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Éloge de la raison
Pourquoi la rationalité est importante pour la démocratie

Préface inédite de l’auteur
Traduction de l’anglais de Benoit Gaultier

Parution : 09/03/2018
ISBN : 9782748903584
Format papier : 218 pages (12 x 21 cm)
21.00 € + port : 2.10 €

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« Le rationaliste est l’ennemi de l’autorité, des préjugés, de ce qui est traditionnel. Il est porté par la croyance en une “raison” commune à toute l’humanité, en un pouvoir commun d’examen rationnel, qui serait le fondement et la force vive de l’argumentation. Au-dessus de sa porte se trouve inscrit le précepte de Parménide : “Juge par argumentation rationnelle.” J’avoue moi aussi garder espoir en la raison. Certes, elle est fragile, nourrie par nos passions et sentiments, et sa flamme prométhéenne doit toujours être entretenue de peur qu’elle ne vacille et s’amenuise. Mais cet espoir est justifié. »

On entend souvent aujourd’hui qu’au fond, la vérité, les faits objectifs n’existent pas, qu’il n’y a pas de points de vue qui soient réellement plus rationnels que d’autres. La raison passe également pour autoritaire et antidémocratique : elle conduirait à l’intolérance, au dogmatisme, au non-respect de la multiplicité des points de vue. Professeur de philosophie à l’université du Connecticut, Michael Lynch répond aux différents arguments avancés contre la raison – de ceux du scepticisme ancien à ceux du relativisme postmoderne – et soutient qu’elle est précisément ce dont les démocraties ont besoin pour être véritablement démocratiques.

Michael Lynch

Professeur de philosophie à l’université du Connecticut, Michael P. Lynch est notamment l’auteur de Truth in Context: An Essay on Pluralism and Objectivity (MIT Press, 1998) et de Truth as One and Many (Oxford University Press, 2009). Il intervient par ailleurs fréquemment dans le New York Times, le New Yorker et le Guardian.

Les livres de Michael Lynch chez Agone

Dossier de presse
Thierry Jobard
Sciences humaines, juillet 2018
Julien Massenet
Ouvertures, Le temps du citoyen, 13 mars 2018
Éloge de la raison


Le ton n’est pas doctoral mais clair et pédagogique, presque bonhomme. Se penchant sur la méfiance qui se généralise dans l’opinion américaine vis-à-vis de la réflexion rationnelle (mais les sociétés européennes prennent le même chemin), il entend établir ce qui peut fonder nos croyances, à l’inverse des passions et émotions volatiles. Ce qui implique de donner une définition a minima de la raison (en l’occurrence plutôt une raison pratique), de la croyance et de la vérité. D’où le rappel des arguments sceptiques, notamment ceux de David Hume sur les limites de la raison, toujours recevables aujourd’hui, puis leur discussion et leur intégration dans la rationalité. D’où également la nécessité de donner des raisons épistémiques à nos croyances et à nos principes. Ainsi, « avoir foi en la raison, c’est s’engager envers les principes épistémiques fondamentaux […], c’est-à-dire adopter pour règle d’utiliser l’inférence logique et l’observation de façon aussi constante et ouverte que possible ». Cette foi n’est pas une confiance aveugle puisque ces principes peuvent être justifiés. Le modèle retenu ici est celui des sciences exactes, tout autant pour la méthode inductive que pour le mode d’établissement collectif et autocorrecteur de la communauté savante. Mais les sciences humaines ont également leur rôle à jouer. En effet, Michael Lynch, après d’autres, ne dénature pas la vérité mais introduit un pluralisme qui est de nature à favoriser l’intersubjectivité et donc à donner à nos systèmes de croyances une portée politique. En effet, faire usage de la raison selon des méthodes vérifiables et reproductibles constitue celle-ci en bien commun à l’aune desquelles les croyances doivent être pesées. Leur cohérence interne sera ainsi mise à l’épreuve, et leur mise en discussion publique est le gage d’échanges argumentatifs raisonnables.


Lire l’article en ligne sur Sciences humaines


Thierry Jobard
Sciences humaines, juillet 2018
La raison et les croyances étant toujours liées, sommes-nous condamnés au scepticisme ?


Non, affirme Michael P. Lynch, philosophe et essayiste américain. Préoccupé par la « pollution informationnelle » croissante qui mine le débat public et conduit au relativisme, l’auteur professe toujours sa foi en la raison, envisagée non plus comme unique source de vérité, mais comme champ commun, démarche collective pour établir des consensus entre opinions et savoirs.


Les « fake news » (fausses nouvelles volontaires), ne sont qu’un type de « pollution informationnelle » parmi d’autres, comme « la propagande, [les] publicités politiques ouvertement trompeuses diffusées sur les médias et réseaux sociaux, [les] emballements creux de Twitter et l’usage par la Maison-Blanche des conférences de presse pour répandre des mensonges, quelles que soient les données qui les démentent » écrit Michael Lynch.
Elles conduisent un certain nombre de personnes à croire en des faits qui n’en sont pas, mais aussi elles déstabilisent un grand nombre d’autres personnes qui finissent par ne plus savoir quoi penser. Elles en deviennent de plus en plus sceptiques envers toute source d’informations. L’objectivité étant définitivement vue comme impossible, elles finissent par ne plus croire en l’intérêt de conserver un concept aussi peu assuré que celui de vérité.


« La démocratie, un espace des raisons »

Chacun est alors tenté de se réfugier vers les croyances et les valeurs qui l’arrangent et de rationaliser ses propres partis pris. « Fausses nouvelles » est à présent utilisé « pour désigner tout traitement médiatique avec lequel on est en désaccord . […] Cela peut nous conduire à renoncer complètement à la vérité, à la pensée critique ».
Le philosophe élève sa voix : « Il est crucial que nous n’abandonnions pas l’idéal selon lequel la démocratie est un espace des raisons. […] Les raisons – et en particulier les raisons qui résultent des principes épistémiques largement associés à la science – ont de l’importance parce qu’elles incarnent des valeurs démocratiques. […] Nos valeurs politiques et épistémiques sont entrelacées au niveau le plus profond. »
Ce serait un contresens d’interpréter l’appel de l’auteur comme une invitation à nous courber devant la science et ses déductions. Ce qu’il faut absolument retenir de la science, c’est plus sa démarche, ses méthodes de progression (inférence logique, observation, transparence, etc.), la mise en débat des thèses et des faits, que ses résultats.
Plusieurs passages du livre traitent de la meilleure façon de trouver une « monnaie commune », de construire des consensus entre « savoirs » et « croyances », celles-ci étant particulièrement vivaces aux États-Unis où les traditionalistes religieux, par exemple, ont un poids politique et social considérable.


« Les raisons objectives impliquent toujours des valeurs »

L’autre point important, pour que tous acceptent de discuter ensemble, est de reconnaître que « les raisons objectives impliquent toujours des valeurs » (ce que tous les rationalistes ne sont pas forcément prêts à accepter). Alors seulement, tous se retrouvent en quelque sorte sur un même plan, chaque interlocuteur étant doté d’une même dignité, d’une même légitimité. Et si le défenseur le plus vif d’une croyance donnée accepte la méthodologie proposée par la connaissance rationnelle, chacun trouvera son compte.
Ni la force, ni l’autorité de l’institution ne suffisent à convaincre, du moins en démocratie : « Je ne peux pas justifier vis-à-vis de vous mes prises de positions politiques simplement en exerçant un pouvoir sur vous, car ce serait violer le principe libéral fondamental d’après lequel nous devons nous traiter les uns les autres avec un égal respect. Je dois plutôt essayer de vous persuader que ma conception des choses est plus proche de la vérité que la vôtre. C’est alors que je vous traite en être rationnel autonome, capable de juger par lui-même de ce qu’il faut croire. »
Ce programme semble tout à fait… raisonnable. Mais ceux pour qui la croyance prime le savoir humain vont-ils lire le livre ? Dès lors, comment faire avec eux ? Michael Lynch ne dit rien à ce sujet.


Lire l’article en ligne sur Ouvertures, Le temps du citoyen


Michael Lynch. Éloge de la raison. Pourquoi la rationalité est importante pour la démocratie. Traduit de l’anglais par Benoit Gaultier. Éditions Agone, collection « Banc d’essais ». 218 pages, 21 euros.


Julien Massenet
Ouvertures, Le temps du citoyen, 13 mars 2018
Rencontre avec Benoit Gaultier : « Démythifier la raison »
Le vendredi 25 mai 2018    Marseille (13)

Rencontre avec Benoit Gaultier, chercheur à l’université d’Aix-Marseille et au Collège de France, autour de trois ouvrages récemment sortis chez Agone (L’Immoralité de la croyance religieuse, Démythifier la raison et Éloge de la raison) qui remettent en cause une idée reçue : la raison n’est pas, comme on l’entend souvent aujourd’hui, autoritaire, technocratique et antidémocratique. Elle ne conduit pas nécessairement à l’intolérance, au dogmatisme, à l’écrasement des différences. La raison est au contraire ce dont les démocraties ont besoin car elle permet de lutter contre toutes les autorités. Elle est la condition de tout progrès véritable et de toute émancipation.

Vendredi 25, de 18 h à 20 h à la bibliothèque de l’Alcazar

Réalisation : William Dodé