(Gazette éditoriale n° 3 — juillet 2003)


« Quand Libé est brillant, on se sent brillant, quand Libé est étroit, on se sent con. » C’est le designer Philippe Starck qui le dit. Et quand Philippe Starck, après Daniel Buren, fait le con dans l’étroit « Libé », on se sent intelligent.

À un an d’intervalle, Starck et Buren ont été invités, pour un jour, à « redessiner le journal1 ». Que pensez-vous qu’il arriva ? « J’ai regardé un Libé normal : je n’ai pas de critiques particulières à apporter. » Alors, Starck a mis un peu de rouge dans Libé. Pourquoi du rouge ? « Parce que c’est la couleur du refus ». Daniel B. opta, lui, pour le vert, mais seulement – « pour des raisons techniques » – dans l’édition parisienne. Du coup, sans le vouloir, Buren a montré autre chose que son doigt qui cachait la une : Libé apparaissant pour ce qu’il est, un journal d’intérêt purement local, couvrant quelques arrondissements parisiens. Et pourquoi du vert ? « Parce que le rouge repère déjà le journal. » Daniel B. avait eu une autre idée : republier un Libé de 1988 avec la date du jour. « On n’a pas eu de guerre, pas eu de révolution et, malgré le 11 septembre et malgré le 5 mai, on est dans une lignée dont les caractéristiques (chômage, insécurité, Front national, gauche au sommet ou gauche en perte de vitesse, droite décapitée ou droite victorieuse) se redistribuent. » Depuis que les colonnes de Buren voulues par la gauche ont été installées par la droite, le temps s’est arrêté pour le designer Daniel B. Mais il y a bien longtemps déjà que les installations du pape de l’art contextuel ne convertissent plus les regards qu’à l’admiration de ses propres pièces, qui végètent aux cimaises, décontextualisées, dans la grande tradition du XIXe siècle.
Starck, qui n’expose plus de pièces pour mieux se montrer (« Une surexposition où j’ai mis mon cul à l’air2 »), avait, lui aussi, une deuxième idée : « Écrire la une à la main. Au feutre, en clando, dans une cave, un journal qui aurait été ronéotypé ! Afin de rappeler que Libé a été un journal révolutionnaire, un tract. Sans vivre dans le passé, il faut consulter ses fondations, pour ne pas bégayer. » (Ce que fait déjà Serge July, pas bègue à sa manière : « Célébrer la fidélité à des idées n’est pas forcément une ode à l’intelligence des temps.3 »)
Finalement, comme Daniel B., Starck en est resté à sa première idée : un banc-titre en bas de journal, pour énoncer, comme à la télé, des slogans bobos pour manif du 1er mai : « C’est un journal militant, un journal de citoyens, un journal d’action, avec des slogans, une volonté de dire le monde sans langue de bois. » Avec en dernière page un « mémo » sur les problèmes du monde dont ne parle plus Libé (sauf quand il vend un encart à une ONG). Mais attention ! Un mémo griffé Starck ! Le nouveau Libé, prêt-à-penser, se paye une griffe pour mieux cacher Libé.
Quand la « liberté de l’artiste » rencontre la « liberté de la presse », en bonne réciprocité, Starck fait la promo de son expo à Beaubourg : « Cela fait partie de mon travail, j’ai répondu à toutes les demandes. »
Car il y a le « Nouveau Libé », le « Nouveau Monde », mais connaissez-vous le « Nouveau Beaubourg » ? Un gigantesque « show-room » dont le pouvoir de consécration transforme les biens de consommation en œuvres d’art, aussi sûrement qu’un porte-bouteilles en ready-made4. C’est d’ailleurs presque trop beau : un Imac trône au musée à deux pas d’un urinoir de Duchamp. Pendant les travaux de rénovation/refondation, sous la présidence du désormais célèbre Jean-Jacques Aillagon, un vendeur de montres exhibait en lever de rideau son catalogue couvrant toute la façade, soit « la plus grande bâche culturelle du monde ». Tirages limités, encadrés, comme des œuvres d’art, aux poignets d’une foule, « patchwork de gens “normaux” et “heureux” » réunis sous le slogan : « Vous aussi vous êtes notre musée » ; et, pas très éloignés du « cœur de cible », des annonceurs sponsors de la presse de marché. Un « musée » dont les pièces étaient bien représentées dans l’exposition qui inaugurait le nouveau Beaubourg : « Le temps vite ! »5 On pouvait aussi y découvrir l’agence de voyage exposée naguère par Guillaume Bijl dans une galerie, recontextualisée au voisinage immédiat d’une « installation » à la gloire de la société gestionnaire des aéroports de Paris6. L’exposition réhabilitait au passage tous les poncifs de la philosophie la plus académique à la Comte-Sponville : une « bibliothèque aux 1 000 livres », d’Aristote à Jo et Zette, mais qui faisait joyeusement l’impasse sur la sociologie et l’anthropologie.
Deux ans plus tard, Daniel B. mettait donc un peu de vert dans le « Nouveau Libé » afin de drainer les foules vers son exposition. Dans le même temps, il transformait en parking le sous-sol du « Nouveau Beaubourg » pour y « installer », à grand renfort d’« in situ », les modèles haut de gamme de son sponsor7. Comme Picasso… à la différence près que le peintre ne signe les voitures que du fond de sa tombe. Un peu comme Pierre Bourdieu, finalement, par Buren interposé : le catalogue de l’exposition était dédié au sociologue récemment disparu. On n’espérait certes pas qu’« en hommage », maître Buren dévoilât combien Beaubourg – comme Libé et France Culture – ont beaucoup changé : véritables machines à substituer aux biens culturels, aux artistes, aux intellectuels, des ersatz produits par et pour le marché. Mais était-ce bien, après tout, au sociologue, sonnant le tocsin de « la culture en danger8 », que l’exposition était réellement dédiée ? Ou, plus sûrement, au « Nouveau Bourdieu », ce « Bourdieu, autrement » – il aurait dit « light » –, lancé sur le marché, notamment éditorial, lors d’un colloque, le 1er mars 2003, par le groupe BBBC (Beaubourg, Buren, Bourmeau, Corcuff)9 ?
Jadis lui aussi invité à « intervenir » dans Libé, Pierre Bourdieu compara l’évolution de l’actionnariat et du lectorat du quotidien en ces termes : « Est-ce à dire que les récents actionnaires sont nécessairement plus réactionnaires ou que les “consommateurs pionniers et sophistiqués”, qui sont bien faits pour séduire les annonceurs, sont annonciateurs du triomphe des pionniers sophistiqués, prêts à accompagner les reconversions opérées par les survivants en vue des libertaires Libé-rés du premier Libé ?10 » – mais cette « intervention »-là fut refusée par Libé…
Aucune citation de Bourdieu ne décore encore d’éventuels bérets griffés qui seraient vendus à la boutique du musée, parmi d’autres hochets de la fausse réflexivité et du vrai nombrilisme, célébrant la profondeur du « sujet » et le culte de l’objet, panoplie obligée du « consommateur-citoyen » qui aime à s’ébrouer dans le ciel des idées.

M A F S S (Mouvement anti-fragilité dans les sciences sociales)

___________

1 Voir respectivement Libération des 5 juillet 2002 et 11 mars 2003. Toutes les citations de Buren et Starck sont tirées de ces deux numéros.

2 « Philippe Starck à Beaubourg », exposition du 10 mars au 12 mai 2003.

3 Cité par Serge Halimi dans sa préface à Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Agone, 2003.

4 Pour une théorie de ces mécanismes de production de la croyance et donc de la valeur, lire Pierre Bourdieu, « Le Marché des biens symboliques », in Les Règles de l’art, genèse et structure du champ littéraire, Seuil, 1992, p. 240 et suivantes.

5 Exposition « Le Temps vite ! » au centre Georges-Pompidou du 13 janvier au 17 avril 2000.

6 Guillaume Bijl est un artiste anversois très connu pour ses installations.

7 « Parking », installation dans le cadre de l’exposition « Le musée qui n’existait pas », centre Georges-Pompidou, 26 juin au 23 septembre 2002.

8 Pierre Bourdieu, Contre-feux 2, Raisons d’agir, Paris, 2001.

9 « Pierre Bourdieu : les champs de la critique », 28 février-1er mars 2003, Beaubourg, direction scientifique Philippe Corcuff.

10 Pierre Bourdieu, Interventions, 1961–2001. Science sociale & action politique, Agone, 2002.





Je trouve l’expression « communauté juive » extrêmement ambiguë. De quoi parle-t-on en effet ? Parle-t-on des 500 000 à 600 000 Juifs français ? C’est un ensemble extrêmement divers, du point de vue social, religieux et politique, mais aussi du point de vue des origines : il y a d’une part des ashkénazes et, depuis les années 1960, beaucoup de séfarades (ou, plus exactement, de judéo-arabes). Ou bien parle-t-on de la communauté juive organisée, c’est-à-dire de tous les Juifs qui, d’une manière ou d’une autre sont liés à l’une des associations membres du Conseil représentatif des institutions juives de France, le CRIF ? C’est évidemment important : quand le président du CRIF, Roger Cuckierman, explique que le score de Le Pen est « un message aux Arabes pour qu’ils se tiennent tranquilles », est-ce qu’il parle au nom de tous les Juifs de France ? Certainement pas. Est-ce qu’il parle au nom de tous les Juifs liés au CRIF ? Je n’en suis même pas sûr. A fortiori lorsque le même Cuckierman, ayant rencontré Ariel Sharon, déclare – c’est encore une citation – lui avoir suggéré de créer en Israël un véritable ministère de la propagande « à la Goebbels ». La notion de « communauté juive » mérite donc, pour le moins, d’être précisée. […]
Ces précisions faites, quelles sont les causes de ce « mal-être juif » que j’essaie d’analyser ? Je crois qu’il faut distinguer des causes conjoncturelles – escalade au Proche-Orient, violences antisémites en France, manipulations de la propagande sharonienne… – et une cause structurelle plus fondamentale, antérieure à l’an 2000 : la crise de l’identité juive en France.
Il est évident que l’escalade tragique à laquelle nous assistons depuis un peu plus de deux ans au Proche-Orient suscite une très grande inquiétude parmi les Juifs français. On ne peut pas expliquer cette réaction en parlant simplement de « sionisme ». Ceux qui s’inquiètent de ce qui se passe en Israël le font d’abord tout simplement parce que, comme 85 % des Juifs français, ils ont un enfant, un parent ou un ami là-bas. Cela suffit pour saturer les lignes téléphoniques entre la France et Israël lorsque se produit un attentat.
Par ailleurs, il faut bien comprendre que l’immense majorité des Juifs français avaient cru que les accords d’Oslo permettraient de sortir de cet interminable conflit. Il n’avait certes échappé à personne que l’assassinat d’Itzhak Rabin constituait un tournant, mais on n’a pas bien mesuré à quel point les gouvernements israéliens successifs ont peu à peu tourné le dos aux objectifs que s’étaient fixés les accords d’Oslo. Beaucoup de Juifs français ont donc été un peu cueillis à froid par l’échec des accords de Camp David. Ils ont cru, comme beaucoup de gens, à « l’offre généreuse » que Ehud Barak aurait faite à Yasser Arafat, qui l’aurait refusée. C’est dans ce contexte que beaucoup de Juifs français ont vécu l’éclatement de l’Intifada puis les attentats-kamikazes. (Je rappelle que ces derniers ont fait plus de 600 morts à eux seuls. Si on rapporte ce chiffre à la population française, c’est comme s’il y avait eu 6 000 morts dans des attentats en France…)
Ce traumatisme explique sans doute pourquoi beaucoup de Juifs français n’ont pas vu – ou pas voulu voir – l’écrasement des Palestiniens par cette énorme machine militaire israélienne qui s’est déployée dans les Territoires occupés depuis deux ans. Alors que, dans le même temps, les mêmes ont eu l’impression, sincère je crois, que l’existence d’Israël était à nouveau menacée – aussi absurde que cela puisse nous paraître. La question du droit au retour a pesé lourd dans cette confusion : les médias israéliens ont agité l’épouvantail d’une invasion de l’État juif par des millions de Palestiniens, alors que, dans le cadre des négociations de Taba, seuls 50 000 à 100 000 étaient concernés par un retour en Israël, les autres devant s’installer dans le futur État de Palestine. Cette émotion, exploitée par tel ou tel leader politique ou intellectuel, a littéralement noyé la réflexion rationnelle. Car, selon l’étude réalisée, tous les dix ans environ, à partir d’un échantillon de plusieurs milliers de chefs de famille juifs français, 48 % d’entre eux (60 % des diplômés de l’enseignement supérieur) sont favorables à l’échange des territoires contre la paix, 39 % seulement y étant hostiles.
À ce premier facteur conjoncturel de « malaise » s’en ajoute un second : les violences anti-juives qui se sont développées en France. Le rapport 2002 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) permet aujourd’hui d’actualiser et de confirmer très largement les analyses que j’ai proposées dans ce livre, et que partagent bien d’autres, comme Théo Klein, l’ancien président du CRIF, qui les a développées depuis le début.

La crise d’identité des Juifs français touche toutes les identités traditionnelles

— Premier point : nous nous trouvons indiscutablement devant une explosion des actes racistes et antisémites en France : leur nombre, en un an, a été multiplié par 4, et le nombre d’actes antisémites a été multiplié par 6 ; aujourd’hui, les actes antisémites représentent 62 % des actes racistes en France.
— Comment interpréter ces chiffres impressionnants ? Est-ce que ces chiffres veulent dire qu’on est confronté aujourd’hui à une vague antisémite massive de la part de la population française ? L’ensemble des enquêtes qui ont été conduites dans la dernière période montre qu’il n’en est absolument rien. Je cite le rapport : « Les violences ne semblent pas révéler un comportement de rejet dont seraient victimes les membres de la communauté juive dans l’ensemble de la société française. »
— Une telle vague existerait-elle chez les musulmans, les Arabes ou les Maghrébins de France ? Même le Livre blanc, publié il y a un an par SOS racisme et l’Union des étudiants juifs de France, insistait sur le fait que les jeunes Maghrébins rejettent l’antisémitisme dans les mêmes proportions que les autres jeunes français. Dans le rapport de la CNCDH, les Renseignements généraux précisent que l’escalade au Proche-Orient « a conduit nombre de jeunes à afficher une identification avec les combattants palestiniens sensés symboliser les exclusions dont eux-mêmes s’estiment victimes dans la société occidentale ». Mais, et c’est capital pour l’analyse, ils circonscrivent beaucoup plus précisément le milieu dont proviennent les auteurs (qui ont été arrêtés) d’un certain nombre de ces exactions antisémites : « Il s’agit d’adolescents ou de jeunes adultes qui sont en grande partie issus de quartiers sensibles où demeurent leurs parents bien souvent immigrés d’Afrique du Nord. » Le rapport note que ces attaques « ont suscité de vives condamnations de la part des responsables des communautés musulmanes de France si on excepte une minorité de radicaux islamistes, dont le message demeure cependant peu audible pour des délinquants fréquemment imperméables aux idéologies et qui prennent habituellement prétexte de la situation proche-orientale pour donner libre cours à leur violence ». Et la CNCDH conclut : « Les diverses exactions constatées impliquent très fréquemment des acteurs originaires des quartiers dits sensibles, souvent délinquants de droit commun par ailleurs, qui essaient d’exploiter le conflit du Proche-orient. »
— Autrement dit, on est aux antipodes de la thèse d’Alain Finkielkraut qui a parlé d’« Année de cristal ». Le 9 novembre 1938, dans l’Allemagne nazie, les nazis ont tué 91 juifs, détruit 191 synagogues, mis à sac 7 500 magasins et on a déporté dans les camps de concentration entre 20 et 30 000 Juifs. Comparer ce qui se passe en France à cette tragédie historique, prémonitoire du génocide, c’est donc faire preuve soit d’analphabétisme, soit d’irresponsabilité. Le rapport de la CNCDH contredit aussi la thèse de Pierre-André Taguieff, celle d’une « nouvelle judéophobie » qui serait portée par les militants islamistes, altermondialistes, gauchistes etc. De toute évidence, le terreau de toutes ces violences – contre les Juifs comme contre les Noirs, les jeunes femmes, les pompiers, les policiers, etc. –, ce sont bel et bien ces ghettos de chômage, de misère et d’ennui, où végètent des centaines de milliers de jeunes des classes les plus défavorisés, en particulier ceux qui sont issus de l’immigration.
Cela m’amène à parler d’une troisième cause conjoncturelle du « mal-être juif » : la campagne menée depuis plus de deux ans par certains milieux qu’on peut qualifier d’inconditionnels du gouvernement Sharon. À l’origine de cette campagne, il y a le basculement de l’opinion française sur la question du Proche-Orient. Longtemps, celle-la a été pro-israélienne pour des raisons tenant au passé collaborateur puis colonial d’une certaine France. L’invasion du Liban suivie des massacres de Sabra et Chatila en 1982, le déclenchement de la première Intifada à partir de 1988 ont modifié le point de vue d’une majorité de Français, qui s’est radicalisé ces dernières années. Aujourd’hui, non seulement plus de 80 % de nos concitoyens pensent qu’il faut un État palestinien aux côtés de l’État d’Israël, mais ils soutiennent de plus en plus nettement les positions palestiniennes sur les grands dossiers en débat quant au statut final. Un sondage datant de mars indique même qu’en deux ans l’appui aux positions israéliennes n’a absolument pas augmenté (14 %), alors que le soutien aux positions palestiniennes a pratiquement doublé, passant de 18 % à 34 % – le reste renvoie dos à dos les uns et les autres ou ne répond pas.
Cette évolution, perceptible dès 2000, a inquiété, voire paniqué les amis du général Sharon en France. D’où le développement d’une campagne hystérique, partie significativement d’éléments d’extrême droite – je pense en particulier à Alexandre Del Valle, chouchou d’un certain nombre de cercles de la communauté juive organisée après l’avoir été du Front national et des intégristes lefebvristes… Ce curieux personnage a fourni le cadre intellectuel de l’opération : le général Sharon est au premier rang du combat pour défendre l’Occident contre l’invasion islamiste et terroriste ; le défendre, c’est nous défendre ; le critiquer, c’est faire preuve d’antisémitisme et trahir l’Occident.

L’objectif premier des propagandistes est d’intimider les voix juives dissidentes

Ce qui me navre, c’est qu’un certain nombre d’intellectuels se réclamant de la gauche se soient tus devant cette campagne indigne, voire aient accepté d’y jouer de leur propre instrument. Je pense à Alain Finkielkraut et à Pierre-André Taguieff que j’ai déjà cités, mais aussi à Jacques Tarnero, auteur d’un film de propagande digne de l’ère stalinienne, à Georges Bensoussan et au livre schizophrène (Les Territoires perdus de la République) qu’il a signé du pseudonyme Emmanuel Brenner – et à beaucoup d’autres encore.
Cette campagne n’a reculé devant aucun moyen : manifestations spectaculaires devant le siège de journaux, harcèlement personnel de journalistes par des sites ultra-sionistes parfois ignobles, violences physiques du Betar et de la Ligue de défense juive, sans oublier cette nouveauté : les procès contre un certain nombre de journalistes – cinq en un an, tous perdus d’ailleurs. Ce faisant, les inspirateurs de ce maccarthysme d’un nouveau genre montrent le bout de l’oreille. Ils entendent bel et bien faire taire, voire écarter, un certain nombre de professionnels jugés trop critiques par rapport à la politique du gouvernement Sharon.
Mais l’entreprise ne s’arrête pas là. L’enquête que j’ai citée l’indique : nos propagandistes savent que leurs positions sont trop extrémistes pour avoir la moindre chance de convaincre nos concitoyens. Que cherchent-ils donc ? À mon avis, leur objectif numéro un, c’est d’intimider les voix juives dissidentes et de ressouder ainsi les rangs de la « communauté organisée » afin que Roger Cuckierman puisse parler au nom, non plus du seul CRIF, mais de l’ensemble des Juifs français. Sa voix se ferait ainsi évidemment mieux entendre des médias et, au-delà, des dirigeants français.
Il va de soi, cela dit, que ces trois facteurs conjoncturels n’auraient jamais eu des effets aussi sensibles sur les Juifs de France si ceux-ci n’étaient travaillés, bien avant tous ces événements, par une profonde et douloureuse crise d’identité. C’est évidemment là l’essentiel de mon livre.
Je voudrais, avant de terminer, relativiser tout ce que je viens de dire de la crise d’identité des Juifs français. Celle-la n’est absolument pas spécifique aux Juifs : elle touche toutes les identités traditionnelles. La moitié des Français déclarent ne plus se reconnaître dans une religion, et ce phénomène bouscule en particulier l’Église catholique, qui perd à la fois bergers et troupeau. On pourrait en dire autant du communisme et des communistes. Devant cette obsolescence des étiquettes globales d’hier, on peut évidemment dire : « Tout fout le camp. » Et je comprends les gens qui regrettent le « bon vieux temps » où chacun savait, dès la naissance, qui il était : on était catholique, protestant, juif, musulman, communiste, gaulliste…
Personnellement, je préfère – c’est une forme d’optimisme – considérer comme une avancée extraordinaire le fait que ces identités figées du passé aient explosé, qu’une majorité de Français – même si des minorités restent attachées aux étiquettes d’hier – s’efforce de rebâtir elle-même, d’une manière autonome, son identité sur la base de valeurs librement choisies. D’autant que cette recherche intègre deux atouts majeurs.
Le premier, c’est de considérer qu’une identité moderne, loin d’être coulée d’un bloc, s’accepte comme multiple. Autrefois on était catholique, ou protestant, ou juif, ou musulman, etc. Si l’on se voulait communiste, c’était vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Aujourd’hui, comme le dit très bien Annette Wieviorka dans mon livre, elle est effectivement juive, mais aussi femme, mère, française, chercheuse, historienne… Bien malin qui sait, dans son identité, quel est l’élément central.
Second atout majeur : la conviction que, dans cette situation de mise en mouvement des identités de l’immense majorité de la population, celles-ci ne peuvent se construire qu’en dialogue, en confrontation, en discussion avec les autres.

Dominique Vidal
(Extrait d’une présentation de son livre à la librairie Jonas – 14, rue Maison-Blanche, Paris 13e, retransmise par « Là bas si j’y suis », France Inter, 7–8 mai 2003)



Une majorité silencieuse

Il y a un certain nombre de villes où se sont développées des communautés dans lesquelles l’ultra-orthodoxie pèse lourdement, et dans lesquelles la droite et l’extrême droite sont très actives voire virulentes. Le maire de Créteil en a fait l’amère expérience lorsqu’il est venu apporter la solidarité de sa ville et de ses administrés à la communauté juive, après des attaques lancées contre elle. À un moment de son discours, il a voulu préciser qu’il ne partageait pas la politique du gouvernement israélien : il n’a pas pu finir, des énergumènes ayant commencé à crier en agitant un drapeau israélien. Bref, le Betar a préféré faire taire le maire de la ville pourtant venu manifester l’amitié des gens de Créteil.
Des endroits comme ça, il y en a, et le spectacle qui est donné ne facilite malheureusement pas la coexistence, la coopération et le dialogue. Mais, si on voit beaucoup ceux qui s’agitent, on ne voit pas ceux qui ne s’agitent pas. Je le répète, il y a des Juifs qui se replient, d’autres en revanche s’assimilent (au sens où ils perdent leur personnalité juive spécifique), d’autres encore manipulent ou se laissent manipuler. Il est très difficile de prétendre avoir une vision globale. La communauté juive organisée est très bruyante, très présente : Roger Cuckierman va même chez Ardisson… Mais on entend moins – et pourtant, apparemment, ils sont majoritaires – les dizaines et les dizaines de milliers de Juifs beaucoup plus critiques à l’égard de la politique du général Sharon, qui rejettent l’ultra-orthodoxie, qui ne se retrouvent pas dans une conception fermée du judaïsme.
Autrement dit, il existe un extraordinaire fossé entre, d’un côté, cette majorité de Juifs laïques, de gauche et partisans de l’échange des territoires contre la paix, relativement laïcs et, de l’autre, l’actuelle représentation des Juifs français. Mon sentiment, c’est que les Juifs français, dans leur véritable diversité, ne sont pas bien représentés. À mon avis, nous sommes confrontés à un problème de mode d’organisation de la communauté juive plus qu’à un problème de rapport de force réel dans l’opinion juive.

Dominique Vidal à la librairie Jonas



Des combats communs

Personnellement, j’adore la randonnée en montagne. Et quiconque aime marcher dans les Alpes ou les Pyrénées le sait : il est plus facile, plus confortable, de marcher dans la vallée que sur la crête. Le vent y souffle moins fort, on s’y trouve plus à l’abri, il y fait plus frais lorsque le temps est à la canicule, plus chaud lorsqu’au contraire il fait froid. Et pourtant, pour embrasser tout le paysage, il n’y a pas d’autre solution que de monter sur la crête. Autrement dit, je crois bien sûr aux appartenances. Dans le tourbillon identitaire où nous vivons, nous avons plus que jamais besoin de savoir qui nous sommes. Mais nous avons aussi besoin de quitter notre (nos ?) tribu(s) pour rejoindre la crête où nous pouvons retrouver tous ceux qui appartiennent à d’autres tribus et dialoguer avec eux.
Au plus fort des violences antisémites, en 2002, une centaine d’intellectuels arabes ont lancé, sous le titre « Ne nous trompons pas de combat », un appel remarquable. Non seulement ils y condamnaient – évidemment – les attaques anti-juives, non seulement ils rejetaient l’amalgame entre Ariel Sharon, les Israéliens et les Juifs, mais ils incitaient les Arabes et les musulmans à réfléchir en termes d’alliance  : « Nos partenaires et nos partisans les plus précieux – écrivaient-ils – sont les Israéliens et les Juifs qui œuvrent, aux côtés des Palestiniens, contre l’occupation, la répression, la colonisation et pour la coexistence de deux États souverains, palestinien et israélien. Un grand nombre d’entre eux ont une histoire familiale tragique, marquée par l’holocauste. À nous de leur rendre hommage et de les rejoindre sur cette ligne de crête qui consiste à savoir quitter la tribu quand il s’agit de défendre des droits et des libertés universels. Ne tombons pas dans le piège de Sharon. Ne nous trompons pas de combat. L’insulte contre un Juif ou un Arabe, c’est la même. Elle ne profite, dans les deux cas, qu’à l’extrémisme fasciste dont se réclament Sharon et les siens. Qualifiant les attaques contre les synagogues et les commerces juifs de “crimes contre les Palestiniens”, Leïla Shahid ne pouvait mieux dire. Écoutons son appel. »
Je suis intimement convaincu que le mal-être juif – comme le mal-être arabe – ne sera durablement surmonté que dans l’échange, la confiance retrouvée et surtout la recherche de nouvelles alliances autour de combats communs.

Dominique Vidal à la librairie Jonas



Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary
Ce livre, qui a plus de 15 ans, ne porte guère de ride. Hocquenghem nous parle déjà de Bruckner, de July, de Kouchner, de BHL, de Cohn-Bendit. Déjà, il nous en dit l’essentiel. Eux sont toujours là, plus bavards encore qu’ils l’étaient alors. Même Brice Lalonde n’est pas mort. Après avoir soutenu la candidature d’Alain Madelin à l’Élysée, il expédie à présent au Figaro – qui, sans doute par pitié pour lui, les publie – des brouillons d’articles à la gloire des guerres de George W. Bush contre le nouvel « axe du Mal ».
Presque tous les personnages déchiquetés par Hocquenghem ont un sentiment en partage : depuis 15 ans, ce sont d’abord les pacifistes qu’ils haïssent et les guerres « humanitaires » qu’ils vénèrent. En 1986, quand paraît cette Lettre ouverte, Jean-Michel Helvig – avec une morgue que justifie son rang de chef davantage que son talent de journaliste – fustige dans Libération « le propos d’une banalité à lasser le plus paresseux des rédacteurs de Minute ». Puis, l’actuel rédacteur en chef du quotidien de Serge July précise ses reproches : Hocquenghem incarnerait un « angélisme pacifiste bien léger au regard des pesanteurs géo-stratégiques du moment. Célébrer la fidélité à des idées n’est pas forcément une ode à l’intelligence des temps ». L’argument resservira : le reniement semble constituer, dans les années 1980, une marque de subtilité. À Libération, les temps d’alors sont atlantistes, reaganiens même. Mais les engouements de guerre froide ressurgiront, d’autant plus rageurs qu’ils se prévalent d’une feuille de vigne humanitaire. Bientôt, pour ce type de propos (et de camouflage), Libération trouvera dans Le Monde un vespéral écho.
Quotidiens du matin et quotidien du soir, intellectuels de parodie et essayistes de magazine, la guerre du Kosovo les a tous réunis. Leur exaltation collective et leur haine de la dissidence assimilée par eux à une complicité avec l’ennemi auraient sans doute inspiré Hocquenghem. Ainsi, de cette scène, le 14 avril 1999 à Paris. Protégés par une garde prétorienne de journalistes et de photographes, Pascal Bruckner, Daniel Cohn-Bendit et Bernard-Henri Lévy battent ce soir-là, Maison de la Chimie, le tambour au service de l’OTAN. Apôtre d’un capitalisme qui ne recommande l’ascèse qu’aux plus pauvres et la mobilisation civique à personne, le premier, éditorialiste au Nouvel Observateur, fustige « les opinions publiques des pays développés enfoncées dans le consumérisme, l’apathie, l’avachissement ». Le second, un quart de siècle plus tôt, avait servi de symbole néo-festif à la gouaille antibourgeoise. Là, devenu la coqueluche des médias, il se targue de n’avoir « jamais fait de service militaire », admet ne comprendre « rien à la guerre », la haïr, en avoir « peur ». Mais, foin de tout cela, pénétré de sa fraîche dignité de décideur, il franchit le pas : « Nous participons à des gouvernements. Un Vert est ministre des Affaires étrangères en Allemagne. Il fait partie du trio de ceux qui décident ce qui va se faire. Donc nous sommes responsables de ce qui se passe, dans le sens noble du terme. Nous avons pris nos responsabilités, et c’est pour nous la première fois, nous avons décidé de commencer une guerre. C’est une chose de faire des meetings, c’est une chose de demander une intervention et c’est une autre chose de la décider. » C’en était à coup sûr une quatrième de la faire, cette guerre, une cinquième de la subir dans sa chair… Et Cohn-Bendit de conclure, martial : « Nous n’avons pas le droit à la défaite. »
Le dernier des trois palabreurs, Bernard-Henri Lévy, était déjà spécialiste des mobilisations militaires, incapable de rechigner devant une croisade occidentale. En 1985, il avait signé avec Jean-François Revel et quelques autres un appel intimant aux parlementaires américains d’appuyer le président Reagan dans ses tentatives d’éradication du régime démocratiquement élu – mais de gauche, donc « totalitaire » – du Nicaragua. Ces intellectuels reaganiens suppliaient alors les États-Unis de ne pas « se retirer des régions qui représentent une importance vitale pour eux-mêmes et le Monde Libre11 »… Le 14 avril 1999, après avoir entendu ses amis Bruckner et Cohn-Bendit, BHL, la voix tremblante, comme toujours en pareille occasion, évoqua à la fois « la plus gigantesque et la plus effroyable déportation de masse advenue en Europe depuis 1945 » et des enfants albanophones entassés dans des « wagons plombés » qui opéraient « dans le brouillard » la navette entre Kosovo et Serbie. Et Bernard-Henri Lévy, alors éditorialiste au Point et au Monde, directeur de collection chez Grasset, ami de François Pinault et de Jean-Luc Lagardère, flagorneur scrupuleux des patrons aussi longtemps qu’ils demeurent comblés par la Bourse, acheva son propos et le meeting par une ode à la libération humaine : « Chez les Kosovars réfugiés en Albanie, les avions n’ont pas de couleur. C’est pas les avions de l’OTAN, ce sont les avions de la liberté, ce sont les avions de la civilisation. » Coupez, montez : c’était de la bobine toute faite pour le 20 heures.
On ignore ce qu’Hocquenghem aurait écrit ce soir-là. Mais on sait que nul ne l’écrivit à sa place. À des absences de ce genre, on mesure à quel point les gens qui manquent, vraiment nous manquent. Lui, qui appartenait à leur très encombrante « génération », celle des Glucksmann, des BHL, des Cohn-Bendit, des Goupil, des Plenel et des Kouchner – même s’il se hâtait de signifier que « ce mot me répugne d’instinct, bloc coagulé de déceptions et de copinages » –, aurait peut-être permis qu’elle fût moins compromise, en bloc, par les cabotinages réactionnaires et moralistes de la petite clique qui parasita journaux et « débats ». Il aurait également permis qu’on associât davantage cette « génération » aux contestataires qui avaient contesté l’ordre capitaliste parce qu’ils le jugeaient contestable à la racine, radicalement, pas comme on ouvre un plan d’épargne contestation avec l’espoir d’empocher plus tard les dividendes de la récupération.
Bien sûr, les caudataires de l’ordre ont profité du concours des médias et des industriels pour leurs maquignonnages. Mais ils ont également su tirer parti de la défaillance de ceux qui auraient dû se dresser contre ces « repentis ». Si nombre d’intellectuels et de chercheurs contestataires n’avaient pas délaissé le combat politique pour bétonner leur œuvre individuelle ou leur petite carrière, l’effet des abjurations relatées par Hocquenghem eût été moins grand. […]
En 1986, quand paraît cette lettre ouverte, la révolte avait presque rendu l’âme. La classe ouvrière se délitait sous les coups du chômage, des trahisons socialistes et de la casse des solidarités collectives. C’était l’ère du « Créez votre entreprise », du « Gagnez de l’argent en dormant », l’ère des Guizot-Fabius, des fins de l’histoire, des Sicav aux intérêts replets (exonérés d’impôt), de l’Europe, du marché unique, de la rente. Mais loin de dormir et de s’empâter comme les autres, de célébrer avec eux « la République du centre12 », Hocquenghem gueulait. Sa plume se fit assassine, elle fouailla la bête au lieu de la masser à coup de badinages sans portée. Ses adversaires auraient pu s’accommoder de cet écrivain de talent non domestiqué. Seulement ils voulaient tout : pouvoir, contestation, trahison – et respect en prime.
Hocquenghem ne respectait rien : il ne jouait pas. Ayant clamé son militantisme homosexuel au début de l’ère pompidolienne, à une époque où les manifestations inspirées par ce combat n’étaient pas sponsorisées et rassemblaient quelques dizaines de participants, pas des centaines de milliers, il n’était nullement disposé à faire quartier. « Libération, cette Pravda des nouveaux bourgeois », constitua sa cible préférée. Il y avait travaillé des années, l’avait senti tourner, perdre sa pugnacité, devenir pâteux, prétentieux, publicitaire, respectable, accommodant. Il n’oublia pas pour autant Actuel, un mensuel de parvenus branchés, ou Globe, un magazine mitterrandolâtre qui, entre deux promotions de BHL, allait lancer SOS-Racisme avec l’appui de Jacques Attali. Et observant en ces trois-là « la rencontre entre la gauche et le capitalisme », Hocquenghem s’assigna une mission de salubrité élémentaire : « Cerner l’adversaire, puisque nul n’ose le faire. »
Sur ce créneau, il ne rencontra presque aucun concurrent. Tous ces périodiques étant morts ou en déclin précipité, on imagine mal l’étendue des risques que prenait celui qui les interpellait en dévoilant leur vacuité ou leur pouvoir de nuisance. Écrivain, Hocquenghem dépendait des articles de presse pour faire connaître ses ouvrages. Aujourd’hui, il suffirait de remplacer les titres précédemment cités par Le Monde, Les Inrockuptibles et Le Nouvel Observateur pour mieux comprendre le prix qu’encourut notre auteur en se montrant si franc. Laurent Joffrin avoua son incompréhension devant une telle absence de calcul : « Il n’hésite pas à interpeller violemment Georges Suffert pour ses articles sur l’affaire Curiel, Jean-François Revel et quelques autres, se brouillant en une heure avec une série de directeurs de journaux qui pouvaient pourtant décider de son avenir.13 » Oui, Laurent Joffrin, l’avenir d’Hocquenghem était ailleurs…
D’autres que l’actuel directeur de la rédaction du Nouvel Observateur risquent de ne pas comprendre. Il n’est que d’observer en ce moment l’« état de soumission pathétique » des intellectuels, fût-ce les plus militants. Eux qui, sous couvert de ne pas savoir, ne réagissent plus quand TF1 censure un député, quand Le Monde annonce son entrée en Bourse, quand une rédactrice en chef du Nouvel Observateur écrit un livre signé par Jean-Marie Messier, quand France Culture est livrée à l’audimat et aux patrons de presse les plus paresseux, quand deux fabricants d’armes (Dassault et Lagardère) se partagent les magazines et les quotidiens régionaux, quand le second contrôle l’essentiel de l’édition française… Ne pas voir, ne pas savoir, ne rien dire ; et le tout pour continuer à bénéficier de trois minutes d’invitation à la télévision ou à la radio, de la publication d’un morceau de tribune dans un quotidien vespéral, des renvois d’ascenseur d’une « série de directeurs de journaux ». Est-il au fond bassesse plus basse que celle-là quand on voit, quand on sait – et quand on peut parler ?

Serge Halimi
(Extrait de la préface à Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Agone, 2003)

__________

11 Le Monde, 21 mars 1985.

12 Titre d’un livre de Pierre Nora, Pierre Rosanvallon et Jacques Julliard publié en 1988 par Calmann-Levy. Il y était question de « l’entrée de la France dans le droit communs des démocraties ».

13 Libération, 30 août 1988. Henri Curiel, militant anti-impérialiste, fut assassiné en mai 1978 par deux tueurs dans l’ascenseur de son immeuble. Le 21 juin 1976, Le Point, sous la plume de Georges Suffert, l’avait accusé, à tort, d’être « le patron des réseaux d’aide aux terroristes ».

Réalisation : William Dodé