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Le Néo-libéralisme à la française
Histoire d’une idéologie politique
Nouvelle édition revue et actualisée
Première parution, Démopolis (2007)
Parution : 14/10/2016
ISBN : 9782748902518
Format papier : 472 pages (11 x 18 cm)
15.00 € + port : 1.50 €

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« Des années de Guerre froide à la période contemporaine, néolibéralismes social et conservateur coexistent en France. Parfois rivaux, leurs tenants ont un adversaire commun : le socialisme. Un néolibéralisme modéré s’épanouit d’abord chez des économistes et des hauts fonctionnaires. Parallèlement, un discours plus radical prend son essor dans l’univers patronal, où il s’agit de remettre en cause la place prise par l’État dans le développement économique national.
   Le premier de ces néolibéralismes s’impose sur la scène politique durant les années 1950 puis au sein même des bureaucraties d’État. La seconde forme bénéficie des crises pétrolières des années 1970 et des effets produits par l’arrivée au pouvoir d’une majorité socialiste en 1981. Le maintien des structures mises en place à la Libération a pu dissimuler les progrès du néo-libéralisme première manière, parfois qualifié de “gestionnaire”. Durant les années 1980, la vigueur du second a aiguillonné la droite parlementaire pour échafauder le programme de privatisations et de déréglementations qu’elle engage une fois revenue aux affaires. Il aura ainsi fallu près de cinquante ans pour que le modèle néo-libéral se métamorphose en solution politique. »

Ce livre propose la première histoire du néo-libéralisme à la française, une vision du monde qui s’est imposée en France dans les années 1980, moins par l’importation d’une idéologie made in USA & UK qu’issue de l’action d’économistes, patrons et hauts fonctionnaires français pris dans le bouillonnement intellectuel et politique de l’entre-deux-guerres en Europe. En s’appuyant sur des documents d’archives inédits et en revenant sur le rôle de personnalités comme d’institutions, ce livre retrace, des années 1930 aux années 2000, la longue marche de l’idéologie néolibérale. Paru pour la première fois en 2007, il est réédité avec une préface actualisant en particulier le rôle du social-libéralisme dans l’ajustement d’un modèle désormais européen.

François Denord

Sociologue au CNRS, François Denord est membre du Centre européen de sociologie et de science politique (CSE-EHESS). Ses travaux portent principalement sur l’articulation entre doctrines et politiques économiques. Il a notamment publié Le Concert des puissants (avec Paul Lagneau-Ymonet) et L’Europe sociale n’aura pas lieu (avec Antoine Schwartz) chez Raisons d’Agir (2016 et 2009).

Les livres de François Denord chez Agone

Dossier de presse
Cyprien Boganda
L'Humanité Dimanche, 2 au 8 février 2017
"Le néolibéralisme ne naît pas avec Thatcher mais à Paris, en 1938"
François Denord, sociologue au CNRS, retrace la véritable genèse du néolibéralisme. Contrairement à ce qu’on entend parfois, cette doctrine n’a pas surgi ex nihilo il y a trente ans, mais remonte, au
contraire, aux années 1930, époque où le libéralisme traversait une grave crise existentielle, sur fond
de krach financier et de montée en puissance du soviétisme. Réunis à Paris, une petite équipe d’économistes et de dirigeants patronaux jettent alors les bases théoriques d’une doctrine visant à régénérer le libéralisme de l’intérieur. En un demi-siècle, le néolibéralisme a assis son hégémonie, jusqu’à verrouiller l’espace idéologique et politique. Bon nombre de candidats à la prochaine élection
présidentielle s’en inspirent, même s’ils n’aiment pas s’en revendiquer publiquement… Récit d’une prise de pouvoir.

HD. Vous rappelez dans votre livre que le néolibéralisme naît en France dans les années 1930. À cette
époque, la croyance dans les vertus du marché a été ébranlée par la crise économique de 1929. Pouvez-vous nous parler un peu de ce contexte ?

François Denord. Entre la Première Guerre mondiale et la crise des années 1930, on assiste à une remise en cause assez vigoureuse du libéralisme, qui se traduit par l’émergence de doctrines concurrentes, telles que le corporatisme et le planisme. Toutes deux proposent de diriger l’économie depuis l’État en s’appuyant sur un plan, qui implique la socialisation d’un certain nombre de secteurs. Un ministère de l’Économie nationale est créé en 1936. À l’extérieur, le libéralisme est battu en brèche par la montée en puissance du fascisme, d’une part, et de régimes tels que l’URSS, d’autre
part. C’est dans ce contexte qu’un petit groupe d’individus va essayer de formaliser ce que serait une politique économique néolibérale.

HD. Vous donnez l’acte de naissance de cette doctrine : le colloque Lippmann, à Paris, du 26 au 30 août 1938.

F. D. Il s’agit d’une réunion organisée à l’initiative d’un philosophe français, Louis Rougier (1889-
1982), associé à une maison d’édition, la Librairie de Médicis, qui a pour but de diffuser en France les
grands théoriciens libéraux du moment. Parmi ces ouvrages figure un livre important, « The Good Society », de Walter Lippmann (journaliste américain et idéologue libéral – NDLR). L’ouvrage va servir
d’étendard à tous ceux qui prônent une renaissance du libéralisme. Le colloque Lippmann vise à discuter des thèses du livre. Vingt-six personnalités s’y retrouvent, venues de différents horizons : hauts fonctionnaires, patrons, intellectuels… L’économiste autrichien Friedrich Hayek côtoie le jeune philosophe français Raymond Aron, on y croise de grands dirigeants de l’industrie française.

HD. À quoi ressemble le néolibéralisme formalisé par le colloque Lippmann ?

F. D. Il diffère d’un libéralisme réduit à sa plus simple expression, qui se contenterait de réclamer la
non-intervention de l’État. Au contraire, le colloque admet que pour qu’un marché fonctionne et
ne dégénère pas en économie de cartels, des conditions institutionnelles, juridiques et politiques sont
nécessaires. L’État a donc pour fonction de construire des cadres réglementaires garantissant la
concurrence, et éventuellement d’intervenir pour réparer les effets les plus néfastes du marché (aide
aux plus démunis, etc.).

HD. Que pèse le néolibéralisme au sortir de la Seconde Guerre mondiale ? En 1945, l’heure est
plus aux nationalisations qu’au culte de la libre concurrence…

F. D. Il est vrai que les réformes de structures mises en place à la Libération vont à l’encontre des principes libéraux : blocage des prix, Sécurité sociale, etc. Mais il ne faudrait pas non plus penser la France d’après guerre à l’aune de la seule parenthèse 1944-1946 : après 1946, c’en est fini de la vague de nationalisations, les communistes quittent le gouvernement et les socialistes les plus dirigistes sont exclus du pouvoir. On assiste ensuite à une alliance de centristes d’orientation
plutôt libérale, qui vont tenter de renouer avec le libre jeu du marché et ouvrir l’économie française au
commerce mondial.

HD. Malgré tout, les néolibéraux mettront plusieurs décennies à parvenir au pouvoir. Dans votre livre, vous décrivez la Société du Mont-Pèlerin comme une citadelle du néolibéralisme : c’est de ce « think
tank » que part la reconquête ?

F. D. La Société du Mont-Pèlerin occupe une place centrale dans l’histoire du mouvement. Elle naît
en 1947, à l’initiative de Friedrich Hayek, auteur d’un pamphlet à succès (« la Route de la servitude »,
violente charge contre le socialisme – NDLR) et de l’économiste Wilhelm Röpke (père fondateur de
l’ordolibéralisme, d’abord version allemande du néolibéralisme – NDLR). La première réunion a lieu
au mont Pèlerin, en Suisse. Cette organisation aura essentiellement pour but d’animer des débats intellectuels et comptera, au total, un millier de membres. Milton Friedman s’impose comme figure de la Société dans les années 1960.

HD. Friedman sera plus tard conseiller économique du président américain Ronald Reagan (1981-
1989) : c’est à cette époque qu’on situe généralement le début de la contre-révolution libérale
américaine. En France, la victoire des néolibéraux remonte au milieu des années 1970, à la faveur
des chocs pétroliers ?

F. D. Oui, même si le mouvement s’amorce dès les années 1950. Leur victoire est liée à la fois à la
conquête par les libéraux de postes importants dans la fonction publique, à l’inscription de la France
dans le Marché commun et au déclin d’organes de planification économique. La reconquête apparaît
au grand jour sous l’ère Giscard-Barre (1976-1981). Valéry Giscard d’Estaing est le premier président néolibéral français, qui s’assume comme tel. Son premier ministre, Raymond Barre, est même un traducteur de Hayek.

HD. Par la suite, une partie de la gauche française participe à l’institutionnalisme du néolibéralisme. Faut-il faire remonter cette « conversion » au virage de la rigueur de 1983 ?

F. D. Le terme de « virage » est un peu piégeux, dans la mesure où la gauche elle-même est en proie à des divisions internes depuis les années 1970. Le Parti socialiste amalgame depuis le début des traditions différentes qu’il tente d’unifier derrière un vocabulaire marxisant. Le véritable tournant, c’est la victoire d’une aile chrétienne-démocrate, peu favorable aux nationalisations et liée à l’appareil d’État. Jacques Delors incarne parfaitement ce courant. Le fait qu’il a été choisi comme ministre des Finances par François Mitterrand dès 1981 est révélateur. Quand il arbitrera parmi ses conseillers en faveur de ceux qui prônent le maintien dans le système monétaire européen, le président fermera la parenthèse interventionniste.

HD. Où en est le néolibéralisme en France aujourd’hui ? Sa victoire est totale ?

F. D. Il est ultra-dominant. L’espace intellectuel et idéologique est complètement verrouillé. Remettre en cause l’économie de marché et son extension à l’ensemble des domaines de la vie paraît utopique
dans le débat public. Il suffit de lire le programme de François Fillon, on dirait une définition du néolibéralisme ! Ça commence par « libérer l’économie », ça continue par la nécessité de « restaurer l’État », pour finir par l’attachement aux valeurs traditionnelles. Quant à Emmanuel Macron, c’est le grand retour de Giscard ! Son discours est calqué sur celui de l’ancien président, et il joue sur le même brouillage des étiquettes politiques : ni de droite ni de gauche…

HD. Malgré tout, le néolibéralisme a plutôt mauvaise presse dans l’opinion : les hommes politiques
hésitent toujours à adopter un discours à la Thatcher, ouvertement anti-État… Alain Juppé, par exemple, plaidait même pour un « État fort ».

F. D. Il ne faut pas se tromper sur la notion d’État fort. Un État fort, ça peut être un État policier, qui sanctionne les écarts de conduite. Le néolibéralisme ne veut pas en finir avec l’État. Il a besoin d’un État qui intervienne, voué à la préservation des structures de marché et au maintien de l’ordre social.

Entretien réalisé par Cyril Bouganda.

Pour en savoir plus :
« Le Néolibéralisme à la française, histoire d’une idéologie politique », de François Denord.
Éditions Agone, 2016, 466 pages , 15 euros .
Le néolibéralisme évoque les figures de Margaret Thatcher, de Ronald Reagan, et leurs politiques : déréglementations, privatisations, mise au pas des syndicats. Pourtant, à considérer le cas français,
cette contre-révolution s’enracine plutôt dans le bouillonnement intellectuel de l’entre-deux-guerres, lorsque des économistes, des patrons et des hauts fonctionnaires jetèrent les bases d’un libéralisme nouveau, se voulant une troisième voie entre le « laissez-faire », jugé moribond, et la planification, supposée faire le lit du socialisme. Ce livre retrace, à partir de documents d’archives inédits, la longue
marche de l’idéologie néolibérale et explique comment elle s’est institutionnalisée en France.
Sociologue au CNRS, François Denord est membre du Centre européen de sociologie et de science politique (EHESS université de Paris-I). Ses travaux portent principalement sur les milieux dirigeants.
Il vient de publier « le Concert des puissants », avec Paul Lagneau-Ymonet, chez Agone.
Cyprien Boganda
L'Humanité Dimanche, 2 au 8 février 2017
Conférence-débat "Le néo-libéralisme à la francaise" par François Denord
Le mercredi 14 décembre 2016    Toulouse (31)
Sociologue au CNRS, François Denord est membre du Centre européen de sociologie et de science politique (CSE-EHESS).
Mercredi 14 décembre
à 20H30
au Bijou, 123 avenue de Muret, Toulouse
Organisée par l’Université populaire de Toulouse
Réalisation : William Dodé