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Freedom Summer
Luttes pour les droits civiques, Mississippi 1964

Titre original : Freedom Summer (Oxford University Press, 1988)
Traduit de l’anglais par Célia Izoard

7 pages de photographies et documents

Parution : 14/09/2012
ISBN : 9782748901641
Format papier : 480 pages (12 x 21 cm)
26.00 € + port : 2.60 €

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Juin 1964. Plus de mille volontaires rejoignent le Mississipi pour soutenir l’inscription des électeurs noirs. Deux mois plus tard : quatre morts, quatre-vingt personnes battues et mille arrêtées, soixante-sept églises, maisons et commerces incendiés ou détruits à l’explosif. Ce livre retrace l’histoire de cet été-là et de son impact sur toute une génération.
La campagne du Freedom Summer constitue un tournant critique pour ceux qui y ont participé mais aussi pour l’ensemble de la gauche américaine. Elle a rassemblé et radicalisé les volontaires présents dans le Mississipi, et elle a préparé le terrain à la constitution de vastes réseaux militants nationaux d’où sont issus les principaux mouvements contestataires de l’époque (féministes, pacifistes, étudiants, etc.).
Le projet Freedom Summer a été un creuset pour l’organisation de l’activisme des années 1960, tout autant qu’une contribution majeure au développement de la contre-culture américaine.

Doug McAdam

Professeur de sociologie à l’université de Stanford, Doug McAdam est spécialisé dans l’étude des mouvements sociaux. Il a notamment écrit Political Process and the Development of the Black Insurgency 1930–1970 (The University of Chicago Press, 1982).

Les livres de Doug McAdam chez Agone

L’initiation des volontaires à « l’autre Amérique » s’avéra décisive et déroutante. Si le succès du livre de Michael Harrington du même nom, paru en 1962, avait peut-être donné aux volontaires une connaissance intellectuelle de la pauvreté, leurs avantages de classe les avaient écartés d’une compréhension empirique du problème. Dans le Mississippi, cette distance confortable se volatilisa. Généralement éduqués dans une atmosphère optimiste et idéaliste, les volontaires n’étaient guère préparés au revers du rêve américain :
« C’était la pire indigence que les démarcheurs aient jamais vue. En abordant la maison, on nous invita à passer sous un proche jonché de cosses de haricots, de sacs de coton moisis, des débris d’un poêle à bois cassé et d’autres déchets de toutes sortes. Vers la porte, sur la droite, un bébé (de six mois) était étendu dans un berceau vétuste. Ses yeux, son nez et sa bouche étaient couverts de mouches. Trouvant cette vision insupportable, je tentai de les chasser mais la mère m’en dissuada : “Elles reviendront de toute façon”.
Toute la maison paraissait viciée, pourrie et gangrénée de part en part. Cependant, ses habitants savaient pourquoi nous venions et remplirent les formulaires sans que nous le demandions. Cette scène nous a tous marqués au fer rouge et nous ne dormirons plus tranquilles. »
Ces images marquèrent profondément les volontaires, en particulier ceux dont les origines ne les y avaient pas préparés, ne serait-ce que sur un plan idéologique. Une volontaire issue d’un milieu particulièrement protégé, une banlieue cossue de Chicago, se souvient : « Je m’endormais le soir en pleurant. Je voyais, je ressentais trop de choses. Les choses n’étaient pas censées être comme ça. Je n’y comprenais plus rien. Je me souviens que je me sentais triste, coupable et révoltée en même temps. »
Face à ces sentiments – en particulier la culpabilité – la chaleur, l’ouverture et la tolérance prodiguées par la communauté noire aux volontaires suscitèrent chez eux autant d’apaisement que de confusion. Apaisement parce que cette attitude, qui leur faisait l’effet d’une rédemption, atténuait la culpabilité qu’ils étaient nombreux à éprouver ; et confusion car ils ne pensaient pas mériter tout l’intérêt qu’on leur portait. Tout ceci fusionnait en un magma de sentiments face auquel bon nombre de volontaires se sentaient dépassés.

***

Les volontaires optèrent pour des emplois qui reflétaient leurs convictions politiques. Dans certains cas, ces choix sont directement apparentés au Freedom Summer. Ainsi, deux volontaires interrogés attribuent leur décision d’entamer des études de droit au respect que leur inspirèrent les avocats du mouvement des droits civiques rencontrés dans le Mississippi.
De la même manière, certains volontaires décidèrent d’opter pour l’éducation à la suite de leur expérience d’enseignants dans le Mississippi. L’exemple le plus remarquable de cette démarche est peut-être celui de Stephen Blum, étudiant diplômé de philosophie qui, à son retour du Mississippi, contribua à la création à l’Université de Northwestern d’un des premiers programmes d’éducation « Upward Bound » des États-Unis. Il est difficile de ne pas voir l’empreinte du Freedom Summer dans ce travail de pionnier. Le programme Upward Bound visait à contrebalancer les difficultés scolaires des élèves socialement défavorisés – souvent issus de minorités raciales – en les préparant pour l’université. Mis à part sa focalisation spécifique sur l’entrée à l’université, ce programme pourrait parfaitement décrire les Freedom Schools dans lesquelles avait enseigné Stephen Blum.
Plus encore que le lien spécifique entre le Freedom Summer et les choix professionnels ultérieurs, il faut souligner la façon dont cette expérience modifia les critères par lesquels les volontaires envisageaient l’attractivité ou la valeur d’un emploi. D’après Gren Whitman, « après cet été, je n’aurais plus jamais accepté un travail dénué de valeur sociale, de sens politique ». Dans la même veine, un autre volontaire précise :
« Je ne pense pas avoir été différent [des autres étudiants] avant mon départ pour le Mississippi. Je veux dire qu’il y avait plein de boulots que je n’aurais pas accepté de faire, peu importe le salaire. [Mais] je voulais quand même gagner de l’argent et vivre confortablement. Dans mon dossier de candidature pour l’université, j’avais écrit que je m’intéressais à la physique nucléaire parce que j’avais lu quelque part que c’était la voie la plus prestigieuse, donc j’avais aussi cet état d’esprit. Le Mississippi a tout changé. Au lieu de chercher un travail en me demandant ce qu’il pouvait m’offrir à moi, je me suis intéressé à la portée politique qu’il pouvait avoir pour les autres. »

***

Rien dans ces citations ne rappelle les lâcheurs égocentriques et opportunistes que la presse à grand tirage se plaît à décrire. On n’a pas affaire ici à des individus qui auraient milité tant que c’était à la mode pour ensuite embrasser le royaume des Yuppies avec le même enthousiasme réservé jadis au mouvement. Au contraire, ils se sentent coupables de ce repli et tristes d’avoir perdu leur fibre politique et les liens personnels qui faisaient partie intégrante de leur vie. Plus tard au cours du même entretien, le volontaire cité plus haut ajoute, à propos de son manque d’implication politique : « Ça m’attriste beaucoup, non seulement parce que je devrais être mobilisé, mais aussi parce que j’ai l’impression d’avoir rompu ce que j’ai de meilleur. » Un autre, décrivant sa vie politique actuelle, exprime ces sentiments de façon encore plus poignante :
« J’avais peur que vous me posiez cette question. Je ne sais pas, d’une certaine façon je suis plus en rupture avec la société et mon radicalisme est si profondément ancré que je ne trouve pas les mots pour l’exprimer mais je ne suis affilié à rien ; je ne mène aucune activité politique à part aller manifester de temps de temps. Pour moi c’est un grand vide, j’ai l’impression d’être déraciné, de ne plus savoir où je vais et qui je suis vraiment dans le monde à cause de la perte de cet ancrage politique. En mon âme et conscience, je ne peux plus me penser comme un militant, et c’est profondément troublant et déroutant quand on a été lié à ce monde-là pendant tant d’années et qu’on a eu le sentiment de savoir pourquoi on vivait. »
À la même question, une volontaire répond simplement que sa vie politique actuelle est « une tragédie sans solution ! » Elle avait rompu avec le Communist Labor Party après douze ans passés en son sein et se sentait privée d’attaches et déboussolée personnellement comme politiquement. Ensuite, en évoquant son parcours dans le parti, elle s’est mise à pleurer. (…)
Ces angoisses nous amènent bien loin des clichés sur le militant radical opportuniste devenu Yuppie. Au lieu de se contenter de suivre l’air du temps, les volontaires ont résisté à la dérive politique et culturelle générale des quinze dernières années. Même ceux qui ont cessé de militer semblent encore proches d’une vision politique et d’un mode de vie dont le Mississippi leur a donné un aperçu et qu’ils ont cultivés au cours des années suivantes. Que ce soit au plan politique ou personnel, ces citations illustrent combien ils ont payé cher d’être restés fidèles à cette vision dans leurs principes.

Dossier de presse
Patsy
Blog Le monde comme il va, 6 janvier 2014
Camilo Argibay
Genèse, 7 janvier 2013
Gilles Bastin
Le Monde des livres, 16/11/12
Julie Pagis
Contretemps, 06/11/12
Aurélien Raynaud
Liens socio, 02/11/12
Compte-rendu

C’est bien connu, la plupart des soixante-huitards sont devenus des bobos embourgeoisés et cyniques. L’image est tenace même si elle ne repose sur rien de bien scientifique, sinon la « carrière » de quelques figures de l’establishment culturel et politique. Le regard que les Américains portent sur les volontaires du Freedom Summer est de même nature.
Freedom Summer : en 1964, un millier de jeunes blancs, hommes et femmes, des Etats du Nord sont recrutés pour aider le mouvement des droits civiques à pousser les Noirs du Mississippi à s’inscrire sur les listes électorales, autrement dit à défier les suprémacistes blancs.

Doug McAdam, sociologue américain, est parti à la rencontre de ces militants (ainsi qu’à ceux qui furent recrutés mais ne purent se rendre sur place pour diverses raisons) avec une idée simple en tête : quelles conséquences a eu ce mouvement sur la vie de ces étudiants issus pour la plupart des classes supérieures de la société ? Cet été de la Liberté ne fut-il qu’une parenthèse militante dans une vie somme toute conventionnelle ? A-t-il été vécu comme une expérience traumatique ? Fut-il au contraire une expérience militante hors-du-commun et galvanisatrice ?

L’ouvrage est dense, mais on peut en faire ressortir quelques idées-force.
Tout d’abord, cette croisade en terre sudiste a mis en lumière la force structurante du racisme et de l’idéal ségrégationniste dans un Etat comme le Mississippi [1]. C’est donc dans un climat extrêmement violent qu’ils ont accompli leur mission : violences physique (meurtres de militants, tabassages), psychologique (harcèlement policier…), mais aussi symbolique (n’étaient-ils pas des « Nègres blancs » et des « criminels métisseurs » ?). Autre élément important : leur réception. S’ils furent séduits par le chaleur de celles et ceux qui, au péril de leur sécurité, acceptaient de les héberger2 , ils furent en revanche parfois heurtés par l’accueil que leur réserva l’élite militante noire, celle qui se battait depuis des années contre le racisme institutionnel, et qui n’appréciait pas forcément que de jeunes blancs-becs, diplômés et condescendants (et marqués, qu’ils s’en défendent ou pas, par une éducation raciste), viennent leur faire la leçon : étaient-ils des missionnaires ou des volontaires ?3)

A l’inverse, l’importance des relations sexuelles et/ou amoureuses développées durant cet été-là, relations liant notamment militants noirs et volontaires blanches, souligne que l’implication dans cette lutte fut bien plus qu’idéologique et compassionnelle. Elle fut aussi charnelle, jusqu’à l’ambiguïté. Car dans une Amérique ségrégée, le corps de l’Autre était une terra incognita. Dans le fait de s’affranchir du « tabou du métissage », on peut voir d’un côté l’attrait exotique pour le corps noir et ses promesses de félicité, de l’autre l’attrait pour le corps jusqu’alors intouchable de la femme blanche (combien de Noirs furent lynchés pour l’avoir oublié ?).

En fait, cet Eté de la liberté arrive à un moment-charnière de l’histoire de l’Amérique contemporaine. En cette année 1964, la rhétorique violemment anticommuniste qui a tant servi à la répression des mouvements d’émancipation ne fonctionne plus4. Cette rhétorique retrouvera son efficience avec l’approfondissement de la guerre contre le Vietminh et les ennemis de l’Intérieur (Black Panthers, AIM, Weather underground…) peine à convaincre les Américains que ces jeunes-là (qui pour une bonne part sont de bons chrétiens !) sont des agents de Moscou, que dans tout militant sommeille un « rouge ». En cette année 1964, les volontaires prennent conscience, souvent dans la douleur, que l’Amérique de la liberté, du lait et du miel, est un mythe dans le Sud profond, que le Parti démocrate d’un John Fitzgerald Kennedy peut professer des idées libérales dans le Nord et être un défenseur acharné du racisme institutionnel dans le Sud. Freedom summer ne peut qu’ébranler ces jeunes hommes et femmes qui, bien souvent, avait gagné le sud par humanisme bien plus que par conscience de classe.
Pour bien des participants, Freedom summer fut un moment important de leur jeune vie d’adulte. Le retour dans le Nord fut rude. Comment reprendre un train-train d’étudiant après une telle expérience ? Comment « faire carrière » dans un pays structurellement construit sur le racisme ? Comment vivre sans s’insurger, sans faire de l’implication politique et sociale le pivot de son existence ?
Engagement contre la guerre du Vietnam, dans le mouvement étudiant et dans le féminisme5, refus de parvenir, attrait pour la vie en communautés, mais aussi vie chaotique (divorces, dépressions…)... Les parcours post-Freedom summer soulignent à quel point l’Eté de la liberté a bouleversé la vie de ces jeunes hommes et femmes destinés jusqu’alors à renouveler l’élite politique, économique et sociale de l’Amérique. Et non, il faut se faire une raison : « Les yuppies d’aujourd’hui ne sont pas issus des rangs des radicaux d’hier. »6

Notes
1. Même si, évidemment, la ségrégation, spatiale par exemple (cf. Chicago), n’est pas l’apanage du Sud réactionnaire.
2. Chaleur qu’ils retrouvèrent également au sein des églises : « La bienséance froide et intellectuelle du judaïsme réformé ou du protestantisme libéral généralement professé par les volontaires – unitariens, quakers ou méthodistes – tranchait nettement avec la spontanéité très physique des églises baptistes noires du sud. »
3. Il ne faudra pas attendre longtemps pour que l’aile radicale du mouvement noir plaide pour des organisations non-mixtes, seul moyen selon lui de ne pas être phagocyté par l’élite radicale blanche.
4. Répression du syndicalisme réformiste et révolutionnaire (IWW), de l’anarchisme (Sacco et Vanzetti), de la marginalité politique et sociale (mouvement hobo)...
5. Durant le Freedom summer, les femmes volontaires furent le plus souvent affectées à des tâches qualifiées de subalternes, tandis que les hommes, blancs et noirs, « montaient au front » et s’exposaient aux violences.
6. Page 350, l’auteur cite deux militants incarnant le « retournement de veste » : le premier est Jerry Rubin, ex vedette Yippie convertie à la spéculation financière et au libéralisme dès le milieu des années 1970 ; le second, Eldridge (et non Eldrige comme orthographié dans le livre) Cleaver, ex-leader des Black Panthers, « reconvertie en créatrice de mode ». Tout d’abord, Eldridge Cleaver (décédé en 1998) n’a pas changé de sexe en devenant fugitivement modiste ! Ensuite, la « trahison » de Cleaver me semble plus liée à son instabilité psychologique (il deviendra successivement mooniste, mormon, born-again… et sera accro à la cocaïne et reaganien dans les années 1980) qu’à de l’opportunisme.

Patsy
Blog Le monde comme il va, 6 janvier 2014
SUR LES ONDES
Radio Canada – « Plus on est de fous, plus on lit », avec Marie-Louise Arseneault sur « Rosa Parks : pour l’égalité des droits civiques » (30 janvier 2013)
Une expérience de lutte pour les droits civiques

Article à télécharger
En annexe sur le site d’AequitaZ

AequitaZ, janvier 2013
Compte-rendu

L’édition récente de Freedom Summer permet à l’enquête de Doug McAdam d’enfin quitter la longue liste des travaux étrangers non traduits en langue française. Cet ouvrage s’arrête sur l’engagement des militants étudiants étatsuniens partis dans le Mississippi au cours de l’été 1964. L’histoire commence en réalité quelques mois auparavant, par un appel des leaders d’une organisation qui lutte pour les droits civiques des Afro-américains, le SNCC (Student Non Violent Coordinating Committee), depuis le début des années 1960. Conscients de la faible portée des actions de leur mouvement pour « le droit de vote de tous les citoyens du Mississippi », ils décident de mobiliser « autant de personnes que nécessaire ». À travers cette formulation, ils font directement appel à des étudiants blancs pour conduire une campagne d’inscription des habitants noirs sur les listes électorales. Ce sont près d’un millier de personnes – pour l’immense majorité des étudiants blancs des universités les plus prestigieuses des États-Unis – qui, après avoir répondu à cet appel, sont choisies par l’organisation pour séjourner dans le Mississippi pendant l’été 1964 et ainsi prendre part au projet du « Freedom Summer ». L’enquête de Doug McAdam, conduite vingt ans après cette mobilisation, s’intéresse à l’activisme de ce millier d’individus. Elle présente trois intérêts majeurs : comme sociologie de l’engagement de ces étudiants, comme compréhension de l’histoire collective dans laquelle il s’insère et comme mobilisation d’un remarquable matériau d’enquête.

Si la plupart des enseignements de sociologie des mouvements sociaux font référence à Freedom Summer, c’est avant tout pour ce que l’ouvrage apporte à la compréhension de l’engagement militant. L’auteur y décrit avec précision les activités sociales des jeunes étudiants partis dans le Mississippi cet été-là : porte-à-porte, chants, rassemblements, échanges avec la presse et les élus de leurs États d’origine, relations affectives, mais aussi violences subies, lynchages et même décès. Ces éléments, à eux seuls, constituent déjà une belle enquête sociohistorique. Mais celle-ci est d’autant plus riche qu’elle replace l’engagement de l’été 1964 dans une perspective diachronique. Plus précisément, la question centrale de l’ouvrage est celle des effets de cet engagement sur les trajectoires postérieures des individus. Pour y répondre, Doug McAdam s’efforce de comparer, avec le plus de détails possible, le groupe des volontaires partis dans le Mississippi à celui des candidats au départ non retenus. Alors qu’ils sont initialement assez semblables, leurs engagements universitaires, professionnels et militants se distinguent dès la fin de l’été. L’auteur montre notamment une « radicalisation politique » et une « libération personnelle » bien plus fortes chez les volontaires dès leur retour dans le Nord des États-Unis. Ils participent directement à la genèse de trois mouvements sociaux les plus importants de la fin des années 1960 : le « Free speech » dans les universités, les mobilisations contre la guerre du Viêt-Nam et le mouvement de libération des femmes. L’analyse sur le temps long permet, elle, de voir que les carrières professionnelles sont marquées par une proximité plus forte avec la sphère militante et par des emplois plus précaires que ceux des candidats qui n’ont pu partir. Enfin, les volontaires ont également connu des relations sexuelles et amoureuses plus libres et moins stables que celles du groupe témoin. Au moment de l’écriture de l’ouvrage, l’auteur saisit donc, en forçant parfois un peu le trait, l’impact du « Freedom Summer » sur les trajectoires des volontaires dans trois sphères : militante, professionnelle et privée.

Parallèlement à cela, l’ouvrage de Doug McAdam permet également de comprendre les transformations politiques et sociales des États-Unis au cours des années 1960. À travers le prisme de ces engagements individuels, on perçoit les évolutions de l’ensemble de la société nord-américaine sur des thèmes sociétaux. C’est bien évidemment le cas pour la question des droits civiques, mais l’ouvrage se révèle également très riche sur celle de la « libération des femmes ». À travers l’engagement des anciennes du Freedom Summer sur cette thématique, mais aussi les relations entre les représentants des deux sexes, le lecteur suit la bascule qui a lieu au cours des années 1960. Les distinctions genrées sont toujours présentes, mais les rapports au corps et au couple connaissent une évolution certaine, identifiable à travers des cas qui restent bien sûr particuliers, mais qui sont aussi le révélateur d’une transformation plus générale, qui dépasse largement le cadre des activistes du Freedom Summer.

Enfin, la richesse et la diversité du matériau d’enquête recueilli constituent le troisième intérêt majeur de la lecture de l’ouvrage. Pour asseoir sa démonstration, Doug McAdam s’appuie sur 348 questionnaires et 42 entretiens menés auprès d’anciens volontaires du Freedom Summer. Mais l’auteur a également pu travailler sur différents fonds d’archives – d’organisations et d’individus – et ainsi s’appuyer sur les précieux dossiers de candidatures envoyés au SNCC, les correspondances avec les parents et les proches, des photographies et des coupures de presse. L’ensemble de ce matériau est mobilisé tout au long de l’ouvrage, sous forme d’extraits, de tableaux et même de calculs de régressions. Celles-ci ont notamment permis à l’auteur d’objectiver les différences entre le groupe des volontaires et celui des candidats non retenus en isolant la variable « participation au Freedom Summer ». La mobilisation croisée de ces différents types de sources constitue un modèle du genre pour une étude de sociohistoire du militantisme.

Paradoxalement, c’est sur ce dernier élément qu’on aurait souhaité en savoir plus. Bien que l’auteur donne à voir dans ses remerciements finaux et dans les annexes des éléments bruts sur les prises de contact et les conditions de passation des entretiens, on aimerait qu’il nous ouvre bien plus grand les portes de sa cuisine. Plus précisément, ce sont les recettes et les ficelles de l’enquête qui sont absentes : les éléments qui ont permis à l’auteur de, non seulement constituer son matériau, mais aussi et surtout articuler les différentes composantes de celui-ci entre elles. Avec ces précisions, nous pourrions tenir entre les mains un véritable manuel d’enquête illustré. Ce regret n’enlève rien au triple intérêt de l’ouvrage, auquel la traduction française offre désormais un public bien plus large que les quelques chercheurs spécialistes de la sociologie du militantisme.

Lire l’article sur le site de Genèse

Camilo Argibay
Genèse, 7 janvier 2013
Un été civique
En 1964, un millier d’étudiants blancs, du nord des États-Unis passèrent l’été dans le Mississippi à enseigner aux Noirs parmi les plus pauvres d’Amérique et à militer pour les droits civiques. Ce projet – le Freedom Summer – suscita immédiatement une flambée de violence ségrégationniste dans laquelle plusieurs de ces étudiants perdirent la vie. Mais il fut aussi un moment important dans la socialisation politique de cette jeunesse, juste avant que les tensions raciales se radicalisent. Le sociologue Doug McAdam, dans ce livre publié initialement en 1988, donne la parole à tous ceux dont la vie changea cet été-là et qui furent par la suite les porteurs des luttes de toute une génération.
Gilles Bastin
Le Monde des livres, 16/11/12
Compte-rendu

Lire l’article sur le site de Contretemps.

Eté 1964, campagne du Freedom Summer : un millier de volontaires, principalement des étudiants blancs d’universités du Nord des États-Unis, se rendent dans le Mississipi soutenir le mouvement des droits civiques.

L’ouvrage du politiste Doug McAdam, publié en 1988 aux États-Unis et traduit aujourd’hui en français chez Agone retrace l’histoire de cet été 1964 et de sa portée biographique et politique. Il s’ouvre sur les origines, organisationnelles et biographiques de la campagne (chapitres 1 et 2) ; se penche sur son déroulement et l’expérience par les volontaires d’un militantisme intense et fondateur (chapitre 3) ; pour analyser ensuite les différentes répercussions de cet engagement sur les trajectoires des volontaires et plus généralement sur les mouvements sociaux des Sixties (chapitre 4, 5 et 6).

L’auteur se propose de saisir ce que l’émergence des principaux mouvements sociaux des Sixties (anti-guerre, étudiant et féminisme) à partir de 1964 doit à la campagne du Freedom Summer (FS). La participation active des volontaires à ces mouvements est-elle un effet de leur participation au FS ou n’est-elle que l’expression de caractéristiques antérieures ? Que sont-ils devenus vingt ans après ? Le genre influe-t-il sur les effets du militantisme ? Pour répondre à ces questions, McAdam a mené une enquête de longue haleine, sur la base des dossiers de candidature au Freedom Summer découverts au centre Martin Luther King Junior d’Atlanta. Outre 720 dossiers de participants, il a retrouvé dans ces archives 239 dossiers de candidats s’étant finalement retirés avant l’été (qu’il nomme les « absents »), occasion inespérée de constituer un groupe témoin avec lequel comparer les devenirs des volontaires pour mettre en évidence d’éventuels effets propre de la campagne du FS. Le volet quantitatif, fondé sur les questionnaires envoyés aux candidats retrouvés, est enrichi d’une enquête par entretiens auprès de 40 volontaires et 40 « absents » : McAdam se donne ainsi des moyens méthodologiques à la hauteur de son ambition théorique.

Parce qu’il renouvelait le courant de la « mobilisation des ressources » en dépassant certaines de ses apories, Freedom Summer est rapidement devenu un ouvrage incontournable de la sociologie des mouvements sociaux. L’approche dynamique et longitudinale, attentive au vécu et à la construction identitaire des militants redonne en effet une place aux acteurs des mobilisations qui, en réaction aux théories du collective behaviour, avaient fini par être oubliés. Sans négliger la réflexion en termes de ressources et de structures nécessaires à l’engagement, McAdam propose alors une nouvelle manière d’aborder les mouvements sociaux qui articule des efforts d’objectivation (par le traitement statistique des questionnaires) et une approche compréhensive (par le recours aux récits de vie) soucieuse des conséquences biographiques du militantisme. L’importation des travaux de McAdam est tardive en France, et coïncide avec le renouveau relativement récent de la sociologie des mobilisations et en particulier l’intérêt porté aux carrières militantes et à l’analyse processuelle des engagements1. On peut penser que la traduction, en 2012, de Freedom Summer vient consacrer ce mouvement de redécouverte et d’ouverture des sciences sociales françaises aux travaux anglo-saxons.

Les racines du Freedom Summer

C’est dans les cohortes du baby-boom – nées entre 1946 et 1964 – que se recrutent les futurs volontaires du FS. Jeunes étudiants blancs, de familles aisées et libérales2, ils grandissent dans la prospérité de l’après-guerre, bercés toute leur enfance par la vision populaire d’une Amérique gardienne de la démocratie. Du fait de leur taille et du formidable marché qu’elles représentent, ces cohortes font l’objet d’une attention inégalée à l’origine d’un sentiment largement partagé d’optimisme générationnel, et d’une conscience aigüe de leur capacité à « faire l’histoire » (p. 27). Politiquement, le militantisme noir et la présidence de J.F. Kennedy impulsent une libéralisation de la politique intérieure au début des années 60 : la cause des droits civiques rencontre alors l’idéalisme d’une partie de cette jeunesse dorée. Mais les conditions dans lesquelles ils ont grandi ne pouvaient tout simplement pas préparer les volontaires à la réalité locale du Mississipi, marquée par une « tradition d’illégalité et de violence systématiques » (p. 43), par l’effondrement de l’industrie cotonnière, et par la ségrégation d’une population noire vivant pour près de 90 % au-dessous du seuil de pauvreté. Contrairement aux volontaires, les initiateurs du Freedom Summer, militants Noirs du Student Non Violent Coordinating Committee (SNCC) étaient engagés dans le Mississipi depuis 1961. L’expérience de la répression, d’un racisme systématique, et leur impuissance à inscrire des citoyens noirs sur les listes électorales avaient peu à peu engendré colère, cynisme voire désillusion face aux principes fondateurs du mouvement (notamment la non-violence et l’interracialité). Ils s’étaient cependant résolus – non sans réticences au sein du SNCC – à accueillir un millier de jeunes Blancs privilégiés, pour les aider à populariser leur cause et obliger l’Etat fédéral à s’impliquer. Les organisateurs ciblèrent des étudiants d’universités d’élite du Nord – Stanford, Harvard, Princeton, etc – susceptibles d’apporter au mouvement la notoriété et le poids de leurs réseaux sociaux et politiques.

Du côté des candidats, les motivations à participer au FS vont de la volonté de réduire les inégalités par l’enseignement à celle d’appliquer l’Evangile, en passant par le patriotisme, et pour les plus politisés par la lutte contre la domination. Héritiers de valeurs parentales globalement progressistes, caractérisés par leur disponibilité biographique, les candidats sont globalement déjà militants à la veille du FS : des droits civiques pour près de la moitié d’entre eux, mais aussi d’organisations religieuses, de partis politiques de gauche ou encore de groupes d’enseignants. L’absence de nettes différences, à la veille du FS, entre les futurs volontaires et les « absents » (25 % des candidats), est un des premiers résultats marquants, qui rend heuristique leur comparaison ultérieure.

L’expérience fondatrice du Mississipi

L’annonce de la disparition de trois militants (qui seront retrouvés morts, lynchés) au cours d’une session de formation confronte dès le mois de juin les volontaires à la réalité qu’ils allaient connaître et à l’éventualité de leur propre mort. Pour beaucoup, ces formations par les vétérans du SNCC initièrent la profonde remise en question de leurs conceptions de la politique, de la morale, de la sexualité et d’eux-mêmes : c’était le début d’un « été extatique » (chapitre 3).

Une partie des volontaires s’attacha durant l’été à convaincre des citoyens noirs de s’inscrire sur les listes électorales officielles malgré la peur des représailles, ainsi que sur les listes alternatives du Mississipi Freedom Democratic Party (MFDP), parti fondé par le SNCC en réaction à l’éviction des Noirs du parti démocrate. Parfois gratifiant, toujours difficile, souvent déprimant, ce militantisme de porte-à-porte permit le déplacement d’environ 17 000 Noirs jusqu’aux tribunaux et marqua « une étape décisive vers la démocratisation du vote dans le Mississipi et les Etats du Sud » (p. 133). Du côté du MFDP, les volontaires accompagnèrent toutes les étapes d’un processus démocratique inédit qui aboutit à l’élection de délégués de l’Etat du Mississipi pour la convention nationale du mois d’août à Atlantic City. D’autres volontaires s’engagèrent dans le versant socioculturel de la lutte contre l’exclusion des Noirs, en participant aux Freedom Schools organisées autour de trois axes : enseignement académique, activités culturelles et formation au rôle de leader. Malgré les menaces à l’encontre des parents et les incendies de plusieurs de ces écoles, elles accueillirent entre 3000 et 3500 élèves à qui l’on enseigna notamment l’histoire du peuple noir, absente des manuels officiels.

À côté de ces tâches militantes qui, bien qu’éprouvantes, restaient globalement familières aux volontaires, l’expérience du Freedom Summer fut également celle de la découverte de la communauté noire. L’hébergement chez l’habitant suscita de très vives émotions : tristesse, culpabilité, colère, révolte, mais aussi découverte de la fraternité, de la générosité ou encore du sang-froid de ces familles qui prenaient le risque de les accueillir. Les rassemblements hebdomadaires de soutien à la campagne d’inscription, organisés dans les églises baptistes rurales furent aussi des moments de célébration de la communauté, dans une exubérance et une spontanéité qui tranchaient avec l’ascétisme des églises qu’ils avaient connues jusque là. Grâce aux témoignages recueillis, McAdam reconstitue l’atmosphère sensuelle de ces communions, rythmées par les Freedom Songs entonnées main dans la main, qui renforcèrent les liens entre volontaires et avec la population qui les hébergeait. La sexualité interraciale devint une des manifestations de la « communauté bien-aimée », modèle d’une société véritablement égalitaire. Dans les Freedom Houses, une sexualité plus libre fut également expérimentée entre volontaires.

Mais l’expérience du FS fut également celle de la violence du Mississipi blanc et de la terreur subie : quatre participants furent tués, 80 passés à tabac, mille arrêtés et de nombreuses églises et foyers noirs incendiés ou détruits à l’explosif. Vers la fin de l’été, les volontaires étaient usés, épuisés physiquement et émotionnellement. Cette usure exacerba les inévitables tensions qui allaient faire imploser peu de temps après la « communauté bien-aimée », mais qui affleuraient déjà, autour de deux enjeux : la race et la sexualité. Les tensions interraciales découlèrent principalement de l’attention démesurée que prêtèrent les médias nationaux aux volontaires Blancs par rapport à l’absence de couverture des victimes noires. Cela renforça la colère des militants du SNCC et leurs réserves sur le principe d’un militantisme interracial. Le problème du sexisme ne fut pas ouvertement posé au cours de l’été, mais McAdam décrit comment il se manifesta à travers les règles implicites en matière de sexualité et la répartition des tâches militantes. Les femmes blanches subissaient un dilemme particulièrement douloureux dans la mesure où « ce qui se jouait dans leurs rencontres avec les Noirs, ce n’était rien moins que l’alternative du rejet ou de la pérennisation du racisme » (p. 175), sans compter leur possible renvoi du projet pour conduite impropre (ce qui n’arriva jamais à aucun homme).

Lorsque l’été toucha à sa fin, certains volontaires décidèrent de rester dans le Mississipi ; la plupart rentèrent chez eux mais non sans difficultés : seuls, ils n’étaient pas préparés à ce retour, un fossé s’était creusé qu’il leur serait difficile, voire impossible, de combler.

Les effets politiques et culturels du Freedom Summer

La radicalisation politique des volontaires est un effet indiscutable et immédiat de leur participation au FS : trois mois suffirent à faire voler en fumée leur idéalisme et à aiguiser un regard critique sur le système politique – notamment les institutions fédérales, le FBI et le département de la Justice – jugé dorénavant complice voire responsable des situations combattues. Le FS favorisa également l’émergence de la « contre-culture » fortement politisée des Sixties et la renaissance du militantisme étudiant : c’est ce que montre McAdam en suivant les volontaires qui, nouvellement convertis à la nécessité de penser ensemble changement social et transformation personnelle, rentrèrent poursuivre la lutte dans le Nord. À partir de 1966, les Peace Houses se multiplient dans toutes les villes étudiantes, sur le modèle politique des Freedom Houses, comme « cadre privilégié de l’émergence de l’autoconscience et de la libération personnelle » (p. 230). McAdam souligne néanmoins que ces Peace Houses devinrent bientôt une fin en soi, là où elles étaient un moyen dans le Mississipi. Il montre de manière similaire comment l’adoption par les volontaires du style vestimentaire des organisateurs du SNCC (jean et chemise de travail), nécessaire dans le contexte du Mississipi, devint une marque d’appartenance commune, tout comme certains traits de langage des militants noirs importés dans la contre-culture blanche. Enfin, les relations interraciales et la liberté sexuelle, véritables symboles politiques dans le Mississipi, devinrent emblématiques de la contre-culture, et peu à peu déchargées de leur contenu politique.

À l’échelle nationale, le Freedom Summer contribua, par sa couverture médiatique, à populariser une vision favorable du mouvement des droits civiques. Il marqua ainsi un basculement entre le Maccarthysme et les « années 60 » (qui ne commencent qu’à partir de 1964), en dédiabolisant le militantisme de gauche et en légitimant la cause des droits civiques. Outre les volontaires et leur médiatisation, McAdam montre comment cette légitimation fut également le fait d’autres acteurs qui participèrent au FS : des pasteurs, prêtres, rabbins, avocats, médecins bénévoles ainsi que les parents des volontaires contribuèrent à ce basculement de l’opinion américaine par leurs voix influentes.

Le SNCC, par contre, connaît une profonde crise à l’issue de l’été qui aboutit à la remise en cause de ses principaux fondements dont l’interracialité. Pour McAdam, l’éviction des militants Blancs du mouvement des droits civiques, poussés de ce fait à réinvestir ailleurs leurs dispositions contestataires est une des explications de la multiplication des causes militantes dans la deuxième moitié des années 60.

Appliquer les leçons du Mississipi : mouvements étudiants, antiguerre et féminisme

On attribue habituellement l’origine de la Nouvelle Gauche et des Sixties au Free Speech Movement (FSM), première mobilisation étudiante d’ampleur pour la liberté d’expression politique, née à l’automne 1964 sur le campus de Berkeley (Californie). McAdam montre que ce mouvement est en fait un prolongement direct du Freedom Summer, sur le plan notamment des formes prises par la mobilisation (sit-in, modèle participatif du SNCC, reprise de la chanson emblématique des droits civiques We Shall Overcome). Plusieurs vétérans du FS figurent d’ailleurs parmi les initiateurs du mouvement, à l’image du leader Mario Savio. Plus généralement, McAdam souligne que les vétérans du FS sont accueillis comme des héros dans les différents campus qu’ils réintègrent dès la rentrée 1964. Leur notoriété et le statut d’anciens du FS leur confèrent une légitimité militante qu’ils vont mettre au service des nouvelles causes constitutives de la Nouvelle Gauche naissante.

Au cours de l’année suivante, des mouvements étudiants similaires au FSM fleurissent ainsi sur de nombreux campus où des vétérans du FS sont impliqués. C’est ensuite le mouvement contre la guerre (du Vietnam principalement), très isolé jusque là, qui prend une ampleur sans précédent à partir du milieu des années 60. Là aussi des grilles d’analyse politique élaborées au Mississipi sont appliquées : « Les gens que nous sommes en train de massacrer au Vietnam sont les mêmes que ceux que l’on tue depuis des années dans le Mississipi » (p. 287) écrit une volontaire à ses parents. L’influence des Freedom Schools est également manifeste au travers des teach-in contre la guerre organisés – par des vétérans du FS entre autres – lors des manifestations étudiantes.

C’est enfin tout l’essor du féminisme que l’auteur relie au FS de manière convaincante et détaillée. L’expérience du sexisme au cours de l’été dans le Mississipi fit l’objet d’une des premières formulations politiques du féminisme, sous la plume de deux volontaires (M. King et C. Hayden) qui critiquent le statut des femmes dans le SNCC dès l’automne 1964. Peu de temps après, un groupe de femmes – composé notamment d’anciennes du FS – quitte avec éclat la conférence du Students for a Democratic Society (la principale organisation étudiante). Dans les années suivantes, d’anciennes volontaires participent à l’expansion du courant féministe, par le développement de nombreux « groupes de libération des femmes ». McAdam relie là aussi les techniques de conscientisation qui y sont mises en œuvre à celles pratiquées au sein du SNCC.

Des effets propres de la participation au Freedom Summer ?

Peut-on cependant imputer cette influence décisive des volontaires sur l’émergence de la Nouvelle Gauche à leur participation au Freedom Summer ? La comparaison de leurs trajectoires avec celles du groupe témoin des candidats qui n’ont finalement pas participé (les absents) permet à McAdam d’apporter des éléments de réponses statistiquement étayés.

Alors qu’aucune différence nette ne distingue en amont les candidats globalement libéraux et réformateurs, les volontaires ressemblent davantage, au sortir de l’été, aux gauchistes radicaux du SNCC. Pour nombre d’entre eux, la politique devient l’objet central, si ce n’est l’activité principale de leur existence dans les années suivantes : certains abandonnent leurs études, d’autres obtiennent des emplois militants rémunérés, là où les absents poursuivent des chemins plus convenus. Pour expliquer ce surinvestissement politique des volontaires par rapport aux absents, l’auteur a recours à une approche statistique par régression3 qui lui permet de mettre en évidence un effet propre de la participation au Freedom Summer sur les devenirs politiques. Plus précisément, il semble que le degré de radicalisation à l’issue de l’été d’une part et le nombre de volontaires avec lesquels le militant est encore en contact en 1970 sont les deux principaux déterminants de l’engagement politique ultérieur.

Sur le plan professionnel, les itinéraires des volontaires divergent également, à l’issue de l’été, de ceux des absents. Certains volontaires se (ré)orientent vers les métiers de l’éducation (suite à leur expérience des Freedom Schools) ou de la justice ; pour d’autres, la carrière professionnelle est reléguée au second plan par rapport à l’engagement, avec pour résultat des trajectoires plus chaotiques. Sur le plan personnel à court terme, de nombreux mariages sont célébrés entre ex-volontaires et plus généralement, McAdam montre que les volontaires se mirent davantage en couple avec des militant-e-s.

Dans le dernier chapitre, McAdam traite des effets de la participation au FS à plus long terme, une fois la vague des Sixties retombée. Il s’attache à déconstruire l’image véhiculée dans les médias d’anciens militants qui auraient retourné leurs vestes, ou encore le label de « décennie du Moi » trop rapidement attribué aux années 1970. Face au déclin du militantisme dans les années 70, McAdam montre comment les volontaires ont cherché, de diverses manières, à rester fidèles aux engagements passés, au prix parfois d’une forte marginalisation. Il montre ici habilement l’influence du genre sur ces devenirs : les hommes n’ont en effet pas d’offre politique équivalente au féminisme alors en plein essor, et l’effondrement de la Nouvelle Gauche à la fin des années 60 prive ainsi de nombreux vétérans d’offre politique nationale. On retrouve néanmoins une partie d’entre eux au sein des mouvements écologistes, antinucléaires ou dans des luttes plus localisées où ils s’engagent « pour faire exister les leçons politiques et personnelles du Mississipi dans une Amérique de plus en plus conservatrice » (p. 352). Au cours des années 70, ce reflux de la vague politique se paye également sur le plan personnel avec de nombreuses séparations conjugales que les volontaires relient plus ou moins explicitement aux transformations politiques (elles sont statistiquement plus nombreuses que dans le groupe témoin). Professionnellement, le reflux politique et l’épuisement des milieux alternatifs placent les volontaires qui avaient mené jusque là une vie centrée sur le militantisme devant la nécessité de se reclasser, mais ils se trouvent alors confrontés à un marché du travail peu florissant. Les divergences repérées dans les années 60 entre les deux groupes se creusent dans le sens d’un coût personnel et professionnel plus important pour les ex-volontaires.

Enfin, au moment de l’enquête (i.e. dans les années 1980), les vétérans du FS restent globalement très à gauche de l’échiquier politique, la moitié d’entre eux continue à militer (70 % sont membres d’une organisation politique, contre 50 % des absents) et pour ceux qui se sont désengagés, McAdam montre que ce n’est pas sans culpabilité voire déchirements. Par exemple, seuls 50 % des volontaires sont mariés au moment de l’enquête contre 72% des absents (et 80% d’un groupe témoin non spécifique), et les femmes ont visiblement payé plus cher leur radicalisme politique. Elles sont d’ailleurs plus à gauche que les ex-volontaires hommes et plus actives politiquement, ce que l’auteur relie à la vitalité du mouvement féministe dans les années 70 qui les a davantage préservées des influences politiques conservatrices. Mais le reflux du féminisme dans la décennie suivante n’en n’a des retombées que plus coûteuses sur leurs devenirs de femmes. En effet, nombre d’entre elles se retrouvent d’autant plus marginalisées et isolées qu’elles partagent le sentiment d’avoir payé un tribut personnel à la politique. Sur le plan professionnel enfin, les volontaires sont deux fois plus souvent au chômage que les absents, leurs revenus annuels sont plus faibles et ils sont concentrés dans les professions d’assistance (éducation, aide sociale et droit).

Les portraits dressés par McAdam des devenirs d’anciens du FS brossent ainsi une image bien éloignée de celle des Yuppies et du repentir politique qui occupent pourtant l’espace médiatique et sont reprises dans l’imaginaire collectif. Un moyen, selon l’auteur, de disqualifier un passé à moindre frais et de justifier la dépolitisation en renvoyant un militantisme radical à des activités « de jeunesse »4 ; alors que cette enquête montre au contraire que le Freedom Summer fut leur fil d’Ariane.

De quelques interrogations pour continuer la discussion

McAdam clôt son ouvrage sur des études de cas, où l’on rencontre Stuart, dont le dernier projet consiste à partir voyager pour adopter des enfants de divers pays pauvres, ou encore Chude qui n’a jamais cessé de chercher à revivre l’expérience du Mississipi et qui vient de quitter une communauté spirituelle quand McAdam la rencontre. On regrette cependant que le choix et la nature de ces cas (qui sont visiblement des cas limites) ne soient pas davantage explicités. Cela aurait notamment permis d’avoir une idée plus claire de la place que les différentes utopies communautaires ont occupées dans les devenirs des volontaires, car si elles sont présentes, en filigrane, tout au long de l’ouvrage, elles ne sont pas traitées en tant que telles. McAdam évoque également certaines destinées tragiques (suicide, asile psychiatrique) dans l’épilogue, mais il semble mal à l’aise avec leur statut, comme s’il ne s’agissait pas là de faits sociaux.

Dans un autre registre, il est un acteur aussi central dans les biographies des volontaires que sous-théorisé dans l’analyse qu’en fait l’auteur : la religion. McAdam reconnaît que « l’histoire militante américaine est indissociable de la religion » (p. 81), mais il ne cherche pas à expliquer l’importance de l’engagement religieux à toutes les étapes analysées. 25 % des volontaires appartenaient pourtant à un groupe religieux à la veille du FS et les motifs religieux invoqués pour expliquer leur participation sont récurrents ; 400 prêtres, pasteurs et rabbins participèrent également au déroulement du FS ; certains volontaires s’engagent enfin dans le Peace Corps par la suite : la question de la nature des liens entre engagements politique et religieux nécessitait sûrement d’être abordée5.

On peut enfin reprocher à l’auteur de ne pas toujours relier les conséquences biographiques du FS qu’il observe aux formes du militantisme et aux caractéristiques des enquêtés concernés, notamment en termes de différences sociales (au sein des classes supérieures). Il ne répond ainsi que partiellement à la question qui l’anime : comment un événement agit-il sur les participants ? Mais il s’agit là davantage d’une invitation à mener d’autres enquêtes aussi approfondies que celle dont est tiré cet ouvrage.

1 Cf. notamment : Fillieule O., « Propositions pour une analyse processuelle de l’engagement individuel. Post scriptum », Revue française de science politique, vol. 51, n° 1–2, 2001.

2 C’est-à-dire de gauche aux États-Unis.

3 Méthode qui permet d’évaluer l’influence de différents facteurs « toutes choses égales par ailleurs ».

4 Ce schème est d’ailleurs transposable en France pour les événements de Mai 68 : cf. Sommier I., « Mai 68 : sous les pavés d’une page officielle », Sociétés contemporaines, 20, p. 63–82, 1994.

5 Précisons néanmoins que D. McAdam revient en ce moment même sur la question des racines religieuses des Sixties dans un livre à paraître.

Julie Pagis
Contretemps, 06/11/12
Compte-rendu

La parution en français du présent ouvrage constitue un petit évènement. Depuis sa première publication en 1988 sous le titre Freedom Summer. The idealists revisited1, celui-ci s’est en effet imposé comme un classique de la littérature sociologique américaine sur les mouvements sociaux et Doug McAdam, son auteur, comme un des spécialistes mondialement reconnus de ce champ d’études. On ne peut donc que se réjouir de cette traduction française qui, en permettant l’accès au public francophone à ce livre important, vient combler un incontestable manque.
L’intérêt et l’importance de l’ouvrage sont de plusieurs ordres. Ils tiennent tout d’abord à la nature de son objet, que l’on peut qualifier d’engagement – ou de militantisme – à haut risque2. Le « Mississippi Freedom Summer » constitue un temps fort du mouvement pour les droits civiques aux États-Unis. Durant l’été 1964, environ un millier de volontaires Blancs du Nord, pour l’immense majorité issus de la bourgeoisie américaine, étudiants dans les plus prestigieuses universités du pays, partent dans le Mississippi participer à une campagne d’inscriptions des électeurs Noirs sur les listes électorales. Le Mississippi demeure alors l’État le plus conservateur et raciste de l’Union. Les grands propriétaires terriens, rétifs à la mécanisation de l’agriculture, continuent d’employer à très bas coût de nombreux travailleurs Noirs, perpétuant ainsi un mode de vie sudiste pluriséculaire. Si les inégalités raciales en termes de scolarisation, de revenus, de santé, etc., y sont considérables, le Mississippi se caractérise également par l’asservissement politique dans lequel est tenue la population noire. Durant le Freedom Summer, les militants Blancs expérimentent d’une part la rudesse de conditions de vie qui leur sont étrangères, et se retrouvent d’autre part confrontés à une grande violence. Quatre personnes furent tuées durant l’été, des dizaines de militants furent passées à tabac, plusieurs centaines furent arrêtées, des églises, maisons et commerces furent incendiés, etc. Le Freedom Summer correspond donc à une expérience militante extrême, qui pose un certain nombre de questions. Qui sont ces militants ? Sont-ils prédisposés à s’engager dans de telles conditions ? Comment sont-ils sélectionnés ? Comment vivent-ils la campagne, sa violence, ses risques ? Quelles sont les conséquences biographiques de telles expériences ?
Voilà quelques-unes des grandes questions posées par Doug McAdam. Les réponses qu’il y apporte lui permettent de mettre au jour des schèmes de compréhension des phénomènes d’engagement désormais bien intégrés au répertoire conceptuel de la sociologie des mouvements sociaux. Pour y parvenir, McAdam procède notamment à une comparaison minutieuse des profils sociaux et des devenirs biographiques des volontaires qui se rendirent dans le Mississippi d’une part, des candidats qui ne furent pas retenus ou qui firent défection d’autre part. Ce travail comparatif lui permet de mesurer à la fois ce qui distingue les deux groupes avant la participation au Freedom Summer et surtout les effets de celui-ci sur les trajectoires des participants.
Les caractéristiques sociales des deux groupes sont en réalité très proches : même appartenance à l’élite sociale américaine, études réalisées dans les mêmes universités prestigieuses, origines géographiques semblables, etc. Les différences sont plus subtiles, mais se révèlent particulièrement éclairantes. McAdam résume à trois éléments principaux le profil des volontaires qui se rendirent effectivement dans le Mississippi : disponibilité biographique, affinité de convictions et intégration sociale. De quelques années plus vieux en moyenne que les absents, les volontaires sont des militants jeunes, mais suffisamment âgés pour échapper à la tutelle familiale. Ils sont en majorité étudiants ou jeunes travailleurs – le plus souvent enseignants – célibataires, sans enfants, et disposent de ressources matérielles confortables. Ils sont ainsi soustraits aux contraintes familiales, conjugales, professionnelles, financières, etc., qui s’imposent à d’autres catégories et font alors du « militantisme une activité trop chronophage ou trop risquée (p. 75) ». Sur le plan idéologique, par-delà une réelle diversité des inspirations, présents et absents partagent des valeurs en affinité avec celles défendues par le mouvement. Les participants manifestent cependant une propension plus importante à s’identifier à un groupe de référence (socialistes/marxistes, démocrates libéraux, groupe religieux, etc.). Le « sentiment de confiance et d’obligation que procure le fait d’appartenir ou de s’identifier à une communauté (p. 102) » constitue un facteur favorable à l’engagement. Les volontaires sont d’ailleurs presque systématiquement membres d’au moins une organisation politique, syndicale ou religieuse et ont pour la plupart déjà participé, de près ou de loin, au mouvement des droits civiques. En outre, des liens interpersonnels préexistent souvent entre les militants – une dynamique de groupe étant parfois même à l’origine de l’engagement. En définitive, ceux qui se rendront dans le Mississippi se distinguent des absents par leurs liens et leur implication plus importants avec et dans le mouvement, ces derniers étant à l’inverse davantage isolés. McAdam montre ainsi que le « militantisme ne repose pas uniquement sur l’idéalisme (p. 391) » mais qu’il est nécessaire que des « organisations officielles ou des réseaux sociaux informels structurent et prolongent l’action collective (ibid.) ».
Somme toute peu différenciés avant l’été 1964, les présents et les absents connaissent en revanche des destins fortement contrastés par la suite. Les trajectoires biographiques des volontaires furent de fait profondément et durablement déviées par leur participation au Freedom Summer. McAdam parle d’un « été extatique (pp. 109–189) ». Pour cette jeunesse bien née, ayant foi en les vertus de l’Amérique, la découverte empirique des conditions de vie des populations noires du Sud, de la violence, des discriminations et de l’illégalisme généralisé constitue une expérience particulièrement marquante et transformatrice. « Généralement éduqués dans une atmosphère optimiste et idéaliste, les volontaires n’étaient guère préparés au revers du rêve américain (p. 144) ». La découverte de la réalité accouche de sentiments mêlés : culpabilité, colère, tristesse, révolte ; sentiments contrebalancés par l’accueil tolérant qui leur est fait, la « spontanéité et la puissante assise communautaire de la population noire (p. 152) ». Le Freedom Summer, c’est donc aussi l’enthousiasme et la ferveur d’appartenir à une communauté – à l’intérieur de laquelle les liens sont resserrés par les risques encourus – et de servir une cause juste.
Somme d’expériences fortes et intenses, le Freedom Summer conduit à une radicalisation politique des volontaires. Arrivés libéraux et idéalistes, ils repartent devenus des gauchistes radicaux et révolutionnaires, qui appliquent à tous les pans de leur existence une grille de lecture politique. Ses effets portent en outre sur la perception de soi des militants. Après avoir découvert de nouvelles manières de vivre, souvent jugées enthousiasmantes, la plupart d’entre eux éprouve un sentiment de désajustement et de marginalité vis-à-vis de la société bourgeoise et blanche du Nord. À leur retour, nombreux sont ceux qui s’efforcent de reproduire le mode de vie communautaire expérimenté dans le Mississippi. « Les volontaires avaient découvert une vérité sociologique de première importance : nous ne sommes jamais aussi satisfaits de notre « moi » que lorsque nous nous identifions à des communautés ou à des aspirations qui nous sont extérieures. (p. 225) »
Loin cependant de se limiter à des conséquences biographiques chez les volontaires, le Freedom Summer eut de plus, par leur intermédiaire, un fort impact sur la société américaine des années 1960. Tout d’abord, l’impressionnante couverture médiatique du projet, très largement favorable aux militants, contribua à la relégitimation du militantisme aux États-Unis, en le dissociant de l’antipatriotisme. Les volontaires rejoignirent leurs campus universitaires auréolés d’un incontestable prestige. Ce capital symbolique, cumulé aux savoirs et savoir-faire militants acquis durant la campagne, permit aux volontaires de compter parmi les leaders et activistes les plus investis des mouvements sociaux des années 1960 (mouvements étudiants, opposition à la guerre, féminisme). Le Freedom Summer joue ainsi un rôle majeur dans l’émergence de la Nouvelle Gauche aux États-Unis et constitue un pont entre deux périodes : le maccarthysme des années 1950 et le militantisme des Sixties. Par ailleurs, la volonté des militants de recréer les formes d’existence vécues dans le Mississippi participa de manière décisive au développement de la contre-culture américaine. Le Freedom Summer contribua en particulier à lier libération personnelle et changement social. Il correspond en effet à la mise en pratique de l’idéologie de la libération, fondatrice de cette contre-culture des Sixties : vie communautaire, sexualité libérée, couples mixtes, styles vestimentaires et langagiers particuliers, etc.
Comme on peut le voir, les apports de l’ouvrage de Doug McAdam sont nombreux. Ceux-ci sont rendus possible par une enquête empirique fouillée et l’adoption d’une perspective théorique et méthodologique particulièrement heuristique, fondée sur une approche longitudinale de la réalité sociale et la combinaison des échelles d’observation (McAdam part du contexte national pour aller jusqu’aux expériences biographiques). L’aspect peut-être le plus original de l’ouvrage réside dans l’effort de saisie et de compréhension des conséquences biographiques de l’engagement. Pour conclure, on ne peut que redire que Freedom Summer constitue une contribution décisive à la sociologie des mouvements sociaux, et en conseiller la lecture.

1 Doug McAdam, Freedom Summer. The idealists revisited, Oxford, Oxford University Press, 1988.

2 Doug McAdam, « Recruitement to High-Risk Activism : The case of Freedom Summer », American Journal of Sociology, vol. 92, n° 1, 1986, pp. 64–90.

Aurélien Raynaud
Liens socio, 02/11/12
Extraits des recensions de l'édition originale

Dans ce récit riche et subtil, McAdam analyse de façon convaincante les liens entre le Freedom summer et les mouvements portés ultérieurement par la nouvelle gauche à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Il montre que la plupart des volontaires blancs sortirent politiquement radicalisés de cette expérience, voulant travailler activement pour un changement radical, mais aussi transformés personnellement après la campagne pour les droits civiques des Noirs du Mississipi en 1964. De retour sur leurs campus, ils devinrent les principaux instigateurs des mouvements étudiants, pacifistes et féministes. En fait, ils sont aujourd’hui mobilisés localement pour des causes progressistes et de gauche. Une contribution majeure.
Anthony O. Edmonds, Ball State University

Une combinaison fascinante de théorie, biographie et histoire qui dresse un portrait sociologique d’une époque en l’abordant par les personnes qui l’ont vécue plutôt que par des abstractions. S’appuyant sur une enquête conséquente, McAdam montre qu’un seul été de 1000 personnes a eu un impact national sinon international dont les mécanismes n’étaient pas connus avant cette étude. Un travail de première classe qui ne fait pas qu’informer mais fait aussi bouger les lignes.
Donald A. Maxam, Central College

Le cœur du Freedom summer est… le récit de McAdam sur ce qui arriva aux volontaires après le projet. McAdam avance que nous avons succombé à la présentation médiatique des activistes des années 1960 comme des hommes et femmes qui s’étaient rebellés dans leur jeunesse avant de retourner leur veste pour devenir des jeunes cadres dynamiques. La grande contribution de McAdam est de montrer qu’une telle trahison générationnelle n’eut pas lieu.
The Nation

McAdam ne perd pas de vue le leadership des Noirs et transmet le respect honnête – sans idéalisme ni condescendance – avec lequel il le considère. La contribution principale de McAdam est produite par son sens rare des interdépendances et des relations. Dans le combat pour éclairer l’histoire raciale de ce pays, Doug McAdam a éclairé un coin du tableau avec un point de vue original et précis.
San Fransisco Review of Books

Ce qui distingue ce livre sont les voix des volontaires qui sortent du texte. Un récit très intéressant et agréable à lire de l’été 1964. C’est bien écrit, détaillé et documenté ; animé par les voix de ceux qui ont vécu cet été.
The Tampa Tribune-Times

Dans Freedom summer, Doug McAdam illustre l’éducation radicale qu’ont vécu les volontaires et l’immense impact que le Freedom summer a eu et a toujours sur nos vies. McAdam a interviewé 348 des 566 volontaires, voyageant souvent aux quatre coins du pays pour les rencontrer personnellement, et il a compilé des données fascinantes sur ce qui a motivé les volontaires pour participer à ce projet, ce qu’il en était une fois sur place et comment leur participation a influencé la direction de leurs vies.
San Francisco Chronicle

Réalisation : William Dodé