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Essais VI
Les Lumières des positivistes
Avant-propos de Jean-Jacques Rosat
Parution : 18/01/2012
ISBN : 9782748900668
Format papier : 304 pages (12 x 21 cm)
23.00 € + port : 2.30 €

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Dans la philosophie européenne du XXe siècle, le positivisme logique du cercle de Vienne (1924–1936) est le courant qui a porté le plus loin l’héritage des Lumières. Éradiqué par le nazisme, il est honni depuis plus d’un demi-siècle par les courants irrationalistes et antiscientifiques dominants. « Dans la haine du positivisme, qui n’est souvent pas très différente de celle du mode de pensée scientifique lui-même, on peut aisément percevoir la peur de la vérité et de ses conséquences », écrit Jacques Bouveresse. Bien qu’il n’ait jamais compté lui-même parmi les positivistes, il enseigne leurs idées et les défend pour la clarté, la rigueur et l’honnêteté de leur style de pensée ; pour leur proximité avec les bouleversements de la science contemporaine, et leur insertion dans le mouvement d’émancipation sociale et politique.
Les cinq essais réunis dans le présent volume ont été écrits entre 1971 et 2011. On y trouvera à la fois une présentation claire des concepts centraux des positivistes logiques, un éclairage neuf (nourri de la recherche historique la plus récente) sur le contexte culturel et politique de la formation de leurs idées (notamment celles de Rudolf Carnap), et une évaluation philosophique de quelques-unes de leurs thèses fondamentales.

Jacques Bouveresse

Professeur au Collège de France, Jacques Bouveresse a publié de nombreux ouvrages de philosophie du langage et de la connaissance mais aussi sur des écrivains comme Robert Musil et Karl Kraus. Il est aussi l’un des principaux commentateurs français de Ludwig Wittgenstein.

Pour visiter la page consacrée à Jacques Bouveresse sur le site du Collège de France

Les livres de Jacques Bouveresse chez Agone

Extrait

Parler du positivisme dans le climat philosophique contemporain n’est pas une entreprise de tout repos ; trois raisons principales au moins expliquent cette difficulté.
La première de ces raisons tient à ce que la « valeur de la science » (pour utiliser le titre d’un ouvrage célèbre de Poincaré) est quelque chose qui est de plus en plus contesté aujourd’hui, non pas seulement par les philosophes d’inspiration subjectiviste et spiritualiste, toujours prompts à exploiter ce qui ressemble de près ou de loin à une « crise » de la science, mais aussi, de l’intérieur des disciplines scientifiques, par les spécialistes eux-mêmes. Du même coup se trouvent plus ou moins discrédités a priori les courants philosophiques qui, tels le positivisme ou, plus généralement, le rationalisme, accordent une place primordiale à la connaissance scientifique pour elle-même, pour le progrès de l’humanité en général et pour la philosophie. Quant à la question, considérée habituellement comme étant en elle-même « positiviste », de la formulation d’un critère de démarcation acceptable entre la science et la non-science, elle ne suscite pratiquement aucun intérêt chez les épistémologues eux-mêmes. L’entreprise est considérée comme impraticable et, sous quelque forme qu’on la tente, toujours susceptible de constituer finalement un obstacle au développement des sciences elles-mêmes. La seule attitude raisonnable consisterait donc à se satisfaire de l’idée que nous sommes toujours en mesure de reconnaître une science, lorsque nous en avons effectivement une.
La deuxième raison vient de ce que, de tous les mouvements philosophiques modernes ou contemporains, le positivisme, sous toutes ses formes, est certainement le plus mal famé en France, et qu’il présente cette particularité remarquable de faire pratiquement contre lui l’unanimité des philosophes et des épistémologues. Curieusement, chez les philosophes, qui, pour avoir lu et abondamment commenté des auteurs tels que Marx, Nietzsche ou Freud, sont habitués à considérer que les raisons invoquées pour ou contre quelque chose peuvent être très différentes des raisons véritables, l’obsession antipositiviste et l’exclusion massive et dogmatique de tout ce qui se rattache de près ou de loin au mode de pensée positiviste ne sont jamais véritablement questionnées dans ce qu’elles pourraient avoir a priori de révélateur et de suspect. C’est pourtant le genre de phénomène pour lequel la technique dite de la « lecture symptomale » semble à première vue particulièrement indiquée.

***

Les désaccords sur le sens véritable de la révolution galiléenne s’expliquent aisément. Les positivistes ont tendance à voir dans l’abandon de certaines questions « spéculatives » et dans la mathématisation de la description des phénomènes l’acte « positif » par excellence, qui a conduit l’humanité « du sommeil métaphysique vers la froide observation des faits » et donné naissance à la science moderne. Ils interprètent la révolution galiléenne avant tout comme un acte de renonciation et d’humilité initial, qui a ouvert finalement des perspectives immenses à la science et à l’humanité : « Selon des traditions dignes de foi, ce serait au cours du XVIe siècle, période d’intense animation spirituelle, que l’homme, renonçant à violer les secrets de la nature comme il l’avait tenté jusqu’alors pendant vingt siècles de spéculation religieuse et philosophique, se contenta, d’une façon que l’on ne peut qualifier que de “superficielle”, d’en explorer la surface. Le grand Galilée, par exemple, qui est toujours le premier cité à ce propos, renonçant à savoir pour quelle raison intrinsèque la Nature avait horreur du vide au point qu’elle obligeait un corps en mouvement de chute à traverser et à remplir espace après espace jusqu’à ce qu’il atteignît enfin le sol, se contenta d’une constatation beaucoup plus banale : il établit simplement à quelle vitesse ce corps tombe, quelle trajectoire il remplit, quel temps il emploie pour la remplir et quelle accélération il subit. »
Ceux qui sont à la fois hostiles au positivisme et plus attentifs aux enseignements de l’histoire des sciences font remarquer, au contraire, que la mathématisation et l’idéalisation qui l’a rendue possible impliquaient une attitude foncièrement « platonicienne », qui est aux antipodes de l’empirisme et du positivisme ; et ils voient dans la naissance de la physique moderne essentiellement un pari audacieux et ambitieux et un acte de foi dans la possibilité d’expliquer réellement les phénomènes en profondeur, au lieu de se contenter de les décrire de façon aussi satisfaisante que possible. Les uns et les autres ont en un certain sens à la fois raison et tort ; car, pour poser le problème sous une forme brutale et naïve, qui voudrait avoir à se prononcer sur la question de savoir si, par exemple, le principe d’inertie est plus ou moins « métaphysique » et éloigné de l’expérience immédiate que le principe selon lequel la nature a horreur du vide ? Ou si les explications de la science moderne sont plus ou moins « superficielles » que les spéculations religieuses et philosophiques qu’elles sont censées avoir supplantées ?

Foreign Rights

English notice

Essays VI. The Enlightenment of the Positivists

In 20th century European philosophy, the logical positivism of the Vienna Circle is the development which advanced the legacy of the Enlightenment Movement. Although he never counted himself among the Positivists, Jacques Bouveresse teaches their ideas, champions the clarity, rigour and honesty of their style of thinking and advocates their integration within the social and political emancipation movement.

Dossier de presse
Patrick Dupouey
L'Humanité, 07/06/12
Revue Philosophie, 13/02/12
Bouveresse, des Lumières au cercle de Vienne

On souhaite longue vie à Jacques Bouveresse (et qu’il nous donne encore beaucoup de livres), mais on craint qu’il ne connaisse le sort d’à peu près tous les militants : ne jamais assister au triomphe de la cause pour laquelle il se bat, c’est-à-dire, faire qu’au pays d’Auguste Comte, le qualificatif de positiviste ne soit plus une injure. Le positivisme dont il est ici question n’est d’ailleurs pas celui de Comte mais celui des savants et des philosophes membres, dans le premier tiers du XXe siècle, du Cercle de Vienne. Schlick, Neurath, Carnap inscrivaient leur rationalisme dans l’héritage des Lumières et de la connaissance scientifique. C’est à ce titre qu’ils subirent les persécutions des nazis (Hitler lui-même se glorifiait d’avoir toujours tenu son esprit à distance de toute culture scientifique). On pourrait penser que cette double référence à la science et aux Lumières constitue, dans un pays comme le nôtre, un titre de légitimité suffisant. Ce serait compter sans le mélange d’arrogance et d’ignorance ayant trop longtemps prévalu à l’endroit de la tradition de l’empirisme logique, trop rapidement qualifiée d’« anglo-saxonne » et assimilée à une plate soumission à l’expérience brute, doublée d’une allégeance béate à la science. Sans oublier l’accusation – tout aussi peu fondée – d’indifférence à l’histoire.
Le premier chapitre s’emploie à faire justice de ces clichés sans jamais donner lieu à une défense inconditionnelle du néopositivisme. Comme le souligne Jean-Jacques Rosat dans sa courte présentation, Bouveresse n’a jamais été positiviste, et « tordre le bâton dans l’autre sens » n’est vraiment pas dans son style. Le reste du volume propose des contributions de statut assez différent. Proprement philosophique (et assez technique) pour les trois derniers (consacrés à Carnap et à Schlick), plus historique pour le deuxième : « Rudolf Carnap et l’héritage de l’Aufklärung » ouvre de très suggestives perspectives sur la vie intellectuelle allemande avant la catastrophe de 1933.
Les articles s’échelonnent entre 1973 et 2011, quarante années durant lesquelles les choses ont tout de même changé en terre philosophique française, ce pourquoi certaines pages polémiques pourront paraître un peu datées. Si du chemin reste à parcourir pour la réhabilitation (et tout simplement la fréquentation) du positivisme logique dans notre pays, des auteurs comme Carnap ou Schlick ont désormais droit à autre chose qu’à une lecture symptomale. Bouveresse a acquis une juste notoriété, sanctionnée par une chaire de philosophie du langage et de la connaissance au Collège de France. Le numéro que lui consacre la Revue Agone permettra à ceux qui veulent approcher ou mieux comprendre son œuvre d’en saisir des aperçus variés. Bouveresse a aujourd’hui beaucoup de lecteurs, mais peu sans doute qui soient familiers de tous les domaines qu’il a explorés et éclairés : le positivisme logique (sans parler de la logique elle-même et de la philosophie des mathématiques), la philosophie du langage et de la perception, Wittgenstein, mais aussi Robert Musil et Karl Kraus. Un sommaire très détaillé, avec résumé de chacun des huit articles (dont un de Bouveresse lui-même), en français et en anglais, permet de s’orienter efficacement dans ce volume qui vient parfaitement à son heure : celle de la consécration.

Patrick Dupouey
L'Humanité, 07/06/12
Compte-rendu
Ce sixième volume des Essais de Jacques Bouveresse est consacré aux philosophes du Cercle de Vienne (1924–1936). Par sa proximité avec les bouleversements de la science contemporaine (naissance de la logique moderne, théorie de la relativité, psychologie expérimentale), par l’articulation nouvelle qu’il propose entre les pouvoirs de la raison et les enseignements de l’expérience, par son insertion dans la modernité culturelle et dans le mouvement d’émancipation sociale et politique, le positivisme (ou empirisme) logique est, dans la philosophie européenne du XXe siècle, le courant qui a porté le plus loin l’héritage des Lumières. Les cinq essais réunis dans le présent volume ont été écrits entre 1971 et 2011. On y trouvera à la fois une présentation claire des concepts centraux des positivistes logiques, un éclairage neuf (nourri de la recherche historique la plus récente) sur le contexte culturel et politique de la formation de leurs idées (notamment celles de Rudolf Carnap), et une évaluation philosophique de quelques-unes de leurs thèses et de leurs enjeux.
Revue Philosophie, 13/02/12
Réalisation : William Dodé