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Les racines algériennes de la sociologie de Pierre Bourdieu

5 février 2022|

Voilà quelques années, une éminente germaniste (par ailleurs traductrice de Max Weber) s’est intéressée aux « racines allemandes de la théorie de Bourdieu » et en particulier aux liens entre sa sociologie et la philosophie. Ce fut l’occasion pour Alain Accardo de préciser au titre d’« un des derniers témoins encore vivants de la période 1958-1960 que Bourdieu a passée à la faculté d’Alger et qui, selon les commentateurs, semble avoir été un temps fort de sa “conversion” de la philosophie à la science sociale ». Une mise au point bienvenue en attendant l’édition à paraître du livre d’Amìn Perez, dont c’est tout le sujet : Combattre en sociologues. Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad dans la guerre de libération (Agone, mars 2022).

À lire l’article de l’article de Catherine Colliot-Thélène sur les « racines allemandes » de Bourdieu, on pourrait presque croire qu’il était une sorte de pur esprit transportant partout avec lui, au long de ses pérégrinations, quelques obsessions intellectuelles, et en particulier celle de la temporalité inspirée au normalien par sa lecture de Husserl et de Heidegger.

Il n’est nullement de mon propos de contester si peu que ce soit l’influence de la phénoménologie allemande sur la vision théorique que Bourdieu s’est forgée du social ; et là-dessus je veux croire la spécialiste sur parole. Mais, outre que la recherche érudite des influences me paraît être le plus souvent un exercice d’orfèvrerie scolastique un peu formel, je pense que les raisons les plus fortes de la « conversion » de Bourdieu à la sociologie doivent être cherchées ailleurs, et plus précisément dans des circonstances historiques et sociales qui ont joué un rôle décisif dans son cheminement personnel comme dans celui de pas mal d’autres esprits de sa génération.