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D’il y a très longtemps à nos jours [LettrInfo 24-XV]

L’histoire se construit, mais elle se raconte aussi. Et c’est ce qui la rend accessible au plus grand nombre. Mais aussi ce qui nous permet de comprendre le présent. Ce qui est toujours un enjeu. Rarement aussi grave que ces temps-ci…

Dans la continuité des « histoires populaires » de Howard Zinn et de Gérard Noiriel, ce livre de Laurence De Cock propose de revisiter les mythes nationaux à l’aune des avancées historiques les plus récentes. Il interroge les origines de la France, retrace les résistances et les révoltes pour placer au cœur de l’histoire les acteurs et actrices oubliées par le grand roman national et colonial.

Ce récit, qui commence voilà plus de 2 000 ans, veut cerner les différentes manières dont, d’une frontière et d’un siècle à l’autre, les populations se sont mélangées pour donner ce qu’on appelle aujourd’hui le « peuple français ».

Notre présent impose du « populaire » une image bien déformée. À l’occasion des élections européennes du 9 juin, plus de la moitié des ouvriers et ouvrières auraient voté pour un parti d’extrême droite. Il est certain que ce vote a surtout été l’occasion d’un plébiscite : unanime expression populaire d’une haine du pouvoir en place. Reste à comprendre pourquoi autant d’électeurs et d’électrices n’ont pas trouvé d’autre réponse pour refuser ce masque à deux faces, néolibérale et fasciste.

Le peuple vote mal, dit-on. C’est un ignorant, un colérique, dit-on encore. Un insurgé mal vu par celles et ceux qui font tout pour, surtout, ne pas en être. Une mauvaise réputation qui ne date pas d’aujourd’hui ! Une réputation construite en même temps que son effacement du peuple de l’histoire officielle. D’ailleurs, quelles traces reste-t-il de sa participation à la marche de l’histoire ?

En allant regarder un siècle plus tôt, on trouve, par exemple dans l’entre-deux-guerres, la réponse donnée par le Front populaire, mouvement de masse, syndical, socialiste et communiste, aux tentations fascistes du patronat français. Comme quoi l’histoire peut être d’une actualité brûlante.

En remontant encore, on découvre le court siècle romantique, le siècle des révolutions, de 1789 à 1870, qui met fin à l’Ancien Régime et rêve d’un monde où seraient abolis tous les esclavages et tous les rapports de domination qui les fondent.

En remontant encore, on parcourt des siècles plus ou moins marqués par des révoltes populaires, qui sont souvent l’accélération d’une prise de conscience collective de l’injustice et de la puissance des masses qu’on dira plus tard « laborieuses ».

Du Moyen Âge, on apprend qu’avant d’être confinées à l’espace domestique les femmes occupaient ce qu’on a longtemps appelé des « métiers d’hommes ». Et des (si mal nommées)« Grandes Découvertes » à la décolonisation, on verra la place de l’invention du racisme dans l’expansion coloniale et le rôle des esclaves et des indigènes dans leur émancipation.

Pour finir, on cherchera à quel moment il est pertinent de commencer à parler de France, de Françaises et de Français, ce thème si important aux idéologues nationalistes qui ne se lassent toujours pas de nos “ancêtres les Gaulois”. Où l’on verra que ces choses se font lentement et que, comme partout ailleurs, les hommes et les femmes ne cessent de circuler. C’est l’une des rares lois de l’histoire : nous sommes des migrants et nos ancêtres l’étaient aussi.

Avec cette Histoire de France populaire, Laurence De Cock fournit un récit pour toutes celles et ceux qui ne veulent pas se laisser enfermer dans l’une ou l’autre vision simpliste de l’« identité nationale ».

Thierry Discepolo
Lire en ligne l’avant-propos de Laurence De Cock : « D’il y a très longtemps à nos jours » (Antichambre, juin 2024)

livre(s) associé(s)

Histoire de France populaire

D'il y a très longtemps à nos jours

Laurence DE COCK