« Le Ghana fut vidé de la totalité de son patrimoine au profit des boutiques, salles de vente et musées de l’Europe et des États-Unis. En 1998, le musée Barbier-Mueller de Genève exposait quelques statuettes koma, présentées avec la remarque : “Un peuple dont on ne connaît rien.” Le mystère dopant les prix, les “terres cuites koma” se vendirent d’autant mieux qu’elles représentaient les dernières traces d’une civilisation engloutie. Que les archéologues, doublés par les pilleurs, n’aient pu achever leur étude, c’était une perte pour la science, mais une multiplication des gains pour les marchands. »

Le marché de l’art peut bien remplacer l’expression « art nègre » par « art primitif », son seul souci demeure de satisfaire les demandes de ses consommateurs. Pour durer, il s’adapte, sans renoncer aux expropriations qui lui procurent son oxygène : peintures rupestres découpées à la tronçonneuse, manuscrits volés, squelettes d’animaux préhistoriques, vestiges revendus sur les marchés touristiques, tombes profanées. C’est le plus pernicieux des marchés et le plus symbolique des destructions que subissent les pays du Sud, où matières premières, sources d’énergies, productions agricoles et culturelles continuent d’être drainées vers une poignée de pays riches.