Raisons et déraisons des politiques vaccinales d’hier, d’avant-hier et d’aujourd’hui [LettrInfo 25-V]
Toute crise sanitaire met au jour les ressorts invisibles du gouvernement des hommes et des choses. Mais plus qu’aucune autre, les pandémies que les sociétés mondialisées connaissent depuis le début des années 2000 mettent à l’épreuve nos croyances, nos valeurs et notre rapport aux autorités politiques, morales, scientifiques…
De manière sans doute paradoxale, c’est au cœur même des crises épidémiques, quand le vaccin est supposé être le plus nécessaire, qu’il est le plus contesté. Et quelques années plus tard, la vaccination est à nouveau reléguée au second plan dans l’actualité politique et sociale. De sujets médiatiques intrusifs, intimes et obsessionnels, pandémie et vaccination ne sont plus désormais que l’objet d’un déni. Déni des effets sur nos quotidiens. Déni des dégâts sur la vision de monde des plus fragiles. Déni sur les liens entre peur et droitisation.
S’il est donc nécessaire d’analyser les discours des spécialistes et des experts pour justifier les politiques vaccinales, il est indispensable de s’interroger, sans compromis ni complaisance, sur la rupture entre promoteurs et contempteurs des vaccins. D’autant plus que, chez les seconds, beaucoup ne se sont jamais remis de leur plongée dans l’irrationnel ; quand les premiers sont plus que jamais certains de n’avoir jamais quitté le cercle de la raison.
C’est l’objet de cet ouvrage qui, prenant pour objet les discours et les arguments des opposants à Louis Pasteur et à ses recherches sur les vaccins, entend analyser des dynamiques politiques et sociales qui entrent en jeu dans les débats, en particulier les résistances qu’elles continuent de faire naître. Plus que jamais, le recul historique permet de porter un regard éclairant sur l’actualité.
« Louis Pasteur s’est imposé en figure du Grand Homme, bienfaiteur de l’humanité et savant républicain. Ses travaux ont été érigés en étape décisive, non seulement de la médecine, mais aussi de l’idéologie scientiste et progressiste. À l’inverse, ses adversaires, pourtant nombreux, sont délégitimés et ravalés au rang d’irréductibles réactionnaires et de parfaits incompétents. De fait, Pasteur impose un nouveau modèle de médecine : une science de laboratoire, tenue à l’écart de l’opinion, voire secrète. Par là, elle semble correspondre au modèle d’une République qui promeut un nouvel ordre social et politique, fondé sur une version pédagogique de la raison qui justifie la domination sociale, sexuelle et coloniale.
» Les “microbes” participent ainsi à l’élaboration d’une forme de démocratie ‘moderne’, entre élections et affirmation de la société civile qui fait émerger une forme de solidarité et de responsabilité fondée sur la pratique vaccinale. Tandis que domine une figure du savant et médecin mise à profit par la République pour sortir de la crise de légitimité politique à laquelle elle fait face.»Ce livre revient sur la victoire de la médecine pasteurienne pour analyser les rapports entre la république et la science. Qu’est-ce qui rend le vaccin aussi clivant et situe ses partisans en défenseurs et ses adversaires en opposants au modèle républicain ? Prenant pour objet l’étude des discours et arguments des critiques de Pasteur et de ses recherches, cet ouvrage met à jour les enjeux politiques et sociaux de la vaccination que ne résume pas la question : est-elle plus liberticide que médicale ?
Sur ce livre de Jean-Luc Chappey, lire la postface en ligne sur Antichambre :
— « Les antivax au temps de Pasteur : la liberté, l’argent, la science », Anne-Marie Moulin, mars 2025.
