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Black Lives Matter
Le renouveau de la révolte noire américaine
Traduit de l’américain par Celia Izoard
Parution : 22/09/2017
ISBN : 9782748903171
Format papier : 408 pages (12 x 21 cm)
24.00 € + port : 2.40 €

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"Le meurtre de Mike Brown par un policier blanc a marqué un point de rupture pour les Afro-Américains de Ferguson (Missouri). Peut-être était-ce à cause de l’inhumanité de la police, qui a laissé le corps de Brown pourrir dans la chaleur estivale. Peut-être était-ce à cause de l’arsenal militaire qu’elle a sorti dès les premières manifestations. Avec ses armes à feu et ses blindés, la police a déclaré la guerre aux habitants noirs de Ferguson."

Comment le mouvement Black Lives Matter a-t-il pu naître sous le mandat du premier président noir ? L’auteure revient sur l’"économie politique du racisme" depuis la fin de l’esclavage, le reflux des mouvements sociaux des années 1960 et l’essor d’une élite noire prompte à relayer les préjugés racistes et anti-pauvres. Elle défend le potentiel universaliste de BLM : afro-américain et tourné contre les violences policières, il peut parfaitement rallier d’autres groupes et s’étendre à une lutte générale pour la redistribution des richesses.

Au sommaire : Introduction. Le réveil noir dans l’Amérique d’Obama - 1. Une culture raciste - 2. Des droits civiques à l’indifférence à la race - 3. Des visages noirs aux cimes du pouvoir - 4. Une justice à deux vitesses - 5. Barack Obama : la fin d’une illusion - 6. Black Lives Matter : plus qu’un moment, un mouvement - 7. De #BlackLivesMatter à la libération noire

Keeanga-Yamahtta Taylor

Militante antiraciste, féministe et anticapitaliste, Keeanga-Yamahtta Taylor enseigne au Département d’études afro-américaines de l’université de Princeton. "Black Lives Matter", son premier livre, a reçu de nombreux prix et a été plusieurs fois réimprimé depuis sa sortie aux États-Unis.

Les livres de Keeanga-Yamahtta Taylor sur le site

Dossier de presse
José Antonio Garcia Simon
Le Courrier , Jeudi 16 novembre 2017
Le renouveau de la lutte afro-américaine
«Les violences policières ne sont pas un phénomène nouveau; elles existent sous une forme ou une autre depuis l’abolition de l’esclavage. Pourquoi ces abus ont-il provoqué un basculement précisément à l’ère d’Obama?» Telle est la question à laquelle essaye de répondre l’écrivaine et universitaire américaine Keeanga-Yamahtta Taylor dans Black Lives Matter. Un magnifique essai sur le renouveau des luttes contre le racisme aux Etats-Unis au cours de la dernière décennie, paru aux Editions Agone dans une traduction de Célia Izoard.

Au départ, c’est un simple hashtag qui déclenche le mouvement: «#BlackLivesMatter» a été posté sur Facebook l’été 2013 par une militante dépitée par l’acquittement d e Georges Zimmerman, ce vigile ayant abattu sans fondement l’année précédente un Afro-Américain de 17 ans, Trayvon Martin. Mais ce sera lors des mobilisations des années 2014-2015, en réponse au meurtre par la police d’un autre jeune noir, Michel Brown, que ce mouvement de contestation contre les violences policières visant la population noire prendra véritablement son envol.

Le livre se présente comme un argumentaire riche et précis visant à expliquer le paradoxe suivant: au moment où les Etats-Unis élisent un premier président afro-américain, la communauté noire est secouée par des grandes vagues de protestation contre le système et, en particulier, contre la répression policière. Yamahtta-Taylor esquisse d’abord un tableau de la situation de la population noire au pays de la liberté: 27% d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté; 26% des foyers noirs sont en situation d’insécurité alimentaire; 25% des femmes n’ont pas de couverture santé; les prisons abritent plus de 2 millions d’anciens détenus afro-américains privés du droit de vote.

Comment en est-on arrivé à pareille situation après l’élan émancipatoire soutenu par les mouvements des droits civiques dans les années 1960? Plusieurs ­facteurs sont en jeu selon l’auteure: la persistance du racisme dans une culture marquée par le passé ­colonial et esclavagiste; le reflux des luttes noires dans les années 1970; l’émergence d’une classe politique noire vite happée par les impératifs du système, et ­détournée des préoccupations de sa base; enfin le ­démantèlement de l’Etat-providence lors du raz-de-marée néolibéral.

Tous ces éléments se cristallisent en un point: l’indifférence à la race (colorblindness) comme maître-mot du fonctionnement des institutions. Ce qui est considéré comme une avancée par rapport à la ségrégation institutionnalisée dans le passé, masque de fait les causes systémiques de l’oppression des noirs, en reléguant celle-ci à une question culturelle – les dysfonctionnements de la culture noire – ou à la simple attitude individuelle – la volonté de s’en sortir.

Black Lives Matter a l’avantage de ne pas s’enfermer dans le communautarisme – en montrant les antagonismes de classe (et d’intérêts) entre les élites (dont Obama est le symbole) et les couches populaires noires. Il replace aussi la situation de la population noire américaine dans un contexte élargi, marqué par les dynamiques sécuritaire et inégalitaire du néo-libéralisme. Et, par là même, montre la nécessité de «construire des solidarités entre communautés opprimées» – par exemple, entre les Afro-Américains et le prolétariat blanc. Un livre d’une lucidité rare.
José Antonio Garcia Simon
Le Courrier , Jeudi 16 novembre 2017
Réalisation : William Dodé