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Histoire du scepticisme
De la fin du Moyen Âge à l’aube du XIXe siècle
Traduit de l’anglais par Benoit Gaultier
Parution : 04/10/2019
ISBN : 9782748904130
Format papier : 912 pages (12 x 21 cm)
35.00 € + port : 3.50 €

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« En contestant les critères traditionnels de la connaissance religieuse, la Réforme pose une question fondamentale et ouvre une boîte de Pandore : comment justifier les fondements de notre connaissance ? Ce problème va déclencher une crise sceptique qui va bientôt affecter l’ensemble du panorama intellectuel de l’Occident. »

Le scepticisme est au principe de la pensée moderne — et partant, de la nôtre —, montre Richard Popkin : loin d’être un âge dogmatique où triomphe une raison souveraine, l’époque moderne émerge avec la redécouverte, au sortir du Moyen Âge, de l’arsenal argumentatif élaboré par les sceptiques de l’Antiquité, en même temps que s’ouvre la crise de l’autorité spirituelle entraînée par la Réforme. Se trouve alors posée, dans toute sa portée politique et religieuse, la question philosophique fondamentale du critère de la vérité.
Aucune analyse de ce courant de pensée, qui double toute l’histoire de la philosophie et constitue une tradition de résistance intellectuelle à toute forme d’idéologie et à tous les dogmatismes, n’a l’ampleur de cet ouvrage, inédit en français. Il plonge dans la vie, les écrits et le monde des figures les plus significatives du scepticisme et de l’anti-scepticisme, de Savonarole et Érasme à Pierre Bayle et David Hume, en passant par Descartes et Spinoza.

Richard Popkin

Richard Popkin (1923–2005), philosophe américain, spécialiste des Lumières et historien des idées, membre de l’Académie américaine des arts et des sciences, a enseigné aux États- Unis et à l’université de Tel-Aviv.

Les livres de Richard Popkin chez Agone

Dossier de presse
Pascal Engel
En attendant Nadeau, 5 novembre 2019
Roger-Pol Droit
Le Monde, 9 novembre 2019
Les Lumières entre histoire et philosophie

Dans sa recension du roman de Roger-Pol Droit, Monsieur, je ne vous aime point (Albin Michel, 2019) et de l’essai d’Antoine Lilti, L’Héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité (EHESS/Gallimard/Seuil, 2019), Pascal Engel conclut en se demandant :

Antoine Lilti montre que l’on ne peut réduire les Lumières ni à un courant monolithique qui s’exprimerait de manière identique partout ni à un courant d’idées, et qu’il faut plutôt les envisager comme « un récit par lequel les auteurs du XVIIIe siècle commentent et analysent ce qui leur apparaît comme une mutation fondamentale dans l’histoire du monde ». Au sens qu’a pris à partir du XVIIIe siècle le terme de « philosophe », c’est-à-dire de penseur public porteur des idées nouvelles dans un style qui n’est plus celui des traités scolastiques, cette caractérisation est correcte.
Mais quand il s’agit de philosophes au sens de constructeurs de systèmes et d’analystes de concepts, on ne peut pas dire qu’on ait affaire seulement à un « récit ». Les philosophes des Lumières élaborent des conceptions de la raison, de ses relations avec le sensible et les passions, des théories complexes de ses pouvoirs et de ses limites qui ne sont pas juste des histoires. L’élaboration la plus fine et la plus puissante de ces idées provient non pas, comme le pense Israel, de la tradition spinoziste, mais de la tradition sceptique de l’époque de Bayle, et des Lumières anglaises et écossaises, qui est laissée ici largement de côté.

C’est de cette tradition, dont Voltaire et Fontenelle sont peut-être sur le continent les meilleurs représentants, que vient l’idée qu’on doit juger par soi-même et en fonction des données et des preuves, soumettre ses idées à l’examen, ne pas faire aller la connaissance au-delà du sensible et des concepts bien formés, et comprendre ce que la raison doit aux affects.

C’est en grande partie sur cette tradition critique que porte le livre classique de Richard Popkin (1923–2005), paru initialement en 1960, mais qui a connu une nouvelle édition en 2003, et dont Benoit Gaultier vient de donner une nouvelle traduction très amplifiée et riche d’inédits par rapport à celle dont on disposait en français jusqu’ici. Cette tradition va des cartésiens à Hume et ne cesse de s’interroger sur les limites de la connaissance. Kant lui doit énormément. Elle est aussi, comme on l’a dit souvent, avec Adam Smith et bien d’autres, l’une des racines de l’individualisme en politique, bien loin des positions rousseauistes.

Lilti a raison de rejeter le simplisme du package auquel Israel réduit ses Lumières favorites : « La raison comme unique critère du vrai, rejet des explications surnaturelles, égalité raciale et sexuelle, éthique universelle et sécularisée, tolérance et liberté de pensée, acceptation de la liberté des conduites sexuelles, liberté d‘expression publique, républicanisme démocratique », qui ressemble plus au programme de la gauche américaine ou européenne d’aujourd’hui qu’à celui de Voltaire ou de Hume. Il a raison aussi de ne pas voir dans les Lumières uniquement un courant d’idées, mais aussi l’émergence de nouvelles formes de sociabilité et de pratique de l’espace public. Mais il n’en reste pas moins que l’héritage philosophique des Lumières, aussi ambivalent soit-il, est dans une certaine conception de la raison, qui va au-delà de ses appropriations idéologiques.

C’est toute la difficulté du dialogue de l’historien et du philosophe. Le premier voit les idées philosophiques dans leur cadre social, culturel, économique et dans leurs transformations complexes. Le second veut des concepts, des schèmes abstraits, il ne s’occupe pas tant de ce qu’est la pratique sociale de la raison que de ce qu’elle doit être. Toute la difficulté est que la raison est à la fois les deux. D’un côté comme de l’autre, on a des idéologues. D’une part des néo-rousseauistes et des néo-spinozistes, dont il n’est pas du tout évident qu’ils voudraient que la raison règne sur le monde, tant ils le voient gouverné par les affects. De l’autre, on a Taine : « Cent cinquante ans de politesse et d’idées générales ont persuadé aux Français d’avoir confiance en la bonté humaine et en la raison pure. » Mais au milieu coule la rivière profonde de la raison calme et précise, qui a aussi ses origines chez les philosophes des Lumières. Lichtenberg ne la définissait-il pas comme « une conception correcte de nos besoins essentiels » ? Le « nous » ici doit être universel, ou n’a pas de sens.

Extrait de « Le crédit des Lumières », texte intégral sur En attendant Nadeau

Pascal Engel
En attendant Nadeau, 5 novembre 2019
La chronique « philosophie » de Roger-Pol Droit

Débutée en 1960 par le philosophe américain Richard Popkin, cette Histoire du scepticisme a été sans cesse remaniée, jusqu’à sa dernière version, parue en 2003 et désormais traduite.


Longtemps, les sceptiques passèrent pour marginaux. Leur place était restreinte dans l’histoire de la philosophie. Bien sûr, Pyrrhon et Timon chez les Grecs, Sextus Empiricus sous l’Empire romain avaient marqué les esprits. Mais on rechignait à leur attribuer une dignité comparable à celle des stoïciens ou des épicuriens. Comment juger respectables et attirants des gens qui nient radicalement l’existence de toute vérité, ou soutiennent qu’elle demeure inaccessible ? Des extravagants, ces penseurs disant qu’aucun savoir n’est absolu, aucune science assurée… – pas des pères fondateurs. Déconcertants, sans aucun doute, mais certainement pas à prendre au sérieux. Voilà ce qu’on pensait. Même en tenant compte de la reviviscence moderne du scepticisme – depuis Montaigne au temps de la Renaissance, jusqu’à David Hume au siècle des Lumières –, on considérait comme modestes son emprise et son influence.

Obstiné et tenace

Enfin, Popkin vint. Son travail monumental a changé la donne. C’était il y a quelques décennies déjà, mais on ne finit pas d’en mesurer les conséquences. Grande figure de l’érudition américaine, professeur dans plusieurs prestigieuses universités, Richard Popkin (1923–2005) a chamboulé le paysage en publiant, dès 1960, aux États-Unis, L’Histoire du scepticisme d’Erasme à Descartes. Ensuite, il n’a cessé de remanier l’ouvrage, élargissant régulièrement son champ de recherche. Ainsi a-t-il d’abord prolongé l’enquête jusqu’à Spinoza, dans une nouvelle édition de 1979, traduite en français, aux PUF, en 1995.
Obstiné et tenace, le savant a ensuite ouvert la focale, en amont et en aval, pour embrasser un parcours allant de Savonarole à Bayle dans la dernière version de son œuvre, considérablement augmentée, parue en 2003 à Oxford. Ce dernier texte est aujourd’hui traduit, enrichi de trois articles sur le XVIIIe siècle rédigés par Popkin à la toute fin de sa vie.

Vertige

Le basculement global de la perspective est impressionnant. Au lieu d’une curiosité reléguée dans les marges, le scepticisme se révèle moteur décisif de toute la modernité, spirituelle comme intellectuelle. Resurgissant avec les humanistes, les arguments des sceptiques de l’Antiquité croisent notamment les questions ouvertes par la Réforme, aussi bien que les interrogations héritées du Moyen Âge sur la foi et la raison. En fait, Popkin réécrit l’histoire de la pensée européenne sous une lumière nouvelle. Montaigne, puis les « libertins érudits » de l’Âge classique, ensuite Descartes, Pascal, Hobbes, et surtout Spinoza, et pour finir Bayle, Berkeley et Hume… tous se confrontent à ce « spectre qui hante l’Europe », comme aurait dit Marx – mais ce n’est pas le communisme, mais le vertige que suscite le scepticisme.
Le soupçon que la vérité ne soit qu’un mirage, la peur panique que la foi, la science, la politique, la philosophie même ne tiennent plus, sombrent dans le vide, s’écroulent sans relève, ce fil rouge relie la longue diversité des systèmes. Cette crainte d’un effondrement engendre des stratégies dissemblables. Monument d’intelligence souveraine et d’érudition sans faille, cette Histoire du scepticisme les explore toutes, pas à pas. Si vous n’avez pas lu ce chef-d’œuvre, faites-le d’urgence. Il est aussi intéressant et accessible que volumineux. Très vite, grâce à lui, on ne considère plus les classiques avec les mêmes yeux.

Roger-Pol Droit
Le Monde, 9 novembre 2019
Colloque autour de l'« Histoire du scepticisme » de R. Popkin
Le mardi 22 octobre 2019    Aix-en-Provence (13)
ANNULATION - Rencontre avec Jeremy Popkin autour du livre de Richard Popkin « Histoire du scepticisme »
Le samedi 19 octobre 2019    Marseille (13)
Réalisation : William Dodé