Au jour le jour

Le « rêve » d’une école qui accueillerait réellement « tous les enfants »

« Rêver qu’une autre école publique est possible. […] Une école commune capable de transmettre des savoirs non hiérarchisés, où la compréhension du fonctionnement d’un moteur à explosion, de la construction d’un mur en pierres ou d’une pièce de Molière et d’un roman de Leïla Sebbar auront une saveur équivalente », une école « libérée de la course à la réussite et de la tyrannie du mérite ». Historienne, enseignante en lycée et à l’université, Laurence De Cock publie École publique et émancipation sociale et « rêve » d’une mobilisation de la société, chacun ayant compris « qu’il a tout à gagner à ce que l’école fonctionne bien pour autrui s’il tient à ce qu’elle fonctionne bien pour lui-même ».

Ce n’est pas le cas actuellement. Sans donner lieu à une critique systématique ni exhaustive, la politique de Jean-Michel Blanquer est sévèrement épinglée sur plusieurs points, qu’il s’agisse du confinement et du déconfinement, puisque « tout s’est fait dans la plus grande improvisation » tandis que le ministère était « arc-bouté sur la propagande de son efficacité », du principe de concurrence mis en place avec Parcoursup, de la réforme du lycée, « chef d’œuvre de complexité kafkaïenne », du « scientisme et de la neurobéatitude » qui président aux choix pédagogiques pour l’apprentissage de la lecture, de l’utilisation politique de la laïcité… L’autrice met aussi l’accent sur la répression de la parole, celle des élèves qu’on a vue à l’œuvre quand quelque 150 jeunes scolarisés à Mantes-la-Jolie ont été « parqués dans une cour et maintenus à genoux, mains sur la tête », ou celle des enseignants, puisque « tout est mis en place pour [les] dissuader de protester ».

Mais le mal vient de loin. « S’il y a un péché originel dans l’école de la IIIe République », il se trouve « dans le fossé entre le discours et la pratique, et dans le réflexe de sécession des catégories sociales les plus favorisées : le brassage social garant d’une égalité scolaire n’a pas eu lieu. » Dès leur naissance, les mouvements pédagogiques se divisent entre ceux qui se prétendent apolitiques et ceux qui affirment leur volonté « de rompre avec l’ordre injuste », entre ceux dont la réflexion repose « sur le binôme maître-élève » et ceux dont la réflexion repose sur « la collectivité de travail ». Et Laurence De Cock de fustiger la « gauche souverainiste [qui] s’est construite sur l’idée d’une société sans classe, dans laquelle le principe de citoyenneté suffirait à garantir l’égalité ».

Car pour elle, l’éducation n’est pas régie par des abstractions. Elle s’inscrit dans un projet de société, un projet politique de « démocratisation scolaire », et elle passe par le rapport personnel, fait d’émotions partagées, entre une classe et un enseignant, dont l’utilisation des écrans pendant la première période de confinement a révélé, en l’empêchant, toute l’importance. Cette école doit être mue par le « désir », et sans doute le plaisir, d’« accueillir tous les enfants ».

Compte-rendu paru dans Scolaire le lundi 23 août 2021