couverture
Agone 34
« Domestiquer les masses »
Parution : 28/10/2005
ISBN : 2748900405
Format papier : 264 pages (15 x 21 cm)
20.00 €
Épuisé

Commander

Format papier 
Lire en ligne 
Format PDF 
Format EPUB 

Accès libre

PDF 
EPUB 

Le développement durable laisse entrevoir l’image concrète, à long terme, d’une société plus prospère et plus juste, garante d’un environnement plus propre, plus sûr, plus sain, et offrant une meilleure qualité de vie à nous-mêmes, à nos enfants et à nos petits-enfants. Pour réaliser ces objectifs, il faut une croissance économique qui favorise le progrès social et respecte l’environnement, une politique sociale qui stimule l’économie et une politique de l’environnement qui soit à la fois efficace et économique.
Commission européenne COM(2001)264

Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes les deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. Oublier tout ce qu’il est nécessaire d’oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l’oublier plus rapidement encore.
George Orwell, 1984

> vous souhaitez vous abonner à la revue Agone

Sommaire

Culture & propagande. « Lille 2004 », capitale européenne de la culture, Bendy Glu
Exemple particulièrement visible d’une transformation générale qui voit imposer la publicité comme monoculture au service de la gestion des populations, « Lille 2004 » ambitionne la (ré)éducation, « tout au long de la vie », au service de la « société de la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive du monde ». L’esthétique pompière, produite par et pour l’entreprise est rigoureusement à l’image de cette idéologie.

Propagande & contrôle de l’esprit public, Noam Chomsky
Toute l’histoire du mouvement syndical nous l’apprend. Et c’est ce que la main-d’œuvre ouvrière de Lowell avait parfaitement compris il y a 150 ans de cela. Il s’agit d’une bataille très importante, car il ne suffit pas simplement d’affronter des gens qui invoquent la « Loi sur le droit-de-travailler » – pour briser les grèves. Il faut aussi se battre contre nos cinq heures quotidiennes de télévision, l’industrie cinématographique, les manuels et le système scolaires ainsi que tout le reste.

La conspiration. Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l’analyse critique des médias, Serge Halimi & Arnaud Rindel
Chomsky a un jour expliqué le sens des attaques dont il est la cible : « Tout commentaire analytique de la structure institutionnelle du pays est une menace si importante pour la classe des “commissaires” qu’ils ne peuvent même pas l’entendre. Donc, si je dis qu’il n’y a pas de conspiration, ce qu’ils entendent c’est qu’il y a une conspiration. Ce système de croyances est très verrouillé. » C’est pourquoi la transformation de toute analyse des structures de l’économie et de l’information en « théorie du complot » s’inscrit dans une logique d’ensemble.

Quand l’Union européenne s’adresse aux « masses ». La « citoyenneté européenne active » contre la démocratie, Benoît Eugène
Dans le cadre de la préparation du « futur programme pour la citoyenneté active », une « consultation » sur Internet donne un exemple sidérant de la culture démocratique de la Commission. Les résultats et leur interprétation se passeraient presque de commentaires : « Le grand nombre de réponses (1 057) atteste le degré élevé d’intérêt que manifestent tant les citoyens (313 réponses) que les membres d’institutions ou d’organisations (744 réponses) pour la problématique de la citoyenneté européenne active. » Rappelons que le nombre d’inscrits dans l’Europe des vingt-cinq en vue des élections de juin 2004 s’élevait à 352 703 427 électeurs potentiels.

Déjà le titre est crétin. Réponse à une enquête sur l’émission de variétés de Rai Uno « Canzonissima », à l’occasion du début de la saison 1972–1973, Pier Paolo Pasolini
Quand les ouvriers de Turin et de Milan commenceront à lutter aussi pour une réelle démocratisation de cet appareil fasciste qu’est la télé, on pourra réellement commencer à espérer. Mais tant que tous, bourgeois et ouvriers, s’amasseront devant leur téléviseur pour se laisser humilier de cette façon, il ne nous restera que l’impuissance du désespoir.

Quand les intellectuels s’emparent du fouet. Orwell & la défense de l’homme ordinaire, Jean-Jacques Rosat
La question décisive en politique n’est pas de savoir si l’on dispose de la théorie vraie : comme toutes les théories, les théories politiques sont faillibles et partielles ; et, parce qu’elles sont politiques, elles peuvent facilement devenir des instruments de pouvoir et de domination. La question politique décisive est de savoir comment, dans le monde moderne, chacun, même s’il est un intellectuel, peut rester un homme ordinaire, comment il peut conserver sa capacité de se fier à son expérience et à son jugement, comment il peut préserver son sens du réel et son sens moral.

Les lieux de loisirs, George Orwell
Une bonne part de ce que nous appelons « plaisir » n’est rien d’autre qu’un effort pour détruire la conscience. Et le bonheur ne peut résider dans le fait de pouvoir tout à la fois et dans un même lieu se détendre, se reposer, jouer au poker, boire et faire l’amour. L’horreur instinctive que ressent tout individu sensible devant la mécanisation progressive de la vie est une réaction pleinement justifiée. Car l’homme ne reste humain qu’en ménageant dans sa vie une large place à la simplicité, alors que la plupart des inventions modernes tendent à affaiblir sa conscience, à émousser sa curiosité et, de manière générale, à le faire régresser vers l’animalité.

Le « développement durable » : une pollution mentale au service de l’industrie, Benoît Eugène
Les grands pollueurs ont tout intérêt à ce que le « développement durable » soit avant tout un problème de responsabilisation du consommateur-citoyen, faisant ainsi de la pollution un problème de manque de civisme et de la consommation une solution : la meilleure façon de protéger la nature, c’est encore de consommer… Et le consommateur n’a plus que l’embarras du choix : entre Leclerc et Carrefour, lequel soutenir de son acte d’achat « écologique » et « éthique » ? Quelle enseigne oligopolistique vouée à la consommation de masse, poussant au productivisme, au dumping social et aux délocalisations, jetant sur les routes un flux exponentiel de camions, est la plus engagée sur la voie du « développement durable » ?

Les Nations unies colonisées par les lobbies industriels. Quand les mots ne sont plus les choses, Observatoire de l’Europe industrielle
À l’occasion du Sommet mondial sur le développement durable, à Johannesburg en 2002, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan déclara : « Il y a dix ans, au Sommet de la terre de Rio, le rôle de l’industrie dans le “développement durable” était mal compris. […] Ce n’est qu’en mobilisant le monde des affaires que nous ferons de vrais progrès. » C’était un nouvel exemple de la profonde osmose des responsables de l’ONU avec l’élite mondiale des affaires. La tradition onusienne de méfiance vis-à-vis des multinationales et son engagement au service des pauvres et des dépossédés avait bien largement fait place à l’idéologie de la mondialisation industrielle.

LA LEÇON DES CHOSES : Dossier « Ernst Jünger ou “le roi du lifting”. Autour du livre de Michel Vannosthuyse, Fascisme & littérature pure »

Phénomène cacochyme, Klaus Bitterman
Le charme discret de la propagande, Isabelle Kalinowski
Sur les falaises de marbre : (auto)critique ou (auto)mystification ?, Michel Vanoosthuyse
Karl Kraus & nous. La réalité peut-elle dépasser la satire ?, Jacques Bouveresse

HISTOIRE RADICALE

La bombe. Réflexions sur le progrès scientifique & la responsabilité individuelle en septembre 1945, Dwight MacDonald (Présentation par Charles Jacquier)
Ce que raconte et surtout ce que ne raconte pas l’Histoire générale de l’ultra-gauche de Christophe Bourseiller, Loren Goldner

Dossier de presse
Lech
www.fluctuat.net , 03/11/05
A contretemps n° 24 , septembre 2006
Revue des revues, Dissidences , juin 2006
D.L.
Imagine demin le monde, n°53 , 01-02/2006
M.A.P.
La Question sociale, n°3 , Hiver 2005-2006
Gérald
Courant alternatif , 12/2005
Angélique Schaller
La Marseillaise , 31/10/2005
Agone : bouillabaisse et luttes sociales...
Marseille, terre de luttes... Le mot est facile, surtout à l’heure où les traminots de la RTM mènent la vie dure à Gaudin. La ville a l’humeur un brin insurrectionnelle et il ne fait pas bon la chatouiller de trop près… Logiquement, c’est dans cette cité familière des luttes sociales que les pirates d’Agone ont choisi de s’établir. Rien d’étonnant, non plus, à en juger par le catalogue (résolument « critique » et solidement ancré à gauche) que cette (jeune) maison d’édition, patiemment, étoffe : Pierre Bourdieu, Jacques Bouveresse, Max Weber, Karl Kraus, Noam Chomsky, Guy Hocquenghem, Serge Halimi, Loïc Wacquant (même si…) Mise en page soignée et originale, appareils de notes ultra complets, variété des formats et des collections… Du travail d’orfèvre pour une politique éditoriale d’une grande qualité.
Agone édite également une revue éponyme, agone, dont la dernière livraison, «Domestiquer les masses», vient de paraître. Sur le mode de Manières de voir (mais en plus « feuillu »), agone n°34 se présente comme une compilation d’articles, récents ou plus anciens (Chomsky, Pasolini, Orwell...), sur la question de la communication de masse et des manipulations qu’elle véhicule. Plusieurs objets d’étude (« Lille 2004 », la falsification de la critique des médias, la télévision, le développement durable, les Nations unies…) pour différents aspects d’un même phénomène. Précis, rigoureux, militant.
La prochaine parution, prévue pour le printemps 2006, sera consacrée aux Guerres de Karl Kraus. Il est fort probable que Flu en touche (au moins) deux mots…

http://livres.fluctuat.net/blog/tag-sociologie.html
Lech
www.fluctuat.net , 03/11/05
N° 34, 2005, 264 pages.– La dernière livraison de la revue-livre Agone – « Domestiquer les masses » – offre, comme à son habitude, un sommaire fourni. Notre attention s’est portée, entre autres textes de qualité, sur une intéressante contribution de Noam Chomsky – « Propagande et contrôle de l’esprit public » – traitant du fonctionnement de la « propagande entrepreneuriale » aux États-Unis et sur l’excellent « Quand les intellectuels s’emparent du fouet. Orwell et la défense de l’homme ordinaire », de Jean-Jacques Rosat. Signalons, par ailleurs, une remarquable étude de Jacques Bouveresse, datant de 2003 : « Karl Kraus et nous. La réalité peut-elle dépasser la satire ? » Dans la toujours intéressante rubrique « Histoire radicale », on trouve, présentée par Charles Jacquier, une profonde « réflexion sur le progrès et la responsabilité individuelle », datant de 1945 et élaborée par Dwight Macdonald – « La bombe » – et un texte pertinent de Loren Goldner – « Ce que raconte et surtout ne raconte pas l’Histoire générale de l’ultra-gauche de Christophe Bourseiller ».
A contretemps n° 24 , septembre 2006
Agone, Le syndicalisme et ses armes, n ° 33, 2005, 274 p.
Agone, Domestiquer les masses, n ° 34, 2005, 253 p.

Il faut dire et redire et ne pas avoir peur de répéter que la revue Agone est une des
meilleures revues de critique sociale dont on dispose actuellement.
Volume après volume, ce constat se confirme. Le volume 33 sur le syndicalisme l’illustre à merveille. Mélangeant documents anciens (article d’Émile Pouget ou d’Édouard Berth, contribution de Castoriadis dans Socialisme ou barbarie, de Roger Hagnauer dans la Révolution prolétarienne ) et articles inédits, le dossier se compose de trois parties. La première, intitulée entre action directe et égalisation, à la question de la double nature du syndicalisme. Les contributions de Edelman (déjà publiée, mais dans un livre épuisé) ou de J.-P Le Crom sur les comités d’entreprise illustrent le caractère instable du syndicalisme. Avec l’aide du CHT de Nantes, la seconde partie traite des grèves de 1955 à Saint-Nazaire et Nantes. Enfin, dans un troisième temps, des paroles d’acteurs sont rassemblées à travers des entretiens de syndicalistes. À ce passionnant ensemble s’ajoute la rubrique traditionnelle Histoire radicale qui propose une série de documents en lien avec le dossier : une contribution de la CGT à la grève générale révolutionnaire, un tract trouvé dans une manifestation en 2003 ainsi qu’un article de Julien Coffinet sur l’imaginaire du capitalisme.Et comme cela ne suffit,une série de trois articles disparates, mais d’un grand intérêt (sur Max Weber, sur le rapport entre philanthropie et capital financier et un hommage à Lothar Baier) complète ce gros numéro d’anthologie.
Le volume 34 présente une série d’articles largement sous tendu par une critique féroce des médias dominants avec des noms connus comme Serge Halimi, Noam Chomsky, George Orwell, ou encore Pier Paolo Pasolini. Un salutaire ensemble qui permet de comprendre le rôle des lobbies dans la définition des politiques industrielles (article de l’Observatoire de l’Europe industrielle) ou le véritable déni de vérité que constitue le terme de « développement durable » (B.Eugène). En sus, les rubriques La leçon de choses ou Histoire radicale avec une critique en règle du livre de Christophe Bourseiller Histoire générale de l’ultra-gauche, ainsi qu’un texte sur la bombe de Dwight MacDonald datant de 1945. Les prochains numéros prévus en 2006 portent sur Karl Kraus,le journaliste autrichien critique de la presse, le suivant portant le titre : « La joie de servir ».

Agone,BP 70072, F-13192 Marseille cedex 20, http://agone.org, 22 et 20 €
Revue des revues, Dissidences , juin 2006
Les éditions Agone ne font pas que publier des auteurs qui dérangent (Noam Chomsky, Howard Zinn, Serge HaIimi, Jean-Pierre Berlan, etc.). Elles éditent également une volumineuse revue semestrielle, dont la dernière livraison est consacrée aux multiples facettes de la propagande contemporaine dans les champs culturel, médiatique, politique, écologique et syndical. L’artiste Bendy Glu revient ainsi en détail sur l’instrumentalisation politique et surtout économique de l’évènement « Lille 2004, capitale européenne de la culture », la manifestation « la plus sponsorisée de toute l’histoire des politiques culturelles ». Noam Chomsky se penche lui sur la propagande entrepreneuriale véhiculée par l’industrie des relations publiques aux Etats-Unis, créée par et pour le monde des affaires en vue de « contrôler l’esprit des gens » et de maintenir ainsi l’ordre social. Serge Halimi et Arnaud Rindel enchaînent bien à propos en décrivant combien il est difficile, voire impossible, de faire entendre une analyse critique de la structure et du fonctionnement institutionnels des médias : rapidement, ceux qui s’y essaient – Chomsky, Bourdieu et leurs rejetons – sont taxés de partisans de la « théorie du complot », quand bien même ils ont tout fait pour désamorcer ce genre de reproche. L’étiquette de « conspirationniste », avec toute la charge symbolique qu’elle véhicule, serait ainsi devenue, par commodité ou par défaut, l’arme de décrédibilisation massive de toute critique vraiment dérangeante pour le pouvoir en place, lequel a toujours considéré l’ordre du monde comme « naturel » et « automatique ». Au menu également : une critique du concept galvaudé de « développement durable », « pollution mentale au service de l’industrie » ; une analyse sociologique décapante de la nouvelle stratégie de com’ de la Commission européenne ; un article sur la colonisation de l’ONU par les lobbies industriels ; une réflexion sur l’engagement intellectuel de George Orwell (La ferme des animaux, 1984…) ; un texte du sociologue Jacques Bouveresse sur le satiriste autrichien Karl Kraus, modèle d’une critique radicale des médias au début du XXe siècle ; etc...
D.L.
Imagine demin le monde, n°53 , 01-02/2006
Agone. Histoire, Politique & Sociologie
Après un numéro d’un grand intérêt sur « les armes du syndicalisme », la revue Agone nous donne, sous le titre « Domestiquer les masses », une livraison consacrée à la mise en condition de l’opinion publique, où se mêlent des contributions plus théoriques et des analyses de cas, en particulier sur l’usage de la notion de « développement durable », justement dénoncée par Benoît Eugène, sur le lobbying de l’industrie auprès des Nations unies, sur les campagnes de propagande des technocrates de l’Union européenne, etc. La revue donne la traduction de l’essai « Propagande et contrôle de l’esprit public », où Noam Chomsky prolonge sa réflexion sur le rôle décisif de la propagande patronale dans la formation de « l’esprit public » et en particulier dans la démonisation et la quasi-destruction du mouvement syndical nord-américain. Dans un long essai sur Karl Kraus, dont il est en France un des meilleurs connaisseurs, Jacques Bouveresse met en évidence la terrible actualité de la critique du journalisme menée par l’essayiste viennois dans les années trente du siècle passé. Enfin, dans la section « Histoire radicale », Charles Jacquier présente un essai de haute volée de Dwight MacDonald, « La bombe. Réflexions sur le progrès scientifique et la responsabilité individuelle », qui, bien qu’écrit au lendemain des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, a encore beaucoup à nous dire sur le sujet. C’est aussi l’occasion de connaître la pensée d’un de ces New York intellectuals des années 30–40, qui prolongea sa réflexion jusqu’à la disparition de la revue Politics en 1948, avant de revenir au journalisme, au New Yorker puis à Esquire.
M.A.P.
La Question sociale, n°3 , Hiver 2005-2006

Ce numéro aborde plusieurs sujets intéressants. Dans le désordre :
Contre l’Histoire générale de l’ultra-gauche, ouvrage frelaté et calomnieux de C. Bourseiller, – seul livre sur le sujet – Loren Goldner retrace de façon nette et concise l’histoire de ce courant politique. En 16 pages, l’auteur évoque les points marquants qui permettent d’en restituer les principales différences et tendances. Une réserve peut-être, le rôle de bouc émissaire unique réservé à Pierre Guillaume pour son influence déterminante dans l’image du révisionnisme-négationnisme du courant.
Dans un autre article Chomsky détaille la technique de propagande systématiquement employée aux USA contre les mouvements sociaux. Rodée depuis 1934 en plein mouvement de grève quasi généralisée, la Mohawk Valiey Formula brise les grèves en montant… « la population contre les grévistes et les permanents syndicaux ». En fait on s’aperçoit qu’aujourd’hui à chaque grève du service public dans l’Hexagone, le pouvoir nous sert la lohawk Valiey Formula, quand les grévistes « prennent les usagers en otages ». Avec les nouveaux leviers des médias…
Un article édifiant de S. Halimi et A. Rindel démonte les processus utilisés par les journalistes pour transformer une analyse structurelle du fonctionnement des médias en une « théorie du complot » ; et ensuite comment des intellectuels d’extrême gauche comme Corcuff imputent cette « théorie du complot » à ceux-là mêmes qui, comme Chomsky, la réfutaient par l’analyse des structures. Ubuesque.
D’autres articles, notamment sur le rapport d’attraction des intellectuels au totalitarisme et sur Orwell qui se voulait un homme ordinaire. Culture et propagande ; Union Européenne et lobbying ; développement durable pollution mentale ; Ernst Junger le « roi du lifting » ; progrès scientifique et responsabilité individuelle… Bref, un numéro intéressant.

Gérald
Courant alternatif , 12/2005
À Marseille aujourd’hui comme aux États-Unis en 1934

« Il s’agissait principalement de monter la population contre les grévistes et les responsables syndicaux […], il s’agissait de s’introduire dans une population au sein de laquelle se déroulait une grève et d’y répandre ce discours sur l’“harmonie” de nos vies, sur les sales types qui essaient de détruire toutes les choses merveilleuses que nous possédons. Il faut nous unir et les jeter dehors. Nous devons protéger nos vies contre ce genre de choses. » On croirait des propos écrits pour décrire la manière dont Jean-Claude Gaudin gère la grève de la RTM, dont il conspue, épaulé par Renaud Muselier ou Gérard Chenoz, la CGT qui « fait reculer Marseille de 10 ans ».
Et pourtant, « ce ne sont que » quelques mots tirés d’un article de Noam Chomsky publié dans la dernière livraison de la revue Agone éditée à Marseille et intitulée « Domestiquer les masses ». Ce numéro réunit neuf articles balayant les thèmes des médias, de l’Europe ou des Nations unies, forts éclairants à lire en ces périodes effervescentes à Marseille.
L’article de Noam Chomsky est donc consacré à la propagande. Il y étudie les ressorts de « la guerre menée contre les travailleurs » dans le contexte américain. Le fait n’est formulé publiquement qu’il y a peu, lors de la démission du Labor Management Council de Doug Fraser, ancien président du syndicat de l’automobile United Auto Workers, mais l’intellectuel américain en retrouve les fondements dès « l’élaboration du fragile contrat social » dans les années 30. Si le premier procédé est celui de la matraque, une méthode « scientifique » est rapidement élaborée pour casser les grèves. Elle date de 1934 et prend le nom de « formule de Mohawk Valley ». Dans un contexte de grève quasi généralisée, elle est conçue pour casser un mouvement très dur dans les usines Remington Rand de cette région : « monter la population contre les grévistes et les responsables syndicaux afin de renvoyer d’eux une image devenue aujourd’hui omniprésente ».
Les tenants de l’industrie comprennent rapidement que leur développement reposera sur une non-remise en cause et que celle-ci passera par le « contrôle de l’esprit public » via une « propagande » usant de tous les moyens de communication à destination du public. Après guerre, la « propagande » devient « relations publiques » dépensant des milliards de dollars à diffuser cette image de l’« harmonie », à cantonner les gens dans leur espace de travail en les excluant de la sphère politique, à faire germer l’idée de la peur et la haine de l’autre, « techniques fort banales du contrôle social ». Si bien que, aujourd’hui à Marseille, comme dans les années 30 aux États-Unis, « il ne s’agissait pas simplement d’affronter des gens qui invoquent la “loi sur le droit-de-travailler » pour briser les grèves. Il faut aussi se battre contre nos cinq heures quotidiennes de télévision, l’industrie cinématographique, les manuels et le système scolaires ainsi que tout le reste », pour reprendre les termes de Noam Chomsky.


Cette Europe qui ne supporte pas le « non »

Autre sujet abordé dans la revue : l’Europe. Un article de Benoît Eugène saura intéresser tous les « incultes » ayant voté non au référendum sur la constitution européenne.
Ils pourront découvrir l’ampleur du processus mis en œuvre dans les couloirs de Bruxelles pour « combattre l’ignorance et l’indifférence du citoyen », le postulat de base étant, évidemment, que celui-ci est mal éduqué et mal informé. Outre le doublement du budget de la communication de la commission, les fonctionnaires européens on lancé une « vaste consultation » (1 057 réponses sur quelque 352 703 427 électeurs potentiels…) et ouvert un grand chantier en direction des journalistes pour « mettre ensemble nos capacités respectives d’expertise pour communiquer vraiment sur la réalité si exaltante de l’UE », dixit Margot Wallström, vice-présidente de la commission européenne. Ici, les journalistes télé constituent une cible privilégiée, avec des formations à l’appui (financées par l’Europe), des stages à la Commission et des invitations régulières à suivre les commissaires dans leurs déplacements. Prenant exemple sur les grosses entreprises qui visent les consommateurs dès le plus jeune âge, l’Europe ne va pas ménager ses efforts publicitaires à destination de ce tendre cœur de cible.
Tout ceci, et bien d’autres infos, dans le dernier numéro d’Agone, intitulé, rappelons-le, « Domestiquer les masses ».
Angélique Schaller
La Marseillaise , 31/10/2005
Réalisation : William Dodé