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Sur la nature et le langage

Titre original : On Nature and language (Cambridge University Press, 2002)
Traduit de l’anglais par Valérie Aucouturier
Préface : Adriana Belletti & Luigi Rizzi

Parution : 19/05/2011
ISBN : 9782748901399
Format papier : 224 pages (12 x 21 cm)
22.00 € + port : 2.20 €

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La faculté du langage est la capacité de créer à l’infini des phrases et des pensées à partir d’un tout petit nombre d’éléments. Elle distingue l’espèce humaine de toutes les autres. Selon quels principes cette faculté est-elle structurée, qui la rendent aussi diverse (les différentes langues) et aussi universelle (commune à tous les humains) ? Le dualisme corps-esprit est scientifiquement indéfendable et ces principes doivent s’enraciner dans le biologique : il y a un « organe du langage ». Comment est-il construit ? C’est cette question risquée qu’explore le « programme minimaliste ».

Constitué de deux conférences et d’un long entretien, ce livre constitue une introduction aux idées actuelles de Noam Chomsky sur le langage, l’esprit et le cerveau. Il offre des perspectives radicales et novatrices sur les relations entre linguistique, neurosciences et biologie.

Noam Chomsky

Linguiste, Noam Chomsky est professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology (MIT, Boston). Parallèlement à sa prestigieuse carrière universitaire, il est mondialement connu pour son engagement politique et sa critique de la politique étrangère des États-Unis.

Les documentaires sur Noam Chomsky aux Mutins de Pangée : Chomsky & Cie et Chomsky et le pouvoir

Autour des interventions de Noam Chomsky en France

Les livres de Noam Chomsky chez Agone

Dossier de presse
Henri Dilberman
Revue philosophique, 2012
Patrick Dupouey
L'Humanité, 28/06/2011
Marie Opoczynski
revue Lectures, 08/06/2011
Lucie Cauwe
Le Soir, 20/05/2001
Compte-rendu

Cet ouvrage est constitué de deux conférences données en Italie par Chomsky et d’un entretien entre lui et les éditeurs, qui ont en outre rédigé une annexe qui met en lumière certaines avancées de la linguistique vers la réalisation du programme dit « miniminaliste », à savoir la mise en évidence de la profonde uniformité des langues naturelles. Dans les deux conférences de 1999, qui à vrai dire se ressemblent beaucoup, Chomsky travaille moins à développer des thèmes de linguistique qu’à faire le point sur la situation actuelle de cette science, qu’il compare à celle de la chimie au xixe siècle. Cela conduit Chomsky à de passionnants développements épistémologiques et philosophiques. De même que la chimie, malgré ses avancées, était alors comme dans l’attente d’une unification avec la physique, le destin de la linguistique est sans doute lié à celui de la neurologie. Mais il faut bien comprendre que cela supposera un bouleversement radical de la biologie, qui pour l’instant n’a guère progressé depuis Descartes quant à la question des rapports de la conscience et du cerveau. En effet, elle n’a pas tant dépassé cette question qu’elle ne l’a contournée. À vrai dire, depuis Newton, ce contournement des questions est la règle. Au projet galiléen d’une nature compréhensible s’est substitué celui de l’édification d’une théorie compréhensible, ce qui est tout autre chose. L’empirisme de bien des linguistes traditionnels joue là le rôle d’un obstacle : il faut se
concentrer sur des phénomènes éclairants au point de vue de la théorie, et non se perdre dans la multitude des faits.
Chomsky, on le voit, n’est pas réellement un sceptique, ni un empiriste. Il est en particulier persuadé que le langage n’a pas pour horizon premier la communication sociale, mais bien les fonctions d’interface aux différents systèmes neurologiques. Le langage fait fondamentalement partie de notre nature, même si le darwinisme peine à en expliquer l’émergence. De ce point de vue, la multiplicité des langues est surtout une apparence, car on voit mal comment l’enfant pourrait apprendre de manière empirique, à partir d’un matériel
restreint, une langue dont il ne porterait pas en lui la structure profonde. Les deux éditeurs proposent un texte beaucoup plus technique, et montrent à partir d’exemples souvent décisifs comment des règles en apparence contingentes, comme celles de la place de l’adverbe, se ramènent à des lois universelles. Le projet est de ne plus se contenter d’admettre des lois particulières à côté des lois universelles, mais de montrer que les lois particulières ne sont que des applications à certains « paramètres » de règles universelles finalement simples. L’ouvrage est tout entier hanté par la résurgence de la question, en apparence seulement finaliste, de la perfection du langage naturel, du moins en tant qu’interface interne à notre organisme. Les auteurs voient un lien étroit entre cette perfection et l’uniformité des langues naturelles. On peut cependant se demander si l’obscurité de certaines démonstrations (c’est loin d’être le cas de toutes) n’est pas liée à la volonté de relativiser au maximum la dimension historique des différents idiomes.

Henri Dilberman
Revue philosophique, 2012
Chomsky, le langage, l’esprit et le cerveau

Le linguiste américain explicite ses recherches sur l’apprentissage de la langue, qui repose selon lui sur l’existence d’une faculté mentale propre à l’espèce humaine.

Adriana Belletti et Luigi Rizi, professeurs de linguistique à l’université de Sienne, ont édité, par les soins d’Agone, ce livre où Noam Chomsky expose l’état présent de ses réflexions sur le langage. L’ouvrage, très technique, se présente en trois parties complétées par deux index. Il s’ouvre sur deux conférences prononcées en Italie par Chomsky en 1999, et qui sont sans doute la partie la plus accessible du livre. Le fait que la première ait été donnée à Pise ne suffit pas à expliquer la place qu’elle réserve à Galilée. Le fondateur de la physique moderne n’est pas une référence cardinale en linguistique, mais il eut au moins l’intuition de ce que le langage a de merveilleux : pouvoir, à partir de quelques dizaines de sons, générer une infinité de contenus de pensée. À partir de cette référence et aussi de Darwin, Chomsky s’intéresse au langage comme faculté innée léguée à l’homme par la sélection naturelle, et étudie, dans le rationalisme européen des XVIIe et XVIIIe siècles, la manière dont a pu s’opérer la naturalisation du langage. Ce programme naturaliste est aujourd’hui celui de la philosophie de l’esprit et des sciences cognitives, dont Chomsky évalue, dans cette conférence et dans la suivante, les perspectives d’avenir. Réduction, émergence, survenance, modularité sont quelques-uns des concepts que la philosophie, en collaboration avec la biologie et les théories de l’information, peine aujourd’hui à articuler pour construire la théorie des rapports entre le cerveau, la pensée et le langage. Sans compter la nécessité de reconstituer deux scénarios plausibles : apparition des facultés de communication et d’expression, dont rien n’assure qu’elles soient parvenues à l’optimalité (l’énigme que constitue aujourd’hui encore la communication des abeilles laisse présager que la solution pour le langage humain n’est pas pour demain) ; apprentissage individuel, chez l’enfant, des structures universelles (puisque n’importe quel enfant humain peut apprendre n’importe quelle langue).

La seconde partie propose un entretien des éditeurs avec Chomsky « sur le programme minimaliste ». Cette notion est exposée de façon détaillée dans un appendice consacré à « quelques concepts et problèmes en théorie linguistique ». On retrouvera dans cette troisième partie de l’ouvrage quelques notions essentielles de l’apport chomskyen (certainement l’un des plus importants du XXe siècle) à la linguistique (notamment l’idée de « grammaire universelle »). Mais 
que le lecteur n’espère aucune introduction pédagogique 
à un niveau élémentaire. Ces questions sont strictement réservées aux spécialistes des sciences du langage.

Patrick Dupouey
L'Humanité, 28/06/2011
Compte-rendu

« Si les gens ne parlaient que quand ils ont quelque chose à dire, l’espèce humaine perdrait bientôt l’usage de la parole ». Cette citation de S. Maugham reprise ici par Noam Chomsky, qui nous rappelle à bon escient que le langage, est un système d’expression de la pensée, avant d’être un système de communication. Nous utilisons beaucoup le langage pour nous parler à nous-mêmes.

Galilée est le premier à avoir reconnu l’importance du langage et l’une de ses principales caractéristiques : l’usage de moyens finis permet d’exprimer un éventail infini de pensées.

Jusque dans les années 1930, les propriétés chimiques étaient considérées essentiellement comme des outils de calcul, des moyens d’organiser les résultats concernant les réactions chimiques. Puis, les corps de doctrine développés par les chimistes ont été unifiés avec une physique radicalement révisée. Aujourd’hui, les sciences cognitives sont confrontées à des problèmes très proches de ceux qu’a rencontrés la chimie avant 1930. La bonne manière serait de traiter le sujet en présentant les principes fondamentaux du langage et ceux du cerveau et de montrer comment ils peuvent être unifiés mais nous en savons trop peu aujourd’hui. Ainsi, il s’agit d’établir un riche corps de doctrine en vue d’une éventuelle unification avec l’activité neurophysiologique du cerveau, ultérieurement. L’objectif est de trouver, non pas des explications ultimes, mais les meilleures explications théoriques. Il serait erroné d’envisager une conception non biologique du langage. Aussi, « il nous faut construire des corps de doctrine sans nous laisser troubler par le fait qu’il nous faut peut-être remettre à plus tard l’explication des principes ». Les « succès de la chimie ont fourni des lignes directrices utiles à la reconstruction de la physique qui a suivi : les conditions que la physique fondamentale devait satisfaire. De même, les découvertes sur la communication des abeilles fournissent les conditions que toute explication future en termes cellulaires devra satisfaire. Et dans les deux cas, l’influence est réciproque.

Newton a montré que le monde en soi n’est pas intelligible : le mieux que l’on puisse faire est de construire des théories intelligibles, ce qui est tout à fait différent. Pendant la première moitié du XIXe, Gauss a, par exemple, créé une bonne partie des mathématiques modernes, mais de manière plus ou moins intuitive. Puis, il est devenu impossible de travailler avec ces notions contradictoires. Le ménage a donc été réalisé et la notion de limite a été élaborée.

« Apprendre les sciences, c’est un peu comme devenir cordonnier : vous travaillez avec un maître-artisan. Vous saisissez l’idée ou non. Si vous la saisissez, alors vous pouvez la mettre en œuvre ; si vous ne las saisissez pas, vous n’êtes pas un bon cordonnier. Mais personne ne saurait enseigner comment y arriver. »

Une des pré-conditions de l’explosion du lexique est la capacité humaine d’imitation, qui ne peut s’expliquer par les neurosciences. Selon Noam Chomsky, le langage et les langues ont une remarquable capacité d’adaptation en fonction de leurs hôtes humains : des créatures extra-humaines, apparues hors du monde biologique, et dont les virus fournissent la meilleure analogie. Les universaux du langage sont apparus spontanément et indépendamment dans chaque langue au cours de son évolution. Ils sont des traits convergents de l’évolution du langage, comme les nageoires dorsales des requins et des dauphins.

Le « programme minimaliste » explore la thèse selon laquelle le langage humain pourrait être un « système parfait », un système optimal pour respecter certaines conditions imposées par d’autres systèmes cognitifs avec lesquels la faculté de langage interagit. L’imperfection serait entendue comme étant les traits non interprétables. Les expériences servent à essayer de se débarrasser des phénomènes non-pertinents et à découvrir juste ceux qui comptent. Une expérience sérieuse est guidée par une théorie.

Le langage est un système relativement uniforme : les enfants apprennent n’importe quelle langue, n’importe où. Trop récent, il n’a connu aucune évolution significative. Le langage est différent de la plupart des autres systèmes biologiques car les contraintes physiques (externes) qu’il a rencontrées sont faibles. Il existe un nombre incalculable de manière de le faire. Le langage n’est pas dérivé des appels des primates non-humains : ils n’ont aucune propriété en commun (notamment la référence à distance, les propriétés sémantiques). R. Lewontin suppose que le cerveau devenait bien plus gros que les autres espèces de primates survivantes et qu’à un stade donné (il y a environ 100.000 ans), le cerveau a été réorganisé pour incorporer une faculté de langage. Inventer des scénarios n’est pas très instructif. Il existe des perspectives auxquelles nous n’avons pas encore songé. S’il y a de la stabilité, cela signifie que nous n’irons pas loin car il reste aujourd’hui trop de mystères. Même dans les sciences les plus avancées, presque tout peut être remis en question. La recherche en imagerie médicale est une piste intéressante pour esquisser l’architecture des systèmes et la façon dont ils interagissent et pour explorer les façons dont la faculté de langage interagit avec d’autres systèmes de l’esprit-cerveau.

Au-delà des dernières avancées relatées par Noam Chomsky, et qui peuvent demeurer obscures pour un non-linguiste, la façon d’aborder la recherche par l’auteur semble réjouissante. En effet, à la lecture de ce dernier, il apparaît que modestie, optimisme et ouverture aux autres ne sont pas des vains mots pour faire progresser les connaissances.

Marie Opoczynski
revue Lectures, 08/06/2011
Compte-rendu
Les neurosciences ont radicalement modifié la linguistique et tout ce qui touche au langage. Les théories d’hier se sont écroulées, remplacées par d’autres, parfois encore en cours d’élaboration car appuyées sur des découvertes qui ne cessent de se multiplier. C’est dire si l’on se réjouit de découvrir ces deux conférences prononcées par Noam Chomsky, professeur au MIT de Boston. Elles font le point sur la question en retraçant toute l’histoire. Mais données en 1999, elles ne tiennent pas compte de l’actualité des neurosciences. Ardues mais compréhensibles avec un peu d’attention par tout un chacun, elles permettent de comprendre comment le "biologique" intervient sur la faculté de penser. Ces deux textes sont complétés d’un troisième, écrit en 2003, beaucoup plus technique, sur la linguistique.
Lucie Cauwe
Le Soir, 20/05/2001
Réalisation : William Dodé