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Pour une socioanalyse du journalisme
Parution : 01/03/2017
ISBN : 9782748903416
Format papier : 146 pages (11,5 x 17 cm)
9.50 €

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Le journalisme étudié comme une profession majoritairement au service des intérêts des dominants entre autres du fait de sa structure sociale.

"La représentation médiatique du monde, telle qu’elle est fabriquée quotidiennement par les journalistes, ne montre pas ce qu’est effectivement la réalité mais ce que les classes dirigeantes et possédantes croient qu’elle est, souhaitent qu’elle soit ou redoutent qu’elle devienne. Autrement dit, les médias dominants et leurs personnels ne sont plus que les instruments de propagande, plus ou moins consentants et zélés, dont la classe dominante a besoin pour assurer son hégémonie."

Les lecteurs habitués aux concepts de la sociologie bourdieusienne ne découvriront sans doute rien de bien nouveau sur le plan théorique dans ce petit livre. Mais ils apprendront peut-être de quelle manière on peut les mettre directement en application dans un projet indissociable de connaissance et d’émancipation personnelle et collective.
    Quant aux lecteurs peu ou pas du tout familiers avec ces outils et ces auteurs, ils pourront découvrir de la manière la plus claire pourquoi et comment cette socioanalyse du métier de journaliste est en même temps celle d’une classe sociale dont cette corporation est une fraction emblématique, la petite bourgeoisie intellectuelle.

    Ce texte est une version actualisée et complétée de l’introduction que l’auteur a donnée à un livre collectif réédité chez Agone en 2007 et consacrée à l’analyse sociologique des pratiques journalistiques, Journalistes précaires, journalistes au quotidien. Cette réédition le replace dans le travail que l’auteur mène depuis la fin des années 1990 sur les classes moyennes – avec des livres comme De notre servitude involontaire et Le Petit Bourgeois gentilhomme (Agone, 2001, 2013 et 2003, 2009).

Alain Accardo

Sociologue et professeur honoraire à l’université de Bordeaux 3, Alain Accardo tient une chronique dans La Décroissance. Soucieux de promouvoir une sociologie critique, dans la continuité des travaux de Pierre Bourdieu, notamment sur les systèmes de reproduction des inégalités, et de domination, Alain Accardo s’est fait une spécialité de l’étude du monde journalistique. Tous ses livres sont désormais publiés aux éditions Agone.

Lire la chronique d’Alain Accardo sur les blogs de TerrainsDeLuttes.org

Les livres de Alain Accardo sur le site

Dossier de presse
WILLIAM IRIGOYEN
La Cité , mai 2017
"Les médias ne sont plus que très accessoirement des facteurs de l'utilité publique" – un entretien avec Alain Accardo
Le sociologue revient pour nous sur le traitement médiatique d’une élection présidentielle en passe de se terminer.

« Merdias », « journalopes », « vendus »… Les réseaux sociaux ne sont jamais avares de mots durs envers les journalistes. Pourquoi tant de haine, se demandent ces derniers ? La période qui a précédé les élections présidentielles n’a, de ce point de vue, pas été en reste et la défiance envers les médias a largement été de mise, au fur et à mesure que se multipliaient les unes des magazines consacrées à Emmanuel Macron. Avant le second tour, qui oppose le candidat d’En Marche ! à Marine Le Pen, nous avons donc souhaité nous entretenir avec Alain Accardo, sociologue et maître de conférences à Bordeaux III, afin d’analyser le « système médiatique » à l’œuvre. Ce spécialiste de Pierre Bourdieu vient en effet de faire paraître, dans la collection Cent mille signes des éditions Agone, une réédition d’un de ses textes de 2007, sous le titre « Pour une socioanalyse du journalisme, considéré comme une fraction emblématique de la nouvelle bourgeoisie intellectuelle ».

Si Accardo rappelle la mainmise de grands groupes industriels et financiers sur la majorité des médias, il refuse de faire des journalistes des pantins soumis aux ordres, protégeant sous la contrainte l’ordre (libéral) établi. Au contraire, et c’est là la pertinence de son analyse, qui prend en compte à la fois le poids des structures et la contingence des actions individuelles : sous couvert de démocratie et de pluralisme, les journalistes tiennent, peu ou prou, le même discours car ils pensent tous, peu ou prou, la même chose, et qu’ils viennent tous, peu ou prou, des mêmes milieux. Alain Accardo l’affirme : « Cette dialectique de la diversité dans l’uniformité idéologique tient fondamentalement au fait que les médias journalistiques s’adressent aux différentes fractions des classes moyennes et des classes supérieures, où se recrutent d’ailleurs, très majoritairement, les journalistes eux-mêmes. Il est donc compréhensible que les médias reflètent la diversité effective des intérêts et des valeurs de ces différents groupes sociaux. »

Non, les journalistes ne sont pas des marionnettes soumises aux ordres des actionnaires richissimes qui détiennent leur rédaction. Non, ils ne passent pas leur journée à comploter sciemment pour diffuser des informations erronées. Leur discours est biaisé car leur point de vue l’est de fait, et leur unanimité sur le « phénomène Macron » l’illustre parfaitement : « La représentation médiatique du monde, telle qu’elle est fabriquée quotidiennement par les journalistes, ne montre pas ce qu’est effectivement la réalité mais ce que les classes dirigeantes et possédantes croient qu’elle est, souhaitent qu’elle soit ou redoutent qu’elle devienne. Autrement dit, les médias dominants et leurs personnels ne sont plus que les instruments de propagande, plus ou moins consentants et zélés, dont la classe dominante a besoin pour assurer son hégémonie. » J’ai rencontré Alain Accardo pour en savoir un peu plus.

Pour lire l’entretien : https://www.vice.com/fr/article/les-medias-ne-sont-plus-que-tres-accessoirement-des-facteurs-de-lutilite-publique-un-entretien-avec-alain-accardo
Ludivine Bénard
Vice , 4 mai 2017
Ce journalisme au service des "dominants"
Donald Trump ne devait pas emporter la présidentielle américaine. Une majorité de Britanniques ne devait pas voter en faveur du Brexit. Alain Juppé devait sortir vainqueur des primaires de la droite française... Depuis un an, les médias brillent par leur incapacité à lire le monde tel qu’il est et non tel qu’ils imaginent. Ses figures de proue répondent qu’ils ont eu tort de faire confiance aux instituts de sondage, que ce n’est donc pas complètement leur faute. Et si la presse opérait enfin sa mue? Et si elle commençait à mettre les bonnes lunettes au lieu de chausser systématiquement celles de «l’économie libérale et de la financiarisation »?

Dans cet essai, paru en mars dernier, le sociologue français Alain Accardo passe en revue quelques-uns des nombreux travers de notre profession: «l’inculture branchée et culottée, bavarde et narcissique» de ses représentants; la confusion entre le métier de journaliste et «les activités de la communication »; la reproduction du discours des «classes dirigeantes et possédantes»; la promotion par les membres de la hiérarchie d’individus «conformes à leur propre modèle, à leurs attentes, ou à leurs injonctions»; la délivrance de messages qui s’adressent «aux sens plutôt (...) qu’à la réflexion»; le culte de la vitesse, ce moyen transformé en fin...

Pages après page, les critiques s’accumulent. On chercherait en vain une quelconque forme de clémence. Pas étonnant quand on connaît la proximité de l’auteur avec Pierre Bourdieu, décédé en 2002, et dont la force des travaux critiques, pas seulement sur le journalisme d’ailleurs, restent, aujourd’hui encore, d’une incroyable pertinence.

Mais ce livre ne présenterait qu’un intérêt très relatif s’il ne se contentait que d’inventorier les maux des médias. D’abord, il réaffirme la nécessité de renforcer la culture générale dans les cursus d’écoles de journalisme. Il préconise de faire fi des «catégories simplistes et stéréotypées d’un prêt-à-penser dont les rédactions sont devenues l’un des principaux ateliers de confection». Autrement dit, il appelle à un journalisme critique qui n’a pas pour objectif de lisser ou lustrer les «aspérités
du réel». Ce qui revient, selon l’auteur, à envisager cette activité de façon politique où il est question, entre autre, de «lutte des classes».

On imagine déjà les rires moqueurs de la part de l’oligarchie journalistique. Peut-être. Mais comment ne pas rejoindre l’auteur quand il dénonce «dans les rédactions de l’ensemble des médias, une méconnaissance profonde du monde populaire, encore perçu pour l’essentiel à travers les clichés réducteurs hérités de la tradition romantique»?

La faute à qui? Aux structures tout autant qu’aux individus qui font «librement ce qu’ils sont socialement programmés à faire». Pour l’auteur, la libération des médias reste à faire. Ou plutôt la révolution. Et de lancer plusieurs chantiers: «Favoriser le développement d’une presse non lucrative, indépendante et pluraliste; empêcher la concentration des titres et le cumul des fonctions dirigeantes; écarter tout risque de pourrissement par la publicité; écarter toute confusion avec le pouvoir économique ou politique. » À La Cité, nous avons le sentiment d’avoir déjà entamé
les travaux.
WILLIAM IRIGOYEN
La Cité , mai 2017
Réalisation : William Dodé