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Intellectuelles et féministes à l’avant-garde des luttes [LettrInfo 24-V]

Avec le portrait de quelques enseignantes et pionnières du féminisme entrées en politique avec l’affaire Dreyfus, l’historienne Mélanie Fabre remet la question de l’éducation et de l’école publique au centre de l’émancipation sociale et politique.

En 1881, lors d'une conférence prononcée devant des institutrices, Pauline Kergomard déclare : « L’endroit désigné pour faire la démocratie, c’est l’école. » 

Cette phrase, précise Mélanie Fabre, pourrait être l’adage des intellectuelles qu’elle a étudiées : « Elles font du système scolaire un levier majeur de transformation sociale. Pour elles, l’école cristallise des engagements multiples, pour plus d’équité sociale, pour plus d’égalité entre les sexes, pour la construction d’un monde pacifique, et ce, dans un combat contre tous les obscurantismes. »

Mais ce n’est pas tout, car si « l’endroit désigné pour faire la démocratie, c’est l’école », alors « celles et ceux qui font l’école assument non seulement une fonction sociale indispensable mais un rôle politique majeur. C’est ainsi qu’une élite féminine enseignante, en s’emparant des opportunités professionnelles ouvertes par le nouveau régime, subvertit le rôle professionnel qui lui avait été assigné pour s’imposer dans des espaces de débats et de prises de décision jusqu’alors monopolisés par les hommes ».

Ce qui n’est pas sans mettre ces intellectuelles en contradiction avec le devoir de réserve auquel elles sont tenues en tant que fonctionnaires. À quoi Albertine Eidenschenk répondra par des propos qui résonnent toujours, plus d’un siècle après : « Je ne suis pas neutre, je ne veux pas l’être, je le trouverais déshonorant. Si, quand mes élèves entendront s’élever de la rue des clameurs de mort contre une classe de citoyens, elles pouvaient une seconde penser que je les approuve ; si, quand elles liront d’épouvantables excitations à la haine et à la persécution, des appels au ‘sabre libérateur’, elles pouvaient douter un instant que je les condamne, j’en serais profondément humiliée : j’aurais le sentiment très net que j’ai manqué à un de mes devoirs essentiels d’éducatrice. »


Thierry Discepolo
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De Mélanie Fabre, lire en ligne :
— « Hussardes noires de la République. Entretien avec Mélanie Fabre », (Au jour le jour, mars 2024)
— « “Oser être” : le destin d’une poignée de pionnières de l’enseignement laïque », (Au jour le jour, mars 2024)
— « Sur les traces d’une poignée d’intellectuelles et féministes au tournant du XXe siècle » (Au jour le jour, février 2024)