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Mémoires d’un rouge
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Émilie Chaix
Parution : 18/04/2018
ISBN : 9782748903492
Format papier : 600 pages (11 x 18 cm)
13.00 € + port : 1.30 €

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« Je ne pourrais en aucun cas raconter la curieuse existence qu’il m’a été donné de vivre sans aborder cette longue période pendant laquelle j’ai été ce que cette vieille brute de sénateur McCarthy se délectait à appeler “un porteur de la carte du Parti communiste”. Lors de mon unique confrontation avec lui, je tentai vainement de lui enseigner quelques-unes des vérités les plus évidentes de l’histoire américaine. Il se mit dans une colère noire et rugit que je n’avais qu’à en faire un livre. »

Né dans une famille pauvre d’origine ukrainienne, Howard Fast (1914–2003) devient écrivain à l’âge de dix-huit ans. Il adhère au parti communiste à la fin de la Seconde Guerre mondiale – et le quitte en 1956, après la dénonciation des crimes de Staline, sans renier aucune de ses convictions. En 1950, alors qu’il compte parmi les auteurs américains les plus estimés, il est victime du maccarthysme et interdit de publication. Il dit à ce sujet : « Je suppose que c’est en soi une sorte de distinction. » Il passe trois mois en prison, où il commence l’écriture de Spartacus, son œuvre la plus célèbre. Mémoires d’un rouge est le récit intime d’une période tourmentée de l’histoire américaine et de la trajectoire d’un écrivain prolifique, toujours soucieux de raconter le destin des humbles et des opprimés.

Howard Fast

Auteur de plus de quatre-vingt titres, parmi lesquels La Dernière Frontière, La Route de la liberté, Le Citoyen Tom Paine ou Spartacus (Agone, 2016), et de polars signés sous le pseudonyme E.V. Cunningham, dont Sylvia, Fast (1914–2003) brosse le portrait d’une période tourmentée de l’histoire américaine à travers son parcours personnel, qu’il retrace dans sa biographie Mémoires d’un rouge (Agone, 2018).

Les livres de Howard Fast chez Agone

Dossier de presse
Henri Wilno
Site NPA, 12 octobre 2018
Henri Wilno
Site NPA, 12 octobre 2018
Evelyne Pieiller
Le Monde diplomatique, octobre 2018
Mémoires d’un rouge

En ces temps de renouveau de la gauche étatsunienne, il est heureux que les éditions Agone rééditent les Mémoires d’un rouge (écrites en 1990), d’Howard Fast (1914–2003) qui retracent à la fois une histoire individuelle, celle d’un Juif new-yorkais pauvre obligé de travailler dès l’âge de dix ans et devenu un écrivain connu, et un pan d’une histoire collective, celle du Parti communiste américain.

L’apogée du Parti communiste américain

Fast, passant d’un métier à l’autre, réussit à faire de brèves études. Il se rapproche du Parti communiste et publie son premier livre, à 19 ans, en 1933, mais doit reprendre un travail dans un atelier de confection. Il finit cependant par pouvoir vivre de sa plume et accède progressivement à la notoriété.

Cette période est celle de l’apogée du PC américain, qui compte des dizaines de milliers de membres (plus de 60 000 en 1944), et une large frange de sympathisant.es. Il s’est renforcé durant les années de crise économique en apparaissant notamment à l’avant-garde de la défense des chômeur.es et du renouveau du syndicalisme. Il a une forte audience chez les intellectuel.es, dont certains, parmi les plus connus, gardent secrète leur adhésion. De 1941 à 1945, le PC subordonne son activité à l’effort de guerre, au point de combattre les grèves.

Tout au long de son livre, Fast s’attache à décrire le Parti communiste comme un «  parti politique américain  » loin de tout projet de renversement violent du gouvernement et ignorant (y compris pour ses dirigeants) de ce qui se passe dans l’URSS stalinienne.

En 1945, un décret de Truman, devenu président après la mort de Roosevelt, oblige toute personne travaillant pour le gouvernement fédéral à déclarer qu’il n’est pas communiste. À partir de là, la vague de répression anticommuniste connue sous le nom de «  maccarthysme  » se déchaine. La Commission des activités anti-américaines du Congrès convoque Fast (pour son activité dans un comité d’aide aux réfugiés antifascistes) et il passe aussi devant un tribunal.

Livres retirés des bibliothèques publiques

Le PC est désormais isolé, ses effectifs baissent. Ses dirigeants sont poursuivis pour complot en vue de renverser le gouvernement. Les communistes, réels ou supposés, sont mis sur liste noire, exclus de bon nombre d’emplois et des syndicats. Leurs passeports sont confisqués. Les romans historiques de Fast (il est notamment l’auteur d’un Spartacus) sont retirés des bibliothèques publiques malgré leur vif succès.

Condamné à trois mois de prison, il avait fait appel mais doit finalement purger sa peine. Sorti de prison, il recommence à militer. Il explique qu’ensuite ses relations avec la direction du PC américain se détériorent progressivement mais cependant il reçoit en 1952 le prix Staline pour la paix et intègre la rédaction du journal du parti. Après la mort de Staline, les divisions s’accroissent dans le PC américain (qui compte encore 20  000 membres). Le rapport Khrouchtchev, en 1956, accroît la crise et Fast quitte un parti qu’il considère désormais comme mort, mais ne renie pas son passé. Il continue à écrire et publie notamment un excellent polar  : Sylvia.

Fast a fait preuve d’un indéniable courage dans sa vie militante et en a payé le prix comme des milliers de communistes américains, sans oublier les militants.e trotskistes. Deux points de son autobiographie incitent à réflexion. Son insistance sur l’ignorance de la réalité soviétique des dirigeants communistes  : naïveté ? Duplicité ? Ou volonté de préserver de l’opprobre dans un contexte de répression les dirigeants ou ex-dirigeants du PC ? Le second point est la question noire  : Fast, bien que fermement antiraciste, apparaît peu disposé à comprendre les tensions qui en résultent dans la vie interne du parti. Sur ce sujet, Chester Himes a écrit un roman très éclairant  : La croisade de Lee Gordon (10/18), malheureusement non réédité. On peut enfin signaler que vient de reparaître en français le puissant roman semi-autobiographique d’un autre écrivain (bien moins connu que Fast) militant du PC américain, Michael Gold  : Juifs sans argent (Nada).

Henri Wilno
Site NPA, 12 octobre 2018
Mémoires d’un rouge

En ces temps de renouveau de la gauche étatsunienne, il est heureux que les éditions Agone rééditent les Mémoires d’un rouge (écrites en 1990), ’Howard Fast (1914–2003) qui retracent à la fois une histoire individuelle, celle d’un Juif new-yorkais pauvre obligé de travailler dès l’âge de dix ans et devenu un écrivain connu, et un pan d’une histoire collective, celle du Parti communiste américain.

L’apogée du Parti communiste américain

Fast, passant d’un métier à l’autre, réussit à faire de brèves études. Il se rapproche du Parti communiste et publie son premier livre, à 19 ans, en 1933, mais doit reprendre un travail dans un atelier de confection. Il finit cependant par pouvoir vivre de sa plume et accède progressivement à la notoriété.

Cette période est celle de l’apogée du PC américain, qui compte des dizaines de milliers de membres (plus de 60 000 en 1944), et une large frange de sympathisant.es. Il s’est renforcé durant les années de crise économique en apparaissant notamment à l’avant-garde de la défense des chômeur.es et du renouveau du syndicalisme. Il a une forte audience chez les intellectuel.es, dont certains, parmi les plus connus, gardent secrète leur adhésion. De 1941 à 1945, le PC subordonne son activité à l’effort de guerre, au point de combattre les grèves.

Tout au long de son livre, Fast s’attache à décrire le Parti communiste comme un «  parti politique américain  » loin de tout projet de renversement violent du gouvernement et ignorant (y compris pour ses dirigeants) de ce qui se passe dans l’URSS stalinienne.

En 1945, un décret de Truman, devenu président après la mort de Roosevelt, oblige toute personne travaillant pour le gouvernement fédéral à déclarer qu’il n’est pas communiste. À partir de là, la vague de répression anticommuniste connue sous le nom de «  maccarthysme  » se déchaine. La Commission des activités anti-américaines du Congrès convoque Fast (pour son activité dans un comité d’aide aux réfugiés antifascistes) et il passe aussi devant un tribunal.

Livres retirés des bibliothèques publiques

Le PC est désormais isolé, ses effectifs baissent. Ses dirigeants sont poursuivis pour complot en vue de renverser le gouvernement. Les communistes, réels ou supposés, sont mis sur liste noire, exclus de bon nombre d’emplois et des syndicats. Leurs passeports sont confisqués. Les romans historiques de Fast (il est notamment l’auteur d’un Spartacus) sont retirés des bibliothèques publiques malgré leur vif succès.

Condamné à trois mois de prison, il avait fait appel mais doit finalement purger sa peine. Sorti de prison, il recommence à militer. Il explique qu’ensuite ses relations avec la direction du PC américain se détériorent progressivement mais cependant il reçoit en 1952 le prix Staline pour la paix et intègre la rédaction du journal du parti. Après la mort de Staline, les divisions s’accroissent dans le PC américain (qui compte encore 20  000 membres). Le rapport Khrouchtchev, en 1956, accroît la crise et Fast quitte un parti qu’il considère désormais comme mort, mais ne renie pas son passé. Il continue à écrire et publie notamment un excellent polar  : Sylvia.

Fast a fait preuve d’un indéniable courage dans sa vie militante et en a payé le prix comme des milliers de communistes américains, sans oublier les militants.e trotskistes. Deux points de son autobiographie incitent à réflexion. Son insistance sur l’ignorance de la réalité soviétique des dirigeants communistes  : naïveté ? Duplicité ? Ou volonté de préserver de l’opprobre dans un contexte de répression les dirigeants ou ex-dirigeants du PC ? Le second point est la question noire  : Fast, bien que fermement antiraciste, apparaît peu disposé à comprendre les tensions qui en résultent dans la vie interne du parti. Sur ce sujet, Chester Himes a écrit un roman très éclairant  : La croisade de Lee Gordon (10/18), malheureusement non réédité. On peut enfin signaler que vient de reparaître en français le puissant roman semi-autobiographique d’un autre écrivain (bien moins connu que Fast) militant du PC américain, Michael Gold  : Juifs sans argent (Nada).

Henri Wilno
Site NPA, 12 octobre 2018
Deux étoiles rouges

Inutile de s’appuyer sur les bons sentiments et la condescendance sociale pour saluer Michael Gold (1894–1967) et Howard Fast (1914–2003). Certes, tous deux sont fils d’immigrés juifs aux États-Unis, ont connu une enfance miséreuse, des études abrégées par la nécessité d’aider la famille, et surent néanmoins devenir des figures importantes de la vie politicolittéraire américaine. Certes, ils ont connu la notoriété, en particulier Fast, et il est toujours agréable de dépoussiérer de vieilles célébrités. Et, oui, tous deux furent des « rouges », avec un courage remarquable. À vrai dire, il n’est pas tout à fait exclu que cette dernière précision explique quelque peu l’oubli poli où ils sont à peu près tombés. Mais, s’ils méritent qu’on les (re)découvre aujourd’hui avec un certain enthousiasme, c’est pour une autre raison : ils ont écrit de la grande littérature populaire, c’est-à-dire portée par le désir de donner forme aux vies, aux rêves, aux empêchements, aux combats du peuple, incarné dans des figures assez puissantes pour devenir des légendes vraies.
Gold, né Itzok Isaac Granich, est l’auteur d’un seul livre, Juifs sans argent, récit très largement autobiographique d’une enfance dans le Lower East Side, à Manhattan. Ce texte, paru en 1930, traduit en 1932 par Paul Vaillant-Couturier et sa compagne Ida Treat, avait depuis disparu des catalogues. Or il est d’une puissance d’évocation assez peu oubliable. Il n’y a pas vraiment une histoire, pas d’investigation psychologique, mais une série d’instants fulgurants, qui saisissent la vie de ce ghetto où coexistent les prostituées, les ouvriers, les gamins, les mendiants, avec une sorte de gaieté furieuse qui rappelle la première (et splendide) partie d’_Il était une fois l’Amérique_, le film de Sergio Leone. Malgré les drames divers, rien de misérabiliste : on est dans le monde des grands conteurs, dopé par une énergie vibrante. De son père, fou de Friedrich von Schiller et obsédé par le désir de réussir en fabriquant des bretelles, au club secret des Jeunes Vengeurs, Gold offre à la fois des histoires de bagarres avec la résignation et d’amitié avec les cassés de la vie – autant d’épopées des perdants, et c’est une beauté. Membre du Parti communiste, il deviendra un critique influent, qui théorisera le « réalisme prolétarien » avec fougue. S’il ne s’éloigna jamais de l’Union soviétique, même au temps du stalinisme, son récit a, lui, la grandeur de l’effervescence artistique des premiers temps de la révolution.
Fast, qui eut un rayonnement bien plus considérable, conte lui aussi, avec ses Mémoires d’un rouge , publiés en 1990, son enfance misérable, ainsi que son chemin d’écrivain et de citoyen déterminé à rester fidèle à la défense des humiliés et à ce que son imaginaire le conduit à écrire. Communiste, il finit déchiré entre la persécution maccarthyste et les attaques du parti, qui ne le trouve pas politiquement correct. Mais ses très nombreux romans, Spartacus, La Route de la liberté, La Dernière Frontière…, portés par le souffle des grandes luttes historiques, et qui demeurent merveilleusement nécessaires, témoignent que c’est bien dans la tension entre ses convictions et leur résonance intérieure qu’il pouvait rendre sensible une vérité combative.

Evelyne Pieiller
Le Monde diplomatique, octobre 2018
Réalisation : William Dodé