couverture
Quand je serai grande je changerai tout
Traduction de l’allemand par Michel-François Demet, entièrement révisée par Marie Hermann
Avant-propos de Marie Hermann
Parution : 14/03/2017
ISBN : 9782748903256
Format papier : 220 pages (11 x 17)
15.00 € + port : 1.50 €

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La bourgeoisie allemande réactionnaire de 1918 vue par une petite fille unanimement décrétée infréquentable.

« Les filles sont de sexe féminin. J’ai appris en sciences naturelles que tous les animaux sont féminins quand ils produisent des choses de valeur. Quand ils sont féminins, ils peuvent avoir des petits, donner du lait et pondre des oeufs. Les coqs sont masculins et peuvent juste être de toutes les couleurs, faire cocorico et abîmer les plumes des poules avec une grande brutalité. D’ailleurs, tout va en fait bien mieux chez les animaux. Si je pouvais pondre des oeufs, tout le monde se disputerait ma personne, je pourrais nourrir ma famille et nous n’aurions plus besoin d’argent. »

Dans l’Allemagne de 1918, une petite fille écrit à l’empereur qu’il ferait mieux d’abdiquer, force son père à lancer une bombe à eau sur une voisine moralisatrice, tente de transmettre la scarlatine à un soldat pour lui éviter le front... et s’offusque qu’en plus d’être bornés et ennuyeux, les petits bourgeois réactionnaires qui l’entourent cherchent encore à la punir. Avec une absence totale de sens de la nuance, cette jeune narratrice sape efficacement les bases idéologiques de l’Allemagne nazie et présente l’humanisme comme une conviction relevant d’un bon sens élémentaire.

Irmgard Keun

Sténographe puis comédienne, Irmgard Keun rencontre un très grand succès populaire avec Gilgi (1931) et La Jeune Fille en soie artificielle (1932). Exilée en 1935 après que ses livres ont été interdits et brûlés par la Gestapo, elle se rapproche de Joseph Roth et vit entre les États-Unis, la France et les Pays-Bas avant de rentrer en Allemagne sous une fausse identité. Son œuvre sera redécouverte en 1979, peu avant sa mort en 1982.

Les livres de Irmgard Keun chez Agone

Dossier de presse
France info, 20 mai 2017
Nikola Delescluse
Paludes 826 - Radio Campus Lille, 17 mars 2017
À livre ouvert
Le lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=CEsFxJdPsnc
France info, 20 mai 2017
Quand je serai grande, je changerai tout – Irmgard KEUN
DRÔLE ET SANS CONCESSIONS !

Une enfant très très décidée, turbulente, sauvage, vive, effrontée, lucide et... un peu peste il faut le dire, nous raconte son quotidien, vraiment trop borné par le monde des adultes. La petite bourgeoisie allemande pendant la guerre de 1914-1918, la montée du nazisme, les dénonciations et vengeances à hauteur d’enfant. Une écriture courte, rythmée et comme hachée scande les pensées de cette jeune fille à coup de formules définitives. Ça déménage, ça fait rire, ça donne à penser, ça fait aussi grincer des dents, c’est un excellent livre !

Je vous livre un extrait : "Hier soir je n’ai absolument pas réussi à m’endormir, parce que je devais mettre au point une vengeance sanglante contre Mlle Meiser, que nous surnommons la Boule Empoisonnée. Je suis en général très fatiguée le matin, je mets du temps à m’habiller et je fais couler l’eau très fort dans la salle de bains pour faire croire que je me lave. Je m’assied sur le bord de la baignoire pour dormir encore un peu."

La vidéo de présentation sur : https://www.dailymotion.com/video/x5hz73g
Librairie des Danaïdes, 23 mars 2017
Les cahiers du bruit : Quand je serai grande, je changerai tout
Les deux premiers romans écrits par Irmgard Keun sont classés « littérature de l’asphalte avec tendances anti-allemandes » et brûlés lors des autodafés de 1933. Après avoir tenté des procès audacieux contre l’administration, lui reprochant de lui ôter le pain de la bouche en l’empêchant d’être publiée – procès qui bien sûr n’aboutiront à rien – Irmgard parvient à quitter l’Allemagne. C’est en Belgique qu’elle publie Das Mädchen mit dem die Kinder nicht verkerhen durften, c’est-à-dire, la petite fille que les enfants n’avaient pas le droit de fréquenter, traduit en français chez Albert de Lange par Quand je serais grande je changerai tout. Dans ce livre constitué d’épisodes destinés à paraître en feuilletons, on rencontre une petite fille formidable. Elle nous raconte ses aventures à l’école, à la maison ou dans la rue, avec ses amis et ses ennemis, qui sont nombreux. Car cette petite déteste la lâcheté, le manque de poésie, la tristesse et l’hypocrisie, ce qui ne lui réussit pas toujours. Elle croule sous les blâmes à l’école, et dans son quartier, les petits enfants joufflus, blondinets et bien élevés n’ont plus le droit de la fréquenter.

Irmgard Keun parvient à rendre crédible sa petite héroïne, et c’est déjà une belle réussite car il est difficile d’écrire de façon convaincante lorsque qu’on choisit comme narrateur un enfant. Les petits épisodes qui composent le roman sont tous bourrés d’humour en même temps que d’une certaine gravité, car Irmgard Keun utilise le contexte de la première guerre mondiale – l’époque où évolue la petite fille – pour critiquer l’Allemagne dans laquelle elle écrit. Ainsi la petite fille infréquentable – et porteuse des bacilles de la scarlatine – essaie de contaminer un soldat sympathique pour lui éviter le front. Elle fustige les voisines acariâtres et dénonciatrices, meurt d’ennui en présence des petits bourgeois et des enfants trop bien élevés qui se plient à la discipline et elle n’aime rien tant que courir dans la forêt municipale en compagnie de ses amis, qui forment avec elle « la horde des bandits furieux ». Mais l’intérêt du texte ne réside pas seulement dans la critique voilée de l’Allemagne d’Hitler. Irmgard Keun sait aussi évoquer la vie intérieure d’un enfant, ses inquiétudes face à l’arrivée d’un petit frère, son sens particulier de la beauté qui lui fait disperser dans les feuilles ses belles perles de verre, les espoir qu’elle met dans la possession de tel ou tel objet insignifiant qui lui promet des merveilles.

En voici un court extrait :

"Je suis allée l’après-midi au Coin d’Or […]. Il y a un stand avec un homme qui scie des femmes.[…].J’ai parlé avec cet homme. Il a une grande ancre bleue sur le bras qui ne s’en va jamais, j’ai pu la voir gratuitement et de près. Plus tard, je me ferais faire sur les deux bras des petits voiliers et des écureuils – quand on a de l’argent, on peut se le permettre. Je vais demander ça à Noël.[…]. J’ai dit à l’homme que je lui donnerais mon nouvel atlas et ma bague en vrai argent que j’ai de l’oncle Halmdach s’il venait un soir dans notre rue pour scier Mlle Löwenich en deux."

Le texte est intelligent, drôle, tendre, bref, je ne saurais trop vous le conseiller. Les éditions Agone l’ont republié très récemment, dans la collection Infidèles, avec une très bonne préface qui présente Irmgard Keun et son œuvre. Dans cette préface, on trouve ce petit portrait qu’Irmgard Keun faisait d’elle même :

"Je suis lâche : j’ai par exemple une peur panique des explosifs, des fonctionnaires munis de porte-documents – ceux qui ont un uniforme sont généralement moins perfides -, des chevaux sauvages, des revolvers même non chargés, des araignées, des papillons de nuit, des chauvins, des logeuses, des fanatiques avec ou sans vision du monde. J’ai tout particulièrement peur de la guerre et des bombes atomiques."

Une telle présentation rend cette dame assez sympathique, et donne une bonne idée du ton du roman Quand je serais grande… Un livre à lire donc.
Les cahiers du bruit, 2 mai 2017
Zéro de conduite: «Quand je serai grande, je changerai tout»
Dans les temps difficiles, les belles histoires sont là pour redonner des forces. Les aventures de la petite héroïne de la romancière allemande Irmgard Keun, écrites alors que les nazis étaient au pouvoir et publiées en 1936, nous rappellent à la joie virulente de l’enfance et de la révolte.

Pendant la Première Guerre mondiale, à Cologne, une petite fille que les autres enfants n’ont pas le droit de fréquenter écrit à l’empereur : « Je lui parle du tableau qu’il y a dans la grande salle de notre école et sur lequel est écrit : “J’ai donné de l’or pour du fer.” Ce sont les femmes qui sacrifient leurs alliances et leurs longs cheveux qu’elles ont coupés sur l’autel de la patrie. Ma mère veut garder son alliance à tout prix, mais moi j’aimerais bien couper mes cheveux très courts, ils ne font que me gêner. Je les offrirais bien volontiers à l’empereur, mais il n’y en a pas beaucoup et d’ailleurs, qu’est-ce qu’il en ferait ? Quand il aura une grande collection de cheveux, il y en aura toujours quelques-uns qui tomberont dans ce qu’il mange. »

Si cette enfant écrit au roi de Prusse, c’est parce qu’en voulant s’exercer au métier de pompier avec ses amis dans une maison en construction, elle l’a inondée ; en guise de semonce, on lui fait la lecture du journal : un article vante les mérites d’un garçon qui a écrit à l’empereur sur le devoir, et en a été récompensé d’un poney ; pour s’amender, la petite fille veut l’imiter, mais sa lettre vaudra à son père d’être convoqué à la préfecture de police. L’héroïne de "Quand je serai grande, je changerai tout" est une sorte de Sophie (des "Malheurs de") mâtinée de Fifi Brindacier (qui lui est cependant postérieure) : si le livre d’Irmgard Keun est bien moins connu, il mériterait pourtant de compter au rang de ces classiques.

Les douze aventures que raconte Keun sont autant de catastrophes comiques et mordantes : elles allient l’invention débridée de l’enfance et la critique acerbe du monde. Exclue de l’école parce que son frère a la scarlatine, la petite fille fait le bonheur de quelques soldats qui lui offrent de la limonade, des boutons d’uniforme, et jouent avec elle aux billes : « les soldats sont contents que je sois porteuse de bacilles » ; elle sabote un déjeuner chic parce qu’elle ne comprend pas pourquoi les adultes qui lui ont toujours dit de ne pas maltraiter les animaux se mettent en tête de manger des escargots ; elle fraternise avec un prisonnier français à l’aide des mots étrangers de sa connaissance (« “Abdullah”, “Vodka”, “Oh là là Mademoiselle”, “État libre du Liberia” »).

[…]

L’intégralité de l’article est accessible aux abonnés Mediapart : https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/290317/zero-de-conduite-quand-je-serai-grande-je-changerai-tout?onglet=full
Lise Wajeman
Mediapart, 29 mars 2017
L'Arrache-Cœur 597 (Keun, Morandini, Ganas)
Une découverte pour moi que cette écrivaine née en 1905 qui a connu un très grands succès populaire dans les années 30 notamment avec deux ouvrages Gilgi et La jeune fille en soie artificielle. Elle a dû s’exiler en 1935 après l’interdiction de ses livres, elle a été proche d’Alfred Döblin, de Joseph Roth, et elle est rentrée en Allemagne en 1940. Elle est morte en 1982 en laissant derrière elle une oeuvre importante et longtemps oubliée. C’est ainsi qu’elle nous est introduite en quatrième de couverture et une longue préface nous permet aussi de mieux découvrir celle que, dans la préface, on appelle « l’auteur que les lecteurs n’avaient pas droit de fréquenter ». Il s’agit d’un décalque du titre original puisque le titre initial en allemand veut dire « La petite fille que les enfants n’avaient pas le droit de fréquenter » et il résume beaucoup plus nettement encore le contenu de ce texte qui va nous entraîner dans la découverte de cette petite fille dont vous avez entendu les toutes premières paroles, petite fille qui, avec son entourage, a de sérieux problème : des parents qui ne la comprennent pas ; elle ne peut pas avoir de contact avec ses camarades, on la craint, les parents surtout qui craignent qu’en ne la fréquentant, leurs propre progéniture n’adopte ses mauvaises manières. Elle a un rapport au monde un peu complexe, et en même temps une sincérité désarmante, qui fait qu’on ne peut s’empêcher de rire aux éclats même lorsqu’elle relate des aventures un peu pathétique ou malheureuses. Elle n’a pas toujours en tête la logique des événements. Une petite fille qui a conscience d’être tenue dans le secret par les adultes qui l’entoure, une petite fille qui aime jouer s’amuser, qui a un fond un peu méchant parfois qui apprécie de jouer des tours pendables autour d’elle, non seulement à ses camarades de classe mais aussi à leurs parents, à sans voisins à tous ceux qui, par leur comportement d’adultes, leurs réprimandes incessantes, par leurs regards étriqués, par la manière dont ils veulent toujours étouffer toutes ses joies, menace à ses yeux toute liberté. Il lui faut combattre incessamment tout ce qui pourrait menacer son bonheur de vivre.

C’est un texte qui se passe en Allemagne en 1918, la guerre se termine, la petite fille vit dans un environnement où évidemment les difficultés de la guerre se font douloureusement sentir les difficultés de rationnement de ravitaillement, les difficultés pour se loger, la promiscuité, le fait que l’Allemagne a été battue, tout cela traverse le texte de manière un peu souterraine, comme on peut s’en douter dans la conscience d’un enfant de cet âge.Elle va bien évidemment parler surtout de ce qui la préoccupe elle : il s’agit des bandes auxquelles elle appartient car elle fait partie d’un petit groupe de garnements qui a instauré une sorte de société avec une hiérarchie qui lui convient de respecter. Cette société qui a pour but aussi bien pro une sorte de femme errante du quartier, mais aussi d’opérer des coups, des razzias, de descendre pour se venger de tel ou tel propos qu’un adulte a pu tenir : et on aura donc la liste impressionnante des méfaits de cette petite fille.

Elle est également obsédée par l’arrivée d’un nouvel enfant qui vient concurrencer la place privilégiée qu’elle occupait dans la famille. Elle se demande bien d’où il peut être issu et pour quelle raison on s’enthousiasme tant d’avoir un garçon : ne convient elle pas, elle ? Sa féminité est-elle une tare qu’il aurait fallu expier par l’arrivée d’un nouveau bébé qui serait un garçon ?

Elle est aussi consciente que, vu les circonstances dans lesquelles elle vit, vu l’hygiène déplorable de ce monde, vu la dangerosité des maladies, quand son petit frère tombe malade elle est porteuse d’un bacille. Il lui est demandé de se tenir à l’écart et elle souffre de cette exclusion familiale. Elle se réjouit profondément de trouver sur sa route des êtres qui, eux, seraient heureux de tomber malades : des soldats qui y voient un moyen d’échapper à la guerre.

On verra aussi tous les petits moyens pour gagner de l’argent, comme ramasser le crottin de cheval dans les rues de la ville.

Il y a tout ce rapport complexe, difficile, souvent contrarié par les réactions des adultes, avec la vérité. Qu’est-ce qui est censé sortir de la bouche des enfants, on le sait bien, c’est la vérité, mais les choses ne st pas aussi simple quand, s’entêtant à dire la vérité, elle se heurte à un mur d’incompréhension d’adultes qui sont persuadés qu’il y a là toute une malignité, une volonté farouche de nier l’évidence, et qui petit à petit la poussent à mentir. Et se demander pourquoi les adultes ne sont jamais capables de croire ce qu’on leur dit même lorsque les explications qu’on leur fournit certes sont teintés d’une sorte de fantastique, d’imagerie enfantine mais reposent sur des faits parfaitement réels que les enfants ont la capacité d’appréhender et de comprendre. Les adultes ont perdu cette force, cette lucidité, ce sens aigu de l’observation qu’ils ne retrouveront jamais et dont ils ont oublié que les enfants étaient dotés.

[…]

Je vous invite vraiment à découvrir ce très bel ouvrage que les éditions Agone nous proposent dans leur collection Infidèles : d’Irmgard Keun, Quand je serai grande je changerai tout, une traduction de l’allemand de Michel-François Demet entièrement révisée par Marie Hermann.

Pour écouter l’ensemble de la critique de Nikola Delescluse : http://blog.paludes.fr/post/2017/03/17/Paludes-826-du-vendredi-17-mars-2017
Nikola Delescluse
Paludes 826 - Radio Campus Lille, 17 mars 2017
Réalisation : William Dodé