Dans la collection « Passé & présent »

 
couverture
Pour quoi faire la Révolution

Parution : 16/03/2012

ISBN : 9782748901610

Format papier
208 pages (12 x 19 cm) 15.00 €
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Jean-Luc Chappey, Bernard Gainot, Guillaume Mazeau, Frédéric Régent & Pierre Serna

Alors que son legs est de plus en plus méconnu ou délibérément ignoré, la Révolution française n’est pourtant pas morte. De Tunis au Caire, de Tripoli à Sana’a, la révolution fait son retour dans l’histoire mondiale. Face au débat public que ces événements ont inspiré, les historiens ne peuvent se contenter d’une position de commentateurs. Les analogies paresseuses et anachroniques entre révolution et totalitarisme ne convainquent aujourd’hui plus personne.
Les temps ont changé et ils invitent à interroger ce phénomène historique qui, à intervalles réguliers, vient rompre le cours du temps pour renverser les puissants et inventer des régimes censés être plus justes pour le plus grand nombre. Il s’agit de regarder la révolution bien en face, avec ce qu’elle charrie de méprises et d’occasions manquées, pour lui redonner sa dimension de laboratoire du politique.

L’ouvrage est le fruit d’une entreprise collective menée au sein de l’Institut d’Histoire de la Révolution française (Paris I-Sorbonne) dont tous les auteurs sont membres. Depuis sa création en 1937, l’IHRF est en France la seule institution de recherche exclusivement consacrée à l’histoire de la Révolution. Il est aujourd’hui dirigé par Pierre Serna, dans la continuité du travail successivement mené autour d’Alphonse Aulard, Georges Lefebvre, Albert Soboul, Michel Vovelle, Catherine Duprat et Jean-Clément Martin.

Foreign Rights

Rights already sold

Corée : Taupes Publishing, 2012

English notice

What use is the Revolution ?
Jean-Luc Chappey, Bernard Gainot, Guillaume Mazeau, Frédéric Régent & Pierre Serna

From Tunis to Cairo, Tripoli to Sana’a, revolution is making a comeback in world history. This historical phenomenon returns at regular intervals, to interrupt the passage of time, to overturn the powerful and invent regimes supposedly fairer for the vast majority. The revolution should be looked at squarely, together with the mistakes and missed opportunities it brings with it, in order to restore the aspect of a political laboratory.

Sommaire

Introduction : La Révolution comme politique des égaux

I. Toute révolution est guerre d’indépendance (Pierre Serna)
La période moderne est l’histoire d’une Révolution permanente autant que celle de la construction des États
La révolution est non seulement une guerre d’indépendance mais surtout et en soi une « décolonisation » en marche
La chute de la monarchie et la fin de l’empire colonial intérieur, ou 1789 l’année de l’indépendance des Français

II. Pourquoi faire l’histoire de la Révolution française par les colonies ? (Frédéric Régent)
Autonomisme colon, préjugé de couleur et esclavage
De la facture coloniale aux fractures coloniales
L’égalité sans la liberté
L’arme donne la liberté
L’échec de l’assimilation juridique des colonies
Ordre blanc en France, ordre noir à Haïti

III. La « Terreur », laboratoire de la modernité (Guillaume Mazeau)
Inventer la République
Naissance de la République civile
Politiques de laïcisation
La transition démocratique française
La politique de salut public : une politique de guerre
Progrès et régressions démocratiques
Éduquer, émanciper et protéger
Terroriser les terroristes : une politique d’endiguement
Un héritage : la terreur monarchique
Une nouvelle violence politique ?

IV. Révolution, régénération, civilisation : enjeux culturels des dynamiques politiques (Jean-Luc Chappey)
Aux origines d’une distinction : élites civilisatrices et peuple à civiliser (1789–1791)
Régénération, guerre et Terreur (1792–1794)
Inventer la Terreur, soigner la société
Grande Nation et civilisation (1795–1799)
Les élites contre la République ?

V. La République comme association de citoyens solidaires. Pour retrouver l’économie politique républicaine (1792–1799) (Bernard Gainot)
La République comme association
République et travail
République et propriété
République et finances publiques

L’IRHF et l’histoire de la Révolution

Dossier de presse
Compte-rendu Christine Excoffier Historiens et géographes, août 2013
SUR LES ONDES
Compte-rendu Louis Gabriel La revue du projet, avril 2012
Compte-rendu Caroline Wiart Liens socio, 11/10/12
La Révolution française n'est pas terminée Baptiste Eychart Les Lettres françaises, 04/10/12
Compte-rendu Maud Gelly Le Monde diplomatique, octobre 2012
Il y a 220 ans, la première République Camille Pollet Les échos de l'Histoire, blog de Rue 89, 20/09/2012
Une politique des égaux Jean-Sébastien Mora Regards, septembre 2012
Révolution en question Matthijs Alternative Libertaire, été 2012
Pourquoi la révolution ? L'Histoire, juin 2012
Compte-rendu

Cet ouvrage est le résultat d’un travail collectif d’historiens de l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF). Edité dans la collection Passé/Présent, collaboration des éditions AGONE et du CVUH, il pose la question des enjeux et de l’actualité de la Révolution, dans un contexte de crise sociale, politique et de mouvements révolutionnaires autour de la Méditerranée.
Il s’adresse « à tous ceux qui se retrouvent en première ligne dans les collèges et les lycées pour enseigner l’histoire de la Révolution française. Aux conditions souvent difficiles dans lesquelles ils doivent exercer leur métier s’ajoutent les problématiques biaisées, liées aux nombreuses réformes des programmes dans lesquels la période révolutionnaire est réduite à quelques images d’Epinal, comme si la dimension de rupture était mal assumée, comme si la violence des changements qu’elle devait appliquer pour renverser une société féodale et inégalitaire devait être minimisée, ou impossible à expliquer ». C’est au renouvellement des problématiques que s’attache ce livre. Rompant avec la doxa furetienne d’une Révolution « terminée », concept que l’actualité vient bousculer, il redonne à la Révolution française sa dimension de « laboratoire du politique ».
Les deux premières contributions repensent la place des colonies dans l’histoire de la Révolution.
P. Serna affirme « Toute Révolution est guerre d’indépendance » (chap. 1), ce ne serait pas des « centres » que seraient venues les révolutions mais « d’espaces périphériques », provinces (Dauphiné, Provence, Languedoc) et colonies « qui se trouvaient inscrits dans des logiques de domination ». Pour répondre à la question « Pourquoi faire l’histoire de la Révolution française par les colonies » (Chap. 2), F. Régent réévalue la place de la question coloniale dans le processus révolutionnaire, montrant les interactions entre la situation dans les colonies et celle sur le territoire métropolitain.
Les deux chapitres suivants interrogent « la Terreur comme laboratoire de la modernité » (chap. 3 de G. Mazeau) et « les enjeux culturels des dynamiques politiques » (chap. 4 de J.J. Chappey). Les hommes de l’an II ont tenté de construire une République civile, laïque et égalitaire, affranchie des pouvoirs militaires et religieux , tout en étant confrontés à toute une série de contradictions : imaginer « les premières politiques publiques de réduction des inégalités sociales », « inventer la cohésion sociale dans un nouveau régime qui se construit autant sur le progrès social et démocratique que grâce à la répression d’une part importante de la population », « garantir les droits fondamentaux des individus tout en assurant la sécurité de tous »…, autant de questions qui peuvent nourrir l’actualité du début du XXIème siècle.
La dernière contribution redonne sa place à l’économie politique républicaine : « La République comme association de citoyens solidaires » (Chap. 5 de B. Gainot). L’auteur définit le projet révolutionnaire comme un projet d’émancipation et d’individuation, afin de constituer une République comme association d’individus autonomes et solidaires. Il établit ce qui serait pensé alors comme les fondements de cette association républicaine en étudiant les rapports entre République et travail, République et propriété, République et finances publiques.
Un livre stimulant et nécessaire !

Christine Excoffier
Historiens et géographes, août 2013
SUR LES ONDES

France culture – « La Fabrique de l’Histoire » avec Pierre Serna (30 mars 2012)
France inter – « Downtown » avec Guillaume Mazeau (25 avril 2012), à écouter sur le site de France inter
Radio Goliard[s] – « Radio Goliard[s] fait sa révolution ! » (27 mai 2012) à écouter sur le site de Radio Goliard[s]

Compte-rendu

C’est d’histoire qu’il s’agit dans ce petit livre rouge : les cinq auteurs sont membres de l’Institut d’histoire de la Révolution française. Leur ambition est pourtant liée à une actualité, à la fois historienne et politique :vingt ans après la chute du mur, on ne pense plus la Révolution comme on la pensait en 1989. Contre les pensées simplificatrices, contre « les analogies paresseuses et anachroniques entre révolution et totalitarisme », mais aussi contre les récits dorés et autres mythologies, ce livre entend « redonner à la Révolution française sa dimension de laboratoire du politique ».
Pierre Serna, dans un premier chapitre particulièrement original, opère un renversement de perspective : « ce ne serait pas des centres que seraient venues les révolutions » mais d’espaces périphériques « qui se trouvaient inscrits dans des logiques de domination, voire de colonisation ». Il propose donc d’étudier la révolution de 1789 comme une guerre de décolonisation au sein d’un processus étendu du XVIe au XVIIIe siècle et tout aussi important que la construction des États.
Frédéric Régent répond ensuite à la question « pourquoi faire l’histoire de la Révolution française par les colonies » en étudiant les « interactions du processus révolutionnaire des deux côtés de l’Atlantique ».
Le chapitre III est une synthèse sur la « Terreur » remarquable par sa clarté et son intelligence. Loin de toute mythologie, Guillaume Mazeau fait des années 1793–1794 un moment clé de la « transition démocratique ». Revenant à notre actualité, il souligne les dangers que les politiques de lutte contre le terrorisme font courir aux libertés civiles.
Dans le quatrième chapitre, Jean-Luc Chappey étudie la manière dont entre 1789 et 1802 les élites politiques ont défini leurs rapports avec le peuple pour fonder leur pouvoir. On voit là se former les « élites bien-pensantes » d’aujourd’hui, qui distinguent « un personnel politique présenté comme seul apte à savoir ce qui est bon, et un peuple ignorant et archaïque ».
Bernard Gainot réfute enfin l’idée d’une coupure historique au moment de la chute de Robespierre et propose de faire de l’histoire sociale à partir du concept d’économie politique.
Le volume tient les promesses de son introduction : il produit « un savoir démocratique et critique » assurément utile. Mais pourquoi dire que les lecteurs auxquels il s’adresse sont « appelés de plus en plus à se diriger seuls face à des contraintes sociales et politiques de plus en plus fortes » ? Il est paradoxal, de la part d’un collectif d’auteurs, de présenter une histoire de la Révolution qui minimise le rôle des collectifs militants et semble suggérer qu’il n’en existerait plus aujourd’hui.

Louis Gabriel
La revue du projet, avril 2012
Compte-rendu

Lire l’article sur le site de Liens socio

Pour quoi faire la révolution est une œuvre collective réunissant J.-L. Chappey, B. Gainot, G. Mazeau, F. Régent et P. Serna, tous les cinq membres de l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF), dont l’objectif est de proposer une nouvelle analyse de ce thème. Remettant en question les études « classiques » de la Révolution Française, chacun contribue à une approche complexe du phénomène. Il s’agit de repenser l’histoire des idées politiques à travers les acteurs et les institutions qui ont participé au processus révolutionnaire. Plus précisément, les auteurs insistent sur l’histoire économique et sociale afin de comprendre la Révolution Française tout en soulignant le relatif manque d’intérêt porté à cette dimension de l’événement et à son legs historique.
Le phénomène révolutionnaire n’appartient pas au passé, en témoignent les évènements qui ont frappé de nombreux pays du monde arabe, à partir de décembre 2010. Cette vague révolutionnaire, à forte dimension sociale, invite à repenser ce phénomène historique. Entre mouvements de contestation et de conquête des libertés, les printemps arabes incitent les historiens de l’IHRF à revoir l’histoire de la Révolution Française en analysant les acquis historiques qui lui sont liés (la question des libertés fondamentales, la réflexion sur la citoyenneté notamment), sans occulter les rapports de violence et les échecs du processus révolutionnaire. En somme, l’objectif de cet ouvrage est de présenter la Révolution Française comme un modèle d’analyse, une grille de lecture permettant d’analyser « les logiques d’une saison de contestations, de rébellions, de révoltes et de révolutions » (p. 1).
L’originalité de l’ouvrage porte sur plusieurs dimensions, notamment la dimension spatio-temporelle. Du point de vue chronologique, l’étude du processus révolutionnaire dépasse l’évènement révolutionnaire stricto sensu (1789–1799) en intégrant les notions de transfert et d’héritage des idées politiques, qui s’effectuent sur plusieurs générations (1770–1820). En ce qui concerne la dimension spatiale, la Révolution Française s’inscrit dans un vaste ensemble qui dépasse les frontières européennes. En effet, elle s’intègre clairement dans une « histoire atlantique1 », qui se caractérise comme un courant historiographique visant à étudier le monde atlantique comme « une unité d’analyse, un vaste espace unitaire et intégré ». Cette méthode repose sur l’analyse des relations entre les trois continents qui entourent l’océan Atlantique (l’Europe, l’Afrique et les Amériques), sur une période qui s’étend du XVe siècle au milieu du XIXe siècle. De même, d’autres perspectives sont proposées dans cet ouvrage telles que l’analyse des mouvements politiques ou encore « l’histoire sociale du fait politique et culturel2 ». L’ouvrage se divise en cinq chapitres. Les deux premiers traitent du rôle des colonies dans l’histoire de la Révolution Française. Les chapitres III et IV se concentrent sur la période de la Terreur (1793–1794). Enfin, l’économie politique de la première République est au cœur du dernier chapitre.
La première contribution, réalisée par P. Serna, propose d’analyser la Révolution française en tant que guerre d’indépendance. L’idée est de l’intégrer dans une dimension plus large : l’histoire atlantique. En effet, l’époque moderne est marquée par deux processus fondamentaux permettant de comprendre les événements révolutionnaires qui ont eu lieu à la fin de la période. Il s’agit, d’une part, du processus de « mondialisation » qui s’opère tout au long de l’époque. D’autre part, la période se caractérise comme un moment où la contestation est de plus en plus fréquente, en réaction aux abus d’un pouvoir fort. Outre la multiplication des révoltes sur la période étudiée, l’auteur met en avant le développement de sentiments identitaires dans les « périphéries dominées », à l’encontre du modèle monarchique en place. Les années 1770 voient le développement d’une forte culture subversive qui alimente les revendications révolutionnaires. De l’autre côté de l’Atlantique, les révoltes se multiplient dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les protestations reposent, pour certains, sur la volonté d’instaurer l’égalité des biens et des richesses, et, pour d’autres, sur l’idée de jouir davantage de la liberté individuelle. Ainsi, des prémisses du mouvement révolutionnaire apparaissent dans les périphéries du royaume français. L’originalité française est marquée par une concentration de l’ensemble des revendications traversant les autres mouvements révolutionnaires ; le processus révolutionnaire en France concerne par ailleurs près de 28 millions de personnes et traduit une relativement forte politisation dans un pays pourtant à dominante rurale.
Régent traite dans le deuxième chapitre du rapport entre la Révolution française et les colonies du royaume français. Il s’agit ici de comprendre les interactions du processus révolutionnaire de part et d’autre de l’Atlantique. En effet, la situation aux Antilles influence les décisions prises à Paris ; l’histoire de la Révolution française ne peut se dissocier de celle des colonies. La structure coloniale établie est marquée par de profondes inégalités, notamment de droits, selon les catégories sociales, entre blancs et gens de couleur libres, ou, encore, entre les colons et les métropolitains. Dans ce contexte, des tensions ne tardent pas à apparaître. La question coloniale est un sujet qui fait débat et divise au sein des porteurs du mouvement révolutionnaire en métropole. En mai 1791, des discussions ont lieu à l’Assemblée concernant le statut des gens de couleur et des affranchis : l’esclavage est de plus en plus fréquemment condamné. Le principe de liberté et sa défense restent au cœur des revendications révolutionnaires. En somme, il est nécessaire pour F. Régent de réévaluer le rôle des colonies dans la Révolution Française, trop souvent mis de côté par les analyses classiques de ce processus. La revendication de l’abolition de l’esclavage marque de ce point de vue une des grandes singularités du mouvement français.
Dans un troisième chapitre, G. Mazeau se penche sur la période de la Terreur (1793–1794). Habituellement perçue comme une phase d’extrême violence, la Terreur revêt pourtant une réalité plus complexe que les analyses classiques ont pu le laisser penser. La Terreur se situe à un moment du processus révolutionnaire un nouveau régime a été mis en place, rompant radicalement avec la structure féodale. Progressivement, le rôle de l’Église et de l’armée est réévalué, et de nouvelles valeurs, qualifiées de républicaines, apparaissent dans le discours des révolutionnaires. Au nom de ces valeurs, le pouvoir tente d’instaurer un régime au sein duquel le pouvoir civil serait fort, où l’armée se mettrait au service de la société et où l’espace public serait laïc. G. Mazeau utilise le concept de laboratoire politique3 pour rendre compte de ce que la Terreur a pu représenter en termes d’expérimentation, de transition entre un modèle monarchique et un modèle démocratique. Ainsi, cette période est marquée à la fois par de grandes avancées telles que des initiatives démocratiques au profit des exclus (développement de l’enseignement, de l’innovation technologique, des savoirs techniques notamment), mais aussi par des reculs, notamment des droits fondamentaux, ou, encore, par l’usage d’une politique répressive fondée sur la peur et un sentiment d’insécurité. Les années 1793–1794 sont néanmoins cruciales pour l’histoire de la République française, car elles correspondent à une volonté de transition vers un régime égalitaire, de justice et de morale, où la société civile est au centre des décisions.
Le quatrième chapitre analyse les dynamiques politiques et sociales à travers une histoire culturelle de la Révolution Française. J.-L. Chappey s’attache à décrire les caractéristiques du « projet de régénération »4 qui a lieu durant la période révolutionnaire. En effet, la révolution met en place une nouvelle organisation politique basée sur la souveraineté populaire. Une véritable campagne d’intégration et d’assimilation s’effectue afin de politiser ces nouveaux citoyens par le biais des « élites civilisatrices »5.
La dernière contribution réalisée par B. Gainot met en exergue l’idée que la République est avant tout pensée comme une « association de citoyens solidaires ». Dans ce texte, l’auteur analyse la Première République en tant que processus, c’est-à-dire depuis la Convention Nationale (1792–1794) à la constitutionnalisation (1795–1799). L’étude prône une observation de la première République de France à travers l’histoire de l’économie politique républicaine, mettant en évidence le lien entre le projet idéologique et les mesures politico-économiques mises en place. Plus spécifiquement, B. Gainot traite du rapport étroit entre la République, le travail, les intérêts et la propriété. Une large place est laissée à l’analyse des concepts de propriété, mais aussi à la question fiscale. En un mot, le projet républicain se développe à la fois autour de l’idée d’intérêt privé, la notion de propriété et la nécessité d’intervention de la puissance publique dans les échanges. Le phénomène révolutionnaire se caractérise donc comme une « transition vers l’âge industriel6 », en même temps qu’il est une phase d’expérimentation politique et sociale.
Finalement, l’ouvrage Pour quoi faire la révolution soulève le caractère complexe de la période révolutionnaire à la fin du XVIIIe siècle, en France et dans les périphéries atlantiques. L’originalité de l’ouvrage est de proposer une réflexion sur le processus révolutionnaire en insistant sur les acteurs et les institutions qui y ont participé. Alors que les analyses classiques se penchent plutôt sur l’étude des idées et des faits politiques, l’ouvrage offre une nouvelle approche de la Révolution française en imbriquant l’histoire à la fois sociale, économique et politique à l’analyse événementielle.

1 J.-L. Chappey, B. Gainot, G. Mazeau, F. Régent, P. Serna, Pour quoi faire la révolution, Agone, 2012, p. 15.

2 Ibid., p. 16.

3 Ibid., p. 93.

4 Ibid., p. 115.

5 Ibid., p. 118.

6 Ibid., p. 178.

Caroline Wiart
Liens socio, 11/10/12
La Révolution française n'est pas terminée

[…]

L’ouvrage publié par des membres de l’Institut d’histoire de la Révolution française, Pour quoi faire la Révolution, fait un état des lieux des recherches et des interprétations actuelles de la Révolution française. Malgré un ton plus distancié, il ne cache pas pour
autant la dimension politique présente dans les recherches sur l’époque révolutionnaire, l’introduction du livre relevant l’importance de la compréhension de 1789, pour « repenser, en ces temps de tout économique, les concepts de peuple et de citoyen, afin de participer aussi à la réinvention d’une autre définition de l’égalité civique ». Les articles présents dressent des pistes de recherche extrêmement stimulantes. Citons notamment celui de Pierre Sema, qui envisage la Révolution comme une subversion anti-impériale face à un régime monarchique dont la logique de pouvoir n’était pas tant celle d’un État moderne mais d’un Empire contrôlant ses « colonies », proches ou lointaines. Les réflexions de Frédéric Régent sur la dialectique de la radicalisation entre la révolution sur le continent et celle à Haiti méritent aussi une attention toute particulière. Les autres contributions sont du même niveau et indiquent bien toute la fécondité qu’il y a à « repenser les cadres spatiaux et chronologiques dans lesquels la Révolution française est traditionnellement étudiée », en refusant les analogies paresseuses avec le prétendu « totalitarisme ».

Baptiste Eychart
Les Lettres françaises, 04/10/12
Compte-rendu
Bel antidote aux entreprises visant à faire de la Révolution française un objet sans intérêt scientifique et politiquement douteux : cinq historiens (de l’Institut d’histoire de la Révolution française) montrent en quoi elle fut « un laboratoire du politique ». Pierre Sema rend compte du rôle des colonies dans les révolutions (française et américaine) et démontre que « toute révolution est guerre d’indépendance », qu’elle s’exerce contre l’empire colonial ou la domination politique. Guillaume Mazeau analyse la Terreur comme fondatrice de la modernité politique, dans la mesure où, loin de reposer sur la dictature militaire souvent décrite, elle répond à l’invasion étrangère et à la guerre civile en instaurant un nouvel ordre public, civil et laïque, adossé à une politique d’action sociale ambitieuse. Interrogeant la lecture marxiste de la « révolution bourgeoise », Bernard Gainot met en évidence les avancées sociales contenues dans les expérimentations d’associations de citoyens entre 1792 et 1799.
Maud Gelly
Le Monde diplomatique, octobre 2012
Il y a 220 ans, la première République

Le 21 septembre 1792, pour la première fois en France, la monarchie laissait place à la République. Alors que le monde arabe a réactivé un certain intérêt pour l’histoire des révolutions, que faut-il retenir aujourd’hui des années 1792–1795 ? L’instabilité et les violences de la Terreur ou les innovations politiques fondatrices ?

La Première République malmenée par l’histoire

C’est dans le contexte géopolitique tendu à l’extrême de 1939 que les 150 ans de la Révolution et des Droits de l’homme ont été commémorés. Quant au bicentenaire, en 1989, il intervenait au moment de la chute du bloc soviétique, qui aux yeux de nombreux intellectuels, enterrait les utopies et les révolutions dans le passé. S’en suivait, depuis, un relatif désintérêt d’une partie des historiens pour ces révolutions.
La période de la première République se caractérise également par la guerre, menée par la France contre les monarchies européennes, mais encore par de graves conflits civils. L’histoire des soulèvements contre-révolutionnaires et de leur répression, le débat sur le « génocide » vendéen et toutes les exécutions menées dans le cadre de la Terreur, entachent de sang les années 1793–1794 dans la mémoire collective.
L’historien François Furet a, de plus, particulièrement développé l’idée d’une filiation entre la Terreur de Robespierre et le totalitarisme stalinien : « Aujourd’hui, le goulag conduit à repenser la Terreur, en vertu d’une identité dans le projet. »
Ces dernières années, la Révolution française et la Première République ont été reconsidérées par les travaux de l’histoire globale. Cette histoire globale consiste à interpréter des événements nationaux en fonction de leur inscription dans un contexte mondial. Si ces recherches ont permis de mettre fin à certaines exagérations (chauvines ?) sur l’importance de la Révolution française, elles ont aussi favorisé les parallèles entre le cas français et les révolutions anglaise (1688–1689) et américaine (1775–1783). Dans ces comparaisons, la révolution française apparaît souvent plus tardive et plus sanglante.
Enfin, alors que la période du Consulat et de l’Empire (1799–1815) correspond à de nombreuses réactions à l’égard des projets de la Révolution (rétablissement de l’esclavage en 1804), les innovations de Napoléon (le code civil, la Banque de France, etc.) sont souvent mieux connues que celles de la Convention (1792–1795).

Des violences, mais aussi des projets et des transformations majeures

L’Institut d’Histoire de la Révolution française vient cependant de donner « un coup de jeune » à son objet d’étude favori, dans le domaine de la recherche mais aussi dans le débat public. Pour quoi faire la Révolution, tel est le titre du petit livre publié cette année par cinq historiens, avec l’appui du CVUH. Si ce volume confirme les violences révolutionnaires, il souligne surtout l’importance des innovations politiques menées au cours de la Première République. Guillaume Mazeau propose ainsi de repenser la Terreur comme un « laboratoire de modernité » : « Beaucoup de nos valeurs républicaines ont été formulées ou appliquées entre 1792 et 1794. Pour la première fois, le pouvoir civil tente alors de s’émanciper de l’Eglise et de l’armée. »
Parmi ces innovations, on peut mentionner la suspension des pouvoirs du roi par la Convention nationale, un travail constitutionnel nourri de nombreux débats sur la souveraineté, des réflexions sur la démocratie représentative et sur le dialogue entre les représentants et les autres citoyens (celles de Brissot notamment), l’abolition de l’esclavage, des réformes scolaires, la mise en place d’un calendrier républicain (et non plus chrétien) ou encore l’opposition de principe à la peine de mort exprimée par Condorcet lors du débat sur la condamnation de Louis XVI.
La Première République française se singularise en outre par sa faculté à tenir l’armée à distance du pouvoir (faculté plutôt rare dans le cadre d’une révolution).

Une actualité favorable à l’écho des révolutions

Pour une fois, une commémoration relative à la Révolution française trouve un écho favorable avec l’actualité.
Les révolutions arabes, le mouvement des indignés, les conflits liés au numérique et les tensions sociales provoquées par la crise renouvellent l’intérêt pour la période révolutionnaire, et notamment pour le changement de régime politique de septembre 1792. Devant la complexité de ces questions d’actualité, l’intervention de chercheurs est toujours bienvenue. Encore faut-il développer les espaces adaptés à un dialogue entre les historiens et leurs concitoyens.

Camille Pollet
Les échos de l'Histoire, blog de Rue 89, 20/09/2012
Une politique des égaux
Pour quoi faire la révolution n’est pas un manuel visant à relancer des pratiques subversives, mais une mise en perpective du concept de révolution par des membres de l’Institut de l’histoire de la révolution française. Et disons le sans hausser le ton : voici l’un des livres important du moment. Alors que le concept de révolution semblait avoir été enterré dans son ensemble avec la chute des régimes communistes européens, l’ouvrage éclaire le présent, en sortant des remous de l’information et en rappelant que l’histoire des processus insurrectionnels, en premier lieu celle de la révolution française, n’est ni linéaire ni finaliste.
Jean-Sébastien Mora
Regards, septembre 2012
Révolution en question

Pour quoi faire la révolution est un ouvrage collectif qui entend remettre au centre du débat la notion de révolution dans toutes ses implications. Il revient à la première grande référence que les révolutionnaires ont arborée : la Révolution française de 1789 à 1794 (nous laisserons de coté le Directoire, qui est une période de retour à la normale).
Cette œuvre collective entend renouveler le débat historiographique autour de cette période. D’abord dominée par un courant marxiste « orthodoxe » étudiant principalement les luttes de classes qui secouent la période, l’étude de la Révolution française est de nos jours accaparée par le courant libéral-réactionnaire dont la tête de proue a été François Furet. Celui-ci postule que la Révolution fut un laboratoire du totalitarisme communiste, et que toutes les pulsions égalitaires furent un grave danger qu’heureusement la jeune bourgeoisie a su écraser au cours de la réaction thermidorienne de 1794 en exécutant Robespierre et en réprimant durement le mouvement populaire.
Cet ouvrage n’est dans aucun des deux courants. Il s’inscrit surtout contre le courant libéral qui ne voit la Révolution que comme un laboratoire à génocides. Les auteurs s’intéressent aux rapports coloniaux dans la révolution et à la contribution de ces années à l’histoire des idées politiques.
En tant que libertaire on peut trouver le républicanisme de certaines contributions déplacé, voire limite. En effet, exalter la Terreur en tant que creuset de la grande République sociale comme le fait Guillaume Mazeau semble un raccourci très réducteur. Heureusement, toutes les contributions ne sont pas de cet acabit. Les deux contributions sur le colonialisme sont très intéressantes. La première explique que les rapports colonies-métropole ne concernent pas seulement l’outre mer, mais
aussi le territoire soi-disant « métropolitain ». Le rapport entre le pouvoir centralisé à Paris et les provinces intérieures revêt certaines caractéristiques du fait colonial.
La contribution de Fréderic Régent est une synthèse des mouvements révolutionnaires dans les colonies Françaises. L’organisation sociale étant très différente de celle de la métropole, le mouvement révolutionnaire prend logiquement une forme différente. Celle-ci sera l’affrontement entre esclaves, libres de couleur et blancs qui aboutit à l’abolition de l’esclavage en 1794 par la Convention.
L’ouvrage se conclut par une étude de l’économie politique de la période. Somme toute un ouvrage qui renouvelle l’analyse de la Révolution française.

Matthijs
Alternative Libertaire, été 2012
Pourquoi la révolution ?

Sous le titre : « Pourquoi faire la Révolution », cinq historiens de l’Institut d’histoire de la Révolution française proposent, non des recettes pour un soulèvement imminent, mais un renouvellement de l’histoire révolutionnaire, réponse polémique à une « vulgate » tantôt furétienne, tantôt tocquevillienne, et toujours libérale.
Pour réussir cette révolution épistémologique, les auteurs explorent deux pistes. La première consiste à tourner le dos à la scène parisienne. Que ce décentrement puisse être fructueux, en redonnant à la question coloniale, souvent méconnue, son importance, leur lecteur en convient volontiers. On regrette cependant que la démonstration destinée à le convaincre qu’il faut chercher dans les colonies et les provinces périphériques (ici assimilées à des colonies intérieures) « l’origine » de la Révolution ne soit pas plus approfondie.
La seconde piste propose une interprétation de la Terreur. Les auteurs n’usent qu’avec précaution de la vieille idée de la Terreur comme riposte. Leur propos est de lier étroitement l’entreprise terroriste au progrès démocratique et social de l’an II, pile et face d’une même médaille, l’heureuse cohésion des Français ne s’obtenant que par l’exclusion des impurs. C’est là une nouvelle version des discours où Robespierre fait de la Terreur, non un expédient regrettable et provisoire, mais le cour vertueux de la Révolution.

L'Histoire, juin 2012
Le samedi 10 novembre 2012    Versailles (78)
« Pour quoi faire la Révolution »

RENCONTRE ANNULÉE

Rencontre avec Pierre Serna, l’un des auteurs du collectif Pour quoi faire la Révolution (2012)

17h. Hôtel de ville de Versailles (salle Clément Ader)

Rencontre organisée par les Amis du Monde diplomatique de Versailles

Le dimanche 21 octobre 2012    Blois (41)
« Pour quoi faire la révolution »

Dans le cadre des Rendez-vous de l’histoire à Blois, rencontre-débat avec les auteurs de l’ouvrage collectif Pour quoi faire la révolution (Agone, 2012)

9h30 à 11h00, Bibliothèque Abbé Grégoire (quai Abbé Grégoire)

www.rdv-histoire.com

Le samedi 15 septembre 2012    La Courneuve (93)
« Pour quoi faire la révolution »

Dans le cadre de La Fête de l’Huma (où les éditions Agone présenteront leurs ouvrages), débat autour du livre
Pour quoi faire la révolution

Samedi 15, à 14h00, au village du livre
Parc départemental Parc George-Valbon de La Courneuve (RER B)

avec les auteurs du livre Bernard Gainot, Guillaume Mazeau, Frédéric Régent, maîtres de conférence à Paris et Pierre Serna, directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française.

En partenariat avec le CVUH

Plus d’informations sur le site de la fête :
http://humanite.fr/fete_huma

Le mercredi 6 juin 2012    Toulouse (31)
« Pour quoi faire la Révolution »

Rencontre avec Frédéric Régent, l’un des auteurs du collectif Pour quoi faire la Révolution (2012)

19h. Librairie Terra Nova, 18 rue Gambetta

Informations :
contact@librairie-terranova.fr
http://librairie-terranova.fr/

Le vendredi 11 mai 2012    Marseille 15 (13)
L’actualité de la révolution ANNULÉe

LA SÉANCE DE CE SOIR EST ANNULÉE

Conférence-débat avec Michel Vovelle et Pierre Serna,

Pierre SERNA est historien, professeur à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
et directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution Française.
Il a participé à l’ouvrage Pour quoi faire la Révolution (2012)

Michel VOVELLE est historien, professeur honoraire l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
et ancien directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution Française

18h30. Lycée Saint-Exupéry (Auditorium), 529 chemin de la Madrague-ville

organisé par ACT-AGONE-CVUH-Lycée St Exupéry
Voir le site d’Approches cultures et territoires
Voir le site du Comité de vigilance des usages publics de l’histoire

Le jeudi 22 mars 2012    L'Isle d'Abeau (38)
L'Histoire et la démocratie

Dans le cadre de l’Université populaire de L’Isle d’Abeau, intervention de Jean-Luc Chappey et Frédéric Régent,
historiens et auteurs de Pour quoi faire la Révolution

19h30. Auditorium Jean Carrière à la CAPI, 17 avenue du Bourg.
Télécharger le programme du trimestre de l’Université populaire.
Inscriptions par mail: up@capi38.fr
par téléphone: 04 74 96 78 88

Du vendredi 16 au lundi 19 mars 2012    Paris (75)
Salon du livre de Paris

Les éditions Agone seront présentes sur le stand U27 de la région PACA.
(Porte de Versailles, boulevard Victor, Pavillon 1).

Rencontre Pour quoi faire la révolution
samedi 17 mars, de 15 à 16 heures
avec Jean-Luc Chappey, Bernard Gainot,
Guillaume Mazeau, Frédéric Régent & Pierre Serna

> Télécharger le plan

> Informations pratiques sur le site du Salon

up
Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net
Graphisme : T–D