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Édition française : qui possède quoi ?

12 novembre 2025|

En avril dernier paraissait la première mouture de la carte « Édition française, qui possède quoi », coédition entre Agone et Le Vent se lève dont une version simplifiée sortait au même moment dans Le Monde diplomatique. Le tirage prévu pour une année (jusqu’à l’édition 2026 en hiver prochain) étant épuisé cet automne, nous donnons une version corrigée et actualisée – même prix et mêmes conditions de commercialisation.

Cette carte n’est pas tout à fait complète si on ne la regarde pas dans un mouvement plus large, qui se lève depuis le printemps 2025, avec la parution du livre-manifeste Déborder Bolloré (regroupement de 128 éditeurs indépendants), les actions des libraires de la Trêve des nouveautés, les travaux de la Fédération des éditeurs indépendants (Fédéi) et de l’Alliance des éditeurs indépendants. Signalons qu’après un premier tirage de 10.000 exemplaires de Déborder Bolloré, accompagné d’une quarante de rencontres publiques entre le printemps et ce début d’automne, l’ouvrage-manifeste a été réimprimé à 5.000 exemplaires. Et que cette initiative s’inscrit dans le cadre plus général de l’action Désarmer Bolloré, notamment relayée par Libération sous la forme d’une question aux autrices et auteurs anti-fascistes, sinon de gauche ou au moins contestataires — « Sorj Chalandon, Virginie Despentes, David Dufresne… Quand on est auteur de gauche, publier chez Bolloré, c’est tromper ? », — qui rivalisent de contorsions pour y répondre sans sacrifier tout leur crédit financier au prix de crédit politique.

S’il est né en réaction aux outrances du milliardaire breton qui met au service de sa croisade réactionnaire les médias qu’il achète, ce mouvement a vite pris conscience que « Bolloré » n’est que l’arbre qui cache la forêt. Plus ou moins de droite, riches et interchangeables, les patrons des grands groupes médias sont le fruit d’un système – que cette carte dévoile pour l’édition, à mettre en parallèle avec celle qu’Acrimed et le Diplo donne sur les médias. Critiquer les uns en épargnant les autres, c’est les favoriser tous. L’extrême droitisation de la culture est, dans le domaine politique, la forme visible de la concentration capitalistique dans le domaine économique.

Enfin, cette prise de conscience avance en parallèle sur le plan législatif puisque circule à l’Assemblée nationale une « proposition de loi pour briser les conglomérats médiatiques ». En 1981 était promulguée la loi sur le prix unique du livre, qui assure le fonctionnement d’un riche réseau de libraires indépendants. Allons-nous voir naître enfin une loi qui fera barrage à la concentration éditoriale pour garantir l’existence de l’édition indépendante ?

La bataille du livre a commencé…