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La Panique aux commandes
Tout ce que vous devez savoir sur la mondialisation économique

Titre original : Panic Rules ! Everything You Need to Know About the Global Economy (South End Press 1999)
Traduit de l’anglais par Mickey Gaboriaud

Parution : 15/04/2001
ISBN : 2910846393
Format papier : 176 pages (12*21)
14.50 € + port : 1.45 €

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Petite leçon à l’usage de ceux qui se sont lassés de la vulgate économiste, ce livre s’appuie sur la crise asiatique de 1997 pour montrer comment les économies dominantes ne répondent, en théorie comme en pratique, qu’aux soucis de placement des biens de l’infime minorité détenant la presque totalité des richesses.

Robin Hahnel

Robin Hahnel est professeur d’économie à l’American University (Washington D.C.), où il enseigne depuis 25 ans l’économie politique. Théoricien de l’« économie participative », il est aussi l’auteur, avec Michael Albert, de nombreux ouvrages d’inspiration libertaire qui allient leurs conception à la critique de tout impérialisme – qu’il soit politique, militaire ou économique.

Les livres de Robin Hahnel chez Agone

Le capitalisme est un patient maniaco-dépressif. L’exubérance, l’optimisme débridé et l’euphorie – suivis par la mélancolie, l’apathie et la dépression – sont ses états naturels. Quel que soit le nombre de fois où le cycle se répète, le patient croit à chaque fois que le dernier « boom » sera éternel. Il se retrouve alors comme un imbécile lorsque la bulle éclate. Et quel que soit le nombre de fois où le patient rechute lorsqu’il interrompt le traitement, le « centre psychiatrique » économique finit toujours par céder à ses supplications et le laisse suspendre la thérapie pendant les moments d’euphorie, libérant son économie exubérante de toutes mesures contraignantes, pour finalement s’apercevoir, une fois de plus, que le patient doit recommencer à prendre ses cachets lorsqu’il s’effondre faute de soins.
Le fonctionnement d’un tel système ne tient souvent qu’à d’heureux concours de circonstances qui permettent aux heureux participants d’engraisser et aux manuels d’économie de chanter les louanges des systèmes de crédit. Mais qu’advient-il quand un problème surgit ? – par exemple, dans un pays émergent où les capitaux occidentaux sont venus prospérer. Arrive alors le FMI et ses conseils musclés dont les effets catastrophiques sur les économies locales n’intéressent en rien ceux qui les imposent puisque leur seul but est de permettre le remboursement des créditeurs internationaux. C’est le grand jeu de dupes de la fin du XXe siècle : les prêteurs internationaux touchent les intérêts énormes des risques pris par les contribuables sous la caution du FMI.
Dossier de presse
Olivier Le Phuez
La revue internationale et stratégique, printemps 2002
M-L D
La grande relève, 08-09/2001
Compte-rendu

La crise asiatique de 1997–1998 est un événement marquant pour l’économie mondiale, mais aussi pour les économistes. La soudaineté, l’ampleur et la persistance de cette crise ont fourni énormément de matière à un moment où le débat sur la façon de gérer l’économie mondiale et de conduire le développement des pays émergents était sclérosé par le rouleau compresseur de la théorie néolibérale. Le livre de Robin Hahnel La panique aux commandes. Tout ce que vous devez savoir sur la mondialisation économique est une participation de plus au débat.

R. Hahnel fustige tout d’abord l’idée reçue selon laquelle la période néolibérale a représenté l’âge d’or de la croissance dans les économies occidentales et asiatiques, en démontrant qu’une croissance forte existait déjà, bien avant la libéralisation des changes. Cependant la croissance de cette période a bien une spécificité : la formidable aggravation de l’inégalité des revenus. Cette aggravation a non seulement touché les revenus des populations des pays développés, mais elle a aussi touché les revenus individuels entre les pays. Et celles qui se sont le plus appauvries sont, une fois encore, les populations des pays déjà les plus défavorisés puisqu’il leur a fallu, pour tenter de suivre le mouvement, mettre en jeu leur capital naturel ainsi que leur faible niveau de vie. Ce thème de la dégradation de l’environnement et des conditions sociales est particulièrement cher à R. Hahnel.

À l’instar de beaucoup d’autres, R. Hahnel se livre à une description et une analyse de la succession de phénomènes qui ont conduit à la crise en Asie, en Russie et au Brésil. Dans sa démonstration R. Hahnel met avant tout l’accent sur les conséquences humaines et environnementales des politiques de développement, entièrement vouées à l’exportation, conduites dans ces pays. De même, il démontre la précarité des progrès obtenus face aux investissements spéculatifs. Dans ce but, il critique la théorie de l’avantage comparatif, qui met en avant la spécialisation des pays en fonction de la qualité et des coûts que leur main-d’œuvre offre.

Comment, en effet, espérer un développement stable et durable si la « part du lion » des produits des investissements internationaux revient toujours à ceux qui sont, dès avant la transaction, les plus riches. Continuant dans ce sens, R. Hahnel critique la logique des organismes financiers privés internationaux qui font payer les crédits plus cher aux pays les plus pauvres et les moins équipés, alors que ce sont ceux-là mêmes qui en ont le plus besoin.

R. Hahnel stigmatise la politique du Fonds monétaire international (FMI) qui, selon lui, ne vise qu’un seul but, préserver les intérêts des prêteurs internationaux en faisant payer les coûts de leurs placements hasardeux aux contribuables de pays à l’économie totalement exsangue. Cette critique prend tout son sens lorsque l’on observe la situation économique de l’Argentine à la fin de l’année 2001.

Cynique, R. Hahnel révèle les deux règles non écrites de l’économie néolibérale mondialisée : règle numéro un, « Pas de panique », règle numéro deux, « Paniquer avant tout le monde ».

R. Hahnel ne se limite pas à un examen critique des politiques menées par le FMI et de l’avantage que les entreprises américaines en retirent. Il démontre que d’autres politiques sont possibles et fait le point sur les différents projets destinés à contrer le libre-échange international. Mais, surtout, il met l’accent sur l’importance des démarches politiques, qu’elles soient conduites par les organisations non gouvernementales, les États ou, enfin, les particuliers. Ces derniers sont, selon l’auteur, l’unité de départ de toutes les solutions de développement respectueuses des hommes et de leur environnement.

Olivier Le Phuez
La revue internationale et stratégique, printemps 2002
À quoi pense le pilote ?
Le livre présenté ci-dessous n’est pas un manuel de science économique, mais il permet de comprendre beaucoup des sujets d’actualité, ou de certains aspects de cette actualité dont les médias ne parlent pas assez.

Est-il possible d’expliquer avec humour la mondialisation libérale, les effets des déréglementations financières, la politique du FMI, la cause des crises des monnaies mexicaines, thaïlandaises, malaises, indonésienne, coréenne, etc.? Aussi difficile que cela paraisse, la réponse est oui. La preuve ? – Le livre de Robin Hahnel, La panique aux commandes. Même écrit par un professeur d’économie de Washington et même traduit de l’Anglais, ce livre reste agréable à lire, il explique bien les rouages cachés de l’économie mondiale, tout en démystifiant le discours néolibéral.

Le constat

Les partisans de la libéralisation du commerce international appuient leur détermination sur l’affirmation que son effet positif l’emporte sur son effet négatif. Or ce dernier est réel: c’est l’augmentation des inégalités et la dégradation de l’environnement. Par contre, son effet positif est un leurre: générer d’énormes gains d’efficacité n’entraîne pas l’amélioration générale du niveau de vie. L’auteur montre qu’au contraire ce sont les pays déjà favorisés qui profitent des gains d’efficacité et que le développement des échanges, loin d’élever le niveau de vie général, accentue les différences de salaires, non seulement dans les pays riches mais aussi dans le Tiers monde, où des millions de paysans sont contraints de venir « augmenter la population des “damnés de la Terre” qui se massent dans les villes ». Un constat s’impose : « le libre-échange nous a dotés du réchauffement de la planète mais ne fournit aucune raison d’essayer d’y changer quelque chose ». On ne peut donc plus laisser à la mondialisation du marché le choix des décisions essentielles. Au lieu d’entretenir le mythe du taux de croissance et la quête de nouveaux investissements, il est temps que soient enfin posées les questions bien plus importantes que sont « La croissance de quoi ? » et « Comment produire ? », auxquelles on ajouterait bien celle-ci « Pour qui faut-il produire ? ». Car la mondialisation libérale non seulement résulte d’un processus antidémocratique mais elle fait régresser partout la démocratie. L’OMC, par exemple, comme l’ALENA, permettent aux multinationales de faire comparaître les États devant des jurys non élus et échappant totalement au contrôle des gouvernements. Le FMI force les États à adopter des mesures qu’ils n’approuvent pas. L’Union européenne donne la priorité aux contraintes budgétaires et à la lutte contre l’inflation.

Les fondements du système

Pour comprendre cette situation, il est indispensable de connaître les rouages du système monétaire, ce système de crédit sur lequel est basée toute l’économie. Le chapitre consacré à cette description ouvre si bien les yeux sur certains aspects de la monnaie qu’il suffirait à lui seul pour qu’on conseillât la lecture de l’ensemble.

R. Hahnel explique d’abord comment l’augmentation des risques est liée à l’évolution des habitudes financières. Quand l’échange se fait par troc entre marchandises, il n’y a pas de contentieux: « Si vous échangez vos carottes contre mes pommes de terre, rien de ce qui m’arrive ensuite ne vous concerne: vous avez vos pommes de terre pour votre pot-au-feu. » Mais si l’échange passe par un temps intermédiaire, l’affaire ne peut pas être considérée comme conclue tout de suite « si vous vendez vos carottes à quelqu’un d’autre dans l’intention de dépenser l’argent obtenu pour acheter mes pommes de terre, il se peut que vous ne les ayiez jamais pour votre pot-au feu. Je pourrais avoir décidé de ne plus vendre. Je pourrais avoir augmenté mes prix ou, tout bonnement, refuser votre argent par crainte que les autres n’en veuillent pas ». Le commerce monétisé est donc plus risqué que le troc.

Et c’est bien pire avec le crédit. « Si vous me vendez vos carottes à crédit, les risques augmentent. Après avoir mangé vos carottes, je pourrais tomber malade et mourir. Je pourrais perdre mon emploi. Je pourrais avoir contracté des dettes auprès de créditeurs ayant priorité sur vous. En bref, ce qui m’arrive après cette vente à crédit peut désormais vous concerner au premier chef. »

Il n’y a de crédit engagé que parce que l’emprunteur et le prêteur pensent tous les deux tirer profit de ce prêt. Grâce à votre prêt, je peux être plus productif, et vous en tirerez le paiement d’un intérêt; vous pourrez même en tirer d’autant plus que j’augmenterai ma productivité… vous pourrez même dans certains cas en tirer la part du lion. Mais si ma récolte est mauvaise ou si j’en obtiens un prix plus bas que prévu, ou si l’argent gagné me sert à rembourser d’autres créditeurs, il est possible que je ne puisse pas vous rembourser.

Et ceci sans l’intermédiaire d’une banque. Car si vous placez votre argent à la banque par souci de sécurité, ou par commodité, ou pour en tirer intérêt, n’oubliez pas que la banque n’accepte votre dépôt que pour pouvoir prêter votre argent à meilleur taux que vous. Cela signifie, pensez-y bien, qu’il peut arriver que la banque ne puisse pas vous rendre votre argent. Si elle a gardé trop peu de réserves, et prêté à beaucoup d’emprunteurs qui ne peuvent la rembourser, elle peut être insolvable, et déclarée en faillite.« Il n’y a rien de surprenant à ce que ceci se produise puisque la banque finance ses prêts sans les prélever sur son propre capital ». Quant aux autres instruments financiers, les produits dérivés, marchés à terme, options, appels de marge, fonds de couverture et autres innovations, ils aboutissent tous soit à élargir la gamme de ce que les spéculateurs peuvent acheter et vendre, soit à augmenter “l’effet multiplicateur du crédit” qui permet aux spéculateurs de payer à crédit, et sans utiliser leurs fonds personnels, ce qu’ils espèrent revendre plus cher (la différence étant pour eux). Toute cette expansion augmente le danger du système de crédit, d’une part en multipliant les rouages qui peuvent défaillir, et, s’il s’effondre, en étendant la portée du désastre : plus augmente « l’effet de levier », plus une explosion prend d’envergure. Enfin, si ces sommes sont placées dans un fonds (fonds de retraite, société d’assurance, etc.), il ne faut pas oublier que tout système de crédit repose sur deux règles de conduite d’autant plus difficiles à respecter que ce système est vaste et son effet de levier important :

Règle n° 1, celle que chacun voudrait voir les autres adopter : « Pas de panique ! » ;

Règle n°2, celle que chacun doit suivre lui-même : « Paniquer avant tout le monde ! »


La raison d’être du FMI

Si certaines dérives du Fonds monétaire international sont parfois dénoncées, on comprend ici d’où elles viennent.

Lors de la création des institutions de Bretton Wood, en 1964, le droit des entreprises et des particuliers à investir à l’étranger avait été limité par la plupart des pays, États-Unis compris, pour éviter que la spéculation nuise aux relations commerciales. La pression pour lever ces barrières est venue des gestionnaires de capitaux, appuyés par les gouvernements Reagan et Bush. Puis l’administration Clinton a saisi cette initiative républicaine pour financer les campagnes électorales… démocrates.

Ainsi le FMI, créé pour réguler le marché monétaire international, est-il devenu le manager du système de crédit, ou, aux dires des plus vindicatifs « un dictateur mercenaire à la solde du syndicat du crédit » selon une citation relevée par Hahnel, qui passe en revue les pratiques du FMI pour permettre au lecteur d’en comprendre la politique pour en juger par lui-même.

Pour que les entreprises d’un pays du Tiers monde, dont l’économie est malade, puissent emprunter à l’étranger, son gouvernement est obligé de passer l’accord de crédit par l’intermédiaire du FMI. Son objectif étant d’assister les créditeurs internationaux, le FMI impose alors les conditions qui doivent permettre à la monnaie du pays concerné de garder sa valeur : ce sont les fameux « pactes d’ajustement structurels », désastreux pour les habitants (austérité, réduction des dépenses publiques, privatisations, interruption des investissements productifs et aggravation du chômage, d’où baisse de la production et donc des revenus).

Pourtant, lorsque ces pays, malgré ces conditions, ne peuvent pas payer leur dette, le FMI leur prête de quoi rembourser, ce qui augmente leur dette mais écarte tout préjudice pour les investisseurs.

Et on arrive à ce comble : les investisseurs internationaux exigent des taux d’intérêt « astronomiques » sous prétexte que prêter à ces pays, c’est courir le très gros risque de ne pas être remboursés, mais en fait, ils ne risquent rien puisque, de toute façon, c’est le FMI qui couvre ce risque, intérêts et capital, et cela grâce à l’argent des contribuables ! Belle construction, ce FMI ! Et retenons cette conclusion d’Hahnel : « Le remplacement de ce programme corporatiste par un projet humanitaire est définitivement la solution. »
M-L D
La grande relève, 08-09/2001
Réalisation : William Dodé