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Allemagne, 1918 : une révolution trahie
Traduit de l’allemand par Rachel Bouyssou
Parution : 23/01/2018
ISBN : 9782748903522
Format papier : 280 pages (11 x 18 cm)
12.00 € + port : 1.20 €

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Table des matières

Avant-propos de l'auteur

I. Le Reich et la social-démocratie

II. Le 29 septembre 1918

III. Octobre

IV. La révolution

V. Le 9 novembre

VI. L’heure d’Ebert

VII. Le 10 novembre. La bataille de la Marne de la révolution

VIII. Entre révolution et contre-révolution

IX. La crise de Noël

X. Janvier, le tournant décisif

XI. La traque et l’assassinat de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg

XII. La guerre civile

XIII. La république des conseils de Munich

XIV. Némésis

XV. Trois légendes

Postface à la deuxième édition (janvier 1979)

Bibliographie



Ce livre a été rédigé il y a une bonne dizaine d’années. Si je l’écrivais aujourd’hui, je le ferais autrement, sur un ton plus serein, plus sceptique et plus détaché. Il y a là-dedans trop d’indignation à mon goût. L’envie m’a souvent démangé, en le relisant, de reformuler certains passages ou même de les biffer. Mais je m’en tiens à Ponce Pilate : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » Ce ne serait pas très honnête de le retoucher après coup, me semble-t-il.

Mais alors pourquoi republier ce livre ? Parce que je crois que, malgré ses défauts, il a encore quelque chose de juste et d’important à dire. Ce que je n’aime plus en lui ne concerne que moi : une attitude narrative trop passionnée, des positions trop tranchées et sentimentales. Renier ou étouffer ce travail pour cette seule raison ne serait que vanité d’auteur. Car, en substance, il me semble que je n’ai rien à retirer de ce que j’ai dit. Les faits sont exacts. L’analyse me paraît aussi juste aujourd’hui qu’hier. L’événement reste d’ailleurs un des plus lourds de conséquences de l’histoire allemande contemporaine, et l’on manque toujours autant d’ouvrages qui en parlent de manière véridique et compréhensible par tous. Depuis la première édition, passée relativement inaperçue, rien, à ma connaissance, n’a été publié sur la question. La révolution de 1918 et sa répression par ceux-là mêmes qu’elle avait portés au pouvoir ont pratiquement disparu de la conscience historique des Allemands. On peut même dire qu’elles en ont été refoulées. Et si ce petit livre peut contribuer à rompre ce refoulement, fût-ce en suscitant des interprétations différentes ou opposées, il me semble qu’il remplit une fonction utile.

Je voudrais encore ici brièvement répondre à deux objections à la thèse centrale de ce livre. L’une a été émise par C. P. Snow dans une critique de l’édition anglaise, l’autre vient de moi.

Lord Snow a reproché en substance à mon analyse de ne pas prendre en compte les vainqueurs de la guerre : ceux-ci n’auraient jamais toléré une véritable révolution allemande. Si les Allemands n’avaient pas eux-mêmes réprimé la révolution, les Alliés seraient entrés en Allemagne et l’auraient fait à leur place.

L’idée paraît convaincante à première vue, mais est-elle juste ? La révolution de novembre 1918 était avant tout antimonarchiste et antimilitariste. On a du mal à imaginer que les Alliés seraient entrés en Allemagne pour remettre l’empereur sur le trône et rétablir le pouvoir des généraux. Ils auraient eu pour le moins quelque difficulté à expliquer à leurs populations une si complète inversion des buts de guerre qu’ils proclamaient depuis des années. Et puis, les Alliés aussi étaient fatigués. Il n’est pas si facile de reprendre, en pleine démobilisation, une guerre qui vient de se terminer par une victoire. Et il est dangereux de se mêler des affaires d’un pays en pleine effervescence révolutionnaire. Les révolutions sont contagieuses. Enfin, on peut se demander si une intervention antirévolutionnaire des Alliés en Allemagne aurait été plus heureuse que celle qui fut tentée en Russie. À mon avis, Lord Snow aussi méconnaît un point important : à savoir que la révolution allemande, si elle n’avait pas été rapidement étranglée, aurait fourni une nouvelle arme politique aux Allemands dans leur lutte pour la paix.

La seconde objection, c’est moi qui la soulève, pour ne pas laisser mes lecteurs le faire. En plusieurs points du livre, j’écris que le SPD a gaspillé en 1918-1919 une chance qui ne s’est plus jamais représentée : une chance perdue « pour toujours ». Or la première édition a précisément paru à l’automne 1969 et n’a pu manquer d’apparaître comme promptement démentie par la réalité. N’est-ce pas justement à l’automne 1969 qu’un social-démocrate était élu chancelier ? N’avons-nous pas, encore aujourd’hui, un autre chancelier social-démocrate, qui paraît solidement en selle ? Sans doute. Quoi que le SPD ait commis en 1918-1919, il a survécu, et il est aujourd’hui le parti au pouvoir en République fédérale.

Mais voilà : seulement en République fédérale. N’oublions pas complètement que l’Allemagne est coupée en deux. En 1918-1919, le Reich allemand existait encore, dans lequel le SPD avait grandi et qu’il espérait, si l’on reprend les termes du début du livre, « remplir quelque jour, et durablement, d’une vraie substance politique ». La révolution de 1918 lui en a offert la possibilité, et il a bien laissé passer cette chance « pour toujours » quand, au lieu de profiter de la révolution pour réaliser cet espoir, il l’a « trahie ». Car cette chance, effectivement, ne s’est pas représentée. On a eu Hitler, la Seconde Guerre mondiale, la seconde défaite, la partition du pays. C’est cela qui rend si tristement actuelle l’histoire de la révolution de 1918 et de son écrasement par ses propres chefs : qu’elle ait offert la meilleure et, comme l’a prouvé l’histoire depuis, la seule possibilité d’empêcher tout cela. N’oublions pas non plus ceci : cet événement est à l’origine du gouffre qui aujourd’hui, sans même parler des circonstances internationales, sépare profondément les deux États allemands et leurs gouvernements, sinon leurs populations.

Réalisation : William Dodé