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Allemagne, 1918 : une révolution trahie
Traduit de l’allemand par Rachel Bouyssou
Parution : 23/01/2018
ISBN : 9782748903522
Format papier : 280 pages (11 x 18 cm)
12.00 € + port : 1.20 €

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« En 1918, devant la défaite allemande imminente, les huissiers de l’Empire ouvrirent aux dirigeants sociaux-démocrates la porte si longtemps close et les introduisirent, non sans arrière-pensées, dans l’antichambre du pouvoir. Et voilà que les masses se précipitèrent à l’intérieur, bousculèrent leurs dirigeants et les entraînèrent jusqu’à la porte du pouvoir lui-même. La social-démocratie semblait enfin parvenue à son but. Alors ses dirigeants, élevés malgré eux jusqu’au trône vide par la foule de leurs partisans, n’eurent rien de plus pressé que d’ordonner aux anciens gardiens du Palais de mettre tout le monde dehors. »

Sebastian Haffner raconte la trahison d’un peuple insurgé par ses propres représentants : comment les Ebert, Noske ou Scheidemann, déjà ralliés à l’union sacrée en 1914, consomment la faillite définitive de la social-démocratie. Appelés au pouvoir par le gouvernement impérial pour prévenir une révolution, ils jouent sans faiblir leur rôle, jusqu’à l’écrasement de la révolte de Berlin aux premiers jours de 1919.

Journaliste et mémorialiste, Sebastian Haffner (1907–1999) est l’auteur d’Histoire d’un allemand. Souvenirs (1914–1933). Juriste, il renonce dès 1933 à la magistrature, pour ne pas se rendre complice du régime qui en exclut les juifs. Il s’exile en Angleterre en 1938.

Sebastian Haffner

Sebastian Haffner (1907–1999), écrivain et journaliste, est notamment l’auteur de Histoire d’un Allemand : Souvenirs 1914–1933 (Actes sud, 2003).

Les livres de Sebastian Haffner chez Agone

Dossier de presse
Georges Ubbiali
Les Cahiers d'histoire, avril 2018
Allemagne 1918. Une révolution trahie

Après une première édition en 2001 aux éditions Complexe, les éditions Agone célèbrent à leur manière le centième anniversaire de la révolution allemande. Edité trois fois en allemand, ce livre s’avère aussi plaisant que passionnant. Son auteur est un journaliste, et le style d’écriture s’en ressent. Sebastian Haffner sait en effet tenir son lecteur en haleine de bout en bout, en lui faisant partager une vision de l’intérieur du processus historique. Chaque fin de chapitre annonce un nouvel épisode. Un exemple, la chute du chapitre sur la journée du 9 novembre (1918) : « La journée du 9 novembre s’achevait. Elle avait apporté la chute de la monarchie, mais pas la victoire de la révolution. Son destin balançait encore. Il ne se déciderait que le lendemain » (p. 90). Sebastian Haffner sait parfaitement rendre compte des enjeux de ces quelques mois qui, de l’automne 1918 à mars 1920, voient l’Allemagne perdre la guerre, la monarchie s’effondrer et les conseils de soldats et de travailleurs s’affirmer comme nouvelle légitimité. Cette révolution, la plus avancée sur la partie continentale de l’Europe, sera néanmoins abattue. Non par la réaction, comme en Italie ou en Hongrie, mais par les dirigeants sociaux-démocrates, appuyés sur les Corps francs, préfiguration des SA du nazisme. Dans cette narration haletante, Haffner raconte avec minutie cet épisode bien connu des historiens, mais aujourd’hui méconnu, ou même nié, dans l’Allemagne contemporaine.

Si le récit est du plus grand intérêt, l’interprétation de cet épisode révolutionnaire introduit une discussion serrée sur la nature de cette révolution trahie (« une révolution mise à mort par ses célébrateurs » mêmes, pour reprendre le tire d’un autre ouvrage [1]. Selon l’auteur, la spécificité de cette révolution allemande, c’est précisément d’être unique. En ce sens que l’objectif des révolutionnaires n’était pas la dictature du prolétariat, mais une démocratie constitutionnelle des conseils (le chapitre «Entre révolution et contre-révolution » développe l’essentiel de la thèse). Dit autrement, la révolution conseilliste était une tentative authentiquement social-démocrate, de bout en bout. Ses acteurs furent les ouvriers sociaux-démocrates (et son avant-garde des délégués révolutionnaires) qui appliquaient le programme traditionnel du SPD (« révolution signifiait ni dictature des conseils ni dictature parlementaire mais système équilibré de cheks and balances entre pouvoirs des conseils et Parlement », p. 170). Selon Sebastian Haffner, le Parti communiste, hormis en Bavière, pas plus que Karl Liebknecht ou Rosa Luxemburg, ne jouèrent le moindre rôle au long de ces journées. Si l’on peut souscrire à cet aspect limité de l’implication du spartakisme, la conception d’une révolution non soviétique pose question, forcément. Sauf à accepter une vision ex-post du processus révolutionnaire, cette explication ne tient pas, et pousse à s’interroger sur l’opposition dressée entre république des conseils et dictature du prolétariat (voir p. 174). Pour le reste, ce livre apporte beaucoup et de manière très vivante (voir les portraits sauvages de Ebert ou de Noske par exemple) [2].

[1] Jean-Paul Musigny, La révolution mise à mort par ses célébrateurs. Le mouvement des conseils en Allemagne, 1918–1920, Paris, Nautilus, 2001.

[2] Version actualisée du compte rendu publié originellement dans Dissidences–BLEMR, n° 11, 2002, p. 45–46. Sur la révolution allemande, voir également notre recension du livre de Chris Harman : https://dissidences.hypotheses.org/6870

Georges Ubbiali
Les Cahiers d'histoire, avril 2018
Autour de Allemagne 1918 : une révolution trahie : Rencontre avec Antoine Lablanche et Éric Sevault
Le vendredi 30 mars 2018    Toulouse (31)

Rencontre avec Antoine Lablanche (éditions Agone) et Éric Sevault (SMOLNY) autour du livre Allemagne 1918 : une révolution trahie de Sebastian Haffner, paru aux éditions Agone.

À 19h, à la librairie Terra Nova (18 rue Gambetta, 31000 Toulouse)

En 1918, devant la défaite allemande imminente, les huissiers de l’Empire ouvrirent aux dirigeants sociaux-démocrates la porte si longtemps close et les introduisirent, non sans arrière-pensées, dans l’antichambre du pouvoir. Et voilà que les masses se précipitèrent à l’intérieur, bousculèrent leurs dirigeants et les entraînèrent jusqu’à la porte du pouvoir lui-même. La social-démocratie semblait enfin parvenue à son but. Alors ses dirigeants, élevés malgré eux jusqu’au trône vide par la foule de leurs partisans, n’eurent rien de plus pressé que d’ordonner aux anciens gardiens du Palais de mettre tout le monde dehors.
https://agone.org/elements/allemagne1918unerevolutiontrahie/

Réalisation : William Dodé