couverture
Karl Marx, le retour
Pièce historique en un acte

Préface de l’auteur
Traduit de l’anglais par Thierry Discepolo

Troisième édition française (« Manufactures de proses », 2002, 2010)
Titre original : Marx in Soho ( South End Press, 1999)

Parution : 03/09/2015
ISBN : 9782748902457
Format papier : 96 pages (12 x 17 cm)
8.50 € + port : 0.85 €

Commander

Lire en ligne 
Format PDF 
Format EPUB 

Accès libre

PDF 
EPUB 

« Moins de cinq cents personnes contrôlent deux mille milliards de dollars en actifs commerciaux. Ces gens sont-ils plus nobles ? Travaillent-ils plus durement ? N’ai-je pas dit, voilà cent cinquante ans, que le capitalisme allait augmenter la richesse dans des proportions énormes mais que cette richesse serait concentrée dans des mains de moins en moins nombreuses ? “Gigantesque fusion de la Chemical Bank et de la Chase Manhattan Bank. Douze mille travailleurs vont perdre leur emploi… Actions en hausse.” Et ils disent que mes idées sont mortes !… »

« Je voulais montrer un Marx furieux, truculent et bien vivant, explique Howard Zinn, le sauver non seulement des pseudo-communistes mais aussi des essayistes et des politiciens qui s’extasient devant le triomphe du capitalisme. »

Howard Zinn

Auteur d’Une histoire populaire des États-Unis et d’une vingtaine d’ouvrages consacrés à l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine, Howard Zinn (1922–2010) a été tour à tour docker, bombardier, cantonnier et manutentionnaire avant d’enseigner à la Boston University. Militant de la première heure pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam, il a conçu son métier d’historien comme indissociable d’un engagement dans les luttes sociales.

Les livres de Howard Zinn chez Agone

Extrait de la préface

J’ai écrit cette pièce à une période où l’effondrement de l’Union soviétique générait une liesse presque universelle : non seulement l’« ennemi » était mort mais les idées du marxisme étaient discréditées. […] Je voulais montrer Marx furieux que ses conceptions eussent été déformées jusqu’à s’identifier aux cruautés staliniennes. Je pensais nécessaire de sauver Marx non seulement de ces pseudo-communistes qui avaient installé l’empire de la répression mais aussi de ces écrivains et politiciens de l’Ouest qui s’extasiaient désormais sur le triomphe du capitalisme. Je souhaite que cette pièce n’éclaire pas seulement Marx et son temps mais également notre époque et la place que nous y tenons.

Extrait

Ils prétendent que, du fait de l’effondrement de l’Union soviétique, le communisme est mort. (Il secoue la tête.) Ces imbéciles savent-ils seulement ce qu’est le communisme ? Pensent-ils qu’un système mené par une brute qui assassine ses compagnons de révolution est communiste ? Scheissköpfe !…
Et ce sont des journalistes et des politiciens qui racontent ce genre de salades ! Qu’est-ce qu’ils ont bien pu faire comme études ? Ont-ils jamais lu le Manifeste qu’Engels et moi avons écrit quand il avait vingt-huit ans et moi trente ?
(Il prend un livre sur la table et lit.) « En lieu et place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classe, nous devons avoir une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. »
Vous entendez ça ? Une association ! Comprennent-ils le but du communisme ? La liberté individuelle ! Que chacun puisse devenir un être humain plein de compassion. Pensez-vous que quelqu’un qui se prétend communiste ou socialiste mais se comporte comme un gangster comprenne quoi que ce soit au communisme ?
Abattre tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vous, est-ce possible que ce soit ça le communisme pour lequel j’ai donné ma vie ? Ce monstre qui s’est accaparé tout le pouvoir en Russie — et qui a tout fait pour interpréter mes idées comme un fanatique religieux —, est-ce qu’il a permis à ses vieux camarades qu’il collait au peloton d’exécution, de lire la lettre dans laquelle je disais que la peine de mort ne pouvait être justifiée dans aucune société se disant civilisée ? (En colère.) Le socialisme n’est pas censé reproduire les erreurs du capitalisme !
Ici, en Amérique, vos prisons sont surpeuplées. Qui les remplit ? Les pauvres. Certains ont commis des crimes violents, de terribles crimes. La plupart sont des cambrioleurs, des voleurs, des bandits, des revendeurs de drogue. Ils croient tous à la libre entreprise ! Ils font ce que font les capitalistes, mais à une plus petite échelle…
(Il prend un autre livre.) Savez-vous ce qu’Engels et moi avons écrit sur les prisons ? « Plutôt que de punir les individus pour leurs crimes, on devrait éliminer les conditions sociales qui engendrent le crime, et fournir à chaque individu tout ce dont il a besoin pour développer sa propre vie. »
D’accord, nous avons parlé de « dictature du prolétariat ». Mais ni de dictature du parti, ni de dictature du comité central, encore moins de dictature d’un seul homme. Non, nous avons parlé d’une dictature provisoire de la classe ouvrière. Le peuple prendrait la tête de l’État et gouvernerait dans l’intérêt de tous – jusqu’à ce que l’État lui-même devienne inutile et disparaisse progressivement.

Dossier de presse
Suzane Vanina
Rue du théâtre.eu, 17 mai 2013
Roger Simons
Les feux de la rampe/Roger Simons, 26 avril 2013
Clémentine Herrens
Le bourlingueur du .Net, 24 avril 2013
Elisabeth Mertens
Site du PTB, 23 avril 2013
Deashelle
Arts et Lettres, 20 avril 2013
Quefaire.be
Quefaire.be, mars-2013
Compagnie Archipel
2010
Martine Laval
Télérama, 26/06/2004
Emmanuel Yanne
Lettre Rouge (de la LCR 33), 2003
Arnaud Spire
L'Humanité, 24 février 2003
SUR LES ONDES

France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA
Histoire populaire des USA (10 décembre 2003, rediffusion janvier 2010)
Radio Grenouille (88.8 FM)Sans actes de désobéissance civile, Obama ne mènera pas de politique de gauche,
série d’entretiens avec Howard Zinn (du 20 au 22 janvier 2009, rediffusion du 4 au 6 février 2010)
France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA
Howard Zinn – 1 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008)
France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA
Howard Zinn – 2 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008)

Envoyé du ciel

Qui l’eut cru: Karl Marx en céleste permission, en Messie peu chrétien et moins respectueux des codes de la fonction ? Autorisation spéciale d’une petite heure seulement pour qu’il s’explique, pour qu’il nous apprenne que Marx n’est pas marxiste.
Quand l’acteur, Michel Poncelet, entre en scène, trainant une lourde malle, pas de doute, cette tête-là vous en rappelle une autre… Mais où sommes-nous, d’ailleurs ? Le moment de dépaysement passé, nous allons voir un homme se raconter, en toute simplicité. Là-haut, on lui a dit que “il pouvait y aller, mais pas d’agitation !”. Lui, voulait “laver son nom”.
Même en affichant une parfaite indifférence pour tout ce qui ressemble à “la politique”, qui ne connait ce portrait d’un homme barbu et qui n’a entendu parler de Marx, de “marxis/m/t/e” (souvent employé à tort et à travers), et de son oeuvre… capitale ?
C’est l’homme, époux heureux d’une Jenny (qui ne s’en laisse pas conter) et père de trois filles, bon vivant, avec ses grands coups de gueule et ses petites manies, que l’on va découvrir. Il va peindre sa vie au jour le jour, souvent précaire, en exil à Londres dans le quartier défavorisé de Soho, l’amitié, les rivalités aussi, les discussions animées avec Proudhon ou Bakounine (ce parasite !), sa relation avec Engels, les polémiques publiques et au sein de sa famille, les premiers engagements de sa fille Eleanor (un caractère !).
Il s’emballe pour la Commune de Paris, il réalise la folie de croire aux “lendemains qui chantent”... Ainsi, il va exposer ses combats, interpellant la salle et mettant les spectateurs dans sa poche. Mais rien dans les mains rien dans les poches, juste une malle sur laquelle s’assoir ou s’appuyer, l’espace est vide autour de lui…
Voici un Karl Marx accessible qui n’en présente pas moins son analyse critique du capitalisme. Une petite leçon de philosophie par un théoricien-économiste révolutionnaire ardent et convaincu ! Car dans ce “récit de vie”, il a intercalé des parallèles avec ses visions de l’époque et notre réalité d’aujourd’hui.
Ses mots sont d’hier mais lui aussi, déjà, il s’indignait…
N’y a-t-il plus de “prolétaires”, de “condition prolétarienne”, de “bourgeois”, de “patriotes” ? Ouvriers, employés, cadres supérieurs, management, économie de marché, mondialisme, protectionnisme… les ont remplacés. Le langage est bien différent mais pas sûr que certaines revendications d’hier aient disparu des protestations d’aujourd’hui.
Marx peut donc aussi être animé d’une (sainte) colère face aux modernes marchands du temple… Intellectuel et militant, il a des moments véhéments :“en lieu et place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classe, nous devons avoir une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. Vous entendez ça ? Une association ! (...). Comprennent-ils le but du communisme ? La liberté individuelle ! Que chacun puisse devenir un être humain plein de compassion…
Par la magie d’un grand acteur, nous croirons le connaître car Michel Poncelet “est” Karl Marx.
Lui qui a abordé tous les genres et emplois – sorte de caméléon génial – on l’a peu vu toutefois en seul-en-scène. Il retrouve Fabrice Gardin, un vieux complice, qui récemment s’est essayé avec succès à la direction d’acteur soliste (voir RDT: Dominique Rongvaux dans “Vivons heureux en attendant la mort ..”).
Ici encore il choisit la sobriété, laissant, poussant, tout le talent de son comédien s’exprimer, sans qu’il juge nécessaire d’ajouter des effets visuels ou sonores….et ça marche ! L’acteur, naturel, bonhomme, questionne la salle – ”êtes-vous contrariés par mon retour ?” – et certains spectateurs se prennent au jeu, lui répondent, certains sourient, d’autres restent sérieux, tous applaudiront chaleureusement.
Suivant le slogan libertaire :“Défaites-vous de vos idées toutes faites sur…” et parodiant cet autre: “Rendez à Marx ce qui est à Marx”, c’est sans effort que tous auront été à la rencontre à la fois de l’homme et de ses idéaux. Ils auront vécu un torrent d’émotions avec ce Marx inattendu, fougueux et si humain, si drôle.

Suzane Vanina
Rue du théâtre.eu, 17 mai 2013
Au théâtre de la place des martyrs
Lire l’article sur le blog Les feux de la rampe/Roger Simons
Roger Simons
Les feux de la rampe/Roger Simons, 26 avril 2013
Critique

« Êtes-vous contrariés par mon retour ? ». La question exige une réponse, la salle s’agite. « Non ! » s’exclame une spectatrice, « restez ! ». Les lumières se ferment, Michel Poncelet salue la salle. Les spectateurs ne cessent d’applaudir, certains ont le sourire aux lèvres, d’autres sont silencieux, se faisant une réflexion sur ce qu’ils ont retenu de la théorie de Marx.

La théorie de Marx. Pas la théorie marxiste. Parce que comme nous l’a rappelé Michel Poncelet ou plutôt Marx lui-même (tant il jouait bien son rôle !), Marx n’est pas marxiste. La phrase a fait rire, et pourtant, si on se plonge dans la vie de l’économiste, du philosophe, du journaliste, on sait que cette affirmation est exacte. Bref, la critique de cette pièce ne demande pas d’exprimer son avis sur les théories de Marx, mais un avis sur la pièce.
Howard Zinn nous livre un texte extraordinaire, exploitant toute la vie, toute la théorie de l’économiste, remettant Marx au goût du jour, nous rappelant qui était Marx et nous livrant qui il serait peut-être aujourd’hui. La crise économique, assimilée à la crise du capitalisme, nous montre que l’auteur du Capital ou encore du Manifeste du Parti communiste n’avait peut-être pas tort. Et si le capitalisme n’était voué qu’à l’échec, comme Marx l’avait prévu ? En 1848, Karl Marx prévoit le déclin du capitalisme « J’étais peut-être en avance de… 150 ans ! », nous livre Michel Poncelet dans le rôle de l’économiste révolutionnaire.
A travers l’histoire de sa vie, Marx observe la société d’aujourd’hui. Il raconte ce qu’il a vu, des SDF dormant sur le trottoir « C’est ça votre progrès ? Où est le progrès ? » Peut-être dans les transports en commun, ou les bouteilles de parfum que vous utilisez chaque matin… « J’ai lu vos journaux […], la richesse concentrée dans des mains de moins en moins nombreuses ». Le comédien s’exprime dans toute la salle, éveillant l’attention des spectateurs, posant des questions aux uns et aux autres, jouant bien son rôle de révolutionnaire convaincu.
Entre deux paroles révolutionnaires, il s’assoit sur sa malle, nous parle de sa vie, nous fait des confidences, fait référence à des personnes connues, d’autres plus intimes sur lui. Il nous parle de Jenny, l’amour de sa vie, qui un jour lui a dit « Touchons-nous vraiment ceux que nous voudrions toucher ? ». Certes, les écrits de Marx sont difficiles à déchiffrer, de plus, ils ont souvent été mal interprétés. Mais un jour, nous convainc Michel Poncelet, et Howard Zinn à travers lui, quand tous prendront conscience d’un ennemi commun, ils s’uniront.

Une pièce humoristique, mais très sérieuse. A ne pas manquer !

Lire l’article sur Le bourlingueur du .Net

Clémentine Herrens
Le bourlingueur du .Net, 24 avril 2013
Marx, l'immortel

Avec sa pièce Karl Marx, le retour, jouée actuellement à Bruxelles, l’historien américain Howard Zinn a voulu montrer que « la critique du capitalisme reste fondamentalement vraie ». Mission accomplie.

Karl Marx, le retour met en scène l’auteur du Capital qui, dans l’au-delà, a obtenu une permission d’une heure pour revenir sur Terre afin de dire ses quatre vérités à notre époque.
Il y a une vingtaine d’années, Newsweek annonçait triomphalement à la Une la mort de Marx. Pourquoi déclarer la mort d’un philosophe ? Quel journal irait annoncer la mort de Platon ou de Spinoza ? C’est cette question qui a déclenché chez l’historien américain Howard Zinn l’écriture de la pièce de théâtre Karl Marx, le retour. D’emblée, il fait dire à son personnage : « Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi il est sans cesse nécessaire de me déclarer mort ? » Parce que la réponse est simple : Marx est non seulement vivant, il est immortel, au grand dépit du capitalisme, impuissant à éradiquer ses idées, plus actuelles que jamais. « Le capitalisme, qui n’en était qu’à ses premiers méfaits à l’époque où Marx en dressa le portrait-robot, est devenu un social killer adulte qui ravage la planète », écrit Daniel Bensaïd dans Marx, Mode d’emploi.

Au ciel, Karl Marx (1818–1883) en a marre de voir ce que les hommes ont fait – ou pas – de ses idées. Après pas mal d’activisme auprès de Dieu, il a enfin obtenu une permission pour revenir (une heure) laver son nom. Le voilà qui débarque pour interpeller le public : « J’ai lu vos journaux. Ils proclament tous que mes idées sont mortes ! Mais il n’y a là rien de nouveau. Ces clowns le répètent depuis plus d’un siècle. [...] J’ai vu vos magazines et vos écrans avec toutes ces images. Vous voyez tant de choses et vous en savez si peu. Personne ne lit-il l’Histoire ? Quel genre de merde enseigne-t-on dans les écoles par les temps qui courent ? »

Le philosophe évoque l’exil à Londres avec sa famille, la pauvreté, son ami Engels, son travail intellectuel et militant. Il raconte aussi l’engagement de sa fille, des polémiques tendres et drôles avec sa femme, les rivalités entre révolutionnaires réfugiés et des débats avec d’autres, comme Proudhon ou Bakounine. Il évoque la Commune de Paris, critique les expériences dévoyées et dogmatiques de l’application de ses idées, mais ses attaques les plus virulentes vont au capitalisme dont il mesure l’évolution jusqu’à aujourd’hui. « J’avais tort en 1848, quand je pensais que le capitalisme était sur le déclin, lance-t-il. Mon calcul était un peu en avance. Peut-être de deux cents ans (sourire). » Le revenant passe notre époque au crible, fustige « la guerre pour soutenir l’industrie, pour rendre les gens tellement fous de patriotisme qu’ils en oublient leur misère ».

Si cette courte pièce monologue (belle performance de l’excellent comédien Michel Poncelet, mis en scène par Fabrice Gardin) n’apprendra pas grand-chose à ceux qui connaissent le marxisme, elle constitue néanmoins une introduction intelligente et drôle pour tout un chacun. Elle est aussi et surtout l’occasion de (re)découvrir son auteur, Howard Zinn (1922–2010). « J’ai écrit cette pièce en 1999, à une période où l’effondrement de l’Union soviétique générait une liesse presque universelle, expliquait-il. Non seulement l’ «ennemi» était mort mais les idées du marxisme étaient discréditées. J’ai voulu montrer que la critique marxiste du capitalisme reste fondamentalement vraie. »

Historien et professeur de sciences politiques à l’université de Boston, Zinn est l’auteur de nombreux ouvrages dont le célèbre Une histoire populaire des Etats-Unis, réédité cinq fois et vendu à deux millions d’exemplaires. Issu d’un milieu ouvrier de New York, Zinn a pu faire des études supérieures du fait de son engagement, par conviction antifasciste, lors de la Seconde Guerre mondiale, grâce à une loi de 1944 qui permettait aux vétérans de la guerre de s’inscrire gratuitement à l’université. Son expérience dans l’armée a été le déclencheur de son positionnement politique pacifiste. Dans Hiroshima : breaking the silence, il met en cause les justifications d’opérations militaires affectant les civils. Il dénonce en particulier les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, mais aussi les pilonnages des Alliés sur l’Allemagne, le Japon et la France – comme à Royan, où Zinn a assisté à une des premières utilisations militaires du napalm. Il établit une continuité entre ces bombardements et ceux de la guerre du Vietnam, puis de la Guerre du Golfe.

Lors de ses années d’enseignement à Atlanta, Zinn prend une part active au mouvement des droits civiques et sera renvoyé pour son militantisme. Pendant la guerre du Vietnam, aidé par son ami Noam Chomsky, Zinn édite et annote un rapport gouvernemental américain secret sur le conflit (l’affaire des Pentagon Papers). Dans les années 2000, Zinn s’est opposé à l’invasion et à l’occupation de l’Irak.

Zinn fut de tous les combats du 20e siècle contre la haine et l’injustice. Il est mort en 2010 d’une crise cardiaque alors qu’il sortait d’un meeting pour se rendre à une manifestation.

Lire l’article sur le site du PTB

Elisabeth Mertens
Site du PTB, 23 avril 2013
Au théâtre des Martyrs
Lire l’article sur Arts et Lettres
Deashelle
Arts et Lettres, 20 avril 2013
De Howard Zinn par le Théâtre des rues

Imaginons que Karl Marx revienne sur terre en 2010. Comment jugerait-il notre société confite dans le capitalisme dont il avait annoncé la mort prématurément, ce dont il convient ? … car, en effet, le voici parmi nous, par la volonté de son auteur et de Dieu qui lui a accordé une heure (Jésus n’était pas libre…) pour retourner sur terre nous donner une petite leçon de philosophie post mortem. C’est le très sérieux historien américain Howard Zinn, professeur émérite de l’université de Boston, à qui l’on doit une admirable Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours, qui a eu cette idée qui n’est pas tout à fait une blague. Ainsi, il donne une chance à Marx de remettre les pendules à l’heure, de dénoncer les dérives qui l’ont fait assimiler à Staline et aux crimes des communistes de l’URSS. D’ailleurs, Karl se défend d’être marxiste. Il en profite pour remettre le couvert sur la religion instrumentalisée par le pouvoir, sur les conséquences tragiques de la spéculation et du profit pour le profit, sur les méfaits du progrès qui rend les gens étrangers à eux-mêmes. Comme si on y était ! Derrière l’économiste et le philosophe, on découvre un homme animé d’une saine colère qui se chamaillait avec Bakounine et évoque la Commune de Paris avec émotion, qui tirait le diable par la queue dans le quartier londonien de Soho où il vivait avec Jenny, son épouse et ses trois filles. Engels, dont la famille était aisée, payait ses dettes, ce qui fait dire à Marx désabusé que le capitalisme les a sauvés. D’ailleurs, par erreur, ou par malice, Dieu l’a envoyé au Soho de New-York, lui pour qui l’Amérique représentait le pire démon. Sous la plume de Zinn, notre société vue avec les yeux de Marx donne raison à ses analyses, cent ans plus tard. La mise en scène d’Alixe Constant rassemble et met en lumière toutes ces qualités avec un économie de moyens redoutablement efficace, mais Jean Delval, acteur de combat, seul en scène, est remarquable d’authenticité, de force et de clarté. Il campe un Marx inattendu, familier et gentiment bourru. Ce spectacle, sur un mode léger et blagueur, donne corps à une hypothèse incongrue qu’on a tous distraitement évoquée un jour ou l’autre et met en perspective un point de vue singulièrement d’actualité.

L’Historien, et politologue, Howard Zinn, infatigable militant qui été de toutes les luttes pour les droits civiques, a voulu restituer un Karl Marx accessible. Voilà donc le tour de force : rendre à Marx ce qui est à Marx, au peuple ce qui est au peuple, et permettre à chacun de rencontrer à la fois l’homme et comprendre son enseignement. Cela vaut assurément le détour et toute notre attention par les temps qui courent, car, comment peut-on comprendre cette formidable crise sociale, économique, politique dans laquelle nous baignons tous en nous passant de cette incontournable grille de lecture ?

>Lire en ligne sur le site de Quefaire.be

Quefaire.be
Quefaire.be, mars-2013
Revue de presse
> voir la revue de presse autour du spectacle Karl Marx, le retour adaptée par la compagnie Archipel en 2010
Compagnie Archipel
2010
Marx, envoyé de Dieu
« Ok, ok, tu peux y aller, mais pas d’agitation ! » Monsieur Karl Marx, né en 1818, décédé en 1883, a enfin obtenu une autorisation spéciale du paradis : revenir sur Terre – une heure, pas plus – afin de donner une ultime leçon de philosophie. Mais l’administration – un peu bordélique, un peu paresseuse, même aux cieux – cafouille, et Marx atterrit non pas dans le Soho londonien, où il avait trouvé refuge, mais dans le Soho new-yorkais. Damned ! Aux States, le pays du libéralisme le plus forcené, son ennemi de toujours ! Karl, fin orateur, ne se démonte pas. Avec bonhomie, il salue son auditoire, « vous vous demandez sans doute comment je suis arrivé jusqu’ici – il sourit avec malice –, les transports en commun ! » et se met tout de go à l’apostropher : « J’ai lu vos journaux. Ils proclament tous que mes idées sont mortes ! Mais il n’y a là rien de nouveau. Ces clowns le répètent depuis plus d’un siècle. […] J’ai vu les luxueuses publicités dans vos magazines et sur vos écrans (il soupire). Oui, tous ces écrans avec toutes ces images. Vous voyez tant de choses et vous en savez si peu. Personne ne lit-il l’Histoire ? Quel genre de merde enseigne-t-on dans les écoles par les temps qui courent ? »
Karl Marx, le retour est une farce. Truculente. Truffée de bons mots et de bonnes idées – irréductibles, liberté, égalité, fraternité. Un joyeux monologue où le père du Capital devient personnage de fiction. Il se raconte sans s’essouffler. Et tout y passe, sa famille, l’exil, la dèche, l’amitié, ses engueulades avec ce pique–assiette de Bakounine, la Commune de Paris, la folie de croire aux lendemains qui chantent : « J’avais tort en 1848, quand je pensais que le capitalisme était sur le déclin. Mon calcul était un peu en avance. Peut-être de deux cents ans (il sourit). »
Ce texte joué dans plusieurs théâtres aux États-Unis – on rêve de le voir en France – n’est évidemment pas qu’une fantaisie. Son auteur, l’historien Howard Zinn, s’en explique dans une préface émouvante : « Je voulais montrer un Marx furieux que ses conceptions aient été déformées jusqu’à être identifiées aux cruautés staliniennes […]. Montrer que la critique marxiste du capitalisme reste fondamentalement vraie. » Mission accomplie. Zinn a écrit ce texte en 1999, et les quelques vérités qu’il énonce résonnent étrangement aujourd’hui : « La guerre pour soutenir l’industrie, pour rendre les gens tellement fous de patriotisme qu’ils en oublient leur misère. Des fanatiques religieux pour promettre aux masses que Jésus va revenir. Je connais Jésus. Il n’est pas prêt de revenir… » Avec un vrai talent de dialoguiste, l’historien donne chair à son personnage, ce bon vieux Karl, quelque peu malmené par une épouse vache mais charmante : « Engels et toi, disait–elle, vous écrivez sur l’égalité des sexes, mais vous ne la pratiquez guère. » Vlan ! Humour et politique font ici bon ménage. Et même déménagent : Karl Marx, le retour, ou l’antidote à la résignation.
Martine Laval
Télérama, 26/06/2004
Compte-rendu
Cette courte pièce de théâtre qui prend la forme d’un monologue de Karl Marx, est des plus réjouissantes. Écrite par un professeur d’université américain qui a ainsi voulu montrer que « la critique marxiste du capitalisme reste fondamentalement vraie », ce livre met en scène le célèbre révolutionnaire qu’un cafouillage bureaucratique renvoie de nos jours dans le quartier Soho… de New York.
Ce retour devient prétexte à une présentation de la vie personnelle, intellectuelle et militante de Marx. Le tableau qu’il nous fait de ses conditions de vie londonienne est des plus difficiles : dans le plus extrême dénuement et grâce à l’aide de ses amis dont Engels, il poursuit son travail d’étude du capitalisme, passant quelques moments de bonheur en compagnie de sa famille dont il nous brosse un portrait plein d’humanité et de chaleur. Les premiers engagements de sa fille Eleanor ainsi que les polémiques familiales sont d’ailleurs des plus drôles.
Ses débats avec d’autres sont aussi évoqués comme avec Proudhon qui « ne comprenait pas que l’on devait remercier le capitalisme pour avoir développé des industries géantes, dont il nous fallait aujourd’hui prendre le contrôle » ou Bakhounine dont Marx dit que « si un écrivain inventait un tel personnage, on dirait que ce n’est pas réaliste ».
Marx ne peut passer sous silence l’expérience des pays de l’Est ainsi que leurs chutes en parlant des révolutions qui portent au pouvoir des dogmatiques qui « organiseront un nouveau clergé, une nouvelle hiérarchie, avec des excommunications et des mises à l’index, des inquisitions et des pelotons d’exécution ».
Mais ses critiques les plus vives sont adressées au capitalisme dont il mesure l’évolution de son époque jusqu’à aujourd’hui, un système qui « creuse sa propre tombe » et dont « l’insatiable appétit de profit -encore ! encore ! encore !- engendre un monde chaos ». Mais « tout cela n’est pas inéluctable. Il y a toujours un choix possible (…) : l’utilisation des richesses incroyables de la terre par les êtres humains », ce qu’il appelle le socialisme.
Au fil des pages, c’est l’humanité, les colères, l’entrain et la truculence d’un Marx bien vivant que l’auteur nous invite à partager. De quoi introduire de nouveaux lecteurs à l’œuvre incontournable et plus que jamais essentielle du révolutionnaire, et aux autres de passer un bon moment en compagnie d’un homme de caractère, bon vivant, fin polémiste et définitivement révolté.
Emmanuel Yanne
Lettre Rouge (de la LCR 33), 2003
Karl Marx, quel retour ?

L’idée d’un certain retour éditorial à Marx resurgit périodiquement en France depuis dix ans. Qu’en est-il en réalité ?

Karl Marx, le retour ? L’effondrement de l’Union soviétique a provoqué dans les grands moyens de communication occidentaux et chez beaucoup de dirigeants politiques de cet hémisphère des réactions jubilatoires à géométrie variable. Non seulement « l’ennemi » était mort, mais les idées de Marx étaient déconsidérées. Aubaine. Quelques interprétateurs, fidèles entre tous, annoncèrent le caractère éphémère de cet « anathème ». Dès le début des années 1990, ils constatèrent que, non seulement « les promesses du libéralisme n’étaient pas tenues », mais que Marx faisait un « timide retour » dans quelques magazines du fait que le libéralisme tournait le dos à ses propres promesses concernant l’est de l’Europe. Dès 1995, l’historien américain Howard Zinn, auteur d’Une histoire populaire des États-Unis d’Amérique de 1492 à nos jours, écrivit une pièce historique en un acte intitulée Karl Marx le retour, traduite depuis en français, où il montre un Marx furieux que ses conceptions aient été déformées jusqu’à être identifiées aux cruautés staliniennes. Ce professeur à l’université de Boston visait à défendre Marx contre les pseudo-communistes qui avaient instauré un ordre répressif dans différents coins du monde mais aussi à le défendre contre les « nouveaux réactionnaires » de l’Ouest qui capitulaient devant ce qu’ils croyaient être le triomphe durable du capitalisme.

En France, les grèves de l’hiver 1995 ont marqué le début d’un tournant antilibéral confirmé, dans le cadre de formation du mouvement « altermondialiste », par les manifestations de Seattle, de Gênes et de Florence. Changement de paysage intellectuel. Sur les décombres du XXe siècle finissant commençait à fleurir ce que le philosophe André Tosel a appelé « les mille marxismes ». Ce foisonnement apparaît rétrospectivement comme un moment de libération où la pensée commence à briser ses armures doctrinaires. L’anticapitalisme, qu’il soit d’inspiration marxiste ou non, fait peau neuve. La crise désormais ouverte de la mondialisation libérale constitue le fondement d’une renaissance plurielle des marxismes et sans doute est-ce là que s’exprime le plus visiblement l’actualité de la pensée de Marx, dans le refus de la privatisation du monde, de la marchandisation généralisée et des périls que cela fait peser sur l’avenir du genre humain.

Lire l’article intégral sur le site de L’Humanité

Arnaud Spire
L'Humanité, 24 février 2003
Karl Marx le retour
Du vendredi 19 avril au samedi 25 mai 2013    Bruxelles (Belgique)
Karl Marx le retour
Du jeudi 13 au jeudi 20 décembre 2012    Colombes (92)
Karl Marx le retour
Du mardi 18 au samedi 29 septembre 2012    Mons (Cuesmes) (Belgique)
Karl Marx le retour
Du mercredi 22 au samedi 25 août 2012    Aurillac (15)
Karl Marx le retour
Du samedi 7 au samedi 28 juillet 2012    Avignon (84)
Théâtre "Karl Marx le retour"
Le vendredi 27 janvier 2012    Boulogne sur mer (62)
Théâtre "Karl Marx le retour"
Le vendredi 20 janvier 2012    Le Vigan (30)
Lecture "Karl Marx, le retour"
Le vendredi 13 janvier 2012    Angoulême (16)
Théâtre "Karl Marx, le retour"
Du mercredi 14 au dimanche 18 décembre 2011    Montpellier (34)
Théâtre "Karl Marx, le retour"
Le samedi 8 octobre 2011    Crampagna (09)
Théâtre "Karl marx le retour"
Le vendredi 23 septembre 2011    Le Portel (62)
Théâtre "Karl Marx le retour"
Du vendredi 8 au dimanche 31 juillet 2011    Avignon (84)
Théâtre "Karl Marx le retour"
Le samedi 14 mai 2011    Talant (21)
Théâtre « Karl Marx, le retour »
Le samedi 12 mars 2011    Alfortville (94)
Théâtre « Karl Marx, le retour »
Du vendredi 21 au samedi 22 janvier 2011    Nice (06)
Théâtre « Karl Marx, le retour »
Le vendredi 21 janvier 2011    Maisoncelle Saint Pierre (60)
Théâtre « Karl Marx, le retour »
Le jeudi 20 janvier 2011    Toulouse (31)
Théâtre « Karl Marx, le retour »
Le mardi 18 janvier 2011    Pessac (33)
Théâtre « Karl Marx, le retour »
Le mercredi 12 janvier 2011    Dijon (21)
Théâtre « Karl Marx, le retour »
Le samedi 9 octobre 2010    Sabarat (09)
Théâtre "Karl Marx le retour"
Le vendredi 1 octobre 2010    Migennes (89)
Théâtre « Karl Marx, le retour »
Du mercredi 18 au samedi 21 août 2010    Aurillac (15)
Théâtre « Karl Marx, le retour »
Le mardi 27 juillet 2010    Esplas de Sérou (09)
Réalisation : William Dodé