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Deux révolutions
La Chine au miroir de la Russie
Parution : 15/09/2014
ISBN : 9782748902075
Format papier : 192 pages (12 x 19,5 cm)
15.00 € + port : 1.50 €

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« Au moment de franchir le seuil des réformes, l’URSS semblait présenter des conditions matérielles et culturelles bien plus favorables que la Chine. Son PIB était quatre ou cinq fois supérieur. Sa base industrielle, beaucoup plus large, employait proportionnellement deux fois plus de main-d’œuvre. Elle était mieux pourvue en ressources naturelles (combustibles fossiles, minerais précieux, terre) et beaucoup plus urbanisée. Sa population, mieux nourrie, disposait d’un apport calorique moyen moitié plus important que la population chinoise. Ses infrastructures étaient beaucoup plus développées. Enfin, l’enseignement y était très supérieur : l’alphabétisation était complète, le nombre d’étudiants vingt fois supérieur en données relatives, et le pays possédait un large vivier de scientifiques bien formés. »

Si le XXe siècle fut dominé, plus que par n’importe quel autre événement, par la trajectoire de la révolution russe, le XXIe sera façonné par les conséquences de la révolution chinoise. L’État soviétique, né de la Première Guerre mondiale, vainqueur de la Seconde, vaincu dans une copie refroidie de la Troisième, se décomposa après sept décennies sans grand fracas, aussi rapidement qu’il était jadis apparu. Le contraste avec les résultats de la révolution chinoise est saisissant. Courtisé par ses anciens ennemis tout autant que par ses alliés, l’Empire du milieu est désormais, pour la première fois de son histoire, une puissance mondiale de premier plan.

Pour décrire la chute de l’URSS, aucune formule n’a autant été utilisée que celle d’« effondrement du communisme ». Vingt ans plus tard, cela sonne quelque peu eurocentrique. D’une certaine manière, le communisme n’a pas seulement survécu : il est une véritable réussite. Bien sûr, la nature et l’ampleur de ce tour de force ne manquent pas d’ironie. Mais sur la différence entre le destin des révolutions en Chine et en Russie, il ne peut pas y avoir l’ombre d’un doute. Cet ouvrage développe une analyse comparée des organisations politiques et des leaders, des traditions socio-historiques et des facteurs externes pour expliquer les fortunes diamétralement opposées du communisme en Russie et en Chine après 1989. Car seule une telle analyse peut permettre de comprendre la place qu’occupe désormais la Chine dans l’ordre mondial.

Perry Anderson

Historien britannique, Perry Anderson est l’un des fondateurs de la New Left Review, qu’il a dirigée pendant plus de quarante ans. Il a publié, en français aux éditions Agone, Le Nouveau Vieux Monde (2010) et (à paraître) Sur le marxisme occidental puis À la recherche du matérialisme historique.

Les livres de Perry Anderson chez Agone

Wang Chaohua

Intellectuelle dissidente très impliquée dans la mobilisation de Tienanmen en avril-juin 1989, membre de l’Institut d’études avancées de Nantes (2012–2013), Wang Chaohua a notamment édité le recueil “One China, Many Paths” (Londres-New York, 2003).

Les livres de Wang Chaohua chez Agone

Dossier de presse
La trajectoire chinoise au miroir de l’expérience soviétique ou l'avantage de jouer en second

La République populaire de Chine est vieille de plus de soixante ans et il y a tout lieu de penser qu’elle durera plus longtemps que feu l’URSS. C’est aujourd’hui un constat évident qu’on pouvait difficilement envisager à la fin des années 70. Sans aller jusqu’à parler de « miracle chinois », il y a tout lieu de s’interroger sur le sort bien différent des deux plus importantes expériences de construction du socialisme. Dans le premier texte ouvrant le recueil (Deux révolutions. La Chine au miroir de la Russie), Perry Anderson s’interroge longuement sur cette divergence d’itinéraire.

Car il y a quelques décennies, c’était la Chine maoïste – puis post-maoïste – qui paraissait à la peine face à l’URSS. Alors que le rayonnement international de cette dernière était encore réel, à la mort de Mao la Chine faisait piètre figure. Citons comme points noirs, une industrie toujours balbutiante et une agriculture aux techniques arriérées, une main d’œuvre globalement peu formée, une croissance démographique mal contrôlée et une politique étrangère pour le moins contestable, dont le moment le plus détestable fut sans doute le soutien au régime des khmers rouges et l’agression du Vietnam en 1979.

Spécificités de la voie chinoise
Vingt ans plus tard, les positions semblent être inversées : alors que l’URSS a disparu en quelques années dans un contexte de désastre économique et social, la Chine affiche des taux de croissance inégalés et un dynamisme manifeste. Le contraste semble fort entre la politique ambitieuse et déterminée des dirigeants chinois et les reniements successifs de leurs homologues soviétiques puis russes. Perry Anderson rappelle qu’en fait la divergence par rapport au modèle soviétique fut d’emblée inscrite dans les gènes de l’expérience du communisme chinois. A la différence du parti bolchevik, le parti chinois avait construit sa base sociale après la grande répression subie en 1927, dans les campagnes et loin des centres ouvriers et urbains, mais aussi après la prise du pouvoir, notamment à la suite la rupture avec le PCUS et Khrouchtchev, lorsque la direction maoïste était devenue de plus en plus critique envers la voie soviétique.

La spécificité chinoise donna parfois lieu au pire, à l’exemple du catastrophique « Grand bond en avant », et de son volontarisme économique et social très éloigné de ce que prônait les conseillers soviétiques à l’époque. Mais elle donna parfois lieu au meilleur : Perry Anderson relève qu’en Chine 100 fois moins de prix étaient fixés par l’État par rapport aux pratiques soviétiques. Cela laissait de facto plus d’autonomie locale et plus de place à l’initiative venant d’en bas.

Cette particularité a permis la bonne réception des réformes audacieuses impulsées, à la fin des années 70 et au début des années 80, par la direction chinoise succédant à Mao. Cette dernière, constituée encore de vétérans de la révolution, eut la lucidité de constater les périls d’une stagnation imposée par la nomenklatura brejnévienne, et ce d’autant plus facilement que la critique du modèle soviétique avait déjà été faite en Chine. Les réformes portèrent d’autant mieux leurs fruits qu’elles s’inscrivirent dans le contexte d’une plus grande autonomie du social.

Ainsi, la marge de manœuvre laissée aux paysans à partir du démantèlement des communes populaires fut saisie par ces derniers qui, une fois livrés les quotas exigés par l’État, purent profiter de la vente de leurs excédents. De la sorte la productivité agricole monta en flèche et le revenu paysan bondit de 44 % entre 1978 et 1984. L’industrie fut elle-même dynamisée par l’assouplissement des consignes données au entreprises d’État, permettant à ces dernières de vendre leur surplus de production, une fois satisfaites les demandes d’un plan maintenu et non démantelé comme cela fut le cas sous la Perestroïka. Mais plus encore que ces innovations, ce sont les entreprises de bourgs et de villages (ETB) qui suscitent l’intérêt de Perry Anderson : ces entreprises mixtes, combinant des aspects de propriété privée, de propriété étatique et de propriété collective, essaimèrent dans les campagnes, soutenues par une faible imposition. Leur succès rapide indique qu’une croissance vive pouvait se faire sans nécessairement faire appel aux capitaux et aux entreprises étrangers dans les ZES (Zone économique spéciale) du littoral. Même si l’auteur n’approfondit pas le parallèle, on peut établir une comparaison avec la politique soviétique de la NEP (1921–1929), dont la politique chinoise a semblé un temps poursuivre l’inspiration.

Revers de la médaille

Perry Anderson n’est pas dupe du fait que la dynamique enclenchée va à ce jour bien au-delà de ce constat. La perte de spécificité des ETB et leur étranglement économique, les migrations des mingongs (paysans migrants) vers les centres urbains où ils sont férocement exploités, l’abandon de larges pans du système éducatif et médical au secteur privé qui contraint tant de paysans à épargner massivement… tout cela montre qu’on est allé bien au-delà de l’inspiration initiale. Le politologue britannique discerne un tournant vers 1992, quand Deng Xiaoping annonce dans un discours que « le principal danger en Chine venait non pas de la droite mais de l’opposition de la gauche à la libéralisation de l’économie (p. 76) ». La réponse donnée aux revendications multiples et souvent contradictoires du mouvement de Tian’anmen (1989) fut, toujours selon Deng, la nécessité d’abandonner les débats sur le « C » majuscule et le « S », sur le capitalisme et le socialisme. La croissance économique mettrait tout le monde d’accord.

Les réflexions pertinentes de l’intellectuelle dissidente de gauche et ancienne militante de la place Tian’anmen, Wang Chaohua, nuancent et parfois contredisent le propos de Perry Anderson. Ayant dû quitter la Chine, elle est évidemment plus critique que le Britannique : alors que ce dernier se fonde parfois trop rapidement sur tel ou tel indicateur économique positif pour arriver à un jugement globalement positif, elle scrute la réalité chinoise effective. Elle rappelle que l’emploi à vie des ouvriers du secteur d’État fut supprimé par des licenciements sévères et par des embauches avec des contrats précaires. Elle signale aussi que de nombreuses entreprises d’État n’ont d’« État » que le nom et servent de paravents à des enrichissements personnels.

Mais surtout, elle fait dater le tournant clairement capitaliste du gouvernement chinois à 1987, soit avant même le mouvement de Tian’anmen, ce qui donne un contenu plus nettement antilibéral et social à ce dernier. Même si ces éclairages contredisent sur certains points les thèses de Perry Anderson, on gagera qu’elle acceptera cependant le constat de ce dernier : « la RPC ne cherche pas à être, et n’est pas considérée comme un modèle de société alternatif pour le monde, contrairement à ce qu’avait été l’URSS » (p. 110). C’est là une forme d’hommage, peut-être involontaire, à ce que fut l’expérience soviétique au-delà de ses errances et de ses échecs.

Baptiste Eychart
Lettres françaises, 14 octobre 2014
La Chine populaire au miroir de la Russie
Le samedi 11 octobre 2014    Marseille (13)

L’historien britannique marxiste et co-fondateur de la New Left Review Perry Anderson et Wang Chaohua, figure majeure du mouvement étudiant à Pékin en 1989, participeront à une rencontre organisée par les éditions Agone, en collaboration avec l’Alcazar – Bibliothèque de Marseille à vocation régionale (BMVR) – le samedi 11 octobre à 16h30, dans la salle de conférences.

À l’heure où l’on célèbre le 65e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, dans un contexte fortement marqué par des mouvements pro-démocratie, Perry Anderson et Wang Chaohua interrogeront la Chine actuelle dans sa continuité historique et évalueront son héritage de la révolution communiste de 1949, à travers une analyse comparée avec l’histoire de la Russie.

Les éditions Agone ont consacré, dans le cadre de leur collaboration avec la New Left Review, un numéro spécial sur la Chine actuelle (« La Chine et l’ordre du monde », Agone n°52, 2013), dont l’ouvrage Deux révolutions (Agone, 2014) prolonge la réflexion par un dialogue même entre Perry Anderson et Wang Chaohua.

Un pot convivial sera proposé à l’issue de la rencontre.

Avec le soutien de la Ville de Marseille

Réalisation : William Dodé