Édité pour la première en français en 1968, épuisé depuis la fin des années 1970, ce classique oublié rappelle la relégation toujours d’actualité des enfants pauvres. Mais ici la critique de l’école reproductrice d’un ordre sociale injuste est formulée par ceux qui le subissent.

« Chère Madame,

Vous ne vous rappellerez même pas mon nom. Il est vrai que vous en avez tellement recalés. Moi, par contre, j’ai souvent repensé à vous, à vos collègues, à cette institution que vous appelez l’“école”, à tous les jeunes que vous “rejetez”. Vous nous rejetez dans les champs et à l’usine, et puis vous nous oubliez.

Il y a deux ans, en première année à la Normale, vous m’intimidiez. J’ai d’abord pensé que c’était une maladie que j’avais, ou que peut-être ça tenait de ma famille. Plus tard j’ai cru que la timidité était un mal des pauvres, que les ouvriers laissent aux fils à papa tous les postes de commande dans les partis et tous les sièges au parlement. La timidité des pauvres est un mystère qui remonte à loin… »

Dans son avant-propos (inédit en français), Pier Paolo Pasolini présente la singularité de l’école de Barbiana, fondée sur une culture rurale, pour en montrer les vertus et les limites.

Dans sa préface, Laurence De Cock revient sur l’histoire de ce livre, son contexte de production, sa réception en Italie et en France, analysant ce point de vue « de classe » sur le système scolaire, sa singularité et son universalité.

Ce livre n’est pas destiné aux enseignants, mais aux parents, qu’il invite à s’organiser. On dirait qu’il a été écrit par une seule personne, mais on était huit élèves. D’autres camarades, qui sont déjà au travail, ont collaboré le dimanche. Il nous faut d’abord remercier notre prieur, qui nous a éduqués, nous a enseigné les règles de l’art et a dirigé les travaux. Ensuite les nombreux amis qui, d’une façon ou d’une autre, nous ont aidés : parents, curés, secrétaires de mairie, enseignants, syndicalistes, journalistes, historiens, statisticiens, juristes, etc.