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Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France
Sous la direction de Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt & Sophie Wahnich
Parution : 18/04/2008
ISBN : 9782748900934
Format papier : 208 pages (12 x 19 cm)
15.00 €

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Guy Môquet, Jaurès, les colonies et tant d’autres… Nicolas Sarkozy en campagne, puis au début de son mandat, n’a cessé d’utiliser et de brandir des références historiques. Cet usage immodéré de l’histoire a alors mobilisé autant de mises en scène grandiloquentes que de discours de filiation destinés à dessiner les contours d’une France mythique du candidat puis du président.
Comment voir clair dans tous ces personnages et événements sans cesse mélangés et associés les uns aux autres en dehors de tout contexte ? Comment comprendre le brouillage de références qui empruntent autant aux grandes figures de la gauche qu’à celles de la droite ? Quels sont les enjeux et les effets politiques de telles constructions historico-politiques ?
Une vingtaine d’historiens ont disséqué les usages que fait de l’histoire Nicolas Sarkozy pour permettre de saisir les mécaniques à l’œuvre dans cette vaste entreprise de reconstruction d’un roman national. Sous la forme d’un dictionnaire, un véritable parcours critique dans l’histoire de France revue et corrigée par une droite qui entend refabriquer de l’« identité nationale »...

Foreign Rights

English notice

The Way Nicolas Sarkozy Writes French History

Nicolas Sarkozy is making an intensive use of historical references and quotes : bombastic performances and filiation speeches designed to draw the outlines of a mythical France and to rebuild some « National Identity ».… How can we understand the interference of references at both great figures of the left and great figures of the right ? What are the political stakes and effects of such constructions ? Presented as a dictionary, this book helps to understand the mechanics at work.

Sommaire

Affaire Dreyfus, par Thomas Loué
Afrique, par Laurence de Cock
Maurice Barrès, par Gérard Noiriel
Marc Bloch, par Gérard Noiriel
Léon Blum, par Gérard Noiriel
Cascade du bois de Boulogne, par Jean-Marie Guillon
Charlemagne, par Fanny Madeline
Choc des civilisations, par Françoise Micheau
Georges Clemenceau, par Nicolas Offenstadt
Communautarisme, par Éric Soriano
La Commune, par Olivier Le Trocquer
Condorcet, par Yannick Bosc
Croisades, par Françoise Micheau
De Gaulle, Sarkozy : une drôle d’histoire, par Annie Collovald
Édit de Nantes, par Jérémie Foa
Esclavage dans les colonies françaises, par Éric Mesnard
État capétien, par Yann Potin
Féodalités, par Fanny Madeline
Jules Ferry, par Olivier Le Trocquer
Fille aînée de l’Église, par Fanny Madeline & Yann Potin
Fin de l’histoire, par Michèle Riot-Sarcey
La « France éternelle », un paysage de campagne ?, par Pierre Schill
Glières, par Jean-Marie Guillon
Victor Hugo, par Sylvie Aprile
Jean Jaurès, par Blaise Wilfert-Portal
Jeanne d’Arc, par Nicolas Offenstadt
Claude Lévi-Strauss, par Éric Soriano
Litanie, par Laurence de Cock
Lumières, par Sophie Wahnich
Lutte des classes, par Éric Soriano
Lyautey, par Catherine Coquery-Vidrovitch
Mai 68, ou L’actualité de la mémoire, par Michèle Riot-Sarcey & Thierry Aprile
Georges Mandel, par Jean-Marie Guillon
Guy Môquet, par Pierre Schill
Jean Moulin, par Michel Fratissier
Napoléon Bonaparte, par Marc Belissa
Napoléon III, par Olivier Le Trocquer
Passé colonial, par Gilles Manceron
Pavillon de la lanterne, par Yann Potin
Repentance, par Sandrine Lefranc
Résistance, par Jean-Marie Guillon
Rêve, par Laurence de Cock
Révolution française, révolution, par Sophie Wahnich
Révolution française, ses « grands hommes », par Marc Belissa
Rois de France, par Fanny Madeline
La Terreur, terreur, par Sophie Wahnich
Totalitarisme(s), par Sonia Combe
Verdun, par Nicolas Offenstadt
Vichy, par Jean-Marie Guillon

Dossier de presse
Philippe Poirrier
Policultures n°136 , mai 2009
Evelyne Leveque
Les Amis du Monde Diplomatique , octobre 2008
Florent Le Bot
L'Ours , septembre-octobre 2008
Bruno Modica
Clionautes , 13/09/2008
Laurence De Cock et Philippe Olivera
Le sarkophage n°7 , juillet-septembre 2008
Olivier Doubre
Politis n°1011 , 17/07/2008
Bruno Colombari
Métaphores , 13/07/2008
Jean Philippe Raud Dugal
Cafés géographiques , juillet 2008
Valérie Hernandez
La Gazette de Montpellier , 19/06/2008
Fabrice Barth
Zibeline n°8 , juin 2008
Christelle Guibert
Ouest France , 20/06/2008
Propos recueillis par Nicolas Etheve
La Marseillaise , 17/06/2008
Charles Heimberg
Le Courrier , 03/06/2008
Patrick Boucheron
L’Histoire n°332 , juin 2008
Laurent Jeanneau
Alternatives économiques , juin 2008
Michel Perraudeau
Anjou laïque , mai 2008
Pascal Pradon (libraire)
Bibliobs.com , 14/05/2008
Stéphane Bou
Charlie Hebdo , 07/05/2008
L'Indépendant , 08/05/2008
Jérôme Lamy
L’Humanité , 07/05/2008
Gilles Heuré
Télérama , 04/05/2008
Gérard DURAND
Le Midi Libre , 02/05/2008
SUR LES ONDES

France culture – « La Fabrique de l’Histoire » avec Laurence De Cock à 9 heures (27 juin 2008)

Radio Aligre – « Rembobinage » avec Laurence De Cock, disponible à l’écoute ici (3 juin 2008)

Radio Grenouille – dans le cadre de la thématique « L’An 08 », émission « L’Histoire de France vue par Nicolas Sarkozy » avec Laurence De Cock et Yann Potin, disponible à l’écoute ici (16 mai 2008)

France Info – « L’Invité de France info » – interview de Laurence De Cock dans la chronique de Bernard Thomasson, disponible à l’écoute ici (8 mai 2008)

France Culture – interview de Pierre Schill dans le Journal de la mi-journée, disponible à l’écoute ici (5 mai 2008)

Guerres de mémoire
Hervé Lemoine, La Maison de l’Histoire. Pour la création d’un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France, Ministère de la Culture et de la Communication-Ministère de la Défense, février 2oo8, 59 pages. [en ligne sur le site de la Documentation française : bibliothèque des rapports publics]

Laurence de Cock (et al), Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Dictionnaire critique, Marseille, Agone, 2008, 2O2 pages. 15 Euros.

Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson, Les guerres de mémoire. La France et son histoire, Paris, La Découverte, 2oo8, 335 pages. 2o euros.


Le 13 janvier 2009, le Président de la République a annoncé à Nîmes sa décision de créer un musée de l’Histoire de France : « je suis fasciné par l’idée que la France est riche de ses musées d’art, mais qu’il n’y a aucun grand musée d’histoire digne de ce nom ! ». L’idée n’est pas nouvelle, et reprend pour l’essentiel les propositions avancées, dès avril 2008, par le conservateur du patrimoine Hervé Lemoine dans son rapport « Pour la création d’un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France ».

L’initiative avait laissé sceptique la grande majorité des historiens qui s’étaient interrogés sur l’opportunité d’une nouvelle mise en scène du « roman national » dans une perspective qui tournait le dos à vingt ans de recherches, et qui renvoyait d’une certaine manière à la construction d’une « histoire nationale » où la Monarchie de Juillet, puis la République s’étaient jadis particulièrement illustrées. Le Comité de Vigilance face aux usages publiques de l’histoire (CVUH) avait pointé un projet où « tout en vantant les mérites d’une histoire critique et ceux du débat » rien ne vient questionner le paradigme dominant d’une écriture linéaire et continue de l’histoire : celle d’une « France » alors que le caractère pluriel de la demande sociale appellerait davantage un musée « des Frances », dans leurs temporalités multiples, dans leurs dimensions sociales et culturelles, dans leur complexité et leur possible désajustement par rapport au continuum événementiel ».
Le CVUH a également publié un petit livre militant, sous la forme d’un dictionnaire critique, qui souligne combien Nicolas Sarkozy n’a cessé d’utiliser et de brandir des références historiques. Une trentaine d’historiens proposent cinquante notices : des personnages (Léon Blum, Jean Jaurès, Jeanne d’Arc…), des lieux et événements (mai 68, l’Affaire Dreyfus…) et des concepts (repentance, choc des civilisations…) dessinent cette révolution conservatrice qui mobilise l’Histoire au service de son projet politique. Cette reconstruction d’un « roman national » décline des références éclectiques avec la volonté explicite de rompre avec les cultures politiques partisanes.
On lira également le remarquable ouvrage collectif « Les guerres de mémoires » qui permet de bien saisir les enjeux politiques, les controverses historiques et les stratégies médiatiques mises en œuvre. Quant la politique culturelle croise la « politique de la mémoire », le risque est grand de l’instrumentalisation de l’Histoire. On ne peut être que frappé par l’écart entre cette volonté de reconstruire une « histoire nationale » et la politique gouvernementale qui fragilise les recherches en sciences humaines et sociales.
Philippe Poirrier
Policultures n°136 , mai 2009
« Dans cet ouvrage, des historiens ont disséqué les usages… »

Dans cet ouvrage, des historiens ont disséqué les usages que fait de l’histoire une droite qui entend fabriquer de l’ « identité nationale ». Sous la forme d’un dictionnaire, chaque moment de l’histoire, ou chaque acteur, utilisé dans les divers discours, est repris et analysé pour permettre de saisir les mécaniques à l’œuvre, dans cette entreprise de construction « d’un roman national ».

L’Histoire, nous dit l’historien Joseph Morsel, est une science sociale dont l’objet est la compréhension du changement social. Ainsi, présenter l’histoire, figée comme dans un catalogue d’antiquaire, permet d’instrumentaliser des faits et des personnalités historiques pour dépolitiser l’histoire en neutralisant ou en détournant le contexte idéologique. L’utilisation tous azimuts, de personnages historiques, participe à la construction d’une mémoire factice, pour des citoyens qui ne seraient ni de droite ni de gauche, à la fois nationalistes, républicains, socialistes, communistes, gaullistes ; se regroupant ainsi autour d’une mémoire brouillée. Sont énumérés en vrac, Jean Jaurès et Jeanne d’arc, Maurice Barrès et Léon Blum, au mépris de leurs convictions, de leurs motivations du moment, de leurs partis pris ou de la signification de leurs actions à l’époque où ils l’ont faite.

Cette instrumentalisation est une stratégie, théorisée et baptisée la « désaffiliation » par Henri Guaino. Elle vise à capter les valeurs historiques de la gauche pour semer le doute dans les repères mémoriels. « Nous voulions casser les affiliations automatiques ».
Cette « désaffiliation » fonctionne sur le principe de la décontextualisation et par le recours systématique au cliché, à l’image d’Epinal qui assimile à un haut fait un homme dont le nom porte l’étiquette : c’est Léon Blum et les congés payés qui inventent les vacances ; C’est Charlemagne qui fonde l’Europe ; c’est Saint Louis et la Justice qui construisent l’Etat ; c’est Guy Môquet, arrêté par des policiers français, interné par Vichy et fusillé par les Allemands pour faits de résistance, en escamotant sciemment que ce jeune a été arrêté en 1940 pour avoir distribué de la propagande communiste.
Gommer la composante idéologique des évènements permet de ne pas parler de l’engagement des résistants et des valeurs pour lesquelles ils sont morts… etc.

L’usage de l’Histoire.
« Il n’y a qu’une histoire de France et non pas deux, parce qu’il n’y a qu’une seule France » (…) La gauche qui proclame que l’Ancien Régime ce n’est pas la France, que les croisades ce n’est pas la France, que la chrétienté ce n’est pas la France, que la droite ce n’est pas la France, cette gauche-là je l’accuse de communautarisme historique. (…) »
(Discours de Nicolas Sarkozy à Saint-Quentin, 25.01.07) Mais quel historien a pu écrire ou dire que les croisades n’appartenaient pas à l’histoire de France ? On ne s’embarrasse guère de telles interrogations sur l’usage de l’histoire. Il y a là deux conceptions de l’histoire, ce sont deux conceptions de la nation qui s’opposent et qu’il faut rassembler. Le reste n’est que querelles d’historiens. Henri Guaino et les autres rédacteurs des discours de Nicolas Sarkozy ont bâti un véritable abécédaire des références historiques qui sont sensées rassembler les français autour des projets politiques du chef de l’Etat.

L’instrumentalisation de l’Histoire.
Ainsi l’histoire, selon les auteurs des discours du chef de l’Etat, est une épopée mystique, une succession de références, d’images, de clichés, que l’on ressort où que l’on agite pour émouvoir. Ce travail sur l’émotion permet une dépolitisation et une décontextualisation du conflit historique. Et les auteurs du livre concluent « La manière dont Nicolas Sarkozy réécrit l’histoire de France n’est pas isolée en Europe. Ici c’est au nom de la réinvention d’un modèle républicain droitier que l’on efface les lignes de clivage entre un côté droit et un côté gauche, entre les groupes sociaux et politiques qui doivent vivre aujourd’hui avec la mémoire des évènements passés, ceux de la seconde guerre mondiale ou de la décolonisation. »

« Le Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire (http://cvuh.free.fr) fondé au printemps 2005, regroupe des historiens chercheurs et enseignants du supérieur et du secondaire, préoccupés par l’instrumentalisation politique de l’histoire. Car si la recherche et l’enseignement sont de leur compétence, le passé appartient à tous.
Ni censeur ni gardien du temple, le CVUH, en restituant les enjeux du passé, qui ne peuvent se confondre avec ceux du présent, a pour objectifs de réagir aux différentes formes d’instrumentalisation du passé et de l’histoire, d’alerter les citoyens à propos des détournements éventuels de la recherche historique et de réfléchir à la place et à la fonction de celle-ci dans notre société. »

> à lire sur le site des Amis du Monde diplomatique

Evelyne Leveque
Les Amis du Monde Diplomatique , octobre 2008
Le panthéon de Nicolas

Entre ici… Nicolas et ton cortège de mémoires, de victimes et de sombres passés. Nos héros son tes héros, même si tu as bien peu avoir avec eux ; qu’importe. Tu t’appropries tour à tour Jaurès, Marc Bloch, Guy Môquet, etc. ; qu’importe, tout est dans le geste, rien dans les idées. Nous formons un seul corps, un seul être (Barrès vient avec nous) et tant pis si quelques parties de l’ensemble souffrent; tant pis si ces héros, que tu enrôles allègrement, avaient pris leur parti contre tes prédécesseurs en politique. En matière d’Histoire, tu es communiste : tu prônes le partage des mânes au prix de l’oubli de certaines vérités.
Tu l’as proclamé avec force en Indre-et-Loire ce 25 août 2008 « En ignorant si longtemps le drame de Maillé, en restant indifférent à la douleur des survivants, en laissant s’effacer de sa mémoire le souvenir des victimes, la France a commis une faute morale. » Alors, repentance or not repentance ? L’Histoire n’est pour toi qu’une petite ardoise que l’on présente à l’occasion pour soldes de tout compte ; bien pratique cette ardoise, on y écrit à la craie l’histoire de son choix, puis on l’efface lorsqu’elle s’avère gênante ou inutile, voire inutilement gênante.
Vingt-six historiens, associés au Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) ont pris le parti de te suivre dans tes pérégrinations « cliovagues » à travers quarante-neuf entrées de Dreyfus à Vichy en passant par esclavage et Glières. Ainsi Blum est-il pour toi, tu le proclames, celui qui a « fait de la France une grande Nation » ; les conservateurs de l’époque, tes ancêtres directs, ne semblent pas avoir partagé alors ton point de vue. Quelle promesse pour l’avenir ! Pour toi Blum « respectait le travail, [...] aimait les travailleurs ». La filiation est-elle si directe, si évidente, des quinze jours annuels de congés payés, des quarante heures hebdomadaires de travail, jusqu’au « travailler plus, pour gagner plus » ? Excuse-moi Nicolas, je vérifie mon vieux manuel scolaire… il va falloir que tu le fasses réécrire lui aussi, sinon cela finira par se voir.
Et Jeanne d’Arc, cette chère Jeanne qui a déjà tant servi. Elle a, nous dis-tu, « le plus beau, le plus doux visage que la France ai jamais eu. » Un visage tellement immaculé qu’il en est devenu transparent. C’est pratique pour nous faire le coup de l’ardoise : aujourd’hui, c’est certain, c’est juré, elle se battrait aux côtés de Brice pour « bouter » l’étranger hors de nos frontières. Ah, mademoiselle Jeanne…
« Ce syncrétisme historique, écrivent les auteurs de l’ouvrage, a pour principale fonction de dépolitiser l’histoire en neutralisant ou en détournant la charge idéologique de ses symboles. » Nous sommes alors en mesure d’envisager sous un jour neuf les multiples usages et abus de l’Histoire alimentant le confusionnisme historique ambiant. « Devoir de mémoire » ou « droit à la raison » ?
Le travail de ces historiens s’esquisse à peine et déjà tu es loin. Tu pleures à Kaboul, t’enthousiasmes à Pékin, t’assois sur le Tibet, bronzes sur la Mer noire et t’endors au Cap Nègre. À quand le volume « Nicolas redessine la carte du monde » ?

Florent Le Bot
L'Ours , septembre-octobre 2008
Les Compte-rendus des Clionautes
À lire en ligne sur le site www.clionautes.org
Bruno Modica
Clionautes , 13/09/2008
Faux papiers d'identité nationale

Pourquoi le président de la République fait-il sans arrêt référence à Jaurès, à Blum, à Jean Moulin, à la Commune ou à la Révolution ? Qu’est-ce qui se cache derrière cette captation d’héritage ? Une vingtaine d’historiens regroupés dans un comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire commentent et analysent.

“La vérité, c’est qu’il n’y a pas eu beucoup de puissances coloniales dans le monde qui aient tant œuvré pour la civilisation et le développement et si peu pour l’exploitation.” (Discours de Nicolas Sarkozy le 9 mars 2007 à Caen). Face à une bêtise aussi crasse, une ignorance aussi vaste ou tout simplement un cynisme aussi ingénu, on pourrait hausser les épaules et passer à autre chose. Sauf que le candidat à la présidence de la République s’est depuis installé à l’Elysée, et accessoirement au Pavillon de la Lanterne qui jouxte le château de Versailles, symbole de la monarchie absolue.

Les historiens regroupés dans le CVUH (comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire) ont fait œuvre d’utilité publique en écrivant un petit livre particulièrement fouillé édité par les Marseillais d’Agone, à qui on doit entre autres de lire les œuvres de Noam Chomsky ou d’Howard Zinn. Chacun a repris un des thèmes ou des personnages de l’histoire de France invoqués par le candidat Sarkozy entre 2006 et 2007 : Jaurès, Blum, Hugo, Mandel, Charlemagne, Clémenceau, Jeanne d’Arc ou Napoléon III, mais aussi le plateau des Glières, le Pavillon de la Lanterne, Verdun ou encore les Lumières, la fille aînée de l’Eglise, l’Etat capétien ou la repentance.

Pris ensemble (et souvent associés dans les discours), ces concepts, ces noms et ces lieux forment un catalogue sans queue ni tête, un cocktail digne des manuels d’histoire du début du XXème siècle (nos ancêtres les gaulois) où tout est mis sur le même plan, sans la moindre perspective et sans le moindre recul critique. On peut s’amuser des approximations, des contresens historiques (l’Etat capétien n’a jamais existé, d’autant que Sarkozy couvre sous ce terme toute la monarchie française alors que la lignée capétienne s’est éteinte au 14ème siècle) ou des absurdités biographiques (Léon Blum chantre de la valeur travail alors qu’il a fait voter les quarante heures et les deux semaines de congés payés).

Mais derrière le pataquès écrit en grande partie par Henri Guaino (qui gagnerait à se documenter avant d’élaborer les discours), il y a la volonté de “reconstruire un roman national” valorisant le recours à un homme providentiel guidant par sa vision un peuple enfant dépourvu de volonté politique. Un peuple cimenté par une histoire commune, “une histoire primaire (pour les primaires) dans laquelle le mythe escamote le réel et lui sert de masque idéologique”. Et ce masque-là est profondément, viscéralement réactionnaire. Faut-il encore hausser les épaules et passer à autre chose ?

> À lire en ligne sur le blog Métaphores

Bruno Colombari
Métaphores , 13/07/2008
L’entrée par les 48 notices de ce livre vif et polémique...

L’entrée par les 48 notices de ce livre vif et polémique du CVUH, Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire, plus qu’un livre d’Histoire politique, permet d’éclairer le sens du discours, les procédés rhétoriques utilisés par le président. Pour les géographes, il saisit le sens des lieux, les utilisations des images géographiques et une certaine idée de la construction de l’identité nationale de Nicolas Sarkozy. Cet ouvrage composé par des historiens, des sociologues, des géographes,... trouve son sens et sa singularité dans une introduction générale qui met l’ensemble du discours du président en perspective.

L’instrumentalisation présidentielle, selon les auteurs, fonctionnerait sur le principe de la décontextualisation, de la réappropriation des territoires et par le recours systématique au cliché qui permet le processus d’ancrage d’une célébrité dans un terroir auquel la région est identifiée. C’est cette « science » des lieux qui est ici la plus intéressante pour nous car elle est reliée à l’identité nationale fondée contre « une centralité parisienne coupée de la nation et déconnectée des réalités locales ». Cette appropriation des lieux va de pair avec le rejet « violent » de la fonction d’historien. En s’appuyant sur ses discours, les 26 auteurs de cet ouvrage critiquent parfois violemment mais aussi avec humour et mauvaise foi les images utilisées par Nicolas Sarkozy. En cela, le discours du candidat à Caen en Mars 2007 est exemplaire.

La référence à Paul Vidal de la Blache est patente comme le laisse apparaître la notice de Pierre Schill. L’opposition monde rural – monstre urbain est une des clés de la politique de la ville du président. L’harmonie du monde rural était déjà inscrite dans le paysage de l’affiche de campagne du candidat dont le mimétisme avec celle de François Mitterrand avait été souligné par Gilles Fumey, Jacques Séguéla oblige. Elle inscrit la France dans une réalité pluriséculaire dont les paysans sont les garants. Les 354 aires urbaines qui tissent les mailles du territoire et concentrent plus de 80% des Français constituent, pour l’auteur de la notice, la réalité du pays. Les espaces ruraux ne seraient en fait que le symbole d’une nouvelle distribution du territoire français autour des pôles urbains. Comment penser que les communes multipolarisées et les unités urbaines ne sont pas constitutives de ce monde rural ? A moins que le candidat-président, dont l’urbanité s’oppose violemment à la ruralité revendiquée par François Mitterrand, n’utilise cette image de paysage inamovible pour assurer les reconquêtes du territoire ? On pourrait trouver une illustration récente de cette dichotomie dans l’allusion du président sur la nécessaire réorganisation des échelons territoriaux qui a eu lieu en juin 2008 dans une région dont la ruralité constitue une empreinte forte de son territoire : le Limousin.

Cette opposition, enfin, sert d’illustration concrète à sa construction d’oppositions culturelles au sein de la société. Des Glières, haut lieu de la résistance caractérisé par sa fonction d’abri à la Cascade du bois de Boulogne, où fut lue la lettre de Guy Môquet le 16 Mai 2007, jour de l’investiture de Nicolas Sarkozy, les espaces mentionnés par cet opus sont des lieux symboliques appropriés par le pouvoir qui en gomme le contexte historique pour pouvoir en donner une forte symbolique politique. Cette mise en scène des paysages et des lieux ainsi que l’instrumentalisation de personnages historiques comme Charlemagne, « père de l’Europe » qui légitime historiquement l’espace européen d’aujourd’hui ou bien la discussion autour du « choc des civilisation » se retrouve en filigrane dans nombres de notices. L’exemple de l’Afrique est, pour Laurence De Cock, révélateur de ce gommage des réalités historiques mais aussi géographiques du continent noir. Que penserait Sylvie Brunel ou Roland Pourtier de cette phrase : « Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons [...] » ?

Un des faits nouveaux de l’utilisation de l’histoire par les candidats à l’élection présidentielle est illustré par la notice de Eric Soriano sur le communautarisme. Cette notion est singulière en ce qu’elle fonctionne non plus comme une tradition intellectuelle vantant une solidarité organique mais comme une catégorie de dénonciation. Il analyse ainsi l’inscription spatiale de la vision sarkozyenne entre des paysages de villes et des petites communautés villageoises : « Cette valorisation des “communautés rurales” contraste singulièrement avec la dénonciation des “communautés des tribus et des bandes” auxquelles il fait régulièrement allusion ».

> http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1353

Jean Philippe Raud Dugal
Cafés géographiques , juillet 2008
Ce petit ouvrage se présente comme un mini-dictionnaire...

Ce petit ouvrage se présente comme un mini-dictionnaire dont les entrées variées comprennent aussi bien Maurice Barrès que Guy Môquet, Jeanne d’Arc que Clémenceau, Léon Blum que Lyautey. Chaque notice a été rédigée par l’un des historiens appartenant au CVUH (Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire) dont le manifeste, adopté en juin 2005, est disponible sur leur site internet. Parmi ces historiens, citons Nicolas Offenstadt, Sophie Wahnich ou Gérard Noiriel.

S’appuyant sur les discours prononcés par Nicolas Sarkozy, chaque notice interroge le recours aux personnages et aux évènements historiques invoqués en les passant au crible des dernières recherches. Pointant les contradictions, les anachronismes et les instrumentalisations, le constat est souvent fait d’un usage purement rhétorique de l’histoire destiné à récupérer les différentes traditions politiques en les confondant l’une l’autre.

Au final, si la méthode mise à l’oeuvre dans ces discours producteurs de consensus national peut-être assez facilement décryptée et se révèle à la longue assez répétitive, ce petit livre nous permet d’approcher la dernière campagne présidentielle de manière originale, chaque moment-clé étant le plus souvent associé à une nouvelle référence historique.

> voir le site de la librairie du Buridan – Le Fou d’histoire (Paris 5e)
> voir le site du Carnet du Buridan

Le Carnet du Buridan , 26/06/2008
Sarkozy recalé en histoire

Pendant la campagne pour la présidentielle 2008, puis durant la première année de son quinquennat Nicolas Sarkozy n’a cessé de se référer à l’histoire nationale, d’en faire son affaire. On se souvient de ses déclarations sur Mai 68.
Rien ne dit encore si l’histoire lui rendra l’amour immodéré qu’il lui porte ; en revanche, entre le président et les historiens, la rupture est consommée. Ce livre publié par Agone, regroupant vingt-cinq universitaires, en témoigne.
Comment Nicolas Sarkozy écrit l’Histoire de France est une compilation de textes critiques à l’impitoyable exactitude sur l’iconoclaste usage sarkozyste de l’Histoire. Il est initié par le « Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire » (CVUH) où Sarkozy n’a pas que des copains. « Cet usage immodéré a mobilisé autant de mises en scène grandiloquentes que de discours de filiation destinés à dessiner les contours d’une France mythique du candidat puis du président », expliquent ses éditeurs. Le collectif dissèque, expertise les discours du président et cherche le mobile. Pourquoi fait-il cela ?
Trois universitaires montpelliérains participent à ce travail. Éric Soriano, maître de conférences en sciences politiques à l’université Paul-Valéry, souligne son ambivalence quand il parle de « communauté » : valorisée quand elle est rurale ; stigmatisée, assimilée à la « loi des tribus » lorsqu’il s’agit des banlieues. « Le racisme débute lorsque, pour analyser les comportements d’un individu, on le considère comme le petit bout d’une communauté », affirme-t-il. Dans un autre texte, Éric Soriano s’interroge sur l’exhumation de la notion de « luttes des classes » : « Un registre d’analyse qui a disparu d’un champ politique médiatisé » Procédant étrangement selon l’universitaire, à un « enterrement de première classe ».

Guy Môcquet, Jean Moulin instrumentalisés
Pierre Schill, professeur d’histoire-géographie au lycée Jules-Ferry à Montpellier, examine de son côté « l’instrumentalisation à des fins politiques » appliquée à Guy Môcquet, le héros de la Résistance que Nicolas Sarkozy persiste à appeler du gaullien « compagnon » plutôt que du communiste « camarade ».
Enfin, Michel Fratissier, maître de conférences en histoire à l’IUFM de Montpellier, spécialiste de Jean Moulin, s’émeut de l’appropriation du mythe du grand résistant français pour « légitimer une démarche politique, celle du rassemblement de l’ouverture vers la gauche ». Il écrit et démontre : « En déclarant, “Ce que je sais, c’est qu’à Londres le général de Gaulle n’a pas demandé à Jean Moulin s’il était de droite ou s’il était de gauche”, Nicolas Sarkozy transpose une rhétorique politicienne sur une situation dans laquelle cette question n’avait tout simplement pas de sens ».

Valérie Hernandez
La Gazette de Montpellier , 19/06/2008
S’approprier l’Histoire

Quel est le point commun entre Dreyfus, Guy Môquet, Maurice Barrés, Léon Blum, Jules ferry, la colonisation, le Général De Gaulle… ? Nicolas Sarkozy !

Dans leur ouvrage Comment Nicolas Sarkozy écrit l’Histoire de France, Laurence de Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich, membres du CVUH (comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire) nous proposent d’y voir un peu plus clair, sous la forme d’un dictionnaire critique très bien documenté, sur tous ces personnages sans cesse cités, associés, mélangés. En effet, que ce soit en campagne ou bien depuis son élection, il a inlassablement multiplié les références historiques. Certes l’exercice n’est pas nouveau, puisque ses prédécesseurs ont « parsemé leurs interventions de rappels de l’histoire de France » . Cependant, ce qui étonne chez Nicolas Sarkozy c’est cette volonté de faire cohabiter de grandes figures historiques, décontextualisées, afin de construire un nouveau rêve national dépolitisé s’adressant à tous les Français. Orchestrée par Max Gallo et Henri Guaino, cette stratégie a pour but de capter les valeurs historiques de la gauche pour semer le doute dans les repères mémoriels. Le meilleur exemple sont les références très fréquentes à Jaurès (figure emblématique socialiste du XIXe siècle) ; il va même jusqu’à réclamer une filiation. Cette « stratégie historique » vise ensuite à flatter l’orgueil local en citant inlassablement les héros locaux et ainsi réécrire une identité nationale ancrée dans l’histoire locale. De plus elle permet de faire oublier le clivage droite/gauche pour présenter une France consensuelle. Enfin, cette tactique permet de créer une filiation avec ces figures historiques, et de s’inscrire ainsi dans cette marche de l’histoire.
Il faut toutefois ne pas se méprendre. Loin de lui l’idée de renier son appartenance politique. Bien au contraire, cette instrumentalisation permet à Nicolas Sarkozy de s’ériger en leader d’une droite républicaine présentée comme progressiste.
À la lecture de cet ouvrage, relativement abrupt, on mesure mieux les desseins nationaux de Nicolas Sarkozy. Une question se pose alors : et si Nicolas Sarkozy réécrivait l’histoire ? Cette histoire que l’on enseigne à nos enfants résumerait désormais « l’héritage africain à la musique », « le communisme au totalitarisme », « le choc des civilisations au péril de demain », « la liberté au libéralisme », « le soixante-huitard à l’ennemi de la République »… Le terme de vigilance n’a jamais été autant d’actualité !

Fabrice Barth
Zibeline n°8 , juin 2008
Chaîne Histoire : des changements qui inquiètent

Chaîne thématique, filiale de TF1, est dirigée par des hommes proches du président de la République. Les critiques fusent.

Des historiens viennent de publier un petit ouvrage au ton vif, intitulé Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France (chez Agone). « Un livre pour les citoyens, qui veut leur donner des clés de compréhension », explique Nicolas Offenstadt, vice-président du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH, né il y a trois ans) et maître de conférences à l’Université Paris I.

Ce collectif (une centaine d’historiens), plutôt classé à gauche, ne reproche pas au Président son goût pour l’histoire : « Le rôle d’un chef d’État est de participer aux commémorations », rappelle Nicolas Offenstadt. Ce qui l’inquiète, c’est « sa consommation frénétique (de l’histoire), sa façon de pipoliser des personnages historiques (Guy Môquet, Jaurès, Jeanne d’Arc…), de brouiller les références en les décontextualisant et de réinventer un roman national, l’idée d’une France unitaire qui aurait toujours existé, ce que les travaux d’historiens infirment depuis longtemps. »

« Réactionnaire et nationaliste »

Ce décryptage paraît d’autant plus nécessaire au CVUH que « cette lecture réactionnaire et nationaliste » de l’histoire aurait pignon sur rue à la télévision. La chaîne thématique Histoire (câble et satellite, 4,5 millions de foyers potentiels), née en 1997 et filiale de TF1 depuis 2004, est désormais dirigée par des proches du président Sarkozy. Le PDG s’appelle Laurent Solly, ancien directeur de campagne du candidat UMP, passé à la direction générale du groupe TF1, et le directeur, Patrick Buisson. Ancien journaliste de Minute, du Crapouillot, de Valeurs actuelles et de LCI… Auteur d’un récent livre intitulé 1940–1945 : Années érotiques (sic), il est aussi un conseiller discret du Président. On lui attribue l’idée du conseil restreint de sept ministres qui se réunit régulièrement à l’Élysée, sans le Premier ministre.

Depuis l’arrivée de Patrick Buisson, en novembre, la chaîne a connu plusieurs changements. Des rendez-vous ont sauté, comme Le journal de l’histoire, qui permettait aux historiens de commenter leurs derniers travaux. Et de grands noms, comme le spécialiste du Moyen Âge Laurent Theis ont disparu de l’écran. Des historiens ont noté un ton nouveau dans les commentaires, notamment dans une émission récente consacrée à la Guerre d’Espagne, où la loi mémorielle du Premier ministre espagnol Zapatero a été critiquée.

Interrogé par le journal Marianne, Patrick Buisson se défend. Il « aime la controverse historique » et assure : « La chaîne Histoire n’a pas de positionnement idéologique. » Les historiens du CVUH demandent à voir. La mémoire collective a toujours été un enjeu politique. De droite comme de gauche.

Christelle Guibert
Ouest France , 20/06/2008
« Une instrumentalisation de l'histoire » - interview

PIERRE SCHILL. Ce Montpelliérain est l’un des auteurs du livre « Comment Nicolas Sarkozy écrit l’Histoire de France ». Il déconstruit les références historiques de l’homme politique.
Professeur d’histoire à Montpellier au lycée Jules Ferry et membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l’Histoire, Pierre Schill est l’un des auteurs de l’ouvrage « Comment Nicolas Sarkozy écrit l’Histoire de France » (Agone). Entretien…

Dans votre livre collectif, l’une de vos notices porte sur Guy Môquet. Quelle est votre analyse sur ce sujet ?
La référence à Guy Môquet est symptomatique de la manière dont Nicolas Sarkozy utilise l’Histoire : il prend une figure de l’Histoire de France et la « raconte » à sa manière, quitte à sombrer parfois dans la contrevérité. C’est le cas quand il présente Guy Môquet comme un patriote d’abord, puis comme un résistant. Parce qu’on ne peut pas dire, au sens strict, que Guy Môquet était un résistant : il a été arrêté avant que le PCF ne rentre véritablement en résistance avec la lutte armée qui a suivi l’invasion de l’URSS par les nazis. Guy Môquet a été arrêté parce qu’il distribuait de la propagande politique, donc il n’a pas pu participer à la résistance communiste lancée à l’été 41. Nicolas Sarkozy fait du « présentisme » : il utilise une figure de l’histoire d’une manière qui l’arrange sans donner plus d’explication, en escamotant le contexte historique.

Pour vous, cette rhétorique vise clairement à brouiller les clivages politiques ?
Oui, ce brouillage des pistes vise à créer de l’identité nationale. La Nation dont rêve Sarkozy, c’est une Nation où la gauche et la droite seraient mêlées, sans différences : tout le monde serait d’accord et il n’y aurait plus de débat. Sarkozy cite aussi bien Jean Jaurès que Maurice Barrès, comme si leurs idées étaient conciliables, et s’ils ne s’étaient pas violemment combattus. C’est une conception singulière de l’Histoire et de la démocratie, par essence, pleines d’affrontements et d’aspérités bien loin de la totalité lisse présentée par Sarkozy. Les références à Jaurès sont révélatrices de cet usage de l’histoire : il le présente comme l’ami des patrons, alors qu’il fut d’abord le défenseur des mineurs de Carmaux ! Jaurès était républicain au départ, mais il est ensuite devenu socialiste. Evoquer le Jaurès des débuts, c’est vouloir faire croire que son cheminement politique s’est arrêté-là. Or quand Jaurès découvre la dureté des conditions de travail des mineurs, voit la faiblesse de leurs salaires et les enfants qui travaillent, sa perception des choses change complètement. Il adopte progressivement une vision marxiste du capitalisme et défend notamment l’idée de la nationalisation des mines. Réduire Jaurès au début de son cheminement politique, c’est le présenter en dehors de l’Histoire.

Cette stratégie a très bien fonctionné, vu le nombre important d’ouvriers qui ont voté pour ce candidat néolibéral… Comment comprenez-vous une telle réussite ?
Dans chacun des lieux où il se rend, Sarkozy cite des figures locales qu’il met à toutes les sauces. Quand il est à Toulouse, tout près de Carmaux, il cite Jaurès une dizaine de fois. Rien qu’avec la répétition, ce que retiennent les médias, puis les gens, c’est que Sarkozy a parlé de Jaurès. Les électeurs connaissent Jaurès, mais ils ont pu être déstabilisés par le fait que son nom soit plus souvent dans la bouche de Sarkozy, que dans celle de Ségolène Royal. D’autant plus qu’il parlait beaucoup de la valeur travail… Cette captation d’héritage a été très efficace parce qu’en face, il n’y avait personne pour expliquer le Jaurès qui défendait le monde ouvrier et venait souvent soutenir les grèves.

Pourquoi cette stratégie n’a-t-elle pas eu d’effets négatifs sur les électeurs de droite ?
Je crois que l’électorat de droite n’a pas été dupe de la manipulation. De plus, il n’a pas été complètement oublié : Sarkozy a chipé Blum et Jaurès aux socialistes et Môquet aux communistes, mais il n’a pas oublié l’extrême droite en remettant Jeanne d’Arc sur le devant de la scène. En en donnant pour tout le monde, il a adopté la posture d’un candidat à la présidentielle déjà au-dessus des clivages partisans et qui s’inscrit dans la lignée des « grands hommes » écrivant notre « roman national ».

Qu’en est-il aujourd’hui ?
Depuis son élection, Sarkozy est resté dans un usage compulsif de l’histoire et a poursuivi son instrumentalisation. D’abord avec la lecture de la lettre de Guy Môquet dans les lycées et plus récemment en manifestant sa volonté de créer un musée de l’histoire civile et militaire de la France aux Invalides à Paris. On risque fort d’y voir une présentation de l’Histoire de la France telle que Nicolas Sarkozy la conçoit, avec un choix de dates et de figures à la fois réductrices et signifiantes : il est par exemple envisagé de mettre en avant 732, la bataille de Poitiers, qui stoppe l’invasion arabe… Et pour ce qui concerne la liberté de culte, on ne parle pas de la Révolution de 1789 qui a reconnu ce droit. La date mise en avant, c’est 1685 : la révocation de l’Edit de Nantes. Prendre 1685, c’est choisir une date où les catholiques l’emportent sur les protestants, c’est avantager une religion par rapport à une autre. Notre devoir d’historien, c’est de donner des outils permettant de décrypter ces usages de l’Histoire et de percevoir son instrumentalisation à des fins politiques.

Propos recueillis par Nicolas Etheve
La Marseillaise , 17/06/2008
Nicolas Sarkozy et l'escamotage du passé
« Le Front populaire n’appartient pas plus au Parti socialiste d’aujourd’hui que le souvenir de Guy Môquet, ce jeune résistant fusillé à 17 ans et demi, n’appartient au Parti communiste. Il est mort pour la France, pas pour le communisme. Il n’appartient pas au communisme.
Et si je demande que la lettre de Guy Môquet soit lue chaque année à tous les lycéens de France, ce n’est pas parce qu’il était communiste, mais parce qu’il avait 17 ans, qu’il était courageux et qu’il a donné sa vie pour notre pays. Voilà la leçon de l’histoire que nous voulons donner à la gauche d’aujourd’hui.
Oui, je ne suis pas socialiste, mais ce qu’a fait la gauche de jadis, qui croyait au travail, qui croyait à l’éducation, qui croyait au mérite, qui croyait à la liberté de conscience, qui croyait à la morale, qui croyait en l’individu, je veux le faire à mon tour.
Ces valeurs de la gauche de jadis, j’ai voulu que la droite républicaine, qui les avait trop négligées, les reprenne à son compte au moment où la gauche les abandonnait.» (1)
En démocratie, l’usage public de l’histoire s’exerce pour le meilleur et pour le pire. Il peut encourager une mémoire collective fondée sur des valeurs de reconnaissance et d’ouverture comme il peut servir des idéologies ségrégatives. Il risque aussi, malheureusement, d’être une proie privilégiée de la démagogie et du populisme.
De cette démagogie, Nicolas Sarkozy est un bon exemple. Mais il n’est pas le seul. Sa campagne électorale a été étroitement observée, et ses discours soigneusement répertoriés, sur un site web (2).
En matière d’histoire, soulignent les auteurs d’un livre collectif récemment consacré à l’usage politique de l’histoire du candidat Sarkozy, « cette instrumentalisation est une stratégie à triple visée : brouiller les pistes, flatter (pour la détourner) l’attention de l’électorat et définir en creux une certaine conception de l’identité nationale » (3). Entre captations d’héritage en détournements de symboles, cette utilisation du passé démontre en tout cas la nécessité de faire connaître l’histoire à des citoyens qui sont la cible première de ces discours.
L’affaire de la lettre de Guy Môquet est parmi les plus connues. Le candidat devenu président a voulu faire lire dans tous les lycées ce texte poignant en le décontextualisant, en niant la dimension communiste de l’engagement de la victime, en occultant le fait qu’elle avait évidemment été soumise à la censure, pour n’en retenir que sa charge affective, détournée au profit d’une perspective nationale qui se voudrait consensuelle ( « j’accorde à l’amour de la patrie plus de valeur qu’au patriotisme de parti », s’est par exemple exclamé le candidat de la droite française). Les enseignants, heureusement, ont été nombreux à contester cette manipulation. Le pathos et la «communion avec le président» ont fait long feu. Mais d’autres écueils sont encore apparus depuis lors.
« J’ai voulu affirmer que la droite républicaine d’aujourd’hui n’était pas l’héritière de la droite antisémite, antidreyfusarde, réactionnaire ou pétainiste de la IIIe République, mais qu’elle était l’héritière du gaullisme, de la démocratie chrétienne et du libéralisme. Comme j’ai voulu dire que je ne reconnaissais pas l’héritage de Jaurès, de Blum ou de Camus dans la gauche d’aujourd’hui.
J’ai voulu dire que la droite d’aujourd’hui avait autant le droit de revendiquer l’héritage des conquêtes sociales du Front populaire et du Conseil national de la résistance que la gauche d’aujourd’hui.
J’ai voulu dire que lorsque je lis ce que Jaurès a dit sur l’éducation, ce qu’il a dit sur l’histoire de France, ce qu’il a dit sur la nation, je me sens l’héritier de Jaurès, qui appartient à tous les Français.
J’ai voulu dire que lorsque je vois dans les documentaires de l’époque le regard de ces enfants d’ouvriers qui en 1936 découvrent la mer grâce aux congés payés et entendent pour la première fois prononcer le mot ‘vacances’, je me sens comme tous les Français l’héritier de Léon Blum. » (4)

Il ne suffisait donc pas que la mémoire de Jaurès ait été l’objet de toutes les surenchères au sein des différentes composantes du mouvement ouvrier. Voilà qu’un homme politique de droite, par le jeu de petites phrases citées en dehors de tout contexte, tente de récupérer à son profit l’œuvre de Jaurès. Comme le note Blaise Wilfert-Portal, pour Sarkozy, il n’est pourtant « jamais question du Jaurès des grèves de Carmaux, du Jaurès de l’Internationale socialiste, du Jaurès pour lequel ‘la nation porte la guerre en son sein comme la nuée porte l’orage’, du théoricien et interprète de Marx, de l’inlassable défenseur de la baisse du temps de travail, du promoteur de l’impôt comme fondement de la redistribution et de la justice sociale ».
Avec cet exemple, on se trouve donc au cœur de ce processus d’escamotage qui caractérise l’usage de l’histoire par le président français. Quant à Léon Blum, au Front populaire et au Conseil national de la résistance, leur action est tellement éloignée de la politique conservatrice du président français que la mauvaise foi et la supercherie se révèlent ici avec force.
L’utilisation du concept de totalitarisme par Nicolas Sarkozy est également révélatrice de ces manipulations dont il est si friand. Selon ses déclarations, en effet, « la République ne se définit pas seulement par ce à quoi elle est opposée – l’absolutisme, le cléricalisme, l’antidreyfusisme, le collectivisme ou le totalitarisme – mais aussi par ce qu’elle propose » (5).
Cette liste en «-isme» qui associe les grands combats républicains de l’histoire contemporaine à la lutte conservatrice contre toute gestion collective de la question sociale est assez édifiante. Elle l’est encore davantage si on la complète par une affirmation maintes fois répétée par le candidat : « Je veux être le président d’une France qui défende partout les droits de l’homme et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. D’une France qui combat les dictatures et combat le totalitarisme, cette tyrannie où le tyran n’a pas de visage parce qu’il est partout, jusque dans les têtes. (6)»
Dans cette construction intellectuelle, le totalitarisme se trouve donc toujours représenté comme le facteur suprême de l’étouffement des libertés. Mais d’un autre côté, il ne concerne pas directement la France puisque, selon l’auteur, elle aurait été complètement épargnée par ce phénomène idéologique. Ce qui lui permet d’enchaîner alors sur les vertus de l’identité nationale et son refus de toute « repentance » induite par les manifestations de la mémoire. Et ce qui ne manque pas de faire resurgir les fameux aspects positifs de la colonisation et «les hommes et les femmes de bonne volonté qui ont pensé de bonne foi œuvrer utilement pour un idéal de civilisation auquel ils croyaient (7) ». Les victimes de ce colonialisme apprécieront.
Les multiples manifestations de l’escamotage de l’histoire par Nicolas Sarkozy ne se réduisent pas à un phénomène franco-français. Elles ont du sens en dehors de l’Hexagone. Une fois raclée la couche de spectacle et de caricature qui marque les propos du président français, ses nombreux usages pervertis de l’histoire et de la mémoire méritent d’être soumis à une démarche comparatiste. Ils sont en effet transposables et peuvent nous rappeler d’autres situations dans d’autres pays, y compris en Suisse avec l’usage inquiétant de l’identité nationale qui est développé par l’UDC.
Soumise à l’influence des pressions de la démagogie populiste, l’histoire n’en est pas moins une science sociale dont il faut réaffirmer les apports spécifiques pour la compréhension du monde. Il vaut donc la peine de décrypter les manipulations politiques qui caractérisent les discours politiques sur le passé et leur traitement médiatique dominant. De ce point de vue, Nicolas Sarkozy constitue une source apparemment inépuisable.



1) Nicolas Sarkozy, discours à Toulouse, le 12 avril 2007.
2) Voir le site de Jean Véronis, www.up.univ-mrs.fr/veronis/Discours2007, réalisé pendant la campagne présidentielle de 2007.
3) Introduction à Laurence de Cock & al. (dir.), Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Marseille, Agone, 2008, p.15. L’ouvrage se présente sous la forme d’un petit dictionnaire thématique. Dans la même collection, liée au Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH), Gérard Noiriel avait aussi publié À quoi sert l’identité «nationale», Marseille, Agone, 2007.
4) Nicolas Sarkozy, discours à Tours, le 10 avril 2007.
5) 5Nicolas Sarkozy, discours du 12 octobre 2006 à Poitiers.
6) Cité par Sonia Combe in Laurence de Cock & al., op.cit., p.183.
7) Nicolas Sarkozy, discours du 7 février 2007 à Toulon.
Charles Heimberg
Le Courrier , 03/06/2008
Sarkozy prof d'histoire
Un opus réjouissant sur les références historiques utilisées par le président.

On en est sûr maintenant, Nicolas Sarkozy adore l’histoire. Et n’hésite pas à faire la leçon. Sous la direction de Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich, les historiens ont corrigé sa copie. De l’« Affaire Dreyfus » à « Vichy », 48 notices pour un petit livre vif, drôle parfois, d’une réjouissante mauvaise foi souvent !
Où il apparaît qu’au-delà de ses calculs consistant à manipuler certaines références historiques (Guy Môquet arraché à la gauche, Jeanne d’Arc à l’extrême droite) pour brouiller les clivages idéologiques, Nicolas Sarkozy incarne un trait paradoxal de notre époque, à la fois présentiste et consommatrice d’histoire. Des lieux (du plateau des Glières au pavillon de la Lanterne), des concepts (du communautarisme à la repentance) sont autant de «références consommées dans un présent dévorant ».
Patrick Boucheron
L’Histoire n°332 , juin 2008
L'histoire est écrite par les vainqueurs...
L’histoire est écrite par les vainqueurs. Un adage que Nicolas Sarkozy n’est pas prêt de faire mentir, même s’il n’a pas attendu son sacre élyséen pour instrumentaliser le rapport au passé des Français. Dès sa campagne, il n’a cessé de brandir les références historiques, sans hésiter à les travestir. De la pipolisation de Guy Môquet à la captation de figures phares de la gauche, telles que Jean Jaurès ou Léon Blum, en passant par l’appel à la liquidation de l’héritage de Mai 68, le Président se livre à un “syncrétisme historique” pour le moins déroutant. Et n’hésite pas à faire côtoyer dans son panthéon personnel des figures aussi opposées que l’écrivain antisémite Maurice Barrès, la femme politique Simone Veil ou le dreyfusard Charles Péguy. Au-delà des grosses ficelles électorales propres à cet exercice, il s’agit pour Nicolas Sarkozy de brouiller les pistes, de dépolitiser et décontextualiser l’histoire, nous expliquent les auteurs de ce livre. Le tout pour fabriquer une identité nationale fantasmée, lisse et consensuelle, qui lui permet de dénoncer une gauche bourgeoise, urbaine, mondaine et loin du travailleur. Et au final, de réaliser un grand écart improbable entre tradition progressiste et révolution conservatrice. Cet ouvrage entend rectifier le tir.
Laurent Jeanneau
Alternatives économiques , juin 2008
Une vingtaine d’historiens et d’universitaires, sous la direction de Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich ont composé un dictionnaire critique. Il s’agit de comprendre la stratégie menée par Sarkozy, et ses collaborateurs, lorsqu’il utilise les références historiques. Il est par exemple bien significatif de regarder l’utilisation qui est faite de la Commune de Paris, dans les discours sarkoziens. Le plus souvent, "la crise sanglante de la Commune" est modèle de désordre. Mais parfois, pour attirer l’électorat ouvrier, le discours se tord et présente les Communards comme "massacrés par Thiers." On voit toute la rouerie qui consiste à manipuler l’Histoire pour séduire l’électeur.
Michel Perraudeau
Anjou laïque , mai 2008

Devant le magma informe et la quantité inouïe de livres publiés depuis l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, les tables « Politique » de nos pauvres librairies n’y suffisent plus. Car si la période veut que l’on publie des livres sur Mai-68, tout éditeur soucieux de figurer dans les meilleures ventes – on n’est jamais à l’abri d’un gros tirage – se doit également d’être présent sur le sujet chaud du moment, à savoir notre président et sa façon si particulière d’incarner la rupture dans sa pratique quotidienne du pouvoir.

Heureusement, il existe encore des éditeurs pour qui la critique doit être articulée et le présent pensé autrement que sous la forme de remarques lapidaires. Ainsi, le livre publié par Agone en liaison avec le CVUH – le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire – se distingue radicalement de la production susmentionnée. Dans ce qui constitue le deuxième volume de leur collection commune Passé/Présent, ce collectif d’historiens a entrepris de disséquer les multiples références historiques du candidat à la présidence pour tenter de répondre à la question qui a sûrement du hanter un bon nombre d’électeur de gauche : Pourquoi et comment est-il arrivé à récupérer si facilement « le panthéon de la gauche socialiste. »

Au fil des pages et des articles, une explication se dessine. Particulièrement inspiré par la IIIe République, les scribes du président vont chasser aussi bien sur les terres de gauche avec Ferry, Jaurès et Condorcet que de droite avec Jeanne d’Arc, Barrès et Maurras. Comme le dit Nicolas Offenstadt dans son article sur notre célèbre pucelle : « Jeanne, sortie de l’extrême-droite, serait ainsi le pendant à Guy Môquet chipé au P.C, de Jaurès ravi à la gauche… Elle participe au premier chef de cette grande bande dessinée œcuménique que le candidat a esquissée tout au long de ces discours afin de ratisser le plus large possible. »

En effet, il ratisse large et il est étonnant qu’à part les promoteurs de ce petit « Dictionnaire critique des usages sarkozystes de l’histoire », peu de voix se soient élevées pour dénoncer l’usage partial et surtout partiel des personnages ou événements convoqués. Car si Jaurès et Blum sont récupérés, c’est au prix de nombreuses contorsions et occultations qui permettent de bâtir un nouveau récit national biaisé, mais résolument fier de son passé et décomplexé de tout sentiment de repentance. Ces amalgames et bricolages constituent ici le degré zéro de l’argumentation et de la conviction politique pour quiconque s’attache à la véracité historique. Mais cela permet à leur auteur de se présenter comme l’héritier d’une longue tradition, comme un homme d’ouverture mué par un volontarisme visant « à rassembler la France de Voltaire et de Pascal. »

En combinant très habilement ces deux registres a priori antinomiques, la France des Lumières et celle des vieux principes de l’ancienne société, il parvient à gommer toute trace des conflits fratricides qui ont emmaillé notre histoire et « effacer tout ce qui serait susceptible de faire division. » De la sorte, il fait fi des clivages idéologiques afin de se présenter comme seul capable d’incarner la continuité républicaine, que ce soit sur les questions d’éducation, de laïcité, ou de vie démocratique. Mais il ne faut pas s’y tromper car « derrière ces généralités, il décrit une école du travail, de l’effort et du mérite, moins caractéristique des Lumières qu’attachée aux vieux principes de l’ancienne société qu’évoquait un Adolphe Thiers contre l’égalitarisme des partageux. » A fortiori, cela sert surtout à montrer combien il a changé, lui, qui plus qu’aucun autre des candidats de droite depuis les débuts de la Ve République, a cristallisé sur son nom les sentiments les plus contrastés (et c’est un doux euphémisme…) « La république peut alors servir d’habits confortables pour prétendre incarner une tradition progressiste quand on prolonge plutôt la révolution réactionnaire. »

Sous couvert d’une relecture des principaux thèmes utilisés durant la campagne présidentielle par le candidat Sarkozy, ce livre nous invite aussi, en filigrane, à réfléchir sur les fondements et le rôle de l’histoire dans notre société. Fondé en 2005, le collectif qui en est l’auteur s’est donné pour mission de « réagir aux différentes formes d’instrumentalisation du passé et de l’histoire » afin d’« alerter les citoyens à propos d’éventuels détournements de la recherche historique. » Mus par les leçons de Weber dans sa célèbre conférence « le Savant et le politique », ces chercheurs s’appuient donc sur leurs « compétences d’historiens pour critiquer ceux qui cherchent à justifier leur pouvoir en arguant des vérités de l’histoire. » Au moment où celui qui est désormais président de la République renoue avec son lyrisme électoral pour retrouver une popularité mise à mal, ce livre fonctionne comme un antidote et un rappel à l’ordre salutaires.

Pascal Pradon (libraire)
Bibliobs.com , 14/05/2008
Sarkozy, zéro pointé en histoire

Un collectif d’historiens corrige sa réécriture permanence de l’histoire de France.

De la récupération des hommes politiques les plus emblématiques de l’histoire de la gauche (Jaurès, Blum) à la pipolisation de certaines de ses figures (Guy Môquet), de la confusion des références (« laïcité positive è plus « France, fille aînée de l’Église » égale discours de Latran) à l’instrumentalisation du souvenir de la Shoah sombrant dans le kitsch mémoriel, on a vu comment Nicolas Sarkozy, à l’école idéologique de ses deux coachs, Max Gallo et Henri Guaino, ne cessait de cuisiner l’histoire de France à sa sauce. Un collectif d’une vingtaine d’historiens (sous l’égide du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire) s’est donc réuni pour déconstruire cette pratique du sarkozysme. Une cinquantaine de références sont répertoriées dans leur livre, des plus fréquentes (comme Jaurès, cité 97 fois par Sarkozy en quelques mois pendant la campagne) aux plus isolées mais néanmoins signficatives (comme Claude Lévi-Strauss, qui lui sert indûment à revivifier un vieux discours sur la nécessité de préserver une identité nationale en péril…). Chacune d’entre elles fait l’objet d’un texte court, pédagogique et animé par le désir impérieux de rétablir une vérité ou une complexité de l’Histoire qui, dans l’usage manipulatoire de Sarkozy, s’est perdue. Jaurès, présenté comme un héros martyr de la nation ? Faux. C’est pour elle et en son nom qu’il a été assassiné… Les multiples entrées du livre rappellent ce qui est omis, replacent la référence citée dans son contexte, corrigent les erreurs grossières, rétablissent une épaisseur de l’événement ou du personnage que le discours sarkozyste simplifie au gré de l’utilisation circonstanciée qu’il en fait. Ce travail est aussi instructif que jouissif, permettant de comprendre, par l’exemple, le lien intime entre l’édification idéologique et la réécriture de l’Histoire. ce que fait tout homme politique, bien sûr, mais le livre montre comment un seuil aurait été franchi, du côté de la construction d’une « mémoire factice » au nom d’un « rêve national dépolitisé è, où l’historicité problématique des conflits et des ruptures, qui sont le propre de toute existence collective, a disparu.

Stéphane Bou
Charlie Hebdo , 07/05/2008
La confusion des mémoires du discours sarkozyen

Un collectif d’historiens décrypte dans un dictionnaire critique les brouillages et manipulations que le chef de l’État inflige au récit national

Le Comité de vigilance face aux usages de l’histoire (CVUH) propose, sous la forme d’un dictionnaire critique, une analyse fournie et détaillée des références historiques employées par Nicolas Sarkozy lors de la dernière campagne présidentielle.
Le collectif d’historiens réuni dans l’ouvrage étudie les personnages, les lieux, les événements et les concepts disséminés dans les discours du candidat de droite.
Les références à l’histoire ont toujours constitué un passage obligé pour les candidats aux fonctions élyséennes. Mais Sarkozy a systématisé l’usage politique des repères historiques tout en actualisant un rapport au passé désormais marqué par le consumérisme, la confusion mémorielle et le besoin compulsif de patrimonialisation. Dans les quarante-neuf entrées de ce dictionnaire, les auteurs repèrent les stratégies discursives du futur président (et de ses porte-plumes) qui toutes visent à brouiller les repères politiques. La manipulation des symboles, la décontextualisation des événements (Henri Guaino parle de « désaffiliation ») construisent une mythologie nationale, dans laquelle l’histoire n’est là que pour prêter des noms. Elle devient alors « insécable et homogène », lisse et syncrétique. Les auteurs soulignent combien Sarkozy s’efforce de gommer les conflits et de valoriser une pseudo-continuité qui irait de la monarchie à la république. Cette mystique du consensus a pour objectif de neutraliser les désaccords et, finalement, de disqualifier le conflit politique.
Outre les erreurs manifestes (Mirabeau transformé en républicain fraternel !) et les contre-vérités (la vision paternaliste, condescendante et ethnocentrée de l’histoire africaine), on découvre comment Sarkozy n’exploite qu’une facette des personnages historiques mobilisés. Ainsi, l’engagement communiste de Guy Môquet est-il quasiment passé sous silence. De même, Sarkozy embrigade un Jaurès qui semble n’avoir jamais été un théoricien marxiste ni un défenseur de la diminution du temps de travail. Le recours aux personnages classiquement associés à la gauche (Blum, Jaurès, Jean Moulin) a permis au candidat de droite de se donner une épaisseur sociale et humaniste, dont il n’a échappé à personne qu’elle lui manquait singulièrement. Cette captation était d’autant plus aisée que la candidate socialiste s’est, dans le même temps, efforcée d’effacer tout ce qui pourrait « gauchir » son discours.
Le panthéon ainsi « bricolé » valorise la dimension individuelle des événements historiques. En présentant l’édit de Nantes comme le texte d’un homme, Henri IV, Sarkozy passe sous silence les processus collectifs complexes qui ont permis d’aboutir à sa rédaction. L’obsession sarkozyenne est de produire un pseudo-récit national unitaire en amalgamant des hommes, des lieux et des événements. L’exaltation patriotique, qui perce avec insistance dans l’exploitation ambiguë du fait colonial, constitue un trait majeur du discours de Sarkozy.
Les montages historiques douteux et le bricolage mémoriel nauséabond auquel s’est livré Sarkozy pendant la dernière campagne ne doivent pas occulter les valeurs de la droite la plus réactionnaire et conservatrice qui sous-tendent ses discours. C’est donc un livre essentiel qui nous est proposé, d’abord parce qu’il est un travail collectif et critique, enfin parce qu’il met à jour, dans la rhétorique politique de Sarkozy, le rêve hégémonique d’une droite nationale libérale.

Jérôme Lamy
L’Humanité , 07/05/2008
Nicolas Sarkozy : pourquoi fait-il tant d'Histoire ?

Depuis son élection, Nicolas Sarkozy ne cesse de convoquer les figures du passé. Sans s’embarrasser de cohérence avec son action politique. Une instrumentalisation de la mémoire ?

Un an déjà : autant dire presque de l’Histoire, et encore de l’actualité... Un candidat à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy, multipliait les références historiques et convoquait dans ses discours tant de gloires nationales que l’on crut, en l’écoutant, feuilleter l’un des millions d’exemplaires du manuel primaire d’Ernest Lavisse (1842–1922), grand reconstructeur républicain du sentiment national après la défaite de 1870. Qu’un homme politique contemporain sollicite ainsi les héros d’hier n’est pourtant pas nouveau. Un de ses prédécesseurs, le général de Gaulle, parlait souvent, d’égal à égal s’entend, de Georges Clemenceau et même de Jeanne d’Arc – qui, comme il le déclara dans un discours à Orléans, en 1959, n’aurait pas « contredit » ses propres propos. Certes de Gaulle, « le plus illustre des Français », selon René Coty, qui fit appel à lui en mai 1958, était déjà l’Histoire à lui tout seul. Et la boutade on ne peut plus gaullienne qu’il fit en concluant un conseil des ministres en parlant du destin de la France n’en était pas tout à fait une : « Voici mille ans que je le dis… »

Mais quelle fièvre s’empare de Nicolas Sarkozy lorsqu’il inscrit Clio, muse de l’Histoire, à chaque page de son agenda ? Il s’est revendiqué de Jean Jaurès, de Léon Blum et de Jules Ferry pendant sa campagne, avec, gloires locales obligent, un arrêt buffet pour Richelieu, Vauban, Kléber ou Descartes. Il a fait lire dans toutes les écoles de France, en octobre dernier, la lettre du résistant Guy Môquet et, quelques semaines plus tard, a embrayé sur l’Holocauste en déclarant devant le Crif qu’il voulait confier la mémoire de chacun des 11 000 enfants français victimes de la Shoah à un élève de CM2. Les réactions ont été nombreuses, fustigeant un « caporalisme mémoriel », une « instrumentalisation de la mémoire et de l’Histoire ». Captation d’héritage ou habile manipulation, érudition mal contrôlée ou lecture trop rapide des almanachs : nombre d’observateurs, entre stupéfaction et malaise, ne savaient plus s’il fallait brocarder la légèreté de M. Prudhomme ou vilipender le cynisme de Machiavel.

Et peu importe que, du président ou d’Henri Guaino, son « ministre de l’Histoire », on ne sache qui est l’auteur de ces emprunts surprenants et de ces envolées lyriques. L’objectif affiché est de reprendre le cours d’un supposé grand récit national pour détourner, au besoin, l’attention des questions d’actualité plus embarrassantes. En piochant dans les clichés et les images d’Epinal, et en cherchant à séduire Billancourt sans désespérer Neuilly, Nicolas Sarkozy ne craint pas l’écueil de l’amalgame. L’Histoire, comme les idées, n’a plus qu’une utilité fonctionnelle, ce qui fait dire au philosophe et sociologue Sami Naïr, dans un essai à paraître, que notre président est, à cet égard, un agent très actif de l’américanisation de la société française, tendance ultralibérale, qui nie la hiérarchie des valeurs au profit de la seule variable politique et économique.

Que cherche-t-il ? Pour Fabrice d’Almeida, directeur de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) et professeur à Paris-II, son rapport à l’Histoire obéit à une double logique : « Il est convaincu que l’on traverse, selon l’expression de Max Gallo, une crise nationale, que l’identité française se délite. Or, d’après lui, ce qui a construit cette identité, c’est l’Histoire. Son objectif est donc de restaurer sa connaissance et sa conscience, pour refabriquer une identité nationale. Mais il le fait façon très XIXe siècle. Cela donne à son projet une coloration ”âme de la France” : une patrie intangible avec un corpus de savoirs qui n’est pas négociable, et qui repose sur l’idée que la nation a une dette envers ceux qui se sont sacrifiés pour elle. Ce qui est singulier, c’est que nous discutions encore aujourd’hui de la nation selon les termes d’Ernest Renan, mort il y a plus de cent ans (1823–1892)... » La seconde logique sarkozienne obéirait à l’action médiatique. Un point également souligné par Olivier Duhamel et Michel Field qui, évoquant dans leur essai (1) les deux finalistes de l’élection présidentielle, rappellent que ce sont les premiers à ne pas avoir « tutoyé l’Histoire » et qu’ils sont des « enfants de la télé ». Sarkozy serait l’initiateur d’un « bonapartisme vidéocratique ».

« Aujourd’hui, on vit les grands drames par l’intermédiaire de la télé et les effets se répercutent sur les hommes politiques », convient l’historien Gérard Noiriel, qui, avec une vingtaine de collègues du Comité de vigilance face aux usages publics de l’Histoire (CVUH), a disséqué les références historiques du président : « Mais cette fois, les amalgames et les bricolages sont tels que l’on atteint le degré zéro de l’argumentation et de la conviction. Ce devrait être un motif d’inquiétude pour tous les citoyens, car au-delà des enjeux droite-gauche se pose un problème majeur sur la fonction même de la politique dans la cité. Cela dit, il ne faut pas exagérer la stratégie de Sarkozy, qui consiste à chercher du consensus. Cela a toujours existé. Le problème est plus large : alors que le clivage droite-gauche s’articulait grosso modo autour du national-sécuritaire à droite et du social-humanisme à gauche, on trouve par exemple aujourd’hui de l’humanisme à droite et du sécuritaire à gauche. Cela rend l’analyse plus compliquée. Les recompositions sont telles que, selon les moments, les arguments varient et changent de camp. »

Des moments que Fabrice d’Almeida ne considère pas comme anodins. Les derniers « coups » du chef de l’exécutif sont intervenus en pleine crise de confiance. L’hommage rendu aux résistants du plateau des Glières, tout comme la relégitimation de la présence militaire en Afghanistan ou le combat contre la piraterie internationale, s’inscriraient dans une stratégie plus globale, fondée sur la glorification de l’héroïsme : « Cette vision héroïsante ne suffira pas à résoudre la “crise nationale”, poursuit d’Almeida. Guy Môquet n’aidera pas à intégrer les exclus de notre histoire. La réécriture de l’Histoire est une chose, l’action politique en est une autre. Or, il n’y a aucune correspondance entre la politique identitaire de Sarkozy et son action politique. Se glorifier d’être français, est-ce se fondre dans l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, dont de Gaulle est sorti en donnant un sentiment de fierté ? Dire qu’on va changer le monde quand on ne parvient pas à résoudre les questions économiques de son pays traduit un problème d’ajustement entre une ambition et un projet. » Plus grave : « Le fossé entre l’image de la France qu’ont Sarkozy et Guaino, et ce qu’elle est réellement est immense. Quand on regarde la population française, Guy Môquet ne suffit plus. Nous sommes un pays de transferts culturels. Ce serait une base considérable pour bâtir une Histoire et une exigence civique. » Et l’historien de noter que, dans la fameuse conférence « Qu’est-ce qu’une nation ? » que prononça Ernest Renan en 1882 (2), le discours sarkozyste ne retient qu’« une âme » en omettant de citer « le plébiscite de tous les jours ». « Cette dernière expression, relève d’Almeida, suppose une agrégation de cultures. Je ne comprends pas que Guaino et Sarkozy ignorent cette évidence. Même si ailleurs, comme en Italie, le désir de réécriture de l’Histoire est également perceptible. »

Nicolas Sarkozy serait-il le seul responsable de la mystification historique ? Gérard Noiriel tempère : « Les hommes politiques utilisent ce qui peut leur servir, mais n’inventent pas tout. » Pour Christophe Prochasson, directeur d’études à l’EHESS, « l’âge de la technique et de la rationalisation économique est aussi celui des émotions. [...] Le passé, entendu comme un discours activant le registre émotionnel, bouscule l’Histoire en tant que récit raisonné ». Ainsi, toute l’année passée, Nicolas Sarkozy n’aura fait que surfer sur de tumultueux débats – esclavage, histoire coloniale, repentance -, activant la fameuse « concurrence des mémoires ». Ironie de l’histoire : voilà que ce sont des descendants d’esclaves qui, aux obsèques d’Aimé Césaire, lui demandent de les laisser tranquilles avec leur mémoire. Gageons que, pour la deuxième année de son mandat, Sarkozy tournera la page de l’Histoire.

Gilles Heuré

(1) “Le Starkozysme”, d’Olivier Duhamel et Michel Field, éd. du Seuil, 140 p., 13 EUR.
(2) “Qu’est-ce qu’une nation ?”, d’Ernest Renan, éd. Le Mot et le Reste, 48 p., 8 EUR (et disponible aux éd. Mille et Une Nuits).

A LIRE
“Comment Sarkozy écrit l’histoire de France”, collectif, éd. Agone, 208 p., 15 EUR.
“Un détournement, Nicolas Sarkozy et la ‘politique de civilisation’”, de Sami Naïr, éd. Gallimard, 144 p., 7,50 EUR (à paraître le 15 mai).
“L’Empire des émotions”, de Christophe Prochasson, éd. Demopolis, 254 p., 24 EUR.
“La France, une identité démocratique, Les textes fondateurs”, de Vincent Duclert, éd. du Seuil, 460 p., 25 EUR.
“1958 : naissance de la Ve République”, de Michel Winock, éd. Découvertes Gallimard, 127 p., 13,50 EUR.

Gilles Heuré
Télérama , 04/05/2008
Polémique : Sarkozy l'historien

Jeanne d’Arc, Guy Môquet ou mai 1968 : les références historiques abondent dans les discours de Nicolas Sarkozy. En campagne d’abord, au pouvoir désormais, le président de République instrumentalise-t-il l’histoire ? C’est ce qu’affirment une vingtaine d’historiens dans l’ouvrage Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France (éditions Agone).

Parmi les auteurs de cet abécédaire figurent trois historiens montpelliérains : Michel Fratissier, Pierre Schill et Eric Soriano. « Notre démarche s’inscrit dans la lignée du Manifeste du comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire créé en 2005, explique Pierre Schill. Chercheurs et enseignants en histoire, de tous niveaux, ont commencé à réfléchir sur des phénomènes comme les lieux de mémoire, la repentance, la loi sur le rôle positif de la colonisation. L’idée n’est pas de défendre un pré carré des historiens mais d’affirmer que l’on ne peut pas raconter n’importe quoi sur l’histoire ».

De ce point de vue, « l’usage immodéré » que fait Nicolas Sarkozy des références historiques constitue une rupture. « Faire de l’histoire, c’est remettre les événements dans un contexte. Si les hommes politiques peuvent légitimement vouloir inscrire leur action par rapport au passé, ils ne peuvent pas le faire en détournant les faits ou les acteurs de l’histoire, en les décontextualisant pour n’en garder qu’une portée symbolique ou émotionnelle. C’est pourtant ce que fait Sarkozy », affirme Eric Soriano, citant les cas de Jaurès ou de Môquet…

Pierre Schill, qui a signé l’article sur Guy Môquet dans l’ouvrage collectif, analyse comme un cas d’école la tentative de faire du jeune fusillé un martyr de la nation. « Nicolas Sarkozy a voulu présenter Guy Môquet comme un résistant, un patriote mort pour la France. Sans dire qu’il avait été arrêté et exécuté parce qu’il était militant communiste. Le Président voulait dépolitiser Guy Môquet au profit du culte unanimiste d’une nation idéalisée, débarrassée de ses conflits politiques, de ses rapports de forces » , analyse l’historien.
Sur Jeanne d’Arc, Jean Jaurès, mai 1968 ou la repentance, les auteurs pointent aussi la même tentation présidentielle de s’approprier les grandes figures de la droite et de la gauche pour écrire un grand roman national, fut-ce au mépris de la vérité. Si les auteurs de cet ouvrage n’échappent pas, eux-mêmes, à certains a priori idéologiques, ils ont le grand mérite de rappeler la nécessité du débat public.

Le livre sera présenté à Uzès le 30 avril à 19 h à la librairie Le Parefeuille ; à Perpignan le 6 mai à 18 h à la librairie Torcatis ; à Montpellier le 5 juin à 19 h 30 dans l’auditorium du musée Fabre ; à Sète le 10 juin à 18h30 à la librairie L’Echappée belle.

Gérard DURAND
Le Midi Libre , 02/05/2008
Comment Sarko (ré)écrit l’histoire de France (2)

L’Afrique, la repentance, Mai 68… Suite de l’histoire, version Sarkozy, critiquée par des historiens dans un livre à paraître le 18 avril. Non content de s’attaquer à des figures de l’histoire de France pour construire son roman national et offrir à tous un Panthéon remodelé par ses soins, la président français a aussi, bien souvent, appelé à lui des thèmes et des événements fondateurs de l’histoire de France.

A la lumière de l’analyse des historiens, auteurs du livre « Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France » publié ce vendredi aux Editions Agone, Bakchich vous propose de revenir sur l’Afrique, la repentance, et, puisque nous aimons, nous aussi, les anniversaires, à Mai 68. Nouveaux extraits de l’ouvrage.

L’AFRIQUE ET LE DISCOURS DE DAKAR

(…) « Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause. » (Dakar, 26.07.07) La formule sonne comme un aveu, et, à l’université, les étudiants sénégalais triés sur le volet ne devaient plus savoir s’ils assistaient à un discours présidentiel, à une leçon d’histoire, ou s’ils subissaient un voyage dans le temps. « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire (…) . »

Nicolas Sarkozy attribue donc, dans l’une des plus importantes universités africaines, un « zéro de température historique » (Marshall Sahlins) au continent africain. Même si le mépris et la méconnaissance de l’Afrique sont camouflés derrière un semblant d’admiration pour cette terre spiritueuse et magique : terre « mystérieuse » (5 fois) ; terre de « sagesse ancestrale », « âme africaine » (9 fois) ; « homme noir » (5 fois)… Autant de poncifs recouvrant l’Afrique d’un voile mythologique et poétique qui, en l’essentialisant, lui confisquent toute complexité, modernité et capacité autonome d’action. (…)

Tous ses stéréotypes aux relents racistes et archaïques témoignent d’une posture ethnocentrique et paternaliste qui permet au président de réactualiser la mission civilisatrice d’une ancienne métropole : « Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer pour que nous l’accomplissions ensemble, parce que de la Renaissance de l’Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l’Europe et la Renaissance du monde. »

Mais le procédé est aussi subtil car il pose le cadre d’intelligibilité du passé colonial français en Afrique, sur lequel Nicolas Sarkozy sait qu’il doit se prononcer. Ainsi, afin de se mouler dans la prétendue matrice mystique de l’Afrique, la colonisation est présentée comme un pêché originel : « La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l’embryon d’une destinée commune. » Au final, la leçon (morale) de l’histoire est assez limpide : l’entrée dans la civilisation vaut bien quelques souffrances… De la modernité, tu accoucheras, dans la douleur. (…)

LA REPENTANCE, FEU SUR LES HISTORIENS

Le candidat Sarkozy s’est présenté dans ses discours de campagne sous les traits de l’impénitent. Le refus de la « repentance » a même été l’un des arguments les plus martelés, puisque pas moins de vingt-sept discours y ont fait référence.

Que fait Nicolas Sarkozy lorsqu’il dit ne pas vouloir expier les « fautes » passées et s’adresse à ceux sur les épaules desquels le poids de l’histoire ne pèse pas ? Il se dote d’une conception de « la France » caractérisée par la fierté nationale, réaffirme le pouvoir de l’autorité politique de déterminer quelles versions de l’histoire doivent être non seulement enseignées mais apprises par tous ; il affermit son emprise sur une clientèle partagée avec l’extrême droite et nourrit la séduction qu’il exerce sur un public plus large. (…)

Mais dans les discours de campagne de Nicolas Sarkozy, ce sont les historiens qui sont donnés pour auteurs d’une « falsification de l’histoire », accusés de « révisionnisme historique » et même d’occultation et d’oubli du passé… (…) Après Jean-Marie Le Pen, qui dénonçait lui aussi « la culpabilisation collective de Français pour des crimes qu’ils n’avaient pas commis » (20.02.07), y associant relativisme soixante-huitard et laxisme face aux délinquants, le discours de Nicolas Sarkozy sur la repentance lui a permis de proposer une relecture conservatrice de l’histoire tout en affirmant une rupture avec les mœurs « intellectualistes » et « immobilistes » de la classe politique. (…)

En refusant l’expiation, Nicolas Sarkozy voudrait réconcilier, puisque « le temps est venu non de l’oubli, mais du pardon » (Toulon, 07.02.07) ; et qu’il veut « être le président de la réconciliation » (19.02.07). (…) La réhabilitation volontariste de la politique va de pair, curieusement, avec sa dénégation, et l’occultation de son caractère conflictuel.

MAI 68, OU COMMENT VENDRE UNE CONTRE-RÉVOLUTION

« Mai 1968 est passé par là. A bas l’autorité. C’est cela le programme de Mai 1968 : (…) l’obéissance de l’enfant à ses parents, c’est fini ; le pouvoir de la police, c’est fini ; la politesse, la courtoisie, le respect des valeurs, c’est fini. (…) Je veux en finir avec l’héritage de Mai 68. » (Metz, 17.04.07)

Avec ce type de discours, Nicolas Sarkozy se fixe un objectif tout à fait clair. Pour mobiliser l’électorat de droite, désormais élargi à l’extrême droite, autour de la hantise du désordre, de la « chienlit » – pour reprendre l’expression chère à de Gaulle -, rien ne vaut le rappel d’un ennemi, le « soixante-huitard », d’autant plus menaçant qu’il serait culturellement hégémonique. Plus conjoncturellement, il s’agit d’effacer les traces de deux grands traumatismes récents : le mouvement de l’hiver 1995 puis la dissolution ratée de 1997 ; de restaurer l’autorité défaite. Pour cela, Sarkozy peut puiser dans la mémoire largement tronquée d’un mouvement éminemment politique, bien davantage encore que culturel, moral ou spirituel. (…)

« Mai 68 », avec la mise en mouvement de millions d’acteurs, une prise de parole généralisée, une dynamique de relations sociales rétive à toute délégation, une menace pour le pouvoir et les hiérarchies constitue donc l’anti-modèle exact d’une « révolution conservatrice ». (…)

« Effacer l’héritage de 68 » n’est donc pas seulement conjurer le spectre d’un mouvement social si puissant qu’il en vienne à menacer directement les pouvoirs, c’est aussi éradiquer les moyens intellectuels de les remettre en question. L’ « esprit de 1968 » est dangereux car il met en péril la politique spectacle en dévoilant la vacuité du pouvoir tout en donnant des armes aux citoyens contre le grand sommeil de l’assujettissement au système libéral.

©Agone, avril 2008

Simon Piel
Bakchich , 18/04/2008
Comment Sarko (ré)écrit l’histoire de France

Un collectif d’historiens s’est penché sur le rapport qu’entretient notre président avec l’histoire, et l’utilisation politique qu’il en a fait ces dernières années. La conclusion fait mal. Nicolas Sarkozy a séché beaucoup trop de cours d’histoire durant sa scolarité ! Grâce aux bonnes feuilles du livre : « Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France » à paraître vendredi 18 avril aux éditions Agone, « Bakchich » lui propose une petite remise à niveau.

« Je veux dire à tous les Français que nous sommes les héritiers d’une seule et même histoire dont nous avons toutes les raisons d’être fiers. Si on aime la France, on doit assumer son histoire et celle de tous les Français qui ont fait de la France une grande nation. ».

Voilà les mots de celui qui n’était alors que le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle. Dans ce discours du 26 janvier 2007, Nicolas Sarkozy, comme il l’a souvent fait au cours de la campagne, se livre à un cours d’histoire à la sauce UMP où le name dropping (le lâcher de noms) dispute sa place à la simplification de l’histoire de France. La campagne de Nicolas Sarkozy est ainsi ponctuée de clichés, de captations d’héritage de l’histoire nationale, comme s’il avait lui-même réécrit les chapitres de son manuel scolaire.

Pour faire bref, une vaste entreprise de « reconstruction du roman national ». Charlemagne, Jeanne d’Arc, Bonaparte, Jaurès, Blum, Mai 68… Tout y est passé ou presque. Non sans avoir été revu et corrigé par Nicolas Sarkozy et sa plume, Henri Guaino.

« NOUS NE POUVONS PAS ADMETTRE L’INSTRUMENTALISATION DU PASSÉ »

En réaction à ce phénomène, loin d’être une nouveauté des campagnes politiques, mais singulier par son ampleur, le collectif d’historiens réuni sous le nom de Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) fondé en 2005, prend la parole. Car s’ils sont avant tout des chercheurs, les historiens sont aussi des acteurs de la Cité.

Voici un extrait du texte fondateur du CUVH : « S’il est normal que les acteurs de la vie publique soient enclins à puiser dans l’histoire des arguments pour justifier leurs causes ou leurs intérêts, en tant qu’enseignants-chercheurs nous ne pouvons pas admettre l’instrumentalisation du passé. » Voila probablement la raison du livre dont il est question aujourd’hui. Près de 20 historiens, membres du CVUH, ont passé au crible les discours de Nicolas Sarkozy. Le constat est douloureux. Notre omni-président n’aurait pas dû sécher les heures d’histoire dispensées au Cours Saint-Louis…

« ÉMOUVOIR À PEU DE FRAIS »

« Nicolas Sarkozy utilise l’histoire dans un double but : produire un nouveau rêve national qui brouille toutes les analyses et toutes les convictions ; détourner l’attention de son programme réel que l’on peut qualifier de national-libéral et dont les premières victimes seront les cibles directes de ses discours de récupération. »

Il réveille des nostalgies afin « d’émouvoir à peu de frais, avec quelques citations, tout en laissant la complexité et les conflits dans l’ombre ». Une récupération qui n’obéit que rarement à une vision cohérente de l’histoire. « Tout personnage est bon à prendre, pourvu qu’il serve son goût du pouvoir dont l’obsession lui tient lieu de programme ».

Nicolas Sarkozy empile les poncifs, et pour servir son message en travestit le sens pour les « rendre émotionnellement opératoire, et idéologiquement discutable ».

« Au lieu de proposer des outils symboliques aptes à penser la place de chacun. Il dénie à l’histoire sa capacité à penser la place de chacun dans le présent et à l’imaginer dans le futur, Nicolas Sarkozy refoule l’histoire comme expérience du réel », poursuivent les historiens.

Bakchich a sélectionné pour vous trois personnages auxquels Nicolas Sarkozy a souvent fait appel pour servir son projet politique. Voici l’analyse qu’en fait le CUVH dans le livre : Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France :

Jeanne d’Arc, l’icône récupérée

« Comme d’autres encore, Jeanne incarne la jeunesse que le candidat puis le président aime tant à exalter : née autour de 1412, Jeanne d’Arc entame son périple politique à 16 ans… (Une jeunesse héroïque à la Guy Môquet.) En effet, l’image favorite de Jeanne d’Arc employée par Nicolas Sarkozy est celle de la Pucelle devant les juges de son procès d’inquisition (quatre occurrences), épisode complexe (à la fois prudence d’une accusée, rapport d’une mystique à Dieu, etc.), réduit ici à la forte attitude de la jeune fille, voire à la fraternité avec les juges ( !). (…)

Plus clairement inscrite dans les stratégies du candidat est la récupération affirmée de Jeanne d’Arc par la droite dite classique. A Rouen, le 24 avril 2007, Nicolas Sarkozy affirme que si Jeanne d’Arc a été confisquée par l’extrême droite, c’est que les valeurs dont elle serait porteuse (la France d’abord) auraient été oubliées ailleurs. Cette « honte » de la France – « erreur » historique – doit être réparée. Ainsi Jeanne, sortie de l’extrême droite, serait en quelque sorte le pendant de Guy Môquet chipé au parti communiste, de Jaurès ravi à la gauche…

Elle participe au premier chef de cette grande bande dessinée œcuménique que le candidat a esquissée tout au long de ces discours afin d’aider à ratisser le plus large possible. L’usage de Jeanne est ici habile : ce terrain de proximité avec l’extrême droite est aussi inscrit dans un patrimoine national étendu, bien au-delà du seul Front national. »

Napoléon Bonaparte, l’image embarrassante

« Des dizaines de journalistes et de citoyens ont esquissé ou développé un parallèle entre le candidat Sarkozy et Bonaparte, et de très nombreux commentateurs ont assimilé son action à une résurgence du « bonapartisme ». Pourtant, il est frappant de constater que les références formelles à Bonaparte sont très bon nombreuses dans ses discours électoraux. (…)

Pourquoi donc cette absence relative de la figure de Napoléon Bonaparte ? Tout se passe comme si le fond du discours sarkozyen sur la synthèse des rois et de la République, sur la « France éternelle » et la nation incarnée dans son président-sauveur, était tellement Bonapartiste qu’il serait inutile d’y ajouter la référence formelle à Bonaparte lui-même. Une autre raison est sans aucun doute la représentation plutôt contrastée de Napoléon Bonaparte dans les lieux communs de la mémoire dite collective : l’homme qui rétablit l’esclavage en 1802, qui liquide une partie des libertés acquises pendant la Révolution, le conquérant et le tyran de l’Europe, n’est pas une figure particulièrement célébrée aujourd’hui. (…)

Le bonapartisme de Nicolas Sarkozy est donc volontairement occulté dans son discours historique, alors qu’il pouvait en être une référence majeure. De toute évidence, la captation de l’héritage idéologique de la gauche a été considérée par l’entourage du candidat comme une meilleure affaire que l’affirmation de son bonaparto-libéralisme. »

Jean Jaurès, une captation sélective

« De toutes les références à l’histoire qui ont émaillé les discours de Nicolas Sarkozy, celles qui ont mobilisé Jean Jaurès ont eu le plus grand retentissement. (…) C’est à partir du discours d’investiture de Nicolas Sarkozy que la mobilisation du nom du grand socialiste suscitera des affrontements enflammés : « Ma France, c’est celle des travailleurs qui ont cru à la gauche de Jaurès et de Blum et qui ne se reconnaissent pas dans la gauche immobile. » (…)

Le fonctionnement de la référence à Jaurès est clair : pour régler une question lourde de choix politiques, comme le rapport à la mémoire nationale ou le déséquilibre de plus en plus criant entre le capital et le travail, le candidat et sa plume caricaturent les perspectives de l’adversaire politique et opposent à cette caricature une fadaise en faisant mine d’en faire la haute pensée d’une figure de l’histoire nationale. (…)

On est là au centre de la stratégie de mobilisation de l’histoire par Nicolas Sarkozy. L’effet d’autorité du grand nom est démultiplié par la répétition terrorisante ; figure historique étant en outre mélangée au flot continu des références et des noms, l’accumulation interdit toute riposte. (…) Enfin noyer Jean Jaurès dans un flot de personnages d’importance de l’histoire française produit un effet de panthéon national qui neutralise le grand socialiste, de même qu’il le déplace au « centre » de l’échiquier politique. Il n’est en effet jamais question du Jaurès des grèves de Carmaux, du Jaurès de l’Internationale socialiste… (…)

Au contraire, Nicolas Sarkozy a exhumé la citation d’un propos du Jaurès de 1890, conseiller municipal et républicain conservateur, plutôt que l’un des si nombreux discours où l’orateur devenu socialiste accablait l’étroitesse politique, économique, sociale et morale des bourgeoisies républicaines au pouvoir. C’est dire l’étendue de l’escamotage ! Et que ce recours de Nicolas Sarkozy à Jaurès relève de la rapine d’un symbole, d’un appel à l’imagination des électeurs par le simple jeu du nom, de la provocation de réactions indignées, de la confusion des mémoires pour masquer le conservatisme de son programme. »

Simon Piel
Bakchich , 17/04/2008
Politique de l'histoire
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Le jeudi 5 juin 2008    Montpellier (34)
Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France
Le samedi 24 mai 2008    Paris 20 (75)
Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France
Le vendredi 23 mai 2008    Carouge Genève (Suisse)
Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France
Le samedi 17 mai 2008    Sceaux (92)
Fête de Lutte ouvrière
Du samedi 10 au lundi 12 mai 2008    Presles (95)
Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France
Le mardi 6 mai 2008    Perpignan (66)
Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France
Le mercredi 30 avril 2008    Uzès (30)
Réalisation : William Dodé