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« Au nom de la démocratie, votez bien ! »
Retour sur le traitement médiatique des élections présidentielles de 2002 et 2017
Parution : 08/02/2019
ISBN : 9782748903911
Format papier : 144 pages (12 x 19,5)
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Les médias ont orchestré l’essentiel de la dramaturgie politique du second tour des élections présidentielles de 2002 et de 2017. Au débat démocratique qu’ils chérissent tant – et qu’ils piétinent si allègrement –, ils ont préféré asséner leurs leçons de bienséance républicaine, de morale civique et de tactique électorale aux électeurs déviants.

En collaboration avec les communicants politiques, les médias fixent l’agenda électoral, influent sur ce à quoi il faut penser et disposent du pouvoir de consécration (ou de stigmatisation) des candidats. Ce journalisme de prescription des choix électoraux légitimes et d’écrasement des opinions dissidentes, on l’a déjà connu en 1992 et en 2005 avec les référendums sur le traité de Maastricht et sur le Traité constitutionnel européen.

S’ils ne font pas toujours une élection, les médias cherchent à imposer un choix qui semble inéluctable. Le choix des maîtres. En 2002 et 2017, le rappel à l’ordre médiatique de l’entre-deux-tours eut pour fonction d’effacer le désastre du premier tour : « La récréation est finie ! Au nom de la démocratie, votez ! Mais surtout, votez bien ! »

Table des matières
Prélude
Acte I : Le choc
Tous coupables ?
Le vote « utile »
Matraquage sécuritaire
L’entrée des artistes
Acte II : La mobilisation
Laminer Le Pen
Tous résistants !
Acte III : La culpabilisation
Le retour des Munichois
Les guets-apens
Le mépris
Dénouement : « Le jour de gloire est arrivé »

Mathias Reymond

Économiste, enseignant à l’université de Montpellier, Mathias Reymond co-anime le site de critique des médias Acrimed. Il est également co-auteur de L’Opinion, ça se travaille… Les médias et les « guerres justes » (Agone, 2014), Les Éditocrates, ou Comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi (La Découverte, 2009) et Tous les médias sont-ils de droite ? (Syllepse, 2008).

Les livres de Mathias Reymond chez Agone

Dossier de presse
Baptiste Le Tallec-Rimbaud
Liens socio, 9 avril 2019
Mathieu
Critiqueslibres.com, 30 janvier 2019
En ligne : à regarder, à écouter

« Médias, tous pourris ? »
Un entretien de Daniel Mermet avec Mathias Reymond dans « Là-bas si j’y suis »

Pour 69 % des Français, les journalistes ne sont pas indépendants des partis politiques et du pouvoir. La crédibilité des médias connaît une baisse historique. Des reporters de certains médias se font maltraiter dans les manifs. Pourquoi tant de défiance ? Mathias Reymond, maître de conférences en économie et co-animateur d’Acrimed, apporte des réponses en revenant sur le traitement médiatique des présidentielles de 2012 et 2017. Un démontage précis et cinglant au moment où nos chantres médiatiques sont déchaînés comme jamais contre le mouvement social.

Le traitement médiatique des élections présidentielles de 2002 et 2017

Rédigé par l’un des co-animateurs d’Acrimed, ce livre fait sien l’une des ambitions de cette association de critique des médias, dont la qualité des travaux n’est plus à démontrer : « s’efforce[r] de rendre visible ce qui ne l’est pas ou pas totalement »1. Précisément, l’auteur entreprend de dévoiler les pratiques issues de la collusion entre grands médias et une partie de la sphère politique durant les élections présidentielles de 2002 et 2017 en France. L’objectif ici n’est pas de présenter les mécanismes socio-économiques qui favorisent cette collusion, mécanismes aujourd’hui bien connus de la sociologie des médias et rapidement survolés en début d’ouvrage2. Cette publication se lit plutôt comme un inventaire de différentes pratiques déployées durant l’entre-deux-tours de ces élections présidentielles et qui témoignent de l’existence d’une telle collusion. La pertinence de ces deux études de cas se révèle en leur qualité de verres grossissants. En effet, face à l’accession au second tour d’un candidat ou d’une candidate Le Pen, le travail médiatique se focalise sur ce qu’il présente comme un danger et se consacre à en empêcher la réalisation. Si les mécanismes déployés dans le monde médiatique pour exercer une influence politique sont habituellement plus discrets, ils s’intensifient dans l’effervescence de l’élection présidentielle et apparaissent alors au grand jour. Dans l’ouvrage, l’auteur dissèque dans toute sa diversité ce monde médiatique trop souvent réduit aux présentateurs et présentatrices de journaux télévisés : des hommes et femmes politiques de tous bords aux journalistes en passant par les artistes télégéniques et les « philosophes de télévision » (p. 54).

Si ses trois chapitres, « Le choc », « La mobilisation » et « La culpabilisation », analysent trois « moments » enchevêtrés de la réaction médiatique au résultat du premier tour des élections, ce livre se lit avant tout à l’échelle de ses sous-parties, dédiées à des phénomènes ou à des pratiques spécifiques. Les stratagèmes les plus visibles – appel au « vote utile », registre lyrique, traitement différencié des candidats et candidates – y côtoient ainsi des pratiques plus diffuses. Parmi celles-ci, l’auteur cite le mépris de classe ou encore l’insulte de « munichois », « terme plus raffiné que “collabos” » (p. 86), adressée aux porteurs d’une opinion déviante. Ces tentatives d’influence passent également par la promotion d’une gymnastique intellectuelle qui aboutit à des raisonnements tels que « plus le score de Macron sera élevé, moins il sera légitime » (p. 67) ou à l’équation électorale « Ne pas voter, c’est voter Le Pen. Voter nul, c’est voter Le Pen. Voter blanc, c’est voter Le Pen. La seule, l’unique façon de ne pas voter Le Pen, c’est de voter Chirac » (p. 86). Dans la lignée de sa comparaison entre les élections de 2002 et 2017, l’auteur souligne par ailleurs l’inaltérabilité de cette équation : le nom « Chirac » est interchangeable avec celui d’un(e) quelconque candidat(e) issu(e) d’un quelconque parti de gestion. En montrant comment une même gamme de pratiques se reproduit à 15 ans d’intervalle, Mathias Reymond met en lumière l’effort conséquent par lequel le monde médiatique « tente d’imposer aux citoyens – parfois avec succès, parfois sans – un choix qui semble inéluctable. Leur choix » (p. 11).

Cet inventaire est salvateur en cela qu’il rassemble des propos et des actes rapidement oubliés car noyés dans un cycle médiatique au rythme infernal. On peut cependant regretter que les mutations idéologiques qui dépassent le temps court d’une campagne ne soient que peu abordées dans cet ouvrage. Elles éclairent pourtant le caractère consistant des pratiques présentées entre 2002 et 2017, tout en soulignant certaines de leurs évolutions. À titre d’illustration, le processus de « culpabilisation » décrit par l’auteur comme une constante s’exprime dans le vocabulaire de la « haine de la démocratie » exposée par Jacques Rancière : une conception dépolitisée de la politique, conçue comme simple lutte électorale entre « propositions gouvernementales » (p. 14) légitimes, c’est-à-dire des propositions « de gestion ». Dans ces conditions, les principales formations politiques sont « fondamentalement d’accord sur la fin de l’action politique qui est, à leurs yeux, de gérer au mieux une société capitaliste considérée comme la forme achevée [...] de la démocratie et même de la civilisation »3. Cette gestion s’avère gênée par un peuple qui, aveuglé par son ignorance (de classe), ne perçoit pas l’évidence de cette unique et immuable route du progrès et qui est à ce titre méprisé. En 2002, un journaliste évoquait ces « gens qui ne comprennent rien au monde qui les entoure » (p. 24) ; quinze ans plus tard, cette même idée transparaît dans le mépris des médias pour celles et ceux qui envisagent de ne pas voter « Macron » au second tour. Toutefois, leur propos se double d’une justification puisqu’ils considèrent que leur revient un devoir de « pédagogie ». Cette formule est employée tant par les grands médias que par le(ur) candidat favori. Une telle volonté de « pédagogie » a pour conséquence de transformer la relation entre la sphère médiatique et politique et les électeurs. Elle devient une relation de dominants qui « sermonnent les électeurs – comme des instituteurs réprimandent des mauvais élèves » (p. 118) par un « prosélytisme infantilisant » (p. 70). Cette isomorphie entre le vocabulaire du candidat Macron4 et celui du monde médiatique5 trouve ainsi son origine dans l’intensification d’une caractéristique idéologique fondamentale du capitalisme néolibéral : la mort du politique au profit de la gestion. Ce rapide exemple permet d’illustrer le fait que les collusions entre les mondes médiatique et politique présentées par l’auteur reposent sur, découlent de, et sont modifiées par des fondations idéologiques plus profondes, difficilement perceptibles et malheureusement peu abordées dans ce livre. Ces transformations ont pourtant un impact majeur sur les autres phénomènes mis en exergue : la « dépolitisation [qui privilégie] le jeu plutôt que les enjeux politiques » (p. 40), la personnification du monde politique, l’opposition entre émotions (toujours du côté des dominés) et raison (toujours du côté des dominants), le mythe des « lois universelles de l’économie » (p. 49), la possibilité d’existence de « philosophes de télévision » (p. 54), le « délire sondomaniaque » (p. 29) qui repose sur la croyance en l’existence d’une « “opinion publique” objectivable et mesurable » (p. 41), etc. Ce qui est présenté par l’auteur comme le « vrai pouvoir [des médias] : celui de circonscrire le débat et de dicter l’agenda » (p. 40) est lui-même façonné par ces mutations idéologiques. Dire le possible et l’impossible est en effet assurément plus simple au sein d’un système idéologique qui ne se reconnaît qu’une seule direction légitime.

En définitive, par l’étude de ces verres grossissants que sont les entre-deux-tours des élections présidentielles de 2002 et 2017, Mathias Reymond met en exergue les effets d’une « démocratie réduite à l’exercice électoral » (p. 105) sur un monde médiatique qui « confond démocratie et spectacle » (p. 23)6 et en vient à produire une dramaturgie aux multiples rebondissements mais au péril constant. C’est ce danger permanent – représenté en 2002 et 2017 par les deux candidats Le Pen mais qui peut prendre d’autres formes – qui lui permet de légitimer « au nom de la démocratie et au mépris du peuple » (p. 11) un ensemble de pratiques, d’actes et d’injonctions que plusieurs de ses représentants ou représentantes qualifient publiquement de « propagande à la soviétique [dont] il faut se réjouir du résultat » (p. 52)7.

Si ce livre peut se lire sans connaissance particulière des mécanismes socio-économiques et idéologiques qui permettent les pratiques présentées, il nous semble que le sentiment d’indignation que fait naître l’accumulation de tant d’éléments à charge sur 120 pages ne pourra devenir fécond qu’à la lumière d’analyses plus détaillées de ces mécanismes. À ce titre, des lectures complémentaires ne peuvent être qu’encouragées : l’étude de cas que constitue cet ouvrage les illustrera à merveille.

1 Acrimed, « Quelle critique des médias ? ».

2 Pour une introduction, se référer au classique et concis : Bourdieu Pierre, Sur la télévision, Raisons d’agir, 1996. Une présentation vidéo se trouve également sur internet : Bourdieu Pierre, « Le champ journalistique et la télévision ». Pour une étude de cas sur le monde médiatique des années 1990, lire le tout autant classique Serge Halimi, Les Nouveaux Chiens de garde, Raisons d’agir, 2005. Une adaptation documentaire du même nom se penche plus particulièrement sur la décennie 2000 : Balbastre Gilles, Kergoat Yannick, Les Nouveaux Chiens de garde, 2012.

3 Alain Accardo, Le Petit bourgeois gentilhomme. Sur les prétentions hégémoniques des classes moyennes, Agone, coll. « Contre-feux », 2009, p. 31 ; compte rendu d’Igor Martinache pour Lectures.

4 Dès 2011 dans un article pour la revue Esprit, celui-ci déplorait déjà « un pouvoir politique [...] maternant plutôt que pédagogue » (Emmanuel Macron, « Les labyrinthes du politique. Que peut-on apprendre pour 2012 et après ? », Esprit, 2011/3, p. 109). Pour les usages de cet élément de langage durant son mandat présidentiel, se référer à cet article de RTL, « Macron et le gouvernement ont-il trop usé de l’argument de la pédagogie ».

5 Bien que puisant dans d’autres imaginaires – ceux de la « participation citoyenne » et de l’organisation d’entreprise –, l’évocation et les louanges d’un éditorialiste de France Inter pour « l’esprit coopératif ambiance coworking de Benoît Hamon » (p. 29) fournit une illustration éloquente de ces emprunts linguistiques partagés par le monde médiatique et Emmanuel Macron. Éric Hazan propose une étude toujours d’actualité de ce langage qu’il considère être « à la fois l’émanation du néolibéralisme et son instrument » (Hazan Éric, LQR La propagande du quotidien, Raisons d’agir, 2006, p. 14).

6 Le sens de cette citation est altéré. Ce reproche initialement fait par Bernard-Henri Lévy aux électeurs de 2002 s’avère décrire avec une lucidité rare le principe fondateur du système médiatique qui permet à cet écrivain de prospérer.

7 Jean-François Khan, François Darras et Thomas Vallières dans un article de Marianne daté du 6 mai 2002.

Baptiste Le Tallec-Rimbaud
Liens socio, 9 avril 2019
Le mépris de la démocratie
« À chaque mobilisation sociale, à chaque conflit militaire, à chaque élection, le constat ne varie pas : les médias sont des médias de parti pris. Avec des nuances quand ce sont des médias de masse. Sans nuances – et cela peut se comprendre – quand ce sont des médias d’opinion. Le même processus, “information-mobilisation-culpabilisation”, est ajusté à la nature de ce qu’il faut combattre ou qu’il faut soutenir. Pour un mouvement social : annonce d’un mesure libérale (bienvenue) ; mobilisation des chefferies éditoriales pour son soutien ; culpabilisation des opposants. Pour une intervention militaire (occidentale) : divulgation de l’infamie d’un régime ; mobilisation médiatique pour un pilonnage ciblé (cela va sans dire) ; culpabilisation des pacifistes et des sceptiques. Pour une élection (ou un référendum) : présentation des candidats et de leurs programmes ; mobilisation massive en faveur (ou en défaveur) d’un ou de plusieurs candidats ; culpabilisation des électeurs(et des candidats) déviants. »

Ce que dit Mathias Reymond à propos de l’approche médiatique de l’entre-deux-tours des élections présidentielles de 2002 et 2017 (avec l’injonction généralisée : « Votez Chirac » puis « Votez Macron », et la culpabilisation immédiate de ceux qui refusaient de décliner ce diktat devant les micros et les caméras), est tout aussi flagrant dans le traitement médiatique de la « crise » des Gilets jaunes. Je n’ai pu m’empêcher de me dire : « Voilà, c’est exactement ça ! Les médias dans leur ensemble, avec leur morgue, leur condescendance et leur arrogance habituelles, ne comprenant par ailleurs rien à un mouvement spontané, inhabituel, sans tête d’affiche, qui sort de leur cadre de grille de lecture, se sont payé la tête des interviewés, ramenés à leur insignifiance, à leur langage non adapté ou non conforme, et finalement relégués aux oubliettes, quand on ne les sommait pas de condamner fermement les violences des casseurs, alors que ces-mêmes médias ne disaient mot ou minimisaient les violences policières. »

La télévision cherchait bien évidemment dès le début à déconsidérer le mouvement par le choix des images montrés, et les commentaires des experts auto-proclamés qui n’en finissaient pas de pérorer dans leurs délires de nantis bien incapables de comprendre un malaise populaire non canalisé. Et, comme en 2017 ils avaient harcelé entre les deux tours Jean-Luc Mélenchon pour le sommer d’appeler àvotez Macron (ce qu’il n’a pas fait, et il lui en a fallu, de la ténacité pour résister !), maintenant ils harcèlent et culpabilisent ceux qui ne condamnent pas les violences commises pendant les manifestations.

Mais qu’ils commencent donc à condamner les violences policières sur lesquelles leur silence est assourdissant ! Ce qu’ils se gardent bien de faire. Et on voit défiler à tour de bras les ministres qui se congratulent du rôle positif joué par la police et la gendarmerie (sûr qu’éborgner des individus pacifiques et des passants, les handicaper à vie en les privant d’une main, leur balancer des canons à eau en plein hiver – alors même que l’eau est une matière précieuse dont on va bientôt manquer, comme on en manque déjà dans bien des pays –, les asperger de gaz lacrymogènes et de grenades, c’est considéré comme positif par les gardiens de l’ordre) sur toutes les radios, les télévisions où leurs tweets sont clamés à tous les carrefours… Et ils s’étonnent qu’on les appelle les « merdias », que la majorité de la population n’ait plus envie de les lire, de les croire ou de les regarder, que les Gilets jaunes les conspuent et manifestent parfois avec violence la colère qu’ils leur inspirent, et qu’on soit désormais obligés de chercher d’autres sources d’information, sur les réseaux sociaux et les sites internet indépendants.

Le livre de Mathias Reymond montre bien la manière dont les médias ont orchestré la dramaturgie électorale entre les deux tours, en 2002 comme en 2017, et comment ils orchestrent actuellement la dramaturgie sociale.

Je souhaite à ce livre un franc succès. Il m’a fait prendre conscience que j’ai moi-même été pris au piège de leur conspiration en faveur du vote Macron. Je me suis efforcé de trouver des tas de raisons de ne pas voter blanc ou de m’abstenir, ce qui était pourtant ma première idée. Cette lecture m’a montré que j’ai subi le matraquage idéologique des médias sans m’en rendre compte.

Bravo pour le travail de fourmi de l’auteur.
Mathieu
Critiqueslibres.com, 30 janvier 2019
Rencontre avec Mathias Reymond : « Au nom de la démocratie, votez bien ! »
Le vendredi 19 avril 2019    Toulon (83)
Rencontre avec Mathias Reymond : « Au nom de la démocratie, votez bien ! »
Le jeudi 21 mars 2019    Paris (75)
Rencontre avec Mathias Reymond : « Au nom de la démocratie, votez bien ! »
Le vendredi 15 mars 2019    Montpellier (34)
Réalisation : William Dodé