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Conversation sur la naissance des inégalités
Parution : 15/02/2013
ISBN : 9782748901818
Format papier : 200 pages
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Les inégalités n’ont pas toujours existé. Plus encore, leur apparition est loin d’avoir partout suivi le même chemin que celui emprunté par l’Europe et les Proche et Moyen-Orient, le plus souvent résumé par le modèle de la « révolution néolithique ». Montrant la volonté de la collection « Passé & Présent » d’élargir son champ chronologique (jusqu’aux périodes les plus anciennes) et au-delà de l’histoire proprement dite (ici, la « préhistoire » et l’ethnologie), cet ouvrage de vulgarisation insiste sur l’importance d’une approche universelle de l’évolution des sociétés dites « primitives ». S’appuyant sur les très nombreux exemples de sociétés étudiées par les ethnologues et les voyageurs alors qu’elles étaient encore vivantes, il montre le cas de sociétés durablement égalitaires ainsi que la variété des chemins empruntés vers l’inégalité.

Christophe Darmangeat

Christophe Darmangeat enseigne l’économie à l’Université Paris 7 Denis Diderot depuis 1992. Au cours de ces dernières années, il a orienté ses recherches vers l’anthropologie sociale.

Les livres de Christophe Darmangeat sur le site

Foreign Rights

English notice

Conversation on the birth of inequalities

Inequalities have not always existed, and, even more noteworthy, the path of their appearance is quite different from that taken by Europe and the Near and Middle East, resumed for the most part by the model of the so-called ‘Neolithic revolution’. This work of popularization is visible proof of the aim behind the “Passé et Présent / Past and Present” Collection to enlarge its time-frame and go right back to the oldest periods, as well as going beyond history in the strictest sense of the term (prehistory and ethnology here). It emphasizes the importance of a universal approach towards the development of what are known as “primitive” societies; and by using the numerous examples of societies still in function and studied in the field by ethnologists and travellers, puts forward the case of egalitarian societies that have remained so over time, as well as showing the many different routes that have led to inequality.

Christophe Darmangeat has been teaching economy at the Denis Diderot University of Paris 7 since 1992. His studies in recent years have been oriented towards social anthropology.

Dossier de presse
Jacques Trémintin
Lien Social , 17 mars 2016
A. Campagne
Pensée radicale en construction , 12 janvier 2014
S. Babaz
La Nouvelle Vie Ouvrière , 22 septembre 2013
La Gazette d'Envie de lire , Septembre/décembre 2013
Jean-Yves Viollier
http://jeanyvesviollier.com/ , 4 septembre 2013
Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences , 26 Juin 2013
S!lence , Juin 2013
Nicolas Mathey
L'Humanité , 2 mai 2013
Marc Silberstein
Le Monde libertaire , Avril 2013
Entretien de C. Darmangeat avec B. Eychart
Les lettres françaises , Avril 2013
Gaëlle Cloarec
Zibeline , 10/03/13
SUR LES ONDES

Radio Libertaire – “Offensive sonore”
Entretien avec Christophe Darmangeat le 3 janvier à 21h.

Conversation sur l’origine des inégalités

Cette conversation d’un économiste avec lui-même, dans une collection intitulée Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire, est rien moins que passionnante. Elle permet de combattre l’idée reçue de la fatalité d’une inégalité qui aurait existé de tous temps. Trois types de société se sont succédés dans l’histoire : égalitaires, inégalitaires et celles divisées en classes sociales. Dans les premières, on ne trouve ni propriété privée, ni hiérarchie sociale : le partage est la seule logique admise. Personne ne conçoit de disposer de nourriture sans en donner à celui qui n’en a pas, le produit de la chasse étant souvent destiné aux autres, chaque chasseur étant nourri par ce qu’il reçoit d’eux. Les chefs ne tirent alors leur autorité non de la soumission ou de la contrainte, mais de leur sagesse et de leur générosité, sans qu’aucun privilège ne soit attaché à leur fonction de pacification. Ce ne sont pas seulement les inégalités de richesse qui sont alors ignorées, mais la richesse elle-même. Ce n’était pas, pour autant, des sociétés idéales, n’étant à l’abri ni de la violence endémique, ni de l’oppression d’un sexe par l’autre. Le passage à l’agriculture et à l’élevage, pratiques économiques favorisant à la fois la sédentarité et le stockage, permit les premières accumulations de biens. Pourtant, si la répartition inégalitaire devint possible, ce ne fut pas pendant longtemps au détriment de la communauté, les stocks continuant à servir aussi aux plus démunis. La société de classe émergea, dès lors où une minorité réussit à se libérer des tâches productives et où le reste de la société ne put accéder aux moyens de production qu’en abandonnant une partie de son produit à ceux qui les possédaient. Si l’Homo Sapiens est apparu il y a 200 000 ans, la domination de classe débuta, selon les continents, il y a seulement 5 000 à 10 000 ans.

Lien vers la piste audio de la chronique : https://podcloud.fr/podcast/lecturestremintin/episode/conversation-sur-la-naissance-des-inegalites

Jacques Trémintin
Lien Social , 17 mars 2016
Compte-rendu

Christophe Darmangeat est un économiste marxiste qui s’intéresse à l’anthropologie : après tout, pourquoi pas ! S’il reste très “marxiste” dans sa terminologie et sa vision de l’histoire (bref, s’il reste épistémologiquement marxiste), ses travaux de vulgarisation n’en demeurent pas moins intéressants pour aborder l’anthropologie.

Christophe Darmangeat est également l’auteur d’un ouvrage sur l’inégalité des sexes au sein des “sociétés primitives”. Mais l’ouvrage qui nous intéresse ici s’intéresse plutôt aux inégalités matérielles dans l’histoire mais aussi et surtout au sein des “sociétés primitives” actuelles, qu’elles soient agricoles ou de chasseurs-cueilleurs. Christophe Darmangeat s’appuie dans cet ouvrage sur de nombreuses sources de qualité, s’inspirant surtout des travaux de l’excellent anthropologue français Alain Testart, récemment décédé. La forme du dialogue déplaira sans doute à beaucoup (y compris à moi), mais rend son ouvrage assez accessible au plus grand nombre et pédagogique. Quant aux thèses qu’il développe dans son ouvrage, en voici une synthèse orale faite par l’auteur lui-même à l’occasion de son passage sur Radio Libertaire (l’animateur radio est assez mauvais, il y a beaucoup de pauses musicales et l’interview ne commence qu’au bout de 9 minutes 30 – heureusement, c’est possible d’y passer directement -, mais bon, on s’en contentera). Des thèses qu’on abordera donc d’un œil vigilant (en raison du marxisme de l’auteur, mais pas uniquement), mais qui n’en demeurent pas moins intéressantes (http://www.dailymotion.com/video/x14wg1c_darmangeat_news#from=embediframe).

A. Campagne
Pensée radicale en construction , 12 janvier 2014
Quand l'ethnologie explique les inégalités de richesse

Après Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était, l’économiste Christophe Darmangeat propose dans son nouvel opus un voyage dans le temps et l’espace pour comprendre comment les inégalités matérielles sont apparues et donnèrent naissance à la société de classe que nous connaissons. Proche des idées de l’anthropologue Alain Testart, Christophe Darmangeat montre que les inégalités sont la résultante d’une construction sociale et non une donnée prétendument naturelle. Et qu’elles ne sont pas une fatalité !

S’appuyant sur des enquêtes ethnologiques, archéologiques et des récits de grands voyageurs, il raconte comment des sociétés d’Océanie, du Grand Nord ou d’Amazonie ont réussi à vivre durablement de façon égalitaire. Absence de hierarchie, de monnaie ou partage inconditionnel des denrées alimentaires, leurs modèles de société ont beaucoup à nous apprendre.

Sous forme d’un dialogue enlevé entre un savant et un profane et usant de références culturelles populaires, l’auteur parvient à rendre son propos intelligible et même parfois, à nous faire rire!

http://www.dailymotion.com/video/x14wg1c_darmangeat_news

S. Babaz
La Nouvelle Vie Ouvrière , 22 septembre 2013
Auteur de Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était. Aux origines de l’oppression des femmes (Smolny, 2009), puis d’une belle préface de mise en perspective historique à la récente réédition de L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat d’Engels par nos amis du Temps des Cerises, Christophe Darmangeat poursuit sur sa lancée avec Conversations sur la naissance des inégalités. Dans ce livre court mais dense publié aux éditions Agone, il met à profit les apports des anthropologues, des préhistoriens et des archéologues pour approfondir un thème cher au célèbre tandem de barbus : le passage des sociétés égalitaires à celles marquées par les premières inégalités matérielles, qui donneront par la suite naissance aux sociétés de classe que nous connaissons. Au travers d’un vocabulaire clair et précis, le cheminement de la réflexion rejette tous les poncifs, depuis la « loi de la jungle » et « l’homme loup pour l’homme » jusqu’au mythe du « bon sauvage » et des « paradis perdus ››. Et nous rappelle, entre autres, que ce qu’il y a de bien avec le fait de retracer les origines des inégalités économiques et des classes sociales, c’est qu’on peut penser qu’ayant eu un début, elles auront aussi une fin… Gageons que, si la forme du dialogue imaginaire adoptée par Darmangeat contribue à donner a son livre un dynamisme entraînant, la conversation à plusieurs voix. Bien réelle, que nous aurons avec lui, sera des plus stimulantes !
La Gazette d'Envie de lire , Septembre/décembre 2013
L'inégalité n'est pas une fatalité...

Si vous êtes dans les bonnes résolutions de rentrée et le grand ménage d’automne, voilà le livre qu’il vous faut pour vous dépoussiérer les neurones! Enseignant à l’université Paris-Diderot, Christophe Darmangeat s’efforce de nous convaincre, dans ce livre qui traque l’origine des inégalités sociales, que les différences de richesses entre individus ne sont pas inéluctables.

Membre du très intéressant CVUH (Comité de Vigilance face aux Usages de l’Histoire), qui s’est créé en 2005 pour protester contre l’obligation faite aux profs d’histoire de souligner ” les effets positifs de la colonisation”, Christophe Darmangeat a la bonne idée de traiter le sujet de la naissance des inégalités sous forme d’une conversation entre un érudit et un profane. D’où un rythme enlevé, un livre facile à lire et des références parfois inattendues, comme le film “Les dieux sont tombés sur la tête”.

Saviez-vous par exemple qu’il y a deux cents ans à peine, existaient à travers le globe de nombreuses tribus vivant sur un mode parfaitement égalitaire, même si ces peuples, souvent composés de chasseurs-cueilleurs avaient tendance à être repoussés dans des régions inhospitalières : aborigènes australiens, Inuits du Groenland, Bushmen d’Afrique du Sud. Pygmées d’Afrique centrale, “Negritos” du Sri Lanka, des Philippines ou de Malaisie… Et que dans ces sociétés, contrairement aux nôtres, dites civilisées, le chef, qui cumule les obligations tout en étant le moins bien servi de tous, est l’homme d’expérience qui va apaiser les tensions de la tribu : Chez les Inuits, pour éviter que les conflits individuels n’aillent jusqu’au meurtre, sont ainsi organisés des concours de chansons où les deux antagonistes inventent librement des paroles pour exprimer leurs récriminations et mettre les rieurs de leur côté. Vous imaginez Copé et Fillon s’insultant en chansons au moment de la conquête de l’UMP, face à Nadine Morano ou François Baroin ?

L’absence de monnaie dans la plupart de ces tribus a aussi beaucoup perturbé les occidentaux, persuadés d’amener avec eux le progrès : Les visiteurs “avaient bien du mal à s’expliquer comment ces peuples avaient pu, durant des millénaires, assurer leur subsistance quotidienne sans avoir recours à l’échange généralisé, au salariat et à la monnaie. Mais, comme l’observait l’un d’eux, non sans malice : “L’absence de monnaie et de prix trouble davantage les économistes que les indigènes”.

Pour sa part, l’auteur est persuadé que ce n’est pas le passage de la chasse à l’agriculture, avec la sédentarisation que cela implique, qui a accéléré le processus d’inégalité, puisqu’il recense de nombreuses sociétés sédentarisées, demeurées égalitaires. Christophe Darmangeat est convaincu que c’est le développement du stockage des denrées – et donc la possibilité de compenser un meurtre ou d’acheter une épouse moyennant un don conséquent ! – qui ont fait basculer des groupes humains, où les plus nantis ont commencé à exploiter outrageusement les plus démunis, à l’image de nos sociétés occidentales.

Car, et c’est le seul bémol à opposer à ce livre passionnant, les sociétés égalitaires évoquées par Darmangeat ne vont pas jusqu’à fonctionner sur un mode de parité absolue entre hommes et femmes. Si le matriarcat semble avoir été en vigueur chez les Iroquois, majoritairement la femme reste l’acquisition fort onéreuse qui apportera par sa force de travail et ses enfants, la prospérité à l’homme qui aura pu l’acquérir.

Et l’on peut alors vérifier avec un peu de dépit que le machisme n’est vraiment pas une invention récente de l’humanité.

Jean-Yves Viollier
http://jeanyvesviollier.com/ , 4 septembre 2013
Compte-rendu

Christophe Darmangeat s’était fait remarquer par un ouvrage majeur, Le Communisme primitif n’est plus ce qu’il était, qui remettait en question les analyses de Friedrich Engels dans L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État en les actualisant, concluant en particulier à l’inexistence d’un matriarcat originel et à la très grande ancienneté des inégalités sexuelles. Dans ce nouveau petit opuscule, construit sous la forme d’une conversation non dénuée d’humour et de références inattendues (les films Avatar ou Les Dieux sont tombés sur la tête sont cités), il présente de manière à la fois vulgarisée et référencée l’origine des inégalités sociales. Toujours attaché à une vision marxiste ouverte, particulièrement sensible dans la conclusion, Christophe Darmangeat montre bien que ces différences de richesse et de propriété sont la résultante d’une construction sociale et non une donnée prétendument naturelle.

Le propos suit essentiellement une périodisation ternaire, partant des sociétés égalitaires pour aboutir aux sociétés de classes (vers -3000) en passant par les sociétés inégalitaires (apparues vers -10 000). Les sociétés égalitaires au sens le plus strict sont celles des chasseurs cueilleurs nomades non éleveurs, chez qui régnait un libre accès aux ressources du territoire et une solidarité collective, particulièrement en cas de manque. La propriété privée y est marginale, et si la division sexuelle des tâches est une réalité, les chefs sont dénués de réels pouvoirs (ils sont avant tout des forces de propositions et de réflexions). Aucune tendance à l’idéalisation d’un mode de vie prétendument plus harmonieux avec la nature, Christophe Darmangeat rappelant la dureté de la vie d’alors, souvent courte et violente, soumise aux aléas naturels. Les sociétés inégalitaires qui leur succèdent sont contemporaines de la sédentarité (cette dernière précédant d’ailleurs l’agriculture), qui permet le développement du stockage et par là d’équivalents matériels, surtout utilisés pour les mariages et les rachats de meurtres. Néanmoins, le libre accès au territoire demeure un fait établi, tout comme la primauté du sens de la collectivité. La richesse nouvelle peut en effet être large ou individuelle, mais doit quoi qu’il en soit répondre à un rôle social, la sanction en cas de non-respect de ce principe pouvant aller jusqu’à la mort.

Les sociétés de classes émergent ensuite à partir de la croissance du surproduit, en lien avec la centralisation des tâches collectives, s’articulant à travers la constitution conjointe d’un groupe de privilégiés libérés du travail productif et d’une masse croissante de dépendants, l’esclavage et l’infériorisation des femmes jouant ici un rôle clef. Là comme précédemment, Christophe Darmangeat insiste en tout cas abondamment sur la variété des évolutions, refusant le principe d’un schéma unique et linéaire. Au sortir de cette synthèse d’une grande qualité, on peut tout au plus regretter que certains thèmes, comme la guerre ou la place et l’évolution des rites religieux en lien avec cette expansion des inégalités, n’aient pas été abordés ; sans oublier la frustration que laisse immanquablement cette ouverture sur la naissance de la civilisation.

Lire l’article sur Dissidences

Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences , 26 Juin 2013
Recension
Les inégalités de fortune n’ont pas existé de tous temps et en tous lieux. Reprenant, en la vulgarisant, la classification en trois mondes d’Alain Testart, l’auteur distingue les sociétés sans richesse, égalitaires ; puis, avec la création de stockages, les sociétés inégalitaires ; et enfin les sociétés de classes, avec leurs privilèges et leurs exploités. Il montre surtout comment on est passé progressivement de l’une à l’autre. De nos jours, à condition notamment de comprendre que "les responsabilités collectives et les privilèges matériels sont deux choses bien différentes, l’égalité économique est à nouveau possible" - sans, pour autant, un retour aux sociétés de pénurie. La forme questions-réponses, celle de la "conversation" peut dérouter. Ce serait dommage car la démonstration qu’elle recouvre est tranquille, étayée, crédible. Au-delà du slogan ou de l’incantation idéologiques qu’un autre monde est possible, elle construit l’idée, la valide et la rend accessible.
S!lence , Juin 2013
Pour une ethnologie des inégalités

S’appuyant sur les travaux de l’anthropologue Alain Testart et sur de nombreuses études ethnologiques, Christophe Darmangeat relance la thèse du « communisme primitif ».

Comment sont apparues les inégalités matérielles ? Dans son ouvrage, l’économiste Christophe Darmangeat entend s’inspirer de l’approche marxiste qui explique l’organisation des sociétés par les conditions matérielles des hommes et de leurs productions. À partir d’enquêtes ethnologiques et des travaux de l’anthropologue Alain Testart, cette Conversation sur la naissance des inégalités met en rapport la formation des sociétés de classes à partir des sociétés dites premières ou primitives, qu’il appelle sociétés égalitaires. La société des Bushmen du sud de l’Afrique n’a jamais institué de propriété privée ni de hiérarchie sociale. Dans cette société égalitaire sans État régnait « une désinvolture à l’égard des biens matériels », souligne Christophe Darmangeat. Qui met cependant en garde contre le mythe du bon sauvage, récemment repris dans le film Avatar. Les sociétés égalitaires connaissaient des existences souvent difficiles et violentes. Comment dès lors seraient apparues les sociétés inégalitaires ? Citant Marx, pour qui « les changements sociaux sont très rarement l’effet d’une décision consciente », Christophe Darmangeat lie la naissance des sociétés inégalitaires à l’invention technique du stockage. Lorsqu’il s’est avéré possible de conserver les aliments, les richesses ont pu être accumulées, d’où l’apparition de l’argent et aussi la possibilité de produire autre chose que des biens de première nécessité. Pour autant, ces sociétés inégalitaires n’auraient pas connu la propriété foncière ni la privatisation de la richesse. « La richesse était en partie perçue comme un bien collectif dont le riche n’avait pas la totale disposition », précise l’auteur. Des Big Men de Nouvelle-Guinée aux Mélanésiens de l’île de Tikopia, l’auteur montre que les sociétés inégalitaires, au-delà de leurs différences, avaient développé des institutions pour se protéger des plus riches. Quant à la suite de l’histoire, à la tendance générale qui a conduit à l’exploitation économique, à l’esclavage, à la démesure des inégalités et à la formation des sociétés de classes, Darmangeat soutient qu’elle n’est pas achevée. « Si partout, les inégalités sociales, puis les classes sociales et l’État ont été le produit de l’évolution sociale, rien n’oblige à penser que cette évolution serait désormais parvenue à son terme », conclut-il. « Si notre société fait la démonstration que les responsabilités collectives et les privilèges matériels sont deux choses bien différentes, cela donne, je crois, quelques raisons d’être optimiste pour l’avenir. » Ce qui oblige à relancer le collectif et le commun, par-delà ce que l’ouvrage nomme « communisme primitif ».

Nicolas Mathey
L'Humanité , 2 mai 2013
De la diversité des inégalités
Quand on a pour projet d’en finir avec les sociétés de classes et l’État, il est nécessaire de s’interroger sur l’idée que les classes auraient ou n’auraient pas toujours existé, sur les raisons de la pérennité des inégalités de classes. Le livre de Christophe Darmangeat, Conversation sur la naissance des inégalités, offre au lecteur de nombreuses pistes pour tenter de répondre à ces questions si vastes et essentielles : « Je me propose ainsi de te montrer que les inégalités de fortune n’ont pas existé de tout temps, mais aussi de t’expliquer quand, pourquoi, et sous quelles formes elles sont apparues, puis se sont creusées jusqu’à scinder la société en classes antagonistes. » Ce livre possède des avantages notables pour le lecteur : il condense de manière très abordable une imposante littérature préhistorienne, archéologique, ethnologique, etc., tout en respectant la subtilité du débat ; et de nombreux exemples rendent la lecture fluide et évocatrice. Par ailleurs, sa forme présente un agrément principal qu’il faut souligner : l’auteur a choisi de dialoguer avec un interlocuteur, et c’est donc en assistant à cette conversation rondement menée que le lecteur est invité à se saisir de ces réflexions et de ces faits. Outre le panorama des idées et des faits utiles pour pénétrer l’anthropologie de la naissance des inégalités, les typologies des sociétés et leurs conceptions des rapports entre leurs membres, on trouve de bien intéressantes remarques sur le vocabulaire de l’ethnologie et de l’archéologie ; sur les préventions idéologiques qui pèsent sur tout discours se donnant pour objet de rendre compte des différences entre les peuples et les normes sociales régissant l’organisation des sociétés ; sur les méthodes qui permettent la comparaison des sociétés à travers les âges et l’espace – quelque différentes et différenciées qu’elles puissent être. L’auteur apporte ainsi au lecteur des éléments de ce qu’on appelle l’épistémologie, c’est-à-dire l’étude des moyens scientifiques d’accès à la connaissance, et ce d’une manière particulièrement claire. Il en est ainsi des idées sur l’évolution des sociétés et de la connaissance sinon des détails mais certainement des relations causales principales entre un état donné d’un groupe humain, son environnement, ses moyens de subsistance d’une part, et sa structuration hiérarchique, ses capacités d’exploiter autrui, d’autre part. Savoir tout cela, l’établir, le corroborer ne relève pas d’intuitions plus ou moins spécieuses, mais de méthodes que les sciences humaines ici mobilisées ont développées avec une efficacité qu’il importe de rappeler. Cette attention à la rigueur des accès à une connaissance fiable de ces phénomènes difficiles à cerner et à étudier est une préoccupation constante de Christophe Darmangeat. Dans le même ordre d’idée – faire attention aux mots que l’on emploie pour décrire les phénomènes sociaux, généralement multiples et aux contours souvent imprécis –, il revient sur le terme «égalitaire » et avertit qu’il faut veiller à parler d’égalité économique pour les sociétés préhistoriques ou exotiques ainsi qualifiées ; ce qui signifie qu’on peut rencontrer une égalité économique et une inégalité portant sur d’autres rapports sociaux, en concluant que l’égalité économique n’est pas nécessairement corrélée aux autres formes d’égalité. Précision importante pour se débarrasser des usages propagandistes, si je puis dire, que certains courants de pensée « libertoïdes» ont pu faire de ce qu’on appellera la tentation du paradis perdu. Il indique que, si chez ces chasseurscueilleurs des temps premiers, les principaux dommages des sociétés inégalitaires sont absents, la vie y est fortement contrainte par les conditions matérielles, les hiérarchies entre les hommes et les femmes sont pesantes, voire violentes (rapt de femmes ou asservissement sexuel), etc., sans parler du diktat des pratiques religieuses et rituelles – c’est-à-dire la soumission à une autorité suprême! La leçon essentielle ici est que l’on ne connaît aucune société ancienne qui aurait rassemblé tous les attributs d’une société pleinement égalitaire telle qu’on peut la fantasmer en songeant à ce que l’on nomme communément les paradis perdus. Je recommande notamment ce sous-chapitre, salutaire avertissement pour ceux qui, encore et toujours abreuvés d’une même ethnographie de conte de fées, rêvent d’un Éden terrestre qui n’a jamais existé que dans les imaginations les plus crédules. Rêve qu’à bon droit on peut qualifier de pensée réactionnaire, pas de droite, certes, mais réactionnaire quand même… Souscrivant la propre conclusion de l’auteur (« […] Aujourd’hui les capacités de production accumulées par l’humanité, ses connaissances scientifiques et techniques, ont créé les conditions pour qu’existent de tout autres rapports sociaux que ceux qui règnent aujourd’hui. L’égalité économique entre les êtres humains est à nouveau devenue possible… mais une égalité édifiée cette fois sur des bases matérielles et culturelles infiniment supérieures à celles des sociétés sans stockage. L’égalité du futur sera aussi éloignée de celle des sociétés préhistoriques que la navette spatiale peut l’être du propulseur de sagaies »), je tire cette courte réflexion personnelle : il n’existe pas un état natif du monde auquel se référer de manière acritique pour construire le monde que nous voulons, libéré et anarchiste. Notre monde sera celui que nous bâtirons, à partir des fondations d’un monde que nous voulons révoquer et non pas en lorgnant un passé qui n’existe plus puisqu’il n’exista jamais… Un livre donc amplement recommandable pour savoir, comprendre et, finalement, lutter.
Marc Silberstein
Le Monde libertaire , Avril 2013
Aux racines de l'inégalité

Entretien avec Christophe Darmangeat à propos des sociétés primitives, de la condition des femmes et de l’apparition des inégalités sociales

Vous venez de préfacer la réédition de l’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État d’Engels paru aux éditions du Temps des cerises. Il semble bien que l’ouvrage d’Engels ait joué un rôle important dans vos recherches depuis plusieurs années sur les sociétés dites primitives…
Il a été le point de départ de tout. Je l’ai découvert il y a trente ans, avec les idées marxistes, et j’avais alors été impressionné par l’ampleur des questions qu’il abordait. Dans ce petit livre, Engels traitait tout à la fois de la famille, de la parenté, des techniques, et de diverses formes d’organisation sociale, les mettant en rapport les unes avec les autres, éclairant sous un jour inattendu leur état actuel et mettant leur avenir en perspective. C’était fascinant !
Des années plus tard, je suis tombé, un peu par hasard, sur des ouvrages d’ethnologie, en particulier ceux de Maurice Godelier et d’Alain Testart. Et là, j’ai réalisé que bien des raisonnements d’Engels avaient vieilli. J’ai donc voulu savoir ce qu’on pouvait dire aujourd’hui, en tant que marxiste, de l’évolution sociale préhistorique. Je me suis mis à lire de plus en plus de choses… puis à en écrire.

Après plus d’un siècle de recherche, quel bilan peut-on faire des principales thèses de l’Origine de la famille ?
La reconstitution de l’évolution des formes de parenté et de famille, qui doit presque tout à l’anthropologue Lewis Morgan, est presque entièrement dépassée. On ne saurait le reprocher à Engels, qui écrivait à une époque où l’anthropologie sociale faisait ses tout premiers pas. Il en va de même des développements sur l’origine et les causes de la domination masculine – ce qui n’empêche nullement les pages qui traitent de la situation des femmes dans la société capitaliste et des voies de leur émancipation d’être restées d’une incroyable actualité.
Sur l’organisation des sociétés avant l’État et les raisons de l’émergence de celui-ci, là encore, le progrès des connaissances imposerait bien des rectifications et des compléments. Cependant, la caractérisation de l’État comme une organisation spéciale d’hommes armés au service de la classe dominante, et la nécessité pour les travailleurs de briser cette institution (même lorsqu’elle arbore une façade « démocratique ») pour fonder une société nouvelle, demeure la leçon politique majeure de ce livre. Une leçon qui n’a pas pris une ride, bien que des générations de prétendus marxistes aient malheureusement préféré l’oublier…

Vous publiez conjointement, un livre intitulé Conversation sur la naissance des inégalités. La naissance des inégalités est une vieille question philosophique, historique, anthropologique. Peut-on dire aussi que c’est une question politique ?
Bien sûr ! Parce que cette histoire (ou cette préhistoire) n’est pas neutre. Parce que les puissants d’aujourd’hui cherchent en permanence à nous convaincre que les inégalités sont inéluctables, qu’elles sont dans la nature humaine (ou, dans une version à peine moins grossière, dans la nature de toute société un peu complexe), que « des pauvres et des riches, il y en a toujours eu, il y en aura toujours ».
Mais lorsqu’on prend conscience que les inégalités et les classes ne sont pas un produit de nos chromosomes, qu’elles résultent de circonstances déterminées de l’évolution sociale, on peut se poser la question de leur possible disparition… et agir en ce sens.

Il semble que la question du sort des femmes dans les sociétés primitives soit particulièrement éclairante pour comprendre les problématiques de genre contemporaines. En quoi ?
La première chose que nous montrent les sociétés primitives au sujet des rapports hommes-femmes, c’est à quel point eux non plus n’ont rien de naturel et sont des constructions sociales. Il suffit de constater leur prodigieuse variété pour s’en convaincre.
Mais ce que l’on voit aussi, c’est que l’idée qu’hommes et femmes doivent pouvoir occuper indifféremment les mêmes rôles dans la société est un pur produit de l’époque moderne. Elle n’a jamais germé dans aucune société primitive, ni même précapitaliste. En ce sens, le capitalisme a joué dans les rapports entre les sexes un rôle révolutionnaire inouï. S’il n’a pas réalisé cet idéal de l’égalité des sexes (et qu’il en est vraisemblablement incapable), il en a néanmoins été le premier système de l’histoire à en poser les bases.
Ce sont ces idées que j’ai développées dans mon premier livre, Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était.

Vous arrivez à la conclusion qu’il faut assouplir la distinction entre sociétés de classes et sociétés égalitaires en intégrant un troisième type de société : les sociétés inégalitaires. Qu’entendez-vous par là ?
Entre les premières sociétés égalitaires et les sociétés de classe ont existé des sociétés traversées par des inégalités matérielles plus ou moins marquées, mais où la terre restait disponible pour tout membre de la tribu. Il y avait donc des riches et des pauvres, mais pas de classes. La grande majorité des sociétés décrites par l’ethnologie relève de cette catégorie, à commencer par les Iroquois ou les Germains dont parle Engels.

Vous remettez aussi en cause les racines du développement des inégalités et des classes sociales. Quelles sont les pistes actuelles ?
Je ne sais pas si je remets grand-chose en cause. Je crois surtout que ce sont des questions largement négligées. Depuis des décennies, l’immense majorité des ethnologues refuse de les poser, toute préoccupation en rapport avec l’évolution sociale étant considérée comme la pire des abominations. Et du côté des archéologues, on se contente de réponses vagues. C’est un peu fatal, car l’archéologie constate en partie les effets des transformations sociales, mais ce n’est ni dans ses objectifs, ni dans ses moyens de les expliquer. Le plus souvent, on se satisfait de l’idée paresseuse selon laquelle au fur et à mesure que la société grossit, que l’humanité s’organise sur des bases plus larges et qu’apparaît la division du travail, il irait de soi que doivent se creuser inégalités matérielles et hiérarchies.
Pour ma part, je pense à la suite d’A. Testart que les clés des inégalités et de la marche aux classes sociales se situent du côté du stockage, des relations de dépendance et de la disponibilité des terres libres, beaucoup plus qu’en soi, dans la taille de la population ou le développement technique. Mais je crois surtout que la question est très loin d’être épuisée et qu’il y a là encore matière à bien des recherches.

lire l’article en ligne sur le site Les lettres françaises

Entretien de C. Darmangeat avec B. Eychart
Les lettres françaises , Avril 2013
L'égalité à naître
Christophe Darmangeat a donné à son livre la forme plaisante d’un dialogue, très habile procédé permettant de parer aux objections courantes comme aux plus pointues, et de déployer son raisonnement avec élégance. On a bien des difficultés à dater la naissance des inégalités : Rousseau l’accole à celle de la propriété individuelle, d’autres à la possiblité de stocker des ressources. L’homo sapiens a 200 000 ans, et l’auteur appelle la préhistoire et l’ethnologie à la rescousse, pour en resituer l’évolution à grande échelle. Une bonne vieille chronologie a tendance à rendre plus humble : notre modèle de structures sociales n’est décidément pas le seul, imparable et définitif. Christophe Darmangeat décrit des communautés “essentiellement composée d’individus économiquement indépendants, politiquement libres, et armés”, tout en évitant l’écueil de l’idéalisation caricaturale des peuples égalitaires, qui entretiennent beaucoup de violence meutrière, et surtout, une condition féminine souvent épouvantable.

Alors certes, “l’histoire de toutes les sociétés humaines s’inscrit dans une tendance générale vers le développement des inégalités et l’apparition des classes”. Sans doute, mais rien ne dit que c’est un processus qui ne connaîtra pas d’autres étapes… dont on peut déjà rêver, ce petit livre en mains.
Gaëlle Cloarec
Zibeline , 10/03/13
Rencontre avec Christophe Darmangeat, auteur de "Conversation sur la naissance des inégalités"
Le jeudi 26 mai 2016    Fontaine (38)
"Conversations sur l''origine des inégalités"
Le jeudi 12 juin 2014    Marseille (13)
"Conversation sur la naissance des inégalités"
Le vendredi 21 mars 2014    Le Mans (72)
Conversation sur la naissance des inégalités
Le samedi 8 février 2014    Saint-Germain-en-Laye (78)
"Conversation sur la naissance des inégalités"
Le samedi 1 février 2014    Bordeaux (33)
Conversation sur la naissance des inégalités
Le vendredi 31 janvier 2014    Toulouse (31)
Conversation sur la naissance des inégalités
Le jeudi 30 janvier 2014    Toulouse (31)
Rencontre avec Christophe Darmangeat
Le mardi 29 octobre 2013    Ivry sur Seine (94200)
Réalisation : William Dodé