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Comment le monde bascule [LettrInfo 24-VII]

Il n’est pas fréquent qu’une critique de gauche, progressiste, humaniste et motivée par un grand chambardement du monde tel qu’il va (mal) ne soit pas aussi désespérante que le monde tel qu’il va (mal). Effet naturel du diagnostic des rapports de forces en place et de tout retour lucide sur le passage du temps où la gauche essayait (un peu) à celui où elle n’essaie même plus

Entre autres qualités remarquables de Mutinerie, on trouve l’analyse par son auteur, Peter Mertens, d’un monde qu’on voit basculer mais dont il nous convainc qu’il en sortira quelque chose de bon. Pour une fois, un basculement, non pas en faveur du capital, mais en faveur du travail, non pas du côté des guerres économiques, financières, impérialistes et de la bêtise brute, mais du côté de la justice, de l’égalité, de l’entraide, du respect de la nature et de la bonne intelligence.

Entre autres qualités encore de Mutinerie, le fait que le diagnostic, établi par l’auteur sur des bases solides et des propositions nuancées, ne mobilise pas seulement les habituels experts universitaires plus ou moins hétérodoxes, mais aussi la parole de celles et ceux qui subissent les rapports de domination dans leur vie, leur travail, au quotidien. Actrices et acteurs rencontrés en Belgique et aux Pays-Bas, bien sûr, mais aussi en Angleterre et en Allemagne, au Brésil et au Chili — même en France…

Entre autres qualités encore de Mutinerie, c’est que l’auteur, pour être l’un des 43 élus du Parti du travail de Belgique, ne confine par ses réflexions, ses relations ni son action à son espace national, ni même européen : en quête des indices du basculement du monde, Peter Mertens circule d’un continent à l’autre. Et la désoccidentalisation qu’il décrit ne flotte pas l’air des idées mais est bien ancrée dans la réalité quotidienne de la classe travailleuse, du Nord au Sud.

Selon les derniers sondages… (Évidemment, on sait bien ce que ça vaut : mais pour une fois qu’il ne s’agit pas d’une promotion de la ligne brun-blanc-rouge !) Selon les derniers sondages donc, le PTB serait le premier parti politique de Bruxelles, qui n’est pas seulement la capitale de la Belgique, mais abrite, entre autres institutions, la Commission européenne et l’Otan. Manière de reclasser à sa valeur, pas seulement symbolique, notre petit voisin. En se prêtant à rêver que la gauche de notre grand pays en prenne exemple.

Car vu d’outre-Quiévrain, les mêmes choses sont juste dites plus simplement. Citons Peter Mertens lorsqu’il raconte l’histoire incroyable de son parti :

Aucune personne raisonnable ne peut regarder les journal télévisé le soir sans s’inquiéter de l’avenir. Le fossé entre le travail et le capital se creuse. L’extrême droite progresse. Nos dirigeants veulent faire payer la crise économique et climatique à la classe travailleuse et aux peuples du Sud. Aujourd’hui, nous choisissons l’espoir plutôt que le désespoir, et le socialisme plutôt que le capitalisme. Et nous ne sommes pas les seuls.

« Nous sommes les rebelles au grand cœur », lance la bande à Brueghel ! Qui débarque à Paris le 2 avril prochain à La Belleviloise :

Où Peter Mertens invite Benoît Bréville (Le Monde diplomatique), Laetitia Riss (Le Vent Se Lève), Laurent Brun (CGT-Cheminot) et François Ruffin à débattre du monde qui bascule — pour s’inscrire, c’est ici !

Thierry Discepolo

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Sur Mutinerie, lire en ligne :
— « Points de vue » (Au jour le jour, mars 2024)
— et son actualité en Belgique

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