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« À l’heure où j’écris ces lignes… » Avant-propos à “L’Affaire WikiLeaks”

8 janvier 2024|

Voici un livre qui devrait vous mettre très en colère : c’est une histoire de journaliste emprisonné et soumis à un traitement d’une intolérable cruauté pour avoir dénoncé des crimes de guerre, de politiciens britanniques et américains déterminés à l’anéantir, et de médias complices pour passer cette monstrueuse injustice sous silence.

Aujourd’hui, Julian Assange est célèbre. Il a joué un rôle de premier plan dans les révélations de WikiLeaks sur l’envers du décor de la guerre d’Irak – entre autres. Ce sont les journalistes de WikiLeaks qui nous ont fait découvrir d’horribles crimes de guerre comme ceux documentés par la vidéo Collateral Murder 1 ou ceux commis par les mercenaires américains sur la place Nissour à Bagdad, en 2007, qui ont fait dix-sept victimes civiles, dont deux enfants, et vingt-quatre blessés. Dans les derniers jours de son mandat, Trump a gracié les meurtriers ; mais il a veillé à ce qu’Assange, lui, reste en prison.

WikiLeaks a produit un travail considérable. Toutes les sociétés démocratiques devraient s’inspirer de ses principes fondamentaux. Il faut que les gens sachent tout ce qui est fait en leur nom. Quand les politiciens cachent des secrets déshonorants, les journalistes ont la responsabilité de les révéler au grand jour. Et ce sont aux hommes politiques d’en payer le prix, et d’être sanctionnés par la loi s’ils ont agi contre elle. Ce ne fut pas le cas dans l’affaire Julian Assange, et les crimes et la corruption révélés par WikiLeaks sont restés impunis.

Stefania Maurizi a suivi l’affaire depuis le début. S’appuyant sur les lois relatives à la liberté d’information, elle a exhumé des documents qui révèlent les attaques dont Julian Assange a fait l’objet. Elle retrace par le menu les événements extraordinaires qui se sont produits depuis 2001. Au cœur de cette histoire, un homme qui a payé le prix fort pour avoir mis à nu la réalité d’un pouvoir qui refuse de rendre des comptes et se cache sous une apparence de démocratie.

À l’heure où j’écris ces lignes, c’est le système judiciaire britannique lui-même qui est mis en cause. La Grande-Bretagne se targue de l’indépendance de ses tribunaux, de son respect de l’État de droit et de l’incorruptibilité de ses avocats. C’est ce que nous allons voir. Julian Assange est un journaliste dont le seul crime a été de dire la vérité. Pour cela, il a perdu sa liberté. Depuis 2019, il est mis à l’isolement dans une prison de haute sécurité, avec les conséquences dévastatrices que l’on peut prévoir sur sa santé mentale.

S’il est extradé vers les États-Unis, il sera incarcéré pour le restant de ses jours. Un tribunal britannique sera-t-il complice d’une injustice aussi criante ?

Pour ce qui est de la Grande-Bretagne, d’autres sujets doivent nous alerter : les dépenses considérables en argent et en personnel pour surveiller Assange, quand il était confiné dans l’ambassade équatorienne à Londres ; la lâcheté de la presse et des chaînes de télévision qui n’ont pas défendu la liberté journalistique ; et la façon dont le Crown Prosecution Service, alors dirigé par Keir Starmer, a piégé Assange dans un cauchemar judiciaire et diplomatique.

Si vous croyez vivre dans une démocratie, vous devez lire ce livre. Si vous êtes attachés à la vérité et à une politique intègre, vous devez lire ce livre. Et si vous estimez que la loi doit protéger les innocents, vous devez non seulement lire ce livre, mais aussi exiger que Julian Assange soit un homme libre.

Combien de temps encore allons-nous accepter que l’appareil d’État, responsable des crimes les plus odieux, continue de tourner en dérision nos efforts pour vivre dans une démocratie ?

Ken Loach

Avant-propos au livre de Stefania Maurizi, L’Affaire WikiLeaks. Médias indépendants, censure et crime d’État, à paraître le 19 janvier.