Dans la collection « Passé & présent »

 
couverture
Gérard Noiriel
À quoi sert « l’identité nationale »

Parution : 26/10/2007

ISBN : 9782748900804

Format papier
156 pages (12 x 19 cm) 12.00 €
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La question de « l’identité nationale » a été remise au centre de l’actualité politique par Nicolas Sarkozy, pendant la campagne électorale des présidentielles. Devenu chef de l’État, celui-ci a créé un « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale », ce qui est un fait sans précédent dans l’histoire de la République française. Huit historiens ont aussitôt démissionné de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration pour protester contre ce ministère, estimant que cet intitulé ne pouvait que conforter les préjugés négatifs à l’égard des immigrés. La pétition qu’ont lancée ces historiens a été signée par plus de 10 000 citoyens en moins d’une semaine, et des universitaires du monde entier se sont associés à cet appel.
Gérard Noiriel explique les raisons de ce mouvement. Il montre que la logique identitaire, née au XIXe siècle, a depuis constamment alimenté les discours nationalistes. Il rappelle que, au cours des années 1980, c’est Jean-Marie Le Pen qui a popularisé, dans l’espace public, l’expression « identité nationale » pour stigmatiser les immigrés. Analysant de façon minutieuse les usages de cette formule dans le discours du candidat Sarkozy, il donne des éléments pour éclairer les nouvelles stratégies aujourd’hui à l’œuvre dans le champ politique.

Historien, directeur d’études à l’EHESS, Gérard Noiriel a notamment travaillé sur l’articulation de l’immigration, de la nation et des sentiments xénophobes. Dernier livre paru, Chocolat, La véritable histoire d’un homme sans nom (Bayard, 2016).

Lire la chronique de Gérard Noiriel sur les blogs de TerrainsDeLuttes.org

Foreign Rights

English notice

The Uses of National Identity

Nicolas Sarkozy has brought the question of “National Identity” popularized by Jean-Marie Le Pen in 1980 back to the centre of current politics, even creating a Ministry of Immigration and National Identity after he was elected President.
Gerard Noiriel examines the uses of this phrase in depth and provides some keys to a better understanding of the new strategies at work on today’s political scene.

Notiz auf Deutsch

Wozu dient die nationale Identität ?

Während der Wahlkampf-Kampagne für die französischen Präsidentschaftswahlen im Frühjahr 2007 bediente sich der jetzige französische Staatschef Nicolas Sarkozy in auffallender Weise des Themas der „nationalen Identität“. Zudem kündigte er die Einrichtung eines Ministeriums für „Immigration und nationale Identität“ an, ein Novum in der Geschichte der französischen Republik, das Sarkozy, kaum im Amt, trotz heftiger Proteste im In- und Ausland in die Tat umsetzte.
Im Kontext dieses Protests steht vorliegender Essay. Noiriel erläutert die historische Entwicklung der Konzepte nationaler Identität und zeigt, wie diese seit ihrem Aufkommen im 19. Jahrhundert kontinuierlich die politischen Diskurse Europas genährt haben. Er ruft in Erinnerung, wie die rechtspopulistische Politik Jean-Marie Le Pens in den 80er Jahren mit Hilfe des um Nation und Identität kreisenden Vokabulars die französischen Einwanderer stigmatisierte und analysiert schließlich die gegenwärtige Rhetorik Sarkozys.
Mit diesem historisch fundierten Essay gibt uns Noiriel Mittel an die Hand, die neuen Strategien, die heute auf der politischen Bühne unseres Nachbars wirken, besser verstehen zu können.

Noiriel ist Professor für Sozialgeschichte an der Pariser Elitehochschule École Normale Supérieure und Mitarbeiter des renommierten Forschungskollegs für Sozialwissenschaften EHESS (École des hautes études en sciences sociales).
Mit dem 1988 erschienenen Werk Le creuset français schuf er ein Grundlagenwerk zur französischen Geschichte der Immigration. Im Deutschen erschienen ist bereits La Tyrannie du national. Le droit d’asile en Europe. 1793–1993 ( Die Tyrannei des Nationalen. Sozialgeschichte des Asylrechts in Europa, Zu Klampen Verlag, Lüneburg 1994).

Au sommaire

Naissance de la question nationale sous la IIIe république • L’ennemi à travers les âges : les juifs, les bolcheviks, puis les musulmans • De l’influence du front national • L’appropriation par les « professionnels de la parole publique » • Contre le nouveau nationalisme français

Dossier de presse
SUR LES ONDES
« On ne peut prendre ces mesures au sérieux » Entretien avec Gérard Noiriel - Sonya Faure Libération, 09/02/2010
L’identité nationale sous le regard des historiens Maximes Combes Mouvements, 28/10/2009
Identité : les leçons de l'histoire Propos recueillis par David Eloy juin 2009, Altermondes n°18
L’identité nationale : discréditer « l’autre » pour renforcer le « nous » Julie Alev Dilmaç EspacesTemps.net, 16/07/2008
L’identité nationale sous le regard des historiens Maxime Combes Mouvements, 13/06/2008
Cet ouvrage est le premier d’une collection... Igor Martinache Liens-socio.org, 02/06/2008
Intuitivement on croit savoir ce qu’est l’identité nationale... Jacqueline Amphoux Libresens n°173, mars 2008
La France contée et recomptée Catherine Coroller Libération, 23/02/2008
L’Identité nationale permet un consensus simple... Evelyne Leveque AMD - Les Amis du Monde diplomatique, janvier 2008
Le fantasme identitaire Propos recueillis par Dominique de Saint Pern Géo Histoire, 01-03/2008
Entretien - "L'identité nationale" en France Propos recueillis par Gérard Mauger Revue Savoir/Agir n°2, décembre 2007
A propos de deux ouvrages récents de G. Noiriel Gérard Mauger Revue Savoir/Agir n°2, décembre 2007
"Nationale identiteit en het verschil tussen Wij en Zij" Thom Holterman De Vrije, 4/02/2008
L’amer ministère Julie Brenckle Marseille Bondy blog, 3/02/2008
Renat Mine Aquo d'aqui, février 2008
L’« identité nationale » : un faux problème Evelyne Grossman La vie des idées, 8/01/2008
Étiquetage en règle Jean-Pierre Reymond Echo d'Ile-de-France n°1021, 3/01/2008
Identité Nationale : le tour de passe-passe René Diaz Zibeline n°3, décembre 2007
Aujourd'hui... L'Émancipation syndicale et pédagogique, décembre 2007
"L'anti-racisme est piégé par Sarkozy". Entretien avec G. Noiriel Karl Laske Blog "Contre Journal" de Libération, 19/11/2007
Le dernier ouvrage de Gérard Noiriel... Cité nationale de l'histoire de l'immigration, 19/11/2007
La logique identitaire du nationalisme décryptée san concession Alain Ruscio L'Humanité , 10/11/2007
Absurdirté nationale Anaëlle Verzaux bakchich.info, 25/10/07
SUR LES ONDES

Grenouille (88.8) – L’Identité nationale (Ecouter les émissions en ligne sur le site de la radio)
1er épisode : Des livres en écho à l’actualité qui remontent vers les origines de la question de “l’identité nationale”.
2e épisode : Analyse des discours politiques sur la nation, depuis la IIIe République jusqu’à Vichy, en passant par l’affaire Dreyfus et les rixes marseillaises.
3e épisode : De la libération des ondes au “ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale” (les 5, 6 et 7 février 2008)

France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série Immigration
À quoi sert l’identité nationale ? (10 octobre 2007)

France Culture – « Travaux publics », Etrangers, vos papiers ! et après (17 octobre 2007)

« On ne peut prendre ces mesures au sérieux »

Gérard Noiriel est historien. Spécialiste de l’immigration, il a notamment écrit À quoi sert l’identité nationale (éd. Agone) en 2007.

Que pensez-vous du débat lancé par le gouvernement sur l’identité nationale ?

J’ai pris pour principe de ne pas l’alimenter, j’ai décliné les invitations à participer au débat comme celle que m’avait faite Hervé Morin. Depuis l’affaire Dreyfus, l’identité nationale n’a cessé d’être utilisée par le politique : on l’appelait « l’âme nationale », « le caractère national », « la personnalité nationale »… L’histoire montre qu’à chaque fois, la mainmise des politiques se fait dans un contexte d’exclusion de l’étranger. Après la Seconde Guerre mondiale, plus personne n’osait réactiver ce thème identitaire, en souvenir de la révolution nationale de Vichy, jusqu’à ce que le FN prouve qu’il avait une portée électorale. Dès lors, la droite n’a cessé de vouloir le récupérer : souvenez-vous de Jacques Chirac et de sa refonte du code de la nationalité. En 1986, on suspectait les jeunes d’origine étrangère de ne pas être loyaux envers la France : bien plus violent qu’aujourd’hui. C’est une leçon intéressante du débat actuel : la société française a évolué.

Cette fois, le débat a-t-il été un échec ?

Par rapport aux objectifs que le gouvernement s’était fixé, oui. En vingt ans, la société s’est internationalisée : il n’y a guère plus que la politique qui se joue dans le cadre national. Beaucoup de Français sont liés dans leur famille à des personnes d’origine étrangère. Beaucoup sont engagés par certains aspects de leur existence dans des réseaux internationaux. Regardez la musique, le cinéma… les références ne sont plus qu’hexagonales. Et puis nous vivons dans un contexte pacifique – la France n’a pas connu une si longue période de paix depuis des siècles. On le voit avec ce débat : les pouvoirs publics peuvent encore imposer leurs questions – il faut voir la ruée des journalistes pour faire réagir les historiens au débat – mais ils ne peuvent plus imposer leurs réponses. Mais peut-on définir l’identité nationale ? Il y a unanimité des chercheurs pour dire que non. Un citoyen peut très bien se sentir français pour telle ou telle raison mais l’État ne peut pas régenter le sentiment national. Sur le plan légal, il y a le droit de la nationalité, point final. Ce qui prouve bien que ce ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale ne sert à rien et qu’il doit disparaître.

Que pensez-vous des mesures annoncées aujourd’hui par François Fillion ?

Je ne crois pas qu’on puisse les prendre très au sérieux… Ça confirme bien l’échec du débat. Le gouvernement reprend le contrat d’intégration et les éléments stigmatisants pour les nouveaux venus, en les renforçant. Et pour le reste, il ne peut mobiliser qu’un public captif, le public étatique, en obligeant les professeurs ou les chefs d’établissement à mettre un drapeau sur les façades des écoles… Le débat a été archaïque. Et sur le plan international, nous avons eu l’air de ringards à vouloir définir notre propre identité dans notre coin…

Entretien avec Gérard Noiriel - Sonya Faure
Libération, 09/02/2010
L’identité nationale sous le regard des historiens
Lire en ligne sur le site de Mouvements une présentation croisée de G. Noiriel, A quoi sert l’identité Nationale, Agone, 2007 et Patrick Weil, Liberté, Egalité, Discriminations, Grasset, 2008.
Maximes Combes
Mouvements, 28/10/2009
Identité : les leçons de l'histoire

La question de l’identité nationale a été remise au centre de l’actualité politique française par Nicolas Sarkozy. Entretien avec l’historien Gérard Noiriel, sur la logique identitaire et ce que l’histoire nous apprend de son utilisation par le politique.

« A quoi sert l’identité nationale » est le titre d’un de vos livres. Comment définiriez-vous l’identité nationale ?

Gérard Noiriel : En fait, il n’existe aucune définition scientifique du concept d’identité nationale. D’ailleurs, à chaque fois que des chercheurs en sciences sociales ont tenté de lui apporter une définition, leurs travaux ont été récupérés politiquement, surtout par les nationalistes. Ces chercheurs s’intéressent en revanche aux usages qui sont faits de ce concept. Le vocabulaire qui circule dans l’espace public n’est jamais neutre. En France, c’est le Front National qui a mis en circulation l’idée d’identité nationale. Depuis la fin du XIXe siècle, la vie politique française se structure d’ailleurs autour du combat entre une droite qui met en avant l’identité nationale et une gauche qui met en avant, peut-être moins maintenant, l’identité sociale.

Quelle différence faites-vous entre l’identité nationale et la nationalité ?

G.N. : Le mot « nationalité » est né, en France, dans les années 1830. Il avait un sens proche de ce qu’entendent ceux qui parlent d’identité nationale, c’est-à-dire le sentiment d’appartenance à une nation. La première loi sur la nationalité date de 1889, ce qui est assez récent. Jusqu’à cette époque, on ne savait pas toujours qui était français, qui ne l’était pas. Le droit actuel de la nationalité est une conséquence de la citoyenneté républicaine. La République a introduit une logique d’égalité/identité où les gouvernants sont légitimés à diriger l’État parce qu’ils sont de la même essence que les gouvernés. Désormais, pour représenter le peuple, il faut être du peuple. Cette démocratisation de l’accès à la politique (1) et l’adoption de lois sociales réservées aux Français ont conféré un enjeu politique au fait d’être français. Cette mécanique républicaine va conduire à la volonté d’unifier le peuple par une langue commune (2), une culture commune, etc. Mais cette « identité » ne date que de la IIIe République.

L’identité nationale a-t-elle toujours été liée à la question d’immigration ?

G.N. : Une identité se construit toujours par opposition à d’autres. C’est le « nous » face au « eux ». L’historien Jules Michelet disait déjà que la France a pris conscience d’elle-même en combattant les Anglais. Mais Michelet avait une vision révolutionnaire de la nation. Il pensait que la France était la patrie de l’universel. C’est en s’ouvrant de plus en plus sur l’extérieur qu’elle pouvait rester elle-même. À la fin du XIXe siècle, c’est une définition conservatrice de l’identité nationale qui s’impose.
Même si beaucoup l’ont oublié, l’utilisation de l’identité nationale par la droite est ancienne. En proposant la création d’un ministère de l’identité nationale, Nicolas Sarkozy a simplement réactivé le débat pour permettre le déplacement des voix du Front National, indispensables à son élection. Ça a parfaitement fonctionné (3).

Finalement, la création de ce ministère change-t-elle quoi que ce soit ?

G.N. : Quand vous créez une structure administrative, elle ne peut pas rester une coquille vide. Il faut la remplir. Jusqu’à présent, ce ministère a surtout été un ministère de l’intégration et de la chasse aux immigrés, plutôt que de l’identité nationale. Cela risque de changer, comme le laisse supposer le projet de musée de l’histoire de France. Créer un ministère, c’est installer les choses dans la durée ; lier immigration et identité nationale, dans l’intitulé d’un ministère c’est ancrer dans le cerveau des gens le préjugé qu’il y a un lien entre les deux. Ce qui est faux historiquement et dangereux politiquement.

Comment la mondialisation interfère-t-elle avec la question de l’identité nationale ?

G.N. : La « mondialisation » n’est que la poursuite d’un processus aussi vieux que l’humanité, à savoir l’extension des chaînes d’interdépendance entre les individus. Les tensions entre les logiques politiques qui s’inscrivent dans un cadre étatique et les logiques de marché qui, elles, sont mondialisées, ont toutefois tendance à s’accroître. Les États en sont affectés, des pans de l’économie sont détruits… Tout cela engendre des replis identitaires, la montée de l’hostilité.

Le monde est en crise. Certains craignent une nouvelle crise de 1929 et le retour des nationalismes. Partagez-vous cette analyse ?

G.N. : Cette crise ne se pose pas du tout dans les mêmes termes. Dans les années 30, le nationalisme avait d’abord été financier. La dévaluation du dollar et de la livre sterling était une forme de protectionnisme. Aujourd’hui, il existe des systèmes de concertation beaucoup plus élaborés qui viennent atténuer les effets de la crise. Les gens eux-mêmes voyagent davantage et sont donc plus internationalisés. Je ne pense pas que le nationalisme puisse redevenir ce qu’il a été dans le passé. Le contexte a changé.
Il est plus judicieux de mobiliser l’histoire pour comprendre et prévenir les mécanismes qui produisent le nationalisme. Dans les pays en voie de développement, les situations de misère sont telles que le nationalisme peut trouver la base sociale qu’il n’a plus en Europe. Le Traité de Versailles a été l’une des causes de la Seconde guerre mondiale : les conditions inacceptables qu’il a imposées à la population allemande l’ont plongée dans une détresse dont s’est nourri le nationalisme. Nous n’en sommes pas là mais c’est pour cette raison que les pays développés ont intérêt à se solidariser des plus démunis et à ne pas leur faire payer la crise.

1. En France, les hommes ont le droit de vote depuis 1848.
2. En 1870, la moitié des Français parlaient des langues locales et des patois. Ils ne parlaient pas le français de Paris.
3. D’après un sondage, 88 % des électeurs du Front National approuvaient la proposition de créer un ministère qui lie identité nationale et immigration.

Propos recueillis par David Eloy
juin 2009, Altermondes n°18
L’identité nationale : discréditer « l’autre » pour renforcer le « nous »

Cet ouvrage de l’historien Gérard Noiriel est une véritable mise au point du concept d’« identité nationale », remise au goût du jour par Nicolas Sarkozy dans sa politique actuelle.

L’auteur, l’un des pionniers de l’histoire de l’immigration et de la formation de l’État-Nation, tente ici de donner quelques pistes pour nous éclairer sur l’évolution historique et sociologique de l’identité nationale.

La création d’un « ministère de l’Immigration et de l’identité nationale » a soulevé des polémiques, entraînant notamment la démission de huit historiens de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, dont Gérard Noiriel lui-même.

À travers une étude minutieuse, l’auteur nous livre ses doutes et ses craintes concernant l’instauration mais surtout l’appellation de cette institution, trop encline à conforter l’image et les préjugés négatifs liés à l’immigration. Basant son analyse sur un survol historique des différentes époques mettant en scène l’identité nationale, l’auteur nous rappelle les prémisses de la logique identitaire née au 19e siècle, dont certains aspects sont repris par les discours politiques d’aujourd’hui.

Les prémisses d’une définition.
Empruntant à Ricoeur ses concepts d’ipséité (correspondant à la conscience de soi, prenant place dans la continuité et la mémoire) et de mêmeté (la possession de caractéristiques propres aux membres d’une nation, leur permettant de se différer des autres nations), l’historien met en parallèle deux niveaux de compréhension de la « question nationale ». Le premier définit « le national » comme étant le peuple, synonyme, en 1789, de « tiers état ». Cette définition, née pendant la période révolutionnaire, reste au centre des conflits politiques jusqu’à la fin du 19e siècle, mettant en scène les monarchistes contre les républicains, fervents défenseurs de la nation. Le second niveau de compréhension s’inscrit dans les États allemands dans lesquels se développent les idées de Herder, Fichte et Jahn, donnant ainsi naissance au concept « d’identité nationale » (Volkstum). Ces militants révolutionnaires, en lutte contre l’aristocratie, le décrivent comme étant le « critère fondamental qui définit la nation, c’est l’étincelle de la vie, c’est-à-dire l’intelligence qui lui donne sa personnalité ». (p. 15). Ce terme sera, par la suite, repris en France sous la forme de « nationalité ».

L’implication des historiens dans l’illustration concrète de ce terme est indéniable : ce sont eux qui, à travers la sélection de récits nationaux illustrés par des événements épiques vont contribuer à l’imposition des grandes figures nationales, renforçant ainsi le « principe de nationalité ».

Qui sommes « nous » et qui est l’autre ?
La distinction des dualités, à savoir qui sont les « étrangers », qui sont « ceux qui posent problème », semble être le fil conducteur de l’analyse de Noiriel. Ainsi, on cerne qu’au 19e siècle, le discours sécuritaire et le discours national n’étaient pas entremêlés, comme ils le sont aujourd’hui. Seules les « classes laborieuses » étaient considérées comme dangereuses.

L’histoire des identités nationales va prendre de l’importance dans toute l’Europe avec la guerre de 1870, date à laquelle l’État-Nation se développe. L’ampleur de ce tournant fondamental est expliqué par l’auteur comme le renforcement des dualités entre la nationalité qui forme le « nous » et celle des autres. Dans la même optique, les définitions de la nation en France comme en Allemagne renforcent leurs significations, notamment avec la fameuse conférence de Renan donnée à la Sorbonne en 1882, qui combine à la fois « sentiment de la patrie » et « volonté de vivre ensemble ».

À la même époque, de nombreux changements institutionnels se mettent en place, en vue de la démocratisation de la vie politique. Le concept de citoyenneté, et par extension, celui de fidélité à l’État, émergent, définissant ainsi l’attachement aux lois élaborées par ces mêmes individus et la défense de leurs institutions.

Ce concept de citoyenneté se voit renforcé avec l’adoption en 1889 de la première loi sur la nationalité française et avec le droit de vote octroyé à tous les hommes français adultes. La nationalité devient un enjeu capital, redéfinie comme appartenance à l’État, loyauté à la communauté et mobilisation en temps de guerre.

la suite sur http://espacestemps.net/document5693.html

Julie Alev Dilmaç
EspacesTemps.net, 16/07/2008
L’identité nationale sous le regard des historiens
Présentation croisée de Gérard Noiriel, A quoi sert l’identité Nationale (Agone, 2007) et Patrick Weil, Liberté, Egalité, Discriminations (Grasset, 2008). À lire en ligne ici
Maxime Combes
Mouvements, 13/06/2008
Cet ouvrage est le premier d’une collection...

Cet ouvrage est le premier d’une collection1 et, espérons-le, d’une longue série. Lancée conjointement par les éditions Agone et le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH)2, « Passé et Présent » vise à mettre en œuvre cette « vigilance » des historiens face à l’action des « entrepreneurs de mémoire » qui « ignorent ou caricaturent la recherche historique » (p.8). L’actuel président de la République excelle en la matière, ce qui explique l’importance que lui accordent des chercheurs plus habitués à éplucher les archives et les témoignages que les discours politico-médiatiques. Et pour inaugurer cette entreprise, Gérard Noiriel, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) dont les travaux sur l’immigration, les classes populaires et les intellectuels font référence3, a choisi de traiter du thème de l’« identité nationale » que le candidat Sarkozy avait jeté dans la campagne présidentielle, comme le pavé de l’« insécurité » l’avait été dans la mare électorale de 2002 par son prédécesseur.

Le plan d’attaque du socio-historien est classique mais efficace : dans un premier chapitre, Gérard Noiriel retrace en effet la genèse de la polémique déclenchée par l’annonce faite en mars 2007 par Nicolas Sarkzoy de créer en cas d’accession à l’Elysée un ministère accolant dans son intitulé les termes d’« immigration » et d’« identité nationale ». L’auteur rappelle ainsi que cette dernière expression n’a été introduite dans le débat politique français qu’à partir des années 1970 par les régionalistes et les militants de l’ethnicité4. Il faut cependant remonter plus loin pour saisir réellement les racines du débat, à la Révolution française et l’accouchement difficile de notre République. C’est à ce moment-là en effet que se forme un clivage fondamental entre républicains (la « gauche » de l’époque comme l’écrit Noiriel) et monarchistes (la « droite » d’alors). Ce sont les premiers qui défendent alors la nation contre les seconds, qui récusent avec elle « la légitimité du suffrage universel et le principe d’égalité entre tous les citoyens » (p.15). Peu de temps après, c’est cette même « identité nationale » qui va être brandie dans les états allemands par des philosophes comme Herder, Fichte ou Jahn5 pour promouvoir la culture populaire contre celle de l’élite dans le contexte des invasions napoléoniennes. Une conception qui ne s’imposera qu’à l’époque du romantisme en France. Et ce sont les historiens, au premier rang desquels Michelet, qui s’emploieront à donner un contenu à l’identité nationale française. A noter, comme le fait Gérard Noiriel en s’appuyant sur le travail de Louis Chevalier6 , qu’à cette époque « le discours sécuritaire est déconnecté du discours national » (p.18), les classes populaires et non les étrangers jouant alors le rôle de bouc-émissaires aux yeux des nantis. Une rupture intervient avec la guerre de 1870 et l’élaboration d’une vision défensive de la nation en France, exprimée notamment par le fameux discours d’Ernest Renan de 1882, « Qu’est-ce qu’une nation ? », où pour s’opposer (en partie seulement en fait) à la conception culturaliste allemande, met en avant la « volonté de vivre ensemble ». Ce sont bien les deux caractéristiques de l’identité mis en évidence par Paul Ricœur que l’on retrouve ici : la « mêmeté » et l’« ipséité »7. Enfin, une deuxième rupture a lieu dans le cadre de la IIIe République, où la politisation de l’identité nationale est opérée par la droite pour contrer la politisation de la classe ouvrière et la mise en avant d’une identité de classe. Gérard Noiriel décrit ici finement comment les conservateurs, Barrès en tête, développent alors un nationalisme pessimiste, déterministe et empreint de catholicisme, auquel certains socialistes, à commencer par Jean Jaurès, sont alors « sommés » de répondre alors par un patriotisme relativement optimiste, laïc et articulé à la question sociale. Et surtout, cette conception de l’identité nationale n’est, elle, pas animée par un sentiment revanchard contre les Allemands.

Gérard Noiriel traite ensuite dans le deuxième chapitre de la période qui suit la Seconde Guerre Mondiale. Celle-ci débouche sur un consensus entre gaullistes et communistes pour magnifier l’identité française dans la commémoration de la Résistance8. Et c’est donc à la suite de « Mai 68 », mais aussi sous l’effet de la guerre d’Algérie, et de l’influence d’universitaires américains qui forgent le concept de « national identity » pour contester la vision idyllique du creuset américain, que s’amorce un « puissant mouvement de réhabilitation des identités collectives dominées » (p.54), mené aussi bien par les mouvements régionalistes que par les descendants de déportés juifs ou arméniens. Un dernier retournement s’opère dans les années 1980 après que Valéry Giscard d’Estaing ait lancé sa politique anti-migratoire9. Les militants d’extrême-gauche fustigent alors le « racisme » d’Etat, tandis que la droite, avec la création du Figaro Magazine en 1978 entreprend de lutter contre l’hégémonie des intellectuels de gauche. Une entreprise qui sera finalement couronnée de succès comme le constate par la suite Gérard Noiriel. Car c’est à une autre mutation importante que le retour actuel de l’ « identité nationale » doit être reliée : le « triomphe de l’information-spectacle ». C’est parce qu’il en a bien compris le fonctionnement que Jean-Marie Le Pen parvient à coups de provocations calculées et surtout de discours suggérant plus qu’ils ne disent, qu’il permet à son parti du Front national de remporter un certain nombre de succès électoraux, en réactivant le « vieux réflexe national-sécuritaire », où le jeune d’origine immigré (et appartenant surtout aux classes populaires) fait figure d’épouvantail. La droite classique lui embraye le pas, comme l’illustre la politique très ferme du Ministre de l’Intérieur Sarkozy à l’égard des migrants en situation irrégulière (qu’il ne manque pas de stigmatiser par le terme chargé de « clandestins ») ou les discours d’un philosophe comme Alain Finkielkraut10 qui fustige inlassablement la montée d’un relativisme culturel, d’une haine de la France portée notamment par les jeunes d’origine immigrée, notamment musulmans – et même d’un « racisme anti-blancs »-, la responsabilité des sciences sociales dans cette évolution, et n’hésite pas à parler de « pogrom anti-républicain » à l’occasion des émeutes urbaines de novembre 2005…

Gérard Noiriel revient ensuite sur le « tournant » qu’a constitué la campagne présidentielle de 2007. Il analyse pour cela les discours de Nicolas Sarkozy à partir du moment où, à Caen le 9 mars 2007, celui-ci met en avant le thème de l’identité nationale, qu’il rend indissociable, comme Alain Finkielkraut, d’une supposée « crise de la culture ». Faisant mine de lever un tabou qui n’en est pas un, et se présentant comme « celui qui dit la vérité aux Français », le candidat axe sa campagne sur cette notion d’identité nationale, conforté en cela par les sondages d’opinion, et évitant de ce fait soigneusement d’aborder la question sociale11, alors même que son programme pose de sérieuses questions en matière de services publics ou de creusement des inégalités économiques. Renouant avec les discours nationalistes de la droite classique, Nicolas Sarkozy met ainsi en avant le thème de l’ « antirepentance » s’agissant de la responsabilité de l’Etat français dans la colonisation ou les traites esclavagistes, et dénonce au contraire de manière insidueuse des « ennemis de l’Intérieur » en la personne des « clandesins » et des « communautaristes ». Il faut lire derrière cette dernière appellation la stigmatisation des citoyens musulmans12. Le candidat Sarkozy emploie notamment des arguments « féministes »13 pour soutenir « la persécutée qu’on oblige à porter la burka, [...] la malheureuse qu’on oblige à prendre un mari qu’on lui a choisi, [...] celle à laquelle son frère interdit de se mettre en jupe »14, et stigmatisant en creux les hommes, évidemment musulmans, responsables de ces situations. Habile, la droite ne stigmatise pas pour autant tous les immigrés, mais valorise au contraire ceux qui ont réussi à s’enrichir économiquement, ainsi que leurs descendants15, pour mieux enfoncer les autres.

Analysant ensuite la vision de l’identité nationale portée par la candidate socialiste, Ségolène Royal16, Gérard Noiriel montre finalement comment le vieux clivage entre le « nationalisme » de droite, qui condamne le danger que représente les « étrangers » et présuppose l’inassimilabilité de certaines catégories, et le « patriotisme » de gauche, qui fait primer le social sur le national, a finalement été réactivé durant la dernière campagne présidentielle. Il développe enfin dans la dernière partie le rôle particuliers des médias dans la réussite d’une telle stratégie de communication, en décrivant notamment la transformation de ce champ où seuls subsistent parmi les intellectuels ceux « de gouvernement »17. Une manière de justifier également la création du CVUH, ainsi que la démission collective de huit des douze historiens membres du conseil scientifique de la nouvelle Cité nationale de l’histoire de l’immigration le 17 mai 2007, soit le jour même de la création du ministère « de l’Immigration et de l’Identité nationale ». Dans une « démocratie du public » où priment l’image médiatique, les sondages et les experts en communication18, il s’agit aussi pour les historiens de faire entendre l’expression de leur « vigilance ». Il faudra sans doute s’armer de patience pour y parvenir, mais c’est là une ressource dont les historiens sont loin d’être dépourvus…

1 Un deuxième titre vient de le rejoindre fin avril : Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France sous la direction de Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt & Sophie Wahnich

2 Né au printemps 2005 et présidé par Gérard Noiriel, le CVUH regroupe des historien-ne-s, chercheur-se-s et enseignant-e-s, du supérieur et du secondaire, préoccupés par l’instrumentalisation politique de l’histoire. Voir son site ici

3 Citons entre autres Longwy, Immigrés et prolétaires (1880–1980), Paris, Presses Universitaires de France, collection « Pratiques Théoriques », 1984 ; Le Creuset français. Histoire de l’immigration (XIXe-XXe siècle), Seuil, collection “L’Univers Historique”, 1988 (Réédité en collection « Points-histoire », Paris, Seuil, 1992) ; État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Belin, collection « Socio-Histoires », 2001 (Réédité en collection « Folio-Histoire », Paris, Gallimard, 2005) ; Les Fils maudits de la République. L’avenir des intellectuels en France, Fayard, coll. « Histoire de la pensée », 2005 ; Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle) : Discours publics, humiliations privées, Fayard, 2007

4 Ce qui en fait une des conséquences de « Mai 68 ». Observation ironique quant on songe à l’opinion du président actuel quant à cette période de notre histoire récente

5 Qui vont forger la notion de « Volkstum », traduite en français par « nationalité »

6 Cf Classes laborieuses et classes dangereuses, Plon, collection « Civilisations d’hier et d’aujourd’hui », 1958, réédité au Livre de poche, collection « Pluriel » en 1978

7 Cf Soi-même comme un autre, Seuil, 1990

8 Dont l’importance numérique dans la société française a, sans doute de ce fait, eu tendance jusqu’à aujourd’hui à être quelque peu exagérée. Voir sur ce sujet les travaux d’Olivier Wieviorka, notamment l’ouvrage écrit avec Jean-Pierre Azéma, Les Libérations de la France, La Martinière, 1993

9 Sur ce sujet, voir l’ouvrage récent de Patrick Weil, Liberté, égalité, discriminations : “L’identité nationale” au regard de l’histoire, Grasset, 2008, qui représente d’ailleurs un complément utile au présent ouvrage

10 A qui Nicolas Sarkozy apportera un soutien sans ambage lorsque Finkielkraut sera attaqué pour sa dénonciation du trop grand nombre de joueurs noirs dans l’équipe de France de football…

11 Entraînant d’ailleurs dans son “piège” nombre de médias de gauche qui, hormis L’Humanité et la presse d’extrême-gauche, est rentrée dans la polémique sur l’identité nationale, l’érigeant de ce fait en problème majeur au détriment des inégalités économico-sociales

12 Qui ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en boudant massivement le candidat UMP au premier tour du scrutin présidentiel

13 Seul cas d’ailleurs où il se soucie de la question des rapports sociaux de sexe comme le remarque Noiriel

14 Dans son discours d’investiture comme candidat de l’UMP à l’élection présidentielle, le 17 janvier 2007

15 Aux rangs desquels comptent d’ailleurs Nicolas Sarkzoy, Alain Finkielkraut et Max Gallo, qui s’est rallié au premier en invoquant précisément ce discours autour l’identité nationale, qui n’oublient pas de le rappeler

16 A laquelle Gérard Noiriel avait fini par se rallier, comme il le reconnaît et l’explique d’ailleurs ici

17 Sur les différentes catégories d’intellectuels, voir l’ouvrage de Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République, op.cit.

18 Comme la nomme Gérard Noiriel en reprenant la catégorie forgée par Bernard Manin dans Principes du gouvernement représentatif, Calmann-Lévy, 1996

Igor Martinache
Liens-socio.org, 02/06/2008
Intuitivement on croit savoir ce qu’est l’identité nationale...
Intuitivement on croit savoir ce qu’est l’identité nationale. En fait, on ne peut la définir de façon objective et une fois pour toutes. Le concept en effet est adapté, taillé à leur mesure par ceux qui en font usage ; conformément au titre de l’ouvrage, il a servi dans le passé et sert encore à cautionner les intérêts de causes idéologiques ou de projets politiques, il sert à ceux qui usent de son contenu émotionnel à des fins personnelles. Il évolue donc dans le temps. Deux critères empruntés à Ricoeur peuvent cependant aider à en poser les bases : l’ipséité – le fait que les membres d’une nation possèdent en commun des caractéristiques qui les distinguent et leur permettent de revendiquer une même origine –, et la mêmeté qui témoigne d’une mémoire et d’une continuité dans l’histoire. Mais autour de ces bases se greffent des variantes nombreuses ; quant aux usages politiques de l’identité nationale, ils sont multiples et leurs conséquences non négligeables, en particulier pour l’immigré. Comprendre ces usages est l’objectif des travaux menés depuis vingt ans par des historiens, dont l’auteur de ce livre ; le sujet n’est donc ni neuf ni tabou contrairement à ce qui a été dit.
Gérard Noiriel, ni « expert ès passé » ni interprète de l’histoire, mais (entre autres) directeur d’études à l’EHESS, propose ici un essai sans concession basé sur les seuls acquis de la recherche qui, à la lumière du passé, lui permettent de pointer les nouvelles stratégies politiques qui nous régissent depuis 2007. Stratégies qui usent et abusent de l’histoire, y piochant sans vergogne les éléments « de vérité » susceptibles de justifier le pouvoir et d’orienter l’électeur. La création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale a provoqué la colère des chercheurs. Certes, l’étranger, l’immigré fait partie de la problématique identitaire de la nation, la question n’est pas nouvelle mais l’amalgame entre ces deux termes, entre ces deux concepts, non seulement n’est pas pertinent mais relance l’idée que l’immigré, c’est le danger.
Dans un premier temps, l’auteur revisite l’expression « identité nationale », née de l’opposition sous la Révolution entre monarchistes et républicains, la droite et la gauche de l’époque. « Eux » et « nous ». Puis, tout au long du XIX^e^, sous cette appellation ou une autre, elle a été oubliée, reprise, transposée, politisée en fonction des antagonismes ou de la « menace du moment » ; celle qui résulte de l’émergence des nations aussi bien que des « classes laborieuses » ; extérieure, elle vient de l’Allemagne, intérieure, elle est le fait des –" étrangers" (ce qui a entraîné la promulgation de la première loi sur la nationalité française en 1889) ; mais les étrangers sont tantôt stigmatisés par la droite, tantôt recherchés par la même droite patronale en peine de main-d’œuvre !
L’affaire Dreyfus radicalise la nouvelle bi-polarisation droite nationale-sécuritaire contre gauche dreyfusarde sociale-humanitaire. Barrès et Jaurès sont emblématiques en la matière. Le nationalisme du premier veut défendre la France contre ses ennemis de l’extérieur comme de l’intérieur alors que le patriotisme de Jaurès rassemble les citoyens fiers de leur participation au progrès de l’humanité. Passons vite sur le XXe dont la logique identitaire carrément nationaliste s’en est pris successivement à l’Allemand, au Juif, au bolchevik, à l’Arabe et, au XXI^e^, à l’immigré.
Après la dernière guerre, politiques et médias rejetaient la xénophobie et le racisme ; mais avec la fin des années fastes des Trente Glorieuses, survint Le Pen qui sut flatter via la télé devenue omniprésente le « nous » français contre l’afflux des étrangers ; son discours reste dans la ligne directe des discours nationalistes anciens. Nous et eux. C’est-à-dire, les arabes, les musulmans.
Poursuivant sa lecture rigoureuse des faits, des écrits et des paroles, G. Noiriel en arrive à ce qu’il appelle « le tournant de l’élection présidentielle de 2007 ». Dans les discours de campagne de Sarkozy, analysés dans le détail, l’identité nationale tient une grande place étayée par le « problème » de l’immigration. Le nationalisme sécuritaire, évident, est tempéré par la désignation d’un nouvel ennemi, le « communautarisme » et non plus le maghrébin ou le musulman ; terme vague mais dont le contexte permet de comprendre de qui il s’agit, terme destiné à capter la clientèle d’extrême droite. Pas de slogan explicite, mais la suggestion, celle que saura recevoir le public concerné. L’identité nationale ? « tout ce qui est beau, intelligent et humain est français », définition un peu courte. Il est étonnant que les médias n’aient pas commenté de manière approfondie ces discours, les sondages, il est vrai, étaient le point de mire quotidien et l’on sait aussi ce que sont les « professionnels de la parole publique ».
Les travaux scientifiques de G. Noiriel et de ses collègues avaient depuis vingt ans fait connaître le fait que « l’immigration était une composante légitime de la mémoire nationale ». Or, Sarkozy a utilisé et retourné ces acquis, pour faire de ceux qui cherchent à entrer en France des gens qui ne respectent pas la loi et ne font rien pour sortir de la misère, contrairement aux Français issus des immigrations du passé ayant « fait l’effort de s’intégrer en devenant riches et puissants ». Toujours le même clivage, eux et nous. Toujours le discours nationaliste, réaménagé…
Certes, l’historien n’a pas à juger. Il est cependant de son devoir de se rebiffer contre l’instrumentalisation de ses recherches par le pouvoir politique. Une telle récupération, qui n’est pas la première, un tel retournement de la recherche historique ont provoqué la colère et la démission de Gérard Noiriel et de sept de ses collègues du Centre national de l’histoire de l’immigration, le jour même de la création du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale.
Jacqueline Amphoux
Libresens n°173, mars 2008
La France contée et recomptée
Sur l’usage politique de l’« identité nationale ».

« Etre français, c’est… », « Qu’est-ce que la France ? » « La France, c’est… », « La France, ce n’est pas… ». Entre le 10 et le 19 avril 2007, Nicolas Sarkozy, alors en campagne pour l’élection présidentielle, a cité 395 fois le mot « France » et 212 fois le mot « Français », a compté l’historien Gérard Noiriel. Et l’habile stratège qu’est Sarkozy n’a pas martelé ces termes par hasard. « Le thème de "l’identité nationale" paraissait épuisé après plusieurs années d’exploitation intense [par le Front national, ndlr]. Et pourtant, il a été brutalement replacé au centre du débat public par Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci a affirmé [le 8 mars] que s’il était élu, il créerait un "ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale" », affirme Noiriel. Pour protester contre un intitulé associant « immigration » et « identité nationale », ce chercheur a démissionné du conseil scientifique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.

« Miracle ». Dans son dernier livre, A quoi sert l’identité nationale, Gérard Noiriel revient sur la genèse de ce concept, en remontant à ses origines : la guerre de 1870. « C’est à partir de cette date que l’Etat-nation prend la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. » Jusqu’à la présidentielle de 2007. Le cas Sarkozy occupe une bonne moitié de cet ouvrage. Pour Noiriel, le futur chef de l’Etat a repris à son compte le concept d’identité nationale dans l’unique but de faire de l’immigration la question de la campagne. Pour comprendre ce que ce concept recouvre pour le candidat de l’UMP, le chercheur a passé ses discours au crible. Résultat ? « Le miracle du discours sarkozien, c’est de proposer une "définition" de l’identité nationale qui réconcilie la droite et la gauche. » Barrès, avec l’évocation d’une France décrite comme une « âme », un « principe spirituel », et Jaurès avec l’apologie des « valeurs » républicaines.

Et le « vrai » Français, qui est-il ? ironise Noiriel : Léon Gambetta, « immigré italien naturalisé français », devenu avocat, député et ministre ; ou Félix Eboué, « petit-fils d’esclave » et haut fonctionnaire. Quelqu’un venu d’ailleurs ayant fait l’effort d’assimiler les « valeurs républicaines ». Le portrait craché de… Sarkozy, « Français au sang mêlé, qui doit tout à la France », comme il s’est lui-même portraituré. Mais ce « miracle français » est « menacé ». La responsable, c’est l’immigration d’aujourd’hui, constamment présentée sous un jour négatif. , « excision », Contre la menace à l’identité nationale que constituent ces étrangers, il faut se montrer impitoyable. Sélectionner les meilleurs et reconduire les autres à la frontière.

Dès son élection, Sarkozy a évoqué son souhait de voir la France définir des quotas d’immigrés par métier, mais également « par région du monde ». Avant lui, de Gaulle l’avait envisagé et y a renoncé. Giscard s’y était risqué mais a laissé tomber. Le chef de l’Etat va-t-il mettre en œuvre une mesure que ses deux prédécesseurs ont abandonnée ?

Quotas. La lecture de Liberté, égalité, discriminations, l’ouvrage de Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des questions d’immigration, offre un éclairage parlant sur le passé. « L’histoire de notre politique de l’immigration montre qu’à deux moments précis, la France a été sur le point de choisir des politiques de préférence ethnique explicite »« En 1945 et en 1978-1980 - la France a été sur le point de fonder sa politique de l’immigration sur un critère ethnique, pour y renoncer finalement ». En 1945 « se met en place pour la première fois une politique cohérente de l’immigration, dont l’objectif - ainsi défini par le général de Gaulle - est de combattre "le manque d’hommes" et "la faiblesse de la natalité française" ». Dans l’entourage du chef de l’Etat, « certains experts proposent d’adopter un régime de quotas par zones géographiques ». De Gaulle est favorable à une sélection fondée sur l’origine mais« recule devant plusieurs de ses ministres ou de ses anciens compagnons de la Résistance, qui tous lui opposent les valeurs même du combat qu’ils venaient d’achever victorieusement ».

En 1977, Valéry Giscard d’Estaing, élu trois ans plus tôt président de la République, doit faire face à une crise économique durable. Le chômage devenant la première préoccupation des Français, le chef de l’Etat décide de faire du retour massif d’immigrés non européens dans leur pays d’origine une priorité. « L’objectif est déstabiliser l’immigration cible, nord-africaine et surtout algérienne, pour aboutir au départ forcé de 100 000 étrangers par an, soit 500 000 en cinq ans », rappelle Patrick Weil. Pour les Algériens, le chiffre est fixé à 30 000. La mobilisation des églises, associations, syndicats, partis de gauche, gouvernements étrangers fera échouer cette politique.

Traces. Selon Patrick Weil, les politiques discriminatoires laissent des traces. Ainsi, alors que du temps de la colonisation, la majorité des Juifs d’Algérie ou des enfants nés en Algérie de parents étrangers sont devenus français, la quasi-totalité des musulmans n’ont jamais accédé à la pleine citoyenneté. Subsiste aujourd’hui encore, chez leurs descendants, « un sentiment de désaffiliation ou de non-reconnaissance » par-delà les réparations et la reconnaissance des discriminations subies.
Catherine Coroller
Libération, 23/02/2008
L’Identité nationale permet un consensus simple...

L’Identité nationale permet un consensus simple qui consiste à marginaliser une partie de la population et à occulter les inégalités sociales. La fabrication du consensus autour de l’identité nationale ne permet pas seulement la joie de haïr l’autre, elle procure des plaisirs positifs : en traitant l’immigré comme un être pernicieux. On peut affirmer du même coup qu’on est du côté du bien lorsqu’on n’est pas un immigré aujourd’hui. (Le bien est déjà donné il s’agit que d’ôter le mal) Ce concept de l’identité nationale donne la possibilité d’être au sommet de l’échelle de manière définitive pour les non immigrés et pour les anciens immigrés assimilés. De plus il permet de cacher les inégalités sociales. Les échecs ne sont pas dus à une désorganisation sociale et politique mais à un ennemi de la nation qu’il faut renvoyer. Dans ce genre de société qu’on nous propose aujourd’hui à travers ce concept de l’identité nationale le lien social est la colère, la méfiance, la collectivité n’a d’autre fin que d’exercer sur certains individus une sanction répressive diffuse, les réactions collectives sont poussées à devenir de type primitif pur. L’identité nationale donne le sentiment du pays dans son indivisibilité. Ce consensus ne se borne pas à donner des directives morales et politiques, c’est à lui seul un procédé de pensée et une conception du monde : le manichéisme, qui explique comment fonctionne le monde par la lutte du principe du Bien contre le principe du Mal. Entre ces deux principes aucun ménagement n’est concevable, l’accent est mis sur la destruction. Le Bien doit détruire le Mal. Il ne s’agit pas de construire ou d’organiser la société, mais d’assainir celle qui existe. Les avantages de cette position sont multiples : d’abord elle favorise la paresse intellectuelle. Ainsi cette position se cantonne par exemple dans l’interprétation puérile de l’histoire en cherchant dans les évènements historiques le signe de la présence du Bien ou du Mal.Et surtout ce dualisme naïf représente une soupape de sécurité pour les dominants qui encouragent et substituent à une haine dangereuse contre un système une fiction de haine contre des individus. Ainsi les immigrants qui frappent aujourd’hui à la porte n’ont rien à voir avec les immigrants passés, qui ont fait l’effort de s’insérer en devenant riches et puissants et les nouveaux immigrants qui ne respectent pas la loi et vivent dans la misère parce qu’ils ne font rien pour s’en sortir. (Cf. page 140)
L’association « immigration » et « identité nationale » inscrite dans la loi, est devenue une catégorie de pensée et d’action qui s’impose à tous. (…) Les fonctionnaires du ministère de l’immigration et de l’identité nationale sont désormais dans l’obligation de répéter quasiment quotidiennement que les « étrangers » (…) représenteraient un « problème fondamental pour l’avenir de la France ». (Cf.page 146)

Pour finir de préparer cette conférence, je citerai aussi Noam Chomsky dans son film
« La fabrique du consentement »
« Les gens ont la capacité de voir qu’on les dupe s’ils s’y mettent, ne serait-ce que dans le simple fait de chercher à déceler les formes d’autorité et de domination et de remettre en question leur légitimité. (…) Toute forme de coercition et de contrôle doit se justifier. C’est rarement le cas (…) »
Et toujours Noam Chomsky dans son livre « L’horreur Impériale »Ed ADEN :
Page 232 : (…) « Ceux qui croient en la démocratie, doivent sans se lasser être déterminés à expliquer, organiser et mobiliser. Parce qu’il est toujours préférable de nager contre le courant que d’être emporté par le torrent. »(…)

Evelyne Leveque
AMD - Les Amis du Monde diplomatique, janvier 2008
Le fantasme identitaire

Ce pionnier de l’histoire de l’immigration en France déplore que la question de la nationalité devienne un enjeu politique.

Géo Histoire : L’immigration est un champ de recherches historiques relativement récent ?
Gérard Noiriel : Oui. Je me suis tout d’abord intéressé à l’histoire ouvrière pour des raisons familiales et d’engagement militant. Après mon agrégation, j’ai été nommé dans la région de Longwy lors de la grève de 1979 contre la fermeture des usines sidérurgiques. Derrière cette classe ouvrière, j’ai découvert la question de l’immigration. A l’époque, on me disait: « C’est suicidaire, on ne peut pas faire carrière avec ce thème. »

Ce n’était pas encore un sujet de société brûlant…
C’est le Front national qui a mis cette question sur le devant de l’actualité. On a vu ressurgir ce discours d’extrême droite avec Jeanne d’Arc et nos ancêtres les Gaulois, Du coup, la question de l’immigration, qui était posée par les sociologues comme un enjeu du présent, est devenue un enjeu historique. Cela a contribué à donner une légitimité à notre travail.

Quand le mot « Immigration » apparaît-il ?
Il apparaît dans le vocabulaire politique français en 1880. Le mot « problème » lui est aussitôt accolé. Le terme « immigré » apparaît, lui, dans les années 30, sous l’impulsion du Parti communiste. Après 68 naît l’expression « travailleur immigré », vite popularisée, puis abandonnée au long des années 80 lorsqu’on délaisse le vocabulaire social au profit d’un vocabulaire ethnique : beur, maghrébin, etc.

Vous faites une distinction entre « immigré » et « immigrant »...
Le vocabulaire n’est jamais figé, il est un enjeu de luttes. Le mot « immigré », qui appartenait au vocabulaire militant, est récupéré dans les années 80 par des structures administratives comme l’Insee et l’Ined. Il y a désormais dans les statistiques une catégorie « immigrés », plutôt singulière puisque la base de la nomenclature républicaine est le droit, qui définit les individus à partir d’une catégorie juridique : Français ou étranger. Là, il s’est passé une chose importante : le basculement vers des logiques définissant des individus à partir de leur origine, Pour nous, historiens, il était difficile de continuer à utiliser le terme immigré sans paraître cautionner cet état de fait. Je préfère donc « immigrant ». Il désigne celui qui contribue à mettre en valeur un pays. C’est bien la réalité de la France : le tiers de sa population est lié à cette histoire-là.

Longtemps, l’opposition entre national et étranger n’a pas existé...
On peut même dire que c’est une construction républicaine, Avant la Révolution, la notion de souveraineté nationale n’existait pas et l’égalité ne voulait rien dire. Il y avait une infinité de statuts selon les régions du royaume. Cela explique que des étrangers comme Mazarin ou Necker aient pu diriger le pays, Puis, la Révolution a liquidé toute hétérogénéité juridique et a promu ce clivage entre étranger et national. Quant au terme « nationalité », il apparaît sous la Monarchie de Juillet, avec un sens ethnique, on parle alors de « qualité de Français ». Mais c’est la IIIe République qui vote, en 1889, la première loi sur la nationalité. Les classes populaires commencent à avoir des droits sociaux réservés aux Français. C’est décisif. En générant des effets positifs, la démocratie a renforcé les clivages.

Aujourd’hui, comment devient-on Français ?
Cette question est-elle pertinente ? J’ai fait un petit livre sur la question du resurgissement du thème de l’identité nationale. Les gens me disent : « Qu’est-ce que l’identité nationale ? » On n’en sait rien, Il n’y a aucun consensus chez les chercheurs sur cette notion d’identité nationale. Ni chez les politiques. Donc vous pouvez la définir comme vous le voulez, c’est pratique ! Je peux vous dire ce qu’est la nationalité, ou la citoyenneté, mais l’identité nationale… Très vite on aboutit à la fameuse question du sentiment d’appartenance. C’est de la métaphysique. D’ailleurs, on ne pose jamais la question à ceux qui n’ont pas besoin de prouver leur
identité.

Etes-vous un historien militant ?
J’ai toujours été convaincu que l’historien pouvait jouer un rôle civique. Je crois aux
vertus de l’éducation. J’ai beaucoup investi dans la Cité nationale de l’histoire et de l’immigration, inaugurée en octobre 2007. Et puis, fort de ses recherches, l’historien peut rappeler que depuis cent cinquante ans jamais l’immigration n’a été aussi faible en France. En 2007, cela fait plus de trente ans qu’elle n’a pas augmenté de manière significative. Les statistiques produites par l’Ined le démontrent : il y a moins d’étrangers aujourd’hui qu’il n’y en avait en 1997. La France n’est plus un pays d’immigration, tous les chercheurs, sociologues, économistes, historiens, sont unanimes. Il y a un décalage extraordinaire entre ce que disent les experts et ce qu’on nous raconte sur le plan politique. On est dans le fantasme !

Comment décrire l’attitude de la France à l’égard des migrants ?
Il est important de déconstruire cette notion-là : la France. Vous avez des Français, donc des courants qui se sont toujours affrontés. Mais on peut dire que les valeurs portées par la gauche à l’issue de l’affaire Dreyfus sont devenues le lot commun après la Seconde Guerre mondiale. Il y a désormais une reconnaissance de la diversité des cultures. A l’inverse, les contrôles des frontières sont plus sévères, Il est plus difficile aujourd’hui de faire entrer des gens persécutés dans leur pays, qu’il ne l’était de faire entrer les Juifs qui fuyaient le nazisme dans les années 30. Quant à la stigmatisation des sans-papiers, à la loi sur les empreintes génétiques, aux tests sur le niveau de langue dans le pays d’origine : jamais dans le passé, on n’aurait osé faire des choses pareilles. Sinon, il y aurait aujourd’hui quinze millions de Français en moins. Reste que l’on peut déplorer le contrôle des frontières, mais il n’est pas en contradiction avec les principes démocratiques. La démocratie est un pouvoir politique qui fait la distinction entre les citoyens et les non-citoyens. Et les droits des citoyens ne sont pas les droits de l’homme.
En revanche, une fois que les individus ont été admis, ils doivent être traités à égalité avec les autres.

Propos recueillis par Dominique de Saint Pern
Géo Histoire, 01-03/2008
Entretien - "L'identité nationale" en France

Historien, directeur d’études à l’EHESS, auteur d’une vingtaine d’ouvrages, Gérard Noiriel, spécialiste de l’histoire du monde ouvrier, des intellectuels et de l’immigration, est aussi un intellectuel engagé. Président du CVUH (Comité de vigilance sur les usages de l’histoire), il est aussi l’un des membres démissionnaires du Conseil scientifique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Gérard Mauger l’a interrogé sur les controverses d’hier et d’aujourd’hui, nouées autour de la thématique de « l’identité nationale ».

Gérard Mauger : Peut-être peut-on commencer cet entretien en évoquant « l’identité nationale » et ses usages ? C’est à peu près le titre de ton dernier ouvrage…

Gérard Noiriel : Dans ce livre, je prends d’abord les mots au sérieux. C’est-à-dire les mots « identité » et « nationale » accolés. Si on fait cette analyse, on s’aperçoit qu’en fait la notion est récente dans le vocabulaire français. On peut dire qu’elle commence à circuler dans les années 1970. C’est une francisation de « national identity » qui existe aux États-Unis depuis les années 1950. En anglais, en américain plutôt, c’était au départ une notion empruntée au vocabulaire des sciences sociales ou plutôt une notion de la psychologie sociale de l’intégration des immigrés. Éric Erickson et d’autres ont beaucoup travaillé sur l’identité, notamment celle des enfants ou des adolescents. Mais, à l’époque, dans les années 1950, les universitaires progressistes étaient pour l’assimilation. La tendance se retourne dans les années 1960, où on a justement la montée en force des identités, des revendications communautaires, etc.
Et ce phénomène s’observe également en France. Nicolas Sarkozy a dénoncé en bloc la pensée de 1968, mais, en fait, « l’identité nationale », en est un produit. Au début, la notion d’identité est mobilisée par des régionalistes. Bourdieu a fait un article très connu sur le sujet où il remettait tout cela en cause… « Les régions » sont présentées comme des « nations » opprimées par des militants qui dénoncent l’impérialisme de l’identité dominante pour revendiquer le fait d’être corse ou occitan comme une « identité nationale ». Au cours des années 1980, il y a un retournement avec le Front national qui va imposer l’expression dans le vocabulaire courant. C’est à partir de ce moment que la droite et l’extrême-droite récupèrent la notion. Si on s’écarte un peu des mots précis, on peut remonter, bien sûr, beaucoup plus haut dans le temps. Avant on parlait plutôt « d’âme » ou de « caractère national »… Mais, on peut montrer qu’il y a des invariants dans tout le discours nationaliste. Quand il est mis en circulation par la droite et l’extrême-droite, ce discours est toujours lié au vocabulaire sécuritaire, c’est-à-dire au vocabulaire de la menace. Barrès est typique de ce point de vue : il s’agit de présenter l’étranger comme danger vital pour la nation. Il y a donc une connotation qui n’est d’ailleurs pas présente dans tous les pays… Mais, en France, l’identité nationale, c’est extrêmement connoté.

Gérard Mauger : Tu veux dire qu’en France le discours sur l’identité nationale est un attribut distinctif de la droite ?

Gérard Noiriel : Oui et on peut le mesurer très précisément. Je pense que c’est une réponse que la droite a apportée à la politisation de l’identité ouvrière. C’est très précisément au moment de la création du Parti ouvrier français de Jules Guesde, au moment donc où naît le premier parti marxiste, et aussi l’anarchisme, que l’on voit une alliance se créer entre l’ancienne droite des notables monarchistes ou bonapartistes, qui se rallie alors à la république, et une nouvelle droite venue du camp républicain (c’est-à-dire de l’ancienne gauche). La défense de « l’identité nationale » est le thème qui permet de souder l’alliance entre ces deux fractions de la classe dominante. C’est vraiment très clair. Comme je l’ai souligné dans un livre précédent, c’est à ce moment-là que le clivage « droite-gauche » se structure autour du clivage « classe et nation ». On voit naître une opposition entre un pôle « national- sécuritaire » et un pôle « social-humanitaire ». Nous en sommes toujours tributaires, même si l’antagonisme s’est beaucoup atténué depuis 20 ans. Les problèmes posés au moment de la dernière campagne électorale , notamment la difficulté de la gauche à se définir par rapport à la question nationale, s’expliquent par cette bi-polarisation initiale. Dans ce petit livre sur l’identité nationale, j’ai analysé les discours de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal. On s’aperçoit très vite que c’est lui qui a été à l’offensive sur la question nationale. C’est le terrain, j’allais dire le jardin, de la droite. C’est pourquoi, pour le camp conservateur, l’un des enjeux majeurs de la dernière campagne électorale était d’imposer ce thème comme un thème central du débat politique. Tous les grands moyens d’information sont venus à la rescousse de Nicolas Sarkozy pour faire croire aux électeurs qu’il y avait là une question vitale pour l’avenir de la France. Seule l’extrême gauche (et les Verts) a pu récuser ce « problème » car la gauche de gouvernement, qui espérait gagner les élections, était obligée de se situer par rapport aux questionnements imposés par les dominants. La même logique était déjà à l’œuvre avant 1914. L’extrême gauche anarcho-syndicaliste ou marxiste dénonçait déjà le discours national, mais la gauche socialiste était contrainte d’affronter la droite sur son terrain de prédilection. C’est ce qu’a tenté de faire Jaurès avec sa redéfinition du « patriotisme ». Ce qui est frappant sur la longue durée, c’est que nous ne sommes toujours pas sortis de cette matrice. Aujourd’hui, évidemment, il n’y a plus le mouvement ouvrier et toutes les forces sociales qui le soutenaient. Mais, malgré tout, le clivage entre le « national » d’un côté, et le « social », de l’autre, reste structurant.

Gérard Mauger : Mais tu évoquais aussi la mise en avant par les « post-soixante-huitards » des « identités régionales ». Dans le même ordre d’idées, on pourrait évoquer aussi, parallèlement au déclin du marxisme, la promotion à la même époque de tous les clivages « perpendiculaires » aux clivages de classes : hommes/femmes, jeunes/vieux, homosexuels/ hétérosexuels, etc.

Gérard Noiriel : On observe, en effet, une mise en concurrence des bonnes causes. On l’a vu au moment du voile islamique. Au nom du féminisme, on va stigmatiser les musulmans. C’est effectivement lié à la marginalisation du critère social qui joue à tous les niveaux. L’ethnicisation du discours social à laquelle on assiste aujourd’hui offre à la droite de nombreuses possibilités pour renforcer son hégémonie. Nicolas Sarkozy a d’abord tenté de jouer sur la corde communautaire (cf. la campagne autour du « préfet musulman » quand il était ministre de l’Intérieur). Mais à partir de 2006, il a changé son fusil d’épaule. Pour récupérer l’électorat lepéniste, il a délibérément repris à son compte le discours sur l’identité nationale stigmatisant les « communautaristes musulmans ». L’annonce de la création du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, lui a fait gagner 4 à 5 points dans les sondages et ces points ont été pris au FN.

Gérard Mauger : Pourrais-tu expliciter le rapport qu’on peut établir entre la création de ce ministère, la notion d’identité nationale et le vote Le Pen ?

Gérard Noiriel : « L’identité nationale », c’est une expression qui est de plus en plus utilisée par les historiens dans une perspective critique et en termes « d’usages » : on étudie les usages que les différents groupes d’acteurs ont pu faire de l’identité nationale pour défendre leurs intérêts ou légitimer leur pouvoir. Mais, dans le champ politique français, le rapprochement des deux notions, « immigration » et « identité nationale », a toujours été porteur d’un discours négatif sur l’immigration. Cela, on peut le démontrer par a plus b. Depuis que ce ministère a été créé, en mai 2007, il a été constamment entraîné dans la fuite en avant. Elle est inéluctable dans ces configurations-là. Le discours national-sécuritaire présente le moindre fait divers impliquant des étrangers comme une « menace » pour l’identité nationale. C’est donc un problème qui ne peut jamais être résolu. Les dirigeants d’un tel ministère doivent, par conséquent, donner constamment des gages à « l’opinion » pour montrer qu’ils « luttent » contre la « menace », car ils sont sous la pression de l’extrême droite qui utilise les mêmes faits divers pour dénoncer leur « laxisme ». Le débat sur l’ADN doit être en partie situé dans cette perspective. Le problème c’est de savoir comment on peut répondre à ce type de politique. Je pense qu’aujourd’hui, les conseillers en communication intègrent dans leur stratégie les protestations des militants associatifs ou des intellectuels de gauche… On constate que la mobilisation contre l’amendement sur les tests ADN, si l’on en croit les sondages, n’a pas permis de diminuer le nombre de ceux qui était « pour », mais qu’elle a abouti au résultat inverse. La protestation basée sur la rhétorique classique des droits de l’Homme amplifie donc aujourd’hui les effets de ce nouveau nationalisme. C’est assez désespérant, mais c’est comme ça. La politique, c’est toujours un rapport de forces. Et notre rôle, à nous sociologues, c’est de dire les choses telles qu’elles sont, pas telles qu’on voudrait qu’elles soient. Nicolas Sarkozy a poussé cette logique à son paroxysme, mais elle existe ailleurs qu’en France. C’est une tendance générale. Pour résumer, on peut dire qu’en rapprochant « immigration » et « identité nationale », la droite a trouvé un thème qui a permis d’évacuer la question sociale. On a vu qu’entre les deux tours des législatives, dès que le débat a été focalisé sur la taxe sociale, la droite a reculé. C’est quand même assez fascinant de voir comment cela fonctionne ! Et nous qui étions engagés dans la création de la Cité de l’immigration, nous ne pouvions pas rester les bras croisés…

Gérard Mauger : Peut-être pourrais-tu justement parler de l’expérience de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration et de ce qui vous a amenés à démissionner ?

Gérard Noiriel : Depuis le début de mes recherches, je me suis investi dans des projets culturels, à dimension civique, tout en distinguant soigneusement ce qui relevait de la recherche scientifique et de l’action militante. C’est une expérience que j’avais faite d’abord à Longwy. On avait fondé une association qui regroupait des militants ouvriers et des enseignants, autour de la défense du patrimoine sidérurgique. C’est la création de Radio Lorraine Cœur d’Acier qui a donné une dimension exceptionnelle à cette volonté de prise de parole de la part des ouvriers locaux. Cette expérience m’a marqué. C’est ce qui m’a amené à plaider pour l’ouverture d’un « lieu de mémoire » dédié à l’immigration, notamment dans mon livre Le Creuset français – publié en pleine période du bicentenaire de la Révolution française. Nous avons alors créé une association réunissant des universitaires spécialistes de cette question en dépassant les querelles de boutique.
J’avais pu observer, dans la génération qui a précédé la nôtre les ravages causés par le narcissisme et l’individualisme universitaires. Les historiennes et les historiens de l’immigration ont réussi à préserver une démarche collective qui explique l’impact qu’a eue notre démission du conseil scientifique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI). Ce geste a rencontré de l’écho parce que nous avons été huit à démissionner. Un seul l’aurait fait, cela n’aurait pas eu d’impact. L’écho qu’a rencontré dans les médias notre protestation prouve que le monde savant possède, aujourd’hui encore, une petite légitimité dans l’espace public, ce qui permet de faire un peu bouger les lignes. Mais si l’on est tout seul, c’est voué à l’échec. Il faut donc savoir agir collectivement. Ce qui m’avait impressionné dans les années 1980 avec les médecins, c’est leur capacité à intervenir collectivement pour casser net le discours de Le Pen et du Front national sur « les immigrés qui seraient responsables du sida ». Dans les années 1930, les médecins avaient massivement relayé ce genre de choses et cela avait été très important dans le développement du racisme. Là, on voyait des médecins, incontestables sur le plan scientifique, qui étaient capables de se mobiliser publiquement pour combattre la xénophobie. Je ne dis pas que, dans les sciences sociales, on peut arriver au même résultat, mais, malgré tout, je pense qu’il y a des possibilités. Donc, l’idée d’un lieu culturel qui ferait passer les résultats de la recherche et qui fonctionnerait un peu comme une université populaire, je l’avais à cœur et j’ai tout fait pour la promouvoir. Mais le projet a végété pendant très longtemps. Il paraissait évident que c’était la gauche qui devait le faire. Mais elle n’a pas réussi à l’imposer et c’est finalement la droite qui l’a mis en œuvre. Au bout du compte, ce qui a été déterminant, c’est la présence de Le Pen au second tour des présidentielles. Jacques Toubon, qui a été chargé par Jean-Pierre Raffarin de piloter le projet, n’a jamais mis en cause l’autonomie du conseil scientifique de la CNHI. C’est la raison pour laquelle nous avons pu travailler ensemble. En novembre 2005, lorsque Nicolas Sarkozy a dénoncé publiquement la « racaille », les historiens du conseil scientifique ont publié un texte collectif dans Le Monde pour déplorer ce langage et rappeler que les dirigeants des partis politiques n’étaient pas dispensés d’éducation civique. La création du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale a marqué un tournant. Nous ne pouvions pas cautionner un ministère dont l’intitulé était en contradiction avec la principale mission de la CNHI, à savoir « Changer le regard sur l’immigration ». Avec l’intitulé du ministère Hortefeux, il y a une contradiction ! Lors de l’ouverture, qui n’a pas été une inauguration, on a bien senti que cette institution n’était pas vraiment soutenue en très haut lieu. Les historiens de l’immigration refusent le discours actuellement dominant qui vise à opposer l’immigration passée (qui aurait réussi à s’intégrer en respectant les valeurs de la république), et celle d’aujourd’hui qui poserait problème. La contradiction est là : entre des usages opposés du passé de l’immigration…

Gérard Mauger : Quels ont été, selon toi, les effets de mai 1968 sur l’évolution des discours antiracistes ?

Gérard Noiriel : Dans l’ouvrage sur la responsabilité des élites en matière de racisme, je parle un peu de ces questions. Il existe effectivement des tendances qui s’inscrivent dans le prolongement de ce qui s’est passé après 1968. Là aussi, il faudrait faire des études plus approfondies car on manque de travaux là-dessus. Mais on peut dire que, globalement, le discours antiraciste tel qu’il est aujourd’hui commence à s’élaborer dans les années 1950. Il n’est plus adapté pour comprendre les réalités d’aujourd’hui. C’est ce qui explique les divisions que l’on constate, par exemple sur la question des statistiques ethniques. Contrairement à ce qui est souvent affirmé actuellement, je ne pense pas que la question des races ait été absente du débat public dans le passé. Au contraire, c’est un thème qui a toujours été omniprésent. Le discours racial revient en force aujourd’hui parce qu’il est porté par un certain nombre de forces, notamment l’industrie du spectacle qui vise le marché mondial et qui a donc besoin de fabriquer des représentations de la société extrêmement simplifiées, à l’aide de signes immédiatement visibles et compréhensibles par le « grand public » international. En même temps, le discours sur les « minorités visibles » peut être facilement politisé. Le fait de nommer un(e) ministre « d’origine immigrée » peut ainsi être présenté comme une preuve du combat contre les injustices sociales et contre les discriminations. Du coup les inégalités sociales passent à la trappe.

Gérard Mauger : Peut-être la promotion de ce genre de thématique correspond-elle aussi à des stratégies au sein du champ scientifique ?

Gérard Noiriel : C’est sûr. Il y a en France une tendance à dire que nous sommes « en retard » sur les États-Unis parce que nous n’avons pas pris au sérieux la question raciale. Par ailleurs, l’importance que les journalistes accordent à ces questions et la nécessité pour les jeunes chercheurs d’aller vers des thèmes qui paraissent « neufs » jouent aussi un rôle. Il faut aussi tenir compte de l’émergence d’une petite élite issue de l’immigration dont les membres proviennent des classes populaires, mais qui en sont coupées aujourd’hui parce qu’ils ont changé de milieu. Ceux-là sont très souvent incités à exalter ce qu’ils perçoivent comme un point commun avec les membres de leur ancien milieu à savoir l’origine ethnique, la couleur de peau, la religion, etc. Ils ont tendance à occulter la dimension sociale pour se constituer en porte-parole d’une communauté mythique.

Gérard Mauger : C’est ainsi qu’est apparue la controverse « question raciale/question sociale » ? Mais comment créditer d’un sens sociologique la variable « raciale » ? Soit elle renvoie à la stigmatisation, aux discriminations, c’est à- dire, en définitive, au racisme, soit elle est associée à une culture « ethnique » supposée…

Gérard Noiriel : Dans le courant qui dénonce la color blindness, beaucoup disent que « la race, cela n’existe pas », mais qu’elle fonctionne néanmoins comme une catégorie discriminatoire. Le discours sur les « discriminations » repose en grande partie sur ce genre d’arguments. Pour ces auteurs, les immigrés issus de l’ancien empire colonial seraient discriminés en raison de la couleur de leur peau, de leur patronyme, etc. Les mécanismes d’exclusion du marché du travail sont ainsi ramenés à des problèmes de perception de l’autre, des préjugés. Cela permet, comme on le voit de façon caricaturale dans le documentaire de Yamina Benguigui, « le plafond de verre », aux « bons patrons » de se donner le beau rôle, en montrant tous les efforts qu’ils font pour combattre les « préjugés » (car les racistes ce sont toujours les autres). Ce type de discours aboutit finalement au constat, alimenté par les enquêtes d’opinion réalisées par des organismes comme la Commission consultative des droits de l’homme, que plus on est pauvre, plus on est raciste. La question de la domination est rabattue sur un problème de bonne éducation. C’est l’éternel retour de l’ethnocentrisme des élites. Les conséquences politiques de ce genre d’analyse sont désastreuses. Les Français qui ne sont pas issus de l’immigration et qui sont confrontés au chômage ou au déclassement ne peuvent pas se « reconnaître » dans ces propos sur les discriminations. C’est l’une des raisons qui expliquent à mon sens l’impact du discours de Le Pen, et aujourd’hui de Sarkozy, dénonçant le racisme antifrançais. La critique principale que je fais à cette approche, c’est que, dans la réalité, les critères isolés n’existent pas, ils sont toujours associés à d’autres. Le critère de classe se conjugue toujours avec d’autres. Zidane est un enfant d’immigré qui est devenu la personnalité préférée des Français. Du coup, les journalistes ne lui ont jamais demandé s’il était pour ou contre la guerre en Irak.

Gérard Mauger : Une fraction des intellectuels juifs a joué un rôle important, me semble-t-il, dans le revival de la problématique identitaire ?

Gérard Noiriel : La revendication identitaire a ressurgi à partir des années 1970 chez les personnes dont les parents ont disparu avec la Shoah. Alors que la génération précédente avait eu tendance à privilégier une démarche universaliste, la guerre au Moyen-Orient a radicalisé les positions. Dans mon dernier livre, j’ai insisté sur l’ampleur de l’antisémitisme en France, pour souligner que ses formes actuelles n’ont plus grand-chose à voir avec celles du passé. C’est la même chose dans le cas du « racisme ». On ne peut pas mettre tout sur le même plan. Ce revival identitaire contribue à l’atomisation des luttes parce que chacun défend son pré carré. C’est aussi pour cela que nous avons créé le CVUH.

Gérard Mauger : Tu pourrais peut-être dire un mot du CVUH ?

Gérard Noiriel : La création de ce comité était, pour moi, une manière de concrétiser les propositions que j’avais faites dans mon livre sur les intellectuels. Lancé peu de temps avant le vote de la fameuse loi de février 2005 sur les aspects « positifs » de la colonisation, le CVUH a élargi rapidement son action à d’autres enjeux de mémoire. Nous avons ainsi été amenés à défendre notre collègue Olivier Pétré-Grenouilleau, menacé d’un procès en justice à la suite de son bouquin sur la traite négrière, par un groupe parlant au nom des Noirs de France. Nous avons créé le comité pour défendre l’autonomie de la recherche historique, contre toutes les pressions politiques, médiatiques ou autres. C’est à ce moment-là que nous avons lancé la pétition contre la loi du 23 février 2005, qui a été relayée tardivement par les politiques. Nous avons obtenu en partie gain de cause, puisque l’article 4 de cette loi a été finalement « déclassé ». La grande place accordée par Nicolas Sarkozy à l’histoire de France, dans sa campagne électorale, a multiplié les fronts de lutte pour le CVUH. Nous sommes reconnus désormais comme des interlocuteurs légitimes y compris par les journalistes de la presse du soir. L’affaire Guy Môquet nous a permis de développer nos liens avec les enseignants du secondaire. Ce sont de petites choses. Néanmoins, on contribue ainsi à pérenniser les postures de résistance, à un moment où elles tendent à s’affaiblir, y compris chez les universitaires.

Gérard Mauger : Vous avez eu un débat sur les statistiques ethniques ?

Gérard Noiriel : Il y a actuellement deux pétitions en cours de signature. L’une demande davantage de statistiques ethniques, l’autre n’en veut pas. J’ai des amis des deux côtés. On ne peut pas dire que l’une est de droite, l’autre de gauche. Ce que je reproche aux uns et aux autres, c’est de prendre les choses par le petit bout de la lorgnette. Les statistiques, c’est une façon de classer le monde social. Avant cela, il y a le langage, il y a l’ensemble des discours publics. Cela, on n’en parle jamais qu’évidemment les intellectuels n’aiment pas parler de leur propre pouvoir. Il me semble qu’il faudrait essayer de trouver un espace de réflexion pour nous interroger de façon plus fondamentale sur le passage du discours privé au discours public. Ce que je critique dans ces pétitions, c’est aussi la logique d’expertise. Ce ne sont pas des questionnements autonomes. La question est en train de rebondir via un des amendements de la loi Hortefeux sur l’immigration, avec l’aval de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, la CNIL. Je crains fort que ces statistiques et ces enquêtes aboutissent finalement à renforcer l’ethnicisation du discours social, en déréalisant encore un peu plus les formes de domination qui règnent aujourd’hui dans la société française.

Présentation de la revue Savoir/Agir n°2

Propos recueillis par Gérard Mauger
Revue Savoir/Agir n°2, décembre 2007
A propos de deux ouvrages récents de G. Noiriel

Sans en faire à proprement parler un compte-rendu, Gérard Mauger se propose d’indiquer ici en quoi ces deux livres « engagés » de Gérard Noiriel contribuent à éclairer les prises de positions politiques sur un sujet très controversé. On peut y lire, en effet, une étude des discours contemporains sur l’identité nationale et une analyse des formes prises par les luttes contre les discriminations.

G. Noiriel, Racisme : la responsabilité des élites, Paris, Textuel, 2007 (noté R dans le compte-rendu).
G. Noiriel, À quoi sert « l’identité nationale », Marseille, Agone, 2007 (noté IN dans le compte-rendu).

Question nationale/question sociale

La construction de « l’identité nationale » est parallèle à celle de « la classe ouvrière ». Au cours des années 1880, « la classe ouvrière » apparaît comme un nouvel acteur collectif. Selon Gérard Noiriel, « la politisation de l’identité nationale » apparaît comme « la réponse que la droite a trouvée pour répondre à la politisation de la classe ouvrière impulsée par les partis socialistes » (IN, p. 30). La revendication de l’identité nationale peut, en effet, trouver une audience de masse (toutes classes sociales confondues) fondée à la fois sur l’appartenance à une « communauté » définie par une langue partagée, une histoire nationale, une mémoire collective, une culture nationale (hymnes, drapeaux, fêtes nationales, etc.) et sur « la citoyenneté » d’un même État (« en vertu du principe de citoyenneté républicain, tous les Français adultes et de sexe masculin ont […] le droit de vote et sont susceptibles d’être mobilisés pour faire la guerre », IN, p. 21). La « fierté nationale » repose sur l’exaltation de ce « Nous français ». À la vision de Barrès (qui revendique la tradition catholique, les « racines » paysannes, « la terre et les morts » et qui est hostile à « l’étranger qui n’aime pas la France ») s’oppose celle de Jaurès (qui subordonne la question nationale à la question sociale et revendique des idéaux laïques et internationalistes). Selon Gérard Noiriel, « le Front populaire marque le paroxysme de l’affrontement entre classe et nation » (IN, p. 44) : la dimension raciale de la défense de l’identité nationale s’exprime alors dans la dénonciation du « complot judéobolchevique ». Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les discours antisémites, racistes, xénophobes semblent définitivement discrédités. Pourtant, l’après Mai 68 remet au goût du jour les questions identitaires : « On constate un puissant mouvement de réhabilitation des identités collectives dominées. Les militants qui luttent pour la libération de la Corse, de la Bretagne, de l’Occitanie, etc., se présentent comme les porte-parole de “nations opprimées” qui ont été victimes du colonialisme français […] et qui revendiquent que leur “identité nationale” soit reconnue officiellement » (IN, p. 54). De sorte que, reprenant à leur compte la démarche qui fut celle des bâtisseurs d’identités nationales au XIXe siècle, « ce sont les régionalistes et les militants de l’ethnicité qui ont imposé [la notion d’identité nationale] en se mobilisant pour que les cultures dominées soient reconnues comme de véritables “identités nationales” » (IN, p. 13). Ainsi se fait jour “l’hypertrophie des enjeux de mémoire” (R, p. 63) et se met en place « la mise en concurrence des bonnes causes » (p. 63). Toutefois, précise Gérard Noiriel, « au cours des années 1960–1970, toutes ces causes sont vues comme complémentaires et sont reliées au combat que mène le mouvement ouvrier au nom de la lutte des classes » (IN, p. 55).
Au tournant des années 1970–1980, on assiste à un double renversement. D’une part, alors qu’« avant les années 1980, le discours classique de la gauche était fondé sur le clivage patrons/ouvriers et celui de la droite sur le clivage français/ étrangers » (R, p. 60), en 1981–1983, « la gauche » abandonne le langage de classe pour adopter un langage ethnique : aux « travailleurs immigrés » se substituent désormais « les beurs » ou « la deuxième génération ». D’autre part, le racisme imputé aux classes dominantes, de l’Affaire Dreyfus (le racisme était alors synonyme d’antisémitisme) jusqu’à la fin des années 1960, l’est désormais aux classes populaires (et ce « racisme populaire » est devenu synonyme de racisme anti-arabe). Parallèlement s’élabore un nouveau discours de droite (du GRECE et du Club de l’Horloge au Front national dénonçant « le racisme antifrançais » et à l’UMP de Nicolas Sarkozy affirmant sa « fierté d’être français ») sur « la crise de l’identité nationale ». Il mobilise « la logique du fait divers » : « Des événements vrais, mais exceptionnels, et qui concernent une infime partie d’une communauté, sont présentés comme représentatifs et surtout comme des signes avant-coureurs de la terrible menace qui pèse sur nous », écrit Gérard Noiriel (R, p. 81–82). Ainsi la mise en scène de « l’affaire Kelkhal » permettra d’assimiler « jeunes des cités » et « terrorisme islamique », celle du « voile islamique » d’associer « jeunes des cités » et « intégrisme musulman », celle des « violences urbaines » d’assimiler « jeunes des cités » et délinquance, celle des « sans-papiers » d’agiter la menace d’une invasion de « clandestins », alimentant régulièrement la construction de « stéréotypes humiliants » (R, p. 62), la thématique de la « montée du péril communautaire » et celle de « l’impossible intégration des immigrés maghrébins ». Cette prétendue menace pesant sur l’identité nationale est sans doute au principe de l’invention par le candidat Sarkozy d’un « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale » (le 8 mars 2007) et de sa captation du vote Front national.

Question raciale/question sociale

Comment lutter aujourd’hui contre le racisme et les discriminations (sur le marché du travail, sur le marché du logement, etc.) ? Gérard Noiriel distingue trois modalités de ce combat : la lutte contre les discriminations raciales, les stratégies de retournement du stigmate et celles qui visent à le rendre invisible.
Dans la mesure où la lutte contre les discriminations raciales suppose d’« élaborer de nouvelles statistiques fondées sur l’origine des personnes ou la couleur de peau » (R, p. 33), « combattre politiquement les “discriminations raciales” suppose d’entériner les critères qui définissent publiquement “la race” » (R, p. 33) et, ce faisant, de valider la pertinence de la « variable raciale » et de consolider cette catégorie de classement promue au rang de « catégorie d’État ».
La stratégie de retournement du stigmate (« Black is beautiful ») repose sur la revendication de « l’ethnicité ». Outre que le contenu de cette « ethnicité » revendiquée est pour le moins problématique (hors référence religieuse), il semble que ce combat initié par les post-soixante-huitards et relayé aujourd’hui en particulier par le Mouvement des Indigènes de la République ait trouvé un plus large écho dans le champ intellectuel et médiatique, qu’auprès de « jeunes des cités » plus sensibles à « la culture jeune » et à ses modèles et références sportives et musicales. Par ailleurs, comme le note Gérard Noiriel, « si l’on choisit de rendre visible le critère racial, on laisse de côté d’autres critères, donc d’autres représentations possibles du monde social » (R, p. 76) et on contribue ainsi à une « class blindness » sans doute plus évidente qu’une « color blindness » supposée. Enfin, en mettant en avant « la question raciale » par rapport à « la question sociale », on ne peut que renforcer la division entre classes populaires françaises et immigrées : « En durcissant un conflit imaginaire entre un “nous français” et un “eux immigrés”, le discours sur la fracture coloniale me paraît catastrophique », écrit Gérard Noiriel (R, p. 107). Outre que la mondialisation met en concurrence « les classes ouvrières nationales », l’identité nationale reste, en un temps où « les formes antérieures de représentation des classes populaires dans l’espace public se sont effondrées » (IN, p. 63), « une des rares ressources légitimes que peuvent mobiliser pour se valoriser » (R, p. 19) les plus démunis : « Ceux qui sont dans une situation matérielle extrêmement difficile, en situation de déclassement ou sans emploi, ne supportent pas qu’on plaigne les “étrangers” sans s’intéresser à leur propre sort. Ils ne peuvent pas accepter qu’on mette sur le compte du “racisme” des problèmes dont ils souffrent eux aussi, alors qu’ils sont “français de souche” », écrit Gérard Noiriel, (R, p. 77).
Restent enfin les stratégies qui visent à rendre le stigmate invisible et à faire des immigrés et de leurs descendants « des Français comme les autres » : cette perspective est souvent condamnée aujourd’hui au nom d’un « assimilationisme républicain » ou d’un « impérialisme de l’universel ».
En définitive, le label aujourd’hui oublié de « travailleurs immigrés » permettait à la fois d’inclure les immigrés dans un « nous ouvrier » sans avoir à renier leurs origines et sans nier des difficultés partagées et parfois redoublées par les discriminations. Il est grand temps de le remettre au goût du jour : avant qu’il soit trop tard…

Présentation de la revue Savoir/Agir n°2

Gérard Mauger
Revue Savoir/Agir n°2, décembre 2007
"Nationale identiteit en het verschil tussen Wij en Zij"
voir http://www.devrije.nl/archives/00002294.html
Thom Holterman
De Vrije, 4/02/2008
L’amer ministère

Le mois denier, la librairie marseillaise L’Odeur du Temps invitait Gérard Noiriel, historien, pour son dernier livre « A quoi sert l’identité nationale ? »

La question de l’identité nationale a été mise au centre des débats par Nicolas Sarkozy durant la campagne des présidentielles. Devenu chef de l’État, il a crée un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, à la tête duquel il a placé Brice Hortefeux. Cette initiative a soulevé une vague de protestation chez les chercheurs de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration : huit membres du Conseil scientifique sur douze ont démissionné. Gérard Noiriel est l’un d’eux.

Historien de l’histoire de l’immigration en France, donc, il est également le président et l’un des fondateurs du Comité de vigilance face aux usages de l’histoire. « L’association des termes “immigration” et “identité nationale” n’est pas acceptable car elle renvoie au nationalisme », estime-t-il, c’est-à-dire à la peur de l’étranger.

« A quoi sert l’identité nationale ? », telle est la question. Comme dans son livre, Gérard Noiriel part de l’origine du nationalisme et suit son évolution au fil du temps. Pour lui, c’est au moment de l’affaire Dreyfus, en 1894, qu’apparaissent dans la société française les premiers discours nationalistes, cherchant à « défendre l’identité française contre la menace de l’étranger », sur fond d’espionnage et d’antisémitisme. Au cours de l’histoire, les ennemis du nationalisme français changent de visage : « En 1936, c’est Moscou, en 1981 l’Iran, qui sont accusés de téléguider les grèves ouvrières, aujourd’hui ce sont les terroristes islamistes », résume-t-il.

Dans les années 1880, la France assiste à la naissance de deux pôles politiques : la droite nationaliste et sécuritaire et le socialisme humanitaire, qui vont s’affronter pendant plus d’un siècle. Après la seconde guerre mondiale, la forte mobilisation antifasciste discrédite totalement le nationalisme. C’est en 1980 qu’il resurgit, avec le retournement de la conjoncture économique, l’espoir déçu placé dans la gauche et l’ouverture de l’espace politique, où le Front National s’engouffre.

Gérard Noiriel a étudié et décortiqué les discours du candidat de l’UMP à la présidentielle : « Sarkozy s’est callé sur le discours du Front National, en utilisant ce concept d’identité nationale ». Il a placé le thème de l’immigration au cœur de sa campagne, et pourtant il n’a presque jamais utilisé les termes « étranger » ou « immigré ». « Il joue sur le pouvoir de suggestion des mots, en parlant de “clandestin” et de “communautarisme” », remarque l’historien. « Avec la création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale, Sarkozy franchit un cap dans la politique française : l’entrée de cette rhétorique dans le vocabulaire étatique », ajoute-t-il.

Et la machine est lancée : après les objectifs chiffrés en matière d’expulsions, en passant par la mise en place de test ADN pour légitimer le regroupement familial, Brice Hortefeux vient de créer une commission, chargée d’étudier une possible modification de la Constitution, afin d’instaurer un quota d’immigration en fonction de critères professionnels et de nationalité. Réveiller le nationalisme français pour mieux régner, mais que devient la cohésion de notre pays ?

Julie Brenckle
Marseille Bondy blog, 3/02/2008
L’« identité nationale » : un faux problème

Quelques mois après la création d’un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale », une première dans l’histoire de la République, l’historien Gérard Noiriel décrypte les usages politiques de la notion d’identité nationale depuis le XIXe siècle jusqu’à la campagne présidentielle de 2007.

Cet ouvrage est le premier titre de « Passé & présent », la collection que le CVUH (le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire) vient de créer aux éditions Agone. Fondé au printemps 2005, le CVUH regroupe des historiens, des chercheurs et enseignants du supérieur et du secondaire, préoccupés par ce qu’ils considèrent comme une « instrumentation politique de l’histoire ». Né au moment de l’adoption de la loi de février 2005 exigeant des enseignants qu’ils insistent sur le « rôle positif » de la présence française au Maghreb, ce Comité entend alerter les citoyens sur les détournements de la recherche historique en même temps qu’il se propose de réfléchir à la place et à la fonction de l’histoire dans notre société. Historien, Gérard Noiriel est directeur d’études à l’EHESS et président du CVUH. Il fait partie des huit historiens (sur douze membres) du conseil scientifique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI) qui ont démissionné de leurs fonctions officielles le jour même où a été annoncée la formation du « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale », le 18 mai 2007.

C’est cette question de l’« identité nationale », remise au centre de l’actualité politique pendant la campagne présidentielle, que Gérard Noiriel analyse dans ce bref mais dense petit livre. Sa réflexion est construite en deux volets complémentaires : un volet historique d’abord, montrant comment la logique identitaire, née au XIXe siècle, a depuis constamment alimenté les discours nationalistes ; un volet plus directement lié à l’actualité ensuite, visant à éclairer le débat politique contemporain.

L’histoire, rappelle-t-il d’abord, est à différencier de la mémoire. Les discours et récits mémoriels, depuis l’Antiquité et jusqu’à nos jours, ont pour mission de juger les acteurs de l’histoire. De son côté la communauté des historiens cherche à produire des connaissances « objectives », répondant à un idéal de vérité scientifique, afin d’expliquer (et non de juger) le passé. C’est donc en s’appuyant sur de nombreuses recherches historiques réalisées depuis trente ans qu’il démontre qu’il n’existe aucune définition objective de l’« identité nationale ». Depuis Le Creuset français (1988) jusqu’à Immigration, antisémitisme et racisme en France (2007) en passant par La Tyrannie du national (1991), Gérard Noiriel a lui-même fortement contribué à ériger l’immigration en objet d’étude et à remettre en question l’idée que la France aurait une « identité ».

Première idée fondamentale : la défense des identités nationales a d’abord eu en Europe au XVIIIe siècle un caractère progressiste. Ce fut d’abord le triomphe en France de la définition révolutionnaire de la nation en 1789 ; le terme est alors synonyme de « peuple » ou de « Tiers-État ». Dans les États allemands s’ajoute à la même époque une dimension culturelle, celle de la libération des cultures populaires, contes et traditions qui permettront l’élaboration d’une mémoire collective distincte de la culture savante et aristocratique. On sait le rôle que joueront en ce sens les frères Grimm quelques décennies plus tard.

En France, les premières définitions de l’identité nationale datent du XIXe siècle. Jules Michelet, défenseur de l’idéal de progrès des Lumières, y voit la « patrie de l’universel ». La fameuse conférence d’Ernest Renan en 1882, « Qu’est-ce qu’une nation ? », est en fait une intervention partisane contre l’Allemagne : il s’agissait en effet d’affirmer que l’Alsace-Lorraine perdue lors de la guerre de 1870, quoique de langue et de « race » allemandes, était bien française par l’histoire. C’est donc à cette lumière qu’il faut lire sa célèbre définition de la nation comme « la volonté de vivre ensemble ». Au cours de la Troisième République, la notion d’identité nationale trouve une définition juridique ; avec la loi sur le double jus soli couplée à la conscription obligatoire (1889), la « qualité de Français » et l’appartenance à l’État deviennent des enjeux politiques et économiques majeurs, d’autant plus qu’elles commandent l’accès à la protection sociale naissante. C’est à cette époque que le mot « immigration » s’impose dans le lexique.

Seconde idée fondamentale : pour comprendre l’affrontement qui a eu lieu sur la question de l’identité nationale entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal lors des récentes élections présidentielles, il faut remonter au débat qui opposa Maurice Barrès et Jean Jaurès. Barrès, montre ainsi Noiriel, en axant cette notion sur le thème de la « terre et des morts » et sur la défiance de l’étranger, en a élaboré une version conservatrice que la droite républicaine défendra jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. A ce « nationalisme » de Barrès (terme exempt de jugement de valeur et qu’il revendiquait lui-même) s’oppose le « patriotisme » de Jaurès : le thème de la défense de l’identité nationale y est ramené « sur le terrain privilégié de la gauche, à savoir le terrain social » (p. 41). Comme Noiriel le souligne pourtant lui-même, l’appartenance de Jaurès à la SFIO, organisation internationale qui lutte pour le dépassement des États-nations, est peu propice à un réel engagement sur le terrain de la défense de l’intérêt national même s’il tente de le concilier avec les idéaux universalistes du mouvement ouvrier. On aurait donc aimé davantage de précisions, voire une argumentation plus solide pour étayer cette opposition supposée principielle entre un (mauvais ?) nationalisme de droite (Barrès-Sarkozy ?) et un (bon ?) patriotisme de gauche (Jaurès-Royal ?). La question est en effet suffisamment importante pour appeler une réflexion plus approfondie que ce simple renvoi à un clivage (par essence ? transhistorique ?) entre les valeurs de gauche et celles de droite. Gérard Noiriel se montre en tout cas très convaincant lorsqu’il analyse la réactivation, à partir des années 1980, des thèmes de l’immigration et de l’identité nationale dans le discours politique français, après que leur usage public eut été discrédité dans l’immédiat après-guerre. Il montre ainsi comment ces questions n’ont en fait jamais disparu, mais réapparaissent modifiées et travesties ; comment elles se déplacent et renaissent dans diverses revendications des années 1960 en France, mais aussi en Europe et aux États-Unis, par exemple dans la « réhabilitation des identités collectives dominées » (ainsi en France les mouvements de libération de la Corse, de l’Occitanie, de la Bretagne, etc.), les luttes des femmes, des homosexuels, des Noirs, etc. ; comment ensuite elles ont pu être reprises à la fin des années 1970, au moment où Valéry Giscard d’Estaing a lancé sa politique de rapatriement massif des immigrés et singulièrement des travailleurs algériens ; comment enfin elles revivent dans les discours racistes et xénophobes du Front national jusqu’aux thèmes politico-médiatiques actuels, la lutte contre les « communautarismes », la défense de la laïcité républicaine (entendons « française ») contre les envahisseurs (arabes ? musulmans ? islamistes ?), la guerre larvée contre « les-jeunes-des-cités », ces nouveaux barbares, ces étrangers (« ils manquent d’âme », proférait doctement un article de l’hebdomadaire Marianne durant les émeutes des banlieues en 2005, au moment où d’autres tentaient d’évoquer la violence sociale, politique et économique dont ils étaient victimes). Il faut citer ici ce beau passage du livre :

« L’antagonisme franco-allemand qui avait structuré le récit d’actualité entre 1870 et 1945 a ainsi été remplacé par un nouveau discours où le « nous » français apparaît constamment opposé aux « eux » islamiste. Le mot « communautarisme » s’est rapidement imposé pour nommer la nouvelle menace, fonctionnant comme une grille de lecture que les journalistes pressés par l’actualité peuvent facilement remplir chaque jour. Les musulmans sont ainsi apparus comme de nouveaux barbares, qui passent leurs journées à s’entretuer, fomentent des attentats terroristes, brûlent les voitures, dirigent le trafic de drogue, imposent le foulard islamique à leur sœur et violent les autres filles des cités. » (p. 61)

Comme le dit fortement Noiriel, il n’existe aucune définition de l’identité nationale qui soit acceptée par l’ensemble des chercheurs. La raison en est simple : ce n’est pas un concept scientifique, c’est une expression qui appartient au langage politique. Il ajoute plus crûment encore : la question de l’identité nationale telle qu’elle est apparue pour la première fois le 14 janvier 2007 dans le discours de Nicolas Sarkozy « est un “faux problème”, une simple magouille électorale destinée à flatter les préjugés de la fraction la plus xénophobe de la population » (p. 126).

Il faut rendre hommage à ce petit livre qui ranime notre sens de l’histoire à une époque où l’on nous parle tant de « devoir de mémoire ». Bref rappel historique donc, pour finir : en 1881, une rixe impliqua à Marseille des Italiens, communauté fortement implantée dans le Sud-Est et présentée à l’époque comme « une nation dans la nation », une menace à l’intégrité nationale qu’il fallait éradiquer en obligeant ses membres à devenir français. Telle est en effet l’origine de notre fameux « droit du sol », réactivé par la loi de 1889 : pas plus généreux que le « droit du sang », qu’on présente volontiers comme raciste, il fut d’abord et avant tout une contrainte à l’intégration nationale. C’était avant la loi sur les tests ADN.

http://www.laviedesidees.fr/L-identite-nationale-un-faux.html

Evelyne Grossman
La vie des idées, 8/01/2008
Étiquetage en règle
Gérard Noiriel remonte aux sources de cette notion d’appartenance à la nation, devenue, et pour les raisons qu’il développe, polémique et dangereuse.
Cité par Julien Dray, Yasmina Reza relate ainsi l’apparition du ministère de l’Identité nationale. À ceux qui s’en offusquaient Nicolas Sarkozy répondit : « On s’en fout il y a trois points à prendre... » Après sa création, l’auteur de ce livre, Gérard Noiriel, sera l’un des huit historiens, sur douze, à démissionner du conseil scientifique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Pourtant dans son introduction, il rappelle que contrairement à ce qu’affirmait Nicolas Sarkozy, cette question de l’identité nationale ne constitue nullement un sujet tabou qui aurait été délibérément ignoré dans le passé. Bien au contraire. L’auteur rappelle que les élites se sont longtemps peu préoccupées de savoir qui était français ou pas, la première loi sur la nationalité française n’étant adoptée qu’en 1889. Cette question devient alors fondamentale car « tous les Français adultes et de sexe masculin ont en effet le droit de vote et sont susceptibles d’être mobilisés pour faire la guerre ». Les pays d’émigration, comme l’Allemagne, adoptent alors le droit du sang alors que la France, en pleine crise démographique, penche pour le droit du sol. Il revient ensuite sur l’antagonisme entre Jaurès et Barrès pour qui « l’identité nationale se définit contre l’étranger qui n’aime pas la France... » Une notion qui rappelle furieusement le slogan : « La France, aimez-la, ou quittez-la ». Cette conception, élaborée contre les juifs et les travailleurs étrangers d’alors, va subir un coup d’arrêt suite aux drames de la Seconde Guerre mondiale. Paradoxalement cette question du racisme va réapparaître à un moment où « l’internationalisation des échanges, le développement du tourisme et les progrès de l’éducation civique provoquent un recul massif des préjugés anciens. » L’auteur souligne alors le rôle de Jean-Marie Le Pen, mais aussi des médias, du Figaro magazine aux télévisions obligées de fournir « des images de violence spectaculaires... » Et de conclure : « En utilisant les stéréotypes inculqués dans l’opinion par les médias, Nicolas Sarkozy est parvenu à capter à son profit les réflexes de haine et les fantasmes qui existent dans une partie de l’opinion à l’égard des immigrés d’origine maghrébine».
Jean-Pierre Reymond
Echo d'Ile-de-France n°1021, 3/01/2008
Identité Nationale : le tour de passe-passe

Vous êtes de droite ? Vous voulez gagner l’élection présidentielle ? Et bien, appuyez sur le bouton « identité nationale » !

Dans ce petit livre, Gérard Noiriel avance à découvert. Historien reconnu et renommé, il s’engage, au travers d’un de ses sujets favoris, dans l’analyse de l’utilisation de l’expression « identité nationale ». Pour commencer, l’auteur revient sur la genèse du problème. L’identité nationale est l’enjeu de luttes politiques internes en France, depuis la querelle entre l’aristocratie et la bourgeoisie, sur la nature de la Nation. Mais le tournant essentiel est la guerre de 1870 avec l’Allemagne.

Nationalisme et patriotisme
De ses conséquences découlent le surgissement de l’Etat-nation sous sa forme actuelle et l’affrontement de deux conceptions de la nationalité : d’un côté Renan et son « plébiscite de tous les jours », reposant sur la volonté de vivre ensemble ; de l’autre les Allemands et leur droit du sang. Mais, précision notable et durable, pour Renan « la volonté de vivre ensemble » ne se comprend qu’entre personnes de même origine !
Le triomphe républicain de 1879 ouvre une autre obligation : les citoyens doivent défendre l’Etat. Celui-ci les protège mais exige la loyauté envers la communauté nationale. L’auteur, poursuivant son effeuillage, détaille les éléments qui construisent l’identité française voulue par la République. Il montre que la diversité socioprofessionnelle, Consécutive à la révolution industrielle, produit des communautés qui, dans le « tout » national, peuvent être sources de conflit ! La conclusion est nette : « la politisation de l’identité nationale peut donc être vue comme une riposte que la droite a trouvé pour répondre à la politisation de la classe ouvrière impulsée par les partis socialistes » ! L’opposition entre nationaliste derrière Barres et le patriotisme de Jaurès devient structurant pour la vie politique française.

Offensive médiatique
Ces bases posées, l’analyse de l’identité nationale dans le jeu politique français, depuis 1945 se déchiffre plus facilement. Alors que l’on pourrait s’attendre à une plongée de l’historien, devenu citoyen, dans la mêlée pour choisir son camp, l’auteur ne se départit pas de sa rigueur historienne. Minutieusement, il dissèque les tournants qui nous conduisent à l’élection de 2007. Il met en évidence le rôle de Jean-Marie Le Pen dans la rupture du silence, installé depuis l’épisode vichyste, sur l’identité nationale. Il insiste surtout sur le rôle que jouent les médias et les sondages dans l’établissement de l’équation « insécurité = immigration ». La pensée anti-68 prend toute sa place dans l’offensive intellectuelle de la droite avec, pour rampe de lancement, le Figaro. Surtout, au travers des analyses des discours de Nicolas Sarkozy, de sa stratégie d’utilisation des médias, et de son alliance avec leurs propriétaires, on voit comment le futur président s’intègre, tout en le modifiant, au discours nationaliste traditionnel de la droite française. On comprend alors pourquoi la gauche, incapable de fournir une vraie alternative, ne pouvait en restant sur ce terrain, que perdre cette élection. Rarement un petit livre aura été si dynamisant et si édifiant quant à l’intérêt de la méthode historique dans la compréhension de la vie politique et civique !

René Diaz
Zibeline n°3, décembre 2007
Aujourd'hui...
Aujourd’hui, les éditions Agone dans leur nouvelle collection “Passé et présent”, viennent de publier un court ouvrage de Gérard Noiriel : A quoi sert l’identité nationale. Gérard Noiriel, un des pionniers des recherches sur l’histoire de l’immigration en france, est un des huit membres du Comité d’histoire de la Cité Nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI) qui pour protester contre la création par Sarkosy d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, ont démissioné de leurs fonctions officielles à la CNHI et lancé une pétition qui a recueilli rapidement 10000 signatures. Dans ce livre Gérard Noiriel analyse la logique identitaire nationaliste née au XIXe siècle et reprise par l’extrême droite dans les années 80. Ce livre est le premier titre des publications du Comité de Vigilance Face aux Usages publics de l’Histoire (CVUH). Ce comité a été fondé en 2005 pour ”réagir face aux dérives des lois mémorielles. Ni censeur ni gardien du temple, le CVUH a pour objectifs de réagir aux différentes formes d’instrumentalisation du passé et de l’histoire, d’alerter les citoyens a popos des détournements éventuels de la recherche historique et de réfléchir à la place et à la fonction de celle-ci dans notre société”.
L'Émancipation syndicale et pédagogique, décembre 2007
"L'anti-racisme est piégé par Sarkozy". Entretien avec G. Noiriel

Selon Gérard Noiriel, historien de l’immigration, le pouvoir a utilisé les tests ADN pour faire passer sans débat l’essentiel de sa réforme. « Le secret de la victoire de Sarkozy » est d’avoir retourné en sa faveur le débat sur « la fracture coloniale », estime-t-il.

Gérard Noiriel, historien spécialiste de l’immigration, est l’un des démissionnaires de la cité de l’histoire de l’immigration. Directeur d’études à l’EHESS, il préside le comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire. Auteur du Creuset français (1988, 2006), il vient de publier _ Racisme: la responsabilité des élites_ (Textuel) et A quoi sert l’identité nationale (Agone).

La décision du conseil constitutionnel n’est-elle pas un échec pour la mobilisation contre les tests ADN?

Nous avons un train de retard. La stratégie des responsables de l’UMP intègre désormais nos protestations. C’est un gros problème qui se pose à nous, très douloureux. On voit bien que l’opinion était plus favorable à ces tests à l’issue de la campagne sur les test ADN qu’au début. Les stratégies de pouvoir sont efficaces, en ce sens qu’elles imposent des problèmes d’actualité. Contester, c’est accepter le problème. J’ai fait une analyse de la campagne électorale de 2007, on voit parfaitement comment ce thème de l’identité nationale qui n’avait rien de neuf, a été repris, sans argument nouveau, par l’ensemble des grands partis politiques et par les médias comme quelque chose de fondamental. C’est de cette manière-là que Nicolas Sarkozy a récupéré les voix dont il avait besoin du côté du Front national pour gagner les élections. Aujourd’hui, le ministère de l’immigration et de l’identité nationale étant en place, il faut l’alimenter. On voit une stratégie qui vise à utiliser des mots qui font tilt dans l’opinion. Ce n’est pas un hasard: ADN d’un côté, statistiques ethniques de l’autre. Et l’on est piégé, parce que d’un côté, on ne peut pas laisser passer çà, mais d’un autre côté, ces oppositions contribuent à en faire des thèmes considérés comme prioritaires pour la France.

Pourquoi cela fait-il piège?

Les mutations fondamentales se sont produites dans les années quatre vingt. Pendant toute une période, le Front national était un obstacle que Mitterrand et la gauche mettaient sur le chemin de la droite. La réussite de Sarkozy a été d’utiliser une thématique utilisée par le Front national, dans une rhétorique qui apparaissait admissible aux yeux de ceux qui font l’opinion. On n’a pas les outils permettant de comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Et cela dépasse le contexte français, en Europe ou au Japon, par un retour d’une logique nationaliste ou conservatrice qu’on croyait dépassée et qui ressurgit dans un cadre nouveau qui est celui d’une démocratie avancée, avec des logiques médiatiques et des sondages qui gouvernent constamment l’opinion.Il mettre sur la table toutes ces questions. Y compris au niveau du vocabulaire. Parce que l’anti-racisme a tendance à tourner en rond.

Par quel processus la gauche est devenue silencieuse sur le sujet?

Si vous replacez les choses dans leur contexte historique, vous voyez qu’à partir de l’affaire Dreyfus, vous avez eu deux blocs, en simplifiant: le bloc que j’appelle national sécuritaire et le bloc social humanitaire. Ces deux blocs se sont constitués en rapport avec le mouvement ouvrier qui a été l’événement majeur du vingtième siècle mais qui s’est effondré dans les années quatre-vingt. La gauche n’est plus parvenue à intervenir comme avant sur les droits de l’homme ou la question sociale. L’articulation entre l’humanitaire et le social a eu tendance à se défaire. C’est à ce moment que les ouvriers immigrés grévistes de l’automobile ont été lâchés en rase campagne par la gauche au début des années quatre vingt. Le discours de SOS racisme qui s’est substitué au précédent avait sa validité mais rejettait à la marge la dimension sociale. Le monde ouvrier s’est trouvé dans l’incapacité de rassembler ses différentes composantes. Quand on voit que les deux tiers des ouvriers on voté à droite aux dernières élections, on voit qu’il y a là un enjeu majeur. La question qui est posée c’est comment tenir un discours de gauche qui rassemble une majorité et qui tienne compte du fractionnement des identités.

La gauche n’a-t-elle pas tourné le dos à la France issue de l’immigration? Il y a une désaffection de la parole politique dans les quartiers.

Ca, c’est un discours qu’on tient depuis vingt cinq ans. Toutes les politiques d’intégration ont échoué, et aujourd’hui on n’ose même plus employer le mot. Vous avez des réalités sociales qui transcendent les stratégies politiques, qui ne sont pas propres à la France. Les logiques qui visent à parler de fracture coloniale, ou à politiser, polariser, les origines n’apportent pas de résultats positifs pour la gauche. Lorsque le débat politique est focalisé sur un privilège accordé aux identités d’origine il peut être facilement retourné par la droite. En particulier sur thème du racisme anti-blanc. Il me semble que c’est le secret de la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. Du côté de la droite, on peut interprêter les questions de la loi sur l’immigration dans la même logique. Une des mesures qui nous paraissait, à nos yeux d’historiens de l’immigration, comme l’une des plus scandaleuses: à savoir contraindre les gens à un examen de langue avant de s’installer en France est passée comme une lettre à la poste. On a mis l’accent sur les choses extrêmes qui ont sucité à juste titre la protestation. Finalement, les deux éléments extrêmes – l’ADN et les statistiques ethniques – ont été vidés de leur sens puisque l’intervention du conseil constitutionnel met tellement de conditions que les spécialistes jugent que ça ne fonctionnera pas. Les statistiques ethniques ont été supprimées, mais tout le reste est passé. Et sans véritable débat. L’anticipation des réactions probables des opposants est aujourd’hui intégré par les stratégies politiques.

Il faut réfléchir à la façon de reconstituer des fronts qui pourraient surprendre par rapport aux attentes du pouvoir. Des formes d’action inédites. Collectives. Lorsque nous avons démissionné de la cité de l’histoire de l’immigration, nous réagissions à la création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale qui était, par sa formulation même, une concession inadmissible aux thèses du Front national. L’impact de notre démission vient du fait nous ayons été huit sur douze à démissionner. Mais nous étions, les douze, tous d’accord pour récuser l’appellation du ministère. C’est la responsabilité des nouvelles générations de trouver ses solutions inédites.

Propos recueillis par Karl Laske

lire l’article sur le blog Contre journal de Libération

Karl Laske
Blog "Contre Journal" de Libération, 19/11/2007
Le dernier ouvrage de Gérard Noiriel...

Le dernier ouvrage de Gérard Noiriel a pour objet la notion d’ « identité nationale » et ses usages politiques.
Dans les deux premiers chapitres, il montre, en s’appuyant sur de nombreuses recherches historiques, qu’il n’existe aucune définition objective de « l’identité nationale » : que la logique identitaire, née au XIXe siècle, a depuis constamment alimenté les discours nationalistes et que, au cours des années 1980, c’est Jean-Marie Le Pen qui a popularisé l’expression « identité nationale » pour stigmatiser les immigrés.
Il analyse ensuite les usages de cette notion en examinant comment les candidats à l’élection présidentielle de 2007 et les journalistes ont utilisé le thème « immigration et identité nationale » en fonction de leurs positions et de leurs intérêts.
Selon les mots même de G. Noiriel, cet ouvrage est un « essai qui s’appuie sur les acquis de la recherche historique pour éclairer une question d’actualité (…) ; il vise à nourrir la réflexion collective et à alimenter le débat public ».

Lire l’article sur le site de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration

Cité nationale de l'histoire de l'immigration, 19/11/2007
La logique identitaire du nationalisme décryptée san concession

Un bon ouvrage est un ouvrage (socialement) utile. Un ouvrage utile est celui qui pose de bonnes questions. Une première, centrale, est posée par l’auteur : A quoi sert l’identité nationale ? Nous nous permettons d’emblée d’en poser une autre, en espérant ne pas trahir l’esprit de ce travail : à qui sert-elle ? Et, dans ce qui, nous ne mettons évidemment pas un, ni des individus, mais les forces sociales en action dans la France de ce début de XXI è siècle.

Gérard Noiriel est président du Comité de vigilance face aux usages publics de l’Histoire (CVUH). Et il n’est pas anodin de constater que l’ouvrage qu’il a rédigé s’ouvre sur une présentation de ce Comité, créé au printemps 2005, en réaction contre la loi de février de la même année, en particulier son article 4, qui faisait obligation de saluer à chaque occasion les aspects positifs de la colonisation. Cet article (mais pas la loi !) a été abrogé, on le sait, par le président Chirac, suite à une protestation véhémente des historiens, des citoyens… Et une première question vient immanquablement à l’esprit : si, aujourd’hui, le même projet était élaboré, le président Sarkozy aurait-il la même attitude ? Poser la question, c’est y répondre : quand on a en tête l’inimaginable discours de Dakar, on se dit que, pour une partie du monde politique français, le temps de l’esprit colonial est bien revenu.

On ne s’est pas éloigné du livre de Gérard Noiriel. Car la résurgence de la notion d’identité nationale s’inspire exactement du même esprit de morgue, de suffisance, héritage direct de la France coloniale. Résurgence et non apparition. Dans une longue et bienvenue première partie, l’auteur rappelle que ce discours et cette pratique ont des racines, de Barrès à Vichy. Il s’agit donc bien, avec les thématiques actuelles, d’un discours réactionnaire, et non plus seulement désuet, cherchant le consensus avec les derniers nostalgiques de l’Empire. On sent, à travers les analyses de l’auteur, toujours illustrées de citations, qu’une partie de la société française reste viscéralement attachée à un pays blanc (gaulois ?) et chrétien. Et, qu’évidemment, le simple spectacle de la société réelle d’aujourd’hui heurte à chaque instant cette France-là. Nous, les garants de l’identité, ne pouvons accepter la présence, assimilée à un invasion, d’Eux, les autres, souvent innommés, innommables (mais, entre gens de bien, on sait de qui on parle).

La seconde partie est consacrée à l’analyse des discours de l’élection présidentielle et de ses lendemains immédiats. Et l’on voit bien que, malgré les réactions faites dans la précipitation d’autres candidats (le drapeau de Ségolène…), la droite a réussi ce tour de force d’accaparer l’idée nationale. Le CVUH a calculé qu’en dix jours de campagne (10–19 avril), Sarkozy avait prononcé 395 fois le mot France et 212 fois le mot Français. Mais avec un certain usage. Noiriel écrit : « Nicolas Sarkozy avait annoncé avec fracas qu’il allait dire la vérité sur la France, mais au bout du compte c’est Monsieur de La Palisse qui a gagné les élections. Si l’on résume le propos, en effet, l’identité française, c’est l’identité des Français, et l’identité nationale, c’est l’identité de la nation. Tout ce qui est beau, bon, intelligent et humain est français. CQFD ». Ce discours sarkozyen pourrait n’être que drôle. Il est tragique : car l’autre versant du raisonnement est que tout ce qui n’entre pas dans ce cadre est mise en danger. N’ayez pas peur ! disait, paraît-il, Jean-Paul II. Ayez peur ! dit au contraire le candidat, désormais président. En une dizaine de pages, Noiriel souligne que c’est bel et bien l’immigration qui est le danger principal de cette identité supposée. On a là une démonstration des cousinages idéologiques entre sarkozysme et lepenisme qui, sous la plume de l’auteur, n’est pas effet politicien, mais fruit d’une analyse implacable.

L’inquiétant, évidemment, est que cela a marché, au moins en partie : 53 % des Français ont approuvé le discours sarkozyen, une partie non négligeable a basculé de l’extrême-droite à la droite sur le thème, soigneusement mis en avant, de l’identité nationale, des millions de nos concitoyens sont désormais persuadés que l’incantation identitaire, assortie de peines d’emprisonnement et de reconduites à la frontière, est la solution aux maux de la société… Tout cela est une réalité, dont il faudra, dont il faut désormais partir. Et il n’y a pas grand-chose, dans l’actualité de la France de gauche, qui nous incite à penser que l’on y soit préparé.

A ce titre également, l’ouvrage est salutaire. Car si l’assimilation de l’identité française à la blanchitude est inacceptable, nous ne pouvons, ni ne devons, nous dispenser de réfléchir à une nouvelle définition. Seuls quelques sentiers ont pour l’instant été explorés.

Alain Ruscio
L'Humanité , 10/11/2007
Absurdirté nationale

Le 10 octobre, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI) ouvrait ses portes, remplaçant l’ancien musée des Colonies. Un chantier lancé par Raffarin et piloté par Jacques Toubon, mais qui fait alors la quasi-unanimité puisqu’il s’agit de « changer le regard des contemporains sur leur société en rappelant comment depuis deux siècles, les étrangers venus par vagues successives ont contribué à développer, transformer et enrichir la France ». Les portes de la Cité s’ouvrent… dans l’indifférence du gouvernement. Une surprise ? Pas vraiment… la création de cette Cité, c’était avant tout une initiative de ces huit vilains historiens démissionnaires du comité scientifique de la CNHI. Une abdication survenue le jour même (le 8 mars 2007) où était annoncée la formation du ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale (et de l’intégration et du co-développement), une démission en signe de contestation. Qui créé un certain malaise.

Et le malaise continue ! Dans un livre à paraître le 26 octobre aux éditions Agone, À quoi sert l’Identité Nationale, l’historien démissionnaire et président du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire Gérard Noiriel critique l’association des termes Immigration ET Identité Nationale et analyse minutieusement les discours de Nicolas Sarkozy dans lesquels cette analogie est présente. La première étude exhaustive sur le sujet.

D’abord, l’auteur précise que l’analogie suggère une opposition entre immigration et identité nationale, qui stigmatise l’immigré « en fabriquant un clivage artificiel entre “eux” et “nous” ». (p. 7) Et indique que l’intitulé – plus certaines fonctions du ministère – font resurgir un vieux souvenir. « La première fois dans l’histoire contemporaine de la France où l’État a créé un organisme chargé de la question identitaire : le Commissariat général aux questions juives… » (p. 46). Récupérer habilement les idées aux doux relents pétainistes, « l’anti-France », est une vieille stratégie efficace en temps de crise. Aussi, la même analogie avait « permis à Jacques Chirac de remporter les élections législatives de 1986 ».

L’anti-France du Président ? Ce qui ressort de ses discours, c’est que le mauvais immigré, c’est le « Musulman-Maghrébin », ou « l’homme africain ». Sa technique pour stigmatiser : prendre un élément existant chez une minorité et le généraliser. « La soumission de la femme, c’est le contraire de la République, ceux qui veulent soumettre leurs femmes n’ont rien à faire en France. La polygamie, c’est le contraire de la République. Les polygames n’ont rien à faire en France. » Puis de s’en prendre à la pratique de l’excision, au port de la burka et au mariage forcé (discours d’investiture le 14 janvier 2007).

Le Français idéal de Nicolas ? C’est « celui qui est venu d’ailleurs, qui a gardé de sa physionomie quelque chose de ses origines, qui nous a donné un peu de son sang, mais qui a fait l’effort d’assimiler les “valeurs républicaines” et s’est dévoué corps et âme pour défendre sa patrie » (p. 91).

« Le véritable français, finalement, c’est lui, comme il le dit explicitement dans son discours de Nice du 30 mars 2007 : “Français au sang mêlé, qui doit tout à la France” » (p. 91)

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Anaëlle Verzaux
bakchich.info, 25/10/07
Le jeudi 21 janvier 2010    Paris 10 (75)
Rencontre/débat avec Gérard Noiriel

Rencontre/debat avec Gérard Noiriel sur le thème: l’immigration et la question nationale au XIXe et XXe siècle.
Gérard Noiriel est l’auteur de À quoi sert «l’identité nationale».

19h45. Librairie La Plume vagabonde, 32, rue de Lancry, Paris 10.
Informations sur le site de Page commune.

Le samedi 12 décembre 2009    Nantes (44)
Théâtre-performance "Chocolat"

Dans le cadre de la fête “Tissé métisse, spectacle « Chocolat », théâtre performance avec Gérard Noiriel et Marcel Mankita, mise en scène de Jean-Yves Penafiel, production Les petits ruisseaux. Spectacle suivi d’un débat avec l’historien et le comédien.

18h. Cité des congrès, salle 450
www.tisse-metisse.org

Gérard Noiriel est l’auteur de À quoi sert l’identité nationale et de Histoire, théâtre et politique.

Le mardi 24 novembre 2009    Montpellier (34)
Théâtre performance "Chocolat"

Spectacle « Chocolat », théâtre performance avec Gérard Noiriel et Marcel Mankita, mise en scène de Jean-Yves Penafiel, production Les petits ruisseaux. Spectacle suivi d’un débat avec l’historien et le comédien.
spectacle tout public (à partir de 12 ans)

19h15 Théâtre la Vignette, Route de Mende
réservations: 04 67 14 55 98

Gérard Noiriel est l’auteur de À quoi sert l’identité nationale et de Histoire, théâtre et politique.

Du jeudi 12 au samedi 14 novembre 2009    Paris 19 (75)
Théâtre performance "Chocolat"

Spectacle « Chocolat », théâtre performance avec Gérard Noiriel et Marcel Mankita, mise en scène de Jean-Yves Penafiel, production Les petits ruisseaux. Spectacle suivi d’un débat avec l’historien et le comédien.
spectacle tout public (à partir de 12 ans)

20h30 le jeudi et le samedi. centre d’animation Curial, 90 rue Curial, Paris 19ème, Métro Corentin Cariou.
réservations: 01 49 59 93 69

Gérard Noiriel est l’auteur de À quoi sert l’identité nationale ? et de Histoire, théâtre et politique.

Le mardi 5 mai 2009    Montpellier (34)
Discriminations et immigrations

Dans le cadre d’une journée de débats, d’échanges et de spectacle « Discriminations et Immigrations »,
organisée par L’ALCI (Agir Lire Coordonner Intervenir)

Spectacle « Chocolat », théâtre performance avec Gérard Noiriel et Alain Aithnard, mise en scène de Jean-Yves Penafiel, production Les petits ruisseaux. Spectacle suivi d’un débat avec l’historien et le comédien.
spectacle tout public (à partir de 12 ans)
14h30 – 16h30. Théâtre Jean Vilar, 155 rue de Bologne

Gérard Noiriel est l’auteur de A quoi sert l’identité nationale? et de Histoire, théâtre et politique

Rencontre-Débat Comment l’immigration est devenue un problème ? Naissance et évolution du problème de l’immigration

avec Choukri Hmed, Sylvain Laurens, Gérard Noiriel, Benoît Larbiou et Jérôme Berthaut
qui ont participé à la revue Agone 40 – L’Invention de l’immigration

17h30–20h. Centre Social Caf de La Paillade, 476 avenue de Barcelone

Télécharger le programme détaillé de la journée

Plus d’informations sur le site de l’ALCI

La librairie Le grain des mots tiendra une table de livres.

Le mardi 28 avril 2009    Saint-Brieuc (22)
Théâtre performance

Spectacle « Chocolat », théâtre performance avec Gérard Noiriel et Alain Aithnard, mise en scène de Jean-Yves Penafiel, production Les petits ruisseaux. Spectacle suivi d’un débat avec l’historien et le comédien.
spectacle tout public (à partir de 12 ans)

20h30. sous chapiteau, quartier du plateau

Informations: Réseau Solidarités Internationales Armor 02 96 61 22 33
resia@ritimo.org

La librairie Le pain des rêves tiendra une table de livres.

Gérard Noiriel est l’auteur de A quoi sert l’identité nationale? et de Histoire, théâtre et politique

Le mardi 21 avril 2009    Amiens (80)
Théâtre performance

Spectacle « Chocolat », théâtre performance avec Gérard Noiriel et Alain Aithnard, mise en scène de Jean-Yves Penafiel, production Les petits ruisseaux. Spectacle suivi d’un débat avec l’historien et le comédien.
spectacle tout public (à partir de 12 ans)

20h30. Centre culturel Jacques Tati, rue du 8 mai 1945

informations: 03 22 46 01 14
centrecultureljacquestati@wanadoo.fr

Gérard Noiriel est l’auteur de A quoi sert l’identité nationale? et de Histoire, théâtre et politique

Le mardi 14 avril 2009    Roubaix (59)
Théâtre performance

Spectacle « Chocolat », théâtre performance avec Gérard Noiriel et Alain Aithnard, mise en scène de Jean-Yves Penafiel, production Les petits ruisseaux. Spectacle suivi d’un débat avec l’historien et le comédien.
spectacle tout public (à partir de 12 ans)

19h. Changement de lieu: salle Watremez. 9 rue de l’Hospice

Informations: 03 20 66 45 00
http://www.mediathequederoubaix.fr

La librairie Les nouvelles lisières tiendra une table de livres.

Gérard Noiriel est l’auteur de A quoi sert l’identité nationale? et de Histoire, théâtre et politique

Du mercredi 25 au samedi 28 mars 2009    Ivry sur seine (94)
Théâtre performance

Spectacle « Chocolat », théâtre performance avec Gérard Noiriel et Alain Aithnard, mise en scène de Jean-Yves Penafiel, production Les petits ruisseaux. Spectacle suivi d’un débat avec l’historien et le comédien.
spectacle tout public (à partir de 12 ans)

20h30. Quai des voix, 107 rue Molière

informations: 01 46 70 29 25
contact@quaidesvoix.org

La librairie Envie de lire tiendra une table le mercredi 25 et le vendredi 27 mars.

Gérard Noiriel est l’auteur de A quoi sert l’identité nationale? et de Histoire, théâtre et politique

Le samedi 21 mars 2009    Paris 12 (75)
Théâtre performance

Spectacle « Chocolat », théâtre performance avec Gérard Noiriel et Alain Aithnard, mise en scène de Jean-Yves Penafiel, production Les petits ruisseaux.
Spectacle suivi d’un débat avec l’historien et le comédien.
spectacle tout public (à partir de 12 ans)

20h. Cité nationale de l’histoire de l’immigration, 293 avenue Daumesnil

La librairie Quilombo tiendra une table de livres.

Entrée libre sur réservation: spectacle@histoire-immigration.fr
http://www.histoire-immigration.fr

Gérard Noiriel est l’auteur de A quoi sert l’identité nationale? et de Histoire, théâtre et politique

Le lundi 14 juillet 2008    Arles (13)
Rencontre avec Gérard Noiriel

Dans le cadre du 14 juillet altermondialiste (Festival Les Suds)
organisé par ATTAC pays d’Arles

Rencontre « L’identité nationale c’est de quelle couleur ? »
10h. Hospice Van Gogh au (Grand amphi, 1er étage)
suivi de la projection de Va, Vis et Deviens, film de Radu Mihaileanu (15 h. Entrée libre)
Informations : arles@attac.org
www.suds-arles.com

Le lundi 19 mai 2008    Auxerre (89)
Rencontre avec Gérard Noiriel

organisée par le Cercle Condorcet
18h30. Maison des Associations Paul Bert, 5 rue Germain Bénard
Informations : 03 86 51 86 00

Le vendredi 16 mai 2008    Grenoble (38)
Rencontre avec Gérard Noiriel

17h45. Librairie Le Square (L’université), 2 place Docteur Léon Martin
Information : 04 76 46 61 63
libsquar@club-internet.fr

Le jeudi 24 avril 2008    Besançon (25)
Rencontre avec Gérard Noiriel

Dans le cadre des Rencontres du savoir
organisée en partenariat avec la librairie Camponovo et le CVUH
20h. Centre Nelson Mandela, 13 avenue Ile de France
Informations : 03 81 65 07 70
scienceshumaines@camponovo.fr

Le vendredi 18 avril 2008    Ivry (94)
Rencontre avec Gérard Noiriel

organisée par la librairie Envie de lire
en collaboration avec le CVUH
20h. Salle Robespierre, rue Robespierre
(Métro Mairie D’Ivry)
Informations : 01 46 70 35 03
enviedelire@free.fr

Le jeudi 3 avril 2008    Dijon (21)
Rencontre avec Gérard Noiriel

organisée par la Librairie Grangier, en partenariat avec RESF et le CVUH
17h. Université, campus Droit-Lettres (Amphi Bianquis)
Informations : 03 80 50 82 50

Le jeudi 14 février 2008    Toulouse (31)
Rencontre avec Gérard Noiriel

organisée en collaboration avec le CVUH
18h. Librairie Ombres blanches, 50 rue Gambetta
Renseignements : 05 34 45 53 35
info@ombres-blanches.fr

Le vendredi 25 janvier 2008    Paris 4 (75)
Rencontre avec Gérard Noiriel

Dans le cadre des manifestations Eclairage pour le XXIe siècle,
Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou
(Petite salle de conférence), accès libre et gratuit.
Renseignement : 01.44.78.45.24
loire@bpi.fr

Le jeudi 24 janvier 2008    Marseille 3 (13)
Rencontre avec Gérard Noiriel

organisée par l’association Approches Cultures et Territoires (ACT) et le CVUH
18h30. Auditorium des Archives et Bibliothèque Départementales, 20 rue Mirès
(métro 2 sortie Désirée Clary / tram arrêt Euromed Gantès)
Information : 04.91.63.59.88
act@approches.fr

Le mercredi 23 janvier 2008    Marseille 1<sup>er</sup> (13)
Rencontre avec Gérard Noiriel

organisée en collaboration avec le CVUH
et les Amis du Monde diplomatique
19h. Librairie L’Odeur du temps, 35 rue Pavillon
Information : 04 91 54 81 56
lib.temps@free.fr

Le mardi 22 janvier 2008    Martigues (13)
Rencontre avec Gérard Noiriel

organisée par l’association « Ensemble citoyens » et le CVUH
20h. Salle Prévert, place du 8 mai 1945
(quartier de jonquières – à côté de la MJC)
Information : ensemblecitoyens@wanadoo.fr

Le lundi 14 janvier 2008    Gennevilliers (92)
Rencontre avec Gérard Noiriel

organisée par l’Université populaire des Hauts-de-Seine et le CVUH
« L’immigration : discours publics, humiliations privées »

20h30. Maison du Développement Culturel (MDC),
16, rue Julien Mocquart – Quartier des Agnettes
(Métro 13 Asnières-Gennevilliers terminus Gabriel Péri)
www.universite-populaire92.org

Le samedi 12 janvier 2008    Versailles (78)
Rencontre avec Gérard Noiriel

organisée en collaboration avec
Les Amis du Monde diplomatique des Yvelines, le CVUH
et la librairie La Compagnie des livres (Vernon)

17h. Mairie de Versailles (salle Clément Ader)

Le vendredi 11 janvier 2008    Saint-Denis (93)
Rencontre avec Gérard Noiriel

organisée en collaboration avec le CVUH
19h30. Librairie Folies d’encre, 22 rue Jean Jaurès
Information : 01 48 09 25 12
sarl.preambule@free.fr

Le lundi 10 décembre 2007    Metz (57)
Rencontre avec Gérard Noiriel

organisée en collaboration avec le CVUH
17h45. Librairie Géronimo, 2 rue Ambroise Thomas
Information : 03 87 74 48 01
librairie.geronimo@wanadoo.fr

Le jeudi 25 octobre 2007    Roubaix (59)
Rencontre avec Gérard Noiriel

Conférence-débat : à quoi sert l’identité nationale ?
à l’initiative de l’Université populaire et citoyenne
organisée en collaboration avec le CVUH

20h. Mairie, Salle des conférences (Métro & tram arrêt Eurotéléport)
Information : 03 20 82 23 96 ou 06 62 72 91 91
contact@upc-roubaix.org
www.upc-roubaix.org

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