en sortent davantage stigmatisées. Claude, braqueuse, insiste sur « la grande misère affective et sexuelle » de ses codétenues. La soumission sociale des femmes est renforcée par des médicaments et des tranquillisants.
Les détenues sont également culpabilisées. Elles sont coupables d’avoir commis un crime mais surtout d’être sortie du rôle de femme soumise et docile qui leur est assigné. La violence semble plus socialement acceptée lorsqu’elle provient des hommes. Les femmes sont perçues comme « les gardiennes et garantes de l’ordre social, familial, moral et bien entendu légal », soulignent Catherine Erhel et Catherine Legay. Mais les femmes ne sont pas toutes de petites détenues modèles. Elles peuvent être violentes. Surtout, elles critiquent la discipline infantilisante.
Les prisonnières, plus que les hommes, s’attachent à entretenir une vie sociale. Elle n’hésitent pas à enfreindre le règlement pour s’échanger des objets, même si le don est assimilé au trafic.

Le livre d’Anne Guérin oscille entre deux tendances. La première, celle sur laquelle insiste cet article, évoque les luttes des prisonniers et les mouvements libertaires pour l’abolition de la prison. La révolte en prison, malgré la répression violente, ouvre un espace de liberté immédiat. Cette critique radicale de la prison remet en cause l’ensemble de l’organisation sociale.
Mais Anne Guérin insiste également sur les réformes ministérielles et sur l’aspect juridique. Le discours social-démocrate de Christiane Taubira ou de l’avocat Henri Leclerc, interrogé dans le livre, demeure sympathique. Toute forme d’amélioration des conditions de vie, surtout en prison, semble indispensable. Mais les projets de réformes de la prison les plus audacieux se heurtent à la réalité de l’institution carcérale. Les réformes politiques, mêmes les plus minimes, sont rarement mises en œuvre par l’administration et l’Etat. Surtout, les désirs des prisonniers ne sont jamais pris en compte par les réformateurs. L’enfermement avec sa privation de liberté ne peut pas permettre l’épanouissement humain.

http://zones-subversives.over-blog.com/, 20 août 2013
Le mercredi 16 avril 2014    Toulouse (31)
"Prisonniers en révolte"
Dans le cadre de la sortie de Prisonniers en révolte, quotidien carcéral, mutineries et politique pénitentiaire en France (1970–1980), Anne Guérin prendra la parole le 16 avril, à 19h, dans la librairie Terra Nova, 18 rue Gambetta à Toulouse.
Le samedi 14 décembre 2013    Lyon (69007)
"Prisonniers en révolte"

Le 14 décembre, Anne Guérin présentera Prisonniers en révolte en duo avec Bernard Bolze, qui présentera son livre, Les Prisons de Lyon, à la Librairie
la Gryffe, 5 rue Sébastien Gryphe, 69007 Lyon, à 15h.

Plus d’informations sur:
http://lagryffe.net/

Le samedi 30 novembre 2013    Alès (30100)
"Prisonniers en révolte"

Le 29 novembre, Anne Guérin présentera son ouvrage Prisonniers en révolte à la bibliothèque La Rétive, 42 rue du Faubourg d’Auvergne, 30100 Alès, à 19 h.

Plus d’informations sur:
https://elcompanero2.wordpress.com/bibliotheque-la-retive-ales/

Le vendredi 29 novembre 2013    Tarbes (65000)
"Prisonniers en révolte"

Le 30 novembre, Anne Guérin présentera son ouvrage Prisonniers en révolte à la librairie Les Beaux Jours 18 av. de la Marne, 65000 Tarbes, à 18h30.

Plus d’informations sur:
http://librairielesbeauxjours.fr/blog/

Le vendredi 8 novembre 2013    Paris (75)
"Prisonniers en révolte"

Dans le cadre de la parution de son ouvrage Prisonniers en révolte, Anne Guérin participera le vendredi 8 novembre de 19h à 20h30 à l’émission “L’Envolée”, sur Fréquence Paris Plurielle. L’émission est animée par Olivier Cueto.

Pour plus d’informations, veuillez consulter le site http://www.rfpp.net/

Le samedi 2 novembre 2013    Paris (75011)
"Prisonniers en révolte"

Le 2 novembre, Anne Guérin participera à un débat avec Jacques Lesage de la Haye, à la librairie Publico, 145 rue Amelot, 75011 Paris, à 16h30.

Plus d’informations sur:
http://www.librairie-publico.com/

Le jeudi 31 octobre 2013     (31)
"Prisonniers en révolte"

Le jeudi 31 octobre, de 19h à 20h, Anne Guérin participera à l’émission “Bruits de tôle”, sur Canal Sud 31, animée par Jules.

Plus d’informations sur http://www.canalsud.net/?-Bruits-de-toles/

Le vendredi 25 octobre 2013    Montreuil (93)
"Prisonniers en révolte"

Anne Guérin présentera son livre Prisonniers en révolte au café-librairie Michèle Firk, le vendredi 25 octobre à 19h.

Café-librairie Michèle Firk
La Maison de l’Arbre / La Parole Errante
9 rue François Debergue
Montreuil (93)
Métro Croix de Chavaux

Plus d’informations sur:
http://www.demosphere.eu/rv/28300

Le mercredi 23 octobre 2013    Paris (75)
"Prisonniers en révolte"

Anne Guérin, auteure de Prisonniers en révolte, participera à l’émission “Ras les murs” de Jacques Lesage de la Haye sur Radio Libertaire.

L’émission aura lieu de 20h30 à 22h30.

Plus d’informations sur: http://rl.federation-anarchiste.org/

Le mercredi 25 septembre 2013    Paris (75020)
"Prisonniers en révolte"

Anne Guérin présentera son ouvrage Prisonniers en révolte le 25 septembre dans la librairie l’Atelier. Elle sera en compagnie de Michelle Perrot.

Librairies l’Atelier

littérature et essais : 01.43.58.00.26
jeunesse et BD : 01.44.62.20.52
arts et voyages : 01.46.36.62.77

2 bis rue du jourdain
Paris 20e
M° Jourdain
www.librest.com

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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net
Graphisme : T–D