couverture
Une révolution des esprits
Les Lumières radicales et les origines intellectuelles de la démocratie moderne

Traduit de l’anglais par Matthieu Dumont
Préface de Jean-Jacques Rosat

Parution : 14/04/2017
ISBN : 9782748902662
Format papier : 288 pages (12x21)
22.00 € + port : 2.20 €

Format numérique
16.99 €

Commander

Lire en ligne 
Format PDF 

Accès libre

PDF 
EPUB 

« 1770. Depuis un siècle, deux camps s’affrontent au sein des Lumières. Héritiers de Locke, Leibniz, Montesquieu, les modérés dominent. Sous la houlette du vieux Voltaire, ils s’efforcent de maintenir le corps et l’âme séparés, de concilier raison et religion, de réformer la société en préservant l’aristocratie et la monarchie, et de réserver les lumières aux élites dirigeantes. Face à eux, les radicaux, héritiers de Bayle et Spinoza, n’ont pas de meilleure arme que leurs livres clandestins, massivement diffusés dans toute l’Europe. Sous l’impulsion de Diderot et de d’Holbach, ils placent l’homme au sein d’une nature sans transcendance, opposent la raison à toute autorité religieuse, combattent pour l’abolition des privilèges, pour l’égalité des peuples et des sexes, et inclinent vers une démocratie représentative.
1770 : les radicaux prennent le dessus. S’opère alors, en deux décennies, une révolution des esprits qui va rendre possible dès 1789 la révolution en acte. Ce livre offre un panorama clair et vivant des affrontements entre radicaux et modérés sur la plupart des grandes questions philosophiques, morales, économiques, politiques en ce moment charnière. »

Depuis quinze ans, les travaux de Jonathan Israel bousculent les idées dominantes sur les Lumières. Il en réordonne les cadres spatio-temporels : résolument internationales, ses Lumières commencent en 1650 en Hollande, puis s’étendent à toute l’Europe et à l’Amérique pour devenir mondiales vers 1770. Plaçant au cœur de l’histoire des idées la reconstitution des controverses, il fait apparaître les stratégies intellectuelles, les alliances, les divorces et leurs enjeux. Il redonne ainsi une nouvelle jeunesse à l’idée que les révolutions politiques de la fin du XVIIIe siècle n’ont pu avoir lieu que parce qu’elles ont été précédées par une « révolution de l’esprit » opérée par des philosophes.
Ce livre est issu d’un cycle de conférences (2008) dans lesquelles l’auteur, se tournant vers un large public, a condensé l’essentiel de ses idées.

Jonathan Israel

Professeur au prestigieux Institute for Advanced Study à Princeton (États-Unis), Jonathan Israel est notamment l’auteur d’une monumentale tétralogie sur les lumières radicales, dont le premier tome a paru aux éditions Amsterdam en 2005.

Les livres de Jonathan Israel chez Agone

Dossier de presse
Jean-Pierre Fournier
Luttes et ratures. Le blog "lecture" de Questions de classe(s), samedi 9 septembre 2017
Antoine de Baecque
Le Monde des Livres, 23 juin 2017
Nicolas Chevassus-au-Louis
Mediapart, 22 mai 2017
Une révolution des esprits, Jonathan Israel
Les idées font-elles les révolutions ? C’est trop naïf, nous ont montré les historiens, les uns montrant que des livres aux mentalités, il y a tout un chemin fait de sociabilités complexes, les autres mettant en relief le caractère prédominant des luttes sociales. Ils ont raison, dit l’auteur, mais les idées ont leur rôle, et même un grand rôle. Toute son œuvre (*) se veut une démonstration de cette affirmation : il est le spécialiste de la période du milieu du 17° siècle à la Révolution française, de Spinoza, son grand héros, à Diderot et Rousseau (qu’il n’aime pas trop).

C’est la dernière période de cette histoire intellectuelle de l’esprit critique et de révolte qui est examinée ici, autour des « Lumières radicales et des origines intellectuelles de la démocratie moderne », comme l’indique le sous-titre. Quand on parle des Lumières, nous apprend le livre, on commet ordinairement deux erreurs : celle du cloisonnement national, alors que c’est un mouvement européen, et celle qui consiste à donner toute sa singularité à chaque grand personnage (Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot), sans voir qu’il y a deux camps politiquement opposés, celui des Lumières radicales, qui prônent l’athéisme et qui osent parler d’égalité, comme Diderot mais aussi D’Holbach ou Paine, et celui des Lumières modérées, celles de Voltaire et son royal parrain Frédéric II. Les uns et les autres se battent contre les réacs de l’époque (ceux qui parlent de « philosophisme », ça ne vous rappelle rien ?), qui ont encore les armes redoutables du pouvoir, mais ce sont les Lumières radicales qui progressent… et tracent, non seulement le chemin de la Révolution française, mais ceux de toute la pensée émancipatrice du siècle suivant.

Un livre passionnant donc, qui permettra aux lecteurs déjà informés comme à ceux qui découvrent ce continent d’idées de se plonger ou de se replonger dans le bain vivifiant, profondément renouvelé par l’auteur, de l’audace intellectuelle de nos magnifiques ancêtres.

(*) voir aussi Les Lumières radicales, la philosophie, Spinoza et la naissance de la modernité, éditions Amsterdam, 2005.

Jonathan Israel, Une révolution des esprits : Les Lumières radicales et les origines intellectuelles de la démocratie moderne, Agone (Banc d’essais), 270 p., 2017, 22 €.
- Traduit de l’anglais par Matthieu Dumont ; Préface de Jean-Jacques Rosat.
Jean-Pierre Fournier
Luttes et ratures. Le blog "lecture" de Questions de classe(s), samedi 9 septembre 2017
La Révolution française, forcément
À quoi la -Révolution française nous sert-elle ? On pourrait penser, ainsi que le constate amèrement l’historienne -Sophie Wahnich, que la cause est entendue. “Comme révolutionnaire et comme française, elle figure un moment historique refoulé, ou rabattu sur une drôle de signalétique faite du tranchant de la guillotine, de bonnets phrygiens, et de trois couleurs nationales devenues suspectes car trop investies. Elle est folklorisée, instrumentalisée, désactivée comme point d’appui d’une pensée politique et scientifique exigeante. " C’est précisément la façon dont la Révolution française a perdu son rôle d’agent philosophico-poli-tique de compréhension et de transformation du présent qu’analyse avec une réelle lucidité l’auteure dans son essai La Révolution n’est pas un mythe.
Comment, dès lors, réactiver la Révolution ? La revue Critique, rendant compte avec son habituelle acuité de trois ouvrages récents, parle d’une " grande promesse " et lance en ouverture : " Et voici qu’elle revient en force, comme force, dans le débat -intellectuel ", expliquant : " La révolution, galvaudée en d’innombrables déclinaisons – sexuelle, numérique, industrielle et post-industrielle, sans parler de la “révolution conservatrice” –, devenue un cliché du marketing politique, a repris des couleurs ; c’est elle que la philosophie, l’histoire et la fiction de nouveau interrogent comme “à venir” ; c’est elle qui est invoquée comme un parangon de rupture et de radicalité. "

Le meilleur exemple de cette " lumière fossile de 89 " éclairant à nouveaux frais l’aujourd’hui est lisible dans l’actualité romanesque, et visible sur la scène et bientôt sur les écrans. La fiction y trouve une conflictualité qui la nourrit et la stimule, que ce soit chez Pierre Michon (Les Onze, Verdier, 2009), Eric Vuillard (14 juillet, Actes Sud, 2016), Thierry Froger et Sauve qui peut (la révolution) (Actes Sud, 2016), au théâtre chez Sylvain Creuzevault (Notre terreur, 2009) ou Joël Pommerat et Ça ira (1) Fin de Louis (2015), ou encore la fresque en cours de tournage de Pierre Schœller, Un peuple et son roi.

Sophie Wahnich s’est emparée de cette mission : faire du passé, à travers la Révolution, une catégorie de temps -contemporaine du présent. Régulièrement, l’historienne revient vers notre actualité lestée des questions que se posaient les révolutionnaires français. Dans ses articles de revue ou ses chroniques à la presse – rassemblées dans Le Radeau démocratique –, elle tente de comprendre la grève des cheminots de 1995, les tentatives de réécriture de l’histoire signées Sarkozy, les attentats de janvier 2015, la disparition de la gauche, avec les mots, les discours et les idées de certains des hommes de l’an II.

La tentative est louable, toujours stimulante – Sophie Wahnich connaît bien ses classiques et les actualise avec talent –, mais pèche parfois par trop de certitudes. Car le lien construit entre le passé et le présent est souvent univoque, cherchant des " solutions " dans une seule tradition révolutionnaire, chez Robespierre et les Montagnards, dans une mythique " voix de la vérité comme voix du peuple ". Le " radeau démocratique " d’où parle Sophie Wahnich semble aussi destiné à se réduire comme peau de chagrin…

Pour conjurer ce splendide isolement, on lira Une révolution des esprits, de Jonathan Israel, synthèse issue des travaux monumentaux de l’historien des idées de Princeton (New Jersey), rien de moins que quatre volumes de 1 000 pages consacrés aux " Lumières radicales " du XVIIe au XVIIIe siècle. C’est moins le sens de cette étude – l’affirmation d’une tendance des Lumières prônant l’autorité supérieure de la raison et de la nature, exigeant l’abolition des privilèges et de l’esclavage, réclamant une société d’égaux et de démocratie – que la méthode suivie (portant le nom un peu barbare de " controversialisme ") qui importe ici. Jonathan Israel conçoit l’histoire des idées comme une série de " controverses " et il n’a de cesse qu’il ne rende compte de tout le spectre des arguments et des lignes de force animant un débat. Ainsi, ce qu’Israel écrit suppose in fine que se perpétuent jusqu’à nos jours non seulement des idées, mais, plus encore, des configurations contradictoires.

Bref, voici la réponse la plus satisfaisante à notre question initiale. À plus de deux siècles de distance se forge un espace commun : éclairer le contemporain par la lumière révolutionnaire, ce n’est pas seulement rétablir l’unique généalogie menant de l’an II à la gauche radicale, mais réintroduire la controverse des idées dans nos contradictions d’aujourd’hui.
Antoine de Baecque
Le Monde des Livres, 23 juin 2017
Comment les idées radicales des Lumières ont mené le monde
Dans un passionnant essai, l’historien Jonathan Israel revient sur les « Lumières radicales » et leur combat pour formuler un nouveau langage politique, insistant sur la liberté de chacun, l’égalité de tous, la raison et la démocratie. Une source d’inspiration pour la gauche contemporaine ?
Il arrive, en ce moment politique étonnant, que l’on se pince, comme on recommande de le faire dans les cauchemars, pour s’assurer que l’on n’a pas rêvé. On se pince et pourtant : oui, Emmanuel Macron « pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort » de Louis XVI. En toute modestie, il se propose de compléter par sa présidence la trilogie des moments napoléoniens et gaullistes, seuls dignes pour lui de considération car « le reste du temps, la démocratie française ne remplit plus l’espace ».

Lire la suite de cet article sur : https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/210517/comment-les-idees-radicales-des-lumieres-ont-mene-le-monde?onglet=full
Nicolas Chevassus-au-Louis
Mediapart, 22 mai 2017
Rencontre avec Jean-Jacques Rosat - Une révolution des esprits de Jonathan Israel
Le vendredi 6 octobre 2017    Chalon sur Saône (71)
CONFERENCE – DEBAT
Jean-Jacques Rosat
traducteur et éditeur de Jonathan ISRAEL
« Une révolution des esprits » Agone 2017

Le vendredi 6 octobre 2017 à 19h au Studio 70,
3 bis rue de Lyon à Chalon sur Saône

D’où vient la démocratie moderne ?

Les idées qui ont triomphé des antilumières en 1789 et 1945 proviennent d’une lutte victorieuse des lumières radicales contre les lumières modérées qui a duré, dans de nombreux pays de part et d’autre de l’Atlantique de 1770 à 1790 . Controverses toujours d’actualité.
Quel rôle ont réellement joué Spinoza, Voltaire, Rousseau, Diderot et les autres ?
Jonathan Israël, éminent professeur de Princeton (USA), auteur d’une œuvre érudite et monumentale sur le sujet, étudie et raconte l’histoire des idées à partir des controverses, ce qui est nouveau et original.

Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie, éditeur, auteur de Chroniques orwelliennes (Publications du Collège de France,
http://books.openedition.org/cdf/2076), vient de co-diriger un dossier de la revue Agone « Démythifier la raison » (Agone, n°61, 1er octobre 2017).

Ligue des Droits de l’Homme
Libre Pensée
Université pour Tous de Bourgogne
Réalisation : William Dodé