De la guerre comme politique étrangère des USA, 1846-2026
On glose volontiers sur les tendances « hamiltonienne » ou « wilsonienne » de la politique étrangère américaine. Voile savant sur la raison du plus fort ?
« Entre nous, j’accueillerais avec plaisir n’importe quelle guerre tant il me semble que ce pays en a besoin », écrivait déjà, en 1897, Theodore Roosevelt, 25e et 26e président des États-Unis. Peut-on penser qu’en 1917 l’entrée en guerre de son pays sous la présidence de Woodrow Wilson (28e et 29e président) a comblé ces espérances ? En attendant d’ouvrir le millénaire avec vingt ans d’occupation de l’Afghanistan et huit ans de l’Irak, le dernier quart du XXe siècle fut particulièrement riche en satisfaction de ce genre de « besoin » : plus de 200 depuis 1945, 121 depuis la fin de la guerre froide et 79 depuis l’an 2000. De 1776 à 2026, on compte 399 interventions militaires américaines hors de leurs frontières.
Dans un rapport qu’il commande en 1962 sous le titre « Quelques exemples de l’usage de la force armée américaine à l’étranger : 1798-1945 », le département d’État américain mentionne déjà 103 opérations extérieures. Après le rappel de l’intervention au Mexique, l’historien Howard Zinn donne (et parfois commente) les onze principales interventions d’une liste que nous avons abondamment complétée ci-dessous. 1Cette liste est principalement issue des livres de Howard Zinn et de Noam Chomsky, dont celui qui lui donne son titre, De la guerre comme politique étrangère des États-Unis, et de l’Histoire populaire des États-Unis, mais aussi de L’opinon, ça se travaille ; enfin, pour les dernières vingt années, du site de l’IBON Foundation, « Global victims of US military aggression » et de la lecture assidue du Monde diplomatique. .
Selon Thucydide, les Corinthiens s’attribuaient systématiquement la victoire « dès lors que leur défaite n’était pas totale » : pour un combat à peine livré, un succès éphémère ou tout simplement usurpé, ils élevaient un trophée. C’était il y a 2.500 ans. Sur le fond, certains aspects de la communication militaire n’ont pas changé.
Pour finir (provisoirement) cette chronologie (forcément non exhaustive) des interventions militaires américaines, mettons-là en perspective avec la carrière des quatre présidents des États-Unis ayant été honorés du prix Nobel de la paix : avant Barak Obama en 2009, Jimmy Carter en 2002, Woodrow Wilson en 1919 et Theodore Roosevelt en 1906 – celui qui « accueillerait avec plaisir n’importe quelle guerre ». Une liste qui rend tout à fait réalistes les prétentions de Donald Trump auprès de l’Académie suédoise.
•1846• Mexique. À l’issue d’une guerre qu’ils avaient provoquée et programmée, les États-Unis s’emparent de la moitié du territoire mexicain, qui deviendra le Nouveau-Mexique, l’Utah, l’Arizona, la Californie, le Nevada ainsi qu’une partie du Colorado.
- 1852-1853 • Argentine : Les marines ont débarqué et se sont maintenus à Buenos Aires pendant une révolution afin de protéger les intérêts américains.
- 1853 • Nicaragua : Protection des citoyens et intérêts américains pendant des troubles politiques.
- 1853-1854 • Japon : L’« ouverture du Japon » et l’expédition Perry. [Ici le département d’État ne donne pas plus de détails, mais cette intervention permit aux navires de guerre américlains de forcer le Japon à ouvrir ses ports aux États-Unis.]
- 1853-1854 • Ryukyu et les îles Bonin : En attente d’une réponse japonaise l’autorisant à se rendre au Japon, le contre-amiral Perry opéra dans cette zone une démonstration navale, débarqua par deux fois et finit par obtenir des autorités de Naha, sur l’île d’Okinawa, la gestion d’une concession minière. Il fit également une démonstration de force dans les îles Bonin, toujours dans le dessein d’obtenir des facilités commerciales.
- 1854 • Nicaragua : San Juan del Norte [La ville de Greytown fut détruite pour venger une offense faite au ministre-résident américain en poste au Nicaragua].
- 1855 • Uruguay : Les marines américaines et européennes y débarquèrent pour protéger les intérêts américains au cours d’une tentative de révolution à Montevideo.
- 1859 • Chine : Intervention destinée à protéger les intérêts américains à Shanghai.
- 1860 • Angola : Afrique occidentale portugaise : intervention pour assurer la sécurité des citoyens et des biens américains à Kissembo pendant une révolte indigène.
- 1893 • Hawaï : Officiellement pour protéger les vies et les biens des Américains, mais en réalité pour mettre sur pied un gouvernement provisoire sous l’autorité de Sanford B. Dole, cette intervention a été désavouée par les États-Unis.
- 1894 • Nicaragua : Intervention pour protéger les intérêts américains à Bluefields à la suite d’une révolution.
- 1898 • Cuba. Sous prétexte de libérer l’île de la tutelle espagnole, les États-Unis s’installent et imposent une base militaire, leurs investissements financiers et un droit d’intervention dans les affaires intérieures du pays. [Suites en 1961]
—— Porto Rico • Hawaï • Wake • Guam. Sous prétexte de défaire la tutelle espagnole, les États-Unis s’installent et imposent une base militaire, leurs investissements financiers et un droit d’intervention dans les affaires intérieures du pays. [Suites en 1950]
—— Philippines. La question de l’ingérence américaine est complexe et difficilement datable. L’histoire de cet archipel du Pacifique au XXe siècle est intrinsèquement liée à celle des États-Unis. Vendus en décembre 1898 par l’Espagne, les Philippins se soulèvent en février 1899 contre les États-Unis, qui mettent trois ans à venir à bout de cette révolte avec soixante- dix mille soldats et des milliers de pertes au combat. Colonie américaine jusqu’à l’occupation japonaise, l’indépendance lui est accordée en 1946, après que le Bell Trade Act eut donné aux États-Unis le droit d’exploiter sans restriction les ressources naturelles du pays au titre des dommages de guerre. Les États-Unis y ont conservé 23 bases militaires jusqu’en 1992, participant à la répression des opposants communistes ou musulmans. La sujétion est si forte que les Philippins ont envoyé des combattants aussi bien en Corée qu’au Vietnam. [Suites en 1989]
•1903• Colombie. Les États-Unis y fomentent une révolution à l’issue de laquelle ils créent la petite république du Panama.
•1915• Haïti. Nouvelle intervention et maintien de troupes américaines d’occupation pendant dix-neuf ans. [Suites en 1994]
•1916• République dominicaine. Quatrième intervention, maintien de troupes américaines d’occupation pendant huit ans. [Suites en 1965]
•1926• Nicaragua. Nouvelle intervention : expédition de 5 000 soldats pour contrer une révolution. [Suites en 1981]
•1947• Grèce. Les Britanniques, incapables de contrôler la situation en Grèce où une guérilla de gauche se développe rapidement contre la dictature de droite qu’ils y ont instaurée, passent la main aux États-Unis. Dans les derniers mois de 1947, ceux-ci livrent 74 000 tonnes de matériel militaire au gouvernement grec et envoient quelque 250 conseillers militaires sur le terrain, assurant ainsi la victoire des forces de droite en 1949.
•1950• Porto Rico. Cédé par l’Espagne aux États-Unis en 1898, Porto Rico s’est vu accorder en 1952 le délicieux statut d’« État libre associé aux États-Unis ». Deux ans plus tôt, cependant, les troupes américaines y stationnant en permanence avaient écrasé un mouvement d’indépendance. Très étroite association, donc. Régulièrement, un référendum est organisé pour tenter de transformer l’« État libre » en État tout court. La population en a chaque fois rejeté l’idée.
•1950• Corée. Les armées de la Corée du Nord franchissent le 38e parallèle et pénètrent sur le territoire de la Corée du Sud. À la demande des Nations unies, qu’ils dominent très largement, les États-Unis “acceptent” d’aider à « repousser l’agression armée ». Tant au Nord qu’au Sud, deux millions de Coréens trouveront la mort au cours de cette guerre.
•1953• Iran. En 1951, après que le gouvernement iranien a décidé la nationalisation du pétrole et renouvelé sa confiance au Premier ministre, Mossadegh, les Britanniques mettent en place un blocus et organisent le boycott des compagnies pétrolières iraniennes. En conséquence, une partie de l’armée et les grands propriétaires fonciers participent en 1953 à un coup d’État orchestré par la CIA. Soutenu pendant les vingt-cinq ans qui suivirent par les Américains, le Chah d’Iran dut cependant s’enfuir en 1978 devant le raz-de-marée de la révolution islamique. Deux ans plus tard, la guerre Iran-Irak (1980-1988) fut une aubaine pour les industries d’armement à travers le monde et en particulier aux États-Unis.
•1954• Guatemala. Des mercenaires entraînés par la CIA au Honduras et au Nicaragua renversent, avec l’aide de l’aviation américaine, le gouvernement le plus démocratique que le Guatemala ait jamais connu.
•1958• Liban. Des milliers de marines sont envoyés au Liban pour empêcher le renversement du gouvernement pro-américain et protéger ses intérêts dans cette région riche en ressources pétrolières.
•1961• Cuba. Armés et entraînés par la CIA, plus de mille exilés cubains débarquent dans la Baie des Cochons avec l’espoir de provoquer une rébellion contre le gouvernement castriste. Ce gouvernement est alors très populaire, le soulèvement n’a pas lieu et les mercenaires sont rejetés à la mer. L’embargo américain qui frappe Cuba depuis le début des années 1960 dure encore. [Suites en 2026 ?]
•1961-1972• Vietnam. Si les « activités » américaines dans cette région datent du début des années 1950, la nation la plus puissante et la plus riche du monde usa entre ces deux dates de tout son arsenal militaire (excepté la bombe atomique) pour venir à bout d’un mouvement révolutionnaire nationaliste qui s’est développé dans un petit pays à population majoritairement rurale. La guerre la plus longue dans laquelle les États-Unis se sont embarqués fit des millions de morts vietnamiens et américains. Le caractère cinglant de la défaite américaine est à l’origine d’une crise morale sans précédent dans tout le pays.
•1964• Panamá. Inventé de toutes pièces par les États-Unis pour leur assurer le contrôle du célèbre canal (et des bénéfices énormes qu’il génère), le Panamá n’a longtemps été que l’ombre d’un État. Pourtant, en 1964, les marines qui protègent les intérêts des administrateurs américains du canal ont dû écraser une révolte panaméenne visant à nationaliser ce secteur stratégique.
—— Laos & Cambodge. Durant toute la guerre du Vietnam, ces deux pays contre lesquels les États-Unis ne furent pas officiellement en guerre ont été les cibles d’incessantes attaques aériennes et d’innombrables massacres perpétrés par les troupes américaines.
•1965• Indonésie. Prétextant une tentative de coup d’État des communistes (pourtant proches du pouvoir), une opération militaire sanglante dont les dirigeants sont téléguidés par la CIA en profite pour écarter Sukarno du pouvoir. Une véritable chasse à l’opposant fait dans les années qui suivent des centaines de milliers de victimes. C’est le début de la longue et meurtrière carrière de Suharto, qui a culminé au Timor-Oriental.
• République dominicaine. Sous couvert de l’Organisation des États américains, les États-Unis interviennent militairement pour contrer une prétendue menace communiste. La bataille de Saint-Domingue fait quelque 10.000 victimes.
•1970• Oman. Épaulées par les conseillers américains, les troupes iraniennes tentent d’envahir le sultanat.
—— Proche-Orient. Forte implication diplomatique et militaire des Américains auprès d’Israël lors les guerres qui ont lieu dans cette région du globe. [Suites en 2026]
•1973• Chili. Par l’intermédiaire de la CIA et de la firme International Telephone & Telegraph (ITT), les États-Unis sont à l’origine du coup d’État militaire au cours duquel le président socialiste Salvador Allende, démocratiquement élu la même année, « trouve » la mort. Ses crimes : nationalisations et réforme agraire.
•1975-1999• Timor-Oriental. L’Indonésie envahit et annexe le Timor-Oriental en 1975, décimant un tiers de sa population. L’armée et les milices indonésiennes agissent avec un soutien sans faille des États-Unis, qui durera vingt-cinq ans. Après la chute de Suharto en 1998, un référendum est organisé au Timor-Oriental, à l’issue duquel 80% de la population choisit l’indépendance. Téléguidées par l’armée, les milices indonésiennes font régner la terreur la plus effroyable. Le gouvernement américain n’acceptera l’idée d’une force onusienne de maintien de la paix que sous la pression de l’opinion publique internationale.
•1980-1990• Salvador. Dans les années 1970, une guérilla de gauche menée par le Front Farabundo Marti de libération nationale intensifie ses opérations contre les forces gouvernementales. Les États-Unis, qui ont toujours pesé sur la politique intérieure de ce pays, s’y sont alors engagés militairement. Parallèlement, l’oligarchie au pouvoir s’appuie sur les trop fameux « escadrons de la mort » qui terrorisent la population. En 1980, l’archevêque Romero, personnalité très populaire, est assassiné par des Salvadoriens proches de la CIA. En dix ans, la guerre civile fait 100.000 morts.
•1981-1988• Nicaragua. Arrivés au pouvoir en 1979, les sandinistes s’engagent dans une série de réformes que les États-Unis ne peuvent accepter. Ils apportent alors leur soutien financier et militaire aux contras basés au Honduras. En 1986, un scandale, l’Irangate, révèle que le produit d’une vente d’armes américaines à l’Iran a servi à financer les groupes terroristes de la Contra. En 1990, les sandinistes sont écartés du pouvoir à la suite d’élections libres.
•1982-1984• Liban. Les soldats américains assistent en spectateurs (dans le meilleur des cas) aux expulsions et aux massacres de Palestiniens par les troupes phalangistes du Liban soutenues par les États-Unis et Israël.
•1983• Grenade. Embourbés au Liban, les États-Unis font une démonstration de force en envahissant la minuscule île de la Grenade. Le prétexte invoqué : la sécurité de quelques citoyens américains. Huit ans plus tard, le Wall Street Journal qualifiait cette démonstration d’« invasion des banques » – l’île était« “devenue un véritable paradis pour l’évasion fiscale et la fraude financière ».
•1986• Libye. L’aviation américaine bombarde des villes libyennes, faisant des centaines de victimes parmi les civils et les officiels.
•1989• Philippines. L’aviation américaine prête main-forte aux forces du gouvernement pour contrecarrer un des nombreux coups d’État contre la présidente, Corazon Aquino. Cette dernière s’opposait vigoureusement aussi bien aux communistes qu’aux indépendantistes musulmans.
•1989• Panamá. Après avoir utilisé et protégé durant des années la dictature de Noriega pour préparer leurs attaques contre le Nicaragua sandiniste, les États-Unis décident de s’en débarrasser. L’invasion du pays et l’enlèvement de son dictateur Manuel Noriega, jugé devant les tribunaux américains, est (déjà) présentée comme une opération de police antidrogue. Dans l’opération, qui mobilise 26.000 soldats étatsuniens, des centaines de civils périssent sous les bombardements. Il semble que le dictateur sud-américain favori des États-Unis ait été sacrifié pour faire oublier leurs échecs face à Castro et aux sandinistes du Nicaragua.
•1991• Irak. Après avoir été durant de longues années un allié précieux des États-Unis (en particulier pendant la guerre Iran-Irak), Saddam Hussein commet l’erreur d’envahir et d’annexer le Koweït sans en référer à la superpuissance mondiale. Ne pouvant accepter de perdre le contrôle sur une partie des ressources pétrolières du Golfe, les États-Unis, avec l’autorisation de l’ONU et le soutien de forces internationales, volent au secours de la souveraineté du Koweït et déclarent la guerre à l’Irak en janvier 1991. Le Koweït est libéré un mois plus tard. En 1998, pour d’obscures raisons, les Américains et les Anglais reprennent les bombardements sur l’Irak, toujours sous le coup d’un embargo international.
•1994• Haïti. Après avoir occupé Haïti de 1915 à 1934 puis soutenu les deux dictatures effroyables de François et Jean-Claude Duvalier (1957-1986), les États-Unis se sont montrés favorables au coup d’État militaire qui renversa, en 1991, le père Jean-Bertrand Aristide, premier président librement élu de toute l’histoire de Haïti. En 1994, avec l’autorisation de l’ONU, les troupes américaines interviennent militairement pour imposer son retour. Parmi les militaires impliqués dans le coup d’État, on trouve un certain colonel François, formé dans la même académie militaire américaine que plusieurs autres éminents dictateurs latino-américains (Noriega, D’Aubuisson, etc.).
•1998• Soudan. Des missiles américains détruisent des usines de production pharmaceutique supposées servir de lieux de production d’armement chimique à des fins terroristes.
•1999– Yougoslavie• Au Kosovo, les troupes serbes, après dix années d’apartheid anti-albanais, s’étaient lancées en 1998 dans une répression féroce contre les indépendantistes de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) et, au-delà, contre la population civile. Le 23 septembre, la résolution 1199 du Conseil de sécurité exige un cessez-le-feu au Kosovo, le retrait des troupes serbes et l’ouverture de négociations directes. Malgré le retrait de 10.000 policiers serbes et la perspective d’un accord, les responsables kosovars refusent les pourparlers directs. Les affrontements reprennent. À la conférence de Rambouillet, Milosevic rejette l’ultimatum qui lui est posé (véritable abandon de sa souveraineté au profit de l’OTAN). En mars 1999, sous l’impulsion des États-Unis, l’OTAN bombarde le Kosovo et la Serbie, provoquant l’intensification des représailles serbes sur les populations civiles de la province. Le 10 juin, un accord est signé entre l’OTAN et la Serbie.
•2001• Pakistan. En déployant massivement des troupes destinées à l’invasion de l’Afghanistan, les États-Unis s’apprêtent à ignorer les dures leçons de leur expérience dans le Sud-Est asiatique : éviter toute occupation prolongée, s’assigner des objectifs limités, frapper massivement d’emblée et sur une courte durée, préférer les bombardements aux troupes au sol. [Suites en 2004]
•2001-2021• Afghanistan. Suite aux attentats meurtriers commis le 11 septembre aux États-Unis et attribués à l’organisation Al-Qaïda, qui dispose de camps d’entraînement en Afghanistan, les États-Unis du président George W. Bush forment une coalition et bombardent massivement ce pays, provoquant la mort de milliers de civils, la victoire des combattants de l’Alliance du Nord et la chute du régime des talibans. Au sol, les États-Unis se lancent dans l’éradication des talibans et d’Al-Qaïda, tandis que les bombardements continuent malgré les protestations du gouvernement de transition. Les prisonniers de guerre se voient dénier tous les droits reconnus par les conventions internationales et certains sont déportés sur la base américaine de Guantánamo, à Cuba, où ils subissent un régime d’exception en violation de tous les principes légaux internationalement reconnus et de la législation américaine elle-même.
•2003-2011• Irak. En mars, sans avoir pu obtenir l’autorisation du Conseil de sécurité, les États-Unis envahissent le pays avec pour principaux alliés le Royaume-Uni et l’Espagne. Dans les mois qui précèdent, une abondante campagne de propagande et une série de mensonges d’État tendent à convaincre l’opinion que le régime de Saddam Hussein représente une menace immédiate pour les États-Unis – notamment par des « armes de destruction massive » dont il n’a toujours pas été trouvé trace. Parallèlement, des manifestations sans précédent ont lieu contre la guerre, aux États-Unis et dans le reste du monde. Après la chute de Bagdad, Washington fait face à une forte résistance et impose au pays une législation acquise aux investissements des firmes américaines. Mais après le démantèlement de l’appareil d’État irakien, le pays tombe dans le chaos. [Suites en 2014]
•2004-2018• Pakistan. En marge des opérations menées depuis le territoire pakistanais contre Al-Qaïda et les talibans en Afghanistan, l’armée américaine soutient la répression menée par Islamabad contre des groupes rebelles avec le lancement de centaines de drones.
•2007-2025• Somalie. Frappes aériennes, lancement de drones et opérations terrestres de l’armée américaine contre des groupes djihadistes et autres terroristes présumés, dont l’État islamique et les shebabs, affiliés à Al-Qaïda. Ces opérations ont été inaugurées sous la présidence de George W. Bush et poursuivies sous la première de Barak Obama. En février 2025, le pays subit les premières frappes aériennes de la nouvelle présidence de Donald Trump.
•2011-2020• Libye. Dans le cadre d’opérations de l’Otan, des tirs d’artillerie, des frappes aériennes et de drones, notamment depuis le déploiement de porte-avions, sont menés par les États-Unis pour renverser le gouvernement de Mouammar Kadhafi. Au cœur d’une Libye plongée dans la guerre civile, le pays a, selon The Intercept, « servi de laboratoire pour de nouvelles tactiques et la génération suivante de drones de combat » (2018).
•2014• Irak. En juin et juillet, plusieurs contingents de soldats américains sont déployés en réponse aux avancées de l’État islamique dans le nord du pays. Toutefois, les échecs irakiens et afghans ayant rafraîchi le « syndrome vietnamien », les États-Unis limitent, sous la seconde présidence de Barack Obama, les occupations mais battront les records en matière de frappes à distance, notamment au moyen de drones.
•2014-2025• Syrie. Alors que le pays est plongé dans la guerre civile, des opérations terrestres, frappes aériennes et de drones sont menées par les États-Unis, à la tête d’une coalition internationale, en soutient des Forces démocratiques syriennes contre l’État islamique et les combattants d’Al-Qaïda.
•2022• Ukraine. Après son invasion par la Russie, en réaction à la tentative de l’Otan d’étendre son influence jusqu’à ses frontières, les États-Unis et l’Europe mènent une guerre par procuration contre l’agresseur en apportant à l’Ukraine un soutien militaire massif.
•2024-2026• Irak. Dans la nuit 2 au 3 février 2024, dans le cadre de représailles contre des groupes pro-iraniens, les États-Unis mènent une campagne de frappes aériennes contre des installations militaires du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien. Le retrait complet des forces de coalition internationale dirigées par les États-Unis sera effectif en janvier 2026.
•2025• Yémen. L’armée américaine déclare avoir mené, en mars, plus de 800 frappes contre le mouvement houthiste.
—— Iran. Dans la nuit du 21 au 22 juin 2025, faisant suite à la guerre des Douze Jours menée par Israël (13-24 juin), les États-Unis bombardent plusieurs sites pour priver l’Iran de l’accès à l’arme nucléaire. [Suites en 2026]
—— Nigeria. En décembre, des bombardements américains dans le nord-est du pays visent, selon le président Donald Trump, les « terroristes » qui s’en prennent aux « chrétiens ».
•2026• Venezuela. Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les États-Unis bombardent Cararas avant d’enlever le président Nicolás Maduro et son épouse, incarcérés à New York sous l’inculpation de « narco-terrorisme » et de complot contre les États-Unis. Cette démonstration de force militaire, qui fait suite à des années d’étranglement économique, a pour but avoué d’obliger le pays à satisfaire les intérêts de Chevron, alliée de la famille Trump et principale compagnie pétrolière américaine établie au Venezuela.
—— Iran. Le 28 février, la résidence d’Ali Khamenei, guide suprême iranien, est détruite par le largage de plusieurs dizaines de bombes. Alors que le déploiement de 50.000 soldats américains annonce une invasion terrestre, c’est le début d’une opération militaire américano-israélienne dans le même but de priver l’Iran de l’accès à l’arme nucléaire, de mettre fin au « régime des mollahs », mais aussi la main sur son pétrole. Le 8 mars, après la menace du président Donald Trump d’anéantir les centrales électriques du pays et de le « ramener à l’âge de la pierre » s’il n’ouvre pas le détroit d’Ormuz – point névralgique de la circulation mondiale du pétrole fermé par l’Iran depuis le début du conflit –, un cessez-le-feu de quinze jours est accepté entre les trois belligérants. Dernier bilan, selon l’Human Rights Activists News Agency : 3.600 morts dont au moins 1.665 civils. Signature entre les États-Unis et l’Iran, le 17 juin à Versailles, d’un protocole qui marque la fin de la guerre – et rouvre du détroit d’Ormuz, qui permet la reprise du trafic maritime international.
(À suivre…)
Pour ne rien rater de notre actualité éditoriale, parutions et LettrInfos, abonnez-vous ici.
livre(s) associé(s)
L'opinion, ça se travaille...
Les médias et les « guerres justes »
Serge HALIMI,Mathias REYMOND,Dominique VIDAL,Henri MALER- 1Cette liste est principalement issue des livres de Howard Zinn et de Noam Chomsky, dont celui qui lui donne son titre, De la guerre comme politique étrangère des États-Unis, et de l’Histoire populaire des États-Unis, mais aussi de L’opinon, ça se travaille ; enfin, pour les dernières vingt années, du site de l’IBON Foundation, « Global victims of US military aggression » et de la lecture assidue du Monde diplomatique. ↩︎




